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Les cétacés se partagent en deux grandes divisions : les baleines, qui ont le palais garni de fanons, et ceux qui ont des dents et qu’on appelle cétodontes. Les marsouins, les dauphins, les orques se rangent dans ce dernier groupe, dont le cachalot est le géant.
Parmi les grands animaux, il en est peu dont l’organisation soit aussi longtemps restée obscure, dans quelques uns de ses traits fondamentaux, que celle du cachalot. Jusqu’à ces dernières années, on n’avait eu guère d’autre occasion de l’observer, que ces échouages d’individus le plus souvent dans un trop mauvais état pour que la science en tire grand profit…
On trouve pour la première fois cajelo dans le récit d’un échouement de dix-sept de ces animaux à l’embouchure de l’Elbe, en 1723. Il est probable que ce nom, connu par conséquent à cette époque dans les Flandres, était celui dont se servaient les baleiniers basques, qui l’auraient eux-mêmes emprunté aux Espagnols. En vieux catalan, cachal ou caichal voulait dire dent ; le mot se retrouve d’ailleurs sous la même forme et avec le même sens dans le provençal du moyen-âge... Il est tout naturel que les dents du cachalot, qui semblent avoir longtemps inspiré l’effroi aux baleiniers, aient servi à caractériser un animal si différent des baleines.
Les cachalots sont généralement d’humeur moins commode que les baleines... Il n’est pas très rare de voir des cachalots, les vieux mâles surtout, se retourner contre leur ennemi, broyer des embarcations et même foncer contre de petits navires et les mettre en péril…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Charles Henri Georges Pouchet (26 février 1833 à Rouen - 29 mars 1894 à Paris), fils du naturaliste Félix Archimède Pouchet (1800-1872) et petit-fils de Louis Ézéchias Pouchet, est un naturaliste et anatomiste français qui se spécialisa dans l’anatomie comparée des poissons et des cétacés. Il fut professeur d'anatomie comparée au Muséum national d'histoire naturelle, à Paris, titulaire de la chaire d'Anatomie comparée de 1879 jusqu'à son décès en 1894, et directeur du laboratoire maritime de Concarneau.
Il est l'un des premiers défenseurs du polygénisme, une théorie racialiste qui suppose que l'humanité est composée de plusieurs lignées différentes ou races d'humains.
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Seitenzahl: 115
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Le Cachalot
Le Cachalot
Histoire des Cétacés
Georges Pouchet
B. Germain de Lacépède
EHS
Humanités et Sciences
I.
Le génie de Buffon avait découvert cette loi curieuse de la distribution des êtres vivants, que leur taille est en raison de l’étendue des continents qu’ils habitent. La loi, en effet, se vérifie dans un grand nombre de cas. Le lama et la vigogne, qui représentent en Amérique le chameau et le dromadaire, sont beaucoup plus petits. De même l’autruche des Pampas, comparée à celle d’Afrique. Les mastodontes fossiles du Nouveau-Monde sont loin d’atteindre les dimensions des grands éléphants qui ont autrefois vécu sur le vieux continent, et il existe dans l’île de Bornéo une espèce de ces animaux beaucoup plus petite que celui d’Asie ou d’Afrique. Le cougouar, le plus fort des carnassiers américains, a la taille de la panthère, et n’approche en puissance ni du lion ni du tigre. Pour le continent australien, la différence n’est pas moins frappante ; le kangourou géant est le géant des quadrupèdes qu’on y trouve, et le carnassier le plus redoutable, le thylacine, est loin d’avoir la taille de nos loups.
