Le docteur Simon Colonna et Port-Saint-Louis-du-Rhône - José Valli - E-Book

Le docteur Simon Colonna et Port-Saint-Louis-du-Rhône E-Book

José Valli

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Beschreibung

Une belle association entre un grand homme et un magnifique lieu pour un formidable récit

José Valli se fait ici le porte-parole de tous les Port-Saint-Louisiens qui souhaitent rendre un hommage au docteur Simon Colonna qui fut si généreux de son temps et de sa personne envers tous ses semblables.
« Simon était un personnage fascinant. Ses gestes, son verbe, sa voix, son comportement, sa réflexion, son vécu, sa pugnacité, son raisonnement, son rapport à l’autre et son humilité en faisaient réellement un être exceptionnel. » En plus de son métier qu’il exercera sans compter, il aura pour combat de faire construire le clocher de l’église de Port-Saint-Louis du Rhône, car pour lui « un village sans clocher est un village sans âme ».

Ce récit est fait d’un tas d’anecdotes mêlant la vie du docteur et celle des gens du village révélant ainsi les événements marquants de la vie sociale, religieuse et politique de la ville de Port-Saint-Louis.

Entre biographie romancée et histoire, José Valli rend un bel hommage à son village Port-Saint-Louis-du-Rhône.

EXTRAIT

Certains, qui n’ont pas connu Simon Colonna, s’étonneront peut-être du pourquoi de cette biographie.
Notre homme n’était pas un surhomme, bien au contraire.
Notre homme n’était pas plus un « politique », même si la vie de la commune fit partie intégrante de sa vie !
Notre homme n’était ni un aventurier des mers du Sud, ni un intrigant, ni un faiseur de records !
Alors pourquoi ? Pourquoi faire le récit de sa vie ?
Simplement parce que parfois le destin nous joue des tours.
Notre homme n’était pas un héros, non… Pour beaucoup d’entre nous il était bien plus que cela !

A PROPOS DE L’AUTEUR

José Valli est né en Camargue, à Port-Saint-Louis-du-Rhône. C’est la passion qui guide les pas de cet aventurier romanesque qui a parcouru le monde et qui exercera plusieurs activités aussi différentes que celles de pilote de motos de course, docker sur le port de Marseille, homme politique local ou encore pilote de sous-marin à Bora Bora.
Après avoir gagné plusieurs concours de nouvelles sur le cinéma, il se lance à la fois dans la biographie du « docteur des pauvres » ainsi que dans l’écriture de son premier roman, L’Incroyable destinée du Venture of the Sea qui lui permettra de finir dans les tous premiers du concours des « Nouveaux Auteurs » en 2014.

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José Valli

Le docteur Simon Colonna et Port-Saint-Louis-du-Rhône

ISBN 9782876835245

Biographie

www.compagnie-litteraire.com

Préface

ORDRE NATIONAL DES MÉDECINS

CONSEIL DépartementalDEs BOUCHES-DU-Rhône

Le Professeur Henry Zattara

Président d’HonneurConseiller National

Lecteurs,

Dans ce récit émouvant et pittoresque, José Valli, enfant de Port-Saint-Louis-du-Rhône, a voulu associer dans une vénération commune, le médecin de sa famille et sa ville natale. De fait, le Docteur Simon Colonna est né au début du XXe siècle, cinq ans seulement après l’érection en commune de Port-Saint-Louis dans laquelle il a résidé pendant plus de 70 ans, dont 54 années de carrière professionnelle.

L’existence de Simon Colonna a été contemporaine de l’expansion d’une modeste bourgade, agglomération de quelques baraquements, devenue en moins de 100 ans un port commercial important qu’on a pu qualifier de « cité champignon du siècle ».

José Valli procède avec un réel bonheur d’écriture à l’historique et à la chronique croustillante de Port-Saint-Louis et raconte comment Simon Colonna s’est pris d’une passion fusionnelle pour sa ville d’accueil, sans pour autant oublier un seul instant la multiple splendeur de sa Corse bien-aimée et son village natal de Pila Canale où il a passé son enfance, évoquée de façon savoureuse.

À Port-Saint-Louis il a connu le bonheur familial parfait auprès de sa chère épouse Louise et de ses trois enfants, ainsi qu’une réussite professionnelle exemplaire de médecin de famille omnipraticien pratiquant avec un dévouement sans limites, lui valant en retour la reconnaissance et l’affection unanimes de ses concitoyens.

La lecture de ce récit sera une source d’inspiration pour les nouvelles générations médicales si réticentes à assumer les contraintes de cette profession, unique entre toutes, en raison de l’équilibre impératif, de ses droits et de ses devoirs.

Son implication au service de ses patients et ses nombreuses initiatives en matière de santé publique ne l’ont pas empêché de participer en citoyen engagé à la vie de la cité.

Son combat inlassable, couronné de succès, pour que l’église soit enfin dotée d’un clocher est le symbole de ses engagements généreux.

Les gens de ma génération, déjà ancienne, étaient élevés dans le culte des héros et des saints. Ce n’est hélas plus le cas pour les générations nouvelles.

