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« Cultiver et garder la création est une indication de Dieu donnée non seulement au début de l’histoire (Genèse 2.15), mais à chacun de nous; cela signifie faire croître le monde avec responsabilité, en le transformant afin qu’il soit un jardin, un lieu vivable pour tous. » (Pape François)
Le lien profond entre l’eau et le droit à la santé est l’un des thèmes abordés pour dénoncer les urgences sociales et géopolitiques inhérentes à la plus essentielle des ressources. À une époque marquée par les catastrophes environnementales liées au changements climatique, par la consommation humaine excessive des ressources de la planète, l’eau est analysée comme un emblème de l’équilibre naturel que les êtres humains ne peuvent continuer à altérer sans s’anéantir.
La dénonciation d’enjeux qui ne peuvent être différés, comme le droit d’accès à l’eau potable de moins en moins évident, ou la sécheresse, cause de conflits et de flux migratoires, s’accompagne d’une analyse de la dimension spirituelle, culturelle et artistique avec laquelle l’homme à travers les siècles s’est lié à l’élément naturel, source de vie par excellence. Le cri des scientifiques attend d’être relancé par un puissant sursaut de conscience étique. N’oublions pas que, comme l’a dit le philosophe-anthropologue Loren Eiseley, « s’il y a de la magie sur cette planète, elle est contenue dans l’eau ».
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Veröffentlichungsjahr: 2023
Le salut e le souhait du Pape François
Préface
Préface
Introduction
Introduction
Première partie
Dans une modernité « liquide »
Les civilitations des fleuves
Il est facile de dire H2O
Le cycle de l’eau
La crise hydrique, une urgence planétaire
Îles en plastique
Les guerres pour l’or bleu
À l’Ouest, quelque chose de nouveau
Eau claire
L’eau en Bourse
Eau et santé : les droits mondiaux
Sur le chemin de l’eau
Deuxième partie
Volonté et créativité
L’eau et la sœur du Soleil
Le temps de l’hydrogène
La deuxième vie de l’eau
L’étreinte globale du Pape François
L’univers rose est vert
En Méditerranée, des sources d’espoir
Crimes contre l’environnement
Troisième partie
De la nature à l’imaginaire
La religiosité et l’eau
Dans la Bible
Dans le judaïsme
Dans le christianisme
Dans l’Islam
Dans le bouddhisme
Dans l’hindouisme
Dans le taoïsme
La mémoire de l’eau
Les thermes
Humanae litterae
Pour une civilisation de l’eau
Les arts visuels
La musique
L’eau et l’architecture
Le cinéma
Eau qui monte dans le ciel…
Postface
Remerciements
© Copyright Infinito edizioni, 2024
Première edition : avril 2021 Infinito edizioni S.r.l.
Formigine (Modena)
courrier électronique: [email protected]
Site Internet : www.infinitoedizioni.it
Facebook : Infinito edizioni
Instagram : Infinito edizioni X : @infinitoed
ISBN 9788868617141
Couverture : Infinito edizioni
Illustration de la couverture: Lucio Trojano (par courtoisie)
Mise en page et graphique: Infinito edizioni
À oncle Peppe, qui reconnaît la musicalité
de l’existence même au centre d’un tourbillon
À ma Julie, qui commence à naviguer
comme une adulte dans les eaux de la vie
À l’amour, qui me donne un port calme à chaque tempête
“Il y a un réserve d’eau de mille ans dans mon âme.”
(Abdelmajid Benjelloun)
Santa Marta, 19 février 2021
Chère Madame,
Par l’intermédiaire du Révérend Père Bernard Ardura, vous avez voulu exprimer vos sentiments d’adhésion à mon Magistère de Successeur de Pierre, en combinant l’œuvre « Le sens de la soif» aux thèmes de la communauté et de la fraternité.
Je vous remercie de ce que vous avez bien voulu me représenter ainsi que pour votre travail, fruit de votre activité quotidienne et d’un minutieux recueil de thèmes aujourd’hui particulièrement actuels, et j’espère qu’il pourra favoriser le respect et la protection de la Création. Cultiver et conserver la Création est une indication que Dieu a donnée non seulement au début de l’histoire (voir Genèse 2.15) mais aussi à chacun d’entre nous, pour faire grandir le monde avec responsabilité, pour le transformer en un lieu habitable pour tous.
En vous demandant de continuer à prier pour moi et pour mon service à l’Eglise, je vous assure moi aussi, pour ma part, de mon souvenir dans mes prières pour vous et vos proches et je vous donne volontiers la Bénédiction Apostolique.