On peut étendre, bien que Buffon ne l’ait pas fait, cette loi à l’océan envisagé comme un continent plus grand que les autres, et devant par suite offrir des êtres d’une taille supérieure à celle de tous les animaux terrestres. C’est le cas des grands cétacés, baleines et cachalots, près desquels le mammouth lui-même n’est qu’une bête aux proportions modestes, dans le rapport d’un gros rat comparé à un saumon. De même qu’aucun reptile et aucun oiseau n’atteignent la taille des grands pachydermes terrestres, de même aucun poisson dans la mer n’approche, — et il s’en faut de beaucoup, — des dimensions des grands cétacés, qui sont eux aussi des mammifères, c’est-à-dire des animaux dont l’organisation est de tous points comparable, sinon semblable à la nôtre. Leur sang, qui coule par torrents dans des veines grosses comme le corps d’un homme, est chaud ; ils ont des poumons pour respirer l’air et mettent au monde des petits, un seul le plus souvent, que la mère nourrit de son lait, qu’elle surveille et qu’elle défend jusqu’à se faire tuer, plutôt que de l’abandonner même mort.
A aucune époque des temps passés, autant que nous l’enseigne la paléontologie, le globe terrestre n’a vu d’animaux de la taille des baleines et des cachalots. C’est une illusion très répandue, et qu’a pu seule excuser la surprise des premières découvertes, de se figurer les végétaux ou les animaux éteints comme ayant été plus grands que les nôtres. C’est le contraire qui est la vérité. On n’a exhumé aucun arbre fossile à mettre en parallèle avec le cèdre ou les grands conifères du Nouveau-Monde. De même pour les animaux. A la vérité, nous n’avons plus de reptiles aussi grands qu’étaient le mégalosaure, l’ichthyosaure, l’iguanodon ; mais ce qui étonne en eux, c’est surtout la nature reptilienne associée à des dimensions que nous ne connaissons plus chez les quadrupèdes à sang froid ; car ces espèces étaient loin, d’avoir la taille du mammouth ou des plus petites baleines connues. A la vérité, on a découvert dans le Dakota des ossements de reptiles vraiment gigantesques. Mais on ne connaît pas encore leur squelette tout entier, et on est exposé de la sorte à d’étranges mécomptes. Chez l’iguanodon, la puissance du train postérieur n’aurait jamais laissé deviner les faibles proportions de la tête et des jambes de devant, si plusieurs exemplaires de l’animal intact n’avaient été rencontrés au fond d’une mine de la Belgique. A l’inverse, on pourrait citer tels poissons, la baudroie et d’autres, dont la tête seule est grosse plusieurs fois comme le reste du corps. Quelques ossements retrouvés d’un animal disent eu somme fort peu de chose sur sa taille, s’il n’appartient à un type déjà complètement connu. Ces reptiles du Dakota ont été véritablement des animaux extraordinaires ; et cependant, jusqu’à plus ample découverte, la souveraineté de la masse reste encore aux grands cétacés actuels. On peut ajouter qu’aucun cétacé fossile n’égale les nôtres. Les baleines exhumées en grand nombre quand on a creusé les fossés de la citadelle d’Anvers, les cachalots qu’on y trouva également, celui que M. Sirodot a découvert au pied du mont Dol, sont d’une taille inférieure aux individus que l’homme chasse aujourd’hui.
Les cétacés se partagent en deux grandes divisions : les baleines, qui ont le palais garni de fanons, et ceux qui ont des dents et qu’on appelle cétodontes. Les marsouins, les dauphins, les orques se rangent dans ce dernier groupe, dont le cachalot est le géant. Les naturalistes, au siècle dernier, crurent qu’il y avait plusieurs espèces de cachalots. Des observations mal faites ou prises sur des bêtes amaigries, mortes de maladie et jetées à la côte, les récits peu concordants ou mal interprétés des baleiniers avaient aidé à cette confusion. On ignorait la différence si remarquable de taille entre le mâle et la femelle, près du tiers plus petite. Cuvier, mis en éveil par la contradiction même de ces témoignages, pressentit qu’il n’existe en réalité qu’une seule espèce de cachalot répandue dans les deux océans, et que les différences signalées étaient simplement des variétés individuelles. La suite a justifié de tous points cette vue du célèbre anatomiste, éclairé par la connaissance profonde qu’il avait de l’organisme. Comme parenté immédiate du cachalot dans la grande famille animale, ayant avec lui un air de ressemblance formel, on ne connaît que le kogia, aux proportions beaucoup moins imposantes, car il ne mesure pas plus de 2 mètres ; il vit dans les mers du Japon.