Par l’exemplarité de sa vie, on peut considérer que le Docteur Colonna a été un héros civil et un saint laïque. Il fait honneur à la Corse, à la médecine et à Port-Saint-Louis-du-Rhône.

C’est tout le mérite et le talent de José Valli de nous inviter à en conserver un pieux souvenir.

Professeur Henry Zattara

Préambule

Le hasard et la nécessité,

Jacques Monod, 1970.

Certains, qui n’ont pas connu Simon Colonna, s’étonneront peut-être du pourquoi de cette biographie.

Notre homme n’était pas un surhomme, bien au contraire.

Notre homme n’était pas plus un « politique », même si la vie de la commune fit partie intégrante de sa vie!

Notre homme n’était ni un aventurier des mers du Sud, ni un intrigant, ni un faiseur de records!

Alors pourquoi? Pourquoi faire le récit de sa vie?

Simplement parce que parfois le destin nous joue des tours.

Notre homme n’était pas un héros, non… Pour beaucoup d’entre nous il était bien plus que cela!

Même s’il fut élu au conseil municipal durant un mandat, il n’était pas non plus un homme politique local. Pourtant il entretenait une formidable passion pour sa ville et pour ses concitoyens. Avec une belle ardeur et beaucoup de courage il leur érigea, au cœur de la commune, « l’âme réunificatrice » qui leur manquait tant!

Il n’était pas plus un intrigant qu’un aventurier.

Sage, généreux avec le don de soi, la lumineuse aventure de sa vie, durant 101 ans, il l’a modestement et simplement écrite de ses mains expertes.

Alors, comment un modeste Corse né dans une famille nombreuse de Pila Canale, en Corse du Sud, va-t-il devenir une des personnes préférées de toute la population d’une petite ville de Camargue?

Pour tenter de comprendre le pourquoi de cette saga, il faut certainement se référer à une citation de François Mauriac qui résume assez bien la situation : « L’empreinte d’un homme sur un autre est éternelle, aucun destin n’a traversé le nôtre impunément! »

Le destin de Simon Colonna a fait que, comme aurait dit Jacques Monod, prix Nobel de médecine, par hasard ou par nécessité, il est arrivé dans ce village du bout du monde, qu’il y a soigné des centaines de personnes et qu’il en a sauvé un grand nombre.

Isolé, loin de tout, certains de nos êtres chers n’auraient peut-être pas, certainement pas, survécus sans sa pugnacité, son dévouement et son secours aussi charitables qu’efficaces.

Je peux moi-même en attester.

Il m’a d’abord mis au monde dans la petite maison que mes parents occupaient dans la cour de La belle jardinière au 6 rue Hardon. Puis malheureusement, quelques mois après ma naissance je fus atteint de la toxicose, une grave maladie infantile, et c’est grâce à son diagnostic et à son énergique intervention que je peux aujourd’hui, juste retour des choses, écrire sa biographie!

Mais lui, cet homme droit, juste, avec une telle force de caractère, exigeant avec les autres, mais encore plus avec lui-même, de quelle empreinte et de quel personnage se référait-il?

Ce sont ses propres enfants qui me diront que toute sa vie il eut pour modèle et pour guide celui qui fut le premier Président de la République Française élu au suffrage universel en 1848, avant de devenir Empereur en 1852 comme son oncle Napoléon Bonaparte l’avait été 48 ans avant lui.

Cet homme avait pour nom Charles Louis Napoléon plus communément appelé Napoléon III.

Il est d’ailleurs étonnant de constater que certaines décisions prises sous la gouvernance de Napoléon III furent déterminantes pour la création de ce village camarguais entouré d’eau.

Pure coïncidence ou bien doit-on parler ici d’événements à caractères subliminaux?

Pour être plus cartésien dans notre approche de cette simultanéité, il est possible que Simon se soit passionné pour Napoléon III en référence à ses prises de position concernant le creusement du canal Saint-Louis qui, par conséquent, a donné le jour au bassin central puis à notre cité.

Cependant, le mystère reste entier car l’engouement de Simon pour Napoléon III est bien antérieur à sa propre découverte de Port-Saint-Louis-du-Rhône!

Outre le fait d’être Corse, ces deux hommes se ressemblaient!

Comme Napoléon III il était Corse. Comme Napoléon il n’était pas grand. Comme Napoléon il avait un caractère bien trempé. Comme Napoléon c’était un visionnaire et un bâtisseur. Comme Napoléon III…

Philippe Séguin, grand homme d’État s’il en est et pour qui Simon avait beaucoup de respect et d’admiration, écrira dans le remarquable livre Louis Napoléon le Grand qu’il avait gentiment dédicacé à Simon :

« Ce qui fait de Louis Napoléon un homme à la fois attachant et respectable, ce n’est pas seulement son œuvre, aussi impressionnante soit-elle, pas son habileté et la force de caractère dont il fait montre pour passer de l’exil au pouvoir, c’est aussi et surtout sa fidélité à ses convictions. Tout homme public, à la faveur de mille petites lâchetés successives et subreptices, n’ayant chacune que peu de portée apparente, est exposé au risque d’oublier les raisons et les idéaux qui ont justifié son engagement. Rien de tel chez Louis Napoléon. Et, lorsque parfois, du fait des circonstances, il semble s’écarter de la ligne qu’il s’était fixée, le voilà bientôt qui procède à des corrections plus ou moins brutales, en sorte que l’heure où l’on croit qu’il s’est égaré n’est autre que celle des retrouvailles. »

Ce texte analysant la personnalité de Napoléon III pourrait tout à fait coller avec la nature de Simon Colonna.

