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Quelques amis décident d'unir leurs familles pour acheter un hameau en Ardèche, où ils passeront leurs vacances. Marcelin, le prof d'histoire, et Reginald, l'écrivain, ne se doutent pas que cette aventure fera non seulement remonter jusqu'à eux l'histoire sanglante des Huguenots mais remettra profondément en cause une amitié qui semblait inébranlable en révélant leurs personnalités respectives et leurs divergences philosophiques. En dire davantage déflorerait les rebondissements, mises en abîme et chutes qui égrènent ce roman passionnant et haletant.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Alain Tytgat est né en 1949 au Congo. Juriste de formation, il a fait carrière dans la publicité. Passionné d'histoire, de littérature et de musique, il partage aujourd'hui son temps entre l'écriture et les voyages. Il vit à Gand.
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Seitenzahl: 158
Veröffentlichungsjahr: 2021
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le prof d’histoire
Alain Tytgat
Le prof d’histoire
Roman
Catalogue sur simple demande.
www.lecri.be [email protected]
(La version originale papier de cet ouvrage a été publiée avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles)
La version numérique a été réalisée en partenariat avec le CNL
(Centre National du Livre - FR)
ISBN 978-2-8710-6688-0
© Le Cri édition,
Av Leopold Wiener, 18
B-1170 Bruxelles
En couverture : Croix huguenote (© photo : Musée du Désert • F 30140 Mialet / www.museedudesert.com / [email protected]).
Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.
Avant tout, je tiens à remercier ma mère et ma belle-mère, sans l’enthousiasme desquelles ce livre n’aurait pas vu le jour ; merci aussi à mes fils pour leur curiosité et leur impatience, qui m’ont inlassablement stimulé ; merci à Cédric pour notre saine émulation ; à ma famille et aux amis qui m’ont encouragé et témoigné leur intérêt constant ; à Baudouin, Benoît, Francis et tous ceux qui m’ont inspiré.
Enfin, à toi Mino, je dédie ce livre pour m’avoir supporté avec amour tout au long de sa rédaction.
Roland, le patron duDoux Wazoo,m’apporta un verre de Lyonnais que je sirotais alors que mon ami Marcelin faisait son entrée dans le restaurant ixellois.
Nous aimions nous rencontrer dans cette maison de bouche dont le parquet, les boiseries aux murs, la décoration hétéroclite chargée de cadres anciens, d’affiches publicitaires, d’horloges fatiguées, faisaient le charme.
— Désolé pour le retard, mon vieux, j’ai été retenu par des parents d’élèves !
On nous présenta la carte et nous fîmes notre choix.
— Alors, qu’en penses-tu ?
— Du poisson ?
— Non, du projet !
— Pas mal.
— C’est plus que pas mal, c’est une formidable aventure, une chance à saisir !
Je m’emballai devant la réserve de Marcelin. Si notre offre d’achat l’emportait, nous serions propriétaires d’un hameau en Ardèche. Le « nous » désignant une dizaine de copains que le collège avait réunis depuis l’adolescence, et dont Marcelin Duvivier et moi-même faisions partie.
— Tu verras, Marcelin, quel plaisir à se retrouver ensemble durant les grandes vacances, avec nos familles, dans un village rien qu’à nous ! L’Ardèche, c’est… la nature, des paysages, une flore variée, un lourd passé historique… Cela devrait t’intéresser, en tant que professeur d’histoire !
— Sans aucun doute, Reginald, sauf que mon fiston ira chez sa mère et que je serai seul.
— Tu ne serasjamaisseul, crois-moi, avec les hordes de jeunes qui courront partout… et puis trouve-toi une compagne !
— Je préfère encore sentir, sous mes couvertures, les pages de mes livres d’histoire… me rafraîchir la mémoire sur le passé historique de…
— Là, tu me donnes une idée !
— Une idée ?
— J’ai promis un livre à mon éditeur avant la fin de l’année.
— Encore un roman ?
— Oui. Et je crois que tu viens de me souffler le sujet !
— La solitude du divorcé ?
