Le sens d'une vie - Jean-Claude Tarby - E-Book

Le sens d'une vie E-Book

Jean-Claude Tarby

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Beschreibung

A travers son témoignage, l'auteur invite à la réflexion sur une série de sujets fondamentaux et sociétaux comme la vie au travail, les mouvements sociaux, l'apprentissage, la santé, les institutions, l'actualité politique, l'économie de marché et surtout, l'avenir de notre société. Le fil conducteur de son raisonnement consiste, à partir d'expériences vécues, à actualiser la pensée, afin de tracer les enjeux et perspectives dans les différents domaines évoqués.

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Seitenzahl: 264

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Table des matières :

Comme un prélude

Notre santé n'est pas à vendre

Être né quelque part

Religion quand tu nous tiens

Le soixante-huitard attardé

Le syndicalisme école d'émancipation

L'autodidacte

Quand le métier n'est pas un long fleuve tranquille

Une aventure politique

La prison ? Oui bien sûr je connais

Regard sur le monde actuel

Et maintenant ?

Bibliographie

Comme un prélude

« On commence à dépérir le jour où l'on commence à se taire sur ce qui nous tient à cœur. » Martin Luther King

Lors de l’émission « Ils font bouger la Franche-comté » Dominique MORIZE, célèbre animateur de France Bleue BESANCON, me demandait récemment : « Jean-Claude, qu’est ce qui vous pousse à écrire ? »

Ma réponse fût alors orientée autour des axes suivants :

Sortir un peu des sentiers battus, de cette routine du quotidien, rechercher une certaine profondeur.

Tenter de comprendre le monde qui m’entoure. Toute ma vie a été guidée par ce fil conducteur et elle continue de l’être.

Ecrire un livre s’apparente à une grande aventure. On peut avoir une idée dès le départ, mais on ne sait jamais avec précision ce qui va en sortir in fine.

L'incertitude est présente bien évidemment. Je ne revendique pas le titre d'écrivain. Angoissé je suis dans la vie courante, mais au moment d'écrire, ma peur n'est pas celle de la page blanche. C'est tout le contraire. J'ai tant à dire ! Néanmoins, je suis envahi par le doute.

En quoi ce que je puis dire est-il important ? Quel type de lecteur est-il intéressé par mes propos ? Quel est le sens de tout cela ?

Le SENS, le voilà le mot qui me poursuit depuis mon enfance, de manière plus ou moins consciente. Dans la circulation routière, il y a les sens interdits et les sens obligatoires. C'est facile de s'y retrouver, alors que dans la vie, rien n'est simple.

Il m'a fallu un certain temps pour trouver enfin la clef de ma motivation à écrire. Je sentais sous ma plume un fourmillement, mais je n'arrivais pas à y mettre un mot. C'est précisément au moment où je l'ai trouvé que j'ai puisé enfin ma motivation et mon inspiration.

J'ai envie de dire à tout le monde que notre société a avant tout besoin de SENS, à l'heure où ceux qui prétendent la diriger se complaisent dans un utilitarisme primaire.

Le SENS est un mot merveilleux. Celui qui cherche à donner du sens à chaque moment de sa vie, peut être fier de lui, et ce, quelque soit le résultat. Le résultat ? Voilà bien un mot que je déteste. Le résultat gouverne tout dans notre monde actuel et c'est un drame.

Ma petite fille MILA vient d'avoir 7 ans. Il s'agit d'un âge charnière. Je me suis posé la question de savoir quel serait le meilleur cadeau que je puisse lui offrir. J'ai opté pour un livre magnifique, les fables de La Fontaine en œuvre complète. Je ne lui ai pas parlé de sens.

Je lui ai fait une dédicace dans laquelle je lui dis qu'elle a désormais entre les mains les clefs pour choisir ce que seront les chemins de sa vie. Elle est capable de comprendre, je ne m'inquiète pas. Peu m'importe si elle tire de ces fables, des conclusions différentes des miennes. Ma démarche consiste à l'aider à acquérir l 'autonomie. J'ai précisément choisi ces fables parce qu'elles sont toutes fortement porteuses de sens.

Après le « pourquoi » de mon livre, parlons un peu du « comment ».

