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Jacques Cazotte

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Beschreibung

Dans "Le diable amoureux", Jacques Cazotte nous plonge dans un récit fantastique et allégorique où le désir et le mystère s'entrelacent. La prose de Cazotte, riche en métaphores et en descriptions évocatrices, se déploie dans un contexte littéraire du XVIIIe siècle où le romantisme commence à éclipser le rationalisme des Lumières. L'histoire suit le protagoniste, un jeune homme, qui devient l'objet des attentions d'une mystérieuse et séduisante entité démoniaque, révélant ainsi les tensions entre amour, éclat et danger. Ce roman, considéré comme l'un des premiers exemples de la littérature fantastique française, interroge le rapport à l'invisible et à l'irrationnel tout en cultivant une atmosphère de rêve troublant. Jacques Cazotte (1719-1792), écrivain et philosophe, est profondément ancré dans son époque marquée par une fascination pour le sublime et l'occultisme. Ayant été influencé par les idées des Lumières et les réflexions sur le paranormal, il a développé, à travers son œuvre, un goût prononcé pour l'étrange, qui trouve son apogée dans "Le diable amoureux". Son exil tardif en raison de ses opinions politiques pendant la Révolution française a également façonné sa vision du monde, marquée par la dualité entre éclaircissement et obscurité. Je recommande vivement "Le diable amoureux" à tout lecteur désireux de plonger dans un univers où les passions humaines se heurtent à l'inexplicable. Ce roman invite une réflexion profonde sur les méandres de l'âme et les forces obscures qui l'animent. L'atmosphère envoûtante et le style poétique de Cazotte en font un incontournable de la littérature française, captivant tant les amateurs du fantastique que ceux en quête d'une exploration des sentiments humains. Tout en demeurant accessible, cette œuvre offre une richesse thématique qui saura séduire les esprits curieux. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction succincte situe l'attrait intemporel de l'œuvre et en expose les thèmes. - Le Synopsis présente l'intrigue centrale, en soulignant les développements clés sans révéler les rebondissements critiques. - Un Contexte historique détaillé vous plonge dans les événements et les influences de l'époque qui ont façonné l'écriture. - Une Analyse approfondie examine symboles, motifs et arcs des personnages afin de révéler les significations sous-jacentes. - Des questions de réflexion vous invitent à vous engager personnellement dans les messages de l'œuvre, en les reliant à la vie moderne. - Des Citations mémorables soigneusement sélectionnées soulignent des moments de pure virtuosité littéraire. - Des notes de bas de page interactives clarifient les références inhabituelles, les allusions historiques et les expressions archaïques pour une lecture plus aisée et mieux informée.

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Veröffentlichungsjahr: 2021

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Jacques Cazotte

Le diable amoureux

Édition enrichie. Amour interdit et mystères surnaturels dans le roman gothique français du XVIIIe siècle
Introduction, études et commentaires par Léonard Toussaint
Édité et publié par Good Press, 2022
EAN 4064066078355

Table des matières

Introduction
Synopsis
Contexte historique
Le diable amoureux
Analyse
Réflexion
Citations mémorables
Notes

Introduction

Table des matières

Dans Le diable amoureux, la tentation prend le visage du désir et met la raison à l’épreuve, tandis que l’ordinaire se fissure pour laisser affleurer une présence aussi séduisante qu’inquiétante, entraînant le lecteur dans cette zone d’incertitude où l’on ne sait plus si l’on choisit ou si l’on cède, si l’on voit ou si l’on rêve, si l’amour relève d’un enchantement librement consenti ou d’un pacte dont les clauses invisibles nous enchaînent pas à pas, au point que la promesse d’un ravissement intime devient l’exercice d’une vigilance extrême, à la fois voluptueuse et périlleuse.