Simon

Simon Colonna est né un jour de février 1909 dans la petite ville de Pila Canale, dans le canton de Sainte Marie Siché, en Corse du Sud.

Sans être péjoratif, Pila Canale était plutôt un gros village qu’une petite ville et la famille de Simon, avec ses dix frères et sœurs, ses oncles, ses tantes et ses cousins, représentait une bonne partie des 908 âmes que la commune comptait en 1909!

Perché sur les hauteurs de la vallée du Taravo, à 400 mètres d’altitude, l’entrée du village est signalée par deux statues-menhirs datant de la préhistoire. La rue principale en fait un chemin un peu plus large que les autres mène au centre, jusqu’à l’église Saint Pancrace qui, austère et immuable, veille sur ses « brebis » comme une gardienne du temps! L’été l’air chaud et le soleil grille même les peaux les plus tannées et les hivers sont longs à n’en plus finir.

Pour leur confort les Pila-Canalais peuvent compter sur plusieurs fontaines dans le village, dont certaines d’eau potable.

Jérôme Colonna, son papa, est paysan. Julie, sa maman, élève la fratrie, courbée sous les charges ménagères à l’heure où les appareils électriques n’existent pas encore.

Jérôme est le descendant d’une famille romaine dont est issu aussi le fameux Ugo Colonna, une figure fondamentale et emblématique de l’histoire de la Corse qui aurait vécu vers la fin du VIIIe siècle.

La maman de Simon, née Julie Delassus, était une descendante d’un gendarme originaire du Pas-de-Calais et qui, à l’époque de Napoléon, avait été nommé en Corse.

En ce début de XXe siècle on vit plus que chichement dans les villages Corses!

Jérôme cultive quelques oliviers sur ses terres du bas et entretient aussi quelques têtes d’un maigre bétail. Plusieurs fois par jour, à pied, à travers le maquis et, quel que soit le temps, il lui faut descendre le coteau pour rejoindre ses cultures. Une fois son travail accompli, il doit alors remonter jusqu’au village avec la charge sur le dos, sur un chemin escarpé et sinueux, certainement tracé par les pas d’un âne ivre.

Julie, elle, se lève tous les jours à quatre heures du matin pour faire le pain dans le four en pierre près de la maison. Puis, elle coupe son bois pour chauffer la maison et cuisiner. Et, si la sécheresse estivale ne la prive pas du peu d’eau nécessaire à ses cultures, elle tente aussi de cultiver un modeste potager. Elle lave le linge à la main, des « tonnes » de linge chaque jour.

La lessive est bien la tâche la plus harassante et la moins plaisante pour la mère.

Chez les Colonna les habits sont usés mais toujours propres. Toutefois… il n’y en a malheureusement pas pour tout le monde.

Premier levé, premier habillé et c’est plus souvent qu’à son tour que Simon partira à l’école sans veste et les pieds nus.

Il est bon de signaler que Julie était une femme très pieuse. Comme la mortalité infantile était importante, elle avait déjà perdu deux enfants en bas âges et un autre d’une perforation d’ulcère mal soigné, elle fit baptiser Simon dès les premiers jours suivants sa naissance. Il était né le 10 février 1909.

En revanche si la déclaration de naissance à la mairie fut faite dans les temps, Monsieur le maire, certainement par oubli, mis plusieurs semaines avant de l’enregistrer ce qui fait que Simon a été baptisé environ deux mois avant… d’être né!!!

Nous verrons plus loin que cela ne sera pas sans poser quelques problèmes le jour de son mariage à l’église à Paris.

D’aussi loin que remontaient sa mémoire et ses plus lointains souvenirs d’enfance, Simon avait été marqué par la mobilisation pour la guerre de 14/18 alors qu’il n’avait encore que cinq ans.

Le 1er août 1914 les populations découvrent les premières affiches placardées partout dans le pays :

« Monsieur Raymond Poincaré, Président de la République, ordonne par décret exceptionnel la mobilisation générale des armées, qui sera mise en œuvre par les ministres de la Guerre et de la Marine. »

L’affiche, qui comporte clairement l’ordre de mobilisation générale et la date effective du 2 août 1914, sera placardée par la gendarmerie et annoncée par la voix du garde champêtre local.

Tous les hommes en âge de porter une arme doivent rejoindre leurs casernes à Bastia, Ajaccio, Corte ou Bonifacio.

