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De quelles façons la société a-t-elle influencé l'espace architectural ces dernières années en France ?
Face aux changements remarquables de notre société comment la production du logement a-t-elle évolué ?
Ce livre propose un bilan de l’habitation de ces dix-sept dernières années en France. Il s’interroge sur les façons dont architectes et maîtres d’ouvrage s’adaptent à notre temps, face à nos divers styles de vie.
Quels sont les dispositifs spatiaux utilisés par les architectes pour tenir compte à la fois des nouvelles façons de vivre, des réglementations récentes et des nouvelles façons de penser l’environnement ? Quelles sont les opérations marquantes de logement social ou de promotion privée au regard des variables liées à l’évolution des modes de vie ?
Certains bâtiments présentés ici ont été remarqués par la critique, ils ont obtenu des reconnaissances publiques mettant en valeur leurs qualités, d’autres sont des bâtiments plus courants mais reconnus comme représentatifs de la production actuelle.
Loin de s’en tenir à parler seulement d’architecture, les thèmes étudiés associent espaces et usages : organisation du logement et de ses espaces extérieurs, cuisine ouverte ou fermée, mixité sociale, adaptation aux normes en tous genres, mise en scène de l’identité, lieux pensés pour accueillir la cohabitation et rêveries sur le futur…
Un ouvrage de référence pour mieux comprendre l'articulation entre évolutions sociales et architecture.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
[...] À offrir ou à s’offrir pour une nouvelle année placée sous le signe de la maison. Entre confort, désir et normes : le logement contemporain ne se borne pas à parler d’architecture. Il se penche également sur la thématique des espaces et des usages qui nous concernent tous. -
De particulier à particulier
À PROPOS DES AUTEURS
Monique Eleb est psychologue et docteure en sociologie. Ses travaux portent sur la sociologie de l’habitat et l’évolution des modes de vie, la socio-histoire de l’habitation ainsi que sur l’analyse de la conception architecturale contemporaine. Elle est aujourd’hui membre du Laboratoire Architecture Culture et Société XIXe-XXIe siècles de l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais, qu’elle a créé et dirigé de 1990 à 2012. Elle est notamment l’auteure, avec Sabri Bendimérad, de
Vu de l’intérieur. Habiter un immeuble en Île-de-France 1945-2010 (2011).
Philippe Simon est architecte DPLG. Depuis 1992, en association avec Janine Galiano, il a conçu des projets urbains, des équipements et des opérations de logements. Il est également enseignant à l’École nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais où il est membre du laboratoire ACS XIXe-XXIe siècles. Il a été commissaire de diverses expositions dont plusieurs au Pavillon de l’Arsenal.
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Seitenzahl: 465
Veröffentlichungsjahr: 2014
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Introduction
Cet ouvrage s’inscrit dans une tradition d’évaluation de la production du logement au regard de l’évolution des modes de vie que nous avons commencée, en collaboration avec d’autres chercheurs, en 1987 avec l’analyse du concours PAN14, poursuivi en étudiant la réalité de la production du logement de 1980 à 1995 et en publiant trois ouvrages et de nombreux articles sur ces questions. Nos recherches sur l’espace domestique, qu’elles soient historiques ou centrées sur aujourd’hui, ont une hypothèse commune : l’organisation de l’habitat, sa distribution, devrait tenir compte des valeurs d’une société et des structures des rapports interindividuels. On observe que, tout au long de l’histoire, la structure du groupe domestique et des relations familiales d’une société est inscrite dans le plan des habitations qu’elle produit. Ainsi tout document graphique, en particulier les plans, coupes et élévations, mais aussi le mobilier et les ustensiles apparaissant sur des peintures ou des photographies, sont considérés comme des « objets de civilisation », selon l’expression de Pierre Francastel, parce que « la relation objet-figuration nous introduit dans la manière de penser de toute une époque1 ».
La compétence des architectes à organiser les espaces de l’habitation en relation avec les usages est étudiée à travers des catégories ou des variables : la façon d’entrer chez soi, la partition et la hiérarchie entre les pièces, la proximité, la contiguïté ou la distance entre elles, leurs liaisons, leur éclairement et leur vue, le rapport à l’extérieur, le rapport avec des logements mitoyens, etc. Or, depuis la Deuxième Guerre mondiale et la reconstruction, les variables culturelles sont minorées. Ce sont les modes constructifs, les règles, les normes et les coûts qui expliquent en grande partie les dispositifs du logement. Seules quelques opérations expérimentales intègrent clairement et consciemment les modifications de la société. La production courante n’obéit pas aux observations sur les modes de vie, même si des maîtres d’ouvrages « d’art et d’essai » font couple avec des architectes pour produire des logements tenant compte des usages2. Les plans des architectes ne correspondent-ils pas, encore aujourd’hui, le plus souvent, à l’état de la société telle qu’elle était il y a trente ou cinquante ans ?
Centrée sur les dispositifs intérieurs, notre recherche tient cependant compte de l’environnement du logement, donc de l’habitat dans son ensemble. Ces variables sont notre point de départ pour analyser la façon dont les architectes conçoivent l’habitation et dont ils intègrent les nouvelles données dans leurs propositions et aux constructions. Nous trouvons également nécessaire d’étudier l’évolution de la commande dans les programmes des maîtres d’ouvrage et les conséquences de l’intégration des nouvelles règles (accessibilité, écologie) dans la conception des logements, ainsi que la recomposition des rôles entre les producteurs de l’habitat.
L’évolution des techniques et l’attention au développement durable construisent un faisceau de variables ; les architectes l’ont-ils pris en compte dans leurs projets durant les quinze dernières années ? De quelle manière ?
Quels sont les dispositifs spatiaux utilisés par les architectes pour s’adapter à la fois aux nouvelles façons de vivre et aux nouvelles façons de penser l’environnement, l’habitat écologique, les techniques écologiquement pérennes et attentives aux coûts ? Quelles évolutions dans les programmes des maîtres d’ouvrage ?
Nous interrogeons les dispositifs mis en place : le mode de relation interindividuelle (rapports homme/femme, parents/enfants, entre voisins, etc.) mais aussi la dimension économique (espace de travail notamment) et la sociabilité large (accueil, réception, mise en scène…). Le logement qu’évoquent les habitants devrait être celui qui permet de déployer naturellement nos modes de vie et les passages de la vie. Il permettrait aussi de s’en emparer pour le marquer des signes de sa personnalité en évolution. Un certain nombre d’avancées techniques, une attention nouvelle à l’environnement vont-ils améliorer notre vie dans les logements ? Il est intéressant de noter que la maison du futur est toujours présentée dans les revues comme un logement où l’évolution technique est première alors qu’à entendre les habitants, le principal réside dans l’adaptation de nos lieux de vie aux réalités de notre vie quotidienne. Ces deux types de variables sont interrogés dans cette étude pour mieux appréhender la manière dont ils s’articulent.
Depuis la Deuxième Guerre mondiale, on appelle « logement » toutes les sortes d’habitations, à la suite de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) qui en a donné une définition unifiante, et on peut remarquer qu’un logement est défini du point de vue de son usage :
« Un local utilisé pour l’habitation, séparé, c’est-à-dire complètement fermé par des murs et cloisons, sans communication avec un autre local si ce n’est par les parties communes de l’immeuble (couloir, escalier, vestibule) ; indépendant, à savoir ayant une entrée d’où l’on a directement accès sur l’extérieur ou les parties communes de l’immeuble, sans devoir traverser un autre local (…) Les logements sont répartis en quatre catégories : les résidences principales et les résidences secondaires, les logements occasionnels et les logements vacants3. »
Cette réduction des dénominations – car « tout est logement » – nous semble amoindrir la complexité des dispositifs. Ce terme « logement » ayant été utilisé d’abord pour qualifier l’habitation ouvrière au milieu du XXe siècle, il désignait donc un petit espace, quand l’appartement était destiné aux bourgeois, puis à ce que l’on nomme classe moyenne. La maison individuelle ou l’habitat groupé, la maison de ville, représentent chacun à la fois des dispositifs spatiaux spécifiques et impliquent des modes de vie différenciés, tout autant que les diverses formes d’habitat en communauté. Le terme « logement » nivelle malheureusement le tout et a fait perdre la perception des différences.