Publié en 1772, Le diable amoureux est un conte fantastique de Jacques Cazotte, figure singulière des lettres françaises du XVIIIe siècle. L’œuvre s’inscrit dans le climat des Lumières finissantes, quand la curiosité pour le merveilleux et les sciences occultes côtoie l’exigence de rationalité. Son cadre, volontairement proche du quotidien, sert d’écrin à l’irruption du surnaturel: salons, rues et intérieurs familiers sont troublés par une présence qui déjoue les catégories établies. Par sa brièveté maîtrisée et son art du récit ramassé, le livre se lit d’un élan, tout en laissant dans la mémoire un sillage plus ample que sa taille ne le laisse croire.

L’intrigue s’ouvre sur un jeune homme, impétueux et curieux, qui tente une conjuration dont il ne mesure pas les conséquences. À son appel répond une puissance ambiguë, prompte à prendre l’apparence d’une femme éblouissante, dont la douceur et l’inventivité semblent taillées pour flatter ses désirs. Dès lors, il se voit entraîné dans un jeu de signes, de promesses et d’épreuves, où la faveur se paie de docilité, et la liberté d’un surcroît d’énigmes. Cazotte ne dévoile rien d’emblée: il ménage l’hésitation, installe une proximité troublante, et fait peu à peu tinter la question décisive de l’engagement intime.

Le récit se présente à la première personne, dans une voix vive et assurée qui oscille entre bravoure juvénile et scrupule lucide. Le style, clair et nerveux, mêle le sourire d’une ironie discrète à la précision d’effets quasi théâtraux: entrées, apartés, variations d’intonation, brusques changements d’éclairage. L’économie de moyens, la netteté des scènes et l’art de différer marginalement l’explication nourrissent une tension constante. On y goûte le charme d’un conte bien conduit, mais aussi le frisson d’une expérience intérieure dont le cadre vacille. Le ton demeure élégant, jamais appuyé, laissant au lecteur le soin de combler l’invisible.

Au cœur du livre, la tentation s’adosse à l’illusion: le désir façonne des images, et ces images commandent les gestes. Le motif de la métamorphose interroge l’identité, les rôles et les apparences, tandis que la parole — serment, promesse, demande — devient l’instrument d’un pouvoir aussi doux que contraignant. Se croisent ainsi liberté et soumission, foi et scepticisme, curiosité et prudence, avec une attention soutenue à ce qui, dans l’intime, vacille entre consentement et captation. Cazotte met en scène l’énigme d’un lien qui emporte et retient, et laisse chaque signe ouvert à une double lecture également plausible.

Ce trouble stratégique explique la persistance de l’œuvre: elle parle à une époque qui interroge les séductions, les récits et les images qui nous gouvernent. L’ambiguïté de la relation représentée invite à réfléchir à la fabrication des désirs, à la négociation du consentement et à la part de projection qui nourrit toute passion. La coexistence du raisonnable et de l’inexplicable résonne encore, non pour trancher, mais pour faire sentir l’incertitude comme expérience littéraire. Par sa limpidité formelle, le livre reste accessible; par sa zone d’ombre, il suscite des lectures successives, où chacun reconnaît ses propres angles morts.

Souvent considéré comme un jalon fondateur du fantastique en langue française, Le diable amoureux assume une position de passeur entre le goût des Lumières pour l’examen et le romantisme naissant de l’étrange. Sa force tient à l’équilibre entre grâce narrative et inquiétude métaphysique, entre badinage social et gravité morale. En refusant de clore l’hésitation, Cazotte confie au lecteur un rôle actif, qui explique la longévité de l’œuvre et sa place dans la mémoire littéraire. On y vient pour une histoire enlevée; on y revient pour la finesse des signes, la densité des thèmes, et la justesse d’un vertige mesuré.

Synopsis

Table des matières

Publié en 1772, Le Diable amoureux de Jacques Cazotte s’inscrit au croisement du conte moral, du récit de séduction et du fantastique naissant. L’intrigue suit un jeune officier espagnol, curieux des pouvoirs occultes et impatient d’éprouver sa bravoure autant que la réalité de l’invisible. Un geste de défi, plus qu’une quête métaphysique organisée, l’entraîne à invoquer une puissance interdite. Cazotte place d’emblée son héros entre lumière des Lumières et fascination pour l’irrationnel, ouvrant un champ d’épreuves où l’orgueil, le désir et la crédulité s’entrelacent, tandis que l’auteur ménage un espace d’ambiguïté qui rend douteux ce qui relève du surnaturel ou de la projection mentale.

