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Le seul rayon de soleil dans l’enfance atroce de Minx Montgomery, c’était son voisin et meilleur ami, Mouse. Quand il a quitté le Texas à l’âge de dix-sept ans, elle n’a plus jamais reçu de ses nouvelles, mais elle ne l’a pas oublié. Elle s’est installée chez son oncle, puis elle a fait des études pour devenir psychothérapeute. À la clinique, elle a subi du harcèlement sexuel de la part de son supérieur, et quand elle a voulu le dénoncer, elle l’a payé cher. Rétrogradée, elle est transférée dans un autre secteur de la ville... dans son quartier d’origine qu’elle avait enfin réussi à fuir.
Laszlo Jensen, ancien soldat des forces spéciales, a passé les deux dernières années à se remettre des dégâts causés par le passage du camion de son équipe sur une mine anti-tank. Six autres de ses co-équipiers ont été gravement blessés, et le septième, Mouse, est mort, dans ce qui n’était autre qu’un coup monté pour les supprimer, comme leur chef d’équipe, Badger Horley, l’a découvert plus tard. Avec son co-équipier Geir, il essaie d’en savoir plus sur l’histoire de Mouse. L’intégralité de son escouade était-elle prise pour cible dans ce coup monté, ou uniquement leur tout dernier membre, la plus jeune recrue ? La vérité est plus troublante et ahurissante qu’ils ne l’avaient imaginé. Mais qui était réellement Mouse ?
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Veröffentlichungsjahr: 2022
Première de Couverture
Page de Titre
Résumé du livre
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Épilogue
Geir
Note de l’auteure
À propos de l’auteure
Tous droits réservés
Après l’explosion d’une mine terrestre, une unité de huit soldats déplore des blessés graves et un mort. Les sept survivants vont jurer de venger la mort de Mouse.
Quand elle était petite, Minx était la meilleure amie de Mouse. Elle est sans nouvelles de lui depuis des années, mais elle ne l’a jamais oublié.
Laszlo se demande si tout son escadron était pris pour cible, ou seulement leur plus jeune membre, la toute dernière recrue. Minx est peut-être la seule à avoir vraiment connu ce garçon qui, plus tard, est devenu un dangereux soldat traqué.
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Laszlo Jensen observa Talon, son bras valide alors bandé, accompagné de Clary, le visage couvert de bleus aux couleurs multiples, alors qu’ils entrèrent chez Badger. Clary était timide. Elle se tenait si près de Talon que ce fut presque comme s’ils ne faisaient qu’un, comme si tout le monde était au courant de leur passé tumultueux et les jugeait en conséquence. Badger s’avança sur ses béquilles alors que Dotty le suivait de près en remuant la queue.
— Vous voilà enfin, dit-il.
Clary lui adressa un sourire avant de s’avancer vers lui et de le prendre dans ses bras. Puis il la serra tendrement entre les siens. Talon n’avait pas révélé beaucoup de choses à Badger concernant le passé de Clary. Mais il n’avait pas besoin de connaître ces détails pour comprendre combien il était difficile de se remettre de ce qu’elle avait traversé. Mais, depuis qu’elle vivait chez Talon, ces deux-là avaient eu beaucoup de temps pour apprivoiser leurs différences et pour s’adapter à leur vie commune pour la deuxième fois. Dorénavant, c’était comme s’ils n’avaient jamais été séparés.
Une fois tout le monde installé dans le salon de Badger, Laszlo se détendit, se délectant du sentiment qu’il ressentait en voyant son groupe d’amis grandir et devenir une famille encore plus grande et plus forte que ce qu’ils étaient auparavant. Badger progressait pas à pas. Il lui faudrait un long moment avant qu’il puisse remettre une prothèse. Toujours à ses côtés, Kat était folle de lui.
Laszlo savait qu’ils auraient des prothèses géniales en temps voulu. Et il avait hâte. Il observa le groupe avant de leur dire :
— C’est bon de revoir tout le monde ici.
— Sauf que nous ne sommes pas tous là, répondit Erick. Il manque Jager. Toujours aucune nouvelle de lui.
— Pouvons-nous être certains qu’il est toujours en vie ?
Erick hocha la tête.
— Il m’a envoyé un autre message. Mais celui-ci était simple. Il est toujours en chasse.
— Il a toujours été solitaire, répondit Laszlo. S’il se donnait au moins la peine de nous donner des nouvelles, nous pourrions lui donner les informations que nous avons trouvées.
Geir s’assit au fond de la pièce.
— C’est un type bien. Et personne ne l’égale quand il s’agit de traquer quelqu’un. Mais bon sang, ce que j’aimerais l’accompagner dans cette traque !
Erick hocha la tête.
— Et nous devons réfléchir à ce que nous allons faire maintenant. Nous nous sommes réunis ici pour Badger, étant donné qu’il n’est pas censé se déplacer autant qu’il le fait en ce moment.
Badger agita le bras.
— Je vais bien.
