La treizième heure - Michel Haton - E-Book

La treizième heure E-Book

Michel Haton

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Beschreibung

Myrtille Desbois, profileuse, mène une enquête difficile dans un quartier réputé pour son calme. Avec l'aide de son équipe et la rencontre de l'amour, elle va mener cette enquête jusqu'au bout.

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Seitenzahl: 193

Veröffentlichungsjahr: 2026

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À Marguerite,

la fleur de ma vie

qui aimait tant la Robertsau

Sommaire

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Strasbourg, quartier de La Robertsau, au nord de la ville.

Petite quadra célibataire et athlétique aux longs cheveux noirs et aux yeux verts en amande, Myrtille Desbois est capitaine de gendarmerie et profileuse. Elle adore son métier qu’elle pratique depuis plusieurs années dans cette ville où elle est née.

Lors de sa première affectation, elle travaillait avec son binôme Félix Rondeau dans une gendarmerie du sud de Strasbourg. Leur complicité était évidente et leur efficacité au travail en bénéficiait grandement. Pour son premier poste, les actions s’enchainaient à un rythme d’enfer. Elle dut se mettre au niveau physique de Félix pour suivre le rythme : entrainement intensif, musculation, footing et parfois un peu de vélo. Elle se devait d’être à la hauteur pour suivre la cadence, vu le nombre d’affaires à résoudre et surtout elle devait s’affirmer pour trouver sa place en tant que femme. Cefut difficile au début mais elle retrouva rapidement la forme pour se hisser au même niveau que Félix et réussit à se faire respecter. Comme ils avaient tous les deux le même grade de lieutenant, cela éliminait les problèmes de hiérarchie. Ils se retrouvaient parfois le week-end pour effectuer des randonnées dans les Vosges, ce qui leur permettait de se couper de leur travail et de s’oxygéner les poumons en admirant les superbes paysages de la région. Comme leur règle était de ne pas parler boutique quand ils étaient à l’extérieur, ils en arrivaient forcément à parler d’eux. À la pause déjeuner, chacun se dévoilait un peu plus, et de balade en balade ils finirent par bien se connaitre et par se rapprocher. Au bout de quelque temps, malgré son vœu de ne pas mélanger le travail et le privé, le binôme de gendarmes bourgeonna pour éclore en couple. Plus ils se connaissaient plus ils s’appréciaient. Leur relation personnelle fonctionnait vraiment bien sans entraver la bonne marche des enquêtes en cours, et tout se passait merveilleusement bien dans tous les domaines.

Ils réussirent à prendre leurs congés en même temps pour effectuer des voyages en Europe et beaucoup plus loin. Leur dernier voyage en Inde du sud fut révélateur. L’ air de l’océan Indien leur fit beaucoup de bien. Au retour, ils trouvaient qu’ils avaient changé à l’intérieur. Après avoir vu toutes les difficultés que les gens avaient pour s’en sortir, surtout les Dalits (intouchables), ils relativisaient et se disaient qu’ils avaient beaucoup de chance de vivre en France. Parmi tous les voyages qu’ils avaient effectués, l’Inde était celui qui les avait le plus marqués. Pour Félix, qui pratiquait la photographie depuis longtemps, ce pays avait une lumière extraordinaire. Les gens adoraient être photographiés jusqu’à provoquer des photos quand ils le voyaient avec son appareil et sa veste multipoches. Il les photographiait, leur montrait le résultat sur l’écran de contrôle en les remerciant, et souvent, c’étaient eux qui lui disaient merci. Un paradis pour les photographes dans un pays magique, disait-il. Il se régalait. Ils étaient vraiment ravis de leur voyage !

Au retour, ils avaient esquissé le projet de vivre ensemble et de fonder une famille. Ils savaient que ce ne serait pas facile, vu leur métier, mais en rêvaient tout de même.