La créature répond à l’appel sous des formes successives, dérangeantes puis séduisantes, jusqu’à se fixer en une jeune femme d’une beauté et d’une docilité troublantes, Biondetta. Le renversement, du monstrueux au charmant, déplace le conflit du terrain de la peur vers celui du désir. Devant un héros à la fois incrédule et flatté, l’esprit adopte le langage de la tendresse et la posture de la servitude amoureuse, promettant secours et dévouement. Cazotte installe ainsi une économie de l’échange où l’officier, qui croit diriger, entre dans une relation de dépendance subtile, nourrie de promesses équivoques et d’illusions soigneusement entretenues.

À mesure que la présence de Biondetta s’impose, le récit explore la difficulté de distinguer la grâce authentique de l’artifice. La jeune femme anticipe les désirs, désamorce les scrupules et compose une image d’épouse idéale, tout en rappelant l’origine surnaturelle que le héros préférerait oublier. Celui-ci multiplie précautions et conditions, pour sauvegarder son honneur et sa foi sans renoncer à la fascination qui l’aimante. La tension dramatique naît de ce double mouvement: volonté de maîtrise et consentement à l’envoûtement. La frontière entre pacte implicite et simple liaison se brouille, au rythme d’épisodes où l’extraordinaire se greffe sur le quotidien.

Le retour dans la vie sociale met ce lien à l’épreuve. Au milieu des convenances, de la conversation et des regards, Biondetta semble exceller, comme si elle convertissait l’excès surnaturel en parfaite civilité. Mais l’entourage s’inquiète. La famille, aiguillonnée par le sens de l’honneur et une vigilance morale, perçoit un mystère incompatible avec la respectabilité. Le héros tente d’articuler sentiments et obligations, dissimulant ce qu’il ne peut expliquer. Cazotte fait travailler les contraintes du rang, de la réputation et de la religion, transformant la séduction privée en enjeu public où le paraître doit en permanence contenir, ou maquiller, l’inquiétante étrangeté qui s’attache à la jeune femme.

Des signes troublants jalonnent alors l’intrigue: coïncidences providentielles, facilités inattendues, promesses aussitôt accomplies. À chaque faveur reçue, l’officier gagne en confort et perd en autonomie. Lui-même oscille entre reconnaissance et soupçon, s’efforçant de rationaliser ce qui lui arrive, puis cédant aux preuves qui bousculent sa raison. Biondetta, toujours plus persuasive, plaide la sincérité de son attachement et la possibilité d’une union conforme aux normes humaines. La dialectique se resserre: l’amour est-il un rachat ou un piège? Le récit entretient une inquiétude sourde sans révéler encore la nature ultime des engagements pris.

La force du livre tient à l’ambiguïté méthodique que Cazotte maintient, tant dans la caractérisation des personnages que dans l’architecture des scènes. Le merveilleux s’insinue par de minces décalages, la psychologie par des aveux partiels, l’ironie par des écarts de ton qui fragilisent les certitudes. Le combat central oppose la liberté intérieure à la puissance de l’illusion, la foi à l’attrait des prodiges, le contrôle social aux charmes de l’abandon. Le texte joue ainsi des genres et des héritages: il moralise sans sermon, séduit sans complaisance, et installe une zone d’indécision où la vérité n’apparaît jamais sans reste.

Sans dévoiler ses derniers développements, on peut dire que Le Diable amoureux interroge durablement les limites du consentement, la fragilité de la volonté et la part d’invention du désir. Souvent considéré comme un jalon précoce du fantastique en langue française, le récit conjugue divertissement, inquiétude et réflexion sur la crédulité éclairée du siècle. Sa résonance tient à la lucidité avec laquelle il montre comment l’imaginaire façonne le réel, au risque de le subjuguer. En cela, l’ouvrage demeure une référence pour penser la séduction comme pouvoir, l’attrait du merveilleux et l’ambivalence d’une modernité fascinée par ce qui la contredit.

