Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
L’homme assis dans un fauteuil prétend être le chat de Molière réincarné. Un chat ayant plusieurs vies, il a échangé une de celles-ci avec son dieu Ailouros afin d’être présent ce soir sur scène et rétablir la vérité.
A l’instar de son cousin Gagliuso, le chat botté, qui a fait d’un paysan le marquis de Carabas, lui a fait Molière.
Nous allons suivre les pérégrinations de ce chat depuis la création de l’Illustre théâtre jusqu’au Malade imaginaire.
Il va nous raconter comment il a élevé un modeste tapissier au rang de plus grand dramaturge français.
Mais pouvons-nous nous fier à la parole d’un chat ? Il n’y a que dans les fables de La Fontaine où l’on peut voir des animaux qui parlent.
À moins que ce ne soit Molière lui-même qui se joue de nous, une dernière fois, avant la quatrième représentation du Malade imaginaire ?
Ce texte a remporté le grand prix 2023 du concours « Opération Molière » et est soutenu par l’Association Nationale de Recherche et d’Action théâtrale. Indications scéniques
Durée : 1h15
1 comédien
1 lieu
À PROPOS DE L'AUTEUR
Titulaire du DESS « action artistique et politiques culturelles » de l’IUP Denis Diderot de Dijon après avoir fait la rue Blanche (ENSATT), Gérard Linsolas multiplie les expériences théâtrales : accessoiriste aux Bouffes-Parisiens, régisseur au cirque Annie Fratellini, à l’école de mimodrame Marcel Marceau puis au théâtre Antoine, directeur des théâtres de Gagny, Charenton-le-Pont, Bruges, il joue avec Jacqueline Maillan ou Jacques Ardouin, il est assistant-metteur en scène de Pierre Mondy et Gérard Vergez, il collabore avec Gérard Savoisien pour l’écriture dramatique et met en scène Franck Desmedt ou Brigitte Lafon. Depuis, il a obtenu le prix ARDUA en 2008 et le Grand Prix ANRAT dans le cadre de l’Opération Molière 2023.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 60
Veröffentlichungsjahr: 2025
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Gérard Linsolas
Le Chat de Molière
Théâtre
ISBN : 979-10-388-0961-1
Collection : Entr’Actes
ISSN : 2109-8697
Dépôt légal : février 2025
©couverture Ex Æquo
Préface de Gérard Savoisien
©2024 Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
Il en est des auteurs comme des chats. Pas un ne ressemble à l’autre. Chacun a son caractère, son style, son poil, blanc, roux, noir, gris, tacheté, j’ai même connu un chat imberbe et une chatte tigrée – qui me rappelait une maîtresse tigresse fort miauleuse. Et les auteurs aiment souvent les chats qui viennent griffer leurs manuscrits, jouer avec leurs stylos, écrire un langage ésotérique en patouillant sur les touches de leurs ordinateurs.
Dans Le chat de Molière, Gérard Linsolas montre quelle admiration il éprouve pour cet animal de compagnie, qui est autre chose qu’un animal et dont la compagnie est épisodique au gré de son humeur. Tous les propriétaires de chats ne me contrediront point, ou plus exactement tous les locataires de chats car nous savons bien que ce sont ces félins-là qui sont les maîtres et que nous habitons chez eux.
Mais il en est une autre – d’admiration – plus forte, et inhérente à tout auteur français de théâtre, celle pour Jean-Baptiste Poquelin dit Molière, leur maître à tous. Celui qui leur apprend chaque jour la sincérité, l’authenticité, l’amour d’autrui, de la faiblesse des hommes, de la volonté de liberté des femmes avec une férocité comique et un sens profond de la formule, voire de la psychologie. Gérard Linsolas imagine le chat de Molière, malin et fier comme lui, casanier et aventurier comme lui, vivant et éternel tout comme lui.
