La vie d'Alice - Vivienne Falla-Martin - E-Book

La vie d'Alice E-Book

Vivienne Falla-Martin

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Beschreibung

La vie d'Alice - Chronique du XXe siècle à Miradoux (Gers)

Das E-Book La vie d'Alice wird angeboten von Books on Demand und wurde mit folgenden Begriffen kategorisiert:
Miradoux, gers, histoire locale, Bibliothèque, vie rurale

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Seitenzahl: 106

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Sommaire

La famille d’Alice

Avant-propos

Prologue

Le début du siècle

La guerre 14-18

L'entre-deux-guerres

Les années d’après-guerre

1960-2000 : Miradoux et le monde moderne

Épilogue

Annexes

Bibliographie

Page de copyright

La famille d’Alice

Ses grands-parents :Auguste (1842) - Mélanie (1850)Son père : Clément (1874)Son mari : Louis (1893)Son beau-frère : Fernand (1897)

Les enfants d’Alice et Louis : Lucien (1924) Marie (1925) Marcel (1930) Monique (1932)

Leurs petits-enfants :Chez Lucien : Alain (1949) ; Arlette (1952) ; Lucie (1955)Chez Marie : Bernard (1952) ; Colette (1953)Chez Monique : Nathalie (1962)

Leurs arrière-petits-enfants :Chez Arlette : Sandrine (1978)Chez Lucie : Manon (1980) ; Louis (1984)

Avant-propos

Dans la préface de son ouvrage « Miradoux en Lomagne, pages d’histoire », André Dupuy écrit : «Avec l’âge, j’ai dû me retirer de mon activité au service de la Lomagne. J’ai profité du temps qu’il m’était accordé pour rassembler toute (ma) documentation dans les présentes « Pages d’histoire», en attendant que quelqu’un fasse mieux. »

« Mieux » ? Historiquement parlant, André Dupuy (1928-2018) était trop modeste.

Mais « autrement » peut-être ?...

Après avoir réalisé, en 2016, une lecture-spectacle consacrée à Miradoux au XXe siècle, puis, sur le même sujet, trois expositions de photos légendées, nous avons pensé qu’il serait intéressant de compléter cette approche de notre village par des témoignages oraux. Autrement dit, d’écrire la chronique de la vie et de l’évolution de Miradoux au cours du XXe siècle. En littérature, une chronique est un récit qui met en scène des personnages fictifs et réels et évoque chronologiquement des faits authentiques. C’est donc la solution que nous avons choisie. Nous avons combiné les faits authentiques consignés dans les registres officiels et les souvenirs personnels de nos témoins, ajoutant ainsi à l’Histoire le vécu des villageois.

Encore fallait-il trouver un « fil rouge » qui nous permette de suivre l’indispensable chronologie… C’est ici qu’est intervenue une petite fille, Alice, le premier bébé né à Miradoux en 1901. De bébé bien réel, Alice est devenue pour nous un personnage fictif qui traverse le siècle. La vie de notre Alice et celle des siens sont le réceptacle des souvenirs qui nous ont été confiés et des ressentis qui en émanent…

Nous espérons que cette chronique réveillera chez les anciens des souvenirs endormis et qu’elle fera découvrir aux plus jeunes la mutation précipitée, à la fois déroutante et attrayante, d’un village gersois qui, malgré l’exode rural, se voit, au terme du XXe siècle, prêt à aborder l’avenir avec confiance…

Prologue

Survol de l’histoire de Miradoux

Au XIIe siècle apparaît dans les archives le nom de « Miradors », castelnau idéalement situé sur une crête rocheuse au croisement de trois routes importantes. Ce castelnau (village construit au plus près d’un château protecteur) devient une bastide au XIIIe siècle.

Aux XIVe, XVe et XVIe siècles, Miradoux subit le vandalisme de la guerre de Cent ans et des guerres de Religion, mais c’est au XVIIe siècle que la bastide vit ses plus rudes épreuves : en 1652, le siège du Grand Condé, chef de la Fronde des Princes, puis une épidémie de peste en 1653 et, en 1670, un violent incendie qui détruit la moitié du village en reconstruction.

Au XVIIIe siècle, Miradoux renaît si bien qu’en 1790 le bourg est considéré comme une ville et devient chef-lieu de canton. Au début du XIXe siècle, la commune compte plus de 1800 habitants.