Selon les règles de l’ordre littéraire, un livre doit être soit un roman, une fiction, une biographie, un témoignage ou un essai. Il faudrait choisir mais je ne choisirai pas !

Il se trouve que l’auteur de ce livre est justement un insoumis. Je veux parler non pas d'un membre de la France insoumise mais d'un insoumis au sens large, libre comme l'oiseau.

L’ordre établi ? Je m’applique à le connaître précisément pour pouvoir y déroger.

Lorsque j’étais formateur, les personnes qui assistaient à mes cours s’en amusaient parfois. Je me souviens avoir lu cette phrase dans une évaluation : « Ce Jean-Claude TARBY, il nous explique une méthode avec zèle et immédiatement après, il nous indique comment et pourquoi ne pas l’appliquer ! »

Il est vrai que je déteste la moutonnerie, l’obéissance aveugle, l’application bête et méchante.

Cet ouvrage est le quatrième que j’entreprends. Pour cette fois, j’ai plutôt envie de laisser ma plume vagabonder à sa guise. Pour tout dire je suis las de toujours devoir structurer, classifier, hiérarchiser…

Ainsi, il n'y aura pas de partie 1 ni de chapitre 2...

J’espère que cet état d’esprit et cette manière de procéder ne nuira pas à la qualité de mes écrits.

Alors oui, dans la rédaction de ce livre je m’autorise tout ce qui me semble adapté. Ainsi je vais parler de ma vie sans forcément respecter la chronologie des événements. Je vais aussi mélanger allègrement la réflexion politique, le témoignage et les commentaires sur l’actualité. J’espère que le confort du lecteur n'en souffrira pas. De la même façon, il ne faut pas attendre de moi la neutralité, l’objectivité. Je déteste ces termes qui conduisent à ne plus rien dire d’intéressant.

Ma plume est acérée, mon jugement est franc, sans appel, il faut faire avec.

En d'autres termes, on peut dire que ce livre est un brûlot. Ecrire pour affirmer que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ne présente à mes yeux aucun intérêt.

Qu'on ne compte pas sur moi pour rechercher « un juste milieu ». C’est aussi stupide qu’inutile. Cependant, je n'en suis pas moins guidé par une certaine rigueur. Je suis soucieux de ne pas dire n’importe quoi, de ne pas affirmer des pseudos vérités comme le font certains. Je suis soucieux de ne pas tricher avec les faits, même si mon interprétation – et tout le monde interprète - peut être contestable.

« Il se peut que je vous déplaise, en peignant la réalité, mais si j'en prends trop à mon aise, je n'ai pas à m'en excuser. Le monde ouvert à ma fenêtre, que je referme ou non l'auvent, s''il continue de m'apparaître, comment puis je faire autrement ? » Jean FERRAT

On me reproche souvent de juger… C’est exact et je l'assume. Pourquoi faudrait-il ne pas le faire ?

Quand une chose me scandalise, me révolte, je le dis haut et fort et je n’ai pas à m’en excuser.

Je juge sévèrement les gens qui tiennent des propos racistes et je ne laisse rien passer. Je juge sévèrement celles et ceux qui cautionnent les comportements xénophobes, les adeptes de la trique érigée en système gouvernemental. Je suis exaspéré par cette complaisance avec la facho sphère. Je n'en peux plus de voir que sur ce sujet, on me la fait à l'envers.

En effet, aujourd'hui, la faute selon certains observateurs, serait non pas d'être facho mais d'être anti fa. « C'est contre productif » disent-ils. En effet sans doute est-il préférable de chanter les louanges de Madame LE PEN ?

Ils ont peur pour leur identité ? Eh bien je les rassure ! Cons ils sont, cons ils resteront !

Oui, le vote pour l'extrême droite se nourrit de bêtise et de haine. La stupidité qui se situe derrière le fantasme d'une France pure, de race blanche, avec ses racines chrétiennes. La haine qui découle de ce même fantasme, la haine de l'étranger, du migrant qui vient perturber tous ces idiots. J'exagère ? Eh bien je vais appuyer mon propos sur une référence solide :

Pierre de SENARCLENS, Professeur de relations internationales à l’université de LAUSANNE établit clairement les liens entre la sottise et nationalisme.

