Le chat de Gepetto - Marc Bajard - E-Book

Le chat de Gepetto E-Book

Marc Bajard

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Beschreibung

A la façon des trois papis vermoulus de Richard Gotainer qui papotaient pour se faire du vent, les pépères, mémères et assimilés de ce second grimoire, devisent aujourd'hui de démocratie, d'écolieux et d'intelligence artificielle. Tous partagent le sentiment que le Monde s'apprête à basculer, un peu comme s'apprêterait à tomber une bille au bord de la poche d'une table de billard. Mais après la chute quelle trajectoire imaginer ? Notre futur sera-t-il collectif et chaleureux ou se diluera-t-il dans un transhumanisme débridé pour nous mener jusque dans les oubliettes de l'Histoire ?

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Seitenzahl: 126

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Sommaire

Isaac ne va pas mieux

Ma soirée avec une chauve-souris

Vers la justesse

Ruptures

Démocratie et autres architectures invisibles

Poupchette et le grand escalier

L’IA et la démocratie française

Chouettes, chauve-souris et autres volatiles

Démocratie et liberté

Le chat de Gepetto

Les temps changent

Du je au nous

La Casba

Le retour de la chauve-souris

Désirable et joyeux

Sept mois

Isaac ne va pas mieux

Marc, le 14 septembre 2022

J’ai relu hier soir le tome 1 du grimoire des trois pépères dont nous avions débuté l’écriture en décembre 2018. Nous avions choisi d’intituler ce 1er opus Isaac patraque, titre hérité d’un poème de Philippe qui évoque la destruction de la planète par l’Homme moderne.

Quatre ans, c’était hier. C’était il y a une éternité aussi.

Pour situer l’époque, vue de France, décembre 2018 c’est par exemple,

- 14 mois après le début de l’affaire Weinstein qui a fait exploser le mouvement #MeToo dans le monde entier.

- 2 mois après l’éclosion du mouvement des gilets jaunes.

- Le moment de l’attentat du marché de Noël à Strasbourg.

- 3 mois avant le déclenchement d’un mouvement de grève illimité dans les services d’urgences hospitaliers.

- 1 an avant le déclenchement de la crise mondiale liée à la covid19.

- 19 mois avant la nomination de Jean Castex au poste de premier ministre en remplacement d’Edouard Philippe.

- 2 ans avant l’investiture de Jœ Biden à la présidence des Etats-Unis.

- 2 ans aussi avant l’assaut du Capitole par des partisans de Donald Trump.

- 32 mois avant le dernier rapport du GIEC sur l’évolution du climat.

- 38 mois avant l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes.

- 38 mois encore avant le dernier rapport du GIEC sur les conséquences des changements climatiques.

- 40 mois avant la réélection d’Emmanuel Macron à la présidence de la république.

- 42 mois avant le démarrage de la dernière canicule en Europe et de son cortège d’incendies ravageurs.

Nous sommes nombreux, à avoir ressenti, au cours de cette séquence, d’importantes perturbations dans nos conditions de vie.

A titre personnel, je peux affirmer sans grossir le trait que, depuis la publication d’Isaac patraque, je me suis senti challengé sur chacune des valeurs qui m’avaient jusquelà, permis de traverser l’existence. Challengé sur les plans affectif et émotionnel ; challengé dans ma vie amoureuse, dans ma vie familiale, dans mes amitiés, dans mon rapport aux autres, dans ma vie professionnelle aussi ; challengé sur ma compréhension des choses, challengé sur mes choix, sur mes habitudes, sur mes ambitions, sur mes croyances ; challengé sur mes repères philosophiques, sur mes orientations politiques et sur mon adhésion au modèle sociétal dans lequel j’évolue ; challengé enfin sur mes aptitudes intellectuelles, sur mes capacités physiques et sur ma santé mentale.

Un reboot total en quelque sorte. Et autant dire que la machine peine à redémarrer.

Je sens aujourd’hui venu le temps de me lancer à nouveau dans une expérience d’écriture collective. J’ignore encore si Philippe et Thierry seront toujours tentés par l’aventure. Si ce devait être le cas, je leur proposerais, comme lors de notre premier galop, de ne respecter aucune règle préétablie, ni sur la forme, ni sur le fond de ce que nous pourrions faire éclore.