Kat s’approcha de lui et glissa ses doigts entre les siens. Laszlo sourit.
— Avec Kat à tes côtés, pas étonnant que tu ailles bien, dit-il sur un ton taquin et blagueur, ce que Badger accepta avec un sourire.
— Elle est la meilleure chose qui me soit arrivée, dit-il en fixant Laszlo du regard. Avez-vous remarqué les similitudes entre le groupe de Mason et Levi et le nôtre ?
Laszlo fit une grimace.
— Bon sang, non.
Erick et Talon rirent.
— Eh bien, vous feriez bien d’y croire. Parce que vous êtes les prochains.
Cade demeurait silencieux dans un coin, Faith près de lui, alors que deux bières entamées les séparaient.
— Ce n’est pas grave, Laszlo. Ça t’arrivera quand tu seras prêt.
Laszlo secoua la tête.
— La seule chose pour laquelle je suis prêt, c’est de retrouver cet enfoiré.
— Nous analysons tout ce que nous savons sur Mouse, répondit Erick en se reconcentrant sur le sujet qui les préoccupait. Nous faisons des recherches sur toutes les personnes avec qui il était en contact, et il faut admettre que ça ne nous avance pas plus. Alors je propose que vous me disiez tout ce que vous saviez sur lui et tout ce que vous avez entendu à son sujet. Je pensais bien le connaître. Mais, pour être honnête, quand j’ai tenté de me remémorer quelques souvenirs, je me suis surtout souvenu de beaucoup de taquineries, de blagues et de chahut. Je croyais que sa famille vivait au Texas. Tout ce que je savais, c’est qu’il n’avait que sa mère.
Cade se pencha en avant en fronçant les sourcils.
— C’est impossible. J’aurais juré qu’il vivait en Californie avec ses parents avant de s’engager dans l’armée.
Badger observa les deux hommes.
— Vous êtes sûr ?
Erick lui lança un regard.
— De quoi te souviens-tu ?
Badger fronça les sourcils.
— De nous tous, c’était de moi dont il était le plus proche. Je croyais qu’il ne lui restait plus qu’un oncle qui vivait au Texas. Mais je me souviens que Mouse n’aimait pas vraiment parler de lui.
— Te souviens-tu pourquoi ? demanda Laszlo.
— Non, mais il était catégorique. C’est juste que je ne sais plus s’il m’a déjà donné la raison ou non. Le problème avec Mouse, c’est qu’il inventait toujours des histoires. C’était assez compliqué de démêler le vrai du faux, admit Badger. Mais il était jeune. Il tentait de faire partie de notre groupe, même s’il n’était pas aussi fort que nous. Il serait devenu un sacré bonhomme et un brillant membre de notre unité, mais nous savions très bien qu’il lui restait du chemin à parcourir.
Tous les hommes hochèrent la tête.
— C’est vrai, acquiesça Geir. Nous avons beaucoup couvert ses arrières. Et nous l’avons aidé à réussir autant de fois que nous l’avons pu. Mais il a toujours su qu’il n’était pas aussi bon que le reste d’entre nous.
— Mais nous ne l’avons jamais embêté à ce sujet, rétorqua Cade.
De nouveau, les hommes hochèrent la tête. Erick y réfléchit.
— Pensez-vous qu’il envoyait des lettres à son oncle ou à une autre personne qui nous en voudrait sous prétexte que nous ne le soutenions pas assez ?
Ce sujet fit planer un blanc dans la pièce.
— Peut-être bien, admit Talon. Toutes les plaisanteries que nous lui avons faites étaient sur le même ton que toutes celles que nous avions toujours faites auparavant. C’était bon enfant et aucune des insultes n’a jamais été sincère. C’était la vie, notre vie précisément, dit Talon. Il était toujours pâle. Vous vous souvenez ? ajouta-t-il avec un sourire en coin. Nous l’embêtions en lui disant de passer plus de temps au soleil pour prendre quelques couleurs.
— Je m’en souviens. Et il détestait le café. C’était le seul d’entre nous qui n’en buvait pas.
Erick sourit à l’évocation de ces souvenirs. Tous les autres lui racontèrent des petites anecdotes et détails alors qu’il les écrivait. Il se rendit compte que rien n’était cohérent et que personne ne connaissait vraiment la vie de Mouse avant qu’il entre dans l’armée.
— Pensez-vous que c’était voulu ?
— De quoi ? demanda Laszlo.
— Qu’il dissimulait sciemment sa vie. Ou peut-être qu’il créait d’autres histoires pour se rassurer sur la sienne.
— Je sais qu’il n’a pas eu une enfance facile, lança soudainement Badger. Il avait beaucoup de cicatrices.
Les amis froncèrent les sourcils en y réfléchissant.
— Penses-tu qu’il s’est engagé dans l’armée pour s’en échapper ? demanda Kat.
Badger haussa les épaules.
— Je ne serais pas du tout surpris.
— La question est donc : de quoi a-t-il voulu s’échapper ? demanda Kat.