« Le nationalisme entretient une relation intime avec la xénophobie et le racisme.

Le fantasme d’harmonie fusionnelle étant au cœur de sa revendication, l’étranger symbolise ce qui entrave ce désir.

Les nationalistes s’arrogent le droit de parler au nom de la communauté nationale et veulent en exclure ceux qui sont soupçonnés d’en contrarier la cohésion. Dans ce contexte, le migrant est incriminé pour l’abaissement des salaires, la montée du chômage, et la vulnérabilité sociale, mais aussi parce qu’il est associé à l’irruption de gens de « races » différentes, porteurs de conceptions culturelles étrangères.

Par ailleurs, les sectarismes religieux perpétuent un peu partout des visions délirantes, exclusives ou haineuses et des mécanismes de projection qui se sont exprimés dans le nationalisme. »1

Voilà le travail ! Lorsque la facho sphère est analysée par un spécialiste, il se trouve que je n'exagère pas, non !

Lorsque j’ai décidé de mettre en chantier ce livre début 2017, mon idée était de faire une analyse de cette campagne électorale qui n’était décidément pas comme les autres. Il m’est assez vite apparu qu le sujet se situait dans un cadre trop restreint.

De surcroît, je n’étais pas sûr de pouvoir capter l’attention de mes lecteurs dans la mesure où je percevais la lassitude devant le feuilleton de l’affaire FILLON.

Le Président MACRON a été élu dans les conditions que l’on connaît , au moment où je me préparais à dire tout le mal que je pensais de lui.

Soudain, je me suis dit que je pouvais après tout me tromper et qu’il était peut être plus prudent d’attendre. Pour tout dire, j’étais hanté malgré moi, par l’idée que MACRON puisse réussir. Et si c’était le cas ?

J’aurais l’air malin avec mes prédictions ratées ! Il affichait une telle assurance et il y avait tant de voix pour le vénérer, pour dire qu’avec lui un nouveau monde allait naître.

Je suis à présent pleinement rassuré. De nouveau monde il n’y a pas, il n’y a que l’exacerbation de toujours et toujours plus de libéralisme sauvage, toujours et toujours plus d’injustice sociale, et en plus de cela, un dangereux glissement vers la dictature. Non je n'exagère pas et je le démontrerai. Cependant, j’ai décidé d’élargir largement le champ de ma réflexion. Je ne perds jamais de vue les fondements de celle-ci : Dans quel type de société vivons-nous ? Que faut-il changer ? Comment bâtir un nouveau projet ?

Ma réflexion me semble opportune dans la mesure où nous sommes à un tournant, tout peut basculer d’un moment à l’autre sans que personne ne sache ce qui va sortir de ce bouillonnement.

Il est important pour moi de formaliser ce que je pense à cet instant précis, avec les risques que j’ai de me tromper, mais cette hypothèse ne m’angoisse pas.

J’ai une épouse, des enfants, des petits enfants, des frères et des sœurs et j’ai envie qu’ils conservent des traces de ma réflexion.

Ce n’est pas un testament que je suis entrain de rédiger mais j’ai à cœur d’inclure dans ma réflexion ce que la vie m’a appris. A bientôt 70 ans, je suis guidé par l'envie de faire le point sur ce que fût ma vie, avec ses expériences marquantes, et d'en extraire quelque éclairage pour l'avenir.

Alors, je souhaite à mes lecteurs, un bon voyage dans les méandres de la société, au regard de mon expérience de vie qui tient lieu de fil conducteur.

1 Propos issus de l'ouvrage « Psychologie de la connerie » Editions Sciences humaines, février 2019 .

Notre santé n’est pas à vendre !

« Existe-t-il pour l'homme un bien plus précieux que la santé ? » SOCRATE

La vieillesse, la santé, la mort, rien n’échappe aux appétits féroces des vampires de l’économie de marché. Une tranche de vie dont je me serais bien passé, me servira de base pour appuyer mon propos.