Peut-être inviteront-ils d’autres personnes à se joindre à nous. Peut-être que ces écrits seront diffusés sur un support différent du livre. Peut-être qu’ils feront vivre cette démarche sans moi. Et peut-être bien-sûr, que rien d’autre n’émergera après ces quelques lignes.

Tout est ouvert.

Ma soirée avec une chauve-souris

Philippe, le 14 septembre 2022

Me voilà installé à même pas 21h00 dans le dortoir collectif de l’écolieu du Langenberg.

Je suis seul.

Une lampe de chevet éclaire mon plumard, un drôle de bruit feutré de battements d’aile m’interpelle… Incroyable ! Une chauve-souris tourne dans la pièce ! Estce qu’elle cherche la sortie ? Est-ce qu’elle chasse ? Nul doute, notre proximité avec ces animaux sauvages n’a jamais été aussi forte ! Au secours, les zoonoses sortent du bois !!

Bien sûr, si on cherche qui s’est rapproché de qui, le procès est vite fait. Les bestioles n’ont jamais arrêté de fuir… qu’à cela ne tienne, la forêt la plus dense, le désert le plus aride, la fosse océanique la plus profonde, la montagne la plus austère… ne restera vierge. Tout, absolument tout sera violé par l’homme ! Et Mars est dans le viseur, prochain sur la liste des victimes … Piètre dieu de la guerre devant les fusées de SpaceX !

« Mais ce sont donc des ressources, mon bon monsieur ».

Mais je m’égare.

Tout cela n’explique pas pourquoi je suis déjà au pieu à 21h00, alors que je viens de débarquer à peine à 19h00 ici, dans cet écolieu que nous projetons peut-être de rejoindre avec mon amoureuse… En fait, nous avons pris un repas ensemble à quelques-uns, comme c’est l’habitude ici. Et Gaby, une des habitantes du lieu, m’a annoncé que je tombais un peu mal puisque ce soir il y avait une réunion « habitants ». La première du genre, si j’ai bien compris… La salle commune est grande, les gens sont en train de s’installer dans les canaps et fauteuils à l’autre bout de la pièce et je demande à Gaby si cela dérange que je reste dans la salle, à la table où nous venions de manger, en dehors du cercle bien entendu, puisque je ne suis pas habitant…

La réunion commence, les conversations privées se taisent progressivement, Miri prend la facilitation.

Pendant le tour d’introduction, Gaby relaie ma question et demande si cela gêne quelqu’un que je reste là… Pas vraiment de prise de parole, quelques murmures, pas non plus d’expressions franches dans un sens ou l’autre. Un tout début de malaise semble émerger. Quelqu’un propose de voter. Quelqu’un d’autre dit qu’il n’a pas eu le temps d’y réfléchir… Un ange passe… ou était-ce aussi déjà la chauve-souris !?

Je sens que c’est le moment de changer de crèmerie, ce que j’annonce tranquillement. Personne ne me retient…

Petit coup de sang « intérieur ». De ceux qui, il y a vingt ans, à l’époque, encore plutôt extérieur, auraient pu me faire dire qq chose comme : « mais allez donc vous faire foutre ! » Ça ne vaut pas ça, évidemment ! Et ils ont bien le droit de poser leurs propres règles, chez eux. Aujourd’hui, j’observe l’émotion et m’en amuse un peu. Et cela me fait redescendre rapidement.

N’empêche, je m’interroge. C’est maintenant la 3ème ou 4ème fois que je suis ici, parfois plusieurs jours de suite et je ne peux toujours pas être présent lors de réunions !

Ailleurs, dans d’autres « lieux de ce genre » généralement les groupes proposent aux gens de passage de mettre la réunion « en bocal » : en clair les personnes qui ne font pas partie du groupe peuvent assister, mais non intervenir. Souvent on leur propose de dire quelques mots en début et/ou fin de réunion. La plupart des collectifs estiment que cela fait partie de la découverte du lieu, même souvent que c’est un moment central. Au même titre que de découvrir les bâtiments, la gestion, les personnes…

Et je partage ce point de vue ! Évidemment !

Pour moi, c’est crucial d’assister aux réunions avant tout autre engagement. Tant de choses sont impactées dans un groupe humain par ce que certains appellent les architectures invisibles ! Je défends même l’idée que nous avons, dans notre 5ème république, beau remplacer Sarko par Hollande, puis Hollande par Macron, puis Macron par Tartempion, l’essentiel de la politique restera identique. Et suicidaire.