Quelles sont les opérations marquantes de logement social ou issu de la promotion privée de ces dernières années au regard des variables que nous annonçons ici ? Ce sont les bâtiments qui ont obtenu des reconnaissances publiques mettant en valeur leurs qualités, ceux remarqués par la critique, mais aussi des bâtiments plus courants, représentatifs de la production actuelle. En somme, l’exception-nel et les bâtiments de qualité, quelle que soit leur échelle, ainsi que ceux, plus courants, mais qui se nourrissent des références exceptionnelles.
Par ailleurs, les suivis d’expérimentation et les enquêtes de tous ordres auprès du public sont utilisés pour étudier la réception de ces dispositifs dans l’habitat neuf, essentiellement autour du logement collectif et intermédiaire (entre collectif et individuel, par exemple les duplex superposés à entrée autonome et terrasse ou jardin).
Au milieu de leur production banale ou courante, des maîtres d’ouvrage favorisent certaines opérations qui vont poser ou renforcer leur réputation. Ainsi pour une opération-phare de Paris Habitat-OPH (ex-OPAC de Paris) qui a accepté de dépasser les coûts habituellement pratiqués pour construire des logements sociaux, l’architecte Bernard Bülher a fait des choix qui haussent le bâtiment de la rue de Chanzy vers la qualité d’une résidence de type privé alors qu’il est aujourd’hui habité par de nombreux ex-mal-logés, dont certains résidaient auparavant à l’hôtel : aluminium pour les fenêtres plutôt que PVC, portes coulissantes, volets coulissants en bois, salles de bains souvent éclairées naturellement, placards et « stores projetables »4. Sans compter la grande loggia perçue comme le véritable ornement du logement et permettant de multiples usages (fig. 1).
Il est aussi étonnant – mais rassurant – de constater que des architectes, jeunes, connus même parfois, pour certains, pour leur excès formel, s’impliquent également dans la production de logement de qualité, avec des « envies d’innovation », même si celles-ci sont parfois naïves, car voulues ou présentées comme « invention » alors qu’en fait, elles réinterprètent ce que d’autres firent en leur temps.
Fig. 1 Les grilles métalliques ajourées sur la façade vers le jardin, rue de Chanzy, cité Prost, Paris 11e, Bernard et Marie Bühler architectes, m.o. Paris Habitat-OPH (2007), photo Alexandre Soria.
La production moyenne reste cependant très répétitive mais il est nécessaire de l’évoquer et de montrer des plans courants. Nous tentons de saisir les tendances qui forment système et qui ont un avenir, que celui-ci soit proche, par exemple quand un dispositif comble un manque ou renvoie à une attente, ou plus lointain, quand une organisation est susceptible de proposer un cadre à des évolutions des modes de vie concernant, aujourd’hui, une population minoritaire mais qui risque de s’élargir. Par exemple, la cohabitation concernant tous les âges, qui a certes des fondements économiques mais aussi des raisons liées aux changements d’idéaux et de valeurs, est une tendance que l’on voit lentement mais sûrement émerger. L’architecture devrait fournir un cadre à ces aspirations. Les organisations spatiales sont censées donner un substrat matériel aux pratiques quotidiennes inscrites dans une culture en évolution et contribuer à les stabiliser.
Ce bilan commence en 1995. Pourtant, cette année-là, il ne s’est rien passé de très spécifique dans la production architecturale, ni dans celle du logement. Notre précédent bilan5 s’achevait à cette date et nous renouons le fil de l’analyse à partir de cette période6.
Au début des années 1980, un consensus s’était dessiné autour de l’idée que l’architecture devait être « urbaine » et cette posture ne s’est pas démentie depuis. Après « Banlieues 89 », initiée notamment par Roland Castro, l’accélération de la réhabilitation des grands ensembles a été conduite par la « politique de la ville » qui s’est placée désormais au rang des priorités des pouvoirs publics. Avec la participation des maîtres d’ouvrage privés et de l’Agence nationale pour le renouvellement urbain (ANRU) créée en 2003, le désenclavement des grands ensembles est lancé. Les opérations de démolition-substitution qui y sont programmées suscitent pourtant les critiques violentes de certains habitants qui voient une fois encore leur cadre de vie fragilisé et stigmatisé. Un bilan sur la qualité de ces opérations ANRU reste à faire.
Cette période est riche en réajustement des conditions de la production du logement et des prérogatives des habitants, allant de la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) du 13 décembre 2000 visant à rééquilibrer le territoire en matière d’équipements et de logements sociaux, à la loi du 5 mars 2007 instituant le Droit au logement opposable (DALO).
Dans de nombreuses villes, dont Paris, la mobilisation massive des associations contre les grandes opérations de rénovation urbaine a coïncidé avec une redécouverte des vertus des architectures modestes, comme celle des faubourgs. Plus généralement, le contexte urbain est désormais à respecter, avec la recherche des failles, des passages, des coursives, le respect des cœurs d’îlots qui permettent de lier l’immeuble, ses espaces extérieurs, à la ville par des échappées visuelles dans la « ville profonde ». L’attention à la dimension urbaine de l’architecture et à son intégration s’est donc développée sur tout le territoire, à la fois dans les tissus existants et dans les quartiers neufs, où est apparue une adaptation de la typologie des îlots sous forme de macro-lots qui combinent intention urbaine et efficacité économique.
Le contexte législatif de cette période est marqué par une redéfinition des rapports entre propriétaires et locataires mais aussi par un encouragement à l’investissement locatif7 et à l’accession à la propriété avec, en 1995, la création du Prêt à Taux Zéro par Pierre-André Perissol. Entretemps, le droit au logement pour tous est inscrit, en 1990, dans la loi Besson, au titre « d’un devoir de solidarité pour l’ensemble de la nation ». Autres données, qui pèsent sur la qualité du logement, les facilités faites aux investisseurs (loi Robien, amendements Perissol et Scellier, etc.), les multiples possibilités de défiscalisation, entraînent une production stéréotypée de petits logements. La qualité de l’organisation, ou des modes constructifs et des matériaux, n’est pas prise en compte par les acheteurs car ils n’habiteront pas ces logements, considérés comme des placements a priori rentables. Cela entraîne aussi chez les promoteurs l’idée que tout se vend, surtout dans certaines régions où la pénurie est importante8. Le confort, les attentions aux usages ne sont donc pas considérés. La part de logements produite dans ces conditions était déjà de près de 50% en 2006 et est en progression depuis, selon l’observatoire de la Fédération des promoteurs immobiliers, car les achats des investisseurs « couvre à présent 66% du marché du logement neuf […]. Compte tenu du poids des investisseurs, studios et deux pièces se taillent la part du lion : 46% ; 70% si on y ajoute les trois pièces9 ». Pour contrecarrer cette tendance, certains maires commencent à exiger des promoteurs la construction de grands logements de façon à éviter une production trop importante de ce qui est appelé « produits investisseurs ».
