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Lourd destin que celui de Philippe Mesville...
Jeune chirurgien très aimé et très estimé par son entourage, il supporte, à la différence de son jeune frère, l'autorité de sa mère. Reconnaissant pour les sacrifices qu'elle a dû faire pour sauver une partie du domaine des Mesville, dilapidé par son défunt père, Philippe est conscient de l'emprise maternelle sur lui. Surtout depuis que sa mère s'est mise en tête de le marier à Nadia, dont le père est propriétaire du reste du domaine. Sa rencontre fortuite avec Irène, dont il tombe éperdument amoureux, va être le point de départ de la transformation de son caractère pour se libérer du joug maternel. Son amour pour Irène sera-t-il assez fort pour déjouer les pièges et manigances de sa mère et de Nadia, la fille de son riche voisin ?
Un roman familial sur les relations mère-fils et le besoin crucial d'indépendance
EXTRAIT
Le jour où Anne épousa Jean Mesville, le domaine des « Tourelles » appartenait à l’oncle de son mari, François Mesville. Celui-ci, étant veuf et sans enfant, avait désigné Jean comme héritier de ses propriétés.
Un an plus tard, Oncle François succomba d’une grippe mal soignée. Jean Mesville devint donc le nouveau maître des « Tourelles ».
Le domaine s’étendait sur plusieurs hectares et tourna vite la tête à son jeune propriétaire, qui pensait que sa fortune était inépuisable. Jean prit goût au jeu et aux courses de chevaux, ses folles passions dilapidèrent rapidement ses biens et il fut contraint de vendre ses terres afin de combler ses dettes.
Anne essaya de le raisonner, mais Jean était comme possédé.
C’est dans ce climat d’incertitude qu’Anne mit au monde son premier fils, Philippe. Le nouveau-né hérita du prénom de son grand-père qui mourut quelques mois plus tard, emporté par le chagrin de voir son fils se ruiner et perdre ainsi le domaine familial.
Après la mort de son père, Jean parut se ressaisir, mais le vice du jeu l’habitait toujours.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Martine Paternotte est née le 17 novembre 1961 à Morlanwelz, dans le Hainaut. Mariée et maman d'une grande jeune fille, elle habite à Estinnes-au-Val, près de Binche. Infirmière depuis l'âge de 22 ans au Centre Hospitalier Régional-Clinique Saint-Joseph de Mons, elle aime relever les défis. Passionnée d'Histoire et pourvue d'une imagination inépuisable, elle a la plume facile depuis son adolescence, écrivant plusieurs nouvelles pour s'amuser et dont elle fait partager son entourage. Sa passion d'écrire l'amène à relever un nouveau défi, rédiger un roman où elle fera voyager sans relâche le lecteur au travers d'une fiction où chacun y trouvera son pareil et où l'intrigue sentimentale se terminera sur une heureuse issue.
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Seitenzahl: 204
Veröffentlichungsjahr: 2017
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A celles et ceux qui m’ont aidée et encouragée.
Aux habitants de la ville de Cosne-sur-Loire et du village de Donzy (Département de la Nièvre - France) afin qu’ils soient indulgents pour mon intrusion inventive dans leurs citéscomme cadre de cette histoire. Celle-ci est de pure imagination et toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant vécu ne saurait être que l’effet du hasard.
Ce matin-là de mai 1955, le soleil brillait sur les « Tourelles », imposante demeure de la famille Mesville.
Dans la cour, une Mercedes était garée près du perron.
Madame Mesville sortit du manoir, suivie de ses deux fils et du couple de domestiques.
Elle embrassa froidement Harry, son fils cadet. Celui-ci, matelot au grand désespoir de sa mère, s’embarquait pour plusieurs mois sur un navire marchand en direction de contrées lointaines.
Les serviteurs saluèrent avec respect le jeune homme qui prit place à bord de la voiture de Philippe, son frère aîné.
Celui-ci démarra aussitôt et la Mercedes quitta rapidement le domaine.
Madame Mesville rentra sans tarder et pénétra dans le salon.
Son regard se posa sur le portrait qui dominait en maître au-dessus de la cheminée de marbre, le portrait de celui qu’elle n’avait jamais cessé d’aimer.
Sans détourner les yeux, fixant le visage de son défunt mari, Anne Mesville s’installa dans un fauteuil et revit le passé.