Mais c’est un autre débat… Tant que nous ne changerons pas le moule, celui-ci crachera la même pièce.

Ok, dans tous les collectifs ou j’ai été, cette règle des réunions en bocal était de mise. Elle semble faire partie des fondamentaux, un peu comme la réunion en cercle, la facilitation, le cadre de sécurité, … Et même, bien souvent, il me semble que les collectifs sont plutôt contents, voire fiers de pouvoir montrer leur mode de fonctionnement… et puis cela permet aussi d’avoir un feedback… d’avoir des questions pertinentes, des suggestions… ce qui fait progresser l’ensemble de nos collectifs.

Pourquoi est-ce différent ici ?

Y’a-t-il des sujets lourds, émotionnels, à traiter ce soir ? Pas l’impression, comme ça se répète, ça semble plutôt être une pratique habituelle ici.

Est-ce la culture allemande qui influence ? Peut-être… Les Français du groupe ne semblent pas non plus coutumiers de ces réunions en bocal.

Est-ce juste que les personnes ont besoin d’être prévenues plus à l’avance et de ne pas être mises au pied du mur ? Va savoir …

Cela m’interpelle en tout cas et pour tout dire constitue une petite alarme qui s’allume… Bon, de la part des autres, je ne supporte pas les procès d’intention. Je vais peut-être éviter d’en faire moi-même, hein !

Résumons :

1. Ma présence en bocal lors de cette réunion n’était pas souhaitée spontanément par toutes et tous.

2. Cela a provoqué chez moi un petit coup de sang.

3. Mon besoin est de pouvoir assister aux réunions pour goûter aussi à cette facette de ce collectif.

Ben… je crois bien que pour que le process de CNV1 soit complet, il ne me reste plus que la demande à faire !

---

Marc, le 15 septembre 2022

Chouette témoignage, riche émotionnellement.

Il m’inspire quelques questions :

1. Qu’est-ce qui aujourd’hui, vous donne envie, toi et ton amoureuse, de rejoindre un écolieu ?

o Une évidence sociale ?

o Une évidence écologique ?

o Le sentiment que cela vous apportera plus de sécurité pour les jours difficiles qui s’annoncent ?

o Le désir de participer à l’avènement d’un modèle sociétal plus juste, plus cohérent, voir même indispensable ?

o Quelque chose qui relèverait d’une forme de devoir quant à vos congénères ?

o Le sentiment latent, qu’un jour ou l’autre, chacun d’entre nous y sera contraint ?

o D’autres facteurs que je n’aurais pas cités ?

2. Comparativement aux autres individus, diriez-vous en général des habitants et des sympathisants des écolieux,

o Qu’ils perçoivent plus finement

La globalité des choses ?

L’unicité du tout ?

La destruction en cours de la vie sur Terre ?

La destruction en cours de la planète qui nous abrite ?

o Que leur conscience individuelle et leur maturité sont plus avancées ?

3. Peut-on dire des habitants d’un écolieu, qu’ils partagent en principe tous ensemble, l’essentiel de leurs valeurs et de leurs convictions profondes ?

4. Pour être en harmonie avec sa raison d’être, un écolieu a-t-il nécessairement besoin d’une organisation sociale particulière ; sociocratie, cercles, rôles, rituels, facilitateurs par exemple ?

5. Un bagage ou un niveau culturel minimal est-il nécessaire pour devenir habitant d’un écolieu ?

6. Faut-il envisager l’instauration systématique d’appareils d’éducation à ces outils ?

7. D’où provenait finalement ton coup de sang ?

o D’un simple sentiment de mise à l’écart ?

o D’une déception par rapport à ce que cela révèle des valeurs des membres de ce groupe ?

o As-tu eu l’impression, sur le moment, de subir une forme de domination de la part du groupe ou de certains des individus qui le composent ?

8. De quelle nature est cette petite alarme qui s’est allumée ?

9. Peut-on dire des groupes qui gravitent autour des écolieux, qu’ils sont en général assez peu tolérants avec les individus ou les organisations qui ne partagent pas leur corpus de valeurs ?

