Le Gers en Résistance - Jacques Fitan - E-Book

Le Gers en Résistance E-Book

Jacques Fitan

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Beschreibung

Jacques Fitan & Pierre Léoutre Le Gers en Résistance 1940-1945 avec la participation de Pierre Cames, Alain Geay; Guy Labédan et Pierre Péré Préface de Gilbert Sourbadère Postface de Franck Montaugé, sénateur du Gers

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Veröffentlichungsjahr: 2020

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Table des Matières

Préface

Avant-Propos

I - Le contexte gersois : quelques éléments d’un environnement favorable

.

La terre gersoise

Forces et faiblesses d’un département agricole

Une population rurale sur une terre d’accueil

Une terre radicale

Le Gers terre d’immigration

Résistance et monde rural : vue d’ensemble

II - De l’été 1940 à l’hiver 1942-43 : le temps des commencements pour les mouvements et les réseaux de résistance.

Les mouvements.

La cristallisation du noyau auscitain

La naissance du mouvement « Combat »

Premiers actes résistants

L’extension départementale de « Combat »

Franc-Tireur dans le Gers

L’ORA dite aussi Armée régulière

Les réseaux

Le réseau « Victoire »

Le réseau « Maurice » dans le Gers

Le réseau Morhange : « chasseurs de traîtres » :

« Andalousie », réseau de renseignement et de contreespionnage

L’antenne gersoise du CDM

La résistance en action : propagande et journaux

Les tracts ou l’utilisation des mots pour combattre

Contre les institutions de Vichy et sa politique

Les graffitis à Condom, Auch, Fleurance et Lectoure

III - Du printemps 1943 à l’été 1944 : l’environnement extérieur.

L’importance des relations avec l’extérieur

France libre et BCRA ; le SAP

Réceptionner, transporter ; atterrissage et parachutages

Les services britanniques

Figures gersoises du réseau

Stationer

Le

SOE Wheelwright

dans le Gers

Les parachutages

La participation des forces armées américaines

Les filières d’évasion

.

L’odyssée des évadés de France

La liste des évadés de France

Les habitants du Gers ayant échoué dans leur tentative d’évasion

Les compagnons de la Libération

IV – Le temps de la consolidation résistante, entre soutien et adversité.

L’environnement de la Résistance : le poids du quotidien

Inventaire des pénuries et poids du quotidien

Restrictions et opinion publique

La vie quotidienne à Lectoure

Manifestations et gestes symboliques

Hébergements et cache.

Les enfants juifs cachés dans le Gers

Juifs et Lectourois

Le Centre du Bégué à Cazaubon et ses hôtes

Le soutien du milieu rural.

Le soutien du Savès au réseau « Andalousie »

La résistance au STO dans le département

Les progrès dans l’organisation des forces résistantes.

Les MUR

Le Front national de lutte pour l’indépendance de la France

V - Les forces de répression en action.

Le régime de Vichy et sa répression

.

Opprimés et persécutés

Un climat répressif ; l’arrestation de Daubèze

Aperçu de la Milice dans le Gers

La milice en action : arrestations en série à Vic-Fezensac

La répression particulière exercée par l’occupant nazi et les autorités françaises à l’égard de la population juive

L’occupant et sa répression.

La structure de l’appareil policier allemand

La répression allemande d’un bal clandestin

Les déportés de Cours-Ponsampère

La rafle de Lahas

Maquisards et civils carbonisés à Barcelonne-du-Gers

Les pendaisons de Flamarens

VI - Les temps de la Libération.

Sociologie

.

Sociologie de la Résistance dans le département

Le rôle des étrangers

Les formes de l’engagement italien

Les Espagnols dans la Résistance

Les autres nationalités

Figures féminines de la Résistance dans le Gers.

Quelques exemples d’engagement dans la résistance au féminin

Portraits de femmes

Résistance et catégories socioprofessionnelles : la résistance PTT

Les organisations paramilitaires.

La résistance des militaires : le 2

e

Dragons à l’ouvrage

Le Corps Franc Pommiès de l’ORA

Le bataillon de l’Armagnac

Les FTP dans le Gers

Les maquis.

Maquis et campagnes gersoises

Le Castéron, premier refuge de réfractaires

Maquis et maquisards

VII - Les activités militaires lors de la Libération.

Coordination et préparation de la Libération

.

Constitution et action des Corps francs de libération (CFL)

Les FFI

Un groupe de résistants juifs à Fleurance dans le bataillon Prosper

Les derniers préparatifs de la Libération

Les actions de guérilla.

La lutte armée contre l’occupant : l’enjeu de l’armement

Tableau simplifié de la lutte armée dans le Gers

Les premières actions du bataillon Soulès

La mission Jedurgh – Bugatti

Les combats.

Le combat de Castelnau-sur-l’Auvignon

Les représailles après le combat d’Estang

La tragédie de Meilhan

La bataille de L’Isle-Jourdain

Libération des villes et des villages.

Les derniers jours de l’occupation dans le Lectourois

Condom ville résistante

Masseube et sa région dans la Résistance

Mirande dans la Résistance

VIII - L’après 19-20 août 1944.

Les aspects civils de la Libération

L

e Comité départemental de Libération (CDL)

Présentation des cahiers de doléances gersois pour les États généraux de la Renaissance française

La presse à la Libération

La répression à la Libération

Aspects économiques sociaux et politiques de la Libération

.

Le contenu économique et social des cahiers de doléances

L’activité syndicale

Les aspects politiques des doléances gersoises

Les forces politiques gersoises à la Libération

IX - La Mémoire de la Résistance dans le Gers.

La mémoire de la Résistance et les commémorations

Les lieux du souvenir (tableau général)

Les acteurs de la mémoire

La presse régionale

Les associations et la création du Musée départemental

La politique mémorielle de l’État et ses instruments

l’ONAC

Le CNRD

Les villes et villages

Traces mémorielles de la Résistance à Lectoure

Un chef-lieu de canton ; la reconnaissance des Justes à Cazaubon

Les tendances actuelles : les parcours de mémoire

Conclusion

Remerciements

Chronologie gersoise

Annexes

Orientation bibliographique et sources

Index

Postface

Préface

C'est à l'amitié de Jacques Fitan que je dois le plaisir et l'honneur de rédiger la préface de l'ouvrage qu'il publie avec Pierre Léoutre : « Le Gers en Résistance ». Une vieille amitié qui remonte aux années collège ou plutôt Cours Complémentaire de Plaisance du Gers.

Nos pères, pourtant issus du même terroir, ont vécu la guerre de façon bien différente. Le mien, après les Chantiers de jeunesse en Haute-Garonne, n'a pu se soustraire au Service du Travail Obligatoire. Requis dès le premier convoi en 1943, il s'est retrouvé à Laurahutte, près du camp d'Auschwitz, en Haute Silésie. Il travaillait avec les déportés juifs les plus valides et il lui est arrivé, ainsi, de partager du pain avec Alfred Nakache, le champion de natation toulousain.

Quant à Jules Fitan, convoqué au STO, il a rejoint, en 1944 à Saint Go, le Bataillon de l'Armagnac du Commandant Maurice Parisot. Affecté dans une compagnie antichars, il a participé activement aux combats de la Libération, avec tous les risques que cela suppose...

De ce fait, notre jeunesse a été marquée par le récit de ces événements, ce qui a peut-être contribué à nous donner le goût de l'Histoire. Quoi qu'il en soit, nous avons, l'un et l'autre, dans nos classes, été amenés à préparer nos élèves au Concours National de la Résistance et de la Déportation : visite du Musée de la Résistance à Auch, lectures, témoignages d'anciens résistants ou déportés, voyages (au camp du Struthof par exemple), participation à des commémorations...

