Les Liaisons infinies - Alain Tytgat - E-Book

Les Liaisons infinies E-Book

Alain Tytgat

0,0

Beschreibung

Lorsque Jean Bertelier, quelques mois après son accident de voiture, prend conscience que ses rêves lui dévoilent peu à peu l’existence d’une autre vie par bribes et morceaux, son destin bascule inexorablement.
Quelle est donc cette femme inaccessible qui hante ses rêves ?
Et si le rêve était une réalité ?
Cette expérience va entraîner le séduisant avocat bruxellois dans l’inconnu et lui révéler une nouvelle dimension où le rêve et la réalité fusionnent étrangement, où la vie semble intemporelle.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Alain TYTGAT est né en 1949 au Congo. Juriste de formation, il a fait carrière dans la publicité. Passionné d’histoire, de littérature et de musique, il partage aujourd’hui son temps entre l’écriture et les voyages. Son premier roman, Le Prof d’histoire, est paru aux éditions Le Cri en 2005.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 158

Veröffentlichungsjahr: 2021

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



les liaisons infinies

DU MÊME AUTEUR,

CHEZ LE MÊME ÉDITEUR

Le prof d’histoire,2005

Alain Tytgat

Les Liaisons infinies

Roman

Catalogue sur simple demande.

[email protected]     www.lecri.be

(La version originale papier de cet ouvrage a été publiée avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles)

La version numérique a été réalisée en partenariat avec le CNL

(Centre National du Livre - FR)

ISBN 978-2-8710-6687-3

© Le Cri édition

Av Leopold Wiener, 18

B-1170 Bruxelles

En couverture : Pierre-Auguste Renoir,Madame Monet lisant « Le Figaro »(détail), 1872.

Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.

àMino

1

— Jamais donc tu ne resteras toute une nuit !

— Mon petit bijou, tu sais bien que cela n’est pas possible !

— Au fond tu te joues de moi ! Monsieur tire son coup et se casse vite fait et au demeurant pas toujours bien fait !

Elle releva son oreiller dévoilant ainsi une superbe poitrine contre laquelle un instant encore, il reposait sa tête.

— Mon petit chat, ne te fâche pas, je…

— Déguerpis, tu m’écœures.

Virginie lui jeta un coussin à la tête, se leva, et nue, le poussa fermement hors de la chambre tandis qu’il s’efforçait désespérément d’enfiler son pantalon.

— Dégage, je te dis. Ce n’est pas toi qui pars, c’est moi qui te fiche dehors !

Jean sautillant sur une jambe, se retrouva éjecté sur le palier.

— Je sens que tu le prends mal.

— Adieu, pauvre imbécile !

Elle lui claqua la porte au nez, le laissant décontenancé dans le couloir sombre de l’immeuble.

Il gagna rapidement sa voiture.

Mais qu’avaient-elles donc toutes à vouloir le garder jusqu’au matin ? Lui, il préférait de loin dormir seul dans un lit, et l’idée de partager la salle de bain d’une femme, de se retrouver face à face au petit déjeuner avant de filer au boulot, lui faisait une sainte horreur. L’envoûtement des corps, l’enchantement des chairs assouvies y perdrait tous leurs effets.

D’ailleurs ne devenait-elle pas trop possessive ?

Cette rupture brutale tombait finalement bien, en outre, l’initiative ne venait pas de lui.

Jean se détendit. Il aurait davantage de temps à consacrer à son occupation favorite : la quête de la chair promise.

Il sursauta. Quelqu’un frappait à sa vitre.

— Bonsoir monsieur, police communale. Veuillez sortir du véhicule et nous présenter vos papiers s’il vous plaît.

Jean se plia à l’interpellation.

Le policier l’observa.

— Vous conduisez souvent avec une chaussure, un pull à l’envers et la braguette ouverte ?

— Heu, je me suis habillé précipitamment.

Il lui rendit ses papiers.

— C’est bon, vous pouvez partir.

Jean ne demanda pas son reste et fila directement chez lui pour retrouver enfin la quiétude sécurisante de son appartement.

A quarante-cinq ans, il avait attrapé des manies de vieux garçon. Certes les femmes avaient leur place dans sa vie, pour autant qu’elles y restaient !