— Non. Le récit d’un professeur d’histoire qui, avec ses amis, acquiert un hameau en France et découvre, lors des premières vacances d’été, le passé historique de cette bourgade. Qu’en penses-tu ?
— Je pense, Reginald, que pour un éminent professeur de sociologie à l’Université Libre de Bruxelles, tu ne te foules pas !
— Attends ! Cela n’a rien à voir avec mes cours ! Il s’agit de mes loisirs, du plaisir d’écrire, tout simplement.
— Et tu comptes me citer nommément ?
— Pourquoi pas, si tu es d’accord ?
— J’accepte, à la condition que tu me soumettes le livre avant sa publication. J’ai une réputation à préserver et je ne souhaite pas que tu me fasses dire n’importe quoi.
— Marcelin ! On se connaît, depuis le temps ! Fais-moi confiance ! J’ai déjà le titre :Le prof d’histoire.
On nous amena les deux cafés que nous avions commandés ainsi que deux calvas offerts par le patron. J’observai Marcelin vidant sa tasse : il était comme le frère que je n’avais jamais eu. Notre première rencontre remontait au collège, au début des humanités. Depuis l’attribution des places en classe, nous ne nous sommes pratiquement plus quittés : le scoutisme, les boums, les flirts, nos mariages, son divorce…
Je devinais ses pensées dans son regard. Pour le plaisir de la dialectique, j’opposais systématiquement à ses propos, conservateurs et prévisibles, une opinion libertaire et critique, ce qui correspondait d’ailleurs à nos orientations professionnelles respectives.
— Parfait, je vais pouvoir m’y mettre dès à présent !
— Tu n’as pas d’appréhension quant au projet ?
— Que veux-tu dire ?
— Je ne sais pas moi, que la promiscuité ne soit une source de dissension ?
— Marcelin ! Nous nous connaissons tous, et nos femmes et nos enfants ! Un accrochage est toujours possible, mais de là à dégénérer en conflit…
Je retrouvais là une des facettes de mon ami, cette crainte viscérale des disputes — surtout depuis son divorce pour le moins compliqué.
J’étais ravi de tenir enfin la trame de mon roman et son personnage principal ! Je n’aurai même pas à planter de décor, j’y baignerai corps et âme.
— Allez mon ami, le rassurai-je en lui tapant sur l’épaule, ne fais pas ces yeux de cocker, que veux-tu qu’il nous arrive ? Tu verras, ce hameau fera notre bonheur, on s’y plaira sûrement.
Marcelin jouait avec ses morceaux de sucre en hochant la tête.
— Si tu le dis.
Nous payâmes et quittâmes le restaurant.
— Je te dépose ?
— Non merci, Marcelin, je vais marcher un peu.
— À bientôt ?
— C’est ça, à très bientôt ! Dès que j’ai des nouvelles, je t’informe… Hé ! Prépare déjà ta valise…
— En Ardèche ?
— Oui, en Ardèche.
— Un village abandonné ?
— Non, un hameau d’une petite vingtaine de maisons, inhabitées depuis longtemps, et les dépendances. Le porteur d’un projet d’aménagement ne peut plus rembourser le prêt qu’il a contracté ; la vente de ce hameau est mise aux enchères et le prix de départ est ridicule ! Mais vous trouverez toutes ces informations sur le Net ! (Bernard et Didier me regardaient, sceptiques.) Vous cherchiez de nouvelles opportunités d’investissement ? En voici une !
Didier déplaça sa souris avec célérité et fit défiler le contenu de la fenêtre, affichée à l’écran.
— Oui, dit le banquier, si le prix n’augmente pas trop, on pourrait faire une belle plus-value !
Bernard pencha la tête vers l’ordinateur.
— Et si nous trouvions plusieurs investisseurs ?
— Quoi, l’acquisition d’une bourgade en copropriété ?
— Pourquoi pas, nous pourrions créer au préalable une société, et ta banque aurait…
Bernard Dewulf s’animait ! Grand, mince, coiffé d’une abondante chevelure grisonnante, il émanait de lui un charme irrésistible qui le servait souvent pour convaincre son entourage. Brillant avocat fiscaliste, il aimait trouver des solutions à tous les problèmes et des réponses à toutes les questions. C’était en partie pour cela que sa femme l’avait quitté ! Un divorce difficile, avec au centre du conflit une adorable petite fille qu’il ne voyait plus.
