Le haut potentiel en questions - Catherine Cuche - E-Book

Le haut potentiel en questions E-Book

Catherine Cuche

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Beschreibung

Le livre grand public qui répondra enfin à toutes vos questions sur le haut potentiel

Le QI est-il le seul moyen d’identifier le haut potentiel ? Le haut potentiel a-t-il un impact sur les relations sociales ? Comment susciter l’intérêt des enfants à haut potentiel à l’école ?

Le haut potentiel en questions est un ouvrage accessible à tous qui s’adresse en priorité aux personnes directement concernées et à leurs proches. Il leur permet de mieux comprendre les spécificités et difficultés liées au haut potentiel. Ce livre, fondé sur une pratique de terrain et nourri des travaux de recherche récents, intéressera également les professionnels désireux d’en savoir plus sur le sujet.
Par la structure même des chapitres formulés en questions, l’ouvrage se focalise sur les préoccupations des personnes concernées par le haut potentiel. Il répond aux nombreux questionnements que génère ce sujet d’actualité.

Cet ouvrage offre à la fois des réponses concrètes aux questions que se posent les personnes dites à haut potentiel et leur entourage, tout en se référant à des savoirs scientifiques avérés.  Le haut potentiel en questions rend compte d’une vision véritablement actuelle et nuancée de cette thématique !

Un ouvrage sous forme de questions-réponses qui s'adresse autant au personnel éducatif qu'aux parents et à l'entourage de l'enfant.

À PROPOS DES AUTEURS

Catherine Cuche, thérapeute familiale, et Sophie Brasseur, logopède, sont toutes deux docteures en sciences psychologiques. Après une dizaine d’années de travail et de recherches universitaires menées sur le haut potentiel, toutes deux ont décidé d’unir leurs connaissances dans le domaine. Cet ouvrage compile un riche matériel issu des expertises universitaires et cliniques des deux auteures.

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Seitenzahl: 326

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Remerciements

Nous souhaitons remercier Jacques Grégoire de nous avoir fait à nouveau confiance en soutenant la publication de ce livre et en le préfaçant. Merci aussi à Isabelle Goldschmidt pour sa précieuse contribution via ses encadrés présents dans ce livre ; ils constituent un vrai plus pour les lecteurs. Nous souhaitons également remercier toutes les personnes qui ont collaboré à ce livre par leur aide directe ou leur soutien ; elles se reconnaîtront.

Une pensée va également à tous ceux qui ont fait un bout de chemin avec nous dans le cadre de nos consultations ou de nos recherches : la nuance et la complexité présentes dans ce livre, nous vous les devons aussi. Merci à vous.

Préface

En 1981 paraissait l’ouvrage de Jean-Charles Terrassier Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante dans lequel l’auteur introduisait le concept de dyssynchronie interne et sociale, et décrivait les difficultés que rencontraient les enfants à haut potentiel. Durant près de 20 ans, ce fut le seul ouvrage en langue française, avec celui de Rémy Chauvin paru deux ans plus tôt, sur le thème des enfants à haut potentiel. Il est vrai que, à l’époque, parler de cette question était mal vu et valait aux personnes qui s’y risquaient d’être suspectées d’élitisme et de volonté de sélection. Il a fallu attendre le début du siècle suivant pour voir apparaître un nombre croissant de livres traitant de la question du haut potentiel. Parallèlement, avec le développement d’Internet, une multitude de sites sont apparus sur ce même thème, diffusant des informations de qualité très variable. Au côté de l’Association nationale pour les enfants intellectuellement précoces (ANPEIP) fondée en 1971 par Terrassier, de nombreuses autres associations se sont également créées grâce à la facilité de communication offerte par le web. Aujourd’hui, le haut potentiel est un thème à la mode dont on parle régulièrement dans les médias. Les parents et les enseignants ont, à des degrés divers, intégré ce concept et l’utilisent quotidiennement.

On pourrait se réjouir que la problématique des personnes à haut potentiel ait enfin droit de cité et que les questions associées au fonctionnement intellectuel de ces personnes soient prises en compte dans le cadre scolaire. La situation est malheureusement moins satisfaisante qu’espéré. La prolifération d’informations à propos du haut potentiel intellectuel s’est en effet révélée source de confusion. Parmi la masse de textes sur le haut potentiel, comment distinguer le bon grain de l’ivraie ? L’adage « la mauvaise monnaie chasse la bonne » tend à se vérifier. Des affirmations non fondées sont régulièrement diffusées par des personnes mal informées, sont ensuite répercutées dans les médias, pour finalement devenir des pseudo-vérités. Aujourd’hui, le diagnostic de haut potentiel a tendance à être utilisé à tort et à travers pour expliquer tous les problèmes de développement et d’apprentissage, et pour revendiquer un traitement spécifique des enfants dans les milieux scolaires et parascolaires. Un tel usage du terme de haut potentiel tend à avoir l’effet inverse de celui recherché. Ce terme stimule déjà des actions éducatives peu appropriées et risque de progressivement ne plus être plus pris au sérieux.