Après son divorce, il avait en cinq ans, inscrit à son tableau de chasse un bon nombre de femmes complaisantes ou en manque d’affections.

Des tempes déjà grises sous une chevelure abondante, un regard pénétrant et une carrure d’athlète faisaient de lui un personnage séduisant et rassurant à la fois.

Jean se sentait bien dans sa peau qu’il livrait volontiers aux douces caresses féminines.

Le téléphone sonna.

Il regarda sa montre. A cette heure, ce devait sûrement être elle !

— Allo ?

— Jean, c’est moi. Excuse-moi. Je suis désolée pour tout à l’heure…

— Non, non, tu as raison. Je crois qu’il serait mieux que l’on en reste là.

— Tu n’éprouves donc plus rien pour moi ?

Jean pensait à ses seins de déesse.

— Je ne dirais pas cela, mais notre aventure a-t-elle encore un lendemain ?

— Pourquoi dès lors m’as-tu laissée croire… ?

Il revit son corps et cette irrésistible cambrure des reins.

— Ta forte personnalité m’a attiré comme un aimant…

— Tu sais ce que tu es Jean ?

Il s’attendit au pire.

— Un goujat de première, le… le … dernier des sybarites ! Adieu !

Jean découvrit, mais un peu tard, qu’elle avait également de belles lettres.

Sept heures.

Sans pitié, son réveille-matin le réveilla en sursaut. Jean le regarda haineusement. Il avait peu dormi et sa tête lui faisait mal. Son récent accident de voiture l’avait plongé quelques jours dans le coma. Il s’en était miraculeusement sorti avec deux côtes cassées.

Jean souffrait encore toujours de vives migraines matinales.

Tiens ! Il venait encore de rêver. Un rêve court, détaillé, cohérent, un rêve de sa propre fabrication dont il en faisait partie.

Depuis son hospitalisation il constatait que cela lui arrivait fréquemment.

Il serait amusant de noter les détails de ses rêveries, car «lesrêves sont la littérature du sommeil »se remémora-t-il.

Il décida d’en parler dès ce soir à son ami et psychologue qu’il retrouvait chaque lundi au bistrot du quartier.

Jean se leva en hâte. Ses collaborateurs avaient définitivement fixé la réunion hebdomadaire à neuf heures précises et il mettrait bien à cette heure, trente minutes en voiture pour rejoindre son bureau d’avocats au centre de Bruxelles.

LeDen Babeleerse situait idéalement sur le trajet que Jean prenait chaque soir pour gagner son appartement. Il décida de s’y arrêter afin d’écluser quelques demis en bonne compagnie.

— Mais voyez qui nous arrive ! Le beau mâle de Watermael ! Le trousseur de cotillons, Don Juan en personne.

Jean ne put s’empêcher de sourire. A chaque fois qu’il passait la porte, une bordée de commentaires qui se voulaient hilarants, était brocardée par une joyeuse bande de bouffons accoudés au bar.

— Je vous salue Messieurs ! André, cette tournée est pour moi.

André, le patron duDen Babeleer,imperturbableface à l’animation de ses clients,commençait à remplir les verres et à les aligner sur le comptoir.

— Comment vas-tu mon vieux ?

Jean n’avait pas aperçu son ami parmi la masse bigarrée des consommateurs.

— Bonsoir David ! Pas mal, merci. Et toi ?

David, aussi grand que Jean, mais moins musclé, affichait une calvitie de moine trappiste et un large sourire aux dents blanches qui le rendait sur-le-champ fort sympathique.

Psychologue à l’hôpital où Jean avait séjourné quelque temps, il était l’ami de longue date, le frère de tous les jours, le témoin de sa vie.

— Que je suis content de me vider la tête ce soir. A propos de tête, comment va la tienne ?

— C’est drôle que tu me poses cette question, je voulais justement te parler de quelque chose de particulier.

— C’est une consultation que tu veux ?

— Non, l’oreille de l’ami.

— Alors tu vas t’en tirer avec un verre.

Jean se retourna.

— André, deux bières s’il te plaît !

Le patron hocha la tête sans se départir de son flegme habituel.

— Raconte-moi.

— Il me semble que depuis mon coma, je rêve plus qu’auparavant.

— Qu’en sais-tu ?