Ainsi, nous avons beaucoup appris sur l’organisation de la Résistance dans le Gers, à la fois sur le plan politique, autour d’Ernest Vila, et sur le plan militaire sous l’impulsion du colonel Schlesser. Les premières actions, les relations avec Londres, les filières d’évasion par l’Espagne, les premiers parachutages…

En fait, les travaux de M. Guy Labédan, ancien résistant et correspondant d’abord du Comité d’Histoire de la Seconde Guerre mondiale puis de l’Institut d’Histoire du Temps Présent (IHTP), nous ont servis de guide, en particulier l’excellente synthèse parue dans l’ouvrage dirigé par Pierre Féral, « Pays du Gers, cœur de Gascogne », intitulée : « La Résistance et la Libération dans le Gers » (tome II, p. 699 à 723), Pau, SNERD, 1990.

Jacques Fitan a aussi beaucoup sollicité Pierre Péré, autre acteur de la période, et chercheur à l’IHTP, plus proche du collège de Cazaubon. La documentation considérable rassemblée par les deux anciens résistants, est aujourd’hui déposée aux Archives départementales du Gers, à la disposition du public.

À ces deux contributions essentielles, se sont ajoutés dans le présent ouvrage les témoignages de Gaston Geay, recueillis par son fils Alain, pour Condom, ceux du journaliste Pierre Cames, pour Cazaubon, et les textes rassemblés par Pierre Léoutre pour Lectoure. Travail de collecte considérable mené sur le long terme à l’échelle du département tout entier et pour lequel la démarche des auteurs mérite d'être saluée.

Mais, comme l’écrit fort justement Jacques Fitan : « La recherche se professionnalise, l’historiographie de la Résistance se renouvelle, l’actualité pousse vers de nouvelles problématiques les études sur les années noires… ».

Depuis les années quatre-vingt-dix, plusieurs universitaires (Antoine Prost, Olivier Wievorka, Pierre Laborie, Denis Péchanski, Monique Lise Cohen, Éric Malo…) ont reconsidéré la question à la lumière de sources nouvelles, désormais accessibles et avec une approche plus critique du « récit » qui prévalait aussitôt après la Libération.

Quelques victimes de la déportation, muettes pendant longtemps, se sont décidées à témoigner avant qu’il ne soit trop tard. C’est le cas de Jeanine Morisse qui dévoile un pan inconnu de l’Histoire auscitaine et révèle l’engagement d’un groupe de jeunes gens dès le 18 juin 1940 (« Là d’où je viens… » Éditions Empreinte, Portet 2007, 133 pages). Ou encore de Ginette Kolinka venue notamment témoigner à Masseube, plus récemment Élie Buzyn, à Auch et de bien d’autres voix relayées par les médias.

Sur le plan local, outre les écrits de Guy Labédan et Pierre Péré, publiés par l’ONAC, de nombreux articles parus dans le bulletin de la Société Archéologique du Gers ont exploré plusieurs pistes jusque-là peu abordées :

« Les réfugiés alsaciens-lorrains-mosellans dans le Gers »

« Familles juives dans le Gers (1939-1945) »

« Les étrangers dans la deuxième guerre mondiale et la Résistance gersoise »

« Les parachutages dans le Gers »

« Le camp du Seilhan à Auch »…

Il en va de même pour les recherches menées par Geneviève et Georges Courtès à propos des enfants juifs de Lectoure, par G. Polya-Somogy au sujet de ceux du château Montéléone à Condom, par Bernadette Fontan et Alain Robert Du Costal autour de ceux du château de Seignebon à Dému et celles concernant les réfugiés accueillis au château du Bégué à Cazaubon par Henri et Simone d’André. Ce qui a valu à ce couple exemplaire la médaille des Justes à titre posthume le 1er août 2007, célébrant de ce fait « une forme de Résistance jusque-là peu mise en valeur » comme le souligne Jacques Fitan.

Ajoutons à cet important travail de recherche la parution très récente de plusieurs ouvrages forcément pris en compte par les auteurs compte tenu de leur qualité et aussi de leur caractère innovant :

« Enfants juifs à Lectoure (1939-1945) » par Geneviève Courtès (Ed. Gascogne, Orthez, 2010)

« Vichy et la jeunesse du Gers » du même auteur, 2013)

« Camilo, un guérillero en Gascogne » par J.-M. Dussol, Ed. Louis Rabier, 2017

« Les femmes du Gers dans la Résistance » par l’ANACR 32, Orthez, 2017

« Le Bataillon de l’Armagnac, la Gascogne en Résistance » par le général Jacques Lasserre, Ed. Privat, 2018

« Partir se battre à tout prix, 85 Gersois dans la France Libre », par René Mouchet, Ed. du Val d’Adour, 2019.

En digne disciple de la regrettée Rolande Trempé, Jacques Fitan établit une sociologie de la Résistance gersoise, dans une région éminemment rurale, où les bois et un bocage encore dense étaient propices à la mise en place des maquis. Mais il estime que « c’est l’engagement individuel qui prime » même si les familles de ceux qui font ce choix ne sont pas à l’abri d’une répression brutale.

Il rend hommage notamment, avec Guy Labédan, à Henri Larcade, de Mirande, dont l’action « recouvre toutes les facettes de l’engagement résistant : distribution de tracts, fournitures de faux papiers aux traqués en partance pour l’Espagne, cache de postes émetteurs à son domicile, recherche de terrains de parachutages… » Il s’attache aussi à « la présentation des cahiers de doléances gersois pour les États généraux de la Renaissance française », démarche inspirée par ceux de 1789, et qui expriment une forte volonté de renouveau tant sur le plan politique que sur le plan économique et social.

Avec la rigueur qu’on lui connaît, il s’est appliqué à ordonner méthodiquement tous ces textes d’une grande richesse mais aussi d’une grande diversité afin de faciliter l’approche du lecteur.

Particulièrement utiles aussi, une « Chronologie de la Résistance dans le Gers » du 2 septembre 1939 au 30 novembre 1945, un « Tableau détaillé des parachutages dans le Gers » et une conclusion dense et éclairante.

Enfin, s’appuyant sur « Les Lieux de mémoire de la Deuxième guerre mondiale dans le Gers » signé en 1992 par Guy Labédan et réédité en 2017, l’ouvrage plaide pour la valorisation de 6 sites précurseurs (Maquis de Meilhan, Castelnau s/l’Auvignon, Panjas, Musée départemental de la Résistance et de la Déportation à Auch, Musée des Anciens Combattants pour la Liberté de Brugnens, Chemin de Mémoire Le Houga – Toujouse) par la mise en cohérence au niveau de leur présentation avec une signalétique harmonisée afin « de promouvoir un tourisme de mémoire éducatif ».

A l’heure où ceux qui ont vécu cette Histoire disparaissent inexorablement, la force de leur témoignage et le souvenir des combats qu’ils ont menés pour la Liberté doivent être préservés avec le plus grand soin, à la fois pour exprimer notre gratitude à leur égard mais aussi pour instruire et édifier les jeunes générations et les prévenir que « le ventre d’où a surgi la bête immonde est toujours fécond »… selon la formule de Bertolt Brecht.

Au total, « Le Gers en Résistance » a d’abord le grand mérite de mettre à la disposition du public des écrits et des témoignages jusque-là peu accessibles ; la maîtrise de Pierre Léoutre dans la mise en page ajoute à leur intérêt. Ensuite, à travers ces pages émaillées de notices biographiques, quelques idées - forces s’imposent parmi bien d’autres.

Tout d’abord, le courage et la clairvoyance admirables de cette minorité agissante qui a refusé l’armistice, répondu à l’appel du général de Gaulle, et qui va peu à peu fédérer autour d’elle, dans notre département, les forces libératrices en sachant surmonter ses divisions.

Ensuite, l’efficacité militaire du Bataillon de l’Armagnac, commandé par Maurice Parisot, du Corps-Franc Pommiès et aussi des guérilleros de Tomas Guerrero dit Camilo, qui ont vaincu les Allemands à L’Isle-Jourdain et libéré le département grâce aux armes parachutées.

Enfin, le rôle éminent du Comité Départemental de Libération dirigé par Ernest Vila qui organise le « retour à la légalité républicaine ».

Ainsi, « l’esprit de Résistance » cher à Serge Ravanel a permis hier de vaincre le nazisme et ses collaborateurs vichystes, mais il « garde aujourd’hui toute sa force et son actualité », dans la mesure où les propos de ce jeune commandant FFI porteur des valeurs du Conseil National de la Résistance ont « l’immense avantage d’offrir d’excellentes réponses à des questions contemporaines ».