La moyenne de la production annuelle varie entre 256 500 logements en 1986 et 339 000 logements en 199310. Et si le chiffre de 312 174 en juin 2010 ne paraît pas loin de ces premiers chiffres, il faut le nuancer par de forts déséquilibres régionaux (la région parisienne, notamment, vit une véritable pénurie). Plus on construit de logements, moins on réalise de HLM (entre 50 et 70 000 par an)11. 58% des Français sont aujourd’hui propriétaires, contre 83% d’Espagnols, alors que le taux de propriétaires en Europe est évalué à 70%. Du fait des aides de l’État (Scellier, etc.), comme nous l’évoquions plus haut, ce sont les populations les plus aisées qui ont surtout profité ces dernières années de ces dispositifs d’accession à la propriété.
En ce qui concerne le confort, alors qu’en 1945 seulement 6% de logements disposaient des éléments du confort, c’est-à-dire de WC intérieurs et de sanitaires, en 1996 près de 94% de logements étaient équipés de WC et de sanitaires. En 2010, 98,6% des logements bénéficient du confort selon l’INSEE, c’est-à-dire de ce que l’on nomme les « équipements du confort » : eau chaude courante, baignoire ou douche, WC intérieur. La part des logements non confortables « n’a cessé de diminuer [et] est passée de 2,1% en 2005 à 1,4% en 201012 ». Mais une nouvelle définition, plus fine, a fait son apparition récemment et pour l’INSEE, désormais : « Un logement est considéré comme confortable s’il dispose des équipements sanitaires de base et si, selon le ménage occupant, il ne comporte aucun défaut. Le logement est de confort moyen s’il compte un ou deux défauts et de confort insuffisant s’il liste trois défauts ou plus. En 2010, 64,1% des ménages considèrent leur résidence principale comme confortable, 33,4% moyennement confortable et 2,4% avec un confort insuffisant […]. Cette répartition était la même en 2005. » Et parmi les plus de 35% qui trouvent deux ou trois défauts à leur logement, plus du tiers le déclarent « difficile ou trop coûteux à bien chauffer », ce pourcentage ayant augmenté de 2005 à 2010. La précarité énergétique est une préoccupation croissante, qui ne va pas aller en s’arrangeant… Remarquons aussi que si l’une des qualités très appréciée dans l’habitat est la lumière, 9,1% des habitants se plaignent de leur logement trop sombre. Les principaux défauts sont donc le bruit, le manque de lumière et d’isolation, l’humidité…
Si, avec la mise à niveau de l’ancien, l’équipement des logements s’est généralisé, les surfaces habitables sont restées stables ces quinze dernières années dans le logement collectif (65 m2 en moyenne selon l’INSEE) et ont même parfois diminué, ou au moins n’ont pas augmenté dans les grandes villes, surtout dans le cadre de la production privée.
Si la taille des ménages baisse, il n’en est pas de même pour leur nombre qui ne cesse d’augmenter du fait des divorces et du nombre de célibataires, ce qui fait croître la demande : « L’augmentation du nombre de ménages dépasse 2% par an en Espagne, s’établit à 1,2% en France, à 1% aux Pays-Bas, et à 0,6% environ en Italie ou en Allemagne. Le Royaume-Uni, la France et les Pays-Bas prévoient, vers les années 2010-2020, une continuation de l’augmentation du nombre de ménages (de 0,75 à 1,00% par an)13. » La pression de la demande ne cessera pas d’augmenter dans les années qui viennent alors que la production ne cesse de décroître dans certaines régions, pendant les années que nous observons.
La qualité de la distribution du logement, ces quinze dernières années, donne l’impression que les dispositifs courants sont le plus souvent reproduits sans remises en cause, sauf dans quelques opérations exceptionnelles pour des raisons que nous analysons. Le rôle des architectes tend à s’amenuiser en ce qui concerne les usages. Dans les cahiers de prescriptions ou les documents programmes, certains maîtres d’ouvrage produisent une suite de restrictions censées élever la qualité. Ces prescriptions s’ajoutent à la stratification des normes du logement qui s’imposent à l’architecte et finissent par produire un logement qui en est directement issu, donc un « logement réglementaire », adapté à on ne sait plus quel mode de vie, ligoté par des injonctions liées le plus souvent à des questions financières et constructives. Ainsi les frères Goldstein remarquent : « Dès qu’un logement dépasse 2,50 mètres de hauteur sous plafond, on commence à respirer […] Que veut-on que les architectes imaginent avec une surface totale de 60 m2 pour un F3, le coin jour, le coin nuit, le label Qualitel, le règlement pour handicapés, etc. ?14 »
Par ailleurs, quelques architectes proposent des plans meublés lors des concours (voir les réponses au concours pour la tour Bois-le-Prêtre, par exemple). Si ce n’est pas nouveau, cela ne se voyait plus guère. L’agence Badia-Berger fait ainsi publier un plan d’étage courant entièrement meublé, pour illustrer l’article consacré à son immeuble rue des Maraîchers, en regrettant : « L’habitude de meubler les plans s’est perdue : c’est pourtant en prenant cette peine que se réfléchissent le logement et son usage15. » (fig. 2) Seront-ils entendus ? Déjà des promoteurs privés et des maîtres d’ouvrages publics l’exigent des architectes qui, pour permettre de vérifier la bonne application des règles relatives aux personnes à mobilité réduite (PMR), dessinent désormais systématiquement les lits dans les chambres. D’autres, au travers des plans de vente, demandent la disposition des meubles dans les séjours afin d’en mesurer l’habitabilité.
L’analyse des plans récents, comparés à d’autres plus anciens, donne le sentiment du « plan négocié », de l’impossibilité du plan « parfait » ou tout au moins correspondant à des usages canoniques ou encore justifié par l’évolution des modes de vie, au profit de compromis, de hiérarchisations dans les qualités proposées. On rencontre moins de projets extrêmes (comme l’opération Nemausus de Jean Nouvel l’avait été à Nîmes, par exemple) qui engagent des choix radicaux qui transforment ou soutiennent les usages ou une expression architecturale. Même les bâtiments de la Cité manifeste de Mulhouse ne proposent essentiellement que des adaptations aux modes de vie habituels d’une frange de la société, dont les architectes font partie ou du moins tels que les perçoivent les maîtres d’ouvrage. L’époque est au consensuel, à la négociation, à la production moyenne, acceptable, réglementaire. Mais nous verrons aussi que quelques architectes et maîtres d’ouvrage secouent ce carcan pour proposer des dispositifs nouveaux ou rénovés, qui auront peut-être un avenir.
Fig. 2 Plan meublé dans l’immeuble, 44 rue des Maraîchers, Paris 20e, agence Badia-Berger architectes, m.o. Bouwfonds Marignan (2007).
1. Pierre Francastel, La figure et le lieu. L’ordre visuel du Quattrocento, p. 75. La préface de cet ouvrage est par ailleurs extrêmement pertinente sur l’analyse des images.
2. Ainsi Jean Rizet annonce-t-il dans une interview accordée à Soline Nivet : « Chez Arc Promotion, nous sommes en phase avec ceux qui s’intéressent à la valeur d’usage du logement : Catherine Furet, Jean-Pierre PranlasDescours ou Christian Devillers sont passionnés par la vie de l’habitant et le travail du plan. Avec eux, on peut anticiper la pérennité du bâtiment et prendre le temps nécessaire pour réfléchir aux détails », in « Festina lente », D’architectures, n°167, octobre 2007, p. 64.