Francesco
La lettre en italien du pape François à l'auteur du livre
de Vandana Shiva
Scientifique, écologiste, activiste et écrivaine
Je suis une fille du Gange et de l’Himalaya, nourrie matériellement et spirituellement par Dev Bhoomi, notre terre sacrée. Les montagnes, les forêts et Mata Ganga ont façonnés mon imagination, mes connaissances, ma science, ma vie, mon activisme.
J’ai été une activiste pour l’écologie pendant quatre décennies, inspirée par le mouvement Chipko qui est né au début des années soixante-dix dans ma région du Garhwal Himalaya, en Uttarakhand.
Uttarakhand est l’origine du fleuve sacré Gange et de ses affluents. Le Gange qui est pour nous une mère, Mata Ganga, est la bouée de sauvetage de l’Inde. Les sources du Gange ont été déclarées lieux sacrés. La matérialité et la spiritualité ne sont pas séparées dans la culture indienne. C’est la première raison pour laquelle j’ai beaucoup apprécié un livre dans lequel on passe des thèmes « matériels » les plus urgents à une più profonde spiritualité. Les fleuves sont sacrés et représentent également les fondamentaux écologiques de notre économie et société.
Le pèlerinage Char Dham, aux quatre lieux sacrés de Gangotri, Yamunotri, Kedarnath et Badrinath, avait l’objectif de nous connecter culturellement et spirituellement aux sites sacrés de la terre, de nous connecter écologiquement à la source de la vie, les sources de nos fleuves.
Chaque année les glaciers de l’Himalaya perdent un demi-mètre de neige. Les causes ainsi que les conséquences ne sont pas locales. La fonte des glaciers est directement liée aux industries, aux combustibles fossiles et aux émissions de GES. La formation des lacs glaciaires due à la fonte des neiges a doublé ces sept dernières années. Le déboisement et la construction de barrages et d’autoroutes sont réalisés par des entreprises nationales et par des constructeurs qui ne sont pas locaux. A tout cela s’ajoute le changement climatique qui accélère les catastrophes dans le fragile Himalaya.
L’Himalaya, la montagne de neige, est le troisième pôle qui fournit l’eau à la moitié de la population mondiale. Mata Ganga et nos fleuves intarissables sont alimentés par les glaciers e représentent la bouée de sauvetage de la moitié de l’Inde, créant des plaines fertiles qui fournissent la nourriture depuis des milliers d’années.
Les catastrophes himalayennes sont une menace existentielle pour l’Inde, matériellement mais aussi spirituellement. Nous devons écouter le cri de l’Himalaya car notre bien-être et notre survie dépendent du Gange Himalaya.
Aujourd’hui, poussés par l’avidité et la corruption, nous ignorons la culture du sacré et la fragilité écologique de l’Himalaya. Le sacré impose des limites. La fragilité écologique impose des limites. La justice impose des limites. Aujourd’hui ces limites sont violées puisque les fleuves sont endigués et détournés pour l’électricité. Le pèlerinage Char Dham est en train de devenir un simple lieu de tourisme de masse et de consommation. Ce livre pour lequel Fausta Speranza ha choisi un très beau titre, Le sens de la soif, est un rappel précis à ces limites. Et le fait que pour faire face à ces problèmes il existe des solutions et des « sources » de pensées et d’esprit est non seulement passionnant mais aussi efficace parce qu’il nous rappelle que nous n’avons plus d’excuses. Il existe une voie pour repousser la cupidité et la corruption et redécouvrir la connexion avec la vie.
Les catastrophes himalayennes, comme la tragédie du 7 février 2021, sont une conséquence de l’ignorance et de l’avidité, l’avidité d’extraire la dernière goutte de pétrole et de gaz du sous-sol, le dernier kilowatt d’énergie du dernier fleuve, y compris de notre mère sacrée Gange et de ses affluents, le dernier centime, la dernière roupie de la nature et des travailleurs.
La catastrophe de 2021 a eu lieu dans la Rishi Ganga Valley, près de Reni, où étaient en construction des tunnels du projet Rishi Ganga. Le Rishi Ganga se jette dans l’Alaknanda, un affluent du Gange. Reni est le village d’où des femmes, comme Gaura Devi, ont lancé l’alarme sur la fragilité de l’Himalaya il y a quarante ans, après le désastre de Alaknanda en 1970, et c’est là que s’est tenue la première manifestation du mouvement Chipko. L’inondation causée par un grand glissement de terrain a submergé cent kilomètres carrés, provoqué l’abandon de 101 villages, détruit 604 maisons, balayé sept ponts, dévasté cinq cents acres de récoltes, écuries et moulins à eau. 142 animaux et 55 personnes sont morts. Certains rapports parlent de 200-250 personnes emportées par l’eau.