Auch, le 15 février 2020

Gilbert Sourbadère

Avant-propos et avertissement au lecteur.

Ce livre à prétention historique ne se présente pas comme un récit linéaire des événements qui constituent la Résistance en terre gersoise. Longtemps marginale dans les manuels scolaires, la période a fini par trouver sa place dans les programmes et la fin des années quatre-vingt-dix a vu plusieurs publications consacrer des articles éclairant le « devoir de mémoire » ainsi que des initiatives officielles ou associatives mettant à profit l’ouverture des archives pour rendre compte de la complexité de la période.

On trouvera ici des articles ou fiches d’inégales longueurs, rédigés dans la perspective inaboutie de création d’un CD-ROM produit par l’Aeri1 et l’Association Mémoire de la Résistance dans le Gers. Chaque auteur est signataire de sa rédaction ; selon la méthode historique sources et chronologie, d’abord gersoises, sont mentionnées dans l’ouvrage et la plupart des contributions. J’ai coordonné le travail de plusieurs participants 2 à l’entreprise, dont deux majeurs, Guy Labédan et Pierre Péré, à la fois acteurs de la période et chercheurs dans le cadre d’enquêtes lancées par le Comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale (CH2GM) et ensuite de l’Institut d’histoire du temps présent. (IHTP). Les sources ou fonds privés cités sont d’abord les leurs, antérieures à leur versement aux Archives départementales du Gers3 et donc identifiées « sources privées ou fonds personnels ». Ce qui se passe dans le Gers, département de la zone sud qui ne connaît l’occupation qu’après le 11 novembre 1942, sous le vocable de Résistance, est à la fois similaire à toute la région toulousaine R4 et différent dans un cadre départemental aux limites géographiques et documentaires commodes, avec une diversité sociale susceptible de donner à comprendre l’action des volontaires de l’ombre. Ceux de l’extérieur qui ont rejoint « au grand jour » le général de Gaulle sont parfois mentionnés en de brèves notices biographiques mais c’est avant tout la Résistance intérieure qui est ici évoquée par ses actions contre l’occupant et son allié le gouvernement de Vichy. L’histoire de la résistance dans le Gers est celle d’un enracinement des mouvements, des réseaux, des organisations, indissociable d’une solidarité sociale renforcée avec le temps ; une résistance-mouvement faite d’engagements individuels comme collectifs dans un contexte rural et avec une chronologie bien caractéristiques.

J.F.

1 Association pour des Études sur la Résistance Intérieure dont Serge Ravanel fut pour nous la figure emblématique. L’AERI est un département de la Fondation de la Résistance

2 Jacques Fitan (J.F.) ; Guy Labédan (G.L.) ; Pierre Péré (P.P.) ; Alain Geay (A.G.) ; Pierre Léoutre (P.L.) ; Pierre Cames (P.C.)

3 7 mai 2014.

I – Le contexte gersois : quelques éléments d’un environnement favorable.

Le Gers, dans des limites inchangées depuis 1850, compte trois arrondissements (Auch, Condom et Mirande) et seulement 192 000 habitants en 1936. Si l'acte de naissance de 1790 le nomme « d'Armagnac ou du Gers », la géographie ne tarde pas à l'emporter sur l'histoire puisque, situé au cœur de la Gascogne, au centre de l'ancienne généralité et intendance d'Auch, c'est le nom de Gers (une rivière bien modeste aux crues dévastatrices) qui va rapidement l'emporter.

La terre gersoise.

Au sud de la Garonne on peut décliner l'identité physique d'une superficie de 6 280 km2 comme une partie du bassin sédimentaire aquitain sous piémont pyrénéen et climat océanique, « un monde de collines » dont l'altitude varie entre 390 m et 360 m au sud, 290 m vers le centre, 175 m à 150 m dans le Nord, 130 m à moins de 100 m à l'ouest. On passe ainsi sur l'essentiel, à savoir la diversité de ce milieu. Cette caractéristique née de la combinaison d'une géologie du tertiaire et du quaternaire, des sols molassiques, des nuances du climat aquitain, de deux bassins hydrographiques (Adour et Garonne), d'une occupation humaine très ancienne, permet de distinguer cinq grands « pays agricoles ». Au centre nord et est, le Haut Armagnac offre un paysage de collines abruptes sur la rive droite des cours d'eau (Save, Gimone, Arrats, Gers, Baïse) qui s'échappent en éventail du plateau de Lannemezan. Il s'agit d'un vaste ensemble argilocalcaire (Pays d'Auch ; coteaux entre Gimont et L’Isle-Jourdain) ou calcaire (Lomagne). Rive gauche des rivières occupées par des boulbènes, fonds de vallées par des alluvions donnent des terres labourables à vocation céréalière marquée. Les forêts résiduelles prennent l'allure de bois. En 1939, les cultures spécialisées (ail et melon en Lomagne), oléagineux (tournesol et colza) n'ont pas acquis l'importance économique qui est la leur durant le dernier quart du XXe siècle. À l’opposé, c'est-à-dire à l'ouest, le Bas Armagnac déborde les limites départementales jusqu'à Nérac (Lot-et-Garonne) et Villeneuve-de-Marsan. Ici, la mer du tertiaire helvétien a remblayé le bassin aquitain de molasses recouvertes de sable aux grains ocre (les sables fauves de l'Armagnac). Ici, point d'affleurements calcaires pour charpenter les reliefs mais un modelé doux, des collines et des croupes larges surbaissées. Dans ces contrées arrosées, en 1939, les mailles du bocage, le couvert végétal de chênes et de pins maritimes n'ont pas encore été ouverts par l'intensification agricole (maïs). La vigne y trouve son terrain de prédilection depuis le XVIIIe siècle ; le succès commercial des eaux-de-vie du meilleur cru a forgé la vocation agricole de la région. De Vic-Fezensac à Condom, la Ténarèze fait la transition entre Haut et Bas Armagnac. L'alternance de terres argilo-calcaires et des boulbènes donne des sols plus lourds qu'en Bas-Armagnac. Les céréales y obtiennent de bons rendements et vignes et armagnacs y gardent une place importante. Ce « pays agricole » se situe sur la ligne de partage des eaux entre les deux bassins hydrographiques : tandis que la Baïse se dirige, au nord, vers la Garonne, la Douze et le Midour (Bas-Armagnac) s'orientent à l'ouest vers l'Adour. C'est cette ancienne voie de circulation qui donne son nom à cette région en même temps qu'à un cru réputé d'armagnac. Le sud-ouest du département ou Rivière Basse correspond à la partie gersoise du cours de l'Adour, au cours inférieur de l'Arros et du Bouès. Le pays est plus plat que dans le reste du département ; alluvions récentes et boulbènes sont favorables aux prairies, au maïs, mais aussi aux autres cultures. Enfin, le sud du département, l'Astarac, entre plateau de Lannemezan, pays d'Auch et vallée de la Save, forme une « Gascogne bossue ». Les collines sont élevées et le trait essentiel du paysage provient de la dissymétrie accentuée des vallées : la rive droite offre un versant raide et boisé tandis que la rive gauche se développe en pente douce sur des sols légers faciles à travailler. Cette zone délimitée par l'isohyète 800 mm d'eau/an offre un aspect bocager où maïs et élevage sont les principales spéculations. Ce découpage commode en grands ensembles, qui mériterait d'être nuancé, éclaire, avec la tradition et l'histoire, la domination exclusive du système agricole polycultural gersois en 1939. Sans céder à un déterminisme étroit, on conviendra sans surprise qu'en pays d'habitat dispersé majoritaire, les deux régions les plus boisées (Bas Armagnac et Astarac) aient favorisé la création de maquis d'importance (Bataillon de l'Armagnac et Corps Franc Pyrénéen). De même, le fief polycultural gersois, dans un temps de restrictions sévères, offre un potentiel tel, que le département renforce sa vocation de terre nourricière.

Ernest Vila, Panjas, février1950 (photo studio Raymond, DR).

Forces et faiblesses d'un département agricole.

