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RÉSUMÉ : Dans "Le darwinisme social : critique et étymologie d'un concept", Émile Gautier explore la genèse et l'évolution d'une notion controversée qui a marqué l'histoire intellectuelle et sociale. Ce livre offre une analyse rigoureuse des fondements du darwinisme social, un concept souvent mal compris et utilisé à tort pour justifier des idéologies politiques et économiques. Gautier retrace l'origine du terme, en mettant en lumière les interprétations erronées et les détournements dont il a fait l'objet depuis sa création. L'auteur examine comment les idées de Charles Darwin ont été extrapolées au-delà du domaine biologique pour influencer le tissu social, économique et politique. En déconstruisant les arguments qui ont soutenu l'application du darwinisme à la société, Gautier fournit une critique éclairée et nuancée qui replace le débat dans son contexte historique et scientifique. L'ouvrage s'adresse à un public académique et à toute personne intéressée par l'histoire des idées, en offrant une perspective claire sur les implications éthiques et philosophiques du darwinisme social. Par une approche méthodique, Gautier incite le lecteur à réfléchir sur l'impact des théories scientifiques lorsqu'elles sont transposées hors de leur cadre originel. L'AUTEUR : Émile Gautier, figure intellectuelle du XIXe siècle, est un auteur et penseur dont les travaux ont souvent exploré les intersections entre science, société et idéologie. Bien que peu d'informations soient disponibles sur sa vie personnelle, Gautier est reconnu pour ses contributions critiques à des débats intellectuels de son temps. Il s'est distingué par son approche analytique et sa capacité à déconstruire des concepts complexes, tels que le darwinisme social, pour en révéler les implications sous-jacentes. Ses écrits témoignent d'une rigueur académique et d'une volonté de clarifier des idées souvent mal interprétées. Gautier a publié plusieurs ouvrages dans lesquels il s'efforce de rendre la pensée scientifique accessible et applicable au contexte social. En s'appuyant sur une documentation exhaustive et une réflexion critique, il a su s'imposer comme une voix influente dans le paysage intellectuel de son époque. Ses travaux continuent d'être une référence pour ceux qui s'intéressent à l'histoire des idées et à l'analyse critique des concepts qui ont façonné notre compréhension du monde.
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Seitenzahl: 88
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Beaucoup de personnes ignorent sans doute qu’il existe depuis plusieurs mois, dans le cinquième arrondissement, un cercle d’études sociales.
L’opuscule que je publie aujourd’hui va leur révéler à la fois et son existence et sa valeur.
Non pas que ce soit là mon but exclusif, ni que je cherche à tirer vanité du fait d’appartenir à un groupe d’hommes en état d’élaborer et de produire des idées sérieuses à propos des problèmes les plus hauts et les plus complexes.
Ce que j’ai voulu, c’est que le fruit de nos travaux ne restât pas enfermé dans les bornes étroites de nos relations personnelles, mais qu’il fût, au contraire, communiqué au plus grand nombre possible. Il me répugnait de garder pour nous et pour ceux qui sont immédiatement les nôtres ce que nous avions reconnu juste, logique et vrai.
Les conclusions mêmes, au surplus, qui sont sorties de nos discussions philosophiques, ainsi que nos lecteurs pourront s’en convaincre plus loin, nous faisaient un devoir d’appeler au partage tous les penseurs de bonne volonté.
Cette brochure n’est autre chose que la collection des procès-verbaux de quelques-unes de nos séances ; c’est le résumé du cours familier de philosophie sociale que j’ai l’honneur de faire chaque semaine au sein de ce petit cénacle de républicains convaincus, augmenté, rectifié, corrigé, amendé suivant les observations des divers auditeurs, leurs objections, leurs interrogations et les réponses faites aux unes et aux autres.
Nous avons adopté d’ailleurs, un programme général, qui tout en étant assez large et assez élastique pour n’imposer à aucun socialiste désintéressé des conditions trop onéreuses, est cependant assez précis pour permettre de préjuger d’avance quel sera notre critérium de certitude, quelle sera aussi notre règle de conduite.
En voici la teneur :
1° Partir de ce principe, que les phénomènes sociaux, politiques et moraux, sont, comme tous les autres, soumis à des lois naturelles, qu’il ne s’agit pas de créer arbitrairement ou empiriquement, mais de découvrir et de proclamer.