***
Le jour où Anne épousa Jean Mesville, le domaine des « Tourelles » appartenait à l’oncle de son mari, François Mesville. Celui-ci, étant veuf et sans enfant, avait désigné Jean comme héritier de ses propriétés.
Un an plus tard, Oncle François succomba d’une grippe mal soignée. Jean Mesville devint donc le nouveau maître des « Tourelles ».
Le domaine s’étendait sur plusieurs hectares et tourna vite la tête à son jeune propriétaire, qui pensait que sa fortune était inépuisable. Jean prit goût au jeu et aux courses de chevaux, ses folles passions dilapidèrent rapidement ses biens et il fut contraint de vendre ses terres afin de combler ses dettes.
Anne essaya de le raisonner, mais Jean était comme possédé.
C’est dans ce climat d’incertitude qu’Anne mit au monde son premier fils, Philippe.
Le nouveau-né hérita du prénom de son grand-père qui mourut quelques mois plus tard, emporté par le chagrin de voir son fils se ruiner et perdre ainsi le domaine familial.
Après la mort de son père, Jean parut se ressaisir, mais le vice du jeu l’habitait toujours.
Anne semblait heureuse d’avoir retrouvé son mari et elle mit au monde, quatre ans après la naissance de Philippe, un second fils prénommé Harry.
Anne apprit plus tard que Jean avait choisi ce prénom en l’honneur du cheval sur lequel il avait parié et qui avait remporté la course, la veille de son accouchement.
Donc sans qu’Anne ne s’en rendît compte, Jean jouait à nouveau et les dettes s’accumulaient.
Un soir, il rentra ivre, elle le réprimanda.
Il n’était plus le même homme, elle se rappelait son visage et ses yeux suppliants ; il ressemblait plus à une bête traquée qu’à un être humain, elle fut effrayée par cette vision.
Il s’était agenouillé à ses pieds en murmurant des mots incompréhensibles, elle l’avait giflé et s’était enfuie de la pièce en pleurant.
Le lendemain, Jean Mesville avait disparu.
Ce n’est qu’après deux jours de recherches intensives que la police retrouva son corps dans le lac de Donzy qui appartenait autrefois aux Mesville.
***
Anne se culpabilisa d’être responsable du suicide de son mari, ne lui avait-elle pas tourné le dos au moment où il avait certainement eu le plus besoin d’elle ?
Ses remords furent vite dissipés, lorsque après l’enterrement, elle vit débarquer une foule de créanciers.
Le domaine, du moins ce qu’il en restait, fut vendu et le manoir hypothéqué, les autres dettes furent apurées par sa fortune personnelle.
Étienne et Félicie, le couple de domestiques, refusèrent de partir, ils préféraient rester avec elle, même si elle ne les payait pas. Anne apprécia leur geste ; il est vrai qu’ils étaient là bien avant que Jean et elle ne deviennent les nouveaux propriétaires des « Tourelles ».
Anne se mit à l’ouvrage, elle n’avait plus que deux idées en tête : récupérer la totalité du domaine des « Tourelles » et donner une bonne éducation à ses deux fils.
Philippe avait six ans, il lui ressemblait beaucoup, tant physiquement que moralement : même regard fier, même volonté d’action, et surtout, toujours prêt à l’aider.
Harry, lui, n’avait que deux ans, blond comme son père et capricieux. Anne aimait moins son second enfant, elle était presque sûre qu’il lui rappellerait sans cesse Jean, et les années qui suivirent confirmèrent ses craintes.
La Seconde Guerre mondiale ne vint rien arranger chez les Mesville, Anne dut fuir avec ses deux garçons et le couple de domestiques. Étienne s’engagea dans le maquis, Anne et Félicie travaillèrent tant bien que mal pour survivre, Philippe et Harry furent embauchés dans une imprimerie, mais le cadet fut renvoyé pour vol. Il termina la guerre comme chapardeur.
Le manoir des « Tourelles » fut occupé par des officiers allemands ; les villageois de Donzy disaient même que le feld-maréchal Rommel y avait logé une nuit alors qu’il était de passage dans la région.
Au moment de la Libération, les « Tourelles » fut pris d’assaut par les troupes américaines qui firent de sérieux dégâts.
Après la guerre, Anne se remit au travail. Trois années de labeur permirent de payer les réparations du manoir, deux années de plus firent lever l’hypothèque.