Déjà dans le passé, les femmes ont immédiatement établi un lien entre la déforestation et les glissements de terrain et les inondations, soulignant que les produits primaires de la forêt ne sont pas le bois et les revenus, mais le sol et l’eau. Les forêts laissées en place pour protéger les pentes fragiles de l’Himalaya fournissent plus à l’économie que si elles sont exploitées pour le bois mort. Pendant plus d’une décennie les manifestations non violentes des activistes Chipko ont empêché le déboisement.
Seulement après le désastre de l’Uttarkashi en 1978 le gouvernement a reconnu que ces femmes avaient raison. Les dépenses publiques pour résoudre les problèmes des inondations étaient supérieures aux gains de l’exploitation du bois; le gouvernement a donc dû reconnaitre que ce qu’affirmaient mes sœurs de Chipko était scientifiquement fondé. L’économie réelle des forêts himalayennes se basait exclusivement sur le sol et le débat sur l’eau et la prévention des inondations et de la sécheresse était fondamental.
En 1981, en réponse au mouvement Chipko, la déforestation a été interdite sur plus de mille kilomètres dans le Garhwal Himalaya. Aujourd’hui le gouvernement reconnait que la sylviculture dans le fragile Himalaya doit être une sylviculture de conservation qui maximise les services écologiques de la forêt pour sa protection et non une sylviculture d’extraction. Mais cinq cents barrages sont prévus dans notre région sur l’eco-système du Gange et on parle de faire exploser des montagnes pour construire des tunnels pour des projets hydroélectriques. La plupart des personnes qui sont mortes ou disparues pendant la catastrophe de 2021 étaient des travailleurs des chantiers du tunnel du projet hydroélectrique du Rishi Ganga près de Reni et du barrage de Tapovan à Dhauliganga.
Les entreprises privées font des profits. La nature, les communautés locales et les ouvriers payent de leur vie.
La catastrophe de Kedarnath en 2013 a provoqué cinq milles morts et presque cent milles disparus. Cela aurait dû être un signal d’alarme : le fragile et sacré Himalaya ne peut supporter le lourd impact écologique de la cupidité et du consumérisme illimités.
Nous l’avons ignoré et avons subi une autre catastrophe en 2021.
Notre analyse sur la catastrophe de Kedarnath en 2013 a démontré que la plupart des glissements de terrain étaient dus aux explosions faites dans les chantiers des tunnels des projets hydroélectriques. Les explosions déclenchent des milliers de glissements de terrain. Quand les premières pluies arrivent, ces glissements remplissent les lits des fleuves de gravats. Il n’y a plus de place pour que l’eau coule. Nous sommes littéralement en train de voler l’espace écologique à nos fleuves. Et quand ils n’auront plus d’espace pour couler, ils déborderont, dépasseront les berges et causeront des inondations.
D’habitude les inondations arrivent après une abondante mousson. En 2013 elles ont eu lieu dès les premières pluies. La mousson est arrivée tôt et la pluie a été plus forte que la normale. C’est l’instabilité climatique. En même temps les dommages écologiques causés par un développement mal contrôlé ont réduit la capacité de l’écosystème montagnard d’affronter les pluies abondantes.
Le chaos climatique s’ajoute à la vulnérabilité. Kedarnath, le sanctuaire di Shiva du VIIIème siècle, se situe à la source du fleuve Mandakini, un autre affluent du Gange. Les dégâts à Kedarnath sont dus à la rupture du glacier Kedar Dome qui a causé la crue du lac glaciaire Charbari. Ce sont des catastrophes climatiques. Nous devons reconnaitre que nos glaciers sont menacés et que la fonte des glaciers provoquera d’autres catastrophes. Anticiper et éviter les catastrophes est un devoir du gouvernement. Mais pour cela il faut une science écologique honnête et solide et une démocratie participative honnête et solide. Et un mérite du livre de Speranza est qu’il parle entre autres de la fragilité des démocraties.