Octobre 2014 CHRU de Besançon service réanimation :

Je m’éveille laborieusement. Je comprends assez vite que je suis dans une chambre d’hôpital. Cependant, mon environnement m’apparaît inhospitalier, et ma chambre bizarre. Elle est immense, je ne vois pas de fenêtre. Pour tout vêtement, je porte cette chemise de patient que je connais bien et que je déteste.

Sommes-nous la nuit ou le jour ? J’aperçois des cloisons et d’autres patients. J’essaie de bouger mais je réalise que je suis branché avec de multiples câbles et tuyaux. Quelle galère ! Je ne me sens pas bien globalement, mais je serais bien en peine de mettre des mots sur mon mal-être.

Assez rapidement, mes souvenirs reviennent.

Après une journée à traîner les pieds, une terrible détresse respiratoire qui surgit sur le coup des 20 heures, comme la foudre. Ma femme qui appelle le SAMU, l’équipe de secours qui n’en finit pas de tergiverser avant de me conduire aux soins intensifs.

Je crois comprendre que ce qui les préoccupe, c’est mon taux d’oxygène dans le sang, visiblement trop faible. Ensuite, je revois cette image d’un médecin se penchant vers moi pour me dire : « Bon ! On s’en sort pas alors je vais vous endormir… »

Je voudrais protester mais je n’en ai pas le temps et je sombre immédiatement dans le néant. Juste le temps de me dire que je suis au bout du chemin et que c’est peut être l’enfer qui m’attend.

Mais voilà que je reprends conscience. Je pense que mon « sommeil » n’a duré que quelques heures alors qu’en réalité, il y a une semaine que je suis dans le coma. Petit à petit, des images me reviennent. Mes proches qui sont autour de moi et qui me parlent, et moi qui leur indique la direction de la sortie d’un geste péremptoire.

Je dois m’en excuser. Je cherche naïvement mon portable en vain… Bon, on verra cela plus tard. Je retourne dans le confort douillet du sommeil. Je sors de ma torpeur en entendant la voix d’une infirmière. « Monsieur TARBY, si vous m’entendez serrez ma main. » Je réponds par une pression prolongée. Elle me parle avec une infinie douceur. Je ne peux lui répondre puisque je suis intubé.

Elle me dit savoir que je suis guitariste chanteur, que j’interprète RENAUD, FERRAT, BRASSENS … Je lui souris.

A un autre moment, j’entends vaguement la voix apaisante de mon épouse. Je n’ai aucune notion du temps. Parfois je suis en proie à des hallucinations où les murs de la chambre m’apparaissent dans des couleurs qui n’existent pas. Je ne sais pas comment le dire autrement. Plus tard, j’apprendrai que l’on m’a injecté du curare.

Ne pouvant pas parler, mon infirmière préférée me demande si je veux écrire. Je réponds par l’affirmative. Elle me donne une ardoise et un crayon. En constatant que mon écriture est lisible, je suis un peu rassuré.

On m’annonce que je vais quitter le service de réanimation pour aller aux soins intensifs de cardiologie. J’ai une pensée pour mon infirmière. Elle se démenait dans le service la nuit et je la sollicitais souvent parce que je me sentais mal. Je voulais me rendre aux toilettes et elle m’expliquait que j’avais une sonde mais que cela ne devait pas m’inquiéter, que cela ne durerait pas. J’écris sur mon ardoise : « Excusez moi d’avoir été un patient aussi pénible. » Après avoir lu mon message, elle ne me répond pas, juste elle m’embrasse… Elle avait décidément quelque chose d’un ange. Je lui ferai livrer des chocolats.

Un jour, un ami se présente. Spécialisé dans la thérapie par l’imposition des mains, il me demande si je suis d’accord pour qu’il me touche. Bien sûr que oui, au point où j’en suis !

Me sentant mieux, je multiplie en vain les tentatives pour que l’on me retire tout cet arsenal de tuyaux. Un autre médecin, vient me voir et me dit : « Vous voulez que je vous enlève tout ça ? »

J’opine du chef sans illusion et pourtant il s’exécute immédiatement et me tend une cuvette. Très vite, je sens la nausée m’envahir. On dirait que je revis le film «

l’exorciste. » Je ne sais pas quel poison a envahi mon corps, mais ce qui en sort est immonde, avec des couleurs qui ne « figurent même pas dans le manuel ». Je ne saurai du reste jamais quelle est la nature exacte de la terrible infection respiratoire dont j’ai été victime. Les rapports des médecins sont d’un flou artistique total.