Il y a donc urgence à éclairer d’un nouveau jour la notion de haut potentiel. Quelles en sont les caractéristiques fondamentales ? Sur quels indices doit-on s’appuyer pour identifier les personnes à haut potentiel ? Quelles sont les actions éducatives les plus favorables au bon développement de ces personnes ? Pour répondre correctement à ces questions, il est indispensable de s’appuyer sur les connaissances scientifiques les plus récentes. C’est ce qu’ont décidé de faire Sophie Brasseur et Catherine Cuche. Toutes les deux allient la double compétence de clinicienne et de chercheuse. Elles ont réalisé chacune une thèse de doctorat sur le fonctionnement psychologique des personnes à haut potentiel, la première du point de vue de la gestion des émotions, et la seconde sur la question de la motivation à apprendre. Leur recherche doctorale leur a permis d’acquérir une connaissance profonde du fonctionnement psychologique des personnes à haut potentiel, basée sur des données empiriques contrôlées. Leur connaissance n’est pas abstraite ni désincarnée. Depuis de nombreuses années, Sophie Brasseur et Catherine Cuche assurent des consultations psychologiques destinées aux personnes à haut potentiel. Dans ce cadre, elles sont régulièrement en contact avec des enseignants avec lesquels elles réfléchissent sur les actions éducatives les plus adaptées aux besoins des personnes à haut potentiel. Leur pratique clinique et éducative les a amenées à observer la variété des profils psychologiques des personnes à haut potentiel. La diversité des modes de fonctionnement de ces personnes et la variété des contextes dans lesquels elles vivent les ont conduites à aider ces personnes de manière souple et adaptée à leurs besoins. C’est dans cet état d’esprit qu’a été rédigé le présent ouvrage qui allie la solidité scientifique et la subtilité clinique. Rédigé dans un langage clair et précis, il offre au lecteur un état des lieux des connaissances actuelles sur la question du haut potentiel. Il aidera la personne à haut potentiel à mieux appréhender sa réalité personnelle, à l’expliquer plus facilement aux autres et à mettre en évidence les conditions de son épanouissement. Il permettra aussi aux psychologues, enseignants et parents de comprendre les personnes à haut potentiel, d’identifier leurs besoins spécifiques et de pouvoir ainsi leur offrir l’écoute et l’aide les plus appropriées.

Jacques GrégoireProfesseur de psychologie à l’Université catholique de Louvain

Introduction

La thématique du haut potentiel, sa reconnaissance et sa prise en charge laissent rarement indifférent. Dans nos sociétés où l’injustice sociale existe, on peut comprendre l’inquiétude qu’engendre le fait que certaines personnes puissent bénéficier de « privilèges » alors qu’elles peuvent être perçues comme ayant déjà « plus » que les autres. En découlent souvent des positions et des arguments extrêmes faisant office d’étendard : critiquer de façon virulente le système scolaire pour le manque de soutien qu’il apporte à ces jeunes ou justifier l’ensemble des problèmes d’une personne par le haut potentiel. Cela amène presque les individus à se positionner pour ou contre la reconnaissance et la prise en charge de ces personnes. Or considérer la personne en se focalisant uniquement sur le haut potentiel, tout comme, à l’opposé, écarter d’emblée cette dimension, sont autant d’attitudes qui peuvent porter préjudice à l’individu.

Nos années de pratique ainsi que nos activités de recherche nous ont permis d’envisager une troisième voie que notre ouvrage propose de rendre compte : considérer la personne dans la globalité de son contexte de vie et des éléments qui la constituent, tout en pensant la manière dont le haut potentiel s’y inscrit. Dans cette perspective ouverte de la personne, le haut potentiel constitue un élément parmi d’autres constitutifs de son fonctionnement. Les lecteurs trouveront donc souvent des réponses pondérées aux questions posées qui soulignent la nécessité d’envisager le fonctionnement de la personne à haut potentiel dans la nuance plutôt que dans la généralisation. Notre propos est de pouvoir comprendre comment le haut potentiel peut ou ne peut pas intervenir dans les différentes sphères de la vie, sujet vaste et complexe qui vaut à nos yeux bien la peine que l’on y consacre un ouvrage.

Le haut potentiel existe, alors qu’est-il réellement ? Quand et comment peut-il influencer le développement et le bien-être ou le mal-être de la personne ? Au-delà de ces interrogations générales, une série de questions reviennent systématiquement chez les personnes intéressées par le sujet. Cet ouvrage est un recueil des réponses aux questions qui nous sont le plus fréquemment posées. Il réunit donc des questions concrètes (y a-t-il des caractéristiques types qui peuvent aider à identifier le haut potentiel ?), plus abstraites (le haut potentiel est-il génétique ?) ou relatives à des idées véhiculées autour de cette thématique (ont-ils plus de difficultés émotionnelles ou scolaires ?), auxquelles nous tentons d’apporter des réponses fondées scientifiquement. Ce faisant, nous fournissons au lecteur une série de repères clairs, tout en offrant une vision nuancée, pluraliste et non stigmatisante du haut potentiel, qui rende mieux compte de sa réalité et de sa diversité.

Les 38 questions posées dans ce livre sont autant de portes d’entrée dans la thématique pour le lecteur. Vous pourrez donc décider de lire l’ouvrage dans l’ordre qui vous convient, en cherchant des réponses à une question précise, ou le parcourir dans l’ordre proposé. Les réponses apportées aux diverses questions se complètent et/ou permettent d’aller plus loin dans la compréhension. Au fil des pages, des invitations à explorer d’autres parties du livre vous seront proposées grâce aux différents renvois. Le contenu est organisé en six thématiques, constituant autant de chapitres qui concernent : la définition du haut potentiel, son origine, son identification, ses spécificités, le rapport à l’image de soi et, pour finir, la scolarité ainsi que les apprentissages.