Pour éviter de futures catastrophes nous devons écouter nos montagnes et nos fleuves: comprendre leur fragilité écologique et nous nourrir de leur vitalité spirituelle. Nous devons être informés sur les plus récentes recherches scientifiques regardant l’écologie comme le suggère la deuxième partie de ce livre qui, à ce propos, fournit quelques idées. Il est en effet fondamental de dépasser ce modèle obsolète qui assimile le commerce et le profit au “développement”. Le véritable développement se fait en respectant les lois de la Terre Mère, les lois de l’Himalaya sacré et du Gange sacré. Nous avons besoin de gentillesse et de respect, d’attention et d’amour.
Ce que nous raconte très bien ce livre – le livre d’une autre femme – est que si nos fleuves sont respectés ils deviennent fleuves de vie mais, dans le cas contraire si on les viole, ils peuvent devenir fleuves de mort.
par Pasquale Ferrara
Ambassadeur et professeur d’université de Relations internationales
Au XXIe siècle l’eau est incontestablement un front des relations internationales. Presque toujours les récits sur la dimension hydrique de la politique mondiale, font référence à une logique concurrentielle, voire conflictuel, comme si l’eau était la ressource principale destinée à remplacer, dans la confrontation interétatique, ce que le pétrole ou le gaz, et avant cela le charbon et l’acier, étaient pour le XXe siècle.
En réalité, l’eau en tant que facteur de la politique internationale a un caractère structurellement ambivalent. C’est sans doute une source de différends ou de conflits qui risquent de dégénérer, comme dans le cas du projet éthiopien du « Grand barrage de la Renaissance » (GERD) sur le Nil Bleu, qui a créé des tensions avant tout avec l’Égypte, qui craint un impact sur le débit du Nil. Si, dans l’imaginaire collectif, le Nil est inextricablement lié à l’Égypte, la réalité parle plutôt d’un très grand bassin fluvial englobant dix pays différents. L’Égypte, précisément, mais aussi le Soudan, le Soudan du Sud, l’Éthiopie, l’Érythrée, le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi et la République démocratique du Congo. Cela parce que le Nil principal naît à Khartoum de l’union des eaux du Nil Bleu et du Nil Blanc, qui prennent leur source respectivement au lac Tana en Éthiopie et au lac Victoria, dont les eaux englobent les frontières du Kenya, de l’Ouganda et de la Tanzanie. Les tensions qui naissent autour des eaux transfrontalières (« interactions hydro-politiques ») touchent des questions particulièrement sensibles telles que la sécurité nationale, les opportunités économiques, la durabilité environnementale et l’équité. Il s’agit d’un problème mondial : près de 40 pour cent de la population mondiale dépend de systèmes fluviaux partagés par au moins deux pays.
Le projet du « canal de la paix » entre la mer Rouge et la mer Morte (avec les installations de dessalement et hydroélectriques), va en principe, vers une direction de détente et de partage des intentions. Cependant sa réalisation est toutefois liée, d’une part, au plein accord d’Israël, de la Jordanie et de la Palestine et, d’autre part, à la recherche de financements importants de la part d’organismes internationaux, en premier lieu la Banque mondiale. Dans ce cas, le lien entre l’eau, les infrastructures et la politique serait interprété de manière pragmatique et en termes de dividendes économiques et de négociation pour tous les acteurs impliqués.
La question de l’eau ne peut donc être séparée de thèmes plus vastes et plus complexes. L’approche multidimensionnelle du livre de Fausta Speranza reflète bien l’interconnexion, les renvois, les ramifications de ce thème, entre politique et écologie, entre éthique et esthétique, entre histoire et prophétie, entre archétypes et témoignages. Une contribution de réflexion pour démêler l’imbrication des événements et des approches qui ont toujours été liés à la thématisation symbolique et pragmatique de l’eau.
Un cas paradigmatique à sa façon est la crise du lac Tchad. C’est l’un des « réservoirs » d’eau les plus importants d’Afrique, dans lequel puisent tous les territoires environnants appartenant à quatre États différents: Tchad, Cameroun, Nigeria et Niger. Toutefois, la surface de ce réservoir a diminué d’environ 90 pour cent depuis les années 1970. L’urgence du lac Tchad, à y regarder de plus près, est une imbrication de différentes crises. En effet, une combinaison de plusieurs facteurs rend le contexte particulièrement précaire: le changement climatique a accru la vulnérabilité environnementale d’une région déjà fragile, entraînant de graves sécheresses et des conséquences négatives sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, ainsi qu’un stress hydrique; en même temps, on assiste à une forte augmentation démographique (le Niger et le Tchad ont des taux de fécondité parmi les plus élevés au monde); la chute du coût du baril de pétrole a accru l’inflation ainsi que le coût des produits de première nécessité. À cela s’ajoutent des phénomènes de corruption généralisée, qui se développent lorsque les opportunités économiques « légales » se réduisent et que la misère s’étend, la population est exposée aux raccourcis de la criminalité transnationale et de nouvelles tensions migratoires sont créées. Boko Haram opère dans la région, le groupe terroriste fondé en 2002, qui est présent principalement dans le nord-est du Nigeria, mais qui s’est aussi propagé dans les pays voisins dans le but de déstabiliser toute la zone. La crise multisectorielle du lac Tchad est avant tout la preuve du lien très étroit entre des phénomènes apparemment distincts tels que le chaos environnemental, le terrorisme, la migration et le sous-développement.