2

Un jour où ils étaient à la poursuite de narcotra-fiquants dans la ville, avec plusieurs voitures, ils se virent menacés et durent faire usage de leurs armes. Les trafiquants de drogue furent bloqués par des véhicules et sortirent de leurs voitures, armes à la main. Ils durent les imiter afin de pouvoir riposter face à la menace et se défendre. Les balles sifflaient de tous les côtés et les rares témoins de la scène se mirent rapidement à l’abri. Le feu nourri fit quelques blessés des deux côtés. Le plus nerveux des trafiquants, sans doute leur chef, envoya une rafale de Kalachnikov dans la direction des gendarmes. Félix se positionna devant Myrtille pour la protéger, et reçu les balles à sa place. Sans réfléchir, Myrtille visa le tueur et l’abattit de plusieurs balles dans la tête. C’était fini. Le calme revint. Les oiseaux chantaient à nouveau. Des cadavres jonchaient le sol et il y avait du sang partout. Après que les gendarmes se furent avancés pour vérifier que les trafiquants étaient bien morts, Myrtille s’approcha de Félix qui baignait dans son sang, gravement touché. Elle lui prit la tête dans les mains, mais il n’y avait plus rien à faire : son regard semblait la fixer durant un court instant en esquissant un sourire, elle prit son pouls, puis lui ferma les yeux. Une des balles l’avait touché en pleine tête. Myrtille s’agenouilla en pleurs sur la dépouille de son compagnon qui s’était sacrifié en lui sauvant la vie. Elle regarda la civière entrer dans l’ambulance qui partit toutes sirènes hurlantes. Ses collègues durent l’aider à se relever tant elle était anéantie par la douleur.

Elle eut beaucoup de mal à gérer la perte de son binôme et compagnon. Elle fit une longue dépression avec de nombreuses séances de psy et un traitement médical adéquat pour relever la tête. Difficile de vivre avec la perte de son coéquipier. Elle pensait à tous les projets qu’ils avaient échafaudés ensemble et qui ne se concrétiseraient jamais. Elle ne s’en remettait pas mais essayait de vivre avec, sans toujours y penser. Le commandant Baumann lui demanda de prendre les congés qui lui restaient pour qu’elle puisse faire son deuil et revenir quand elle en aurait la force.

3

Pendant sa convalescence, elle lut beaucoup et se promena dans les environs. Elle alla même jusqu’à effectuer des randonnées seule dans les Vosges. Mais elle trouvait que les balades sans Félix n’avaient plus la même saveur. Les salutations et les sourires des randonneurs croisés sur les sentiers lui faisaient du bien quelques secondes ou minutes, quand une personne avait envie de parler en engageant la conversation sur la météo ou le chemin à choisir. Elle emportait toujours avec elle une carte du secteur pour aider les gens qui étaient perdus, disait-elle. Effectivement, plusieurs personnes lui avaient déjà demandé leur chemin, ne sachant lire une carte. Il lui était arrivé d’expliquer comment lire une carte avec une boussole, et les gens étaient ravis de ce petit cours improvisé. Elle prodiguait même des conseils en photo, expérience qui lui avait été transmise par Félix. Ses randonnées lui permettaient aussi de se garder en forme pendant cette longue période d’inactivité. Elle adorait le parfum du pétrichor, cette odeur de terre et de végétaux qui embaume les sous-bois après la pluie. Elle avait même repris le taï chi qi gong pour garder son énergie quand la météo ne lui permettait pas de quitter son appartement. Elle sortait parfois au théâtre, au cinéma, mais ne s’aventurait jamais seule dans un restaurant, trouvant cela un peu glauque. Déjeuner en face de personne n’avait pas d’intérêt pour elle. Malgré la visite de quelques collègues qui venaient prendre de ses nouvelles, elle trouvait la solitude assez pesante et avait du mal à s’en accommoder. Elle refusa plusieurs invitations à diner mais finit par en accepter quand même pour ne pas se couper complètement du monde. Elle ne voulait pas prendre le risque de devenir une femme sauvage.