Je suis surpris par ma voix. Mon élocution est laborieuse. Le son est rocailleux. L’idée selon laquelle je ne pourrais plus chanter me déprime un peu plus.

L’intervenant me pose des questions du genre :

- Qui êtes-vous ?

- En quelle année vivons-nous ?

- Qui est le Président de la république ?

- Qui était son prédécesseur ?

A cette dernière question je réponds, agacé : « Nicolas SARKOZY, mais sur le sujet, il vaudrait mieux ne pas trop insister ! »

Il me sourit en me disant : « Je vois que tout va bien! »

Pour ma part, je ne comprends pas réellement dans quel état je suis et pourquoi on s’intéresse autant à moi. Le même jour, ma fille Céline me rend visite. Je ne réalise même pas qu’elle est venue de Cahors pour me voir. Je lui dis de ne pas se mettre en retard.

« Mais Papa, voilà une semaine que je viens te voir tous les jours… » Mon épouse et mon fils me confirmeront qu’ils ont eu peur pour moi. Mais à ce moment précis, je n'imprime pas comme on dit. Ce n’est que plus tard que j’intégrerai le fait que Dame faucheuse, la mort, a bien tenté de me séduire. J’ai bien failli succomber à son charme ! Bien sûr qu’elle m’aura un jour ou l’autre, mais en tous cas pas cette fois ! Mieux vaut essayer d’en rire !

Ce qui m’étonne encore aujourd’hui, c’est mon inconscience sur mon état de santé que j’ai ignoré dans les jours qui ont suivi. Un matin je me lève de mon lit sans autorisation pour prendre une revue et je me ramasse en moins de deux sur le sol. Un stagiaire affolé alerte tout le monde. Mes lunettes sont brisées et je reçois l’engueulade de ma vie par le personnel soignant.

Lors de ma sortie de l’hôpital, ma compagne me propose de me soutenir pour traverser la cour.

Je refuse son aide avec un orgueil mal placé et je m’affale littéralement dans la voiture. Le lendemain est un jour de Toussaint. Je décide, comme j’en ai pris l’habitude, de me rendre sur la tombe de mes parents à PLAIMBOIS DU MIROIR, un voyage de 150 Km. Au volant, je laisse vagabonder mon esprit en écoutant BRASSENS, quand brusquement, ma roue avant droite mord l’accotement. Je donne un coup de volant pour ramener le véhicule sur la chaussée mais mon geste est trop brusque et l’ OPEL amorce un dérapage tel que j’ai toutes les peines du monde à la remettre dans l’axe. Cette fois c’en est trop, je m’arrête, je me prends la tête entre les mains et je réfléchis.

Je me dis que je suis entrain de « déconner. » Je n’en ai pas le droit, eu égard au fait que je viens d’échapper de justesse à la mort. Je rentre prudemment en me concentrant sur la conduite avec le pied léger sur l’accélérateur.

Pourquoi n’ai-je pas eu la prudence de rester à la maison comme le suggérait mon entourage ?

Plus tard, je dirai que « j’avais envie de reprendre rapidement le cours normal de ma vie. »

Cette phrase me vaudra une réflexion agacée de l'une de mes amies. « Alors tu as failli mourir et pour reprendre le cours normal de ta vie, tu ne trouves rien de mieux que d’aller au cimetière ?! » Ce n’est pas très adapté en effet, je dois m’incliner, mais cela rend compte aussi d’une sorte de perte de repères après un traumatisme.

Il me faudra de longues semaines, voire des mois pour récupérer, retrouver des forces physiques. Cet épisode de ma vie m’a considérablement diminué. Tout le monde pense que lorsqu’on a vu la mort de près, on voit la vie autrement, de manière plus optimiste, ce n’est pas tout à fait mon cas.

Certes chaque matin, j’ai plaisir à m’éveiller en constatant que j’ai passé une bonne nuit et en sentant que j’ai de l’énergie en réserve pour agir. Aujourd’hui, je suis réellement entrain de me reconstruire comme disent si bien les psys.