Un rapport de 2006, mais toujours actuel, du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), entièrement consacré à l’eau (Beyond scarcity : power, poverty and the global water crisis) est très clair sur les implications pour le développement humain et les situations transnationales liées à l’eau. La « sécurité hydrique » fait partie du concept plus large de sécurité humaine, et implique que lorsque l’accès à l’eau est interrompu, les êtres humains courent des risques très graves en ce qui concerne les conditions de santé et l’indisponibilité de moyens de subsistance. Quant aux aspects transfrontaliers, le rapport cité déclare que même dans le cas où les pays adoptent des lois concernant l’eau considérée comme un bien national, il n’en reste pas moins que la ressource en elle-même traverse les frontières politiques sans aucun passeport, en passant sous forme des rivières ou de lacs. En outre, les eaux transfrontalières mettent en relation, à l’intérieur d’un système partagé, des utilisateurs situés dans différents pays. La gestion de cette interdépendance représente l’un des grands défis en matière de développement humain avec lesquels la communauté internationale doit se confronter.
J’ajouterais qu’une gestion partagée des ressources en eau de la planète nous ramène à la question des biens communs mondiaux, et au problème certainement pas théorique de la non-excluabilité (accès universel) et de la non-rivalité (utilisation inclusive).
La seule façon de résoudre cette imbrication de thèmes liés à l’eau au niveau international est probablement de libérer l’eau du concept de souveraineté « propriétaire » et d’introduire des solutions qui vont dans le sens de l’intégration, c’est-à-dire vers l’exercice d’une souveraineté fonctionnelle et partagée. Une souveraineté hydrique intégrée est une souveraineté responsable, non seulement à l’égard des citoyens, mais aussi à l’égard des personnes concrètes et de leurs besoins et surtout à l’égard des générations futures.
par Francesco Profumo
Académicien, déjà président du CNR (Conseil national de la Recherche) e ministre italien de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche
L’eau, qui est analysée dans ce livre sous différents aspects, mais aussi en tant que symbole de la problématique environnementale dans son ensemble, pose des questions décisives dans notre époque technologiquement aussi puissante qu’ambiguë. Les mécanismes et les dynamiques de l’intelligence artificielle s’affirment, les processus de travail sont de plus en plus automatisés, les personnes sont de plus en plus en symbiose avec les outils numériques, mais tout cela se déroule alors que la planète se consume au point de menacer la sécurité hydrique. Nous atteignons des conquêtes impensables, mais nous ne savons pas, ou ne voulons pas savoir, comment résoudre des questions fondamentales où l’existence et la dignité des êtres humains sont mises en jeu.
La technologie peut être le premier allié dans la recherche de possibles solutions, comme il est souligné dans la deuxième partie de l’ouvrage, et bien que cela nous donne de l’espoir, il ne peut pas être suffisant. Un équilibre fait de processus de destruction de ressources, à commencer par les plus essentiels à la vie, et en parallèle, des efforts pour endiguer ces mêmes processus, ne peut pas fonctionner. Plutôt, il faut que l’ensemble du système de relations entre les êtres humains, la technologie et l’environnement soit repensés. Il est donc important de juxtaposer, comme le fait l’autrice, le message de l’encyclique Laudato si’ du Pape François à l’examen attentif des catastrophes environnementales, aux perspectives des technologies vertes, mais aussi au patrimoine humaniste, religieux et artistique. En fait, toutes les sphères de la connaissance sont appelées à coopérer si, comme cela semble évident, il est temps de développer une sorte de nouvelle anthropologie adéquate pour répondre aux nouvelles opportunités techno-scientifiques et qui puisse inspirer et guider un engagement politique à la hauteur des enjeux.