Les baleines aiment à se jouer au milieu des glaces flottantes ; elles s’écartent peu des mers froides des pôles. Les cachalots, au contraire, ne s’avancent que rarement, dans les hautes latitudes, au nord et au sud. On en a rencontré au détroit de Behring, mais par exception. Il en vient de même égarés dans la Mer du Nord. Nageur puissant, ne comptant pour rien les distances, il franchit le Cap, il franchit même la pointe d’Amérique, et voit s’ouvrir deux océans devant lui, mais il se plaît surtout sous les tropiques. Il est par excellence le géant des mers chaudes.
Les marins le reconnaissent d’ailleurs à première vue, à sa tête qui fait le quart de la longueur du corps, tête énorme, dont le profil ne s’amincit pas, s’avançant comme un promontoire aussi haut que le corps lui-même au-dessus de la mâchoire tout étroite, mais garnie de dents formidables. L’évent, placé à l’extrémité et au sommet de ce promontoire, est fortement dévié à gauche. C’est un trou large comme un seau quand il se dilate, et par lequel le monstre, à chaque respiration, lance un jet de buée oblique qu’on aperçoit à plusieurs milles en mer.
Les cachalots vivent en troupes, tantôt composées de quelques individus, d’autres fois très nombreuses et blanchissant les flots à perte de vue sous leurs pesants ébats. Tantôt on les voit dresser la tête comme une tour hors de l’eau, ou bien s’élancer dans l’air et retomber d’une masse en soulevant des montagnes d’écume. Les mâles, beaucoup plus grands, conduisent la bande et la guident devant eux. Le reste, composé des femelles et des jeunes, semble obéir à leur surveillance. Aussi les baleiniers appellent-ils ces mâles des maîtres d’école (school-masters). Cependant, les tout vieux mâles changent d’existence. D’ordinaire, on trouve ces « têtes grises, » (gray-headed) comme on les nomme, errants à l’aventure, en solitaires. Plusieurs archipels du Pacifique, les îles Galapagos en particulier ont été longtemps réputés comme lieu de rendez-vous des cachalots à certaines époques de l’année. Animaux de haute mer avant tout, ils recherchent, quand ils s’approchent de terre, les côtes abruptes et les eaux profondes. C’est ainsi qu’ils visitent fréquemment les Açores. La femelle ne met au monde qu’un seul petit, qui tette en prenant la mamelle de sa mère par les coins de la gueule ; sa mâchoire pointue ne lui permet pas d’autre façon. Les cachalots sont généralement d’humeur moins commode que les douces baleines dont Michelet nous a parlé en termes si émus et pourtant d’une si grande vérité scientifique. Il n’est pas très rare de voir des cachalots, les vieux mâles surtout, se retourner contre leur ennemi, broyer des embarcations et même foncer contre de petits navires et les mettre en péril.
Là se borne à peu près tout ce que nous savons des mœurs du cachalot ; et bien qu’on en extermine chaque année plusieurs centaines, leur organisation, leur anatomie, n’est guère bien connue non plus. Il n’est pas jusqu’à l’origine de ce nom français de cachalot qui ne soit incertaine. On trouve pour la première fois cajelo dans le récit d’un échouement de dix-sept de ces animaux à l’embouchure de l’Elbe, en 1723. Il est probable que ce nom, connu par conséquent à cette époque dans les Flandres, était celui dont se servaient les baleiniers basques, qui l’auraient eux-mêmes emprunté aux Espagnols. En vieux catalan, cachal ou caichal voulait dire dent ; le mot se retrouve d’ailleurs sous la même forme et avec le même sens dans le provençal du moyen-âge, spécialement dans la Chanson de la croisade des Albigeois. Il est tout naturel que les dents du cachalot, qui semblent avoir longtemps inspiré l’effroi aux baleiniers, aient servi à caractériser un animal si différent des baleines, de même que le nom flamand potvis était une allusion à sa tête, comparée à un chaudron plein de spermaceti.