Ce soir du premier août il y avait eu la fête au village. Les jeunes hommes de Pila Canale et ceux des hameaux alentours dont certains n’étaient même pas encore sortis de l’adolescence, se préparaient, plein d’enthousiasme, à partir pour défendre la France au son des tirs de fusils sortis des bergeries. Ils avaient vécu la mobilisation avec joie et, persuadés que la guerre serait une affaire de quelques semaines, ils étaient confiants dans une victoire facile face à l’Allemagne.

Ils partirent la fleur au fusil!

Il y aura près de 40 000 Corses tués durant la Première Guerre, soit un peu plus de 18,2 % de la population Corse de cette période.

Sur le monument aux morts au centre du village, la liste des noms de ceux tombés au combat pendant la Première Guerre est impressionnante surtout en rapport du petit nombre d’habitants que comptait le village de Pila Canale.

Un de ses oncles ayant été mobilisé, ses cousins étaient venus habiter avec eux et ils se retrouvèrent alors, durant toute cette période, plus de seize gosses à la maison! Autant dire que les costumes servaient pour plusieurs enfants, que les vêtements se passaient et se repassaient de l’un à l’autre et que les derniers levés n’avaient pas de chaussures pour aller à l’école.

En ce qui concerne la nourriture, même durant les heures les plus noires de la guerre, la famille n’avait pas vraiment souffert de la faim. Simplement la pitance était peu variée, mais tous s’en satisfaisaient sans rechigner.

Les repas étaient composés essentiellement à base de haricots, de pommes de terre et d’huile d’olive de la famille. Une huile souvent très forte, presque acre, mais allongée sur un bon morceau de pain elle remplissait frugalement les petits estomacs!

Au printemps, sur le chemin de l’école, comme une nuée de criquets, les garçons Colonna allaient parfois soustraire des fruits en cachette dans les vergers pour ensuite s’en délecter avec leurs sœurs. Les filles, moins téméraires et bien plus policées à cette époque, ne chapardaient pas et ne contrevenaient que très rarement aux lois de la bienséance!

En revanche pas de discrimination de genre pour les travaux dans les champs paternels. Après l’école, les filles tout comme les garçons devaient y contribuer sans renâcler.

Le travail, l’entraide, la connaissance, la responsabilité faisaient aussi partie de leur éducation.

Chez les Colonna, qui avec leurs modestes moyens luttaient pour assurer un bel avenir à chacun de leurs descendants, les parents ne souhaitaient pas que leurs enfants parlent le corse à la maison mais uniquement le Français.

« Pour mieux s’intégrer à la France », disaient-ils!

Simon n’avait pas souvent le temps de rêver mais il racontera plus tard à ses propres descendants qu’à cette période de son enfance il n’avait qu’une seule envie, qu’un seul désir… posséder une bicyclette!

Il n’était pas le seul!

À Pila Canale rares étaient, même les élèves habitants des hameaux plus éloignés, ceux qui venaient à l’école à vélo.

Au village il y avait une seule école communale, située de part et d’autre de la mairie, avec un côté pour les filles et l’autre pour les garçons. Simon la fréquentera jusqu’à l’âge de 14 ans et l’obtention de son Certificat d’Études avec la mention « Très bien »!

C’est ce « Très bien » obtenu par le jeune garçon qui allait changer sa vie, ou du moins guider sa destinée.

À la fin de l’année scolaire l’instituteur était allé trouver ses parents pour les convaincre qu’il était vraiment dommage de lui faire arrêter ses études.

Julie et Jérôme n’ayant que peu de moyen, l’instituteur s’était chargé de faire passer un concours au jeune garçon. Celui-ci réussit, l’instituteur put leur faire obtenir une bourse pour que Simon puisse rentrer au lycée Fesch d’Ajaccio.

Le jeune Simon intégrera le lycée directement en 5ème moderne car, comme il avait déjà 14 ans, il était trop âgé pour faire une 6ème normale. Ce saut d’une classe l’empêchera toutefois d’apprendre le latin.

Le lycée Fesch d’Ajaccio était, à l’époque, encore dans les murs du Palais Fesch, l’ancienne maison des Jésuites. L’école y restera jusqu’en 1936 avant que le Palais ne devienne un musée.

Les années passées à Ajaccio allaient être particulièrement difficiles pour Simon. Grâce à sa bourse il avait la chance d’être pensionnaire, mais si son village de Pila Canale n’était distant que de 37 kms, il ne pouvait rentrer dans sa famille que pour les vacances de Noël, de Pâques et bien sûr pour les grandes vacances d’été. Vacances qu’il passait à aider son père aux travaux des champs!

À Ajaccio, les dimanches, jours de permission, étaient d’une longueur et d’une tristesse absolues.

Comment ne pas sortir respirer l’air de la liberté après une interminable semaine de cours, mais comment meubler ce temps libre quand on n’a pas un sou en poche ? Même pas de quoi s’acheter un cornet de châtaignes chaudes par un rigoureux après-midi de janvier!

Simon, qui avait toujours eu soif d’apprendre, lira beaucoup durant cette période. Des journaux ramassés dans la rue ou sur le zinc d’un comptoir comme L’Écho d’Ajaccio ou Le Journal de la Corse ou bien des livres sur l’Empire Napoléonien trouvés dans la bibliothèque du lycée.