3. Il faut remarquer que chaque pays européen a sa propre définition du terme logement. Ainsi certaines sont plus précises en ce qui concerne les éléments de confort ou les types. Par exemple, pour l’Allemagne : « Un logement est la somme de toutes les pièces permettant à un ménage de fonctionner et comprenant toujours une cuisine ou une pièce dotée d’équipements de cuisine. En principe, un logement dispose de sa propre entrée qui peut être fermée aux environs immédiats de l’extérieur, de la cage d’escalier ou du hall (d’entrée) ; il dispose également de commodités pour l’eau, d’un évier (de cuisine) et de toilettes qui peuvent également se trouver à l’extérieur du logement. », in Statistiques du logement, Union-hlm.org, 2001.
4. Cité Prost, rue de Chanzy, Paris 11e, 2007, Paris Habitat-OPH, 20 logements collectifs sociaux et une crèche, Habitat Label RT 2005.
5. Mené avec Anne-Marie Châtelet et paru sous le titre, Urbanité, sociabilité, intimité. Des logements d’aujourd’hui, éd. de l’Épure, 1997.
6. Ces quelques pages de synthèse sur la période étudiée et une première analyse des bâtiments de Catherine Furet, Yves Lion, Serge et Lipa Goldstein, Philippe Prost, Vincen Cornu, Bernard et Marie Bühler, Jean-Pierre PranlasDescours, Édouard François, Dominique Jakob et Brendan McFarlane, X-Tu (Anouk Legendre et Nicolas Demazières) et David Elalouf ont été écrites avec Sabri Bendimérad à l’occasion de notre exposition Vu de l’intérieur. Habiter un immeuble en Île-de-France, commanditée en 2010 par l’Ordre des architectes d’Île-de-France. Le catalogue de l’exposition est publié sous ce même titre en 2011 par Archibooks.
7. Suite aux lois Méhaignerie (1986) et MermazMalandrain (1989).
8. Cette position a été mise à mal dans les années qui suivent 2010 avec une grave crise de la vente de logements neufs. L’amendement Scellier a été recadré en 2011, et doit être réformé en 2013.
9. « À partir des ventes constatées sur l’échantillon de l’observatoire, la FPI [Fédération des promoteurs immobiliers] estime pour l’ensemble du territoire le niveau des ventes [de logements neufs] à 117 000 logements pour 2010. Elles ont été meilleures qu’en 2009, malgré la fin du plan de relance – 106 000 logements –, même si elles n’atteignent pas le record de 2007 (127 000). Dans le détail cependant, les chiffres révèlent qu’elles ont été portées à bout de bras par le dispositif « Scellier » en faveur des investissements locatifs neufs : 63% des ventes l’ont été sous ce régime, du jamais vu ! La part des investisseurs dans les ventes monte même à 81% dans l’agglomération de Montpellier, à 80% dans celle de Lille, 71 à 76% dans celles de Nantes, Orléans, Lyon, Angers, Toulouse ou Bordeaux. Comparativement, elle n’est «que » de 57% sur l’Île-de-France, et 52-53% dans les agglomérations d’Aix et Marseille… », Dominique Malécot, « L’immobilier neuf sous perfusion en 2010, mal parti en 2011 », in Écofinances, 17 février 2011.
10. Par ailleurs, la réhabilitation des logements représente « aujourd’hui [en 1996] 43,2% de l’investissement en logement, contre 20,7% en 1959 », in Claudie Louvot, INSEE, loc. cit.
11. « Alors que, jusqu’à la fin des années cinquante, le nombre de logements locatifs sociaux augmentait de moins de 60 000 par an, la construction de logements locatifs sociaux sera pratiquement toujours supérieure à 100 000 par an pendant les vingt années suivantes et atteindra même près de 140 000 au début des années soixante-dix. Il a plus que triplé depuis 1963 et, aujourd’hui, près des deux tiers du parc de logements locatifs sociaux datent de ces vingt années », in Alain Bonnaud, Béatrice Lévy et Yves Robin, « Le logement. Reconstruction, grands ensembles et accession à la propriété », Service économique et statistique du ministère de l’Équipement, du Logement, des Transports et du Tourisme, in INSEE Première, n°456, mai 1996.
12. Samuel Ménard, Gwendoline Volat (SOeS), « Conditions de logement de 2005 à 2010. Légère amélioration, moins marquée pour les ménages modestes », INSEE Première, n°1396, mars 2012.
13. A. Massot, « La situation du logement dans six pays d’Europe », in Loger les classes moyennes, la demande, l’offre et l’équilibre du marché du logement, Les rapports du Conseil de l’Analyse économique, La Documentation française, 2008, pp. 141-159.
14. Interview des frères Goldstein par Christine Desmoulins, in Archi-Créé, n°287, 1999.
15. Jean-Paul Robert, « Immeuble d’habitation, Paris 20e. Architectes Marie-Hélène Badia et Didier Berger », D’architectures, n°164, mai 2007, pp. 68-71.
1. Conceptions du logement et changements dans les usages
On peut se demander aujourd’hui si la variable sociale et la prise en compte de la culture sont encore une donnée de base de la conception. A priori, cela ne semble plus être le cas mais un petit détour sociodémographique nous permettra de tenter une réponse plus nuancée à cette question.
Dans les dernières décennies, quels sont les changements remarquables de notre société qui devraient conduire à restructurer le logement ? Évolutions de la famille, des loisirs, du travail, nouvelles façons de penser l’environnement et transformations démographiques : augmentation de l’espérance de vie, recomposition du groupe domestique et pratique de la cohabitation en voie de banalisation, augmentation du nombre de personnes vivant seules, quel que soit leur âge, et du nombre de familles monoparentales. Enfin, présence de plus en plus longue d’enfants adultes dans la maison, car s’ils partent au même âge depuis une vingtaine d’années (ce qui dément le syndrome de Tanguy), une partie revient habiter chez ses parents.
Les manières de vivre ont la réputation de changer lentement, mais ces dernières décennies, elles ont beaucoup évolué. La place et le temps consacrés aux activités liées à l’informatique et aux nouvelles technologies ont considérablement transformé nos façons de vivre dans le logement. Des actions que nous effectuions à l’extérieur se font maintenant à l’intérieur : on parle d’internalisation. Par exemple, des activités comme aller au cinéma ont été réintégrées en partie à l’intérieur grâce à la télévision ou au home-cinéma, et consulter internet se pratique à domicile ou dehors, tout comme le travail. La réglementation sur les 35 heures de travail par semaine a contribué à renforcer cette augmentation de la présence chez soi et conduit à porter une attention nouvelle au décor et à l’ambiance domestique. Ce domicile s’est converti encore davantage en espace de loisirs pour toutes les classes sociales. Créer une atmosphère conviviale, pour ses enfants, sa famille, ses amis, est devenu un but très partagé et le succès des enseignes de bricolage nous le montre.
On évoque aussi la désynchronisation des activités et des comportements à l’intérieur. Les rythmes des membres de la famille ou du groupe domestique sont particuliers, chacun « vit sa vie » et l’idéal d’épanouissement personnel est, en général, accepté, même si les moments de partage et de rencontre restent valorisés. L’usage de la maison, les rites des repas par exemple, ont donc changé ou sont en train de changer, selon les groupes sociaux, tout autant que la présence au foyer liée aux rythmes du travail ou à ses aléas.
La question de la cohabitation entre plusieurs générations se pose comme jamais, du fait de la crise économique.