Pour compléter, des encadrés illustrent certaines réponses avec un exemple, précisent un concept théorique ou encore décrivent des outils utiles tant pour les personnes à haut potentiel que pour les intervenants qui les accompagnent (psychologues, enseignants). Nous avons également le plaisir de vous y présenter trois outils/démarches conceptualisés par Isabelle Goldschmidt, qui a été enseignante dans une école à pédagogie active à Bruxelles pendant près de vingt ans avant de devenir psychologue et thérapeute familiale. Elle a également fait partie d’une équipe de recherche interuniversitaire autour du haut potentiel durant de nombreuses années. Les outils qu’elle expose dans cet ouvrage ont donc l’avantage d’être ancrés à la fois conceptuellement et cliniquement.

Ce livre se destine tant aux personnes à haut potentiel, à leurs parents et leur entourage, qu’aux professionnels de l’éducation et à ceux qui les accompagnent. Nous avons souhaité relever le défi de rester ancrées scientifiquement, de ne pas simplifier la complexité, tout en réalisant un ouvrage qui offre des réponses concrètes et accessibles. Nous espérons avoir tenu cette promesse et vous souhaitons une agréable lecture.

Catherine Cuche et Sophie Brasseur

CHAPITRE IQu’est-ce que le haut potentiel ?

1. Quelles sont les caractéristiques du haut potentiel ?

Réponse brève : À ce jour, les seules caractéristiques qui peuvent être mises en évidence de manière fiable découlent directement des hautes capacités intellectuelles, telles la rapidité d’apprentissage. Certaines spécificités se manifestent parce qu’elles sont influencées en partie par ces hautes capacités, mais, dans la plupart des cas, les caractéristiques individuelles souvent attribuées au haut potentiel ne devraient pas l’être.

Il est moins aisé qu’il n’y paraît de répondre à cette interrogation. L’objectif de cet ouvrage est bien d’apporter une réponse en nous intéressant à une série de spécificités pouvant être présentées par les personnes à haut potentiel en les questionnant et en les expliquant. Chaque point évoqué ci-dessous fera l’objet d’un développement ultérieur au sein d’une question ou même d’un chapitre dédié. Les propos suivants sont donc à considérer comme une introduction à une réponse complexe qui ne pourrait être résumée en quelques lignes.

Sur base des recherches actuelles, on peut affirmer qu’une personne à haut potentiel se caractérise par son fonctionnement intellectuel particulier, qui se traduit généralement dans le domaine des apprentissages. La littérature scientifique pointe plusieurs caractéristiques qui découlent directement des spécificités cérébrales1 :

le cerveau des personnes qui ont un haut potentiel fonctionne non seulement plus rapidement, mais aussi plus efficacement (Gauvrit, 2015). C’est ce qui explique la rapidité d’apprentissage observée dans cette population, en particulier face à une nouvelle notion (Grégoire, 2009a). Ces caractéristiques mentales les rendent capables de réaliser, souvent avec plaisir, des apprentissages plus complexes. Toutefois, ce n’est pas parce que l’on est capable ou que l’on dispose des compétences propices à la réalisation de ces apprentissages que l’on va forcément les exploiter2 ;sur le plan développemental, un cerveau plus rapidement mature leur permettra également de réaliser des apprentissages plus précocement. Cette avance peut être observée dans différents domaines : neuromoteur, langagier, maîtrise du nombre, de la lecture et de l’écriture (Vaivre-Douret, 2007) ;enfin, ces spécificités mentales leur permettent de présenter de hautes capacités intellectuelles qui se distinguent significativement de la norme lorsqu’elles sont mesurées par des tests dans un ou plusieurs domaines de l’intelligence (verbal, non verbal, vitesse de traitement, mémoire, etc.).

D’autres caractéristiques individuelles ou comportementales peuvent également être observées chez les personnes à haut potentiel. C’est le cas, par exemple, du perfectionnisme ou de l’intensité affective. Cependant, les résultats des études réalisées dans le but de savoir si ces traits sont caractéristiques du haut potentiel sont mitigés. En effet, ces traits ne semblent pas plus fréquents chez les personnes présentant un haut potentiel que dans la population tout-venant (Cuche, 2014 ; Brasseur, 2013). C’est probablement dû au fait qu’ils résultent d’un mélange entre de nombreux facteurs individuels et environnementaux. Ces traits ne peuvent donc être considérés comme des caractéristiques propres au haut potentiel. Toutefois, dire qu’ils n’ont aucun lien avec celui-ci serait également erroné : les études montrent que les caractéristiques cognitives du haut potentiel pourront avoir des répercussions et générer certaines spécificités de fonctionnement chez les personnes concernées dans d’autres sphères de la vie. Celles-ci seront largement discutées au sein des chapitres IV (pour les caractéristiques affectives) et VI (au niveau de l’aspect motivationnel et du rapport aux apprentissages).

Les expériences singulières vécues par les personnes qui ont un haut potentiel pourront également générer un rapport à soi et au monde particulier. À nouveau, celui-ci ne peut être considéré comme une caractéristique propre à cette population, mais des spécificités en découlent qui doivent être prises en compte en particulier lorsque la personne se trouve en difficulté. Celles-ci seront discutées au chapitre V.

Comme pour toute caractéristique relative au fonctionnement humain, chacun souhaiterait pouvoir disposer d’une grille de décodage qui soit fonctionnelle pour l’ensemble des personnes concernées par le haut potentiel. C’est probablement pour cette raison que l’on trouve de nombreux ouvrages et sites Internet proposant des listes de caractéristiques fréquemment associées au haut potentiel. Malheureusement – ou heureusement, c’est selon –, les chercheurs s’accordent aujourd’hui pour dire qu’aucune liste ne peut prétendre définir l’ensemble de cette population. À notre connaissance, aucun questionnaire ni aucune check-list n’a pu faire l’objet d’une validation scientifique.