— … Et tu vas publier une petite annonce dans les journaux genre « Cherche personne désireuse d’investir dans l’Ardèche profonde… » Allons Didier ! Tu sais bien qu’il faudra des arguments…
Didier De Jaeger contrariait volontiers son ami, à dessein. Le banquier était d’une perspicacité redoutable. Son physique rondouillard, son sourire innocent, son humour de bon vivant cachaient cependant un caractère égocentrique et sans scrupules ! Ses responsabilités à la banque avaient attisé son avarice, sauf pour les femmes qu’il était bien obligé de payer de temps en temps. Célibataire et misogyne, il préférait de loin, aux plaisirs de la chair, les plaisirs de la chère !
— Qu’en penses-tu ? me demanda Didier.
— Bernard a une excellente idée ! Trouver un petit nombre d’investisseurs dans le projet. Qui ne rêve pas de posséder une seconde résidence où passer ses vacances ? Le hameau se situe tout près des gorges de l’Ardèche ; la région est superbe.
— Tu serais partant ?
— Pourquoi pas ? Si tu m’accordes un prêt.
— Bien sûr, me répliqua-t-il songeur… D’ailleurs, je pourrais me charger de l’ensemble du projet financier…
— J’y pense, l’interrompit Bernard, viens au club avec nous, on en parlera aux copains !
Les copains, auxquels faisait allusion Bernard, étaient les administrateurs bénévoles de notre club de tennis. Notre réunion mensuelle du conseil, prétexte à de joyeuses bombances, se tenait précisément ce soir-là, à vingt heures.
— Soit, dit Didier, mais, au préalable, étudions la question à fond et contactons le notaire local…
— Je vous laisse entre vous ! dis-je en me levant. À ce soir donc !
Bernard me fit un signe de la tête, il tenait en main le numéro de téléphone du banquier…
Je me nomme Marcelin Duvivier, professeur d’histoire dans un collège de garçons, j’écris quelques chroniques pour un grand quotidien francophone. Je vis seul depuis quinze ans, le jour où ma femme m’a quitté pour un diplomate prometteur. À l’époque, Bernard, jeune avocat, s’était occupé de notre procédure de divorce. Il profita de l’occasion pour se payer une aventure avec mon ex-femme, et m’avouer que le coup n'en valait pas la chandelle, façon de me dire que je n'avais rien perdu à ce divorce ! Notre fils unique, Félix, vit dans un appartement non loin de chez moi. Nous essayons de nous voir une fois par mois, et généralement en terrain neutre, au restaurant par exemple. Je m’efforce de comprendre ses positions « altermondialistes », il feint de s’intéresser à mes recherches historiques. Félix garde ses distances. Il m'a toujours pris pour un professeur sans ambitions gaspillant la majeure partie de son présent à expliquer le passé !
J’arrivai au parking du club en même temps que les deux inséparables, Nico et Jean-Lou. Tous deux étaient, comme ils aimaient à le répéter, fils de pub : Nicolas Jacobs en tant que directeur du marketing chez Nestlé, Jean-Louis Lambert comme directeur du service clientèle d’une grande agence (il gérait notamment les budgets publicitaires de Nicolas). Amis sincères ou amis d’affaires, ils partageaient les mêmes hobbies, les mêmes sorties, les mêmes avis, sur tout, et surtout ce même sentiment d’être indispensables.
— Il faut consommer, consommer encore plus et davantage, rabâchait Jean-Lou, c’est la seule façon de nous sortir de la crise !
Cette assertion, purement commerciale, devait sans doute rassurer ses annonceurs.
— Salut, Marcelin !
— Bonsoir, Nicolas ! Comment vont Lucie et les enfants ?
— Bien ! Sinon que Nathalie aura besoin de ton aide, elle se perd un peu dans les familles Valois, Bourbon, et Orléans ! Moi aussi, j’avoue !
— Je passerai un soir.
— Bonne idée. Et Lucie sera ravie de te voir.