— Je dirais plutôt que je me souviens davantage du contenu de mes rêves qui reste à mon réveil très précis dans ma mémoire.

— Tu rêves de quoi ?

— De choses et d’autres, dont je visualise assez bien tous les détails.

— Qu’attends-tu de moi ?

Jean vida son verre et en reprit un autre devant lui.

— Je me disais que si je notais ces réminiscences, peut-être auraient-elles un sens caché…

— Que je pourrai t’aider à décoder ?

— C’est cela.

David réfléchissait.

— Pourquoi pas ? Fais cela et dès que tu auras gribouillé quelques pages, on en reparlera.

Tu sais qu’il y a toujours quelque chose de réel dans le rêve sinon il n’aurait jamais existé.

— Merci Sigmund, tu es mon oniromancien préféré.

— Attention, je découvrirai peut-être la face cachée de ton Moi profond, ou une déviance, ou encore une peur congénitale des femmes.

A propos, dis-moi, comment va Virginie ?

— C’est fini depuis hier soir. Elle, heu… je l’ai larguée.

— Tu vois, j’ai raison ; les femmes te font peur.

— Pas du tout ! Mais crois-moi, ces succubes ne me mettront pas deux fois la corde au cou !

— J’imagine que tu fais une subtile allusion à ton ex-femme ?

— David tu es un emmerdeur.

— Je te connais Jean : ton sexe c’est ton talon d’Achille.

Jean, agacé, se retourna vers le bar.

— André ! Est-il normal de crever de soif dans un bistrot digne de ce nom ?

Le patron sans osciller d’un poil, leur servit deux bières du fût.

2

Que s’était-il passé ?

Jean sortait d’un rêve.

Il se remémora sans difficulté depuis la fin jusqu’au début, l’histoire qui en fait semblait assez insignifiante.

Il commença alors à prendre des notes.

« Je venais apparemment d’acheter une maison et j’emménageais avec une femme, un gosse et un chien. La femme – ma femme ? Je ne l’avais jamais vue – avait un doux visage au sourire constant, entouré d’une longue chevelure de jais.

Le gamin, visiblement notre fils, devait avoir cinq ans et courait dans toutes les pièces de l’habitation, suivi joyeusement du chien.

Nous formions une petite famille heureuse, surtout depuis l’acquisition de cette maison. J’étais fier de mon bien entouré d’un petit jardin.

Par la fenêtre de ma chambre à coucher, dont le châssis était à quatre vantaux à meneau fixe, j’aperçus un garage et une voiture neuve, les deux portières ouvertes. Je semblais content de moi et amoureux de cette femme… »

Jean inscrivit machinalement le modèle et la couleur rouge du véhicule et referma son cahier. A priori il ne voyait rien qui pût intéresser David. Le spectacle de ce couple parfait représentait tout ce que Jean avait raté avec sa femme et son propre fils qu’il voyait de moins en moins.

Le fait cependant de ne rien reconnaître dans son rêve lui parut étonnant.

Comme tous les samedis Jean décida de faire quelques courses, mais il ne put s’empêcher préalablement de téléphoner à cette blonde sculpturale qu’il avait rencontrée récemment chez des amis.

— Allo, Clarence ? Bonjour c’est Jean, Jean Bertelier… Oui ! C’est cela, l’avocat.

Je me disais : nous avions à peine eu le temps de converser l’autre soir … En effet ! Vous aussi ? Dites-moi, aimez-vous les fruits de mer ?… Vous adorez ! Etes-vous libre ce soir ?… Quelle chance ! Dans ce cas je passerai vous prendre vers dix-neuf heures… Parfait. Ce sera un plaisir de vous revoir… Jean ferma son portable. Voilà une affaire qui se présentait bien. Il prit le temps de ranger impeccablement sa chambre. Les femmes en général appréciaient les chambres bien ordonnées.

Les vitres étaient couvertes de buée. Clarence l’embrassa encore une dernière fois avant de sortir de la voiture.

— Tu me téléphones, Jean ?

— C’est promis !

— Tu sais que c’est la première fois que je m’abandonne si vite !

— Mon petit bijou, toi et moi, C’était écrit dans les astres.

Elle referma la portière et Jean sans un regard, démarra en trombe.

Fichtre, quelle soirée !