***
Philippe travaillait afin d’aider sa mère et de payer ses études de médecine. Harry ne possédait malheureusement pas le même état d’esprit que son aîné, il s’amusait plus qu’il ne travaillait.
Dix années venaient de s’écouler depuis la fin de la guerre, Anne avait maintenant cinquante-six ans, le manoir des « Tourelles » et dix hectares environnants lui appartenaient légalement ainsi qu’à ses fils.
Étienne et Félicie étaient toujours à son service ; en récompense de leur fidélité, elle leur avait cédé une aile du manoir.
Philippe, lui, avait trente et un ans et était chirurgien à l’hôpital de Cosne-sur-Loire, situé près de Donzy ; il n’était pas encore marié, mais Anne le poussait à aimer Nadia Courneuve, la fille d’un colonel à la retraite devenu un important éleveur de chevaux.
Anne tenait à ce mariage, car le colonel Alex Courneuve avait acquis, après la guerre les dix-huit hectares restants du domaine des « Tourelles ». Elle espérait cette union, qui permettrait aux Mesville de retrouver leur vaste domaine d’antan.
En ce qui concernait Harry, malgré les sermons et les crises de colère, Anne n’avait pu en faire un homme respectable. Le jeune homme ressemblait trop à son père, il aimait le jeu et l’aventure. Il n’avait réussi que deux choses dans la vie : se faire renvoyer des différentes écoles qui avaient bien voulu l’accepter et être matelot dans la marine marchande.
Anne se rendait compte qu’elle avait bien changé depuis le jour où elle avait fait la connaissance de Jean Mesville, le temps l’avait endurcie et elle régnait sur les « Tourelles » avec fermeté.
Anne Mesville entendit sonner l’heure du dîner, elle se leva de son fauteuil et regarda une dernière fois le portrait de son mari : qu’il était loin cet après-midi où elle l’avait rencontré pour la première fois !
***
Lorsque la Mercedes de Philippe franchit les grilles du domaine des « Tourelles », Harry jeta un coup d’œil rapide sur son aîné avant d’engager la conversation. Les deux frères, si différents autant dans leur caractère que dans leur physique, étaient très unis. Une amitié sans faille les rapprochait. Et personne, Madame Mesville en tête, ne parvenait à cerner le lien si fort qui existait entre les deux hommes.
– C’est la première fois que le temps va nous séparer, commença timidement Harry.
– Il est sûr que tu vas me manquer, mais tu as choisi ton destin, répondit Philippe attentif à la circulation.
– Tu sais bien que Mère y est pour quelque chose. Je n’ai jamais compris comment tu pouvais la supporter, dit calmement le jeune homme.
– J’admets qu’elle n’est pas facile à vivre, parfois ! Mais à la mort de notre père, la situation n’a pas été simple pour elle. Elle a dû travailler dur et s’est battue pour reconstruire les « Tourelles » que nous connaissons. Elle a fait de nous des hommes respectables et c’est pour cela que j’accepte son autorité.
– J’avoue que vu sous cet angle, tu as raison. Mais je n’arriverai jamais à m’y faire. Tu dois me prendre pour un lâche mais, j’ai préféré fuir les « Tourelles » à la première occasion plutôt que d’y vivre aux crochets de Mère. Tu sais bien qu’elle ne s’est jamais gênée pour me le rappeler, fit Harry avec tristesse.
– Tu n’es pas un lâche et ton choix est certainement préférable, conclut Philippe.
La voiture venait d’entrer dans Cosne-sur-Loire, elle emprunta la rue Gambetta en direction de la gare. Harry tenait serré contre lui le sac qu’il avait posé sur ses genoux. À mesure que les minutes s’écoulaient, Harry sentit le stress l’envahir. La Mercedes s’arrêta sur le parking de la gare, face à l’entrée. Harry regarda son frère qui venait de couper le contact de la voiture et lui dit :
– Fais attention à toi. Ne te laisse pas trop dominer par notre mère. Et qui sait, tu seras peut-être marié quand je reviendrai !
– Peut-être. Sois prudent, répondit Philippe en tendant la main vers son cadet.
Celui-ci la serra fermement avant de sortir de la voiture.
Leurs yeux s’étaient croisés, et sans dire un autre mot, leurs mains droites unies, ils s’étaient, à leur manière, faits leurs adieux.