Lucie et Nicolas formaient apparemment un couple modèle. L’image même du ménage idéal relayé par la publicité, avec maison coquette et jardin, monospace muni du système GPS, trois enfants radieux autour de la piscine, un jeune chien jappant de plaisir…
Quant à Jean-Louis Lambert, il travaillait sans relâche son look de publicitaire branché. Malgré ses responsabilités réelles, il restait abordable. Célibataire professionnel, il aimait s’entourer de jeunes femmes aux seins opulents, miroirs de ses propres ambitions ! Beau gosse, extraverti, noceur, il s’efforçait de plaire.
— Ah, les voilà ! Nous allons pouvoir commencer !
Nous étions au grand complet ; dix, plus Didier De Jaeger que Bernard avait présenté à toute l’assemblée. Notre président Reginald Van den Bossche souhaitait expédier l’ordre du jour pour pouvoir passer rapidement à table. Un exercice dans lequel il excellait.
La réunion terminée, les agapes commencèrent ! Chaque mois, nous prenions plaisir à nous retrouver. L’amitié remontait pour certains au collège. Ce ne fut qu’au dessert que De Jaeger, le banquier, développa adroitement la raison de sa présence parmi nous. Il était convaincant. L’immobilier restait un bon placement. L’achat de ce hameau devenait une opportunité intéressante, sinon l’affaire du siècle ! Il pouvait régler toutes les formalités pour les candidats acquéreurs : avances, offres, titres de propriété…
— Oui mais, comment se répartir ensuite les immeubles ? s’inquiéta Pierre-Henri Dumont, l’architecte de la bande.
— Bonne question ! Nous allons faire une évaluation de chaque feu, répondit Bernard, et puis tirer au sort l’ordre de choix des propriétés, puis tendre vers une uniformité des investissements. Ce hameau est constitué exactement de quinze habitations, sans parler des annexes, du terrain et des bois que je vous propose de laisser en commun. La chose importante, pour l’instant, est la rapidité d’action…
— Et le coût de cette participation ! objecta Jean-Charles Bogaert.
— Bien sûr, Bobo, réagit l’avocat. Mon ami Didier va vous communiquer les montants de base et les paliers envisagés.
Le banquier exposa clairement les coûts, confirma les taux d’intérêt que sa banque appliquerait, les frais d’intervention, la réserve financière pour les aménagements et les imprévus.
— Si je compte bien, reprit Jean-Charles, nous pourrions envisager, au départ, une somme de 500 000 euros, soit un montant de 50 000 euros par personne.
— Une affaire, conclut Didier, pour devenir propriétaire sous le soleil ardéchois.
— Une paille ! renchérit Michael Callebaut.
— Parle pour toi, dit Bobo, nous ne sommes pas tous rentiers comme toi !
— Messieurs ! déclara Bertrand. Ceci est une occasion extraordinaire, si les enchères ne montent pas trop ! Imaginez : se retrouver ensemble, en été, en famille, dans un petit village, rien qu’à nous !
— Je n’ai pas de famille, moi ! grommela Thierry Tavernier.
— Tu n’as qu’à prendre ton perroquet, mon vieux !
— Moi, je ne veux pas d’un mas à côté de Jean-Lou ! Il ronfle toute la nuit !
— C’est malin !
— Moi cela me plaît.
— On ne risque rien… tentons le coup !
— Reginald ! Du champagne ! Nous allons boire à ce projet !
— Vaut mieux être plusieurs sur un bon coup que seul sur une mauvaise affaire ! N’est-ce pas Bobo ?
L’alcool échauffa les esprits, le plan se réalisait, le hameau prenait vie, les cheminées fumaient déjà, le drapeau belge se dressait presque, fier, sur la garrigue embaumée de l’Ardèche.
— Tu as eu une bonne idée, Marcelin !
— Pas du tout, dis-je refusant toute paternité, elle émane de Bertrand et de Didier !
— Je lève donc mon verre au succès de cette entreprise, proclama sans apprêt notre président, et à notre invité, qui nous a présenté une opportunité financière, certes, mais aussi l’occasion de raffermir les liens d’amitiés qui nous unissent ! Je suggère à tous d’y réfléchir et, pour certains, d’en parler à leurs épouses !