Après les remous de la Révolution, le XIXe siècle voit se développer la classe des « propriétaires ». Les maires de Miradoux sont des bourgeois enrichis. La ville devient peu à peu un chantier ambitieux : construction de maisons de maître, reconstruction d’un nouvel Hôtel de Ville, restauration de l’église, de la halle, d’anciennes bâtisses…

Mais l’économie locale est progressivement ébranlée. L’état lamentable des routes d’accès, boueuses, escarpées, sinueuses, nuit gravement au commerce avec les bourgs voisins. À quoi s’ajoutent, dans la seconde moitié du siècle, les ravages du phylloxéra, insecte redoutable qui tue les vignobles, et la mévente du blé due à la concurrence étrangère. De 1688 habitants en 1851, la population chute à 1154 en 1901. La misère et l’exode rural ont fait perdre à la commune plus de 500 habitants.

Cependant, quand arrive le XXe siècle, Miradoux est toujours une ville animée, avec ses foires, ses marchés, ses dizaines d’artisans et commerçants, avec ses notables, ses gendarmes, ses écoles… et ses deux cliques 1 politiquement rivales…

1 Fanfares

Le début du siècle

Il fait froid à Miradoux le 7 janvier 1901. Les hommes sont dehors. Ils fendent des bûches. Dans la shaminèia 2, le feu peine à chauffer la grande cuisine. Au fond de la pièce, sur un lit souillé, une toute jeune femme en train d'accoucher. Sa mère et la voisine font office de sages-femmes. Le bébé sort enfin. C'est une petite fille. Elle s'appellera Alice.

Le surlendemain, la jeune maman meurt de la fièvre puerpérale. C'est un malheur qui souvent encore s'abat sur les familles. On pleure, on souffre, on se résigne.

En 1901, Miradoux est un bourg de 1154 habitants, chef-lieu de canton depuis 1790. Bien qu'elle connaisse des difficultés économiques, c'est encore une petite ville très active qui organise six grandes foires annuelles. Elle compte deux charpentiers, deux forgerons maréchaux-ferrants, un constructeur de charrues en fer, trois charrons, deux maçons entrepreneurs, trois tuiliers, trois menuisiers, deux ferblantiers, un tonnelier, un taillandier 3 , six cordonniers, deux sabotiers, un cordier, deux tisserands, un drapier, deux tailleurs, trois coiffeursparfumeurs, une boutique familiale de laines et de chiffons, un horloger, deux grainetiers, deux bouchers, cinq épiciers, trois boulangers, un hôtel, une entreprise de voitures publiques, deux médecins, un pharmacien, deux sage-femmes, deux vétérinaires, un notaire, un huissier et un juge de paix, des gendarmes à pied, plusieurs fonctionnaires d’État, des négociants et gros propriétaires et, bien entendu, de nombreuses exploitations agricoles disséminées sur un des territoires communaux les plus étendus de la Lomagne.

Miradoux est un bourg perché au-dessus de champs cultivés et de prairies.

En 1901, bon nombre des terres cultivées ont la forme de courroies (« correjas »), rubans étroits, tout en longueur, et alignés les uns à côté des autres. Ces rubans s’adaptent bien aux terrains en pente. Le long de ces rubans, des haies maintiennent la terre. Souvent les courroies de terrain descendent vers un cours d'eau, - rivière, ruisseau, canal -, ou vers un étang où l'attelage peut boire.4 Au bas des rubans, des pâturages sont dévolus à l’élevage des bovins. Au-dessus s’élèvent des terrasses caillouteuses réservées à la vigne sur les versants ensoleillés et à l’élevage des volailles.

Alice entame sa vie à la borde 5 familiale aux côtés de Clément, son père, de son grand-père paternel, Auguste, et de sa grand-mère maternelle, Mélanie, veufs tous les deux. Et de la vache Lolotte, nourrice de substitution.

Pépé Auguste est le propriétaire de l'exploitation. Celle-ci est de dimensions assez modestes - 9 hectares -, comme un grand nombre d'exploitations agricoles françaises en ce début de siècle. Clément, Mélanie et Auguste y cultivent diverses céréales, mais essentiellement du blé. Ils nourrissent six vaches de trait pour le travail et la reproduction, deux vaches allaitantes, et, bien sûr, de la volaille. Chaque année, ils engraissent un goret qui, après le « tue-cochon », finira plus tard dans leurs assiettes. Quelques dizaines d'ares sont consacrées à la vigne et un bon hectare au pâturage et aux arbres fruitiers. Autour de la ferme s’étend un espace de terre battue sur lequel se trouve "lou sol" où l’on entrepose le gerbier 6 après la moisson. Sur cet espace, on range aussi le bois. On y trouve également le puits et la niche du chien. Un peu plus loin, on entasse le fumier, puis viennent le potager, le poulailler, et une mare pour la volaille et le bétail.

Avec son grand-père, la petite Alice s'imprègne du gascon local. Sa grand-mère, qui s'exprime aussi en gascon, se débrouille un peu en français et en lecture. Son papa parle généralement le gascon, mais il a appris le français sur les bancs de l'école laïque, publique et obligatoire. Il lit parfois un journal qu'on se prête entre familles voisines.