Contexte historique

Table des matières

Publié en 1772, Le Diable amoureux de Jacques Cazotte paraît sous le règne de Louis XV, à la fin de l’Ancien Régime. La France est alors une monarchie absolue centralisée, dont Paris est le foyer éditorial et intellectuel. Cazotte, né en 1719 à Dijon, a derrière lui une carrière d’administrateur de la Marine aux Antilles et d’homme de lettres installé à Paris. L’ouvrage s’inscrit dans une Europe en paix relative après la guerre de Sept Ans, mais traversée par des débats d’idées vifs. Il combine divertissement et interrogation morale, dans une langue élégante destinée à un public lettré.

Le cadre institutionnel de la librairie française est étroitement réglementé: privilèges d’impression, permissions tacites, police du livre sous l’autorité de la Direction de la Librairie, que Malesherbes a réformée dans les années 1750-1760. Les salons, l’Académie française et des journaux critiques comme le Mercure de France structurent la réputation des œuvres. La fiction merveilleuse y est tolérée tant qu’elle ne s’attaque pas aux dogmes ni à la politique. Le conte de Cazotte exploite cet espace « sûr »: il déploie l’imaginaire du surnaturel et de la tentation sans viser de cibles contemporaines directes, tout en invitant à réfléchir à la prudence, à la croyance et à l’illusion.

Au même moment, l’Europe des Lumières promeut l’examen critique. L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751–1772) diffuse l’esprit expérimental et l’histoire raisonnée des croyances. Voltaire, dans le Dictionnaire philosophique (1764), ridiculise la démonologie et les miracles mal attestés; Hume, dès 1748, argumente contre la crédibilité des prodiges. Les lecteurs sont donc exercés à douter des « merveilles ». Cazotte insère son récit dans cette culture du scepticisme: le fantastique y naît d’un conflit d’interprétations, où l’étrange séduit autant qu’il inquiète. Sans contester frontalement les Lumières, le conte ménage une zone d’incertitude qui met à l’épreuve la raison, la volonté et le jugement.

La France reste une monarchie catholique de tradition gallicane. Les querelles religieuses sont vives: les jansénistes affrontent longtemps les jésuites, expulsés du royaume en 1764 avant leur suppression pontificale en 1773. En Espagne, où se déroule la « nouvelle espagnole » de Cazotte, l’Inquisition existe encore au XVIIIe siècle, même si son action s’atténue sous Charles III. Dans cet horizon, la figure du démon, les pactes et l’envoûtement appartiennent à un imaginaire encadré par l’Église mais omniprésent dans les récits. Le conte, sans blasphème ni irrévérence directe, interroge la frontière entre piété, superstition et fascination pour les forces invisibles.

Les liens dynastiques entre Bourbons de France et d’Espagne, consolidés par les Pactes de famille (1733, 1743, 1761), rapprochent les cours et les cultures. Charles III règne à Madrid depuis 1759 avec un programme de réformes « éclairées » visant l’administration, l’urbanisme et la police des mœurs, tout en affirmant l’orthodoxie religieuse. Dans l’imaginaire français, l’Espagne et l’Italie offrent un décor méridional de passions, d’honneur et de bravoure. Situer l’intrigue sous ces latitudes permet à Cazotte d’exploiter le pittoresque et de traiter, à distance du public parisien, des sujets sensibles comme la tentation, le serment, la fidélité et l’emprise.

Le Diable amoureux croise plusieurs traditions. Le goût français pour les contes orientaux, relancé par la traduction des Mille et Une Nuits d’Antoine Galland au début du siècle, côtoie les « contes philosophiques » et l’intérêt pour l’étrange. En Angleterre, Le Château d’Otrante de Horace Walpole (1764) inaugure le roman gothique. Cazotte emprunte au merveilleux et à la satire morale, mais installe un doute méthodique sur la nature des événements. L’ouvrage est fréquemment cité comme un précurseur du fantastique français: le surnaturel y est plausible et troublant, au service d’une exploration des désirs, de la peur et de l’autocontrôle.

