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Retracer l'histoire du Café, son introduction successive dans les diverses contrées de l'Europe, les diverses prohibitions qui l'ont frappé, mais qui, loin de l'arrêter dans sa marche, n'ont fait qu'en propager l'usage; présenter la description exacte de l'arbre qui produit cette fève aujourd'hui si répandue, ses différentes cultures suivant les pays, offrir au consommateur les moyens de savoir distinguer d'une manière certaine les diverses sortes de Café qui se rencontrent dans le commerce, tel est l’objectif de ce livre.
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Seitenzahl: 104
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Le café et son histoire.
Le café et son histoire
Brève histoire du Café{1}
Retracer l'histoire du Café, son introduction successive dans les diverses contrées de l'Europe, les diverses prohibitions qui l'ont frappé, mais qui, loin de l'arrêter dans sa marche, n'ont fait qu'en propager l'usage; présenter la description exacte de l'arbre qui produit cette fève aujourd'hui si répandue, ses différentes cultures suivant les pays, offrir au consommateur les moyens de savoir distinguer d'une manière certaine les diverses sortes de Café qui se rencontrent dans le commerce, tel est l’objectif des pages qui suivent.
Introduction du Café en Orient.
Le grand usage que l'on fait en Europe du Café qui d'abord n'était qu'un objet de luxe, et qui depuis est devenu presque un objet de première nécessité, rend l'histoire de cette fève assez intéressante pour mériter quelques détails.
L'histoire du Café remonte à un temps très reculé. On ne voit pas dans l'histoire des peuples anciens qu'ils aient connu ce fruit. Le Café n'était en effet connu ni des Grecs, ni des Romains, quoique quelques enthousiastes aient prétendu que cette boisson était connue dans les temps les plus reculés, et que Pietro della Valle ait avancé que c'était le népenthe que reçut Hélène d'une dame Égyptienne, et qu'Homère vante comme propre à calmer l'esprit dans l'état le plus violent de la colère, de l'affliction et du malheur. Paschius, dans son traité de Novis inventis, imprimé à Leipsick, en 1700, prétend que le Café est désigné par les présents que fit Abigaïl à David, afin de l'apaiser. (Voir I Rois, Chap. 25 : 18)
C'est dans la haute Éthiopie que l'on place généralement le berceau du Café ; on en a fait usage dans ce pays de temps immémorial. Les Persans furent le second peuple qui connut le Café, et enfin les Arabes qui nous l'ont transmis.
On a débité bien des fables sur la découverte du Café ; on raconte entre autres celle d'un pauvre derviche qui habitait une vallée de l'Arabie, et ne possédait qu'une cabane et quelques chèvres. Un jour qu'elles revenaient du pâturage, il remarqua avec étonnement l'agitation de ces animaux lorsqu'ils furent rentrés au bercail. Il les suivit le lendemain, et observa qu'elles broutaient les petites branches et les fruits d'un arbrisseau qu'il n'avait pas encore remarqué, Il en essaya l'effet sur lui-même, et éprouva une gaîté surnaturelle, accompagnée d'une telle loquacité qu'il passa auprès de ses confrères pour un homme extraordinaire et inspiré. Il fit part de cette découverte aux autres derviches, qui en prirent également, et commencèrent à en pro- pager l'usage. Il est probable que cette fable, adoptée par Dufour, sur la foi de Fauste Nairon, Maronite, professeur de langues orientales à Rome, qui avait publié en cette ville le premier traité fait exprès sur cette matière, il est probable, dis-je, que cette fable a été inventée par les Arabes pour accréditer l'opinion que le Café est originaire de leur pays.
Les Persans racontent que Mahomet étant malade, l'ange Gabriel inventa cette boisson pour lui rendre la santé.
On trouve encore l'histoire d'un supérieur de monastère en Arabie, qui, ayant entendu parler de l'effet du Café sur les chèvres du derviche, et remarquant que ses moines se laissaient aller au sommeil pendant les exercices nocturnes de leur religion, et n'y apportaient pas toute l'attention et tout le recueillement convenables, leur fit boire une infusion de cette graine, qui produisit les plus heureux résultats. Il en établit ainsi l'usage qui ne tarda pas à passer dans toute l'Arabie ; le Café jouit bientôt du plus grand succès, et fut recherché de tout le monde.
Quelques auteurs parlent d'un mollah nommé Chadely, qui ne pouvant se livrer à ses prières nocturnes, à cause de l'assoupissement continuel qu'il éprouvait, essaya de cette boisson, dont il reconnut les bons effets, et dont il parla à ses derviches qui en propagèrent l'usage.
Quoi qu'il en soit, il est certain que ce fut dans le milieu du IXe siècle de l'hégire, XVe de l'ère chrétienne, que les Arabes commencèrent à cultiver le Café.