— Chaque fois que je me creuse les méninges pour essayer de me souvenir s’il me parlait de quelqu’un à qui il rendait visite lors de ses permissions, c’est le trou noir.
— Et ses petites amies ? demanda Clary.
Sa question atterrit au milieu du groupe comme un pavé dans la mare, comme si des ondulations se répandaient sans cesse.
Laszlo l’observa pendant un long moment.
— Mouse était gay.
Elle haussa un sourcil.
— Ça n’a pas dû être facile dans l’armée.
Il secoua la tête.
— Non seulement ce n’était pas facile, mais en plus il recevait beaucoup de moqueries. Pas de notre part, la rassura-t-il d’un air inquiet, mais de beaucoup d’autres types.
— Alors peut-être que vous n’étiez pas tous visés, répondit-elle doucement.
— Peut-être simplement que Mouse l’était, l’interrompit Kat. Comment vivait-il la situation ?
Les amis échangèrent un regard.
— Pas facile à dire, déclara Erick. Sûrement difficilement. L’armée est réputée pour être dure envers ceux qui sont différents…
— Difficile au point de se suicider ? demanda Honey d’un ton bas et doux. J’imagine que les remarques et les attaques devaient le blesser au fond de lui, même s’il ne laissait pas paraître ses réactions devant les autres.
Erick haussa les épaules.
— Je ne me souviens pas que nous lui ayons déjà posé des questions sur sa sexualité.
Il observa ses amis autour de lui.
— Du moins, je ne lui en ai jamais posé. Quelqu’un l’a-t-il fait ici ?
Tous les hommes secouèrent la tête.
— Non, jamais, répondit Badger.
— Alors s’il n’a jamais eu de petite amie, que savez-vous sur ses petits amis ? demanda Clary. Parce que si ce n’était pas l’un des membres de sa famille, nous savons déjà qu’il s’agit de quelqu’un qui était très attaché à Mouse, ce qui généralement signifie une personne amoureuse. Savez-vous si quelqu’un l’aimait ? Avait-il quelqu’un dans sa vie ? Avait-il une relation sérieuse ou même un flirt ?
Elle se tourna vers eux.
— Si vous étiez tous meilleurs amis et que vous en saviez beaucoup les uns sur les autres alors vous en saviez forcément autant à propos de Mouse ?
Ils se tournèrent tous les uns vers les autres avant de baisser les yeux.
— Il ne nous racontait rien, répondit Badger à voix basse. Je ne pense pas qu’il en avait honte, mais plutôt qu’il avait peur que nous l’humiliions ou que nous le mettions dans l’embarras, comme tous les autres l’avaient toujours fait.
— Depuis combien de temps était-il dans votre unité avant l’accident ?
Laszlo soupira.
— Depuis un an. Et durant cette année, nous ne sommes jamais parvenus à le convaincre qu’il était en sécurité parmi nous.
— Et, visiblement, il n’était pas en sécurité, ajouta doucement Talon. Pas lorsque l’on sait qu’il est le seul mort.
— Où voulez-vous que j’aille maintenant ? demanda Laszlo.
— Toi ? s’interrogea Talon. Et pourquoi toi ?
— Parce que vous êtes retenus ici. Sans compter qu’Erick garde son rôle de coordinateur et que Badger va devoir rester des mois au repos afin de sauver ce qu’il reste de sa jambe. C’est donc moi qui superviserai la prochaine mission, rétorqua-t-il. Et ça me va très bien si Geir décide de m’accompagner. Mais ça ne me dit pas où nous allons.
— Au Texas, répondit Erick. Si c’est de là que Mouse venait.
— Entendu, répondit Laszlo. Je vais me rendre au Texas et m’en assurer.
— Et ensuite ? demanda Clary.
— Ensuite, nous allons commencer à décortiquer la vie de ce pauvre Mouse, répondit Laszlo. Et bien plus en profondeur qu’auparavant.
Elle hocha la tête.
— Quand tu trouveras la personne qui l’aime, vas-y doucement. C’est difficile de perdre quelqu’un à qui l’on tient.
Laszlo sourit de toutes ses dents.
— C’est bien vrai. Mais ce n’est pas non plus une raison pour tenter de tuer ceux qui l’aimaient également.
Laszlo prit la sortie de l’autoroute avant de regarder de nouveau son GPS. Erick et Badger avaient enfin déniché l’adresse d’une maison où Mouse aurait potentiellement passé son enfance.
— Il nous reste quarante-cinq minutes de route avant d’arriver à Dallas, et nous nous rendons tout au bout de la ville.
— Nous n’étions pas obligés de venir. Nous aurions pu faire tout ça sur le net, dit doucement Geir assis près de lui.
— Nous aurions pu, mais je me suis dit qu’un voyage en voiture nous ferait du bien. Je me sentais un peu enfermé. Tout ce manque d’activité commençait à peser sur moi.
— Oh, je te comprends. Mais tu as passé le trajet à remuer sur ton siège.