Napoléon III deviendra rapidement son favori, sa référence et l’admiration de Simon pour ce grand personnage ne se démentira pas tout au long de sa vie.

Ses études le passionnaient. Il réussira sa première partie du BAC avec mention bien et passera en Math Elem (aujourd’hui l’équivalant d’une terminale S).

Malheureusement, à la fin du 1er trimestre son professeur de mathématique tombera malade et il ne sera pas remplacé. Simon travaillait alors ses logarithmes, ses théorèmes et ses abscisses tout seul, sur des livres aussi compliqués à déchiffrer que de l’alphabet cyrillique pour un béotien et sans aide pour le guider.

Sa détermination finira par payer. Il réussira brillamment son BAC Math Elem en fin d’année.

Si l’école d’ingénieur semblait pour lui le chemin tout tracé, Marie, sa sœur aînée, lui conseillera de s’orienter vers la médecine.

Marie n’était pas n’importe qui! Elle avait été la première de la famille à faire des études supérieures et aussi la première femme Corse interne en pharmacie. À 22 ans elle était pharmacienne, mais trop jeune pour ouvrir une pharmacie, il fallait avoir 25 ans, elle continuera ses études en passant une licence de chimie avant de commencer médecine.

Pour Simon, à l’écoute des conseils de sa grande sœur, ce sera donc adieu Ajaccio et bonjour Marseille! 

En 1929 il rejoindra le continent et il intégrera la faculté de médecine du Pharo à Marseille.

Marseille

Si Napoléon avait occupé l’Allemagne avec des Marseillais, la face du monde eut été tout autre.

Emil Michel Cioran

S’il arrive en territoire inconnu, son environnement ne le sera pas totalement puisqu’à Marseille il sera aidé par sa tante Pauline, une sœur de sa mère.

Tante Pauline… Dire qu’elle avait une forte personnalité est un doux euphémisme! Elle ne savait pas lire mais… elle savait compter!

Son premier mari, un Bozzi, fut tué à la guerre de 14 et à ce titre, comme veuve de guerre, elle avait obtenu une licence de bar-tabac sur le port de Marseille. Elle s’était ensuite remariée avec Joseph, le frère de son premier mari, ce qui était assez fréquent à l’époque!

Pauline était très intelligente et si elle ne savait ni lire ni écrire, elle se tenait au courant de tout.

Tout au long de sa vie, famille et amis l’avaient régulièrement entendu dire à son second mari : « Joseph, lis-moi le journal! ».

Cette anecdote familiale traversera les générations puisque plus tard elle marquera Jérôme, le fils de Simon, quand durant son enfance il allait passer les vacances chez eux à Marseille.

À la Joliette, loin du décor idyllique du Bar de la Marine dans la trilogie de Pagnol, dans un milieu interlope et quelque peu « singulier » car presque uniquement fréquenté par des dockers et par des marins, Pauline, sans jamais s’absenter, tenait son bar-tabac d’une main de fer.

Autour du zinc, ça gouaillait, ça jouait, ça buvait, ça criait, ça ronchonnait, ça ricanait, ça tapait aussi parfois, mais tout ce joli monde respectait la patronne et chacun filait doux sous le regard transperçant et parfois peu amène de Pauline.

Simon était souvent chez elle car il sortait régulièrement avec son cousin Antoine Bozzi, fils issu de la première union de tante Pauline. Antoine sera plus tard le témoin de mariage de son cousin Simon.

Dans cet environnement viril et parfois brutal le futur médecin n’en menait pas large quand, un peu perdu et impressionné par ce milieu de débardeurs durs à cuire et sans vergogne, il devait passer quelques heures au bar de sa tante. Comme il avait honte de n’être qu’un « petit étudiant » au milieu de cet aréopage de « grandes gueules » au sang chaud, pour faire plus couleur locale Simon préférait se faire passer pour un employé des eaux de la ville!

Quelques années plus tard tante Pauline vendit son bar-tabac pour reprendre une entreprise de déménagement Peone Bozzi place Castellane à Marseille, que gérera par la suite son fils Antoine.

Les études de médecine de Simon ne furent pas simples.

Il fit plusieurs formations dans les hôpitaux marseillais, à la Timone ou à l’Hôtel Dieu.

Des stages comme externe puisque c’était, ça l’est toujours, la coutume, mais aussi des stages où il faisait fonction d’interne en pédiatrie, notamment dans le service régional des enfants diphtériques de la Conception où, à cause du Croup, on y recevait les cas gravissimes. Il y avait une forte mortalité infantile en ce début du XXe siècle.

Le Croup est une infection qui cause une enflure dans la gorge et aux cordes vocales (larynx). Il affecte généralement les enfants de moins de cinq ans, qui ont des voies aériennes plus étroites et susceptibles à l’enflure. Un signe révélateur du Croup est une forte toux qui ressemble à des aboiements et qui empire la nuit.

C’est dans ce service qu’il apprit à intuber les enfants et qu’il acquit d’excellentes compétences en pédiatrie qui plus tard lui serviront à sauver un bon nombre de petites vies.

