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Il arrive souvent que nos pensées se formulent en mots, soit que nous lisions, soit que nous écrivions, soit que nous nous récitions intérieurement de la prose ou des vers, soit que nous imaginions une conversation, soit simplement que nous réfléchissions, nous avons conscience de percevoir intérieurement certains mots et certaines phrases. Je voudrais étudier ici la nature de ce discours intérieur, d’abord au point de vue de la représentation des mots et des sons envisagée dans ses rapports avec la psychologie générale, et aussi considérée en elle-même. Cela nous conduira à examiner un procédé de substitution à divers degrés, où le mot, substitut de l’image, est remplacé à son tour par un autre substitut, et ces faits peu étudiés nous permettront d’arriver à une théorie du langage intérieur et des rapports de la pensée et de ce langage. Je tâcherai de m’appuyer constamment soit sur les documents présentés par les psychologues qui ont déjà traité la question, soit sur l’analyse de certains cas pathologiques fort instructifs, soit enfin sur quelques expériences psychologiques personnelles.
Le langage tel que nous le parlons à haute voix, est une action réflexe très complexe, ayant son point de départ dans diverses impressions sensorielles de la vue, de l’ouïe ou du tact. L’enfant apprend sa langue en répétant les mots qu’il entend dire, en lisant ceux qu’il voit écrits, c’est-à-dire encore en combinant des images visuelles avec des souvenirs auditifs. L’action d’apprendre le langage est dans tous les cas une combinaison d’images ou de sensations auditives, visuelles et motrices…
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Seitenzahl: 93
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Le langage intérieur et la pensée.
Le langage intérieur et la pensée
La pensée fait le langage en se faisant soi-même par un langage intérieur.
(H. Delacroix,
Il arrive souvent que nos pensées se formulent en mots, soit que nous lisions, soit que nous écrivions, soit que nous nous récitions intérieurement de la prose ou des vers, soit que nous imaginions une conversation, soit simplement que nous réfléchissions, nous avons conscience de percevoir intérieurement certains mots et certaines phrases. Je voudrais étudier ici la nature de ce discours intérieur, d’abord au point de vue de la représentation des mots et des sons envisagée dans ses rapports avec la psychologie générale, et aussi considérée en elle-même. Cela nous conduira à examiner un procédé de substitution à divers degrés, où le mot, substitut de l’image, est remplacé à son tour par un autre substitut, et ces faits peu étudiés nous permettront d’arriver à une théorie du langage intérieur et des rapports de la pensée et de ce langage. Je tâcherai de m’appuyer constamment soit sur les documents présentés par les psychologues qui ont déjà traité la question, soit sur l’analyse de certains cas pathologiques fort instructifs, soit enfin sur quelques expériences psychologiques personnelles.
Le langage tel que nous le parlons à haute voix, est une action réflexe très complexe, ayant son point de départ dans diverses impressions sensorielles de la vue, de l’ouïe ou du tact. L’enfant apprend sa langue en répétant les mots qu’il entend dire, en lisant ceux qu’il voit écrits, c’est-à-dire encore en combinant des images visuelles avec des souvenirs auditifs. L’action d’apprendre le langage est dans tous les cas une combinaison d’images ou de sensations auditives, visuelles et motrices. Nous n’avons pas à nous occuper, pour le moment, des exceptions à cette règle, par exemple de la manière dont les sourds-muets apprennent à parler. Cela ne ferait que compliquer notre exposition sans rien changer à notre manière générale de concevoir le langage. Nous pouvons donc considérer le langage, considéré dans sa forme primitive, et abstraction faite de ses rapports avec la pensée, comme comprenant : 1) une impression faite sur les sens et transmise le long des nerfs qui servent à la vision et à l’audition ; 2) une phase centrale comprenant la mise en jeu de divers centres, optique, acoustique, moteur ; 3) une période d’émission comprenant la mise en activité des fibres motrices et des organes de la parole. Ce mode de langage, pour ainsi dire schématique, se retrouve dans toute sa pureté chez certains malades, ceux qui sont affectés de ce qu’on a appelé l’écholalie. Si nous acceptons cette conception du langage, je crois qu’on peut considérer la parole