— Je vous remercie de votre confiance, dit Didier De Jaeger se levant. Croyez-moi, je défendrai l’intérêt de chacun et, pour preuve de ma motivation, je me permettrai d’y participer, si vous n’y voyez pas d’objection ? (applaudissements) Je vous invite donc à venir à la banque au plus vite pour confirmer votre décision et signer les papiers indispensables à notre démarche commune.
De nouveaux bouchons de champagne sautèrent ! Je regardai, amusé, notre groupe hétéroclite s’exciter comme des bambins.
— Quelqu’un connaît le nom de ce hameau ?
— Coudrac ! Il se nomme Coudrac, lança Bernard.
Le lendemain, je déjeunai comme chaque semaine avec Reginald à mi-chemin entre le collège et l’Université — où il était titulaire d’une chaire en sociologie du travail et de la communication. Ses horaires lui permettaient d’assouvir sa fureur d’écrire — il avait déjà publié trois romans sous un nom d’emprunt, le dernier ayant fait un succès de librairie. Il me confia le sujet de son prochain roman, où il serait question d’un professeur d’histoire qui, avec ses amis, acquiert un hameau en France et découvre, lors des premières vacances d’été, le passé historique de la région.
— Et tu comptes me citer nommément ?
— Pourquoi pas, si tu veux bien ?
Je lui donnai un accord de principe, sous réserve d’une lecture préalable — avant impression.
La Jaguar de Michael fonçait sur l’Autoroute du Soleil ! Nous étions partis à quatre découvrir Coudrac avant de concrétiser l’offre élaborée par Didier De Jaeger.
— Où dois-je quitter l’autoroute ?
— Tu passes Montélimar, dit Bernard qui consultait la carte, nous prendrons la sortie de Bollène, puis traverserons le Rhône à Pont-Saint-Esprit pour emprunter la départementale 901 jusque Barjac, qui est à dix kilomètres de Coudrac.
Michael Callebaut conduisait sans fatigue depuis Bruxelles. La perspective d’un bon repas lui donnait des ailes. Nonchalant de naissance, il avait eu la chance d’hériter, ce qui le mettait à l’abri de tout souci financier. Il aurait pu, à lui seul, acquérir le hameau. Michael consacrait son énergie à son passe-temps favori : la recherche de bons vins ! Sa bedaine refoulant les pantalons et ses inévitables taches sur sa cravate trahissaient en lui l’épicurien ! Martine, son épouse, demeurait la plupart du temps dans leur villa au Zoute. Ils n’avaient pas d’enfants.
J’étais assis à l’arrière, à côté de notre président Reginald Van den Bossche. Reginald était un ami d’enfance. Nous nous étions connus au collège, alors que certains portaient encore leurs culottes courtes. Il avait épousé Fabienne, une fille du quartier. Leur fille, Zoé, seize ans, avait le caractère franc, gentil, de son père, et la beauté délicate de sa mère.
— As-tu effectué des recherches sur Coudrac ? demanda Reginald.
— En fait, je n’ai pas trouvé grand chose ! Cette manse faisait partie de la commune de Vagnas, qui fut rattachée, comme tout le Vivarais, à la couronne de France en 1271. La réforme avait gagné Vagnas en 1628. Louis XIII fit démolir les remparts et soumettre le bourg. À la révocation de l’édit de Nantes, sous Louis XIV, il ne faisait pas bon être Huguenot dans le Bas-Vivarais ! Puis il y eut le début de l’insurrection des camisards en 1702. L’année suivante, ces derniers subiront une terrible défaite à Vagnas contre les troupes royales du général Julien…
— Qui sont ces camisards ?
— Tu as jusqu’à Barjac pour donner ton cours ! avertit Michael.
— J’irai à l’essentiel ! dis-je en prenant ma respiration. Dans les manuels d’histoire, on vous explique que le bon roi Louis XIV désirait raffermir son autorité et reconstituer l’unité religieuse dans le royaume.Un roi, une foi, une loi !
