Le chant du coucou - Elodie Rojas-Trova - E-Book

Le chant du coucou E-Book

Elodie Rojas-Trova

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Beschreibung

"Je navigue au milieu d’ombres dans ce paysage pâle de lune timide. Et puis, une silhouette s’élance vers le ciel, un clocher troue cette sainteté céleste qui m’abritait si bien en loupiotes filantes. Mes pieds frappent une sourde partition sur le sol rocailleux. Le chemin facile n’est pas le plus vertueux, disait la Grand quand je doutais. Me voilà, heureux, le ventre creux et la tête remplie de viles fiertés..." Un écrivain perdu, une femme aux abois, un jeune homme en quête de liberté ou une bibliothécaire cachotière... Ils ont en commun la découverte inédite de vérités qu'ils se cachaient à eux-mêmes. Dans ce recueil de nouvelles surprenantes, l'auteure nous emmène à la rencontre de personnages puissants et attachants qui nous prouvent en toute simplicité que les choses ne sont pas toujours ce qu'elles paraissent.

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Seitenzahl: 58

Veröffentlichungsjahr: 2015

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« Le plus menteur dans la maison entend le coucou le premier. »

Proverbe

Sommaire

Prologue

La scribe

Margaux

Libre

Amour et turpitudes

Le chant du coucou

Prologue

Nous voici de nouveau réunis, dans un moment unique de partage de mots, de sensations et de temps arrêté. Un livre. Cinq nouvelles. Des personnages uniques que j'ai pris plaisir à créer, accompagner, et enfin laisser filer comme on ferait d'un enfant. Chacun d'eux a quelque chose à nous montrer du doigt, une de ces vérités que parfois nous refusons de voir. A vous d'y trouver sens, ou simplement vous laisser porter par ces petits mots que je vous offre aujourd'hui.

A la prochaine aventure !

La scribe

Il pleuvait comme rarement ce jour-là, des trombes d’eau se déversant sur la ville obscure. Agnès se dépêchait de rentrer. Elle avait jeté son parapluie cassé dans la poubelle du coin de la rue, et se débattait avec son imperméable pour se protéger des gouttes féroces. Il fallait qu’elle attaque le dernier chapitre dès ce soir si elle voulait le boucler pour la fin du mois! Adrien l’avait déjà rappelée deux fois en une semaine et il lui mettait la pression pour qu’elle finisse au plus vite leur dernier roman. Ses jambes un peu trop courtes ne portaient pas assez vite son corps large et bien rebondi. De longues boucles rousses et gluantes s’empêtraient devant ses yeux et elle passa sa main d’un geste machinal pour dégager son visage. Mais lorsqu’elle rouvrit les yeux l’instant d’après, il était trop tard. L’adrénaline piqua son coeur et Agnès se mit à virevolter dans les airs sous le choc de la voiture. Telle une poupée de chiffon, la jeune femme atterrit sans forme sur le macadam et demeura étendue là, sous une pluie battante et les yeux horrifiés des badauds.

Encore une fois, le téléphone sonnait dans le vide. Adrien raccrocha rageusement et se mit à faire les cent pas dans son appartement. Cela faisait des jours qu’il n’avait pas de nouvelles de cette petite garce! Il était persuadé qu’elle le faisait exprès; elle allait probablement lui demander plus d’argent. Pourtant il fallait bien qu’il la voit et il accepterait tout ce qu’elle demanderait car il était pris à la gorge. Son éditeur le harcelait pour connaitre l’avancée de son manuscrit et Adrien ne trouvait plus d’excuse pour expliquer son retard. Il s’arrêta net au milieu de son immense salon, prit quelques affaires et s’en alla, bien décidé à dire ses quatre vérités à Agnès.

La voiture freina sec en couinant et Adrien, grand et élégant dans son nouveau pardessus beige, descendit comme un prince. Ses chaussures crissaient sur le sol en lino du couloir de l’immeuble. Arrivant devant l’appartement d’Agnès, il lissa ses cheveux grisonnants et frappa deux coups menaçants. Rien. Il attendit trente secondes et sonna longuement. A l’intérieur, seul le silence lui répondit. Agacé, il se mit à tambouriner à la porte de manière insensée. Elle était peut-être sortie un moment? Il essayait de se raisonner, mais en même temps il enrageait. Une porte s’ouvrit derrière lui et une vieille dame en peignoir fleuri sortit la tête.