4

Au bout de plusieurs semaines, le certificat d’aptitude du médecin en main, elle décida de se rendre à nouveau à son bureau et de rencontrer son nouveau binôme, pour s’occuper l’esprit et penser à autre chose. Cela fonctionnait bien avec Alex. Même s’il ne pourrait jamais remplacer Félix, cela marchait quand même. Ils furent efficaces rapidement et géraient les enquêtes ensemble avec d’excellents résultats. En fin de journée, une fois rentrée chez elle, elle s’écroulait en pleurs dans son canapé puis dans son lit où elle mouillait son oreiller tous les soirs.

La cérémonie pour Félix fut une épreuve particulièrement difficile. Dans la cour d’honneur de la gendarmerie, tous les hommes et femmes étaient présents autour du colonel qui tint un discours devant un petit pupitre en bois posé au centre de la place. Myrtille tenait à peine sur ses jambes, mais fournit un effort surhumain pour que personne ne s’en aperçoive. Elle s’accrochait au bras d’Alex quand l’émotion était trop forte. Félix reçut la Légion d’honneur et fut élevé au grade de capitaine à titre posthume. Le colonel fit l’éloge d’un homme irréprochable, mort dans l’exercice de ses fonctions. Dans la foulée, Myrtille obtint le grade de capitaine, pour service rendu à la nation. Mais elle ne put retenir ses larmes au moment de recevoir son nouveau grade. Tous ses collègues lui exprimèrent leur sympathie.

Le soir venu, elle philosophait à haute voix. « La mort est un risque que l’on connait et que l’on accepte quand on s’engage dans la gendarmerie ou la police, mais peut-on vraiment l’éviter ? Difficilement. Les voyous sont armés jusqu’aux dents aujourd’hui et n’hésitent pas à s’en prendre aux forces de l’ordre, sans aucun respect. On sait très bien que l’on peut partir au travail le matin et ne pas rentrer le soir. Mais ce sont des considérations que l’on essaie d’évacuer, le risque étant permanent ; sinon on ne pourrait pas effectuer sa mission et avancer dans ce métier difficile. Les forces de l’ordre sont nécessaires pour éviter le chaos et ne pas laisser la ville aux mains de gangs qui veulent appliquer leur loi.

5

Après plusieurs semaines de travail et malgré sa bonne entente avec Alex, elle se rendit à l’évidence. Elle n’arriverait plus à assumer cette violence permanente attisée par des gens dont le seul souci est de faire de l’argent, de la « thune » comme ils disent, mais sans travailler, bien sûr. La vie ne leur a pas appris grand-chose… La vie, c’est tellement d’autres choses. Ce sont pour la plupart des jeunes désœuvrés, livrés à eux-mêmes, passant leurs journées à « tenir le mur », et que la société a abandonnés. Cette même société qui produit ces gens qui dérivent pour ensuite les emprisonner quand ils font des bêtises : paradoxal, non ?

Cela devenait de plus en plus dur pour elle. Difficile de continuer sans Félix. Malgré sa bonne entente avec Alex et une belle complicité dans leur binôme, elle n’avait plus la force ni la volonté d’affronter cette violence au quotidien. Elle décida de demander sa mutation pour la Robertsau, son lieu de naissance, quartier assez calme où la délinquance était sans doute moindre, pensa-t-elle. Elle remit sa lettre de demande de mutation au commandant Baumann sur son bureau.

— Je comprends votre souhait de partir vers un quartier plus calme, lui dit-il ; mais je vais perdre un de mes meilleurs éléments et cela ne me fait pas vraiment plaisir… Le binôme avec Alex fonctionne bien pourtant, et vous avez d’excellents résultats !

— Oui, c’est très bien, mais il n’est pour rien dans ma demande de mutation, c’est cette violence au quotidien que je ne supporte plus.

— Je comprends. Les voyous n’ont plus aucune limite… La Robertsau est tout de même plus calme.