L'originalité du Gers tient à son histoire et à sa vocation économique. Avec plus de 70 % des actifs dans l'agriculture en 1936, il se trouve en tête des départements agricoles de France. En dépit de rendements irréguliers ou parfois faibles, il est excédentaire en vins et armagnacs, blé et autres céréales, viande bovine et volailles au profit de ses voisins limitrophes et des autres départements de Midi-Pyrénées. Autosuffisant en légumes et lait les années normales, mais importateur régulier de beurre et parfois même de pommes de terre, telle est la physionomie agricole du Gers. Cette agriculture n'a pas échappé à l'effondrement des prix durant la crise des années trente et ce n'est que tardivement (campagne 1937-1938) que les vingt et une coopératives parviennent à fournir aux minotiers 153 357 quintaux de blé, soit un peu plus que les 84 négociants. Avec l'Office du Front populaire elles contribuent à la régulation des cours sur les marchés. Les faiblesses du département sont liées aussi à son industrialisation marginale : l'agroalimentaire (hors minoteries et distilleries) laisse les Gascons sous-équipés en abattoirs, laiteries, conserveries, grossistes, dépourvus d'industrie textile ou manufacturière capable de subvenir aux besoins vitaux élémentaires de la population urbaine comme à ceux des producteurs agricoles, exception faite des tuileries et briqueteries d'Auch et de Nogaro. Les industries diverses du bois, du bâtiment et de la construction sont convenablement représentées. Souvent par des artisans ruraux encore nombreux (27 000 en 1938). En février 1942, sur un total de 185 entreprises, 147 occupent moins de 10 salariés. Sur un total de 12 256 salariés recensés, seuls 10,7 % sont occupés dans l'industrie. Deux questions majeures (outre l'immigration) ont accaparé l'assemblée départementale et les communes durant l'entre-deux-guerres : l'électrification et les transports. La première est inachevée au moment de la déclaration de guerre : seules 300 communes sur 466 sont électrifiées. Ce handicap conjugue ses effets avec un retard déjà ancien en matière de voies de communication qui « contournent le département sans le traverser ». La tentative d'implanter un réseau ferré local s'est soldée par un échec et la densité des lignes d’autobus perd de son importance en temps de pénuries. Seules Riscle, Nogaro, Eauze, Condom, Auch se trouvent reliées par un chemin de fer d'intérêt général qui ne constitue pas un véritable réseau. Routes départementales et chemins ruraux mal entretenus durant la guerre sur des distances respectables jusqu'au chef-lieu, ont du mal à rompre l'isolement de certains hameaux en pays d'habitat très dispersé. C'est à la fois un atout et un handicap pour les résistants, un goulet d'étranglement à la Libération lorsqu'il s'agit de ravitailler les villes, Toulouse en particulier, jusqu'à la fin du conflit.

Une population rurale sur une terre d'accueil.

Dans ce département, pas de grandes villes ! En 1936, Auch est la commune la plus peuplée avec 13 000 habitants tandis que Condom dépasse à peine les 6 000 habitants En revanche, une cinquantaine de bourgs ruraux concentre les artisans nombreux. Le Gers est une terre d'immigration qui a déjà favorisé l'installation d'une population étrangère forte, comme réponse à la saignée de la première guerre mondiale (8 265 jeunes hommes tués ou disparus) et à la crise de main-d’œuvre consécutive au conflit : environ 14 000 personnes pour la colonie italienne et 6 000 pour l'effectif espagnol en 1940. C'est le deuxième rang des départements du Sud-Ouest, après le Lot-et-Garonne, par la proportion des étrangers dans la population totale. C'est à ces mouvements migratoires, italien en particulier, que l'on doit l'inversion, en 1926, d'une courbe déclinante sans interruption de la population gersoise depuis le maximum de 1846. Entièrement situé en zone non occupée, le Gers va recevoir un flot important de réfugiés et de repliés de l'Est et du nord de la France. Se produit ainsi une seconde inversion de la courbe séculaire de diminution de la population. Alors que le recensement de 1936 attribue, en chiffres arrondis, 192 000 habitants au Gers, le service de Ravitaillement estime à 213 000 habitants la population au début de l'année 1941. Résultats bruts de l'exode de 1940, avant départs certes, mais progression néanmoins confirmée dans une moindre mesure en 1942 et 1945 : au 1er juin 1945 le Gers héberge encore 7 278 réfugiés. On se gardera bien de confondre ces mouvements de population par nature différents et sans homogénéité idéologique avec le destin résistant du Gers : l'émigration des Italiens, des Espagnols est économique avant d'être politique. Toutefois, il est incontestable que ces populations fournissent, dans la clandestinité, des relais et des refuges à des leaders qui ont déjà l'expérience des régimes fascistes et, pour les Républicains espagnols, une pratique de la guerre et de la guérilla. Nombre d'Alsaciens-Lorrains ou de réfugiés du Nord ont déjà connu l'occupation allemande et contribuent à modifier le regard et l'opinion en zone dite libre. La participation des étrangers et des réfugiés à la résistance intérieure armée est confirmée dans la quasi-totalité des formations militaires qui ont œuvré à la libération. Ajoutons, aussi, que l'apport extérieur va limiter la crise de la main-d'œuvre due aux réquisitions de l'occupant et à l'absence des 5 608 prisonniers de guerre.

Une terre radicale.

Durant les vingt années de l'entre-deux-guerres, même en 1920, le Conseil Général du Gers conserve une majorité de gauche, faite de radicaux modérés, de radicaux-socialistes et de socialistes peu nombreux. Le département a été tardivement républicain en raison du poids des paysans dans l'électorat masculin et de fortes personnalités bonapartistes. L'assemblée départementale est présidée, de 1920 à 1940, par Abel Gardey, un temps ministre de l'agriculture, sénateur et conseiller général d'Auch-nord. Le vote paysan reste prépondérant : en 1934, le candidat de droite se dit « radical agraire » pour battre le maire d'Auch dans le canton d'Auch-sud. À Mirande, l'élection d'un socialiste est obtenue de justesse devant un « démocrate paysan ». Ce rôle local primordial du radicalisme se prolonge aux cantonales de 1937 placées dans le sillage du Front Populaire victorieux aux législatives. À l’issue de ce scrutin, vingt-trois conseillers sont d'obédience radicale-socialiste, cinq sont socialistes et un conservateur dans l'assemblée que supprime le régime de Vichy. Toutefois, la percée socialiste et les progrès lents de l'enracinement communiste sont annonciateurs de changements. De cette carte électorale on ne saurait inférer des enseignements éclairants concernant la carte de la résistance intérieure. La chronologie nationale s'impose en effet à l'opinion rurale et paysanne, par les bouleversements qu'engendrent la guerre et les évènements mondiaux. C'est d'abord le cas avec le traumatisme de la défaite. Pour des raisons diverses (absence de Camille Catalan passager du Massilia, non-participation au vote d'André Philip) les parlementaires gersois ne s'affirment pas d'emblée comme des opposants au régime de Vichy : le sénateur radical Abel Gardey et le député SFIO Louis Dubosc votent les pleins pouvoirs au Maréchal. Le nombre des Gersois ayant entendu, le 18 juin, l'appel du général de Gaulle est confidentiel. A contrario, la conjoncture de guerre et surtout l'occupation accélèrent les évolutions d'un tempérament gascon volontiers indépendant et frondeur.