Les anciens n’ont fait aucune mention certaine du cachalot. Pline parle bien d’un grand cétacé qui serait venu de son temps se faire prendre dans le port d’Ostie, mais c’était peut-être un orque. Pourtant le cachalot a dû être autrefois abondant dans la Méditerranée, comme les baleines. Mais les Grecs et les Latins ne paraissent pas avoir chassé jamais ces grands cétacés. Le harpon relié à un corps flottant, peau soufflée ou pièce de bois (loch), peu importe, qui permet de suivre et qui retient en même temps la bête fuyant sous l’eau, le harpon est une invention des peuples riverains de l’Atlantique. Le poète Oppien, compétent entre tous en matière de pêche, sait l’usage du harpon sur la côte occidentale d’Espagne, mais il croit que c’est simplement un hameçon proportionné à la taille des baleines et qu’on amorce avec une boëte convenable, un foie de bœuf, par exemple, sur laquelle le cétacé se jette comme ferait un poisson. Les Basques n’ont jamais chassé autrement qu’avec le harpon simplement relié à sa vessie ou à son loch ; c’est beaucoup plus tard, — il n’y a pas encore un siècle, — qu’un harponneur américain, dit-on, eut cette audace d’attacher la ligne du harpon à sa barque et de se laisser entraîner par la course furieuse de l’animal blessé.
II.
Un cachalot qui vient d’être tué flotte en raison de la quantité de sa graisse. C’est ce que les baleiniers appellent une bête « franche, » par opposition aux baleines « foncières, » qui coulent à pic. Un cachalot amaigri et qui meurt de maladie coule aussi. Mais le grand cadavre remonte bientôt, soulevé par les gaz de la putréfaction. S’il n’est pas jeté sur quelque grève voisine, il flottera longtemps au gré des vagues, jusqu’à ce que, les crustacés, les poissons, les oiseaux de mer en aient raison. A coups de dents, de pinces et de bec, ils finiront par ouvrir un passage à ces gaz, et l’énorme squelette pour toujours, retournera à l’abîme. Il arrive parfois aussi que la tempête jette au rivage un cachalot affaibli de maladie ou mortellement blessé par le harponneur auquel il a échappé, par l’espadon, qui lui fait, dit-on, la guerre. Les cachalots ont parfois de vastes cicatrices. On en a vu qui portaient depuis onze ans un harpon dans les chairs, d’autres avec l’extrémité brisée d’un rostre d’espadon.
Un grand cétacé échoué au rivage est toujours une bonne fortune. L’huile, les os, les dents, les fanons, si c’est une baleine, sont des biens dont chacun veut profiter. Et puis rare est l’occasion de contempler de tels monstres : c’est un événement dont on parle. Le plus ancien échouage de cachalot que l’on connaisse sur la côte européenne eut lieu au XIIIe siècle, près de Stauria, dans la Frise. Par une chance heureuse, Albert le Grand en fut témoin, et il le relate dans des termes qui ne laissent aucun doute. Albert se faisait une idée bien singulière des baleines, dont les fanons d’après lui, sont des sourcils abritant une paupière longue comme dix hommes de front. Albert désigne le grand cétacé qu’il a vu à Stauria simplement sous le nom de cetus, et semble, d’ailleurs, le prendre pour le mâle de la baleine. C’était bien un cachalot, car il ajoute que, quand on eut ouvert la tête au niveau des yeux, on en tira onze baquets d’huile, dont chacun faisait la charge d’un homme. A un moment donné, dit-il encore, la tête de l’animal, en partie coupée, se détacha avec un énorme craquement, « comme le bruit d’une maison qui s’effondre. » Il ne faut pas trop le taxer d’exagération. Tous ceux qui ont visité les chantiers de Laponie, où on dépèce souvent plusieurs baleines à la fois et des plus grandes, savent les fracas de ces brisements sollicités quelquefois par la charge de plusieurs milliers de kilogrammes, et aussi les détonations produites par la mise en liberté, avec l’instrument tranchant, des gaz développés à l’intérieur du corps et comprimés sous ces montagnes de chair.