Philippe regarda Harry s’éloigner de la voiture, son frère portait son sac sur l’épaule droite et une casquette de marin sur la tête. Le jeune homme se retourna avant d’entrer dans le hall de la gare, il leva le bras en l’agitant.
Philippe leva la main et répondit au signe de son frère. Il ne sut pourquoi, mais à cet instant précis, il se rendit compte combien Harry allait lui manquer.
Tout en se rendant à l’hôpital où il exerçait comme chirurgien-orthopédiste, il ne pouvait s’empêcher de repenser à son frère. Il avait toujours veillé sur lui depuis qu’ils étaient enfants. Combien de fois n’avait-il pas détourné la colère de sa mère ? Harry était un petit farceur, mais Philippe trouvait parfois injuste l’attitude de Madame Mesville à l’égard de son cadet. Ce n’est que plus tard, en constatant la ressemblance d’Harry et de leur père, qu’il avait commencé à comprendre.
L’amour qu’avait éprouvé leur mère pour leur père s’était transformé avec le temps et les souffrances en amertume, voire peut-être en mépris.
Il gara sa voiture dans la petite cour située face à l’entrée principale de l’hôpital.
Il pénétra rapidement dans le bâtiment et gagna son service.
Le service d’orthopédie était situé au premier étage, juste à côté du bloc opératoire. Lorsqu’il eut gravit les escaliers d’un pas alerte, Philippe se retrouva à l’entrée d’un couloir, il aperçut Madame Sanders, elle était assise à son bureau.
Madame Jeanne Sanders était un peu plus jeune que la mère de Philippe et il éprouvait pour elle un profond respect.
Madame Sanders était une infirmière-chef exemplaire, Philippe avait en elle une totale confiance. Jeanne Sanders pouvait dire qu’elle avait acquis son expérience sur les champs de bataille et elle portait fièrement sa coiffe d’infirmière ornée d’un double galon brun de chef.
Madame Sanders aimait beaucoup Philippe. Il était un enfant du pays et un brillant chirurgien. De plus, elle trouvait en lui un être sensible et bon, regrettant parfois qu’il ne fût pas son fils.
Le bureau de Philippe se situait en face de celui de l’infirmière-chef, il s’arrêta un instant en disant :
– Tout va bien, Madame Sanders ?
– Docteur Mesville ! Déjà là ! répondit celle-ci à demiétonnée, en levant son regard souriant vers le jeune homme.
– Je tenais à régler certains points avec vous avant mon départ, fit Philippe.
– Ah oui, le Congrès ! Vous partez cet après-midi et pour deux jours, se rappela Madame Sanders.
– Si vous avez besoin, vous savez que vous pouvez faire appel au Docteur Verdont.
– Ce jeune blanc-bec diplômé de la Capitale qui croit que parce qu’il a un bout de papier sur lequel il est inscrit chirurgien, il peut tout se permettre ! fit Madame Sanders avec dépit.
– Allons, vous êtes bien sévère avec lui, il est jeune et il débute, défendit Philippe.
– Je n’aurai besoin de lui que si je ne sais pas me débrouiller, finit-elle par dire.
– À la bonne heure, je suis rassuré, dit le jeune homme en souriant.
Philippe fit un rapide tour de ses patients afin de s’assurer que tout irait pour le mieux en son absence.
Madame Sanders nota les dernières instructions de Philippe.
Chaque patient pouvait constater que le jeune chirurgien et l’infirmière-chef s’accordaient parfaitement, le respect mutuel qu’ils avaient l’un pour l’autre faisait d’eux une équipe complice.
***
Philippe Mesville regagna les « Tourelles » vers midi. Lorsqu’il franchit les grilles de l’allée principale, il ralentit sa voiture afin d’admirer le manoir.
Cette magnifique demeure devait son nom à deux petites tourelles qui ornaient la façade principale.
Philippe ne se souvenait plus depuis combien de générations ce manoir appartenait à sa famille.
Il arrêta sa Mercedes devant le parterre de roses qu’Étienne entretenait chaque jour avec passion.
Il monta rapidement les quelques marches du perron et pénétra dans le grand hall.
Depuis qu’il était tout petit, il était toujours fasciné par le grand escalier de marbre qui trônait en maître dans ce hall.