– Elle n’est pas là, la demoiselle, arrêtez de taper comme ça! lui chevrota la vieille.

– Excusez-moi, j’ai vraiment besoin de la voir. Vous savez quand elle va rentrer?

– Oh mon petit monsieur, vous n’êtes pas au courant?

– Heu, non je ne crois pas.

– C’est terrible, une vraie tragédie! Elle était tellement gentille! soupira-t-elle en secouant la tête. Adrien sentit l’angoisse lui serrer le gosier.

– Il lui est arrivé quelque chose?

– Ah ça oui! La pauvre petite s’est faite écraser par une voiture il y a quatre jours. C’est affreux! Un chauffard pour sûr, et il pleuvait tellement fort, elle ne l’a pas vu.

Adrien se décomposa intérieurement. La voisine continuait de babiller mais il n’entendait plus. C’était le pire qui pouvait lui arriver, en fait c’était même pire que si ça avait été lui qui était mort écrasé! Il tourna les talons sans prêter attention à la dame qui lui criait dans le dos et rentra chez lui comme un automate. Sans trop savoir pourquoi, il essaya une dernière fois de téléphoner à Agnès et écouta sonner sans fin. Il se sentit désemparé et idiot. Qu’allait-il faire? Lui, le grand écrivain qui multipliait les succès, n’était qu’un imposteur! Au fond, il redoutait cet instant depuis qu’Agnès écrivait pour lui. Cela avait commencé de manière anodine six ans auparavant. Il venait d’achever son premier roman et avait fait appel à une correctrice avant de soumettre le manuscrit aux maisons d’édition, faisant ainsi la connaissance d’Agnès. Elle avait commencé par corriger ses fautes, puis ses maladresses, et finalement avait rajouté sa touche personnelle sur tous ses écrits. Et c’était précisément ce qui avait fait son succès. L’éditeur, la critique, le public; tous s’étaient extasiés de son style unique et de ses phrases si bien tournées. A chaque livre, la jeune femme avait pris de plus en plus de place et leur collaboration avait fini par s’étioler, devenant une mascarade unilatérale. Adrien se sentait piégé et vulnérable depuis longtemps déjà, et à présent il se trouvait totalement coincé dans une situation impossible. Personne ne devait savoir! Essayant de garder son calme, il ouvrit son ordinateur et reprit la lecture du dernier chapitre que lui avait envoyé Agnès. C’était parfait. Son style incisif et précis servait impeccablement l’intrigue qu’ils avaient développé. Jusqu’à la dernière page, impossible pour le lecteur averti de deviner ce qu’il était advenu de Laura, l’héroïne enlevée par Jack, l’homme d’affaire implacable. Les doigts d’Adrien restaient en suspens au dessus du clavier, sans qu’il ne sache vers où les diriger. Le petit trait clignotait désespérément comme pour se moquer de son manque d’inspiration. Heureusement, on sonna à la porte et Adrien se leva en un sursaut.

– Mais à quoi tu joues Adrien? Des jours que tu ne donnes pas de nouvelles! J’étais inquiet! Joseph, son éditeur, fit irruption en gesticulant dans son costume sur mesure.

– Joseph, tu n’as pas à t’inquiéter. Je suis un écrivain, j’ai besoin de calme et de solitude pour écrire.

– Arrête ton baratin d’artiste s’il te plait, pas avec moi! Je te connais par coeur. Tu aurais dû me boucler cette histoire depuis une semaine. Si on loupe les fêtes de Noel ce sera une catastrophe, des milliers de vente en moins! Je ne peux pas me permettre un caprice d’auteur à la con!

– Calme-toi! Regarde, je suis dessus. rétorqua Adrien en montrant son écran. Le temps que je perds à me disputer avec toi c’est autant que je n’ai pas pour écrire. Alors laisse-moi tranquille! s’énerva-t-il. Rentre chez toi et fais moi confiance.

Les mains sur les hanches, Joseph soupira bruyamment comme si toute la misère du monde venait de lui tomber dessus.