Par ailleurs, le risque de ces listes est de nous laisser penser que les personnes à haut potentiel sont toutes les mêmes et/ou se résument à ces particularités. On risquerait ainsi d’oublier tant la singularité de la personne que les mécanismes qui l’amènent à présenter certaines spécificités. Prenons le cas de l’anxiété. Elle peut selon les cas être plus ou moins liée avec le haut potentiel ou pas du tout. Dans cette situation, ne pas tenir compte du haut potentiel de la personne pour expliquer son anxiété serait tout aussi dommageable que d’attribuer d’emblée la cause de l’anxiété au haut potentiel. L’enjeu est donc toujours d’être au plus près de la personne, de son histoire et de ses besoins, en tenant compte à la fois des répercussions de son haut potentiel dans ses diverses sphères de fonctionnement sans pour autant réduire la personne à celui-ci.

2. Y a-t-il beaucoup de personnes à haut potentiel ?

Réponse brève : Si l’on se réfère aux critères du quotient intellectuel (QI), le haut potentiel concerne environ 5 % de la population générale.

La manière de répondre à cette question est étroitement liée aux critères auxquels on se réfère pour identifier le haut potentiel. Le QI est aujourd’hui ce qui fait le plus largement consensus en ce qui concerne le haut potentiel intellectuel3. Cependant, le chiffre déterminant le seuil à partir duquel on considère la « haute potentialité » varie, parfois fortement, selon les pays ou les auteurs. Pour son étude Genetic Studies of Genius, Terman avait choisi le seuil de 140 de QI (QI total), ce qui correspond à 1 % de la population générale. En France, le seuil se situe le plus souvent à 130 (2,5 %). En Belgique, les chercheurs se sont mis d’accord pour le situer à 125 (5 % de la population). Les raisons qui poussent à l’établissement de ce seuil sont diverses. Certaines sont statistiques ; c’est le cas du chiffre de 130 qui représente deux écarts-types au-dessus de la moyenne. D’autres, bien que restant statistiques, sont déterminées en fonction des objectifs de recherche. Le critère de 125 est, quant à lui, déterminé par l’idée que la différence ressentie ou le décalage que peut présenter la personne en termes d’apprentissages/d’efficience mentale est suffisante pour qu’elle soit prise en considération.

Si l’on choisit un seuil de 125, environ 3 300 000 personnes seraient concernées par le haut potentiel en France, et environ 570 000 en Belgique. À l’échelle d’une classe, cela représente donc un à deux enfants en moyenne. Il y a donc lieu de considérer cette thématique à sa juste valeur puisqu’elle concerne une population aussi importante que les personnes souffrant de dyslexie. Toutefois, si l’on considère que les tests d’intelligence évaluent des compétences de nature différente, ce nombre pourrait être encore plus élevé. En effet, plusieurs études (par exemple Liratni, 2007) montrent qu’au sein de la population présentant un haut potentiel, il existe une plus grande proportion de profils que l’on nomme « hétérogènes »4. Certaines personnes qui obtiennent des résultats très élevés à certains indices de l’échelle d’intelligence WISC-V, par exemple, ne sont pas considérées comme présentant un haut potentiel si l’on se réfère uniquement au score total à cette échelle (le QI). Ces personnes pourraient augmenter la proportion de personnes identifiées à haut potentiel au sein de la population générale si l’on prenait en compte ce que nous appelons les zones de haute potentialité5.

Enfin, il est possible de développer différents types de haut potentiel6. Outre le haut potentiel intellectuel, on peut par exemple développer un haut potentiel créatif ou encore émotionnel. Dès lors que l’on élargit le champ aux intelligences multiples de Gardner, on peut considérer que 7 à 8 % de la population présenterait un haut potentiel (Mandelman et al., 2010).

3. Haut potentiel, surdoué, intellectuellement précoce, zèbre, tous ces vocables évoquent-ils la même chose ?

Réponse brève : Bien souvent ces termes se recouvrent en partie. Cependant, le choix du vocable n’est pas neutre ; il peut refléter un positionnement théorique spécifique ou mettre davantage l’accent sur un aspect particulier du phénomène.

La manière de concevoir la thématique et de la nommer dépend d’aspects socioculturels. Aux États-Unis et au Canada, on utilise assez communément les termes « doué » (gifted) et volontiers « talentueux » (talented), employés conjointement ou non. Ce sont également les termes les plus couramment utilisés officiellement dans la majorité des pays européens (Cuche & Brasseur, 2006). En France coexistent les termes « intellectuellement précoce », « surdoué » et, de plus en plus, « haut potentiel ».

Le choix de l’un ou l’autre de ces vocables n’est pas anodin. L’option prise mettra en lumière une facette du phénomène et générera un positionnement par rapport à différentes questions théoriques et éthiques :

Est-il nécessaire de démontrer un haut niveau d’excellence ou peut-on considérer sa probabilité ou son potentiel supposé ? Est-ce que l’on naît avec un haut potentiel (inné) ou le développe-t-on (acquis) ? Le haut potentiel est-il unidimensionnel ou multidimensionnel (intelligence et autres dimensions individuelles) ? Le haut potentiel est-il associé à des différences quantitatives (que l’on peut situer sur un continuum) ou qualitatives (catégorielles) ?

La manière de répondre à ces questions donne lieu à des modèles différents. Certains auteurs se positionneront clairement et choisiront un point de vue, d’autres proposeront des modèles intégratifs7.

Nous pouvons étudier les termes utilisés et les mettre en perspective avec les questions sensibles évoquées ci-dessus.