— Cela me conviendra beaucoup mieux, commandant, croyez-moi. En plus, je suis née à la clinique Sainte-Anne, d’où viennent les plus beaux bébés, dit-elle avec un sourire.

Le commandant eut un petit sourire à cette remarque.

— D’autant plus que votre compagnon vous manque, je peux le comprendre…

— Oui, et tout ici me rappelle sa présence… Le commandant la regarda fixement.

— Bon, d’accord. Je vais appuyer votre demande pour que cela se fasse le plus vite possible.

— Merci beaucoup, commandant Baumann.

— Je vous en prie, capitaine Desbois, j’essaie toujours de comprendre mes hommes et encore plus quand il s’agit d’une femme.

Myrtille esquissa un petit sourire avant de sortir du bureau du commandant. Elle était soulagée que son supérieur comprenne sa décision et accède à sa demande.

6

La réponse tant espérée, appuyée par le commandant Baumann qui comprenait sa motivation et la soutenait, mit beaucoup de temps à arriver. Avec Alex, ils eurent encore des affaires compliquées avec toujours beaucoup de violence, le respect de l’autorité n’étant qu’un vain mot. Ils obtinrent de bons résultats en démantelant un réseau de prostitution de mineures, activité particulièrement abjecte. Ils appelèrent des renforts après avoir aperçu des mouvements suspects depuis leur voiture dans laquelle ils planquaient. Les collègues étant arrivés en toute discrétion, sans sirènes et sans gyrophares, tout le monde se mit en mouvement pour encercler l’immeuble et bloquer toutes les issues. La porte de l’immeuble s’ouvrit et un homme en sortit pour vérifier si tout était calme. Sur un signal de la main, se déroulait le chargement nocturne des filles dans une camionnette. Un des hommes s’avança et cria : « Police, personne ne bouge ! » Pris par surprise, après quelques échanges de coups de feu, les proxénètes se virent piégés. Ne voyant plus aucune issue, ils mirent rapidement leurs armes à terre et se laissèrent menotter sans trop de protestations. Tout ce beau monde fut embarqué direction gendarmerie pour des interrogatoires serrés avec de lourdes peines de prison à la clé. Les filles embarquèrent dans un autre véhicule pour donner leurs témoignages et faire tomber le réseau tout entier.

7

En fin de compte, Myrtille avait obtenu gain de cause. Elle changea pour la Robertsau quelques mois plus tard, ravie d’avoir obtenu ce poste qu’elle pensait être plus intéressant. Elle n’échappa pas au traditionnel pot de départ avec les encouragements de ses collègues, accompagnée d’embrassades qui la mirent en émoi. C’était une équipe formidable et très soudée qu’elle quittait à regret.

Le quartier de la Robertsau s’était bien embourgeoisé ces dernières années, avec les fonctionnaires des institutions européennes qui y avaient massivement investi et fait considérablement augmenter les prix de l’immobilier. La délinquance y était vraiment moindre que dans son ancienne unité et elle était sûre de faire du bon travail pour enfin pouvoir passer à autre chose.

Elle habitait maintenant rue Mélanie, dans une petite maison de plain-pied qu’elle avait trouvée dans les annonces immobilières du journal local. Elle était affectée à l’antenne provisoire de la gendarmerie de la Robertsau, le quartier nord de Strasbourg où elle résidait. Elle n’avait que quelques pas pour se rendre au travail rue Saint-Fiacre, ce qu’elle trouvait « vachement » pratique, comme elle disait. Quand on lui demandait pourquoi elle était toujours célibataire à son âge, elle répondait souvent, non sans ironie : « Trouver quelqu’un pour la nuit, pour la vie, est difficile. Avec tous les râteaux que j’ai pris, je pourrais ouvrir un Jardiland » ! En parallèle, elle commença sa formation de profileuse et travailla d’arrache-pied pour y arriver.