Sur la longue durée les capacités de rébellion, voire de révolte, contre les autorités et les pouvoirs établis ne se démentent pas. Sans remonter aux conflits de dîme de l'Ancien Régime et à la révolte des bordiers de l'Astarac en 1793 ou à l'opposition du directoire départemental contre les réquisitions de l'An II jugées abusives, on rencontre un XIXe siècle encore parcouru de forts coups de colère. Au gré des mauvaises récoltes (1817 ; 1846 en Astarac et Armagnac), de la publication du Code Forestier (1827-28) et de la vente du bois d'Auch, de la contestation des droits de places et de marchés (1828-31) à Eauze, Gondrin, Lectoure, Mirande, de l'opposition fiscale à la contribution extraordinaire de 45 centimes/franc (1848) à Malabat (canton de Miélan) et dans cent communes de l'ouest gersois, les exemples abondent. Contre le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte 14 cantons sur 29, entre 8 000 et 10 000 Gersois, se soulèvent avec les républicains. Les émeutes virent à l'insurrection à Auch, Condom, Fleurance, Mirande encore ! 338 Gersois sont condamnés à la déportation en Algérie. Sans prétendre à la continuité, la conflictualité, dans sa diversité de forme, appartient au fonds commun de la culture gasconne. Or, la seconde guerre et l'importance de la transgression légale ou réglementaire si présente dans la culture de la résistance font le reste en zone rurale, bien avant l'occupation. Trois cas peuvent servir de test. L'idéologie de Vichy et la propagande autour du Maréchal peuvent bien magnifier le rôle du paysan sauveur de la France par son travail de la terre qui « elle ne ment pas » ; la mission de restauration paysanne peut prôner « le retour à la terre », avec pécule à l'appui ; les livres de l'académicien Joseph de Pesquidoux connaître le succès ! Les résultats ne sont pas au rendez-vous. La classe paysanne se trouve rapidement confrontée aux multiples pénuries (main-d’œuvre ; chaussures ; ficelle-lieuse ; engrais ; etc.) qui aggravent les conditions de travail. Autre manifestation des difficultés du régime : le 1er août 1940, la distillation à domicile par les bouilleurs de cru est interdite. La guerre et les prélèvements allemands bouleversent le marché des alcools. La création du Bureau national de l'armagnac n'empêche plus l'explosion du nombre des bouilleurs qui demandent l'ouverture d'un compte (288 en 1939 ; 2 347 en 1943) et la transformation de l'eau-de-vie en produit du marché noir. Vichy n'a pu tenir longtemps son rôle moralisateur : l'alambic éclaire et embaume les nuits hivernales en Gascogne ! Enfin, le voyage du Maréchal le 29 août 1941 mobilise les soutiens traditionnels du régime sans constituer une approbation de la Révolution nationale. Un an plus tard, le préfet Caumont est contraint de noter que l'opinion moyenne reste « indécise » ou fait preuve « d'une défiance anxieuse » envers le gouvernement. « L'occupation suscite l'inquiétude avec une tendance anti-allemande nette même chez les fervents de la collaboration ». Ainsi, d'une base sociale rétrécie en faveur de « l'État français » aux linéaments frondeurs d'une société rurale, la Résistance trouve, à partir de 1943, des engagements protecteurs et un soutien élargi au sein des petites villes et des campagnes gersoises.

J.F.

II – Le Gers terre d’immigration et d’accueil.

Depuis 1846 le département se dépeuple de manière continue. Le premier conflit mondial provoque la disparition de 8 265 soldats très souvent paysans. Aucun canton en 1921 ne présente un excédent naturel et la crise de l'agriculture se manifeste par l'effondrement du marché foncier et le manque de main-d’œuvre agricole. Les besoins sont d'autant plus urgents que les domaines sont vastes, la population vieillissante et les métayers gascons moins nombreux et plus exigeants. Le recours à la main-d’œuvre immigrée, italienne surtout, est une réponse à la crise du métayage. Après des tentatives infructueuses de « colonisation » intérieure : paysans bretons et vendéens ou extérieurs (enfants russes, arméniens orphelins pour la plupart), la quête de maind’œuvre devient systématique pour les propriétaires gersois. Ainsi la colonie étrangère gersoise voit-elle ses effectifs multipliés par 2,5 entre 1921 et 1926 tandis que, dans le même temps, on dénombre soixante-quinze fois plus d'Italiens. À partir de 1925, les immigrés italiens (4 715) dépassent en nombre les Espagnols (3 975). En 1936 le Gers compte 13 482 Italiens. Si les années 1924-2026 et 1930-1932 marquent un maximum des entrées la progression est continue entre 1931 et 1936. Sans ignorer les efforts du régime mussolinien pour « valoriser » son émigration et exporter le fascisme, les résistants italiens pourront trouver parmi les travailleurs immigrés des possibilités de contact et d'appui. La carte de répartition montre que le nord du Bas Armagnac, la Ténarèze, le pays d'Auch et les coteaux du Gers sont les régions d'installation privilégiée.

J.F.

La part des Italiens.

Les Italiens de l'exode des années vingt, Frioulans, Vénitiens, Bergamasques, Lombards ou Piémontais partent avec leur famille pour devenir propriétaires ou métayers dans le Gers. Ils semblent les plus nombreux à ne pas donner à leur geste des racines politiques. Certains itinéraires personnels mentionnent cependant le désir d'échapper aux vexations et violences fascistes. Une enquête de 1926 dans l'arrondissement de Lombez affirmait, sur fond largement socio-économique, des motifs antifascistes pour un quart des réponses exploitables. Cette colonie est assez vite soumise à la conjoncture politique et encadrée par le pouvoir fasciste durant l'entre-deux-guerres (œuvre Bonomelli, viceconsulat d'Auch, anciens combattants, presse catholique etc.) au point de se trouver en situation de porte à faux quand éclate la seconde guerre mondiale.

Jusqu'au 10 juin 1940, l'Italie n'est pas un « pays belligérant » mais son image dans l'opinion française est mauvaise. Le service militaire n'est pas obligatoire et l'engagement dans l'armée française relève d'un choix personnel ou politique que certains sont prêts à faire, voire que les naturalisés vont accomplir. Dans une colonie devenue largement paysanne et prudente, les associations comme l'Union Franco-Italienne et le Comité Franco-Italien lancent un appel (le 30 avril 1939) à « la solidarité avec le peuple français ». Il ne demeure pas sans écho puisque deux cents Italiens des cantons de Samatan et de Lombez se réunissent pour affirmer « qu'ils seraient à côté des travailleurs français et de tous les autres peuples pacifiques si le fascisme déclarait la guerre ».

Le 10 juin 1940, en pleine débâcle, l'entrée en guerre de l'Italie contre la France accroît l'embarras et le malaise dans la colonie italienne. Les hommes de 17 à 48 ans sont invités par voie d'affiche et par les autorités françaises, à signer une déclaration de loyalisme à la France. Le dimanche 16 juin les commissions de recensement se tiennent au chef-lieu de canton. À St-Clar, Miradoux, Mauvezin, six hommes seulement sur 445 refusent de signer. D'autres, futurs maquisards dans les unités combattantes gersoises font aussi la même démarche patriotique. En mai juin 1940 des Italiens naturalisés, les Azzola et Gavazzi de Fleurance, les Buoro de Lombez, Corbari d'Aignan, Concolate de Verlus, Muradore de Samatan, Sandrigo de Touget trouvent la mort dans les combats du printemps 1940.

Les Espagnols dans le Gers.

L'immigration espagnole dans le département est antérieure à celle des Italiens et ce n'est qu'au recensement de 1926 que la colonie italienne supplante en nombre celle des Espagnols, assez souvent originaires de Huesca et Lerida. Leur taux d'activité reste très élevé dans l'économie gersoise (> 60% ). Certes, présents dans l'agriculture, les Espagnols fournissent de forts contingents d'ouvriers dans les secteurs de la construction et du terrassement, des industries extractives (tuileries et gravières) et parmi le personnel domestique. Leur nombre (autour de 4 000) est plutôt orienté à la baisse au cœur de l'entre-deux-guerres ; dispersés dans tout le département ils sont cependant nombreux dans les cantons de Mirande, Miélan, Marciac, Vic-Fezensac. Ayant eu peu recours à la naturalisation leur intégration dans l'économie gersoise semble cependant acquise. Les phases tragiques de la guerre d'Espagne bouleversent la donne : aux réfugiés de l'été 1937 et du printemps 1938 vont s'ajouter les combattants républicains blessés ou malades. Parmi les 3 160 exilés qui arrivent en deux convois à Auch en février 1939, après la défaite en Catalogne, un certain nombre vont rester dans le département, d'autres gagner le centre de la France, d'autres enfin regagner leur patrie. À la fin de l'année 1942, les sources s'accordent sur le nombre de 5 290 résidents espagnols dans le Gers dont 1 300 dépendent de la 541e Compagnie de Travailleurs Étrangers qui siège à Fleurance. En effet, la mobilisation française de 1939 provoque de forts besoins de main-d’œuvre et une loi regroupe les hommes étrangers de 18 à 55 ans « en surnombre dans l'économie nationale » et crée les Groupes des Travailleurs Étrangers (GTE) dans lesquels les réfugiés espagnols vont être les plus nombreux. On en compte quatre dans le département :

Le 504e GTE à Berdoues (travaux forestiers et production de charbon de bois)

Le 541e GTE à Fleurance : le plus important pour les Espagnols.

