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En dépit de la terreur et de l'effroyable répression qu'Hitler faisait régner en Allemagne, nombreux furent celles et ceux qui se sont engagés dans la résistance, ont combattu courageusement et fait le sacrifice de leur vie pour retrouver la liberté. La Résistance n'a pas de frontière, pourtant ce que le peuple a enduré en Allemagne reste encore mal connu en France et mérite reconnaissance, ce dont le regard de l'auteur est l'expression.
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Seitenzahl: 76
Veröffentlichungsjahr: 2021
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AVANT PROPOS
TERREUR ET ANGOISSE
Premières défaites et menaces les plus graves
Le commencement de la fin
RESISTANCE ET REPRESSION
La résistance, première étape
La résistance, dernière étape
La fin apocalyptique
VICTOIRE ET VERITE
GÖTTINGEN
EPILOGUE
BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE
« Nous vivons dans le présent, nous ignorons l’histoire et nous ne savons plus que l’histoire est tragique…nous avons perdu le sens de la mort ou plutôt nous nous sommes débarrassés de la mort »
Hélène Carrère d’Encausse répond ici à la question qui lui était posée à propos de la tragédie collective de la pandémie du Covis 19 : que vous inspire cette période singulière que nous traversons ? Ces mots pourraient s’entendre de cette autre tragédie qui occupe toujours nos esprits, celle que l’Allemagne a connue sous le régime nazi. ?
Est-ce que, nous Français, avons cherché à savoir dans quelles conditions épouvantables le peuple allemand a vécu pendant les dernières années de guerre hitlériennes 1940-1945 ?
Est-ce que, nous Français, avons cherché à savoir au prix de quel courage, de quels sacrifices pour leur vie les Allemands ont résisté à Hitler ?
Que savions nous en fait de la résistance en Allemagne ? rien ou presque rien, je le pense, car la génération de nos parents, c’est compréhensible, n’avait pas dans le fond de raison de porter un regard sur la résistance allemande ;au temps de l’occupation, on ne cherchait pas à se renseigner sur les crimes des nazis, il a fallu la rafle du Vel d’Hiv, dont tous les Parisiens d’ailleurs n’avaient pas eu connaissance, pour penser à la déportation, le STO préoccupait les familles, Vichy et Londres, Pétain et de Gaule animaient -euphémisme- les conversations qui même en famille et entre amis tournaient mal, c’était une nouvelle affaire Dreyfus, et à la Libération, c’était la liesse, qu’avions-nous à penser et découvrir, sinon le retour des prisonniers, la déportation, les camps de concentration, d’extermination, dont beaucoup ne revinrent jamais et bien sûr la résistance aux côtés de nos libérateurs dont on ignorait jusqu’alors les rouages, l’implantation, l’action. Même si tous les Français n’auraient pas été ou n’avaient pas été résistants, question qui semble faire débat actuellement, il est compréhensible que nous ne pensions en France qu’à notre résistance, à ses mérites, et non à celle des Allemands et à leur propre malheur. Ce n’est pourtant pas une raison d’ignorer ce qu’ils avaient vécu, d’ignorer qu’ils avaient aussi lutté contre le même ennemi juré et mortel que nous, or en France on a ignoré et ignorons encore presque tout.
Oui, tous les Allemands – Alfred Grosser a eu raison de le dire – n’ont pas tous suivi aveuglément Hitler, beaucoup ont résisté courageusement jusqu’à la fin, jusqu’à la capitulation du régime nazi. Peu de peuples, comparés au peuple allemand, firent autant de sacrifices pour défendre leur liberté. Alors se demander, comme certains, s’il n’y avait pas eu en Allemagne des « gens corrects », pour s’opposer à Hitler et s’en débarrasser, paraît incongru, c’est même méconnaître et ignorer l’existence de la résistance allemande. Qu’il y ait eu des gens « qui savaient » est une autre question que nous aborderons plus loin.