Une nouvelle conception du confort se fait jour, parfois contredite par les données écologiques et l’attention au futur de la planète. Par exemple, le goût pour la baignoire à jet lié à une nouvelle façon de se détendre qui s’oppose au choix de la douche économe en eau. Ou la démultiplication des appareils, dont les ordinateurs, consommateurs d’électricité même en veille. Ou encore la diffusion des télévisions à écran plat de grande dimension qui offrent un gain volumétrique par rapport aux télévisions à écran cathodique, mais augmente la consommation électrique. Conception du confort et de la commodité devraient conduire à mieux prendre en compte autant les données thermiques que celles du bruit ou encore l’attention à la pollution à l’intérieur du logement, liée par exemple à celle de la nocivité possible des matériaux. Mais il semble bien, au travers de nos observations et de nos enquêtes, que malgré quelques expériences novatrices isolées et peu renouvelées, nos logements soient toujours en retard sur nos manières de vivre et sur les préoccupations du moment.
De rares études nous éclairent sur l’utilisation du logement. Celles que nous menons depuis 1984 avec nos étudiants consistent à faire des « études de cas » portant sur des opérations différentes chaque année, qui vont de l’observation du quartier jusqu’à l’interview des habitants et le relevé de « plan habité » en passant par l’analyse de l’immeuble et de la négociation entre architecte et maître d’ouvrage. Certaines réactions d’habitants relatées ici sont issues de ces réflexions au long cours.
Des enquêtes sont menées par des institutions comme l’lNSEE, dont celle très complète sur les « biens durables » qui date maintenant (1988) et n’a pas à notre connaissance été renouvelée. D’autres sont le fait des professionnels de l’ameublement ou du bricolage. Une enquête comparative a été menée en septembre 2001 par l’Institut de promotion et d’étude de l’ameublement (IPEA) sur les habitats en Europe (quatre ou cinq pays selon les variables), sur les aménagements et la maison idéale (six pays dont la Pologne)1. Les données prises en compte ne sont pas toujours les mêmes selon les pays, ce qui rend moins clairs les résultats mais n’entame pas vraiment l’intérêt. Cette enquête sur les aménagements de la maison en Europe a été suivie d’autres, réalisées par le même IPEA, centrées seulement sur la France et nous avons consulté celles datées d’octobre 2009 et de 20122. Cette dernière étude se fonde sur les données de l’INSEE, du ministère du Logement et d’Eurostat ainsi que sur une enquête en ligne menée en septembre 2011 auprès de mille ménages représentatifs de la population française. Elle constitue une analyse du marché de l’habitat et de l’intérieur actuel des Français conduite pièce par pièce. Nous avons confronté ces résultats aux enquêtes et interviews que nous menons sur le terrain dans le logement depuis 1976.
L’enquête comparative de 2001, avant de s’intéresser au parc du logement, rend compte tout d’abord de l’impact de la dernière guerre selon les pays. Plus de soixante ans plus tard, il reste sensible. Par exemple, l’Allemagne est le pays d’Europe qui possède le parc de logements le plus neuf. L’effort de la France ne s’est pas démenti depuis l’après-guerre mais les bilans récents montrent de grandes disparités selon les régions, et en Île-de-France, il faudrait construire 100 000 logements par an pour espérer répondre à la crise actuelle3.
L’Espagne apparait atypique dans cette enquête puisque son parc immobilier est particulièrement récent : 44% des logements ont été bâtis après 1970. L’Angleterre, après la politique de Margaret Thatcher, est maintenant en retard sur plusieurs terrains et notamment sur la construction de logements.
En 2001, on fait le constat que les logements sont de plus en plus grands. La taille moyenne des logements est de 87 m2 en Allemagne et à peu près similaire à celle des logements français collectifs : 88 m2. Mais quand on y regarde de plus près, ces statistiques mêlent logement collectif et maisons individuelles ; d’une part, le nombre moyen de personnes vivant dans un logement est le plus élevé en France (2,6 pour 2,2 en Allemagne), ce qui modère l’évaluation. L’INSEE donne en 2012 le chiffre de 65 m2 pour la taille moyenne du logement français depuis vingt-cinq ans. D’autre part, la taille des logements collectifs neufs en France est une des plus petites d’Europe étant donné la part importante que les logements sociaux ou aidés prennent dans la production. Malgré une progression très lente, la France privilégie les maisons (57,2% en 2008 selon l’INSEE)4, alors que l’Espagne préfère le collectif (31% d’individuel), ainsi que l’Allemagne (44%).
Plus de 80% des Espagnols et des Polonais possèdent leurs logements. La France « aime la propriété » (54% de propriétaires en 2002, près de 60% de ménages propriétaires de leur résidence principale en 2010 selon l’INSEE5), alors que le choix de louer reste présent, tandis qu’en Angleterre il est très difficile de trouver des locations, donc les Anglais se trouvent dans l’obligation d’acheter.
Par ailleurs, des enquêtes, souvent organisées par des revues professionnelles, annoncent régulièrement, de façon triomphaliste, que 80% des Français sont satisfaits de leur logement. Les très récents résultats de l’INSEE sur cette question nuancent cette opinion en tenant compte des statuts des habitants et des logements : « Trois quarts des propriétaires accédants jugent leur logement confortable contre un locataire du privé sur deux. C’est le cas de 64% des propriétaires non accédants et des locataires du social. Seulement un ménage modeste sur deux juge son habitation confortable contre trois ménages aisés sur quatre. Le logement social permet aux ménages modestes d’accéder à un habitat plus confortable : 60% des ménages ayant les revenus les plus faibles résident dans un logement du parc social qualifié de confortable ; ce n’est le cas que pour 47% de ceux résidant dans le parc privé6. »
Cette question en implique une autre, préalable : quand les architectes conçoivent l’habitation, quand les maîtres d’ouvrage ou les promoteurs décident d’un programme et d’une organisation du logement, s’intéressent-ils aux évolutions sociales et aux modes de vie qui en découlent ?
Prenons des exemples concrets : la longévité s’est accrue et, comme nous l’avons expliqué plus haut, cela pose quelquefois le problème de la cohabitation entre plusieurs générations7. Les prévisions de l’INSEE sur l’évolution de la société française dans les vingt prochaines années peuvent nous faire réfléchir, en particulier sur cette question qui se construit lentement depuis une dizaine d’années. Examinons le phénomène de la décohabitation : du fait de la crise économique, mais aussi de la plus grande tolérance aujourd’hui des parents à la vie sexuelle de leurs enfants, les jeunes quittent le domicile parental à peu près au même âge qu’il y a vingt ans et, entre 25 et 29 ans, 24% des hommes et 17,8% des femmes habitent encore chez leurs parents8. Et quand ils les quittent, c’est plus souvent pour vivre seul, au moins transitoirement9.
Certains reviennent, après une expérience inaboutie de vie autonome ou des difficultés à s’insérer dans le marché du travail ou à conserver un emploi, et s’y réinstallent, parfois avec un conjoint. Donc on revient aussi après être parti, chez sa mère ou chez sa grand-mère. Il faut donc trouver des solutions spatiales pour éviter les conflits inévitables entre générations liés notamment aux différences de rythme de vie.
Mais cette question ne concerne pas que les jeunes et la cohabitation à tous âges est une tendance qui se renforce. Les programmes auxquels les architectes doivent obéir tiennent-ils compte de ces données ?
La baisse du nombre des mariages entraîne un retard dans l’acquisition d’une habitation, même si, depuis 2000, une certaine stabilité est observable et même si les PACS sont apparus, tout comme la venue tardive du premier enfant dans certains groupes sociaux et notamment quand les femmes font des études longues. Une stabilisation de la natalité (autour de deux enfants) est observable. Les divorces et les familles monoparentales ayant augmenté, la demande de logement et le rapport à la propriété se structurent différemment10.