Le travail que je suis entrain de faire sur moi me conduit à penser que je ne suis pas très fier de ce que je suis devenu : un homme refermé sur lui-même avec une tendance à l’égoïsme, un homme aigri, parfois même parano, fermé, bougon ( je l’étais déjà, ) colérique. Je suis entrain de travailler à corriger cette image, mais ce n’est pas simple et cela prend du temps. D’aucuns me disent que je devrais « voir quelqu'un. » Voir quelqu'un c’est faire une psychothérapie et je ne me sens pas prêt. Pour autant, je souhaite vivement adresser à mes proches un message de reconnaissance.

Je voudrais d’abord, remercier chaleureusement Yvette, ma compagne de toujours. Elle partage ma vie depuis 1973…

Elle n’est pas aussi passionnée que moi de politique ou de syndicalisme, mais elle a toujours eu une conscience, des idéaux et une conception de la vie proche de la mienne. Elle s’investit bénévolement au secours populaire, ce qui constitue un très bel acte militant. Elle a toujours affiché beaucoup de respect pour mes engagements. Elle ne m’a jamais ouvertement désavoué même quand elle ne partageait pas mes colères. Elle m’a apporté un soutien sans faille, au moment où mon pronostic vital a été engagé. Cela crée des liens !

Elle mérite également des remerciements pour son incroyable patience quotidienne. En effet, depuis plusieurs années, elle supporte mes sautes d’humeur et parfois ma déprime liée à la maladie chronique d’insuffisance cardiaque que je m’efforce de dompter mais qui altère considérablement ma vie.

Si elle n’était pas à mes côtés, je ne trouverais pas la force d’écrire ces lignes. Merci pour son amour et qu’elle soit assurée du mien.

Merci aussi à mes enfants d'être ce qu'ils sont. Merci à leurs conjoints qui m'ont soutenu.

J’aimerais enfin faire un clin d’œil à LILY et MILA mes deux petites filles, de même que TINO qui a vu le jour depuis peu et pour lequel j’ai déjà fabriqué des jouets en bois. Mon cœur sera plein de joie si un jour j’ai la chance d’apprendre que mes petits enfants ont lu mes livres. Pour MILA, cela ne saurait tarder.

Elle aime déjà me voir jouer de la guitare et chanter de même que LILY. Quelle joie de les voir me faire des grands signes par la fenêtre au moment où je m’approche de leurs maisons… Tout cela constitue le carburant de la vie.

Notre famille est unie et solidaire, quoi qu’il arrive. Cela peut sembler normal et naturel, mais ce n’est pas le cas de toutes les familles, y compris celles qui se gargarisent des valeurs qu’elles représentent.

Mon expérience en milieu hospitalier est assez significative pour que je puisse m’exprimer sur le système social français, dont les politiciens de droite et d’extrême droite aimeraient tant s’affranchir. Oui notre merveilleux système social français dont j'ai mesuré l'efficacité, est gravement menacé par l'économie de marché, le libéralisme sauvage.

MACRON nous dit que cela nous coûte un pognon dingue, Marine LE PEN veut supprimer l’AME, (Aide Médicale d’Etat) pour tous ceux qui ne sont pas français de souche.

Une fois de plus, la droite se montre sous son vrai visage : barbare et inhumain. Ils veulent faire de la santé un business à l’américaine dans lequel les choses se passent ainsi : « T’as pas d’argent, t’es pas malade ! » comme le raconte l’humoriste Patrick TIMSIT.

A partir de mes nombreux séjours à l’hôpital public, je voudrais témoigner de l’extraordinaire dévouement et de la disponibilité sans faille du personnel médical et soignant. J’ai eu le temps de mesurer leurs conditions de travail terribles et qui pour autant n’affectent pas la qualité des soins qu’ils prodiguent.

Cependant, mon idée est la suivante : si on continue à faire de la comptabilité pour rentabiliser les centres de santé, si on s’acharne à ne pas créer de postes d’infirmières et d’aides-soignants, si on continue à sous payer le personnel dit subalterne, alors nous allons tout droit vers une catastrophe humaine.