Gémaleddin Abou Abdallah Mohammed Ben-Saïd, surnommé Dhabhani, parce qu'il était natif de Dhabhan, petite ville de l'Yémen, était muphti d'Aden, ville et port fameux de l'Arabie, à l'Orient de l'embouchure de la Mer Rouge. Ayant été contraint de se rendre en Perse pour quelques affaires, il y demeura un certain temps, et observa que les habitants faisaient usage du Café, et vantaient les propriétés de cette boisson. De retour à Aden, il eut une indisposition, et s'étant souvenu du Café, il en but, et se trouva bien d'en avoir fait usage. Il remarqua qu'il avait la vertu de dissiper le sommeil et l'engourdissement, et de rendre le corps léger et dispos. Il introduisit donc l'habitude de cette boisson à Aden. A son exemple les habitants de la ville, les jurisconsultes et les gens du peuple même prirent du Café, les uns pour se livrer avec plus de facilité aux études de leur profession, et les autres à leurs travaux mécaniques. Depuis cette époque, l'usage de cette boisson devint de plus en plus commun. Les fakirs en prenaient dans le temple même en chantant les louanges de Dieu. Le Café était dans un grand vase de terre rouge ; le supérieur en puisait dans ce vase avec une petite écuelle, et leur en présentait à tous successivement, en commençant par ceux qui étaient à sa droite, pendant qu'ils chantaient leurs prières ordinaires. Les laïques et tous les assistants en prenaient également. Gémaleddin mourut en 875 (1459 de notre ère.)
L'usage du Café ne fut jamais interrompu à Aden, et l'on dit que les Arabes ne boivent jamais cette liqueur délicieuse, sans souhaiter le paradis à Gémaleddin en récompense du présent qu'il leur a fait.
D'Aden, le Café, vers la fin du IXe siècle de l'hégyre, s'étendit graduellement à la Mecque et à Médine ; l'usage s'en répandit bientôt dans toute l'Arabie, et au bout de peu de temps on avait établi, tant dans cette contrée qu'en Perse, des lieux publics où les oisifs venaient passer leur tems, où les hommes occupés venaient se distraire; on y jouait aux échecs, jeu dans lequel les Arabes excellent et surpassent toutes les autres nations; les poètes venaient y réciter leurs vers et l'on y distribuait du Café préparé. Le gouvernement d'alors, quoique très despotique, toléra ces établissements.
De l'Arabie le Café passa en Égypte; il vint jusqu'au Caire, où il s'introduisit au commencement du Xe siècle de l'hégyre, XVIe de Jésus-Christ. De l'Égypte, il passa ensuite en Syrie, principalement à Damas et à Alep, où il s'établit sans qu'on y apportât aucun obstacle, et enfin dans toutes les autres villes de cette grande province.
De cette époque, date la prospérité du Café.
Chacun, appréciant les qualités agréables et les vertus salutaires de cette boisson si convenable à ces peuples énervés par un climat chaud et l'abus des plaisirs, voulut en faire usage.
La première disgrâce que le Café essuya eut lieu à la Mecque, l'an 917 de l'hégyre (1511 de l'ère chrétienne). Deux frères, docteurs, natifs de Perse, parvinrent à persuader à l'émir Khaïr-Beg Mimar que le Café était une liqueur enivrante, qui donnait lieu à des divertissements que la loi de Mahomet ne permet pas. Khaïr-Beg convoqua une assemblée de docteurs et de médecins pour délibérer sur ce sujet. Les premiers déclarèrent que les Cafés publics étaient contraires au mahométisme; les seconds, que la liqueur qu'on y servait était préjudiciable à la santé. Plusieurs membres affirmèrent qu'elle leur avait été contraire. Un des assistants alla même jusqu'à dire qu'elle enivrait autant que le vin. Cette déclaration fit rire l'assemblée. «Il a donc bu » du vin, s'écria-t-on. » Il fut contraint d'en convenir, et quatre-vingts coups de bâton furent le prix de sa naïveté.
Khaïr-Beg demanda un rescrit du sultan pour empêcher la vente du Café à la Mecque, et fit provisoirement défendre d'en distribuer dans les lieux publics. Si l'on en buvait encore dans l'intérieur des maisons, c'était secrètement, afin de se soustraire à la cruauté de l'émir ; car, Khaïr-Beg ayant été informé qu'une personne de la ville en avait bu malgré sa défense, la punit rigoureusement et la fit promener sur un âne et donner en spectacle dans les rues et les places publiques. Mais bientôt arriva le rescrit du sultan qui contraria les vues des détracteurs du Café, en déclarant que les docteurs du Caire , qui devaient être plus instruits que ceux de la Mecque , avaient reconnu que c'était une boisson innocente, et en ordonnant à l'émir de retirer sa prohibition. Chacun en reprit donc l'usage avec sécurité en apprenant qu'il était en vogue au Caire, résidence du sultan.