Il jeta un rapide coup d’œil à sa montre-bracelet : sa mère devait déjà se trouver dans la salle à manger. Madame Mesville était intraitable en ce qui concernait l’heure du repas.
En effet, Anne Mesville était assise à sa place habituelle, une serviette sur les genoux, attendant que Félicie ait fini de la servir pour consommer son potage.
– Enfin, te voilà ! fit-elle à l’adresse de son fils.
– J’ai pris plus de temps que je ne le pensais, répondit le jeune homme en s’asseyant.
– Ton frère est bien parti ? dit Madame Mesville entre deux cuillères de soupe.
– Harry a déjà fait du chemin à l’heure qu’il est, dit Philippe en buvant son potage.
– Quand rentres-tu ? demanda Anne en regardant tendrement son aîné.
– Après-demain, dans la soirée.
– Sois prudent sur la route et à Paris, surtout, fit la mère d’un ton qui énerva un peu Philippe. Mais comme à l’accoutumée, il n’exprima pas ce qu’il ressentait.
Philippe avait pris pour habitude de ne pas contrarier sa mère.
À quoi bon, elle ne supportait pas d’être contredite, ses volontés et ses décisions étaient sans appel.
Cette situation de soumission avait apporté à Philippe quelques déboires. Nadia Courneuve, la fille de leur voisin, en était un parfait exemple. Parce que cette jeune fille était la belle héritière du domaine perdu des « Tourelles » par son père, sa mère s’était mise en tête qu’il devait l’épouser.
Nadia Courneuve était très belle mais trop extravagante pour lui.
Sa mère l’avait tellement persuadé que Nadia était la femme qu’il lui fallait ; qu’un jour, il avait succombé au charme de la jeune fille.
Il se rappelait le jour où il l’avait prise dans ses bras et embrassée. Mais bien vite, il avait compris que Nadia n’était pas l’épouse qu’il espérait.
Sa vie sentimentale n’avait connu depuis, que peu de bonheur.
Il avait bien cru celui-ci possible sous les traits d’une jeune infirmière. Elle s’appelait Nicole, elle était douce et si gentille. Philippe s’attacha rapidement à elle, mais leurs relations furent de courte durée.
Un matin, sans un mot, Nicole était partie.
Partie aussi bien de sa vie que de la région.
Madame Sanders regretta autant Nicole que Philippe, elle venait de perdre une excellente infirmière. Philippe se demandait, encore aujourd’hui, pourquoi cette jeune fille si sensible l’avait quitté ou plutôt l’avait fui sans rien dire.
C’est à travers ses réflexions que Philippe termina son repas sans adresser un mot à sa mère qui parlait sans remarquer que son fils était pensif.
***
Philippe avait gagné la capitale la veille.
Après une bonne nuit à l’hôtel, il avait assisté au Congrès comme beaucoup d’autres chirurgiens-orthopédistes.
En sortant de la salle de conférence, il décida de se promener dans Paris avant de regagner son hôtel.
Ses pas le menèrent sur les quais, il se mit à flâner tout en regardant les différentes échoppes de bouquinistes.
Soudain, son attention fut attirée par une jeune fille.
Philippe se mit alors à la regarder discrètement. Elle était très jolie, ses longs cheveux bruns tombant sur ses épaules lui donnaient une grâce qui fascinèrent le jeune homme. Son visage qu’elle tournait légèrement vers Philippe était empreint d’une grande douceur.
Tout en elle respirait le bonheur de vivre et lorsqu’elle prononça quelques mots à l’adresse du marchand, Philippe tomba sous son charme. Cette jeune fille était celle qui lui était destinée.
Philippe, très réservé, ne savait pas comment l’aborder. La chance se présenta à lui au moment où elle rangeait les livres achetés dans son sac ; un de ceux-ci lui échappa des mains et tomba.
Elle s’abaissa pour le ramasser, mais il fut plus rapide qu’elle. Ils se retrouvèrent accroupis un instant de part et d’autre du livre, leurs yeux se croisèrent un bref moment. Philippe ressentit un léger pincement dans la poitrine. Certains diront qu’il s’agit du coup de foudre et le sourire que la jeune fille lui adressa rendit plus qu’heureux Philippe. Il prit le livre et ils se relevèrent en même temps sans se quitter des yeux.
Philippe détourna son regard et lut le titre.
– Cosne-sur-Loire dans la Nièvre ! fit Philippe, stupéfait.