Déjà, ces agents hospitaliers se plaignent de subir des agressions de la part de certains patients. Ce n’est pas que les malades soient devenus fous, c’est juste parce que malgré toute sa bonne volonté, le personnel soignant ne parvient pas à s’en sortir et son problème consiste à hiérarchiser les priorités. Le problème ne date pas d’hier.

Je me souviens avoir accompagné l’un de mes collègues qui avait fait un grave malaise, aux urgences médicales il y a déjà quelques années. Voyant que personne ne s’occupait de lui, je m’étais permis d’interpeller un médecin. Elle m’avait vertement recadré :

Monsieur ! Des gens qui ne sont pas bien, je n’ai que cela ici !!! » J’ai bien compris qu’elle peinait à définir la chronologie de ses interventions.

Cela génère un terrible stress et vouloir en rajouter avec des critères de rentabilité en considérant un centre de soins comme une entreprise, est une conception lamentable, visant à faire de la santé un marché. Il faut combattre sans ménagement, cette honteuse orientation.

Mais il y a pire ! Ceux qui veulent séparer les bons patients des mauvais. Madame LE PEN avec les bons français, auxquels il faudrait réserver l’exclusivité des soins et Nicolas SARKOZY qui s’est illustré également sur le sujet. Cet homme, en bon chrétien, nous disait en substance lors de la campagne des primaires de la droite en 2017, vouloir déposer un projet de loi.

Selon sa vision, les patients atteints de maladie chronique, cancers, maladies cardio-vasculaires qui continueraient de fumer ou de boire de l’alcool malgré les injonctions du corps médical, ne seraient désormais plus pris en charge par le système de protection sociale! Il fallait nous la sortir celle-là ! Elle mérite le numéro un du hit-parade de la pensée de la droite ultra-libérale !

La protection santé doit être maintenue quel qu’en soit le prix. Même s’il faut veiller à une certaine rigueur de gestion, les économies ne doivent en aucun cas devenir la finalité, car s’il en était ainsi, on ne tarderait pas à entendre des énormités comme celles proférées par l’extrême droite en Belgique, à savoir : « A partir d’un certain âge, il faut laisser les gens mourir !!! »

J’adore écouter les libéraux. Ils nous disent : il faut lutter contre le chômage, sous-entendent que les chômeurs sont des feignants, qu’il y a des postes non pourvus, et « en même temps », selon la formule macronienne magique, ils déploient des moyens démesurés pour supprimer ou ne pas créer d’emplois dans les secteurs nécessiteux comme la santé, parce que cela coûte ! Il faudra noter par ailleurs le mépris du capitalisme, pardon, de l’économie de marché, pour toutes les professions dites subalternes de santé, accompagnants, psychologues, aides-soignants, infirmiers, auxiliaires de vie avec des grilles de salaires lamentables au regard des compétences nécessaires à ces professions.

Devant de telles aberrations, souffrez donc que je puisse être révolté par le fait que le pouvoir veuille baisser le niveau de protection sociale parce qu’il faut faire des économies pour réduire la dette publique.

Il faut donc combattre cette orientation et ne rien lâcher.

ETRE NE QUELQUE PART

« Dans la vie, il y a ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien. » EMMANUEL MACRON

« Est-ce que les gens naissent égaux en droits, à l'endroit où ils naissent ? »

MAXIME LE FORESTIER

Le paradoxe entre les deux citations est flagrant. Côté cour, surgit le bulldozer arrogant, affichant sans hésiter son mépris de classe et la puanteur de sa « réussite». Côté jardin, le poète réfléchit, s'interroge, suggère à l'instar de son maître, BRASSENS.

Choisissez votre camp camarades lecteurs ! Je vous laisse deviner lequel est le mien.

L'endroit où je suis né un jour de DECEMBRE 1950, c'est PLAIMBOIS DU MIROIR. Le nom fleure davantage la poésie que le ruissellement financier.

Il s'agit d'un village situé juste au-dessus de la vallée du DESSOUBRE, affluent du DOUBS.

En ce début des 30 glorieuses où le pays a besoin de bras pour panser les plaies de la guerre, il est composé d'une centaine d'habitants, paysans pour la plupart.