Le mot « zèbre » est relativement populaire, bien que non utilisé dans la littérature scientifique. Ce vocable renvoie plutôt à une vision catégorielle du haut potentiel ; il souligne la différence sur des aspects qualitatifs (tels que des traits de caractère ou un fonctionnement psychoaffectif particulier) et innéistes (a priori on est – naît – zèbre, on ne le devient pas).

« Intellectuellement précoce » fait référence à une vision unidimensionnelle du haut potentiel (l’intelligence) et met l’accent sur une facette plutôt quantitative que qualitative (on fait plus ou plus tôt que la moyenne qu’un même groupe d’âge).

« Doué » renvoie à la notion de don et fait référence à une qualité que l’on recevrait sans avoir rien fait pour l’acquérir (Leurquin, 1996). « Surdoué » se rapporte également à cette notion de don. Tous deux se réfèrent donc à une vision innéiste. Cependant, le suffixe « sur » génère un sens supplémentaire qui peut être compris soit en terme de quantité (l’individu présente un niveau plus élevé d’intelligence), soit en terme catégoriel (l’individu est supérieur). Cette dernière interprétation explique, pour des raisons évidentes, la réticence de certains à utiliser le terme « surdoué ».

Le mot « talentueux », quant à lui, fait davantage référence à la notion de réalisation effective plutôt qu’à sa probabilité.

Lorsque ces deux derniers vocables (« doué » et « talentueux ») sont utilisés de manière conjointe, comme c’est parfois le cas outre-Atlantique, on considère à la fois les deux dimensions (l’inné et l’acquis) et on envisage autant les réalisations potentielles qu’effectives.

« Haut potentiel » oriente l’attention d’une part sur les aspects de quantité (haut) plutôt que de qualité et, d’autre part, sur la notion de potentiel de réalisation plus que de réalisation effective.

Chaque personne est bien sûr libre de choisir ce qui lui convient le mieux en fonction du point de vue théorique qu’elle soutient et des valeurs auxquelles elle adhère. Chaque terme présente des avantages et des limites. Mais ne nous y trompons pas : les mots sont importants et ont tendance – qu’on le veuille ou non – à renvoyer davantage à l’une ou l’autre de ces perspectives et/ou à nos propres représentations.

4. Est-ce un effet de mode ?

Réponse brève : Oui et non. Le haut potentiel est un sujet en vogue depuis une quinzaine d’années mais est traité au moins depuis l’Antiquité. De plus, une série de caractéristiques neurophysiologiques propres à cette population et de nombreuses études scientifiques montrent qu’il s’agit bien d’une réalité. Ce concept n’est donc pas créé par un effet de mode.

Le haut potentiel est mis à l’avant-plan dans les médias depuis une quinzaine d’années. Les magazines de société, reportages ou livres qui lui sont consacrés sont de plus en plus nombreux. Les personnes à haut potentiel deviennent également des personnages de fiction qui inspirent écrivains et cinéastes… Sites web, pages Facebook et blogs sur le sujet fleurissent sur le net… Bref le haut potentiel est à la mode. Tellement en vogue qu’on en dit tout et n’importe quoi, et que l’on peut comprendre le scepticisme de certains qui en viennent à penser qu’il serait une vue de l’esprit.

Pourtant, même s’il était plus discret, l’intérêt pour cette question et son impact sur l’équilibre de la personne n’est pas neuf. Dans son travail de thèse, Amélie Courtinat-Camps retrace l’histoire et l’évolution de l’intérêt porté aux personnes présentant une intelligence ou un don hors du commun. Sans vouloir retracer ici l’ensemble de cette histoire, il semble intéressant d’en reprendre quelques points. On retrouve des écrits, notamment ceux de Platon, qui évoquent déjà l’intelligence exceptionnelle de certains êtres qu’il appelle « hommes d’or ». Au Moyen Âge, la religion catholique ayant une forte influence, on pensait qu’il était bon que ces personnes développent leur spiritualité. À la Renaissance, elles étaient encadrées par des maîtres dès leur plus jeune âge afin de soutenir l’éclosion de leur talent artistique. Ces jeunes bénéficiaient d’une admiration sans bornes, eux qui étaient pourvus d’un don divin. Ils furent toutefois décriés à d’autres moments, notamment au XVIIIe siècle, époque à laquelle Rousseau et ses préceptes éducatifs voyaient d’un mauvais œil ces enfants dotés d’une intelligence particulière qui ne pouvait, selon lui, coexister avec leur jeune âge. Au XIXe siècle, elles seront considérées comme à risque de développer des maladies mentales, Lombroso soutenant l’idée d’un lien existant entre génie et folie. On comprend donc que l’intérêt et le regard posé sur ces personnes ont toujours été empreints de la culture ambiante.

En psychologie, l’intérêt scientifique pour la question du haut potentiel remonte à la fin du XIXe siècle, avec l’avènement de la psychologie différentielle. À cette époque, Galton publia un livre appelé Hereditary Genius dans lequel il traita de la question de l’intelligence et son hérédité. Il considérait alors que l’intelligence était innée, et ses travaux l’amenèrent à pratiquer une forme d’eugénisme. Durant les grandes guerres qui ont marqué le XXe siècle, les puissances politiques, telles que l’Allemagne, la Russie ou encore les États-Unis, se sont, elles aussi, intéressées aux personnes à haut potentiel afin de recruter et former des hommes d’élite. On comprend alors mieux pourquoi, encore aujourd’hui, outre l’influence culturelle, l’intérêt pour cette question de recherche est encore fortement idéologisé (Cellier, 2007), les craintes de dérives élitistes étant encore dans tous les esprits. Pourtant durant le XXe, des chercheurs se sont également préoccupés de cette thématique à d’autres fins, notamment dans le but de mieux comprendre le fonctionnement de l’intelligence. Plusieurs recherches ont également pointé l’inadéquation du système scolaire traditionnel pour les élèves à haut potentiel et le mal-être qui pouvait en découler.