La société d’Ancien Régime valorise les carrières militaires de la noblesse, les obligations d’honneur et un art de la galanterie codifié. Les salons tenus par des femmes jouent un rôle central dans la sociabilité et la diffusion des modes littéraires. Les débats sur l’éducation, la prudence dans le choix d’un mariage et la réputation traversent la vie mondaine. Cazotte met en scène attirances et promesses en termes compréhensibles à ce public: serments, tentations et épreuves de constance. Le conte reflète ainsi des normes sociales réelles, tout en les testant à travers un dispositif enchanteur qui oblige à mesurer désir, vertu et maîtrise de soi.

La réception de 1772 salue l’originalité du récit, qui connaît des rééditions dans les décennies suivantes. L’irruption de la Révolution en 1789 bouleverse ce monde; Cazotte, monarchiste déclaré, est arrêté en 1792 et exécuté la même année. Ce destin politique, postérieur au livre, éclaire la sensibilité d’un auteur attaché à l’ordre religieux et civil de son temps. Sans annoncer ces événements, Le Diable amoureux reflète un moment charnière: il charme par le merveilleux, mais avertit contre l’aveuglement, l’imprudence et la légèreté. À ce titre, il peut se lire comme une mise en garde morale au seuil d’une ère d’incertitude.

Le diable amoureux

Table des Matières Principale
CAZOTTE
I
II
III
IV
V
AVIS DE L'AUTEUR POUR LA PREMIÈRE ÉDITION.
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
ÉPILOGUE DU DIABLE AMOUREUX .

CAZOTTE

Table des matières

I

Table des matières

L'AUTEUR du Diable amoureux appartient à cette classe d'écrivains qu'après l'Allemagne et l'Angleterre nous appelons humoristiques, et qui ne se sont guère produits dans notre littérature que sous un vernis d'imitation étrangère. L'esprit net et sensé du lecteur français se prête difficilement aux caprices d'une imagination rêveuse, à moins que cette dernière n'agisse dans les limites traditionnelles et convenues des contes de fées et des pantomimes d'opéras. L'allégorie nous plaît, la fable nous amuse; nos bibliothèques sont pleines de ces jeux d'esprit destinés d'abord aux enfants, puis aux femmes, et que les hommes ne dédaignent pas quand ils ont du loisir. Ceux du dix-huitième siècle en avaient beaucoup, et jamais les fictions et les fables n'eurent plus de succès qu'alors. Les plus graves écrivains, Montesquieu, Diderot, Voltaire, berçaient et endormaient par des contes charmants cette société que leurs principes allaient détruire de fond en comble. L'auteur de l'Esprit des lois écrivait le Temple de Gnide; le fondateur de l'Encyclopédie charmait les ruelles avec l'Oiseau blanc et les Bijoux indiscrets; l'auteur du Dictionnaire philosophique brodait la Princesse de Babylone et Zadig des merveilleuses fantaisies de l'Orient. Tout cela, c'était de l'invention, c'était de l'esprit, et rien de plus, sinon du plus fin et du plus charmant.

Mais le poëte qui croit à sa fable, le narrateur qui croit à sa légende, l'inventeur qui prend au sérieux le rêve éclos de sa pensée, voilà ce qu'on ne s'attendait guère à rencontrer en plein dix-huitième siècle, à cette époque où les abbés poëtes s'inspiraient de la mythologie, et où certains poëtes laïques faisaient de la fable avec les mystères chrétiens.