— Effectivement, confirma Laszlo. De toutes les blessures que j’ai subies, celle dans mon dos est la pire de toutes. Je ne supporte pas de rester assis trop longtemps.
— Tu as subi plusieurs opérations pour ajuster l’alignement, non ?
— Et on m’a aussi posé plusieurs tiges, acquiesça Laszlo. La plupart du temps, je vais bien. Mais ce n’est pas vraiment le cas lors de longs trajets en voiture.
— Alors, rappelle-moi pourquoi nous sommes venus en voiture.
— Parce que le médecin a dit que je devais renforcer la tonicité de ce muscle. Je ne suis pas certain qu’il parlait d’un trajet aussi long, mais pour l’instant ce n’est pas si terrible.
Laszlo coupa le moteur avant de descendre de la voiture et d’en faire le tour vers le côté de Geir tout en secouant les jambes.
— Il suffit d’avancer pas à pas.
Geir grogna en restant assis dans son siège alors qu’il attendait que Laszlo remonte à bord.
— Nous avons enfin trouvé l’adresse de la famille de Mouse, dit-il en relisant ses notes. Mais pas celle de son dernier domicile deux ans auparavant. Ça me paraît étrange.
— Moi aussi. L’armée aurait dû posséder cette information quand il s’est engagé, ce qui explique notre voyage. Nous devons nous rendre aux origines de la vie de Mouse. Il n’a pas mérité ce qu’il lui est arrivé, mais à ce stade, il semblerait qu’il était au centre de toute cette histoire.
— Je ne pense pas que nous devons réduire nos suppositions, répliqua Geir. Nous devons garder en tête le fait que, même si Mouse est mort, chacun d’entre nous aurait pu mourir dans cette explosion. Que ce soit sur le coup ou même avant que les secours arrivent. Nous aurions tous pu mourir des retombées durant toutes nos opérations. Mouse était probablement celui que l’on devait sauver. Peut-être que personne n’était censé survivre. Il ne faut surtout pas réduire nos suspicions au point de ne jamais trouver de réponse parce que nous ne posons pas les bonnes questions ou que nous ne regardons pas dans la bonne direction.
— Ce n’est pas le cas, répondit Laszlo. La vérité est bien trop importante.
Laszlo remonta à bord et s’assit derrière le volant en laissant la porte ouverte et en laissant sa jambe à l’extérieur alors qu’il s’étira le cou et les épaules. Une partie de la tension musculaire se dissipa alors qu’il se tourna et fit de nouveau face à la route.
— Tu as faim ?
— Ça ne saurait tarder, répondit Geir. Mais la nourriture n’a plus le même goût.
— Tu as des problèmes d’estomac ?
— Et pas que.
Laszlo hocha la tête sans s’attarder sur le sujet. L’estomac de Geir s’était déchiré ainsi que plusieurs mètres de son intestin grêle et sa rate. Son foie avait subi de gros dégâts mais s’était enfin régénéré. Il souffrait de beaucoup de cicatrices internes et sa guérison se faisait sous la surface, contrairement à la main gauche de Laszlo qui présentait de grosses brûlures. Les cicatrices étaient si disgracieuses qu’il portait souvent un gant pour éviter d’attirer les regards insistants. Et ce n’était qu’une partie de ses blessures.
— Tu as également perdu un rein, n’est-ce pas ?
— Effectivement.
Il ne s’apitoya pas sur son sort, il ne montra aucune émotion. Il ne s’agissait que d’un fait. Mais, une fois de plus, Laszlo comprenait. Ils étaient les écorchés ambulants. Les miraculés d’une tragédie qu’ils n’auraient jamais dû vivre. Mais cela démontrait la vitalité de l’esprit humain, ainsi que l’agilité du corps à guérir face à tout.
Laszlo s’engagea de nouveau dans la circulation en suivant les indications du GPS.
— Selon le GPS, il nous reste quarante minutes de route avant d’arriver chez Mouse. Et si nous passions devant en reconnaissance et pour inspecter les alentours en prenant des photos pour nous rendre compte du genre d’endroit auquel nous avons affaire ? Puis nous pourrions manger un bout pour discuter de ce que nous aurons trouvé ?
— Oui, bonne idée. Nous avons consulté Google Maps. C’est un quartier plutôt dangereux. Et ces recherches auraient suffi pour quelqu’un ne cherchant pas autant de détails que nous. Mais quand c’est possible, je préfère toujours analyser le lieu en premier temps.
— Exactement.
Ils traversèrent la ville en zigzaguant dans la circulation alors qu’ils suivaient la voix du GPS. Laszlo rit en entendant le ton sexy de la voix féminine. La plupart du temps, elle sonnait bien, mais de temps à autre elle était si inhumaine qu’elle en devenait ridicule. Ils n’étaient peut-être plus en service actif mais ils faisaient définitivement partie de la vie active. Et ces derniers temps, il leur fallait toutes leurs compétences réunies pour résoudre cette histoire, celles acquises dans le passé et celles qui leur restaient à découvrir. C’était leur seul moyen pour eux tous d’avancer.