Ce n’est pas une mince affaire de faire parler un tel animal tout en faisant vivre un tel génie au théâtre. Il y faut à la fois de l’humilité et de l’insolence. Grâce au truchement, comme disait Molière, du chat, on accède aux derniers moments de la vie de l’illustre dramaturge. Ici, point de grandes phrases ni d’émotions sirupeuses, mais une admiration toute simple et un hommage sans grandiloquence. Si M. Jourdain aimait la trompette marine, là on est davantage à l’écoute du son doux d’une harpe ou d’une clarinette. Ce chat-là a sept vies comme tous les chats et a acquis au fil de ses réincarnations moulte philosophie. Il porte donc sur son maître un œil aiguisé empreint de fidélité et de tendresse mais d’une acuité aussi précise que celle du grand bonhomme. Je dis grand bonhomme et non pas grand homme car le Molière que nous décrit ce chat philosophe autant que filou n’a rien de la statue du commandeur et nous apparaît dans toute sa simplicité et sa complexité d’homme comme un voisin, un parent, un ami. Au passage, et non sans humour, l’animal inspire la plume de son maître, lui suggérant des scènes, s’appropriant des idées moliéresques, comme toujours les écornifleurs. N’oublions pas que tout matou pique dans nos assiettes, dort sur notre canapé et nous oblige à nettoyer son cabinet de toilette sous peine de crotter et pisser partout.
Ce monologue, ce « seul en scène » comme on dit aujourd’hui qui a remplacé avec bonheur l’affreux anglicisme one man show, nous amène peu à peu à considérer, à admettre et à valider que c’est le chat qui a quasiment écrit les pièces de Molière. Il y a entre le chat et l’artiste une osmose, l’un et l’autre se confondant, deux jumeaux de la même portée. Et voilà tout l’art de Gérard Linsolas, nous emmener tout doucement vers l’incroyable mais sûrement véritable histoire de l’art créatif de Molière. À moins que ce ne soit une astuce, une blague malicieuse pour nous dérouter, nous amuser et nous amener peu à peu à admirer davantage le génie théâtral de Jean-Baptiste. Je ne sais de quel œil perçant et finaud nous voit Linsolas mais je suppose qu’il possède celui d’un chat. Dort-il ? Rêve-t-il ? Est-il éveillé ? Que regarde-t-il à sa fenêtre ? Je l’ignore. Ce dont je suis certain, c’est qu’il est conscient, même lorsqu’il rêve, que le théâtre est la seule voie et la seule voix qui soient données à l’homme d’aller vers la vérité profonde des êtres, tout en les amusant, en jouant, comme jouent les chats avec un bouchon au bout d’une ficelle, s’imaginant qu’ils vont attraper une souris. Non, le petit chat n’est pas mort comme dit Agnès dans L’École des femmes, il ronronne encore au fond de nous, afin de ne pas oublier son maître qui coule dans nos veines éternellement, n’en déplaise à tous les Trissotin de son temps et à tous les grincheux du nôtre. Aimer Molière, c’est aimer la vie, le plaisir, le théâtre. Et aimer les chats itou.
Gérard Savoisien
(Le rideau se lève. Un homme dort dans un fauteuil. Dos public. Face à la cheminée. Il s’étire. Il est bien. On ne voit que ses bras qui s’élèvent au dessus du dossier où une robe de chambre et un bonnet y sont accrochés. Sur le côté, un petit guéridon où sont disposés des fioles, des flacons et quelques feuillets.
Quelqu’un tousse en coulisses. À moins que ce ne soit lui, dissimulé du public.
Puis l’homme se met en travers du fauteuil, les jambes par dessus l’accoudoir, la tête au dessus de l’autre accoudoir.
L’homme s’adresse au public par dessus son épaule.)
C’est Jean-Baptiste. Il va mourir. Je le sais. Je le sens. « Mais quoi, nous sommes tous mortels et chacun est pour soi ». Sacré Arnolphe. Il ne croyait pas si bien dire.
(Toux – puis l’homme se lève. Il est en chemise et culottes du XVIIéme siècle.)