« Dans son vieux pardessus râpé, il s'en allait l'hiver l'été, dans le petit matin frileux, mon vieux...2 »

Mon père est paysan. Pardon non, il est aussi maçon! Enfin, je ne sais plus trop, mais il sait démonter et réparer un moteur, dresser des murs, concevoir et construire un escalier, crépir une façade, installer portes et fenêtres, bref, bâtir une maison... Dans ses « moments perdus », il « travaille pour la commune ».

Il a été en première ligne, lorsque la Municipalité, au début des années 60, a décidé de construire un nouveau bâtiment pour abriter la Mairie. De la même façon, il a joué un rôle clef dans le projet d'installation d'eau courante : construction et gestion de la station de pompage.

Il est aussi pompier! Quand il y a le feu, Gustave est sur le pont!

Un peu partout dans le village, lorsque l'on a un souci, c'est Gustave que l'on vient voir. Il est le « couteau suisse » des habitants. Le fromager pour une « pompe qui déconne», le garde forestier pour une soudure à faire sur un outil, l'institutrice pour un carreau cassé par « ces sales gamins» ou le tableau qui tombe du mur, le bûcheron pour affûter sa lame. La liste est loin d'être exhaustive.

Je me souviens aussi d'une procession au flambeau un soir du 15 août, avec une croix en bois, équipée d'une guirlande électrique. Elle a été entièrement fabriquée par mon père avec de simples ampoules et un branchement en série.

Elle scintille de 1000 feux auprès de la statue de la vierge et le curé est ravi.

Ma mère s'occupe des quelques vaches, poules, lapins et jardins avec mes frères et sœurs avant que je ne rentre à mon tour dans le circuit. Mes grandes sœurs commencent à travailler à l'usine pour faire bouillir la marmite.

Ainsi vit la famille en ce début des années 60. Je n'ai pas l'impression de manquer de quelque chose et pourtant, cela « tire » dur du côté financier. Les fins de mois sont difficiles, surtout les 30 derniers jours, dirait COLUCHE.

Un souvenir marquant m'est revenu. A l'époque, le jour de congé des écoliers c'était le jeudi. Le jeudi c'est aussi le jour où passe l'épicier du RUSSEY, avec son « tube » gris.

Tous les gens qui ont connu cette époque savent ce qu'est le « tube». Le rituel est bien établi. Avec ma sœur, Anne Marie, nous allons « au cul du camion » de l'épicier, qui nous remet toutes nos commissions, à partir d'une liste établie par notre maman. Le système est bien rôdé mais ce jour- là, les choses ne se déroulent pas tout à fait comme à l'accoutumée.

Je revois la scène avec précision.

Je ne sourcille pas en entendant ma sœur lui annoncer qu'il sera payé la semaine prochaine. Mais cette fois, le commerçant habituellement très aimable se rembrunit.

Il fait signe à ma sœur de s'approcher, sans doute pour éviter que le « petit » que je suis, n'entende la conversation mais je comprends l'essentiel, enfin presque.

« Ça marche pas ça, depuis le temps ! Demain, je fais mon compte à l'huissier... »

Je devrais plutôt dire que j'entends davantage que je ne comprends. Je sais qu'il s’agit d'un problème d'argent, de sous, comme on dit à l'époque, mais je suis bien loin d'en mesurer toute la portée et toute la gravité. Je me demande qui peut bien être ce type que le marchand appelle

« LUISSIER ».

Notre mère une fois informée se met à pleurer. Elle pleure souvent sans que je sache réellement pourquoi, mais j'y suis presque habitué. Quel âge puis-je avoir à ce moment- là? 10, 11 ans peut-être ?

Non, même pas puisqu'il me revient que nous en sommes encore à l'ancien franc. Or, le nouveau franc est apparu en 1960, j'ai donc moins de 10 ans.

Ma mère me charge d'une mission. Dans un petit coffret placé sur le petit meuble de la salle à manger, il y a toujours une réserve de pièces de monnaie. Nous en sommes encore aux anciens francs puisqu'il y a ces pièces blanches d'une valeur de 1, 2 ou 5 centimes, 20, 40 ou 100 sous selon les anciens.