On eût bien étonné le public de ce temps-là en lui apprenant qu'il y avait en France un conteur spirituel et naïf à la fois qui continuait les Mille et une Nuits, cette grande œuvre non terminée que M. Galland[1] s'était fatigué de traduire, et cela comme si les conteurs arabes eux-mêmes les lui avaient dictées; que ce n'était pas seulement un pastiche adroit, mais une œuvre originale et sérieuse écrite par un homme tout pénétré lui-même de l'esprit et des croyances de l'Orient. La plupart de ces récits, il est vrai, Cazotte les avait rêvés au pied des palmiers, le long des grands mornes de Saint-Pierre; loin de l'Asie sans doute, mais sous son éclatant soleil. Ainsi le plus grand nombre des ouvrages de cet écrivain singulier a réussi sans profit pour sa gloire, et c'est au Diable amoureux seul et à quelques poëmes et chansons qu'il a dû la renommée dont s'illustrèrent encore les malheurs de sa vieillesse. La fin de sa vie a donné surtout le secret des idées mystérieuses qui présidèrent à l'invention de presque tous ses ouvrages, et qui leur ajoutent une valeur singulière que nous essayerons d'apprécier.

Un certain vague règne sur les premières années de Jacques Cazotte. Né à Dijon en 1720, il avait fait ses études chez les Jésuites[2], comme la plupart des beaux esprits de ce temps-là. Un de ses frères, grand vicaire de M. de Choiseul, évêque de Châlons, le fit venir à Paris et le plaça dans l'administration de la marine, où il obtint vers 1747 le grade de commissaire. Dès cette époque, il s'occupait un peu de littérature, de poésie surtout. Le salon de Raucourt, son compatriote, réunissait des littérateurs et des artistes, et il s'en fit connaître en lisant quelques fables et quelques chansons, premières ébauches d'un talent qui devait dans la suite faire plus d'honneur à la prose qu'à la poésie.

De ce moment, une partie de sa vie dut se passer à la Martinique, où l'appelait un poste de contrôleur des Iles-sous-le-vent. Il y vécut plusieurs années obscur, mais considéré et aimé de tous, et épousa mademoiselle Élisabeth Roignan, fille du premier juge de la Martinique. Un congé lui permit de revenir pour quelque temps à Paris, où il publia encore quelques poésies. Deux chansons, qui devinrent bientôt célèbres, datent de cette époque, et paraissent résulter du goût qui s'était répandu de rajeunir l'ancienne romance ou ballade française, à l'imitation du sieur de la Monnoye. Ce fut un des premiers essais de cette couleur romantique ou romanesque dont notre littérature devait user et abuser plus tard, et il est remarquable de voir s'y dessiner déjà, à travers mainte incorrection, le talent aventureux de Cazotte.

La première est intitulée la Veillée de la bonne femme, et commence ainsi:

Tout au beau milieu des Ardennes
Est un château sur le haut d'un rocher
Où fantômes sont par centaines.
Les voyageurs n'osent en approcher:
Dessus ses tours
Sont nichés les vautours,
Ces oiseaux de malheur.
Hélas! ma bonne, hélas! que j'ai grand'peur!

On reconnaît déjà tout à fait le genre de la ballade, telle que la conçoivent les poëtes du Nord, et l'on voit surtout que c'est là du fantastique sérieux; nous voici bien loin de la poésie musquée de Bernis et de Dorat. La simplicité du style n'exclut pas un certain ton de poésie ferme et colorée qui se montre dans quelques vers.

Tout à l'entour de ses murailles
On croit ouïr les loups-garous hurler,
On entend traîner des ferrailles,
On voit des feux, on voit du sang couler,
Tout à la fois,
De très-sinistres voix
Qui vous glacent le cœur.
Hélas! ma bonne, hélas! que j'ai grand'peur!

Sire Enguerrand, brave chevalier qui revient d'Espagne, veut loger en passant dans ce terrible château. On lui fait de grands récits des esprits qui l'habitent; mais il en rit, se fait débotter, servir à souper, et fait mettre des draps à un lit. A minuit commence le tapage annoncé par les bonnes gens. Des bruits terribles font trembler les murailles, une nuée infernale flambe sur les lambris; en même temps, un grand vent souffle et les battants des portes s'ouvrent avec rumeur.