2° Être émancipé des idées théologiques ; par conséquent :
N’admettre pour vrai que ce qui est scientifiquement démontrable ;
Agir comme on pense, c’est-à-dire prendre – et tenir – l’engagement de ne soumettre aucun acte de sa vie à un ministre d’un culte quelconque.
3° Attribuer au principe républicain sa signification propre et son véritable caractère, qui consiste à faire concourir toutes les forces quelconques à l’œuvre commune ; par conséquent, ne pas séparer le socialisme de la République, entendue dans le sens profond du mot, et signifiant alors abolition de l’arbitraire, de l’oisiveté et du parasitisme.
4° Reconnaître que la richesse – matérielle et intellectuelle – étant sociale dans son origine, doit être également sociale dans sa destination, de telle sorte que chacun soit appelé à jouir effectivement du droit incontestable qu’il a de participer au bien-être matériel et à l’éducation intégrale.
5° Prendre pour but de ses efforts et de ses études une organisation sociale telle qu’il n’y ait plus place en son sein que pour des êtres utiles.
Il n’était peut-être pas inutile, avant de donner au public un échantillon de nos déductions, de lui mettre cette espèce de manifeste sous les yeux, afin qu’il sut bien dans quelles dispositions d’esprit, avec quelle méthode et en vue de quelle œuvre ce modeste cercle d’études sociales du Panthéon, qui compte parmi ses membres des employés, des étudiants, des artistes, des écrivains, mais en majorité des ouvriers manuels, aborde, étudie et résout les questions.
Émile Gautier, novembre 1879.
Tout le monde connaît, au moins de réputation, la théorie exposée par le naturaliste anglais Darwin dans son fameux livre dont le titre seul est une révélation anticipée : L’Origine des espèces par le moyen de la sélection naturelle ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie (1859).
Rappelons brièvement, et sans entrer dans des détails superflus ou dans des explications justificatives dont nous n’avons pas besoin pour l’établissement de notre thèse, en quoi elle consiste essentiellement.
Tous les êtres vivants, dit Darwin, varient, se transforment, se modifient sans cesse sous l’influence du milieu et des circonstances ambiantes.
D’antre part, les ressources spontanées de la nature ne sont pas assez considérables pour suffire à tous les individus qui naissent et qui demandent à vivre. Il n’y a pas assez de place ni assez de pitance pour cette foule innombrable de nouveaux venus.
Il y a donc lutte pour l’existence, combat pour vivre, et les êtres qui triomphent ne survivent qu’aux dépens des autres.
C’est que les modifications que le milieu leur a imprimées étaient des modifications utiles, leur assuraient une supériorité sur leurs rivaux. Les plus forts, les meilleurs, les mieux doués, les plus aptes, en un mot, réussissent à vaincre les difficultés et les périls de la vie, tandis que les plus faibles, les moins aptes, n’ayant pas reçu les mêmes armes ni les mêmes garanties de succès, sont impitoyablement sacrifiés, s’étiolent et disparaissent.
Ce double phénomène de l’élimination des êtres faibles et de la survivance des êtres forts s’opère à la faveur d’une loi naturelle que Darwin appelle la loi de sélection.
En d’autres termes, la nature agit spontanément sur les êtres comme les éleveurs ou les horticulteurs agissent sur les animaux domestiques ou sur les plantes afin de développer en eux telles ou telles qualités utiles 1.
Comme, enfin, les qualités des êtres tendent à se transmettre à leurs descendants et à se reproduire chez eux, il arrive que, les forts étant restés seuls, les qualités qui leur ont valu de remporter la victoire dans la concurrence vitale se perpétuent héréditairement et se fixent clans la race, jusqu’à ce que par le jeu des mêmes lois, il surgisse , sous l’empire de circonstances favorables, une race encore supérieure, qui, mieux armée, plus forte, plus apte, sélige à son tour les anciens privilégiés. Et ainsi de suite…
Telle est, d’après Darwin, la loi de l’univers.
Tel est le principe de l’évolution qui, d’étape en étape, a dégagé lentement les animaux supérieurs de ces organismes rudimentaires qui végètent (fans les basses régions de la vie.
C’est grâce au concours simultané de ces quatre influences : — la lutte pour la vie [the struggle for life] ; — l’altération ininterrompue des types primitifs ; — la transmission héréditaire de ces modifications aux descendants ; — et enfin la sélection naturelle, c’est-à-dire l’expulsion des êtres inférieurs, que s’accomplit et se continue l’indéfectible progrès de la création permanente.