En réalité ce fut lorsqu’elle s’était esclaffée à gorge déployée au bar du restaurant qu’il avait commencé à s’inquiéter. Ensuite, son rire de crécelle après quelques verres d’alcool le désenchanta complètement !

Il ne pensait plus qu’à une chose : la ramener chez elle.

Malgré tout il ne put s’empêcher de lui proposer un petit crochet par chez lui pour lui montrer sa modeste collection de bardelous en porcelaine de Sèvres et …

Belle anatomie ! Pensa-t-il. Mais incompétente sous la couette.

Jean changea l’oreiller qui sentait le parfum bon marché, et déçu s’effondra sur son lit encore froissé par leurs déduits.

C’était la même. Il en était agréablement surpris !

Il avait bien rêvé de cette femme, desafemme, celle aux longs cheveux noirs.

Après la soirée hâtive avec Clarence, son rêve paraissait bien réconfortant.

Jean griffonna quelques notes.

« … Nous étions en vacances, en bateau. Nous naviguions à faible distance des côtes entre les îles, les Cyclades… Santorin, où au milieu d’une immense caldeira émergeait, menaçant, le cratère du volcan.

Nous étions fort amoureux. Elle me tenait le bras, la tête posée sur mon épaule, et regardait les derniers rayons du soleil caresser les côtes escarpées.

Et toujours sur son beau visage, ce sage sourire serein…

Au moment de descendre à terre, par un coup de malchance, elle se prit le pied dans un cordage et tomba à l’eau.

Aidé d’un matelot, je la saisis immédiatement par les mains et la hissai trempée, sur l’embarcadère.

Il y eut plus de peur que de mal… »

Jean tremblait en écrivant. Il éprouvait encore toujours la même frayeur que celle ressentie dans son rêve.

— Ne me dis pas que tu es sorti avec Clarence ? !

— Si.

— Non !

— J’avoue que j’aurais mieux fait de louer une vidéo.

— Tu ne peux pas t’en passer !

— De vidéo ?

— Mais non, de femmes !

— Que veux-tu, je les aime.

— Tu veux dire que tu aimes les séduire, les posséder, et ensuite les lâcher comme de vulgaires mouchoirs en papier.

— David, tu es jaloux !

David regarda gentiment son ami. Il avait aussi des qualités.

— Comment vont tes écritures ?

— J’ai noté deux rêves cette semaine. Deux fois avec la même femme.

— C’est bien un rêve alors.

Jean haussa les épaules.

— Continue, mon vieux, continue à transcrire. On trouvera bien un fil conducteur.

Je te laisse, j’ai du travail à l’hôpital. A bientôt ?

— C’est çà, à bientôt.

David tapa affectueusement Jean sur l’épaule et sortit du bistrot.

Etrangement, cette fois-ci, elle n’était pas dans son rêve.

« … Je quittais ma maison et me dirigeais vers le garage, une serviette noire à la main. Au volant de mon Alfa Roméo rouge je me rendis à ce qui devait être vraisemblablement mon lieu de travail.

La voiture se faufilait tant bien que mal à travers le flux du trafic quand soudain elle heurta quelqu’un.

J’eus l’impression d’être momentanément paralysé. L’homme était à terre, entouré déjà de passants empressés. Blanc comme un linge, je sortis de mon véhicule et me dirigeai vers l’attroupement. Dieu merci, l’homme se releva, lâcha quelques jurons bien sentis à mon encontre et poursuivit son chemin. Les badauds hostiles se dispersèrent et encore émotionné, je regagnai ma voiture… »

Il regretta que la femme ne fût pas de ce rêve. Il aimait bien sa frimousse avec ce joli nez retroussé entouré de petites taches de rousseur.

Jean roulait vers ses bureaux, quand son dernier rêve lui revint en mémoire. Pourquoi en ce moment ? Quelque chose lui avait-il échappé ? Pourtant il avait méticuleusement tout recopié : l’accident, le choc, les gens… la route.

La route ?

Avait-il omis un détail sur l’itinéraire emprunté ?

Jean se gara, éteignit son moteur et se concentra sur le trajet effectué dans son rêve.

Une rue quelconque bordée de maisons bourgeoises, un trafic dense, un tram à l’arrêt.

Ah !