Un damné, en proie aux démons, traverse la salle en jetant des cris de désespoir.

Sa bouche était tout écumeuse,
Le plomb fondu lui découlait des yeux...
Une ombre tout échevelée
Va lui plongeant un poignard dans le cœur;
Avec une épaisse fumée
Le sang en sort si noir qu'il fait horreur.
Hélas! ma bonne, hélas! que j'ai grand'peur

Enguerrand demande à ces tristes personnages le motif de leurs tourments.

—Seigneur, répond la femme armée d'un poignard, je suis née dans ce château, j'étais la fille du comte Anselme. Ce monstre que vous voyez, et que le ciel m'oblige à torturer, était aumônier de mon père et s'éprit de moi pour mon malheur. Il oublia les devoirs de son état, et, ne pouvant me séduire, il invoqua le diable et se donna à lui pour en obtenir une faveur.

Tous les matins j'allais au bois prendre le frais et me baigner dans l'eau pure d'un ruisseau.

Là, tout auprès de la fontaine,
Certaine rose aux yeux faisait plaisir;
Fraîche, brillante, éclose à peine.
Tout paraissait induire à la cueillir:
Il vous semblait,
Las! qu'elle répandait
La plus aimable odeur.
Hélas! etc.
J'en veux orner ma chevelure
Pour ajouter plus d'éclat à mon teint;
Je ne sais quoi contre nature
Me repoussait quand j'y portais la main.
Mon cœur battait
Et en battant disait:
Le diable est sous la fleur!...
Hélas! etc.

Cette rose, enchantée par le diable, livre la belle aux mauvais desseins de l'aumônier. Mais bientôt, reprenant ses sens, elle le menace de le dénoncer à son père, et le malheureux la fait taire d'un coup de poignard.

Cependant, on entend de loin la voix du comte qui cherche sa fille. Le diable alors s'approche du coupable sous la forme d'un bouc et lui dit: Monte, mon cher ami; ne crains rien, mon fidèle serviteur.

Il monte, et, sans qu'il s'en étonne,
Il sent sous lui le diable détaler;
Sur son chemin l'air s'empoisonne,
Et le terrain sous lui semble brûler.
En un instant
Il le plonge vivant
Au séjour de douleur!
Hélas! ma bonne, hélas! que j'ai grand'peur.

Le dénoùment de l'aventure est que sire Enguerrand, témoin de cette scène infernale, fait par hasard un signe de croix, ce qui dissipe l'apparition. Quant à la moralité, elle se borne à engager les femmes à se défier de leur vanité, et les hommes à se défier du diable.

Cette imitation des vieilles légendes catholiques, qui serait fort dédaignée aujourd'hui, était alors d'un effet assez neuf en littérature; nos écrivains avaient longtemps obéi à ce précepte de Boileau, qui dit que la foi des chrétiens ne doit pas emprunter d'ornements à la poésie; et, en effet, toute religion qui tombe dans le domaine des poëtes se dénature bientôt, et perd son pouvoir sur les âmes. Mais Cazotte, plus superstitieux que croyant, se préoccupait fort peu d'orthodoxie[1q]. D'ailleurs, le petit poëme dont nous venons de parler n'avait nulle prétention, et ne peut nous servir qu'à signaler les premières tendances de l'auteur du Diable amoureux vers une sorte de poésie fantastique, devenue vulgaire après lui.

On prétend que cette romance fut composée par Cazotte pour madame Poissonnier, son amie d'enfance, nourrice du duc de Bourgogne, et qui lui avait demandé des chansons qu'elle pût chanter pour endormir l'enfant royal. Sans doute il aurait pu choisir quelque sujet moins triste et moins chargé de visions mortuaires; mais on verra que cet écrivain avait la triste destinée de pressentir tous les malheurs.

Une autre romance du même temps, intitulée «les Prouesses inimitables d'Ollivier, marquis d'Édesse», obtint aussi une grande vogue. C'est une imitation des anciens fabliaux chevaleresques, traitée encore dans le style populaire.