C’est peut-être ce qui fait qu’à la fin du XXe siècle, une approche plus catégorielle du haut potentiel a vu le jour. Celle-ci décrit ces personnes comme possédant des différences qualitatives en termes de fonctionnement, de sensibilité, du rapport au monde et à l’autre. Le haut potentiel devient donc presque une communauté à part : on est à haut potentiel comme on serait martien… Cette vision catégorielle participe sans doute à la réaction des personnes, notamment des enseignants, qui rejettent la thématique, la considérant comme une vue de l’esprit. Cette réaction se justifie, en partie du moins, puisque, jusqu’à aujourd’hui, aucune recherche scientifique n’a pu valider l’existence de ce profil qualitatif au sein duquel une série de caractéristiques intellectuelles sont associées à des éléments de personnalité.

De plus, en raison de l’importance de cette thématique dans les médias et les conversations, le haut potentiel est fréquemment évoqué comme cause probable de difficultés scolaires, et ce de façon prématurée ou erronée. Sans le vouloir, ces erreurs d’attribution nourrissent l’idée que le haut potentiel n’est qu’un effet de mode sans fondement.

Comme nous l’avons vu, le haut potentiel n’est pas neuf et ne cessera pas d’exister. L’avènement récent des neurosciences nous permet aujourd’hui de savoir que le haut potentiel est bien réel et qu’il repose sur un fonctionnement neurobiologique particulier8. En découle, sur le plan intellectuel, une série de spécificités validées scientifiquement. Celles-ci ne doivent pas être ignorées ni banalisées, car elles peuvent mettre les personnes concernées en difficulté.

5. Existe-t-il différents types de haut potentiel ?

Réponse brève : Oui. Il existe différentes formes de haut potentiel comme il existe différents types d’intelligence. En ce qui concerne le haut potentiel intellectuel, on trouve également une grande variété de profils cognitifs. La combinaison de ceux-ci avec des traits affectifs, motivationnels et la personnalité rendront dès lors chaque personne unique.

Comme évoqué plus largement dans la question 6, les théories qui définissent le haut potentiel sont en lien étroit avec les théories de l’intelligence.

Une partie des études relatives à ce champ vise à savoir s’il existe une capacité d’ordre supérieur qui peut rendre compte de l’efficience intellectuelle globale d’un individu dans les différentes tâches cognitives qu’il peut réaliser. Cette question s’illustre à travers les recherches autour du facteur G (Compétence d’intelligence générale) qui ont débuté au début du XXe siècle avec Spearman. Cette perspective qui vise à identifier une essence commune aux différents registres de capacités de la personne est encore utilisée aujourd’hui. Ce facteur d’intelligence générale se retrouve d’ailleurs dans le modèle en trois niveaux de Carroll9 sur lequel s’appuie la construction de nombreux tests de QI, comme les échelles de Wechsler. Pour Wechsler, le QI total correspond à un indicateur de la capacité du sujet d’agir en général avec intelligence (Grégoire, à paraître). Ce qu’il faut comprendre, c’est que le QI total ne permet pas de déterminer des performances précises, mais plutôt d’estimer une probabilité que le sujet agisse avec intelligence. Cependant, dans la pratique, on se rend compte que cet index général ne permet pas toujours de rendre compte des forces et des fragilités du sujet. Son utilité clinique s’avère dès lors limitée. C’est l’une des raisons pour laquelle les nouvelles versions des échelles de Wechsler, qui gardent la possibilité de calculer un QI total, sont construites de façon à identifier de manière de plus en plus fine des profils de capacités. La psychologue française Pereira-Fradin (2006) a d’ailleurs montré qu’il était très fréquent que le profil intellectuel des enfants à haut potentiel réalisé avec la quatrième version de l’échelle de Wechsler mette en évidence des différences de résultats chez une même personne en fonction du type de capacités utilisées. Il existe donc une grande variété de profils identifiés par les tests de QI.

Outre la diversité des profils mise en évidence par une évaluation intellectuelle standard, on ne peut ignorer les travaux de Gardner, réalisés à la fin du XXe siècle, qui envisagent l’intelligence plus largement. En effet, les recherches de Gardner (1999) sur le potentiel humain ont mis en évidence l’existence de huit formes d’intelligence : linguistique, logicomathématique, visuo-spatiale, naturaliste, interpersonnelle, intrapersonnelle, corporelle et musicale. Ces intelligences peuvent se développer de manière indépendante les unes des autres. Le haut potentiel intellectuel qui nous intéresse dans cet ouvrage renvoie essentiellement aux trois premières formes d’intelligence de Gardner citées ci-dessus. Ainsi, l’évaluation intellectuelle à l’aide des échelles de Wechsler permet de mettre en évidence une ou plusieurs zones de haute potentialité au niveau des registres linguistique, logicomathématique et visuo-spatial. On pourra aussi présenter un haut potentiel analytique ou encore pratique en se référant à la théorie de Sternberg (1997). Plus récemment, les travaux de Besançon et Lubart (2010) se sont intéressés au haut potentiel créatif, mettant en évidence des caractéristiques motivationnelles et affectives propres à celui-ci. Il existe donc bel et bien différents types de haut potentiel.