— J’ai encore du mal à croire qu’il s’agisse de Mouse, lança Geir. Comme tu l’as dit, il existe de nombreuses autres raisons pour quelqu’un de nous en vouloir. Mais après en avoir discuté avec tout le monde, je trouve ça étrange qu’aucun d’entre nous ne connaissait réellement Mouse. Il racontait toujours des mensonges. Il créait des faits pour coller à sa propre version de la réalité.
— Ce n’est pas faux, admit Laszlo. C’est assez difficile de comprendre pourquoi. Je veux dire, je suis née dans une maison et j’ai grandi dans une autre, et je peux le prouver. Je n’ai jamais rêvé ou inventé d’histoire à propos de ma famille ni de l’école militaire où j’ai passé ma formation.
— Parce que ta vie te convient. Ce n’était pas le cas de Mouse. Je pense que la seule raison poussant quelqu’un à inventer des histoires, c’est parce que c’est une façon d’ignorer la vérité ou parce qu’elle ne leur paraît pas assez passionnante. Et ils rêvent désespérément d’être quelqu’un qu’ils ne sont pas.
— Mouse faisait probablement ça. Alors pourquoi s’est-il engagé dans l’armée ? Pourquoi est-il devenu SEAL comme nous ? C’est impressionnant qu’il ait réussi à entrer. Et pourtant, je n’ai pas non plus l’impression qu’il était vraiment SEAL.
— Honnêtement, je me demande souvent s’il ne l’a pas simplement fait pour prouver qu’il en était capable, pour prouver qu’il était suffisamment fort, suffisamment viril.
— Comme s’il n’acceptait pas complètement sa sexualité ?
— Ou qu’il refusait que sa sexualité impacte sa virilité. Il n’a jamais eu de problème de ce genre, je ne crois pas. Il préférait les hommes pour ses liaisons amoureuses, mais il aimait aussi avoir des amis masculins.
— Intéressant. Penses-tu qu’il détestait les femmes ? demanda Laszlo en retournant cette question dans sa tête. Je n’y avais jamais pensé.
— Je pense que nous ne pouvons pas ignorer ce fait. Même si nous n’en avons jamais eu la preuve. Il n’a jamais été méchant ni malpoli envers les femmes. Son ton était blagueur mais poli.
— Ce qui pourrait potentiellement dire que notre tueur serait une femme ? dit Laszlo d’un ton presque outré. Il existe certainement beaucoup d’hommes qui détestent les femmes, mais peu de tueurs sont des femmes, et rares sont celles qui agissent seules. Les femmes s’associent souvent à des assassins, ou pour je ne sais quelle raison tordue, rejoignent des hommes dans leurs folies meurtrières. Mais très peu de femmes se donnent du mal pour tuer plusieurs personnes. À l’exception des veuves noires. Mais elles sont alors motivées par leur cupidité. Il s’agit de femmes qui tuent leurs maris un à un pour toucher leur héritage et tout ce qu’ils laissent derrière eux. C’était le cas d’Aileen Wuorno, une prostituée tueuse en série originaire de Floride qui a assassiné plusieurs de ses clients. Je pense que ses actes étaient surtout motivés par la haine qu’elle ressentait en exerçant cette position. Et non pas parce qu’ils se payaient ses services.
— Je n’y avais pas pensé, répondit Geir. Je connais très peu de femmes capables d’une telle chose. Mais cela ne veut pas dire que ça n’arrive jamais. Il existe beaucoup d’unités militaires où les femmes sont aussi douées et dangereuses que les hommes. Elles opèrent en tant que snipers, des machines de guerre à l’enveloppe féminine. Et, dans notre cas, pas besoin de beaucoup de compétences pour faire sauter un véhicule et tuer les personnes à bord.
— Tu penses que Mouse aurait repoussé les avances de quelqu’un ? D’une ancienne conquête ? De quelqu’un qui l’aimait mais pour qui ce n’était pas réciproque ?
— Je ne pense pas qu’une personne le détestait suffisamment pour tuer le reste de ses coéquipiers, répondit doucement Geir. Honnêtement, je pense qu’il s’agit de quelqu’un qui nous connaissait tous et nous détestait tous autant les uns que les autres.
— Quelqu’un de l’armée, de la Navy, d’une autre mission ou de notre équipe ou même d’une autre équipe ?
— Je dirais plutôt quelqu’un de notre camp. Évidemment, ce n’est pas ce que tout le monde veut d’entendre. Il s’agirait aussi de quelqu’un qui nous connaît. Donc, une fois de plus, probablement quelqu’un de l’armée. Ce qui inclut soit la Navy, soit une autre unité de SEAL, un soldat, un marin, aucune certitude. Encore en service ou non ? Qui sait. Malheureusement, des dizaines de milliers de personnes entraînées sont capables d’accomplir ce que nous avons subi. C’était surtout une question de stratégie, si on y réfléchit bien.