Le 556e GTE à Condom pour peu de temps semble-t-il.

Le 862e GTE à Montestruc dans lequel les Polonais sont regroupés.

Les contraintes qui pèsent désormais sur cette colonie espagnole sont très fortes. Vichy surveille les étrangers – des indésirables – et craint les éléments communistes. L'occupant allemand redoute l'insécurité pour ses troupes et demande communication des rapports sur l'activité des « Espagnols rouges » tandis que le régime de Franco établit des listes de « délinquants politiques » et filtre les retours parmi les réfugiés. La collaboration des trois polices en 1943 devient redoutable. Dans la première quinzaine de mars, 137 hommes seront raflés ; 300 autres en décembre de la même année pour être conduits au camp de Noé. De fait, les GTE, sur simple décision des préfets vont fonctionner à la fois comme un réservoir de main-d'œuvre pour le régime de Vichy (requis pour suppléer aux appelés défaillants au STO), pour les chantiers de l'Atlantique de l'organisation TODT au service de l'occupant, ou comme simple antichambre des camps répressifs du sud de la France. Les réfugiés espagnols de la dernière période vivent donc dans l'inquiétude des coups de filet de la police, l'amertume de la défaite républicaine et le déracinement de l'exil. Autant de ferments de résistance pour des politiques éclairés ou des militaires aguerris qui peuvent trouver dans l'immigration économique un milieu souvent protecteur.

J.F.

L’arrivée des expulsés d’Alsace-Lorraine à Lectoure.

Avant la seconde guerre mondiale, Lectoure, ancienne souspréfecture, était une ville paisible et même une bourgade rurale d’environ 3 900 habitants, en retard dans ses équipements collectifs, malgré les efforts d'un comité de relèvement. Aucune allusion à la situation internationale n'apparaît dans les délibérations municipales, si ce n'est, le 20 décembre 1936, en fin de séance, la mention disant que « le Conseil adresse au Gouvernement du Front Populaire Espagnol l'expression de toute sa sympathie et le prie de vouloir bien transmettre ses félicitations et son admiration aux Vaillants Miliciens qui luttent pour la liberté avec un courage superbe contre le fascisme ». Les conséquences meurtrières de la première guerre mondiale expliquent certainement ce désintérêt apparent : 124 Lectourois morts au combat ou des suites de leurs blessures ; en 1925, vingtdeux anciens combattants ont encore des séquelles des émanations de gaz toxiques respirées dans les tranchées du front de l'est de la France. C'est ainsi qu'au cours de cette période, les seules allusions relatives à la Défense qui apparaissent dans les archives municipales sont des demandes d'allocations militaires.

Les réfugiés alsaciens à Lectoure. (*)

Le 11 octobre 1939, le Maire de Lectoure fait observer au Conseil Municipal « qu'ayant été obligé de donner provisoirement la halle à la volaille (emplacement de la Poste actuelle) pour le cantonnement des réfugiés, le marché à la volaille se trouve à l'avenir au marché aux vins, en bordure de la Halle aux Grains ». Il s'agit d'une allusion à l'arrivée massive, le 6 septembre 1939, de trains de marchandises et de wagons à bestiaux bondés de compatriotes alsaciens évacués brutalement de 81 communes frontalières du Haut-Rhin, le 1er septembre, jour de la mobilisation. C'est Lectoure et les communes du canton qui reçoivent le plus gros contingent, 2 745 personnes en provenance de Saint-Louis. Ceux-ci arrivent le 6 septembre en gare de Lectoure, après un détour à Auch. Ils avaient voyagé dans des conditions exécrables. L'installation est laborieuse mais chacun y met du sien. Très vite, une lacune est apparue : l'insuffisance des moyens en eau potable dont souffre chroniquement le département. Il y sera remédié dans les mois qui suivent par des travaux d'adduction et des ouvrages de filtration et de stérilisation des eaux de rivière, d'autant que d'autres réfugiés sont en route. Rejetés pendant trois jours et trois nuits de gare en gare, les malheureux réfugiés alsaciens, dont beaucoup sont originaires de la ville de St Louis, ont fini par arriver dans le sud-ouest de la France et au bout du compte à Lectoure, où le Maire, le docteur Jules de Sardac, a la générosité de leur offrir l'hospitalité… Là tout doit être organisé sur-le-champ ; un comité d'accueil réuni autour du maire, fait face aux demandes les plus pressantes des Ludoviciens. La halle aux blés, les salles d'école, la salle de danse, la salle Barthe (une salle de danse et de spectacles au-dessus de la pâtisserie de la rue Nationale) sont rapidement transformées en dortoir. Certains trouvent à se loger immédiatement chez l'habitant, d'autres un peu plus tard au fur et à mesure que les logements vacants peuvent être mis en état par les ouvriers de St Louis. Jeunes gens et jeunes filles parcourent les rues avec des carrioles et ramassent denrées, ustensile, literie, tout ce qui peut être utile aux réfugiés. Il fallait trouver chaque jour 600 litres de vin et 600 kg de pain gratuits pour eux. 1 500 repas quotidiens étaient servis chaque midi à la Halle de Lectoure, y compris des saucisses à l'alsacienne ! Il fut nécessaire de fabriquer des paillasses (776), à défaut de matelas, des lits, des tables, des bancs… La vie s'organise lentement ; bientôt tous ceux de St Louis et des communes voisines qui avaient trouvé refuge dans le Sud-Ouest se regroupent dans le Lectourois : les 1 600 du début seront 3 100 au printemps 1940 ; la grande majorité installée à Lectoure, mais on en compte 134 au Pergain-Taillac, 30 à 40 dans chacune des communes du canton… Le séjour des Alsaciens étalé sur près d'un an, passe par trois phases : après les difficultés et les quelques incompréhensions du début se tissent de solides amitiés ou pour le moins une coexistence sans histoires ; cependant les préparatifs du départ en l'été 40 seront entachés de divergences et d'incompréhensions, surtout entre les administrations. En effet, à côté des structures locales, les Ludoviciens avaient installé leur propre administration : une commission municipale, une école primaire des garçons au pensionnat, une école primaire des filles dans l'école maternelle, un hôpital dans une aile de l'hospice, une maternité de huit lits (27 bébés de réfugiés y naîtront), des cuisines communes installées dans la halle aux grains. Malgré l'effort des bonnes volontés, les conditions de vie demeurent précaires. Les autorités municipales des deux communautés, les responsables religieux – tant curés, évêques, que pasteurs… – les membres des comités d'accueil prêchent la conciliation… Parfois les amitiés se prolongent en mariages unissant des jeunes des deux communautés (12 seront célébrés). « La défaite et l'armistice de juin 1940 placent les réfugiés devant un cruel dilemme : éloignés de leurs habitations familiales, de leurs biens, de leur travail, bercés d'illusions par la propagande nazie qui a soumis l'Alsace- Lorraine à un statut spécial : déjà les Alsaciens prisonniers bénéficient d'un traitement de faveur et sont libérés… Les Ludoviciens manifestent de plus en plus de hâte pour rentrer chez eux ; les Lectourois, surtout la municipalité, ne comprennent pas ce désir et le prennent même pour un désaveu de la France ; « À la fin du mois d'août la décision est prise : tous ceux qui le désirent partiront : les 4 et 5 septembre, trois trains, cinq à six camions emportent réfugiés et documents officiels en Alsace ; la municipalité de Lectoure refuse d'assister aux cérémonies d'adieu, alors qu'une grande partie de la population accompagne leurs concitoyens sur le quai de la gare.