Pour seul jouet, Alice a une poupée de chiffon fabriquée par Mémé : les petites filles se doivent d’apprendre au plus tôt les gestes maternels. Alice partage ses caresses entre sa poupée et les chats. Mais, pour elle, jouer c'est récolter les fruits et les légumes avec Mémé, chercher les œufs pondus du jour et participer aux « petites lessives » du linge dans le gros bac en bois où l’on verse l’eau du puits chauffée au feu de bois dans une bassine.

Il y a aussi un autre grand plaisir dans la vie de la pitchounette : c'est quand Mémé l'emmène au marché ou quand toute la famille se rend à l'une des six grandes foires annuelles, dont celle du 6 octobre où se vendent les oies que l'on gavera. Le Foirail est alors noir de monde, de bestiaux ou de volailles. On peut y admirer la bascule, capable de peser 6 tonnes, qui a été installée en 1901. Pendant que les hommes comparent, évaluent, marchandent et discutent entre eux, Mémé et Alice s'offrent un tour des boutiques, juste pour voir, et pour le plaisir de récolter, au hasard des rencontres, les potins de la ville.

Dorlotée par sa Mémé, mais très tôt habituée à l'aider dans ses travaux, Alice a la chance de grandir auprès d'une Mélanie soucieuse de faire d'elle une jeune fille instruite. Aussi, en 1908, quand Alice atteint ses sept ans, - « l'âge de raison » -, Mélanie pousse-t-elle son gendre à l'inscrire à l'école communale des filles.

Cette école, c'est toute une histoire. Les classes se font dans l'ancien Hôpital de la Madeleine, route de Flamarens, en face du cimetière. L'Hôpital n'est plus l'hospice de jadis qui accueillait les pèlerins, les miséreux et les malades. C'est un bâtiment vétuste, délabré, appartenant au Bureau de Bienfaisance 7 . Celuici, depuis plusieurs années, en loue une partie à la municipalité qui y a installé l'école publique des garçons.

Avant qu'Alice n'entre à l'école des filles en 1908, nombreuses et acharnées ont été les tensions qui ont divisé et fait jaser ville et campagne.

Ça a commencé en 1901, avec la promulgation de la loi sur les associations, loi qui détermine clairement les statuts de ces dernières. Le Préfet du Département demande que soit laïcisée, en tant qu’«Association 1901», l'école des Sœurs de la Providence, qui a assumé jusqu'alors la formation des filles. Le conseil municipal rejette cette demande et accorde aux Sœurs, comme aux Frères de Marie qui accueillent les garçons, l'autorisation de poursuivre leur mission pédagogique.8 Les conseillers municipaux estiment qu'il n'y a rien à changer à l'école dirigée par des Sœurs, école « dont les pères de famille se contentent ». Apprendre à lire, écrire, compter, coudre, tenir un ménage suffit largement aux filles qui, munies de ce bagage, peuvent aider à la ferme ou compléter leur éducation en cherchant une place de bonne à tout faire dans une famille de notables, de riches propriétaires ou de commerçants.

Bon gré mal gré, en 1902, une école laïque des filles est créée à l'Hôpital dans un local exigu et mal entretenu. S'engage alors un véritable bras de fer entre la Préfecture et la Municipalité. La première fait pression pour que soit construit un groupe scolaire communal pour les garçons et les filles, la seconde freine des quatre fers et s'oppose à toute dépense, même de simple aménagement ou de mobilier. Ainsi, en 1905, le Conseil Municipal vote l'achat de matériel pour aménager le Foirail, « vu la réussite des foires et la demande d'un grand nombre de propriétaires (…) car c'est un investissement rentable, une source de prospérité ». Et dans la foulée il rejette une injonction à louer la chapelle de l'Hôpital afin d’y établir la classe des 54 filles « pour ne pas engager les contribuables à de nouvelles dépenses ».

Cependant, quand Alice entre à l'école à l'automne 1908, la classe des filles a fini par être installée dans la chapelle délabrée et le conflit entre les deux camps vient enfin de s'éteindre : le 17 mai 1908 un nouveau maire a été élu et, fin juin, ses conseillers ont approuvé, à l'unanimité, le projet de construction d'un groupe scolaire communal.

Alice aime bien aller à l'école. Quand le chemin est boueux, elle chausse des sabots qu'elle enlève pour entrer en classe en chaussons. En hiver, pas question de faire la coquette : Mémé l'enveloppe d'une veste fermée sur des chandails tricotés main, et d'un épais cache-nez. Sur le chemin de l'école, des enfants du voisinage la rejoignent, ils forment un groupe qui varie selon les jours et les exigences des travaux qui les retiennent à la ferme.

En 1909, un jeune homme du village, André Sémeilhon, le fils du ferblantier et de l'épicière de la