— Plus j’y pense, plus je me dis qu’il serait possible que soit une femme. Et qu’elle ait engagé des tueurs à gages masculins qui auraient travaillé sur plusieurs affaires. Ou même sur tout, admit-il. La personne derrière tout ça, qui qu’elle soit, s’est servie d’hommes pour faire le sale boulot.
Il lança un regard à Geir pour voir ce qu’il en pensait.
Geir hocha la tête. Une grosse tablette était posée sur ses genoux. Il parcourut alors l’écran avec sa main valide.
— C’est juste. Si cet individu n’a tué personne de ses propres mains, nous devons alors envisager qu’il n’avait pas la force physique ou mentale nécessaire. Ou alors qu’il ne voulait tout simplement pas se salir les mains. Ça pourrait alors être soit un homme, soit une femme.
— Ou alors cette personne se tient à l’écart de chaque crime afin de ne pas figurer parmi les suspects.
Laszlo secoua la tête.
— Au lieu d’affiner et de clarifier le problème, nous ne faisons que l’empirer, se plaint-il.
Geir rit.
— Mais il ne faut pas que nous affinions la liste des suspects au point de passer à côté du tueur.
— Mais nous ne pouvons pas non plus enquêter sur des dizaines de milliers de suspects, lui rappela Laszlo. Nous devons bien commencer quelque part.
— Évidemment.
— Et c’est pour ça que nous sommes à moins d’une minute de route de la maison où Mouse a grandi.
Minx observa le camion ralentir en passant devant les maisons de la rue, alors qu’elle était à l’abri d’un porche de l’autre côté de celle-ci. Deux hommes étaient à bord. Ils observèrent les environs et s’approchèrent de la maison où habitait Mouse. Toute personne s’approchant de cette maison méritait qu’on s’y intéresse. Au moins, ils avaient l’intelligence de ne pas descendre de leur voiture. Cette dernière disparaîtrait s’ils s’en éloignaient un peu trop longtemps. Les gangs qui sévissaient aux alentours se vantaient de pouvoir voler les roues de n’importe quel véhicule en moins de douze minutes.
Une fois ils étaient même parvenus à dérober tous les lampadaires.
Puis, ils avaient décidé de voler les bornes incendie. Pourtant, les bêtises graves, inutiles et antagonistes de ces jeunes étaient loin d’inquiéter le reste du quartier. Elle aurait aimé que quelqu’un les fasse disparaître, mais leurs délits n’étaient jamais assez graves pour que l’on s’intéresse à eux. Ils n’avaient jamais tué personne ni tiré sur quelqu’un. La tournure que prenait leur comportement était vraiment inquiétante, mais elle doutait que quelqu’un d’autre y accordât de l’attention. Elle était thérapeute et était originaire de cette ville. Elle avait donc vécu cette situation à tous les niveaux.
On l’avait transféré dans cette partie de la ville en guise de punition. Et elle n’avait aucune envie d’y rester. Cette situation était censée être provisoire, mais elle suspectait ses supérieurs de vouloir la laisser ici. Et, si c’était le cas, elle s’en irait. Elle avait déjà passé assez de temps ici. Évidemment, les jeunes des alentours avaient besoin d’elle. Mais dès que quelqu’un découvrirait qui elle était, personne ne voudrait l’écouter. On la respecterait pour s’être échappée d’ici, mais on la détesterait aussi pour cette même raison.
Il n’y avait pas de bonne issue. Elle n’était plus en contact avec aucun des locaux. Elle n’avait aucun proche, aucun lien à entretenir. Et les gens d’ici vivaient vraiment dans la misère. Mais les thérapeutes ne pouvaient travailler qu’avec ceux qui désiraient changer, ceux conduits par une lueur d’espoir qu’une autre vie était possible. Elle avait souvent envisagé d’écrire un livre sur le développement personnel et qu’Oprah Winfrey la reçoive sur son plateau, mais cela semblait tellement improbable sachant le milieu dont elle était issue, qu’elle en riait. Mouse lui avait conseillé de le faire.
Minx et Mouse étaient meilleurs amis durant de longues années. Elle passait son temps à appliquer du peroxyde sur ses plaies et à les panser du mieux qu’elle le pouvait. Si sa mère l’avait découvert, elle s’en serait aussi prise à Minx. Mais un jour, Mouse l’avait enlacée et lui avait annoncée, « il faut que je parte » avant de le regarder partir. Une fois, elle avait demandé de ses nouvelles à sa mère qui lui avait répondu d’un air réjoui :
— Il est parti. Probablement mort à l’heure qu’il est. Ce petit obsédé a sûrement sucé la mauvaise queue avant de se faire trancher la gorge.
Après ça, Minx avait gardé ses pensées pour elle. Mouse avait vécu une enfance très difficile, mais il semblait l’accepter sans se plaindre. Elle ignorait comment il se sentait au fond de lui car il gardait toujours la face en sa présence, même quand elle essayait d’en parler avec lui. Il se contentait alors de secouer la tête et de lui répondre qu’elle était trop jeune pour savoir et qu’il ne fallait pas qu’elle s’inquiète, qu’il allait s’en sortir.