L’histoire mythologique de Prométhée vient à l’esprit. Il est le titan qui donne aux hommes le feu, qui reste le symbole de la technique. Son nom en grec est Προμηθεύς et signifie «celui qui réfléchit d’abord». Le nom choisi est déjà une invitation à un comportement attentif et conscient, qui dans la dynamique vertigineuse du monde actuel semblerait aller à contre-courant. Parmi les différentes vicissitudes racontées, le Titan, après avoir donné le feu aux hommes, vole le coffret dans lequel la déesse Athéna préserve l’intelligence et la mémoire. C’est comme dire qu’il n’a pas pu fournir de technologie à l’humanité sans esprit critique. Albert Einstein nous a mis en garde lorsqu’il a déclaré :
« Les machines un jour pourront résoudre tous les problèmes, mais jamais aucune d’entre elles ne pourra en poser un ».
Nous vivons un changement de l’époque, que nous appelons « révolution numérique », dans lequel non seulement les techniques numériques interagissent, mais aussi les techniques physiques et biologiques, sans oublier les transformations de la technocratie et de la techno-politique. Nous assistons à un une transformation culturelle à une échelle énorme, cruciale et passionnante comme l’explique Le sens de la soif.
Nous pouvons demander à des algorithmes de concevoir des actions, mais nous ne pouvons pas déléguer à des machines la tâche de bien diriger l’utilisation du pouvoir technologique et de ses implications. Il s’agit de défis difficiles, mais en fin de compte, il est simple de comprendre qu’il faut de la volonté, et pour cela il est bon de commencer par la simplicité de l’eau.
par Leonardo Becchetti
Professeur d’université d’Economie politiqu
L’ea u est sans aucun doute un bien essentiel à la vie de la planète. Le défi de la durabilité environnementale de notre développement menace aujourd’hui sa disponibilité réelle dans les quantités minimales nécessaires afin que chaque habitant de la planète puisse mener une vie décente.
La révolution industrielle nous a permis de réaliser des progrès extraordinaires. Dans l’année de la naissance du Christ, la durée de vie moyenne sur la planète était d’environ 23 ans (si nous considérons aussi l’impact de la mortalité infantile) et la planète était habitée par environ 230 millions de personnes. Aujourd’hui, nous sommes environ 7,8 milliards, avec une durée de vie moyenne de 73 ans. Le progrès scientifique et technologique, combiné avec la révolution industrielle, “ donne ” à l’humanité d’aujourd’hui un stock de 378,5 milliards d’années de vie de plus par rapport à il y a 2020 ans.
Cependant, cet énorme développement nous a amené à toucher les limites naturelles de la planète. L’une des dimensions les plus importantes des limites de la durabilité est précisément la disponibilité d’eau. Aujourd’hui, on estime qu’il y a 2,1 milliards de personnes dans le monde qui n’ont pas d’eau potable à domicile et que mille enfants meurent chaque jour dans le monde de diarrhée causée par de l’eau infectée. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 60 pour cent de la population mondiale ne dispose pas d’installations sanitaires adéquates et environ quatre milliards de personnes souffrent de pénuries d’eau pendant au moins un mois par an.
La pénurie d’eau, disputée entre des usages alternatifs, crée des dilemmes tels que celui du grand barrage sur le fleuve São Francisco, près de Brasilia. Ici, la réduction des précipitations a progressivement rendu de moins en moins riche un trésor à partager entre les exigences de l’industrie hydroélectrique, qui a besoin d’eau en abondance et de chutes d’eau pour produire davantage d’énergie pour les grands centres urbains, de celles des agriculteurs qui la réclament pour les cultures de raisins et de goyaves, et des pêcheurs qui voient leur bassin de pêche se réduire progressivement.
Ce n’est donc pas une coïncidence si, parmi les six principales dimensions du défi environnemental identifiées au niveau mondial, on trouve celle de l’empreinte hydrique et si le but n. 6 des objectifs de développement durable des Nations Unies concerne précisément la disponibilité d’eau potable et d’installations sanitaires ( clean water and sanitation).
Dans cette perspective, les objectifs à niveau global sont les suivants :
- assurer l’accès aux installations sanitaires en mettant fin à la défécation en plein air ;
- améliorer la qualité de l’eau, le traitement de l’eau résiduaire et accroître la réutilisation en sécurité ;
- accroître l’efficacité de l’utilisation de l’eau et garantir l’approvisionnement en eau potable ;
- mettre en œuvre une gestion intégrée des ressources en eau ;
- protéger et guérir les écosystèmes liés à l’eau ;
- étendre le soutien aux activités liées à l’eau et aux installations sanitaires dans les pays en voie de développement ;
- soutenir la participation des communautés locales à la gestion de l’eau et des installations sanitaires.