– Oui, je sais. Une petite ville perdue dans le milieu de la France que peu de gens connaissent, constata la jeune fille timidement.
– Pas si méconnue que cela, je travaille à Cosne-sur-Loire.
– Vous travaillez à Cosne-sur-Loire, ça alors ! répliqua-t-elle.
– Je suis impoli, je ne me suis pas présenté, Docteur Philippe Mesville, je suis chirurgien-orthopédiste à l’hôpital de Cosne-sur-Loire, fit Philippe en se redressant légèrement.
– Mon nom est Irène Millert, je suis professeur d’Histoire dans un collège, dit la jeune fille.
– D’où votre intérêt pour la ville de Cosne-sur-Loire ? interrogea Philippe.
– Oh non ! Vous n’y êtes pas du tout. Je m’informe sur cette ville, car je viens d’obtenir un poste au Collège Tillier.
– Au Collège Tillier ! fit le jeune homme, étonné.
– Il faut que je vous dise aussi que ma tante, qui est ma seule parente depuis la mort de mon père et de ma mère, habite Cosne-sur-Loire. Vous la connaissez peut-être, elle s’appelle Émilie Millert, déclara Irène d’une voix douce.
– Émilie Millert ! Bien sûr que je la connais, elle est la propriétaire de la librairie « La Plume du Poète » et est aussi la meilleure amie de Madame Sanders, mon infirmière-chef, répondit Philippe d’un air joyeux.
Philippe était plus que ravi, il avait maintenant la certitude de revoir Irène, car ils avaient un point commun qui ne ferait que les rapprocher.
– Puis-je vous offrir une tasse de café ou une autre boisson ? fit le jeune homme en désignant du doigt une terrasse de café située non loin de là.
– Non, merci. Je suis pressée ! dit Irène en prenant le livre des mains de Philippe.
– Nous ne pouvons pas nous quitter comme cela, fit Philippe suppliant.
– D’accord, mais je n’ai pas plus d’une demi-heure à vous accorder, dit Irène en souriant.
En fait d’une demi-heure, ils restèrent trois heures à parler.
Plus Philippe regardait et surtout écoutait Irène, plus il en tombait amoureux.
Irène, pour sa part, trouvait Philippe très séduisant et différent des jeunes gens qu’elle côtoyait.
Philippe et Irène se sentaient bien ensemble. Ils se connaissaient à peine depuis quelques heures, mais ils semblaient trouver dans l’autre un complément qu’ils avaient cherché pendant une partie de leur vie.
Tout dans leurs gestes et leurs paroles n’exprimait que respect l’un envers l’autre.
Machinalement, Irène consulta sa montre et sursauta en voyant que le temps s’était écoulé aussi vite.
– Mon Dieu ! Je dois vous quitter !
– Irène, j’aimerais vous revoir. Que faites-vous, ce soir ? demanda Philippe ne voulant pas perdre contact avec la jeune fille.
– Ce soir, ce n’est pas possible. Je suis invitée à dîner au restaurant par des collègues. Cette soirée est prévue depuis de longue date et a déjà été remise plusieurs fois, répondit-elle peinée.
– Ne partez pas comme cela, supplia le jeune homme.
– Excusez-moi, je suis en retard, fit-elle en se levant et tout en jetant à nouveau un regard inquiet à sa montre.
Philippe, resté assis, tendit rapidement son bras droit à travers la table et attrapa le poignet gauche de la jeune fille.
Beaucoup auraient trouvé le geste de Philippe insolent, mais Irène ressentit une sensation qu’elle n’avait jamais éprouvée auparavant.
La main du jeune homme glissa le long du poignet d’Irène et lorsque leurs deux mains s’unirent, Irène se rendit compte qu’elle était amoureuse de ce grand jeune homme aux cheveux bruns.
– Acceptez au moins de me revoir demain après-midi, fit Philippe la suppliant du regard.
– D’accord, demain après-midi, finit-elle par dire en souriant.
Philippe n’avait toujours pas lâché la main d’Irène, leurs yeux étaient rivés l’un à l’autre. Les mots n’avaient plus d’importance, ils se rendaient compte que leur rencontre était le commencement d’une nouvelle vie pour eux.
Philippe ouvrit sa main, libérant celle d’Irène en lui rappelant :
– Demain même heure, même endroit ?
– Demain même heure, même endroit, répéta-t-elle.