À cette époque il n’y avait pour les étudiants ni de restaurant à la faculté ni de chambre universitaire et si Simon fréquentait le plus souvent qu’il le pouvait la famille de tante Pauline, il n’habitait pas chez elle, mais logeait dans une pension de famille du côté de l’église des réformés.

Un lit et une commode seront pour quelques années ses seuls meubles et son unique environnement direct. Les toilettes et les douches étaient sur le palier et à partager avec d’autres familles de l’immeuble.

La vie à Marseille était rude loin de ses parents.

Ses frères et sœurs lui manquaient. Le temps aussi lui manquait. Les études n’étaient pas faciles et il lui arrivait de travailler à l’hôpital de la Conception près de 24 heures sans dormir puis de courir à travers Marseille jusqu’au Pharo afin de retrouver les bancs inconfortables de la faculté de médecine.

Seuls les plus méritants et les plus tenaces y arriveront!

Et ça, pour être tenace, il l’était!

D’ailleurs ce trait de caractère tracera son parcours familial et professionnel.

Peu ou pas de loisirs durant toutes ses années d’études. En de rares occasions une virée avec Antoine au bar de Pauline ou le soir, quand son emploi du temps plus que chargé lui en laissait le temps, un frugal repas à la table commune de la pension de famille.

C’est là, en haut de la Canebière, presque sous le clocher de l’église des réformés, comme un signe du destin, qu’un rayon de soleil allait croiser sa route et changer sa vie à tout jamais.

Charmante, intelligente et très élégante, elle se prénommait Louise. Louise Jeanne Marguerite Claria.

Elle deviendra son épouse en 1937!

Louise

Elle est née en Haute Garonne, à Toulouse, le 26 juin 1906.

Son père, Jules Claria, était facteur et sa mère, Henriette née Carrère, était originaire d’Esperce, un petit village de 500 âmes à la limite de la Haute Garonne et de l’Ariège.

Louise Claria passa sans grande difficulté son certificat d’études à Toulouse puis son père fut nommé à Paris et toute la famille s’installa dans le XVe arrondissement.

Bonne élève Louise appris la sténodactylo et quelque temps après la fin de ses études elle rentra à la Paramount qui était le plus grand producteur de films. Au départ elle fut engagée comme simple sténographe puis elle monta progressivement les échelons pour arriver rien moins qu’au poste de secrétaire de direction!

L’atypique et glorieux parcours professionnel de Louise ne s’arrêta pas là puisqu’elle fut même, durant quelques années, la secrétaire de Maurice Chevalier dont elle garda un excellent souvenir. Alors qu’il avait la réputation d’être avare et près de ses sous, il a toujours été généreux avec Louise, lui offrant même des chocolats ou des fleurs.

Malgré son très jeune âge, un jour, le directeur de la Paramount lui proposa de prendre la direction d’une agence de location de films pour tous les cinémas de la région Sud Est de la France. Louise bien évidemment accepta cette opportunité et partit pour Marseille à l’agence Paramount du boulevard Longchamp.

Ses relations dans le cinéma permirent plus tard aux enfants de Louise d’avoir en permanence deux entrées gratuites dans les cinémas de Marseille. Durant ses années d’étudiant son fils Jérôme en fera bon usage!

Ce nouveau travail lui donna l’occasion de rencontrer une bonne partie des acteurs connus de cette époque comme Raimu, Fernandel, Charpin… Acteurs qui, dira-t-elle quelques années plus tard, avaient un ego parfois surdimensionné et inversement proportionnel à leur niveau intellectuel. Ils se jalousaient en permanence et, sous une bonhomie de façade, les piques acérées et sans complaisances volaient bas.

Arrivée à Marseille, les premiers mois Louise trouva refuge dans une pension de famille non loin du boulevard Longchamp. Une pension de famille où logeait également Simon Colonna!

C’est ainsi que le « Petit Corse »et la « Belle Parisienne » firent connaissance, même si dans la réalité rien n’aurait dû les réunir!

Louise avait une bonne situation. C’était une charmante fille, très élégante, et son emploi lui permettait aisément d’être toujours bien vêtue. Simon, lui, n’était affublé que de vêtements déjà portés par ses aînés et ses chaussures, pourtant robustes, montraient des signes de fatigue. L’étudiant en médecine n’avait pas toujours de quoi manger à sa faim mais, comme dans son enfance, il se régalait de fruits, beaucoup moins chers qu’un morceau de viande ou qu’un filet de poisson.

Étrangement, c’est cette habitude et ses assiettes de fruits multicolores qui attirèrent l’attention de Louise.

Autour de la grande table de la pension de famille, les yeux dans leur assiette, rien n’aurait dû réunir ces deux jeunes personnes. Néanmoins le « Petit Corse» ne la laissait pas indifférente.

C’est une grave fièvre, due à une angine qui nécessita l’hospitalisation de Simon pour éviter de sérieuses complications, qui formalisa leur rencontre.