« Somme toute, le département du Gers n'est pas des plus défavorisés. Il est en zone non occupée (au moins pour quelque temps encore) et demeure sous administration française. Les réfugiés Alsaciens Lorrains - (selon G. Labédan dans « Les débuts de la résistance dans le Gers »), « germanophobes farouches » – qui ont refusé leur rapatriement le savent bien quand ils déclarent aux autorités municipales chargées de les recenser en octobre 1940 qu'ils désirent rester français (sic). Les Juifs, Français ou étrangers, ont quitté en nombre la zone occupée et beaucoup se fixent dans le Gers. Certains ont ramené un exemplaire de l'affiche rouge bilingue ordonnant leur expulsion. Elle fait une forte impression sur les populations qui accueillent avec beaucoup d'amitié les nouveaux venus. Ceux-ci trouvent assez facilement à s'employer dans l'agriculture. Ils sont animés d'un ardent patriotisme. Aussi, on ne s'étonne pas si les jeunes manifestent l'intention de s'engager dans l'Armée d'Afrique qui, à leurs yeux, constitue une grande force militaire capable, aux côtés des Alliés, d'assurer le retour de la France au combat ; quelques-uns s'engagent au 2e régiment de Dragons installé à Auch depuis septembre. « Les Alsaciens ne furent pas les seuls à séjourner quelque temps à Lectoure : après les républicains Espagnols, il y eut aussi des Belges, des Mosellans, des citadins revenant à la terre, des jeunes adolescents accueillis par des familles d'agriculteurs… Ce flux de population donna un coup de fouet aux affaires et permit de tisser des liens qui ne se sont jamais rompus ».

P.L.

Sources : Histoire de Lectoure.

Archives municipales.

(*) : « Il y a en plus, et depuis septembre 1939, les réfugiés évacués du Bas-Rhin, comme la communauté de Saint-Louis à Lectoure, germanophobes farouches. » (Guy Labédan in « Les débuts de la Résistance dans le Gers »). Sur les 3 000 réfugiés alsaciens à Lectoure (qui compte actuellement 3 900 habitants !), il convient de consulter l'ouvrage collectif « Mémoire d'un exode - l'évacuation de St Louis, 1939-1940 ».

Mirande dans la seconde guerre mondiale.

Mirande-la-jolie, comme elle s'est elle-même appelée par souci d'éclairer ses origines médiévales et son urbanisme caractéristique des bastides est la plus petite des sous-préfectures gersoises, à 25 km au sud-ouest d'Auch, 50 km de Tarbes, 100 km de Toulouse. Dans un pays de coteaux et de plaines, en vallée de Baïse, traversée par la RN 21 (Auch-Tarbes), elle offre le seul cadre urbain dans un canton rural et agricole. Du 1er quart du XXe siècle, Mirande a conservé le souvenir du premier conflit mondial et d'Alain Fournier puisqu'elle fut le siège des dépôts du 88e et 288e RI ainsi que d'un régiment d’Infanterie coloniale. Un escadron motorisé de la garde républicaine loge à la caserne Laubadère au début des années trente et trois hôpitaux (le municipal et deux complémentaires au collège des garçons et au couvent des sœurs de Nevers) lui sont affectés par le plan de mobilisation. À la suite du plébiscite de 1935 qui rattache la Sarre à l'Allemagne, la ville accueille une petite colonie de Sarrois hostiles au régime nazi. Hébergés dans une annexe de la caserne Laubadère, quelques-uns s'engageront dans les Brigades internationales pendant la guerre d'Espagne.

Le second conflit mondial trouve une ville assoupie (moins de 3 000 habitants) qui reçoit huit cents Haut-Rhinois de Fessenheim et Rustenhart, localités des bords du Rhin repliées sur ordre de l’Armée française. Nourris en commun sous la halle jusqu'en octobre, ces Alsaciens commencent à être rapatriés vers le 10 septembre 1940. Dans les rangs de ceux qui refusent leur rapatriement se trouvent « les résistants de la première heure » selon le maire Paul Noulens. De la fin mai 1940 à la mi-juin, des files ininterrompues de voitures surchargées traversent la ville. C'est l'exode, des Belges d'abord, des Français du Nord, de l’Ouest et du Centre ensuite ainsi que des militaires repliés de la 3e Région militaire de Rouen. La ville reçoit aussi un dépôt d'artillerie de Vernon (Eure). La salle Bajon, le théâtre municipal, le rez-de-chaussée de la mairie et des annexes servent de lieu d'hébergement. Fin septembre une centaine d’Alsaciens de Thann expulsés par les nazis rejoignent leurs compatriotes. De 1941 au 11 novembre 1942, la ville offre le cantonnement à plusieurs régiments de passage : le 2e régiment des Hussards de Tarbes, un bataillon du 150e d'infanterie d'Agen, des éléments du 2e Dragons d'Auch, le 18e RI de Pau en août 1942. L'entrée des troupes allemandes dans le Gers ne concerne pas directement Mirande mais la période qui suit le 11 novembre est cependant celle du contact avec les Allemands. À plusieurs reprises la ville, malgré elle, renoue avec sa fonction de garnison. Le 20 novembre 1942 trois patrouilles du « service de contrôle de désarmement de l’Armée française » sont logés à l'hôtel Maupas et dans un pavillon de l'hôpital. Elles fréquentent en soirée le café Boutin avant de repartir à la recherche de dépôts d'armes. Réquisitions de bétail, collecte de renseignements sur l'organisation des maquis, surveillance et traque des résistants mirandais sont le quotidien de l'occupant jusqu'au tragique 14 décembre 1943 à Ponsampère. Auparavant cependant, d'autres événements liés à la politique nationale méritent mention. C'est le cas du départ pour le STO. Le 17 mars 1943, avant le lever du jour, se sont rassemblés place d'Astarac environ 25 jeunes gens en partance pour le STO en Allemagne. Dans un geste qui frise la mièvrerie une jeune infirmière militaire en congé à Mirande a piqué sur leur poitrine un petit bouquet fleuri… À leur départ les requis ont entonné la « Marseillaise » exprimant ainsi d'après le correspondant du journal « leur espoir et leur foi en la France éternelle ». On peut aussi l'interpréter comme un sentiment de révolte. À Auch, au départ de la gare, les jeunes ont entonné l'hymne national mais aussi « l'Internationale ».

L'état d'esprit.

Le 10 juin 1943, le tribunal correctionnel de Mirande condamne par défaut deux jeunes gens pour usage de fausses pièces d'identité. Le matin du 14 juillet 1943, les Mirandais découvrent des inscriptions au coaltar sous les arcades de la place d’Astarac et sur un immeuble dont le propriétaire est censé être collaborateur. En lettres grossières, on a écrit : « ABAT LES COLLABORATEURS — LA FIN EST PROCHE — ATTENTION AUX MITRAILLETTES ». Selon certains, ce dernier message s'adresse au maréchal des logis, chef de gendarmerie un peu trop zélé. L'enquête rapide de la Brigade mobile de Pau conduit à la maison Saucède seule à posséder du goudron. Finalement, aucune suite n'est à redouter : l'inspecteur nommé Heing appartenant, de fait, à la Résistance. Signe que les temps changent : le dimanche 29 août 1943, pas un légionnaire mirandais n'a assisté au passage de « la Flamme de la Légion ».

Le drame de Ponsampère.