Voilà un élément supplémentaire qu’il avait omis.Un tram bloqué dans la circulation, devant un passage pour piétons. Une sorte de goulet d’étranglement.

Il eut une seconde l’impression fugace de connaître cet endroit. Mais où ? Ce n’était pas les tramways ni les passages pour piétons qui manquaient à Bruxelles.

Doucement ! Rien n’autorisait à croire que cette rue se trouvât à Bruxelles.

De plus était-il certain de rouler en Belgique ?

Les plaques !

Les plaques d’immatriculation des voitures, il les voyait, elles étaient assurément des plaquesbelges !

Souvent les réminiscences de nos rêves se faisaient par à-coups.

Jean gribouilla quelques notes sur un bout de papier qu’il pensa recopier plus tard dans son cahier.

Il annota qu’il pourrait répertorier toutes les villes belges disposant de trams comme mode de déplacement.

Bien que ses affaires lui demandaient toute son attention, ses collaborateurs toute sa patience et ses clients toute sa disponibilité, Jean ne pouvait pas s’empêcher de songer à ses rêves insolites.

Elle était revenue cette nuit. Incroyable !

« … Si je ne gardais que peu de souvenir de notre cérémonie de mariage, je ne pouvais m’empêcher de me rappeler par contre la malheureuse dispute en fin de soirée. Nous dormions à l’hôtel de l’aéroport afin de partir tôt le lendemain matin.

Là, les choses se gâtèrent. Epuisée, elle souhaitait dormir. Grisé, je voulus lui faire l’amour.

La gifle que j’encaissai nous surprîmes tous les deux et me laissa bouche bée… »

Jean avait aperçu au passage un petit tatouage sur le sein gauche : un papillon bleu butinant une jonquille.

Il estima que son cahier renfermait assez d’éléments pour les soumettre à l’appréciation de David. Il lui téléphona afin de le voir à l’hôpital, juste après son rendez-vous mensuel avec le toubib.

3

Paul réfléchissait. La période des vacances approchait et il n’avait pris encore aucune décision, ni quant aux dates, ni quant à l’endroit où il emmènerait sa petite famille.

S’il ne prévoyait rien, Amandine irait rejoindre ses parents à la côte et il serait contraint à venir les retrouver tous les week-ends.

Certes la plage était la plus belle plaine de jeu pour son fils Arthur, mais la perspective de se farcir les beaux-parents devenait de plus en plus pesante.

A trente-sept ans, Paul estimait avoir réussi sa vie et rien ne devoir à personne.

Jeune diplômé, il avait gagné sa place dans la magistrature de Gand et après quelques années, il s’était payé la voiture et la maison de ses rêves.

Amandine lui avait donné un beau garçon qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eaux.

Petit, mais bien proportionné, Paul était soucieux de son apparence et surveillait constamment son poids. Il avait dans la profession la réputation à laquelle il tenait beaucoup, d’être un homme perfectionniste, inflexible mais juste.

Paul aimait l’ordre, chez lui et dans la société.

La voiture entra dans la propriété et Arthur courut vers le garage.

— Papa ! Regarde ce que j’ai reçu !

Paul vit tout de suite la monospace de ses beaux-parents, garée devant la porte d’entrée.

Ils avaient cette mauvaise habitude, à chaque fois qu’ils venaient leur rendre visite, d’amener un cadeau pour Arthur.

— Bonjour mon petit Paul !

Pourquoi son beau-père s’obstinait-il à l’appeler « mon petit Paul » ? Cela avait le don de l’exaspérer.

— Bonjour Henri, bonjour Simone. Quelle bonne surprise !

Paul embrassa Amandine et alla s’asseoir à ses côtés.

— Mon chou, dit-elle d’entrée, papa et maman nous invitent à venir passer le mois de juillet à la villa !

— Ah bon.

Paul se sentit pris au piège.

— C’est comme vous voulez, Paul, renchérit sa belle-mère. Amandine nous confirmait que vous n’aviez rien prévu cet été.

— C’est exact, nous n’avons encore rien décidé.

— Et puis l’air de la mer ferait tellement de bien au petit.

— Evidemment.

Les parents prirent cela pour un acquiescement.

— Parfait. Et bien nous allons vous laisser. Mon petit Paul, à très bientôt, j’espère ?