Par « jeune », il voulait dire deux ans de moins que lui. Et quand la mère de Minx était occupée à se droguer dans la pièce du fond, celle de Mouse le frappait sous prétexte qu’il ne faisait pas ce qu’elle lui disait de faire d’une façon assez virile.
Mouse était homosexuel et, à cette époque, avant qu’il ne parte, il était très enthousiaste. Il avait passé des années dans la tourmente avant de trouver enfin l’amour dans l’inattendu. À cette époque-là, il avait un petit ami stable, il était déterminé dans ses choix. Il avait vécu sa première expérience sexuelle, bien que non consentie, à l’âge de douze ans, avec l’un des petits amis de sa mère. Mais au lieu de le traumatiser, cette histoire lui avait ouvert les yeux, comme s’il venait de découvrir un tout nouveau monde dont il ignorait l’existence.
Ce garçon n’était pas resté avec lui très longtemps, mais il avait initié un changement intéressant dans la personnalité de Mouse. Et elle le comprenait, même s’il refusait d’en parler. Ce qui ne la dérangeait pas. Un jour, il lui avait conseillé d’essayer par elle-même.
Elle avait ri et lui avait répondu que les hommes lui suffisaient et qu’elle n’était pas intéressée par les femmes.
Elle aperçut des mouvements du coin de l’œil.
L’un des deux hommes se trouvant dans le camion devant la maison de Mouse en sortit et marcha d’un pas raide. Il s’avança et s’étira les bras et les épaules en tournant en rond et en agitant les jambes. Elle fronça les sourcils tout en l’observant. Il était brun, grand et imposant. Sa façon de se tenir accentuait la puissance de sa carrure. Sans parler de son regard. Il était sombre, taciturne… dangereux, comme si rien ne lui échappait. C’était un homme à prendre au sérieux.
Il se tourna face à elle. Son regard semblait voir en elle. Et pourtant, il y avait quelque chose d’irrésistible dans ses actions, dans son regard direct… et dans la fluidité de son langage corporel alors qu’il avait dû traverser les épreuves de la vie.
Instinctivement, elle fit un pas en arrière, bien qu’elle soit consciente qu’il n’y avait aucun moyen de se cacher face à cet homme.
Mais, bon sang, qui était-il ?
Minx recula légèrement pour se dissimuler derrière l’un des poteaux du porche. Juste assez pour sortir de leur champ de vision tout en les gardant dans le sien. Une autre astuce qu’elle avait appris lors de sa jeunesse.
Elle secoua la tête alors que des souvenirs lui revinrent en mémoire. Ils remontaient encore plus maintenant qu’elle était de retour dans ce quartier, face à la maison de son enfance, si on pouvait la décrire ainsi. La plupart du temps, elle écrasait ses souvenirs, mais dorénavant ils semblaient tourbillonner dans un chaudron bouillonnant prêt à déborder. Son enfance n’avait pas été aussi difficile que celle de Mouse, mais elle restait tout de même horrible. Elle était également partie aussitôt qu’elle l’avait pu. Après le départ de Mouse, elle ne vit plus aucune raison de rester. Mais elle n’avait pas encore fini ses études et devait trouver ce qu’elle voulait faire par la suite. Pour y parvenir, elle devait partir. Elle était alors retournée dans le Maine après avoir contacté son oncle pour lui demander si elle pouvait s’installer chez lui le temps de finir ses études.
— Pauvre Mouse, murmura-t-elle les yeux posés sur les deux hommes qui parcouraient le quartier.
Elle avait rarement vu des hommes comme eux. Ils ne ressemblaient ni à Mouse ni à son oncle. Elle repensa instantanément à son enfance. Dieu soit loué, son oncle avait été là pour elle. Il n’avait aucune idée de ce à quoi ressemblait sa vie à la maison. À la minute où il l’avait découvert, il lui avait payé un ticket de bus pour qu’elle vienne le rejoindre. C’était le plus long trajet de sa vie. Mais elle était arrivée à bon port, et il avait été la personne la plus gentille et la plus généreuse qu’elle eut la chance de rencontrer. En plus de lui offrir un endroit où vivre, il lui avait trouvé un petit job qui avait financé ses études à l’université. Elle avait ensuite décroché une bourse et avait obtenu son diplôme.
Il était ravi pour elle quand elle se lança dans la thérapie. Il s’était dit qu’après ses débuts difficiles dans la vie, elle serait la meilleure personne pour aider les autres à s’en sortir. Le problème, c’était qu’il était difficile de s’acclimater au système, entre le gouvernement et la mentalité des gens qui vivaient ici depuis des générations. Quand les personnes dans le besoin avaient passé toute leur vie dans la boue, il était presque impossible de les aider à se relever quand ils ne s’en croyaient pas capables, même si cette vie paraissait normale pour la plupart des gens. Mais Minx le comprenait, elle était passée par là.