intérieure comme égale à la parole réelle amoindrie de la première et de la dernière période, et réduite à la phase centrale, c’est-à-dire à la mise en jeu, plus faible, des centres optiques, acoustiques et moteurs, et surtout peut-être, selon les individus et les occasions, de l’un de ces centres, avec une tendance à devenir complètement la parole réelle. Mais, avant de donner les raisons qu’on peut avoir de considérer ainsi la parole intérieure, il faut sans doute justifier notre façon de présenter la parole réelle, et surtout expliquer pourquoi nous la considérons tout d’abord à part de ses relations avec la pensée qui semblent constituer la réalité même du langage. C’est que nous n’avons pas à considérer le langage ici, au point de vue de ses relations, de sa signification, de son importance psychologique et sociale, mais seulement au point de vue de la nature des éléments psychologiques qui composent directement la parole articulée et pour rapprocher de la parole réelle la parole intérieure que nous envisageons dans cette première partie de notre travail, seulement au même point de vue des phénomènes sensibles, des images qui la constituent en partie, et sans nous préoccuper de ses rapports avec la pensée. Que le mot soit un signe, cela, pour le moment, ne nous intéresse pas, nous prenons le mot, non comme un symbole, mais comme une chose réelle, comme un ensemble de phénomènes à étudier ; nous pourrons plus tard dire quelque chose des relations de ce groupe de phénomènes avec d’autres phénomènes et d’autres groupes, et envisager le mot au point de vue de sa signification ; ici, nous nous occupons seulement de sa nature, nous ne faisons pas à proprement parler la psychologie du langage, mais celle de la représentation des mots qui nous conduira plus tard à l’autre. De même, nous occupant de la parole réelle, nous ne nous occupons pas du langage même, mais seulement de l’image des mots isolés ou coordonnés. C’est ce qui nous autorise également à regarder la parole comme une action réflexe ayant essentiellement une origine acoustique ou optique, car les mots, tels que nous les connaissons, doivent, pour être employés, être appris par le moyen des sens. Au contraire, le langage peut être déterminé par des impressions n’ayant rien de spécifique au point de vue de la parole. Le cri du nouveau-né, en tant qu’il est un signe d’un état intérieur ; peut être considéré comme un mode inférieur du langage ; cependant le nouveau-né ne l’a jamais entendu. Certaines formes du langage sont des réflexes organisés, dont la première partie, l’impression extérieure, peut n’avoir aucun rapport primitif avec le résultat final. Il n’en est pas de même pour la parole ; elle ne peut être employée qu’après avoir été apprise, pour prononcer un mot, il faut avoir entendu un mot semblable ou tout au moins en avoir entendu les éléments, et avoir appris à les combiner en entendant plusieurs combinaisons. C’est pour cela que nous pouvons considérer la période centripète du processus du langage, l’impression visuelle, auditive, tactile en certains cas, comme un des éléments de l’acte de la parole. La parole s’en affranchit assez vite, mais au début elle est essentielle. Ajoutons qu’elle persiste beaucoup sous une forme affaiblie et qu’on garde toujours l’habitude d’employer surtout les mots qu’on entend ou qu’on lit le plus souvent. Sans doute, on ne les répète pas immédiatement, mais l’influence des impressions auditives et visuelles, pour ne pas se manifester soudainement, n’en est pas moins réelle et profonde.
II
Retournons maintenant à la parole intérieure. Il s’agit de montrer en elle les trois éléments que nous avons signalés dans la période centrale de la parole réelle, ensuite de montrer que la parole intérieure est une tendance vers une parole extérieure complète, c’est-à-dire que les phénomènes de la parole intérieure tendent, quand rien ne vient entraver leur développement naturel, à produire d’un côté la sensation, de l’autre le mouvement. La parole intérieure tend donc à se compléter par une impression forte, une sorte de sensation, dans l’espèce une hallucination, d’une part, et d’autre part par une prononciation réelle. Nous voyons déjà que ce dernier fait pourra venir à l’appui de notre première proposition en mettant en relief les images faibles que l’observation intérieure néglige et n’aperçoit pas, et que des circonstances particulières viennent rendre évidentes en leur donnant des proportions presque morbides ou complètement pathologiques.