Cette hypothèse, – car ce ne peut être qu’une hypothèse , puisque sa démonstration directe est impossible –, basée sur l’observation et l’analyse scrupuleuse des faits, sur une foule d’expériences, de témoignages intellectuels et matériels, empruntés au passé et au présent, confirmée, en outre, par tous les phénomènes généraux des sciences les plus diverses, de l’embryologie notamment, de la paléontologie, de la morphologie et de la physiologie 2, – cette hypothèse est aujourd’hui généralement admise et il n’y a plus guère à y contredire que les éternels fauteurs de l’obscurantisme et de la foi aveugle.
En revanche, on comprend aisément le parti qu’ont pu en tirer les champions de l’inégalité sociale.
Abandonnant désormais les arguments usés de leurs prédécesseurs, ils substituent aux dogmes indiscutables du péché originel et de la chute de l’homme les dogmes démontrables de la concurrence vitale et de la sélection naturelle.
Le livre de Darwin va devenir la Bible des nouveaux exploiteurs : ce sera par et au nom de la science que le sacrifice des faibles s’accomplira !
Ce que nous nous proposons, nous, c’est précisément de prouver que cette prétendue souveraineté de droit scientifique n’est pas plus légitime que la souveraineté de droit divin, et que c’est faute d’approfondir le problème ou de l’étudier avec des intentions désintéressées, qu’on en arrive à ces conclusions désespérantes. La Nature devient, dans la bouche et sous la plume des avocats du statu quo, une entité nouvelle qui serait aussi haïssable que Dieu si elle n’était aussi fantaisiste et aussi fausse. Quant aux faits objectifs et réels, ce n’est qu’à la condition de les torturer et de dénaturer leur signification ou leur portée qu’on a pu leur faire dire exactement le contraire de leur sens véritable.
Telle est la théorie que nous ambitionnons d’établir, avec la certitude, au surplus, du succès. Nous sommes trop amis de la science et de la méthode expérimentale pour nous inscrire en faux contre Darwin et ses continuateurs. Mais, loin de voir dans leurs enseignements une condamnation des aspirations socialistes vers un meilleur état de choses, nous y trouvons, au contraire, un argument nouveau et des plus puissants en leur faveur.
1° Le développement prodigieux de l’intelligence et de l’activité humaines constituant un facteur nouveau, d’autant plus puissant que la civilisation est plus avancée, les conditions de la loi de Darwin, fatalement modifiable comme toutes les lois naturelles, ont dû nécessairement se transformer dans une mesure proportionnelle.
2° Au lieu de subir passivement les fatalités de la nature, l’homme réagit contre elles et les domine de plus en plus.
3° Déjà des modifications ont été apportées à la loi de Darwin, comme aux autres lois; les fatalités qui nous écrasent sont des fatalités de convention, des fatalités artificielles, des fatalités sociales.
4° Ce n’est pas la nature qui distribue les avantages et les désavantages, c’est la société, œuvre humaine et révisable.
5° La société est mal faite. Elle manque à sa mission qui est de corriger les fatalités naturelles et de soutenir ceux qui en pâtissent.
6° Le socialisme révolutionnaire demande, non pas qu’on couche la nature sur un lit de Procuste façonné à l’avance suivant les caprices de tel ou tel utopiste, mais qu’on réforme la société. La loi de Darwin, qui est essentiellement modifiable, mais qui n’a pas été modifiée comme elle devait l’être, ne peut être contre ses revendications une suffisante fin de non-recevoir.
Tel est, en quelques lignes, le squelette de notre argumentation.
1 Le mot sélection vient du verbe latin seligere – choisir, faire un tri. Et en effet, la nature fait un tri, un choix, parmi les êtres, puisqu’elle ne conserve que les plus forts et condamne les autres, les échantillons inférieurs de l’espèce, à une mort inévitable.
2 Embryologie : science du développement des êtres organisés, science de l’évolution de l’œuf, de l’embryon, du fœtus.
Paléontologie : science qui traite des êtres préhistoriques ou antédiluviens, dont la dépouille se trouve enfouie au sein des couches terrestres.
Morphologie : science de la forme et de la structure des êtres vivants.
Physiologie : science des phénomènes de la vie chez les animaux.
La théorie de Darwin s’étend-elle à l’homme?
Règle-t-elle le développement de l’homme en tant que molécule sociale aussi bien que le développement de l’homme en tant qu’être vivant ?