Quand elle ne terminait pas trop tard, elle avait pris l’habitude de prendre un café au salon de thé Café Henri situé en face du presbytère de l’église protestante, car c’est un formidable poste d’observation, surtout en été depuis la terrasse. Elle avait une vue sur l’église et le presbytère ainsi que sur l’entrée du parc de la Petite Orangerie. Aucun mouvement ne lui échappait : les entrées et les sorties des personnes étaient contrôlées par son regard aiguisé. Elle gardait toujours ses réflexes professionnels. C’est un petit salon cosy où elle se sentait bien. Elle dégustait son café pur arabica accompagné de deux chocolats noirs à la ganache faits maison, son petit péché mignon. « Mon apport en magnésium », disait-elle avec un petit sourire en coin. Cela lui per mettait de se sentir ailleurs pendant quelques instants et lui faisait un bien fou. Le sympathique barman courait dans tous les sens pour satisfaire les nombreux clients. Quand il lui apporta le café commandé plus tôt, il était un peu chancelant et elle espéra qu’il arriverait à sa table sans en renverser une seule goutte. Il parvint effectivement à poser la tasse fumante devant elle sans provoquer d’inondation. Comme à chaque fois, elle voulut gouter sans attendre le précieux nectar et se brula le bout de la langue. Je dirais moins de bêtises, pensa-t-elle. Son oasis de calme et volupté se trouvait là, à deux pas de chez elle. Elle avait vraiment besoin de ces moments de sérénité où elle ne pensait pas au travail. Quand elle ressortait du salon de thé, elle se sentait d’attaque pour reprendre le boulot.

Sans avoir jamais été mordue, elle avait une peur incompréhensible des chiens, même de ceux qui ne demandaient que des câlins. C’était une peur irrationnelle et elle n’avait pas vraiment d’explication à cette phobie. Il lui arrivait de changer de trottoir pour ne pas en croiser un. En revanche, les chats ce n’était que du bonheur. Ces peluches chaudes et ronronnantes ne réclament que des caresses et une gamelle toujours pleine de croquettes. Le sien se nommait Mirabelle, une femelle tricolore de cinq ans.

La Robertsau doit son nom au chevalier Robert Bock qui y avait fait construire un château en l’an 1200, sensiblement à l’angle actuel de la rue Kastner et de la rue Bœcklin. À la fin du XVIIe siècle, l’activité maraichère se développe avec une majorité de culture de poireaux lui donnant son surnom de «Laüch », le poireau. S’ajoutent progressivement pêcheurs, drageurs de gravier et constructeurs de bateaux. Au XVIIIe siècle, la Robertsau devient un lieu de villégiature pour les riches Strasbourgeois qui y construisent de grandes propriétés. Au XIXe siècle, une activité artisanale se développe, avec une fabrique de bougies et une papeterie en 1872 sur le Muhlwasser, un bras de l’Ill. Puis l’urbanisation gagne du terrain, notamment le long de la route de la Wantzenau. En 1924, les travaux du bassin du port aux pétroles débutent en même temps que la construction denouvelles digues de protection contre les crues. En 1934, les 19 premières maisons de la Cité des Chasseurs sont inaugurées et, entre 1958 et 1961, 1 760 logements sont réalisés dans la Cité de l’Ill.

8

Après une brève présentation de sa nouvelle équipe, composée du lieutenant Clovis Schneider , des gendarmes Nathalie Lenoir, Esteban Romero, Karim Lamrini et Violette Touret, elle se présenta à son tour, certaine qu’ils allaient faire du bon travail ensemble.

Elle enquêtait sur une affaire de vols de vélos neufs et anciens. Quand Nathalie Lenoir, une gendarme de son équipe, proposa d’équiper sa propre bicyclette d’un traceur, pour le suivre à la trace jusqu’au voleur, Myrtille approuva.

— Pourquoi personne n’a-t-il eu cette idée géniale avant ?

Comme seule réponse, un silence assourdissant. Tout le monde était concentré sur son écran d’ordinateur, comme par hasard.