Enfin les politiques de l’habitat ont orienté la production et canalisé les pratiques des habitants11. Et les logements neufs pour grandes familles deviennent l’exception12.
Par ailleurs, dans les grandes villes, les membres d’une même famille vivent à des rythmes différents dans le même espace. Le salariat massif des femmes et la motorisation des familles sont aussi des données déterminantes en ce qui concerne l’habitat. La distribution du logement devrait donc être repensée pour proposer des espaces plus adaptés à de nouvelles formes de groupe domestique (la famille « normale » au sens statistique est en passe de ne plus être majoritaire), à des modes d’interaction entre les personnes qui sont en évolution. L’habitat devrait aussi tenir compte des rythmes actuels de la vie quotidienne, des formes de loisir, de travail et de consommation en mutation. La demande de logement suit ces nouvelles façons de vivre, mais rencontre-t-elle une offre adaptée ? Les analyses que nous avons faites montrent que celle-ci reste très rare. Où sont les logements pour familles recomposées, monoparentales, ou ceux qui favoriseraient la vie quotidienne des personnes âgées non handicapées ?
Peu de solutions ont été avancées pour soutenir ces évolutions. L’un des seuls exemples d’adaptation du logement à une donnée démographique, à un mode de vie et à une évolution des valeurs concerne celui de la cohabitation transgénérationnelle, un espace indépendant pour un jeune adulte proche du logement principal de ses parents ou pour un ascendant. Nous y reviendrons.
Il semble plus facile de proposer une solution adaptée dans les appartements en accession à la propriété. Ainsi dans un des immeubles du Monolithe de Lyon, un duplex à terrasse des 6e et 7e étages (103 m2 et 66 m2) d’Erick van Egeraat (DbEvE), tout en longueur, mono-orienté au sud – fait rare dans la production des grands logements en France – possède néanmoins une qualité particulière (fig. 3). Près de la porte, ce que l’on peut nommer un « appartement » autonome, c’est-à-dire une chambre et ses annexes, offre l’indépendance à une personne, jeune adulte, jeune couple ou ascendant, séparé d’une chambre principale et d’une chambre d’enfant par le long séjour. Des exemples de ce type s’observent depuis une vingtaine d’années, que ce soit dans le logement social (dans les immeubles de Philippe Gazeau à Seine-Rive-Gauche à Paris) ou dans l’habitat en accession à la propriété (dans les immeubles de Christian Devillers au parc André-Citroën à Paris et ailleurs) (fig. 4).
La cohabitation entre jeunes, libre ou soutenue par une institution, ou encore entre personnes âgées, ou les deux, commence à se diffuser13. Ces expériences restent marginales en France mais se développent en Espagne notamment14. Certains organismes HLM, encore fort peu nombreux, tentent de l’organiser en jouant la réversibilité : ils proposent des logements « banalisés », par exemple des trois pièces qui pourront ensuite être loués à des familles. En fait, c’est déjà le choix de nombreux étudiants dans les grandes villes, qui participent à des rencontres de futurs cohabitants ou colocataires, et louent ensemble dans le privé. Mais ces logements ne sont pas vraiment adaptés à ces usages.
En 2005, en France, le nombre moyen de personnes par ménage est de 2,6, il sera (peut-être) compris entre 2,04 et 2,08 en 2030, car les comportements changent : de plus en plus de personnes vivent seules et la vie en couple semble en désaffection : « Depuis vingt ans, le couple cède du terrain », écrit Alain Jacquot de la division logement de l’INSEE. « En 1982, 83% des hommes de 35 ans vivaient en couple, en 2005, 71% (chez les femmes : 85% et 74%). À 35 ans, en 2005, 11,3% des femmes sont chef d’une famille monoparentale et 8,7% vivaient seules (en 1982, 6,7% et 4,5%). »
Quel mode de vie nous indiquent ces constats ? On peut se risquer à affirmer qu’il existe une tendance à valoriser de plus en plus la sociabilité entre pairs par rapport au couple, à valoriser la solidarité dans une vie commune où les espaces partagés ne signifient pas un partage de vie de couple. On ne miserait plus tout sur celui-ci, perçu comme trop fragile, et on peut observer l’apparition d’une tendance, celle de familialiser les rapports d’amitié, dans des espaces qui le permettent, avec des lieux communs partagés mais où l’intimité est protégée. Quelques expériences très récentes seront étudiées plus loin.
Fig. 3 Plan d’un 5 pièces au 6e étage avec terrasse au 7e (103 m2 et 66 m2), Monolithe, Lyon Confluence, Designed by Erick van Egeraat (DbEvE), m.o. ING Real Estate (2010).
Fig. 4 Plan du logement avec appartement principal et studio associé d’un des immeubles au parc Citroën, 13 rue de la Montagne-de-la-Fage, Paris 15e, Christian Devillers architecte, m.o. SCI Luguet / SOFAP-HELVIM (1992).
Quel est, pour la majorité des habitants, le logement idéal tel que le présentent les enquêtes ? L’une d’elles, commandée en 2001 par l’entreprise Leroy-Merlin15 (dont les films d’une minute sur TF1 montrant des maisons le plus souvent modernes, ont ouvert des perspectives aux téléspectateurs et participé à changer leur vision de la maison contemporaine), tente de comprendre les représentations et les valeurs liées au logement. Celui-ci apparaît d’abord dans ces réponses comme un lieu confortable où l’on se sent en sécurité. C’est une réponse très floue, dans la mesure où la définition du confort est spécifique à chaque personne16.
Pour certains, un logement confortable est, d’abord, bien équipé, pour d’autres l’ambiance chaleureuse créée est première, et toutes les nuances entre ces deux positions se rencontrent. De nombreuses réponses permettent d’esquisser une définition plus précise du confort quotidien puisque le logement apparaît ici comme un lieu de convivialité, de détente et de repos et celui où l’intimité de la famille est préservée. L’espace n’est jamais explicitement évoqué. Il y a encore quelques années, la possession des équipements (de la salle de bains à la cuisine, équipées) aurait tenu une place plus importante. Aujourd’hui, alors que la plupart des Français vivent dans des lieux confortables matériellement, c’est le confort affectif ou moral procuré par la maison qui est mis en avant. De façon sous-jacente, c’est aussi la manière dont l’organisation de l’habitation permet d’atteindre cette convivialité en même temps qu’elle préserve l’intimité. Autre confirmation de cette enquête, le chez-soi, qu’il soit maison ou appartement, reste le lieu de la liberté pour la plupart des Français, dans un monde où le travail, avec ses règles, ses horaires, ses hiérarchies, rythme nos vies et structure ce que les sociologues appellent le mode de vie.
La question de la sécurité a pris aujourd’hui une très grande place dans les préoccupations des Français et on la retrouve abordée dans de nombreux thèmes. Si la maison idéale17 est, pour plus de 50% des interviewés, un lieu où l’on se sent protégé, ils sont unanimes à penser que c’est la première qualité matérielle d’un logement, avant l’isolation et l’éclairement. Ils sont donc nombreux à attendre des innovations sur le terrain de la « sécurité des habitants et des biens » de la part des fabricants ainsi que sur la « durabilité des matériaux », toutes variables liées à une image stable, sûre et protectrice de l’habitation. On remarque que, quand il s’agit de la chambre d’enfant, l’isolation et l’éclairement sont nommés en premier, l’aspect du développement physique de l’enfant étant perçu comme primordial. De même l’isolation phonique prend le devant de la scène quand il est question de la chambre d’adulte. On aime y lire et cela demande d’être isolé du bruit, mais il est bien évident que c’est l’intimité et la sexualité qu’il s’agit surtout de protéger ici. Cette caractéristique est extrêmement stable dans la société française et les nombreuses tentatives des maîtres d’ouvrage pour proposer une chambre ouverte sur le séjour dans le logement collectif ont été des échecs puisqu’elles sont le plus souvent refermées (armoire, cloison coulissante, reconstitution d’un mur…). Rouvertes parfois au départ des enfants, elles deviennent alors des bureaux ou des bibliothèques, des pièces de bricolage, de musique, voire un cellier comme nous l’avons vu dans une de nos enquêtes18. Il est étonnant, à l’heure où l’on évoque des améliorations techniques de pointe, que le bruit dans l’habitation ne soit pas mieux maîtrisé : seulement 50% des personnes interviewées sont satisfaites de l’insonorisation de leur logement actuel19.