Elle fit glisser son regard de nouveau sur eux.
Le deuxième homme paraissait frustré et en colère. Elle se demanda s’il ressemblait toujours à un orage prêt à éclater. Mais à ce moment précis, c’était exactement ce dont il avait l’air. Elle se faufila un peu plus près de la maison. Elle n’avait aucun droit sur celle-ci, mais elle était abandonnée et vide. Elle était venue pour se rendre à une adresse figurant dans un dossier, mais évidemment, ils avaient déjà quitté les lieux. La bonne nouvelle était que, cette fois-ci, ils n’avaient pas emmené les enfants avec eux. Ils les avaient laissés chez un voisin. Elle attendait quelques coups de fil avant de déterminer où iraient les enfants. Ils seraient temporairement placés. Avec un peu de chance, les frères et sœurs resteraient ensemble et ne finiraient pas dans une famille qui les battrait et laisserait traîner de la drogue qu’ils consommeraient dès qu’ils en auraient l’envie. Il n’y avait rien de pire que de voir de la drogue à la disposition d’un enfant de deux ans. Ce qui assurément ruinerait leur vie avant même qu’elle ne commence.
Il se trouvait par hasard que cette adresse se situait juste à côté de l’ancienne maison où elle avait grandi.
Les deux hommes traversèrent la rue et le pâté de maisons avant de passer une nouvelle fois devant la maison de Mouse. Visiblement, cette maison les intéressait. Ils s’arrêtèrent un peu plus loin et regardèrent la rue en observant d’autres maisons. Elle les suivit du regard alors qu’ils se dirigèrent vers la maison qu’ils regardaient, mais elle vit bien qu’ils ne s’y intéressaient pas. Ils n’étaient pas du quartier ni d’aucun quartier des alentours, à ce qu’elle voyait d’eux. Ils étaient tous deux bien habillés et musclés. Des flics ? Elle fit une grimace en y repensant avant de rejeter cette idée, « impossible », dit-elle à voix basse.
Mais quelque chose chez eux leur donnait cet air officiel. Peut-être des inspecteurs sous couvertures ? Mais cette supposition ne semblait pas non plus plausible. Ils descendirent la rue avant de faire demi-tour et de marcher du même côté de la rue où leur camion était garé. Leur regard s’égara de temps à autre. Ils pointèrent quelque chose du doigt comme s’ils étaient simplement en train de se promener.
Elle aperçut la vieille Nanny les observer également depuis son rocking-chair. Nanny habitait la maison au coin de la rue et elle ne manquait rien de ce qui se passait dans ce quartier. Elle avait au moins quatre-vingt-dix ans, et elle n’était pas du genre à renseigner les autres. Elle gardait la bouche fermée. En fait, il était impossible de lui faire avouer quoi que ce soit. Tout le monde la laissait tranquille.
C’était probablement la raison de sa longévité. Les deux visiteurs dépassèrent la maison de Nanny alors qu’aucun d’entre ne parut la remarquer se balancer sur sa chaise. Nanny ne les salua pas. Elle se contenta de les observer d’un air suspect, un peu comme le faisait Minx.
Ils revinrent à proximité du camion, le dépassèrent et se rendirent à l’autre bout du pâté de maisons avant de traverser la rue et de la remonter à nouveau. Elle savait alors qu’ils venaient vers elle. Elle ignorait comment elle le savait, mais toutes ces années dans la rue avaient affûté ses réflexes et son intuition. Elle faisait partie du peu de filles qui n’avaient jamais été violées en grandissant ici. C’était grâce à sa rapidité lorsqu’elle est armée d’un couteau, et elle s’assurait de ne jamais être dans les parages quand les rodeurs sortaient chasser.
Elle s’avança à découvert, se pencha sur la clôture en croisant les bras. Elle ignorait si les deux hommes seraient capables de lire en elle comme elle l’avait fait avec eux. Elle portait un jean déchiré en bas et des chaussures ayant connu de meilleurs jours. Son t-shirt était trop grand pour elle et tâché. Ses cheveux châtains étaient relevés en un chignon négligé derrière sa tête. Elle avait fait le choix de ne porter aucun maquillage. De cette façon, elle se fondait dans le quartier et mettait les habitants un peu plus à l’aise afin qu’ils répondent à ses questions.
Elle leur lança un regard aussi suspect que possible. Quand ils s’approchèrent, elle recula de quelques pas. Les deux hommes ralentirent et lui adressèrent un sourire. Elle se contenta de leur lancer un regard noir.
Le conducteur du pick-up s’arrêta et lui dit :
— Nous ne vous voulons aucun mal. Nous voulions juste vous poser quelques questions sur vos voisins.
Il se tourna et, comme elle l’avait prédit, désigna l’ancienne maison de Mouse.
Elle haussa un sourcil. Que voulaient-ils à Mouse ?
— Plus personne ne vit ici.
— Depuis combien de temps ?