— Bonne idée, Nathalie. Mais en cas de problèmes, tu ne vas pas sacrifier ton vélo, tu peux en choisir un dans les saisies qui se trouvent à la cave.

— Bien capitaine, je m’en occupe et je vous tiens au courant.

— Fais donc ça…

Nathalie se rendit à la cave où végétaient toutes sortes de marchandises saisies : des voitures, des motos, des meubles et toutes sortes d’objets hétéroclites. Elle choisit un vélo pas trop récent et l’équipa d’un traceur qu’elle camoufla dans la sonnette pour plus de discrétion. Elle prit le vélo ainsi équipé pour se rendre dans un endroit où elle savait qu’il ne devrait pas rester longtemps en place et le cadenassa à un arceau. Elle se positionna dans les environs sur une terrasse, en se cachant le mieux possible. Elle n’eut pas longtemps à attendre : moins d’une heure après, un jeune arriva en regardant de tous les côtés. Il passa à côté de la bécane et fit quelques pas, avant de revenir et de sortir une petite meuleuse sans fil de son blouson pour couper le cadenas en quelques secondes. Il enfourcha sa monture et partit tranquillement. Quand elle le vit passer devant elle, Nathalie activa le logiciel sur son téléphone qui lui permettait de suivre le vélo à la trace. Au bout de quelques minutes de filature, l’adolescent prit la tangente pour disparaitre dans les ruelles à toute vitesse. Se sentait-il suivi ? Peu importe, le logiciel permettait de suivre le vélo à distance sans prendre de risques. Tout en regardant l’écran de son portable, elle suivait le chemin indiqué par le traceur. Au bout d’un long moment, elle arriva devant un magasin de cycles où une personne emballait des vélos pour les mettre dans une fourgonnette. Elle le questionna et sortit sa carte professionnelle.

— Bonjour, monsieur, Gendarmerie nationale. Vous êtes le gérant ?

— Oui, pourquoi ?

— Je pense que mon vélo, qui vient d’être volé, se trouve dans votre véhicule.

— Ce n’est pas possible !

— Nous allons vérifier. D’où viennent tous ces vélos ?

— Je les achète sur le Bon Coin et je les revends ensuite.

— J’ai posé un traceur sur le mien qui m’a été volé il n’y a pas une heure et il m’a conduite jusqu’ici, dit-elle en approchant son portable d’un vélo emballé. Je vous confirme que c’est bien mon vélo que vous avez emballé et posé dans votre camionnette. Merci de le sortir et de retirer l’emballage.

Le gérant obtempéra et sortit l’engin pour enlever le film de plastique noir.

— C’est bien mon vélo que vous avez récupéré. Elle lui montra sur le portable la confirmation de ses dires.

— Je ne vérifie pas toutes les provenances, vous savez, dit le gérant un peu gêné.

— Vous avez tort… Il peut s’agir d’objets volés ! Comme le mien…

Le gérant ne répondit pas, il craignait que son trafic ne s’arrête. Nathalie jeta un coup d’œil dans le véhicule rempli de vélos emballés et prit quelques photos.

— Quelle est la destination du chargement ?

— Le Maghreb essentiellement, où ils manquent de tout, notamment de vélos.

Nathalie savait très bien que les vols pour le Maghreb étaient courants, mais elle ne pouvait rien prouver pour l’instant. Elle savait désormais que cette personne faisait du trafic de vélos volés, et garda ses coordonnées pour l’avoir à l’œil. Revenue au bureau, elle fit son rapport oral avant de le taper et l’imprimer pour Myrtille, sa supérieure. Elle lui raconta toute son enquête en détail et la capitaine la félicita pour cet excellent travail.

— Nous avions déjà des soupçons sur cet individu, mais sans preuves… Nous allons le surveiller de plus près, il finira bien par se griller tout seul à un moment. En plus, ils ne sont pas très discrets.

Nathalie eut un petit sourire de satisfaction.

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