***
Irène s’était éloignée de Philippe presque à contrecœur.
Tout s’était passé si vite. Elle se rendait compte que l’homme de sa vie avait fait irruption sans qu’elle y soit vraiment préparée. Mais peu importe, elle le trouvait si attirant et si sensible !
Ses pensées la conduisirent jusqu’à son appartement sans qu’elle s’en rende bien compte. Elle le revoyait attablé à la terrasse du café, tournant sa petite cuiller au-dessus de sa tasse tout en l’écoutant.
Irène s’habilla rapidement après avoir fait un court brin de toilette et quitta son logement en direction du restaurant où ses collègues lui avaient donné rendez-vous.
La plupart d’entre eux étaient déjà arrivés et attendaient les derniers arrivants sur la devanture.
– Voilà Irène, fit l’un d’eux. Il ne manque plus que Michel et Anne-Lise. Nous allons déjà prendre place à l’intérieur, ils ne vont plus tarder.
En effet, ils arrivèrent quelques minutes après. Anne-Lise s’installa à côté d’Irène tout en lui faisant remarquer :
– Tu es rayonnante, ce soir.
– J’ai surtout eu peur d’être en retard, répondit-elle simplement.
– Non, Irène. Tu as quelque chose de changé. Ton regard n’est plus le même, insista sa collègue.
– Je ne vois pas ce que tu veux dire, se défendit la jeune fille.
Mais Irène savait très bien ce qu’Anne-Lise voulait insinuer.
Oui, c’est vrai, elle n’était plus la même, mais elle ne pouvait imaginer que son récent bonheur pouvait se voir à ce point.
Elle se mit à penser à Philippe. Que faisait-il en ce moment ? Était-il assis à une table du restaurant de son hôtel, en train comme elle de manger, tout en pensant à leur incroyable rencontre ?
Se réjouissait-il, comme elle, à la joie de la revoir le lendemain après-midi ?
Irène fut tirée de ses réflexions par le coup de coude d’Anne-Lise.
– Irène, je vois bien que quelque chose a changé en toi. Tu n’as pas dit un mot de la soirée. Cela ne te ressemble pas.
– Si je te disais la vérité, me croirais-tu ? demanda la jeune fille en souriant.
– Toi, tu es amoureuse !
– Comment as-tu deviné ? fit Irène, surprise de l’exactitude des paroles d’Anne-Lise.
– Moi aussi, j’ai connu le grand amour.
– Anne-Lise, dis-moi. Est-il possible de tomber amoureuse d’un inconnu en si peu de temps ? demanda Irène, angoissée.
– Tout est possible en amour. Maintenant, si tu sens que c’est l’homme de ta vie, ne le lâche pas. Cela a été mon tort et regarde où j’en suis à l’heure actuelle. Je suis toujours célibataire et tous les jeunes gens qui m’ont approchée n’ont jamais su me faire oublier mon premier amour.
***
Le lendemain, Philippe trouva interminables les différents exposés du Congrès. Il avait hâte de retrouver Irène.
Il fut un des premiers à quitter l’auditorium.
Il consulta sa montre, il allait être en retard.
Le quai des bouquinistes n’était pas tout près.
Qu’allait penser Irène pour leur premier rendez-vous ? Que les médecins ne sont jamais à l’heure ! Philippe accéléra le pas.
De son côté, Irène, tout en marchant, regardait sans cesse sa montre. Elle était en retard, qu’en penserait Philippe ? Toujours pareil avec les femmes, jamais à l’avance !
Chacun se pressait, craignant par leur retard d’être mal jugé par l’autre.
Ils se retrouvèrent bientôt face à face.
Leur démarche rapide les avait précipités dans les bras l’un de l’autre sans qu’ils se rendent compte de ce qui leur arrivait.
Ils étaient proches, Philippe tenait Irène par les coudes tandis que la jeune femme avait posé inconsciemment ses mains sur les bras du jeune homme.
Ils restèrent quelques instants ainsi, reprenant leur souffle. Puis, comprenant leur désarroi, ils se mirent à rire sous le regard étonné des passants.
– J’ai faim, fit Philippe en s’écartant doucement d’Irène. J’ai repéré un petit restaurant charmant non loin d’ici, je vous invite, continua-t-il.
– Cette course m’a donné faim aussi, répondit Irène en souriant.