La bonne isolation des pièces d’un même appartement est nécessaire pour pouvoir vivre ensemble sans conflits, entre des enfants qui doivent dormir, des parents qui veulent passer une soirée tranquille et « le plus grand qui veut écouter de la musique dans sa chambre ». Cette image d’Épinal peut aussi se résumer autrement : pour être bien ensemble, il faut pouvoir être bien seul, ce qui permet d’accepter les rites et les rythmes des différents membres du groupe domestique. L’importance de ce thème montre en creux les défauts des logements français, non pas seulement en termes d’isolation mais aussi de distribution d’un espace souvent trop petit, où trop d’activités doivent trouver simultanément leur place.
L’enquête européenne de l’IPEA menée en septembre 2001 pose des questions sur la maison « technologique » : « Comment concevez-vous la maison du futur ? » et « que signifie la maison technologique ? » Il apparaît que la maison multi-câblée, super-équipée et ultra-sophistiquée décrite par les opérateurs, permettant par exemple de gérer à distance la température ou la lumière, n’est pas courante dans les pays européens et reste encore au stade de l’expérimentation. Il semble que la domotique, quand elle met en question les pratiques habituelles, n’ait pas totalement convaincu les Européens. Les interviewés se contentent d’évoquer l’alarme individuelle (12% des Français), la programmation du chauffage, l’ouverture automatique des volets et de la porte du garage (Espagnols), l’ordinateur et l’accès à internet (50% des Européens). En fait, la technologie sert à assurer la sécurité et le confort personnels dans le domicile de ses rêves.
La réflexion récente sur l’écologie a permis un retour moins technocratique, sinon moins volontariste de la part des experts, aux solutions domotiques qui, semble-t-il, commencent, pour quelques-unes d’entre elles, à être attractives pour le grand public, surtout quand elles réduisent les charges, notamment de chauffage. Cependant, elles ne sont pas encore toutes largement diffusées dans l’habitat banal, collectif, des villes. Ce sont plutôt dans les maisons de certains quartiers (dénommés plus ou moins légitimement « éco-quartier ») qu’on les rencontre et l’attention au confort de l’habitant, sans l’obliger à trop d’intervention, est mieux étudiée, par exemple avec un système mixte qui permet l’intervention manuelle. Désormais les télécommandes autorisent une gestion personnalisée du confort intérieur, associant des fonctionnements automatique et manuel, ce qui donne une impression de liberté à l’habitant qui ne perd pas le contrôle, une fois qu’il sait utiliser l’écran de commande. Cette mixité devrait faciliter l’utilisation de ces technologies contemporaines, notamment par les personnes âgées. De même, conserver une utilisation manuelle reste primordial, en cas de panne ou de coupure électrique.
Le but est d’utiliser des énergies renouvelables pour atteindre une sobriété énergétique que les habitants ont hâte de vérifier. On a donc vu apparaître les capteurs solaires et les pompes à chaleur qui réduisent la facture énergétique, les récupérateurs d’eau pluviales qui les stockent pour l’arrosage, et les capteurs de présence qui mettent la maison en veilleuse et la sécurisent. Le contrôle thermique d’hiver et d’été est de mieux en mieux étudié : double vitrage, ventilation mécanique double flux en hiver, simple flux et ventilation naturelle en été, etc.20
La prise de conscience que l’air des maisons est autant ou plus pollué en général que celui de l’extérieur a entraîné une réflexion sur la santé. Et obtenir chez soi un air sain est en train de devenir une préoccupation : ainsi les vasistas qui s’ouvrent automatiquement quand le taux de C02 augmente, par exemple, sont appréciés, si toutefois ils ne font pas de bruit en s’ouvrant la nuit. On sait également que la lumière naturelle est une des variables importantes pour le choix d’un logement et une attention de plus en plus grande est accordée à sa présence et à son contrôle par des protections solaires et autres occultants. Mais les fenêtres à verres s’adaptant à la luminosité, si on le souhaite, sont encore peu diffusées.
L’évolution technologique sert aussi à relier le chez-soi à l’extérieur et cela renforce l’attachement à son territoire qui n’interdit pas de se sentir lié au monde. On a longtemps pensé que les nouveaux outils informatiques nécessiteraient un espace spécifique, une pièce multimédia. En fait, très vite, les ordinateurs se sont déplacés dans la maison. Selon les pays et les nouvelles habitudes de travail et de consommation, ils sont utilisés dans une pièce ou une autre (le séjour, la cuisine et même la chambre en France). Seul le home-cinéma a fait naître des envies de pièce spécialisée et on voit réapparaître avec cet équipement, dans les foyers qui peuvent se le permettre, l’équivalent du salon de famille où l’on se tient de façon moins formelle et qui supporte un certain désordre, pièce qui doublait le grand salon dans l’habitat bourgeois du XIXe siècle.
L’image de la maison, du chez-soi, du foyer a repris de la vigueur et on a même pu parler de « repli domestique » face aux incertitudes du monde du travail et de la mondialisation21. Comment cette image s’est-elle construite ? Elle renvoie aussi à une représentation des structures familiales mythiques et symbolise la stabilité du couple et de la famille. Elle matérialise un projet ou un idéal de vie.
Comme nous l’avons déjà évoqué, la recherche de l’intimité chez soi reste une donnée fondamentale si l’on en croit les réactions des habitants rencontrés et surtout les réaménagements qui leur semblent nécessaires pour retrouver une intimité mise à mal par des espaces trop ouverts. Avoir un territoire à soi est nécessaire pour se retrouver. Être mieux seul pour être mieux avec les autres, ne pas se gêner améliore les relations sociales. C’est un poncif qui nous a été affirmé de façon récurrente. Le slogan de l’époque continue d’être « ensemble mais séparément », et l’habitat l’offre, puisqu’il relie les membres du groupe domestique quand ils le souhaitent et leur permet aussi, dorénavant, d’être reliés au monde. Car, comme le dit François de Singly à propos de la famille dans son rapport à l’habitat : « Idéalement la famille contemporaine est un lieu de réalisation des contraires, de la liberté et de la sécurité, de la vie “seule” et de la vie “avec”22. »
1. Ces centres (l’IPEA, Christophe Gazel, directeur, le Centre de Recherche de l’Institut fran-çais de la mode, direction Évelyne Chaballier et le VIA, valorisation de l’innovation de l’ameublement, direction Gérard Laizé), ont aussi compilé les statistiques européennes (Eurostat). Cf. L’habitat et la décoration intérieure en Europe. La maison actuelle et la maison idéale. Étude européenne, tiré à part, IPEA, avril 2002.