Louise était allée lui rendre visite à l’hôpital et elle fut touchée de le voir seul, sans famille proche. Elle dira plus tard à ses enfants que c’est à partir de ce jour qu’un sentiment plus profond s’installa en elle.

De balade en bateau jusqu’au château d’If en promenades dominicales sur la Canebière, au Fort Saint Jean, au Palais du Pharo ou sur la plage des Catalans, l’amour fit son œuvre!

Grande sentimentale, Louise avait alors pour Simon les yeux qu’avait Chimène pour le Cid!

Le mariage sera fixé pour le mois de décembre 1937.

Tout ne fut pas simple pour autant!

À cette époque en Corse c’est l’endogamie qui prédominait et Simon avait pris maintes précautions pour annoncer à ses proches qu’il allait épouser une continentale.

Il fit plusieurs lettres à ses parents en expliquant que Louise, sa future épouse, n’était pas Corse mais qu’elle était très gentille et qu’elle aimerait sûrement beaucoup la famille.

En fait, cela ne posa jamais aucun problème!

Mais avant de convoler en justes noces, Simon, qui était devenu le Docteur Colonna, souhaitait s’établir professionnellement et installer son cabinet de généraliste.

Le serment d’Hippocrate prêté, il pensait accrocher la plaque de son premier cabinet de médecine générale dans une des rues proches de la Joliette à Marseille.

Cependant il dut d’abord effectuer son temps d’armée à Briançon, affecté en tant que médecin à la brigade anti-aérienne dans les Chasseurs Alpins.

Une fois son service militaire accompli, une autre contrariété naquit!

Dans leur prochaine vie de couple Simon souhaitait que sa future épouse, une fois mariée, cesse de travailler.

Cette décision peut choquer aujourd’hui, mais avant la Seconde Guerre mondiale et alors que le droit de vote fait aux femmes n’existait pas encore, c’était une évidence séculaire sur laquelle on ne revenait pas.

Pourtant si Louise était indépendante elle ne faisait pas partie des « féministes ». Par amour elle accepta donc de renoncer à une situation qui était au départ plus belle et plus rémunératrice que celle de son futur époux.

Elle qui avait résidé à Paris ne regretta jamais d’avoir passé sa vie entière dans une petite ville, loin des mondanités, même si au début elle eut à souffrir de ne plus avoir son indépendance financière.

Le mariage se fera à Paris, dans la famille de la jeune femme.

Faute de moyen, le père et la mère de Simon Colonna ne purent y assister, mais il fut décidé que les futurs époux feraient le voyage de noces en Corse pour présenter l’heureuse élue aux parents ainsi qu’à toute la famille.

Seul le témoin de Simon, le cousin germain et ami Antoine Bozzi, fils de tante Pauline qui avait le bar-tabac à la Joliette, représenta la famille Corse au mariage.

Le tout jeune docteur, qui était passé voir ses parents sur l’île de beauté avant de partir se marier, fit la traversée vers Marseille avec son témoin.

Une traversée épouvantable! En ce mois de décembre 1937 la météo est exécrable, Simon souffre du mal de mer et les bateaux de la compagnie de navigation Fraissinet qui relient la Corse au continent n’ont pas encore de stabilisateurs!

Malades, ils ne fermèrent pas l’œil de la nuit et ce sont deux fantômes, deux loques humaines, qui se retrouvèrent au petit matin sur les quais de la gare Saint-Charles à attendre le train qui les déposerait presque douze heures plus tard gare de Lyon à Paris où ils arrivèrent totalement éreintés.

Tellement fatigués que le lendemain matin, jour du mariage, les deux cousins ne se réveillèrent pas à l’heure et qu’ils arrivèrent à l’église avec beaucoup de retard. À tel point que, dubitative, la maman de Louise se tournant vers sa fille se permit un : « Tu vas voir, le Corse t’a posé un lapin et il ne viendra pas! ».

Au grand soulagement de ces dernières et de tous les invités déjà installés sur les bancs de l’église, les deux Corses fourbus et hors d’haleine finirent par faire leur entrée!

Une arrivée peu discrète donc et qui ne résolut pas tous les problèmes pour autant!

À la lecture des extraits de naissance et des actes de baptême, Monsieur le Curé fut très étonné de voir que le jeune homme avait été baptisé avant que d’être… né!

Ému, essoufflé par leur course à travers Paris et un peu gêné par les remarques de l’abbé, le futur conjoint eut du mal à expliquer la genèse de cette incongruité.

Une fois de plus c’est le cousin Antoine qui lui viendra en aide pour expliquer au curé qu’en Corse ce genre de choses pouvait arriver. Que la maman de Simon, très pieuse, l’avait fait baptiser dès sa venue au monde à cause de l’importante mortalité infantile, alors que le maire de Pila Canale avait, lui, enregistré la naissance avec plusieurs semaines de retard.

Mi dubitatif mi amusé le curé parisien, pas vraiment convaincu par les explications alambiquées d’Antoine ainsi que par les us et coutumes Corses, célébra tout de même leur union au grand soulagement des jeunes amoureux et de toute l’assemblée réunie autour de leur bonheur.

La fête nuptiale fut brève et sans faste.