Les moyens qui sont à notre position pour étudier les phénomènes qui composent le langage intérieur sont : 1) l’observation intérieure et les interprétations auxquelles ses résultats donnent lieu ; 2) l’expérimentation ; 3) l’analyse des phénomènes morbides. Nous emploierons, quand cela sera possible, les trois ordres de faits.
§1. Images visuelles. — Lorsque je pense à un nom ou que je me représente une phrase quelconque, je ne remarque rien généralement parmi les données de ma conscience qui ressemble à une représentation visuelle des mots écrits ou imprimés. Mais les habitudes mentales diffèrent beaucoup à cet égard d’une personne à l’autre, et il faut se garder d’ériger en formule générale ce que l’on observe chez soi. En fait nous avons des témoignages directs qui nous attestent la part que peuvent prendre, dans les représentations des mots ou même dans les représentations des sons musicaux, les images de forme ou de couleur. Je suis cependant porté à croire que le fait n’est pas très fréquent, mais il existe. M. Montchal, bibliothécaire de la Société de lecture de Genève, a écrit la lettre suivante à la Revue philosophique : « Unique bibliothécaire pour 80.000 volumes classés dans une vingtaine de salles, à chaque instant on me prie d’indiquer la collection, le volume, la brochure, le journal où se trouve tel article. Ma mémoire ne dépasse pas la moyenne. Pourtant il est rare que je ne satisfasse pas immédiatement le chercheur, grâce au rappel plus ou moins rapide, non pas des sons, mais du format, de l’aspect typographique, des périodes, des phrases, des mots, de la couleur, des détails de la reliure. Dans un autre domaine, si je dois exécuter de mémoire un morceau de piano difficile, les œuvres du compositeur H. Ruegger, par exemple, les combinaisons sonores m’apparaissent après la vision nette du dessin rythmique et de la courbe mélodique. Dans une lecture expressive à première vue, l’aspect de la page ou des deux pages suffit pour guider le lecteur, et la mémorisation d’un morceau à déclamer sera promptement obtenue si l’on considère l’ensemble des signes graphiques. » Voici également une note suivante, communiquée par une personne qui avait remarqué les faits qu’elle signale avant d’avoir entendu parler de la question, sans avoir, par conséquent, subi aucune espèce d’influence théorique.
« Quand je pense à un mot ou à une phrase, je vois assez nettement ce mot ou cette phrase imprimés en caractères ordinaires, ou écrits de mon écriture ou de toute autre écriture ; les lettres d’un mot se détachent assez bien, et les intervalles entre chaque mot écrit en noir m’apparaissent aussi, je les vois en blanc. Toutes mes représentations de mots sont surtout visuelles. Pour retenir un mot que j’entends pour la première fois, il me faut lui donner tout de suite une orthographe ; de même, quand j’écoute une conversation qui m’intéresse et que je veux me rappeler, il m’arrive souvent de me représenter au fur et à mesure la conversation écrite. »
Il est facile de voir, par ce dernier cas, que les images visuelles ne jouent pas seulement un rôle accessoire ici, dans le langage intérieur. Cela résulte du fait qu’elles s’associent étroitement au sens des mots et qu’elles sont nécessaires à la conservation des phrases et des idées.
En général, toutefois, les signes visuels ne paraissent pas d’une importance prépondérante pour la parole intérieure et d’une manière générale dans la mémoire des mots. J’ai cherché un fait pathologique qui puisse établir le rôle des souvenirs visuels. J’ai trouvé peu de chose. Il faudrait, pour prouver que les signes visuels peuvent suffire à la parole intérieure, trouver un cas de surdité verbale dans lequel le malade serait aussi aphasique au sens propre, aurait perdu la mémoire motrice et pourrait cependant comprendre l’écriture ou l’imprimé. D’après Kussmaul, la surdité verbale est moins fréquente que la cécité verbale ; je trouve toutefois dans un intéressant article de M. Féré, Les troubles de l’usage des signes