Il est possible de présenter un haut potentiel dans chacune des formes d’intelligence décrites par ces auteurs. Cependant, dans la plupart des cas, une même personne présente un haut potentiel sur quelques-uns de ces registres seulement.

Prenons la situation de Gaia, une femme de 55 ans qui vient de réaliser une identification. Ses résultats montrent qu’elle présente une zone de haute potentialité au niveau de l’indice de compréhension verbale10 de l’échelle de Wechsler pour adultes. Par ailleurs, l’analyse de ses activités quotidiennes révèle qu’elle présente très probablement deux autres zones de haute potentialité qui ne sont pas évaluées par le test d’intelligence : l’une au niveau de l’intelligence musicale (Gaia est une grande pianiste de renommée internationale ; elle possède l’oreille absolue et elle a très tôt fait preuve d’un don hors norme dans l’apprentissage de son instrument), et l’autre au niveau de l’intelligence interpersonnelle (elle a une grande aptitude à comprendre et à interagir avec les autres, et ce, de diverses façons, ce qui, dans sa vie professionnelle, l’a amenée à créer et à diriger plusieurs ensembles musicaux de main de maître). Ainsi, il est important de comprendre que toutes les personnes à haut potentiel ne présentent pas de plus hautes capacités dans tous les registres intellectuels, et qu’il est nécessaire d’identifier à chaque fois leur profil spécifique.

Au-delà des hautes capacités, certains auteurs ont essayé d’élaborer différentes typologies ou classifications en partant de certaines caractéristiques comme le style cognitif, la dynamique motivationnelle, le rapport à la scolarité ou encore des caractéristiques émotionnelles. Celles-ci ont toujours été fondées sur une appréciation clinique et n’ont pu être validées scientifiquement. Même si ces classifications ont toujours un aspect réducteur – comme toute classification –, elles peuvent être intéressantes pour comprendre les différences existantes. Néanmoins, elles ne peuvent être envisagées comme des types de haut potentiel.

Haut potentiel ou zone(s) de haute potentialité ?

Par Isabelle Goldschmidt

À la croisée des données scientifiques, de notre expérience clinique et face à l’évaluation intellectuelle de la personne dans le cadre de l’identification du haut potentiel est apparue une question cruciale : comment peut-on restituer à la personne évaluée des informations claires, précises, conformes d’un point de vue scientifique et clinique, tout en lui permettant de comprendre son fonctionnement spécifique ? Dans ce cas précis, comment analyser et interpréter le QI total (QIT) et les résultats obtenus aux différents indices qui le composent aux échelles de l’intelligence de Wechsler communément utilisées dans l’identification du haut potentiel ?

Ces échelles se composent d’une quinzaine de subtests qui évaluent chacun des compétences différentes. Plusieurs de ces subtests sont regroupés dans ce que l’on appelle des indices. On trouve cinq indices différents dans la nouvelle version du WISC (WISC-V), il en existait quatre dans la version précédente :

l’indice de compréhension verbale (ICV), qui évalue la capacité à raisonner sur base d’un matériel verbal ;l’indice de raisonnement perceptif (IRP), qui évalue le raisonnement non verbal et les capacités visuo-spatiales ;l’indice de mémoire de travail (IMT), qui évalue la mémoire de travail verbale ;l’indice de vitesse de traitement (IVT), qui évalue la rapidité dans le traitement de stimuli visuels simples et la coordination visuo-motrice.

Sur base des scores obtenus à ces différents indices, il est possible de calculer le QI total pour autant que ceux-ci ne divergent pas trop entre eux.

Dès lors, les questions suivantes se sont posées : peut-on considérer comme ayant un profil à haut potentiel intellectuel une personne dont le QI total ne peut être calculé au vu de la trop grande hétérogénéité de son profil ? Ceci, même si ce QIT (non valide) se situe au-dessus de 130 ? De même, comment interpréter le profil hétérogène d’une personne dont le QIT (valide ou non) se situe en dessous de 130, mais dont les résultats à certains indices se situent au-dessus de 130 ?

L’enjeu est d’examiner avec précision et rigueur les résultats pour pouvoir les restituer de manière à ce qu’ils prennent sens d’un point de vue scientifique (qui tient compte des aspects statistiques) et d’un point de vue clinique. La personne concernée peut ainsi s’approprier les informations nuancées, se reconnaître à la lumière de ces nouvelles données.

Concernant le WISC-IV, Grégoire (2009b) mettait en évidence l’importance du travail minutieux d’interprétation du clinicien face à l’homogénéité ou l’hétérogénéité des résultats tant des indices que des subtests qui les composent. Ainsi, se posait, entre autres, la question de la validité du QIT dans une série de situations ; cette validité pouvant être influencée par des facteurs cliniques multiples : problèmes moteurs, multilinguisme, etc. Du point de vue scientifique, elle devait aussi prendre en compte le calcul de l’évaluation de la dispersion des indices par rapport à la moyenne obtenue par la personne évaluée. Si ces écarts étaient significatifs, le QIT ne pouvait pas être considéré comme valide.

Aujourd’hui, avec le WISC-V, la question se pose un peu différemment puisque l’échelle est composée de cinq indices. Cette organisation entraîne une modification importante de la démarche d’interprétation. Elle suppose deux types d’analyses distinctes : une analyse du profil à l’aide des résultats obtenus dans les différents indices et le calcul d’un QIT. Le calcul du QIT se base sur l’analyse des notes obtenues aux sept subtests et sa validité sur leur dispersion. Cette organisation de l’outil favorise l’analyse du profil selon les résultats obtenus aux différents indices, ce qui semble appuyer la pertinence des questions que nous posions ci-dessus par rapport à la situation du haut potentiel.