Si nous voulons les atteindre, nous devons mobiliser et combiner toute notre solidarité et toutes nos capacités d’innovation pour aborder et résoudre le problème. Les questions essentielles sont l’égalité d’accès aux ressources hydriques et les techniques pour les régénérer et les gérer efficacement et sans gaspillage.
Certaines bonnes pratiques montrent la voie. En Nouvelle-Zélande, le Parlement a approuvé une loi faisant du fleuve Whanganui (le troisième plus grand fleuve du pays) une entité juridique.
Les Pays-Bas ont mis à disposition leur expérience en matière de gestion de la ressource hydrique en promouvant les compétences d’entreprises expérimentées dans la gestion de problème hydriques, qui sont de plus en plus importants pour l’avenir de la planète. Des exemples intéressants existent dans différentes régions du monde (du Burkina Faso aux États- Unis), où les limites du secteur privé à but lucratif et du secteur public ont été enregistrés ; nous considérons comme prometteuse une troisième voie, c’est-à-dire celle du secteur social privé à but non lucratif, dans lequel, conformément à un principe de participation et de subsidiarité, les communautés d’utilisateurs jouent un rôle fondamental dans la gouvernance des sociétés de gestion sous la réglementation d’une autorité indépendante
C’est pour ces raisons que l’œuvre de Fausta Speranza, entre la dénonciation et la proposition et qui est riche d’exemples et d’expériences recueillies dans les différents coins de la planète, est une contribution essentielle qui nous aide à faire des pas en avant. Dénoncer les situations critiques et partager les bonnes pratiques est le premier pas que nous devons faire pour relever le défi.
« L’eau est unique sur la Terre car elle offre ses trois visages
au regard des étoiles: solide, liquide et vapeur. »
(Philip Ball)
« Il y a des conflits entre deux cultures opposées : celle qui considère l’eau
comme quelque chose de sacré, dont la distribution équitable est un devoir
pour préserver la vie, et celle qui la considère comme une marchandise
et estime que sa possession et son commerce
sont deux droits fondamentaux des entreprises. »
(Vandana Shiva)
«Le futur de la politique ne sera plus national, mais deux grands partis émergeront partout: l’un en faveur des règles de base de respect de l’environnement et de la société, et l’autre contre ». C’est la vision du philosophe et expert en médias Derrick de Kerckhove, qui renforce notre conviction qu’il est urgent d’aborder – et de le faire au niveau mondial – les questions environnementales en relation avec les problématiques en matière de droits. Dans ce texte nous nous occupons d’eau parce qu’il s’agit du premier élément naturel, fondamental et emblématique, duquel nous devons partir pour réfléchir sur les urgences de la planète, mais aussi parce que l’eau représente un facteur clé pour la subsistance, utile pour raisonner sur un nouveau pacte social mondial.
En arrière-plan, nous gardons les considérations du philosophe polonais Zygmunt Bauman, qui a comparé le concept de modernité et de postmodernité respectivement à l’état solide et liquide de la société. Bien sûr, ce n’est qu’une belle métaphore : alors qu’à l’époque moderne tout était donné comme une construction solide, de nos jours, en revanche, chaque aspect de la vie est comme un fluide qui peut être artificiellement remodelé. Le risque est que les fondements des démocraties le soient aussi. Il convient de comprendre ce qui – dans les ferments que nous enregistrons dans la société – peut réellement « influer » sur les relations humaines. Et il est curieux d’exprimer cela avec un verbe qui vient du latin in-fluĕre, c’est-à-dire fluer.
Selon les estimations du Water Grabbing Observatory, en 2030, 47 pour cent de la population mondiale vivra dans des zones à fort stress hydrique. L’ « or bleu » peut déclencher des famines et des guerres, et l’eau potable, en particulier, est le premier droit à protéger en matière de santé. L’Assemblée générale des Nations Unies, le 28 juillet 2010, a inclus l’accès aux installations sanitaires et à l’eau potable parmi les droits universels et fondamentaux de l’homme. Mais les ressources hydriques ne sont pas distribuées de manière égale et ce droit est plus « fluide » que jamais. Entre-temps, un événement aussi potentiellement perturbateur qu’impensable est arrivé : l’eau a été cotée en Bourse. Nous en discuterons dans un chapitre ad hoc.