L'an 932, le scheik, Sidi-Mohammed Ben-Arrak, ayant été instruit qu'il se passait dans les lieux où l'on prenait du Café des actions criminelles, engagea les gouverneurs à supprimer les maisons où l'on débitait cette boisson, sans pourtant empêcher d'en prendre chez soi. Après sa mort, les Cafés furent rouverts et publics comme auparavant. Mais le Café devait causer de nouveaux troubles et de nouveaux soulèvements.
L'an 941 de l'hégyre (1534 de l'ère chrétienne), un fanatique déclama avec tant de force dans la mosquée contre le Café, que le peuple, animé par les paroles du prédicateur, se porta en foule vers les Cafés, brisa les meubles qui les décoraient, et les vases qui servaient à distribuer la liqueur, frappa les buveurs, et donna la bastonnade aux marchands.
La ville fut divisée en deux factions. Les partisans du Café soutenaient que c'était un breuvage pur, d'un usage très-sain, qui porte à la gaîté, qui facilite le chant des louanges de Dieu et les exercices de dévotion à quiconque désire s'en acquitter. Ceux, au contraire, qui le regardaient comme une boisson prohibée, ne mettaient aucune borne au mal qu'ils en disaient et à la censure des personnes qui en faisaient usage. Les adversaires du Café, enfin, poussèrent les choses jusqu'à prétendre que c'était une sorte de vin, et qu'il fallait le comprendre dans la même proscription. Ils allèrent même jusqu'à dire qu'au jour de la résurrection ceux qui en auraient bu, paraîtraient avec un visage plus noir que le fond des vases dans lesquels on le prépare.
Il fut nécessaire d'avoir recours à une consultation juridique. Le scheik ayant convoqué tous les docteurs, ceux-ci déclarèrent la question décidée depuis longtemps en faveur du Café. Le scheik, fort de l'opinion des hommes les plus distingués, fit préparer du Café chez lui ; on en servit à toute l'assemblée, et il devint plus en vogue que jamais.
Toutes les tentatives qui eurent lieu depuis pour faire défendre le Café à la Mecque, furent infructueuses; il fut aussi prohibé plusieurs fois au Caire, mais il n'a jamais été longtemps sans triompher des obstacles qu'on lui opposait.
Ce fut l'an 962 de l'hégyre (1554 de Jésus-Christ), sous le règne de Soliman II, dit le Grand, que l'on commença à prendre du Café en Grèce, et surtout à Constantinople. Un Damasquin, nommé Schems, et un habitant d'Alep nommé Hekem, venus dans cette ville, y ouvrirent chacun un Café où l'on recevait les consommateurs sur des sophas. Ces établissements étaient fréquentés par la plupart des savants, des juges, des professeurs, des derviches. Ces Cafés, dans la suite, eurent une telle renommée que les personnes de la première distinction, les pachas et les principaux seigneurs, enfin tous les hommes constitués en dignité, daignèrent les honorer de leur présence. On donna alors aux Cafés le nom d'Écoles des savants.
Les Turcs s'adonnèrent avec fureur à l'usage de cette boisson, et la capitale fut bientôt remplie de Kawha-Kanés , où l'on distribuait le Café ; les oisifs s'y réunissaient, et, semblables à ces musiciennes ambulantes qui s'introduisent aujourd'hui dans les endroits publics, des danseuses ou courtisanes (almés, ghawasiés), venaient amuser les consommateurs par leurs chants et leurs danses lascives.
Mais une furieuse tempête s'éleva. Les prêtres prétextant qu'on délaissait les temples pour les Cafés, firent grand bruit à Constantinople. Ils prétendirent que le Café grillé était un charbon, et que tout ce qui avait rapport au charbon était défendu par Mahomet. Le muphti soutint les prêtres, défendit l'usage de cette liqueur dans la capitale, et fit fermer les Cafés. Mais bientôt le culte s'en rétablit.
On avait commencé dans les établissements où l'on vendait du Café par jouer aux échecs, parler de prose, de vers, d'arts, de sciences; bientôt on s'y entretint de politique et de religion.
Sous Amurath III, le muphti se fâcha, supprima les Cafés, à cause des nouvellistes qui s'y rassemblaient ; mais, cette prohibition n'ayant pas de rapport avec le Café en lui-même, on en toléra l'usage dans l'intérieur des familles. Les Turcs se moquèrent bientôt du muphti, et ouvrirent d'autres Cafés qui furent plus nombreux qu'auparavant.