Le 14 décembre 1943 c'est la catastrophe avec la capture dans leur chambre, au château de Cours à Ponsampère, de jeunes gens camouflés en travailleurs forestiers. Les événements du 14 décembre décapitent l'organisation régionale des MUR (Mouvements Unis de Résistance) mais frappent surtout l’Armée régulière dans un premier temps dans le Gers. Si Jaques Miler (cf. p. 316) sort indemne de la rafle, il le doit au milieu résistant mirandais, mais le groupement ORA-CFP (organisation de la résistance de l’Armée-Corps Franc Pyrénéen), provisoirement, disparaît en tant que tel. La rafle de Ponsampère montre que Miler est « brûlé » et le travail de recrutement est interrompu jusqu'en février 1944. Pour Mirande la période de la Libération est marquée par de fréquents mouvements de troupes allemandes sur l'axe Toulouse-Auch-Tarbes où les résistants multiplient les accrochages. Celui de Saint-Maur, le 8 juin 1944, oblige la ville à loger 150 soldats ennemis à la caserne Laubadère. Dans la matinée du 12 juin, passe une forte colonne motorisée SS du régiment Deutschland venant de Tarbes. C'est elle qui, en fin de journée, attaque durement le maquis de Saint-Lys-Bonrepos. Le 15 juin la gendarmerie signale un convoi de trois véhicules en provenance de Tarbes ; une voiture portant plusieurs miliciens s'y est jointe. Du 20 au 28 juin un bataillon de chasseurs de montagne du 39e RI (environ 800 hommes) venu d'Agen par Auch occupe la ville, pille le moulin et l'habitation du meunier, perquisitionne en ville à la recherche de responsables résistants ou des chefs du maquis. Le 11 août, à la mi-journée, durant deux heures, environ 300 hommes en armes procèdent à une fusillade dans les rues, rançonnent les habitants et les regroupent sur la place d’Astarac en représailles à l'accrochage intervenu la veille au soir à l'hôtel Métropole. Retour vers Auch, les troupes allemandes sont de passage à Mirande avant l'embuscade de Miramont d’Astarac. Le 16 août la population connaît de nouvelles émotions. Vers 17 h 30 une colonne motorisée, des voitures légères et des camions surviennent depuis la direction de Saint Michel. Ce sont des éléments de la Feldgendarmerie d'Auch et des membres d'un régiment de sécurité. Revenant d'une mission d'escorte, les hommes sont sur les nerfs : ils ont été attaqués dans la matinée à Bellegarde-Adoulins et ont subi des pertes. La colonne traverse la ville s'arrête dans l'allée du pont tandis que les voitures parcourent les rues sans s'arrêter, pour finalement rejoindre la colonne et faire route vers Auch. Le 18 août la Résistance a donné l'ordre d’investir Auch et le corps franc du bataillon Soulès doit le premier s'infiltrer dans le chef-lieu. Le départ inopiné des Allemands rend le projet caduc. Le 19, le comité de Résistance s'installe à la mairie de Mirande.

G.L. et J.F.

Résistance et monde rural : vue d’ensemble.

L'espace rural gersois est fait d'habitat épars et de fermes entourées de boqueteaux. Dans ce monde discret par nature, on écoute la radio de Londres, loin des oreilles indiscrètes, parfois en réunion avec les voisins. Du ciel tombent des tracts lancés par les avions alliés. Ils sont ramassés et lus en priorité. On se soustrait autant que possible aux réquisitions ordonnées par Vichy. Les émissaires de la Résistance n'ont pas eu grand mal, dans ces conditions, à trouver des complicités à la campagne.

Alors la Résistance va se manifester de différentes façons : il y aura, en premier lieu, l'aide aux réfractaires, ces jeunes gens qui refusent le STO. Dans ce domaine le monde paysan a joué un rôle prépondérant : c'est à la campagne que ces garçons ont trouvé refuge en ne voulant pas partir en Allemagne. On les fait passer pour des citadins fuyant les bombardements ou, simplement des cousins éloignés venus se refaire une santé. En fait, ce sont les chaînes de la Résistance qui les placent et les contrôlent. De cette époque, mi-année 1943, date le premier maquis ayant vu le jour dans le Gers. C'est au Castéron, à la limite du Tarn-et-Garonne que, chez un propriétaire du coin, se regroupent une poignée de jeunes bien décidés à rester sur place, en attendant de recevoir des armes pour reprendre le combat contre l'occupant. Des réfractaires, il en vient de partout, surtout des grandes villes comme Toulouse et Tarbes. C'est, dans les premiers mois de 1944, l'apogée du mouvement, avec malheureusement de graves revers à la clef. On n'a pas oublié l'intrusion de la Gestapo dans certaines fermes à Lavardens, à Lahas, à Crastes, à Maravat où fut arrêté Georges Bernado. Les réfractaires sont arrêtés ainsi que leur logeur ; rares sont ceux qui, comme lui, sont revenus de déportation. L'engagement du monde rural dans la Résistance est total s'agissant des parachutages, cette manne céleste qui va permettre aux résistants de se battre, arme contre arme avec les Allemands. On ne dira jamais assez que ce sont de braves paysans, au sens généreux du terme, qui enlevaient, la nuit, les containers tombés dans leurs champs. L'avion reparti, ils l'ont fait avec leurs bras vigoureux et chargés sur les chars à bœufs. La destination n'était jamais très éloignée : une cabane de vigne ou une vieille masure. Ces opérations se sont renouvelées des dizaines de fois dans le département. Le risque couru était certain : la Milice s'était spécialement chargée de rechercher les dépôts parachutés, une affaire française disait-elle. En cas de découverte pour le propriétaire c'est la bastonnade assurée au siège de la Milice, le 1er étage du café d'Étigny à Auch ou, pire, la torture, rue Alexandre Fourtanier à Toulouse. Cela s'est passé à Vic-Fezensac, à Éauze et, un matin du 8 mai 1944, à Monferran-Plavès.

Puis est venu le débarquement allié, tant attendu, le 6 juin 1944. C'est alors la levée en masse des maquis ! Les fermes abandonnées mais qui tiennent encore debout vont être squattées par les groupes de volontaires qui ont hâte d'en découdre. La campagne les nourrit, du mieux qu'elle peut. L'ennemi, d'abord surpris, ne tarde pas à se ressaisir. À partir du 20 juin, il fait la chasse aux résistants. Malheur aux propriétaires qui ont donné asile aux « terroristes » ! Fusillades, incendies de fermes, c'est ce qui se passe au cours des opérations anti-maquis. La liste est longue, dans l'ordre chronologique : Castelnau sur l'Auvignon, Cuélas, Ponsan-Soubiran, Chélan, Estang, Lannemaignan, Cézan, Labarthète, Bouzon-Gellenave, Pujaudran. Mais le drame le plus atroce, c'est encore Meilhan, le 7 juillet 1944, dans la campagne astaracaise où soixante-dix maquisards trouvent la mort. Ils n'ont pas suffi à une troupe déchaînée. On est allé chercher dans leur ferme les cultivateurs Bajon, Bon, Laborie, Prieur, des noms qui fleurent le terroir gascon, pour les exécuter froidement pour leur complaisance certaine envers le maquis. La France a connu de semblables tragédies. Elles montrent que le monde rural, non plus, n'a pas été épargné par la répression… C'était la contrepartie douloureuse de son engagement dans la Résistance.

G.L. (Allocution du 8 mai 2006)

II – De l’été 1940 à l’hiver 1942-43 : le temps des commencements pour les mouvements et les réseaux de résistance.

Les mouvements.

La cristallisation du noyau auscitain : vers la naissance d’un mouvement.

Une constatation s’impose jusqu’à l’automne 1940 : des refus et diverses formes d’opposition, des actions sporadiques, commises en ordre dispersé ne naît pas ce que l’on voudrait appeler un mouvement de résistance. Il faudrait pour cela que « les résistants » se reconnaissent entre eux, se groupent afin d’agir plus efficacement. La chose n’est pas facile car on ne sait où sont au juste les amis « potentiels ». Le fait est, aussi, que certains amis se sont empressés d’embrasser la cause nouvelle. Tous les témoins interrogés, les résistants de 1940, font état d’une préoccupation identique : essayer de ne pas subir ou mieux « faire quelque chose ». Un ami de longue date, maintes fois éprouvé, un homme politique sûr, sont ceux que l’on recherche pour se confier, sinon pour chercher une directive. Monsieur Henri Sarie, chef de division à la préfecture du Gers jusqu’en avril 1941, reçoit une de ces visites vers septembre 1940 : celle du rédacteur départemental de « La Dépêche », Paul Eldin. Sa question est la suivante : que faut-il faire ? Du reste, c’est en ville que se nouent et se renouent les contacts le plus facilement, voire singulièrement dans une salle de café, toute péjoration exclue. À Auch, les premières