Il est clair que l’ensemble du discours doit être placé au niveau planétaire, de même qu’au niveau mondial le déterminisme technologique devient un déterminisme social. Le risque d’une déferlante « dictature de l’algorithme » est au cœur de la dénonciation faite par Derrick de Kerckhove, qui en 2020 a reçu à New York le prestigieux prix The Medium and the Light Award pour son travail infatigable d’avant-garde dans le domaine de l’écologie des médias. L’alternative peut être une forme de gouvernance mondiale qui puisse sauver les principes des systèmes libéraux mis durement à l’épreuve par le tsunami Sars-CoV2 ou Covid-19 et ensuite par la Troisième guerre mondiale en cours depuis l’invasion russe de l’Ukraine qui a commencé le 24 février 2022, après huit ans de conflit « local » dans les régions de l’Est.
Le fait est que lorsqu’on fait, justement, le bilan de la mondialisation, il ne faut pas seulement parler de guerre commerciale ; nous devons, par exemple, reprendre le dossier sur la couverture sanitaire mondiale. Ce n’est pas une utopie : il y a eu un sommet des Nations Unies, en réalité presque ignoré par les médias, en septembre 2019, qui a montré qu’il y a des priorités, des idées et des plans. Et le coronavirus, en 2020, a tragiquement confirmé son importance. Par ailleurs, le sommet a souligné le risque de pandémie, et nous traiterons également ce thème. D’autre part, même l’Agenda 2030 – avec ses objectifs à atteindre – qui est contenue dans la résolution A/RES/70/1 de l’ONU approuvées par l’Assemblée générale le 25 septembre 2015, aurait semblé utopique même seulement deux ans plus tôt.
En parlant des Nations Unies, restons sur le sujet pour rappeler que le lien profond entre la plus essentielle des ressources et le changement climatique était le thème de l’édition 2020 de la Journée mondiale de l’eau. Avec la pandémie, le message a éclaté: nous devons commencer par l’environnement bâti pour contrer l’arrivée de vagues de chaleur anormales, de pluies torrentielles, de sécheresse et d’aridité, d’ouragans et de cyclones. Mais nous devons également garantir une gestion de l’eau plus sûre et plus durable et protéger d’une nouvelle manière le droit à la santé. Pour l’édition 2021 de la Journée, fixé par les Nations Unies a fixé le 22 mars de chaque année depuis 1992, le thème choisi a été Valuing Water, c’est-à-dire valoriser l’eau.
A l’occasion de la journée mondiale de l’eau 2023 le Secrétaire général des Nations Unies, Antònio Guterres, a mis en garde : « Le monde marche aveuglément sur une voie dangereuse avec une utilisation non durable de l’eau, la pollution et le réchauffement climatique: la pénurie d’eau devient endémique ». La « consommation d’eau vampirique » met en danger des milliards de personnes dans le monde : la consommation mondiale d’eau a augmenté d’environ 1 pour cent chaque année au cours des 40 dernières années (taux de croissance similaires jusqu’en 2050). « Nous n’avons pas une minute à perdre », était l’appel de Guterres: « La paix et la justice ne peuvent pas être construites dans un monde qui a soif ». Le 22 mars 2023, après 47 ans, a eu lieu la deuxième Conférence des Nations Unies sur l’eau (la première en 1977 s’est tenue à Mar del Plata en Argentine) : elle s’est terminée par une invitation aux gouvernements et aux décideurs à entreprendre des mesures concertées pour atteindre les objectifs convenus au niveau international.
Nous devons arriver à des formes de gouvernance mondiale concernant les biens matériels comme l’eau et immatériels comme la santé. Il faut aller au-delà du discours national et au-delà du discours public/privé. Il s’agit de protéger les plus démunis et de le faire dans tous les pays.
Entre 2018 et 2022, les températures moyennes en Europe étaient supérieures de 2,2° aux niveaux préindustriels de 1850-1900. C’est ce qui ressort du rapport annuel sur le climat européen (ESOTC) du Copernicus Climate Change Service (C3S). Celles au-dessus des océans et dans l’Arctique ont augmenté beaucoup plus rapidement que celles sur la majeure partie du reste du globe, avec un réchauffement estimé à environ 3°C depuis les années 1970.
Le 70 pour cent de la surface terrestre et le 90 pour cent de son volume sont composés d’eau et presque exclusivement de mers et d’océans. Ce sont les océans qui produisent la moitié de l’oxygène et surtout qui absorbent le gaz carbonique. Plus de 80 pour cent du commerce mondial et environ les deux tiers des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz sont extraits ou transportés par voie maritime. Jusqu’à 99 pour cent des flux de données mondiaux sont transmis par des câbles sous-marins.