Une fois le repas des épousailles avalé et les formalités administratives bouclées, c’est leurs valises que les deux tourtereaux bouclèrent. Ils prirent aussitôt le chemin de l’île de Beauté pour leur voyage de noces afin de présenter la jeune femme à la grande famille des Colonna.

Louise racontera plus tard à ses enfants qu’elle fut très bien accueillie par leurs grands-parents paternels. Sa belle-mère, avec qui elle s’entendit très bien, lui fit goûter d’extraordinaires beignets dont elle seule avait la recette ainsi que de la charcuterie corse et de délicieux fromages.

En revanche elle se souvenait aussi que le quotidien au village de Pila Canale était plus que rustique. Il n’y avait pas l’eau courante dans la maison, les coupures d’électricité étaient fréquentes et les routes en fort mauvais état.

Pour une Parisienne, le contraste était saisissant mais elle en garda tout de même toujours un excellent souvenir.

Louise se rappelait aussi une anecdote concernant le village. Plusieurs années plus tard, en 1946, elle revint à Pila Canale avec Simon et les enfants durant une période électorale. C’était pour le vote du Conseiller Général.

Les femmes venant d’obtenir depuis peu le droit de vote, ils la firent voter au village en lui disant que comme elle était « une Colonna », si elle était accompagnée de deux « males » de la famille, elle pouvait exprimer son suffrage sans aucun problème!

Le soir même et durant une semaine Pila Canale fut privé d’électricité. Certains villageois, fous de joie, en tirant des coups de feu en l’air pour la victoire de leur candidat, avaient accidentellement coupé les fils électriques!

Le retour à Marseille pour leurs premières semaines de vie de couple ne fut pas simple non plus.

Louise ne travaillait plus et le Docteur Colonna, faute de moyens suffisants, n’avait encore pas pu ouvrir son propre cabinet de médecine générale proche du quartier de La Joliette comme il l’avait espéré. Il travaillait au coup par coup ou en remplacement d’autres médecins pour une clientèle pauvre et désargentée. La sécurité sociale n’existait pas encore et seulement un client sur trois pouvait payer la consultation.

Simon avait choisi cette profession pour aider les gens et c’est ce qu’il faisait, même si ses maigres rémunérations avaient du mal à faire bouillir la marmite du jeune couple.

Aider son prochain, sans contrepartie et tel un sacerdoce. Fidèle au serment d’Hippocrate qu’il venait d’embrasser.

Le grand professeur Henry Zattara, Président de l’Ordre des Médecins des Bouches-du-Rhône, qui m’a fait l’incommensurable honneur d’écrire la préface de cette biographie, m’a gentiment retrouvé le Serment d’Hippocrate qu’avait prêté Simon Colonna en 1936 et que lui-même prêtera quelques années plus tard :

« En présence des Maîtres de cette faculté, de mes chers Condisciples, devant l’effigie d’Hippocrate.

Je promets et je jure, au nom de l’Être Suprême, d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité dans l’exercice de la Médecine.

Je donnerai mes soins gratuits à l’indigent et n’exigerai jamais un salaire au-dessus de mon travail, je ne participerai à aucun partage clandestin d’honoraires.

Admis dans l’intérieur des maisons, mes yeux ne verront pas ce qu’il s’y passe, ma langue taira les secrets qui me seront confiés et mon état ne servira pas à corrompre les mœurs ni à favoriser le crime.

Je ne permettrai pas que des considérations de religion, de nation, de race, de parti ou de classe sociale viennent s’interposer entre mon devoir et mon patient.

Je garderai le respect absolu de la vie humaine dès sa conception.

Même sous la menace, je n’admettrai pas de faire usage de mes connaissances médicales contre l’Humanité.

Respectueux et reconnaissant envers mes Maîtres, je rendrai à leurs enfants l’instruction que j’ai reçue de leur père.

Que les Hommes m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses.

Que je sois couvert d’opprobre et méprisé de mes Confrères, si j’y manque ». 

Durant toute sa vie, cette philosophie ne le quittera plus. À tel point que plus tard, au fin fond de la Camargue, comme la génération antérieure l’avait fait avec son prédécesseur Corse, le docteur Paolantonacci, toute une population le surnommera « Le Docteur des pauvres »!

Voilà une des raisons de cette biographie en forme d’hommage à Simon Colonna!

Fier et tenace, il se demandait tout de même s’il avait pris la bonne décision en exigeant que Louise quitte son travail, tant les fins de mois arrivaient de plus en plus tôt!

Aussi, lorsque fut créé un poste de Médecin Contrôleur pour les accidents de travail survenus sur les quais et qu’on le lui proposa, il en saisit rapidement l’opportunité.

Ce poste de Médecin Contrôleur lui assurerait un fixe qui lui permettrait d’ouvrir son cabinet de médecin généraliste en attendant de se faire une clientèle.

Avant 1945 et la création de la Sécurité Sociale par le gouvernement de Charles de Gaulle, la France disposait d’un système de protection sociale relativement complet, mais optionnel, qui avait mis plus d’un siècle et demi à se bâtir.