Pour étayer notre démarche conceptuelle développée il y a plusieurs années, nous utiliserons deux exemples de profils intellectuels hétérogènes évalués avec le WISC-IV. Des tests affectifs et cognitifs ont été administrés à chacune de ces deux personnes, mais, pour pouvoir rester centrés sur la question qui nous occupe, nous nous pencherons exclusivement sur leurs résultats au WISC-IV.

Pour nous aider à comprendre cette démarche, nous présentons le tableau des résultats obtenus au WISC-IV. Sont indiqués : les chiffres obtenus aux quatre indices ainsi que les intervalles de confiance dans lesquels ils se situent. L’intervalle de confiance est la zone (par exemple entre 100 et 115) dans laquelle le résultat exact (sans erreur) de la personne a 95 % de chance de se trouver.

D’un point de vue scientifique et clinique, l’analyse des résultats obtenus aux différents indices doit être comparée à ceux obtenus par la population générale. Ensuite, ils doivent être comparés entre eux pour dégager les spécificités du profil interne de la personne.

Pour une compréhension et une visualisation plus aisées, nous utilisons en parallèle, la représentation des intervalles de confiance sur la courbe de Gauss11. C’est ce qui est représenté par les différentes lignes de points sous la courbe. Le nom de chaque indice est repris à côté des points.

Exemple 1 : Eloïse, 12 ans

L’exemple d’Eloïse met en évidence un profil hétérogène avec un QIT supérieur à 130.

Figure 1 – Les résultats d’Eloïse

Que constatons-nous ?

Le QIT n’est pas représenté puisqu’il n’est pas valide.Trois indices se situent dans les zones « moyenne/moyenne supérieure » par rapport aux enfants de son âge.Un indice se situe dans la zone « très supérieure » dite à haut potentiel et s’éloigne significativement des trois autres indices.

Le QIT non valide de 134 ne peut être pris en compte, car si on se base sur ce QIT et que l’on dit à Eloïse qu’elle est à haut potentiel, on écrase la plus grande part de son fonctionnement intellectuel : les IRP, IMT et IVT sont occultés. Eloïse n’est donc pas reconnue dans toute sa réalité et sa complexité…

Par contre, si on ne parle pas de profil à haut potentiel, on occulte une autre spécificité de son fonctionnement. Dans ce cas, c’est l’ICV qui n’est plus pris en compte ! Eloïse ne peut donc pas se reconnaître dans certains champs de compétence.

Les figures ci-après permettent une visualisation concrète de ce qui se joue.

Eloïse est considérée à « haut potentiel » → non prise en compte des capacités se situant dans la moyenne.

Figure 2

Eloïse n’est pas à « haut potentiel » → non prise en compte du registre de capacités se situant dans la zone de haute potentialité.

Figure 3

Il faut donc mettre en perspective les indices pris séparément et ensuite les mettre en lien les uns par rapport aux autres pour permettre d’approcher toutes les spécificités de fonctionnement d’Eloïse.

Exemple 2 : Guy-Pierre, 7 ans

Le deuxième exemple présente un profil hétérogène différent : Guy-Pierre a un QIT en dessous de 130, mais certains indices se situent au-dessus de 130.

Figure 4 – Les résultats de Guy-Pierre

Que constate-t-on ?

La grande hétérogénéité des résultats obtenus.Le QIT ne peut être représenté puisque non valide. Deux indices se situent dans la zone « supérieure/très supérieure » dite à haut potentiel.Un indice se situe dans la moyenne.Un indice se situe dans la zone « moyen faible/moyen ».

S’appuyer sur le QI total pour savoir si Guy-Pierre peut être considéré à haut potentiel occulterait une grande partie de ses capacités élevées. En effet, tout ce qui concerne les ICV et IRP situés dans la zone à haut potentiel serait « écrasé » par le fait que le QIT n’atteint pas le seuil de 130.

Les IMT et IVT doivent être pris en compte et analysés l’un par rapport à l’autre ainsi que séparément. L’observation de la répartition des indices met en évidence le contraste entre l’IVT et les ICV et IRP ! Ceci génère un véritable « écartèlement » au sein du profil de Guy-Pierre.

Aborder ses registres de hautes capacités sans les mettre en perspective avec les autres spécificités de son profil empêcherait de comprendre et donc, par la suite, de soutenir Guy-Pierre.

C’est ainsi que, face à des profils hétérogènes, nous avons développé le concept de « zone(s) de haute potentialité » afin de pouvoir mettre en évidence des capacités spécifiques et ainsi nommer les différentes sphères du fonctionnement singulier de chacun. Plus le profil est hétérogène, plus il y a lieu de différencier les zones de capacités afin qu’elles puissent être reconnues, prises en compte et mises en lien avec les caractéristiques spécifiques du fonctionnement intellectuel et global de la personne concernée.

Aujourd’hui, avec l’utilisation du WISC-V, le concept de zone(s) de haute potentialité prend d’autant plus son sens, puisque le nombre d’indices a encore augmenté. L’analyse des cinq indices permet une approche encore plus fine des spécificités de chaque personne évaluée. L’analyse en profil est ainsi incitée par cette nouvelle structure, même lorsque le QI total est valide.

En conclusion, s’arrêter à la question « d’être ou ne pas être » à haut potentiel en ne se basant que sur un QIT surtout s’il est non valide risque d’entraver la compréhension de tous les facteurs qui peuvent intervenir dans le profil spécifique et la manière dont il s’exprimera par ses forces et ses faiblesses.