2. Les Français et leur maison. Modes de vie, critères et parcours d’achat du meuble, tiré à part, IPEA, octobre 2009, 35 p. (Enquête par questionnaire, réalisée auprès de 24 000 ménages représentatifs de la population française recrutés par téléphone) et Habitat Scope 2012, de l’IPEA.
3. « Le schéma directeur de la région Île-de-France (SDRIF) indique que pour faire face aux besoins des Franciliens, il serait nécessaire de construire 60 000 logements par an entre 2005 et 2030, soit au total 1,5 million de logements. L’évaluation du besoin en construction repose sur la prise en compte de quatre enjeux dont l’estimation a été effectuée par le SDRIF : répondre à la demande des nouveaux ménages estimés à 36 000 par an, soit 870 000 d’ici 2030 ; rattraper le déficit cumulé depuis 1990 estimé à 160 000 logements depuis 1990 ; garantir la fluidité du marché et la mobilité des ménages en maintenant un volant de parc vacant de 90 000 à 150 000 logements. « Compenser la disparition de 350 000 logements dans le parc existant d’ici 2030 », in Michèle Attar, Le grand pari : résorber la crise du logement en Île-de-France. Réponse de l’équipe MVRDV/ACS/AAF à la réflexion sur le Grand Pari(s), 2009, Site du ministère de la Culture et de la Communication. En réalité, le manque est plus proche des 100 000 logements par an alors que, depuis de nombreuses années, on n’en construit en moyenne que 40 000. En 2012, le SDRIF annonce le chiffre de 70 000 logements par an.
4. « En 2008, le parc de logements s’élève à 32,8 millions d’unités, en hausse annuelle de 1,3%. L’évolution du parc, très régulière au cours des vingt dernières années (+1,1% en moyenne annuelle), est plus forte depuis 2005. Si le parc de logements se développe dans les communes rurales (+1,8%), son évolution reste faible dans l’agglomération parisienne (+0,6%). Près de 28 millions de logements, soit 84% du parc, sont des résidences principales. Le reste du parc est constitué de résidences secondaires (10% des logements) concentrées dans les zones touristiques et de logements vacants (6%). Les maisons individuelles forment la majorité des logements (57,2%). »
5. Les chiffres de 2008 et de 2010 sont issus des enquêtes de l’INSEE sur les conditions de vie et la société. Voir notamment : Hélène Chaput, Kim-Hoa Luu Kim, Laurianne Salembier, Julie Solard, (Division revenus et patrimoine des ménages, INSEE), Patrimoine des ménages début 2010. Une recomposition au détriment de l’épargne-logement. Les auteurs résument ainsi la situation actuelle : « En 2010, 94,7% des ménages vivant en France possèdent un patrimoine : 92% détiennent des produits financiers, 61,7% disposent d’un bien immobilier et 15,7% ont des actifs professionnels ; 13% des ménages possèdent les trois à la fois ». Voir aussi pour une comparaison plus urbaine des politiques européennes : Irène Mboumoua, « La politique de la ville en Europe. Repères chronologiques et points de convergence », in Regards sur l’actualité, Ville et logement : quelle politique ? n°367, janvier 2011, La Documentation française, pp. 63-77.
6. Samuel Ménard, Gwendoline Volat (SOeS), « Conditions de logement de 2005 à 2010 » op. cit.
7. Voir le rapport officiel de Mireille Boulmier au secrétaire d’État au Logement et à l’Urbanisme : L’adaptation de l’habitat au défi de l’évolution démographique, un chantier d’avenir, La Documentation française, octobre 2009. Voir aussi de Mireille Boulmier, Bien vieillir à domicile : enjeux d’habitats, enjeux de territoires, La Documentation française, 2012.
8. INSEE, Enquête emploi, 2006.
9. INSEE, Enquête Projection des ménages, France métropolitaine à l’horizon 2030, 2009.
10. Voir les travaux des socio-économistes de l’habitat et notamment : B. Coloos, F. Calcoen, J.-C.Driant, B. Filippi, Comprendre les marchés du logement, Paris, 1997, L’Harmattan, 234 p.
11. Voir notamment J.-C. Driant : « Les politiques de l’habitat et le creusement des inégalités sociales liées au logement », Regards sur l’actualité, Ville et logement : quelle politique ? 2011, op. cit. pp. 44-53.
12. Nous verrons plus loin les raisons économiques de cet état de fait.
13. Les colocations à projets solidaires sont proposées par le CROUS en partenariat avec l’AFEV (Association de la fondation étudiante pour la ville) à Grenoble, Paris avec la SIEMP, Toulouse ou Poitiers… Ce système est apparu d’abord à Louvain-la-Neuve en Belgique : les kot-à-pro-jets sont des appartements communautaires où tous les membres travaillent ensemble sur des projets touchant en général la sociabilité de proximité et les espaces du quartier. Les colocataires peuvent se donner comme tâche d’améliorer « les halls d’immeuble, de mobiliser les familles pour l’aménagement d’une place ou encore les aider à maîtriser leurs dépenses d’énergie ». L’AFEV recherche un petit nombre d’étudiants pour ces colocations solidaires dont le prix du loyer a été fixé à 177 € sans les APL, par exemple à Poitiers. Les logements sont meublés et gérés par le CROUS. Le projet a été mis en place à Grenoble, à Lyon et en Île-de-France en 2011. La moitié du financement de cette opération est prise en charge par le Haut commissariat à la Jeunesse dans le cadre du fonds d’expérimentations. Il est évident que ces appartements doivent être pensés pour permettre la vie en commun mais aussi pour préserver l’intimité de chacun.
14. Voir à ce propos le rapport de Muriel Boulmier, op. cit.
15. Étude Leroy-Merlin, « Observatoire sur les valeurs de l’habitat des Français », janvier 2001, réalisée par téléphone du 18 au 20 janvier 2001 (par le Groupe CSA TMO) auprès d’un échantillon représentatif de Français : 1002 personnes sélectionnées selon la méthode des quotas sur les variables sexe, âge, profession du chef de famille, région et taille d’agglomération.
16. Voir sur cette question le chapitre : « Lieux, gestes et mots du confort chez soi » in Monique Eleb, Sabri Bendimérad, Vu de l’intérieur, op. cit. pp. 14-49.
17. Le terme maison est ici générique, il décrit l’habitat quel que soit son type. C’est le home anglais, le chez-soi.
18. Voir Monique Eleb, Jean-Louis Violeau, Dans les tours du centre-sud de Bagnolet. Ceux qui sont partis, restés, arrivés, Mission du patrimoine ethnologique, ministère de la Culture et de la Communication, 2007.
19. Voir les travaux de l’équipe de psychosociologues du CSTB sur ces questions et la synthèse de Manuel Perianez : « Vous entendez-vous entre voisins ?: de la signification des bruits, bref retour sur trente ans de recherche », in Espaces et sociétés (115, n°4), 2003.
20. Voir notamment la maison expérimentale Air et Lumière Velux Model home 2020 installée à Verrières-le-Buisson, une des six maisons construites en Europe (deux au Danemark, une en Autriche, au Royaume-Uni et en Allemagne) pour tester « grandeur nature », avec des habitants, la plupart de ces dispositifs adaptés aux climats et aux différentes façons de vivre. Attendons les résultats de ces expérimentations, mais d’ores et déjà nous savons que la tolérance au bruit diffère considérablement selon les cultures de ces pays.
21. Voir Jean-Claude Kaufmann, La chaleur du foyer : analyse du repli domestique, Éd. Méridiens Klincksieck, 1988.
22. François de Singly, « La “pièce en plus” face aux évolutions des familles », étude pour Lab’ du bien-être Vélux, p. 3, (s.d. 2008 ?).