Ce ne sont évidemment pas des questions fermées mais je suis curieux de connaître vos ressentis autour de ces sujets.

1 Communication Non Violente

Vers la justesse

Marc, le 25 septembre 2022

1. Changer son système de chauffage pour moins consommer et réduire ses émissions carbonées.

2. Isoler son logement.

3. Optimiser la température de son habitation.

4. Remplacer sa voiture par un véhicule moins polluant.

5. Se passer de voiture, même.

6. Renoncer aux déplacements inutiles.

7. Favoriser les transports en commun.

8. Prendre des vacances près de chez soi.

9. Prendre des douches tièdes ou froides.

10. Utiliser des shampoings, des savons, des produits de nettoyage, secs et sans emballages en plastique.

11. Acheter et consommer local.

12. Réduire ou cesser sa consommation de viande.

13. Ne pas acheter d’aliments ou d’objets suremballés.

14. Se passer de toute chose inutile.

15. Cesser d’investir du temps, de l’énergie ou de l’argent dans des activités dénuées de sens.

16. Choisir sa banque pour ne pas financer des projets délétères.

17. Réduire le nombre d’intermédiaires dans toutes ses transactions.

18. Cultiver un potager et planter des arbres fruitiers.

19. Cesser de tondre afin de retenir l’eau, de ne pas stériliser les sols et de ne pas détruire les insectes.

20. Réduire l’arrosage ou y renoncer.

21. Laisser, autant que faire se peut, prospérer les endroits où la vie foisonne.

22. Economiser et recycler l’eau.

23. Utiliser des toilettes sèches.

24. Mutualiser les ressources et les outils.

25. Partager les espaces et les pratiques de personnes soucieuses de ne pas exagérément détruire la vie par leur activité ou par leur simple existence.

La liste est loin d’être exhaustive et les occasions d’introduire un peu de justesse dans nos vies sont pléthoriques. Elles nous arrivent, comme souvent c’est advenu par le passé, par les générations les plus jeunes. Et je trouve cela heureux.

Dans cette époque qui est la nôtre, nous assistons chaque jour à l’émergence et au déploiement d’une communauté consciente de la précarité de l’espèce humaine et plus généralement de la précarité de la vie sur Terre. Et même si cette communauté est encore largement minoritaire, elle a pour caractéristique d’être, peut-être pour la première fois de l’Histoire, une communauté populaire mondiale. Ses acteurs, mesurent, théorisent, énoncent, expérimentent, agissent, bâtissent. Ils témoignent aussi, en exploitant pour cela tous les vecteurs médiatiques et technologiques actuels, constituant ainsi un corpus culturel en croissance exponentielle2.

J’ai aujourd’hui le sentiment de comprendre un peu mieux ce qu’il me faudra faire, ou continuer à faire, pour être un humain acceptable. La direction s’est précisée.

Elle est plus claire, en tous les cas, qu’il y a quatre ans, lors de l’écriture du premier volume de notre grimoire.

Si comme je l’espère, je devais continuer dans les années à venir, à suivre cette feuille de route, et si un nombre croissant d’individus des classes favorisées3 faisaient de même, le Monde s’en porterait assurément un peu mieux.

Bien heureusement, cette prise de conscience se répand ; tout comme se répand le sentiment que nos modèles sociaux et politiques, basés sur la croissance et la consommation, ne survivront pas à ces changements de comportement ; ou comme se propage encore, la conviction que, si ce ne sont pas nos changements d’habitude qui provoquent cet effondrement, celui-ci adviendra par l’épuisement prochain, des ressources naturelles desquelles nos sociétés sont dépendantes en toutes choses.

Le court inventaire que j’ai dressé en début de chapitre évoque bien souvent l’idée d’une certaine sobriété. Pas forcément douloureuse, pas forcément malheureuse, mais une sobriété quand-même. Et la sobriété peut être vécue par beaucoup d’entre nous comme une somme de renoncements.

Comme je ne suis pas de ceux qui aimeraient voir s’éteindre l’espèce humaine, il me vient parfois cette interrogation.

Quels sont les réels besoins d’un humain contemporain ?

En partant des nécessités les plus simples pour aller vers les plus évoluées, j’évoquerais volontiers ceux-ci.

1. Respirer, boire, manger, s’abriter.

2. Être accueilli par sa famille.