Mais la Résistance en Allemagne fut un problème au dire du pasteur Martin Niemöller qui s’en explique parfaitement dans ce qu’il a appelé « L’héritage de la Résistance allemande » : « Nous voulons dire qu’elle fut une question authentique à laquelle on ne pouvait apporter de réponse superficielle, mais qui exigeait un débat intérieur, une souffrance, alors que pour la résistance des pays occupés pendant la guerre, on obéissait à une consigne qui, au fond, était une évidence. Le maquisard français restait fidèle à lui-même et nourrissait l’espoir d’une victoire finale de son peuple aux côtés des alliés. Mais le résistant allemand n’est pas un héros national ; on le plaçait à l’époque dans la catégorie des traitres à la patrie et il était coupable de haute trahison. Il n’y avait qu’une seule possibilité de conserver son honneur, c’était précisément d’être prêt à subir tous les déshonneurs… »
Il est clair que nos maquisards luttaient contre l’ennemi aux yeux duquel ils n’étaient que des « rebelles », fusillés sur le champ lorsqu’ils étaient pris les armes à la main, sans parler des otages, victimes collatérales si l’on peut dire, alors que les résistants allemands luttaient contre les leur et passaient pour des traitres ainsi que Hitler et les tenants du régime s’ingéniaient à ce qu’ils soient considérés par une opinion, honteusement manipulée. Nos résistants pouvaient compter sur l’appui des Alliés, même si le soutien attendu restait insuffisant, mais ils n’avaient pas de raison de perdre espoir, le renseignement allié, relayé par Londres, fonctionnait. Les malheureux résistants allemands étaient seuls, contraints de devoir compter sur eux-mêmes dans les pires conditions, ayant perdu le peu d’espoir qu’ils avaient avec la tentative manquée d’assassinat d’Hitler du 22 juillet 44.
C’est exact, mais il nous faut porter notre regard plus loin, plus profondément dans le for intérieur du résistant allemand, victime de cette indignité dont on veut l’accabler. Le pasteur Niemöller le dit admirablement : « Il n’y a au fond chez nous d’autre résistance que celle qui prend sa source dans la foi. Il s’agissait alors de cette résistance qui obéit à un ordre de la conscience… ».
Au moment où j’écris ces lignes, nous avons célébré en France l’appel du 18 juin 1940, appel contre le renoncement, a-t-on pu dire, appel à la Résistance. Je ne peux m’empêcher cette occasion de penser à la résistance allemande et aux raisons pour lesquelles elle n’a pu agir davantage pour contribuer à mettre fin au régime nazi contre lequel elle luttait. Il a été beaucoup question de l’échec de la Résistance en Allemagne, terme impropre et trop fort à mon sens, comme de l’échec de l’attentat contre Hitler du 20 juillet 44, dû à un malheureux concours de circonstances, car il aurait pu réussir. Je voudrais seulement dire qu’il a probablement manqué à la résistance allemande UN CHEF ; je pense implicitement à nous en France car ce chef pouvait de l’étranger, chez les Alliés, faire entendre avec autorité et sagacité la voix nécessaire pour impulser unité et coordination dans leur action aux hommes du complot qui en manquaient singulièrement. On sait la méfiance et même la crainte d’Hitler s’agissant des informations diffusées surtout par la radio, la radio anglaise bien écoutée à Hambourg et Berlin, discréditant sa propre propagande ; Hitler était entré dans une fureur folle lors-qu’il eut connaissance des informations diffusées depuis Berlin même par le groupe de résistance Schulze-Boysen-Harnack dont nous reparlerons. Avec une telle voix, « les Allemands auraient parlé aux Allemands », ils auraient été moins seuls, leur crédit auprès des Alliés en aurait été renforcé, la résistance en avait les moyens et ne pouvait en ignorer les avantages, plus efficaces et moins dangereux que la confection et la circulation de tracts.
Pourquoi ne pas parler de la résistance avant 1940 ? Pour plusieurs raisons dont je m’explique.
Cette période est d’abord celle d’une Allemagne au faîte de sa puissance et de la réussite de son programme de conquête et de domination en regard de l’incroyable et incompréhensible passivité, disons même couardise, de nos démocraties libérales. Ce n’était donc pas celle d’une Allemagne courant à sa défaite, engagée dans la « guerre totale », ce qui n’était pas sans conséquences sur les conditions de vie de sa population.
La période en cause est celle des pogromes des 9 et 10 novembre 1938 dont les juifs étaient la cible, victimes des crimes et sévices de tous ordres commis avec la plus extrême brutalité par les SA et les SS, encouragés et assurés d’une impunité absolue par Hitler dès sa prise de pouvoir.
Malgré cet acharnement frénétique, ce déchaînement de haine, il est difficile de savoir réellement quel était le fond de la pensée des Allemands en 1938 ; considérer comme condamnables de tels débordements certainement, mais afficher ouvertement son désaccord restait un risque que l’on ne prenait pas.
Les témoignages recueillis par des chercheurs de l’Université de Harvard auprès des juifs allemands qui avaient vécu les pogromes de 1938 attestent que pour nombre d’entre eux des facilités, si l’on peut dire, leur étaient laissées pour fuir non sans être d’abord arrêtés et incarcérés dans des camps ; en fait on les obligeait à fuir pour en débarrasser le peuple arien conformément à la volonté d’Hitler et de Goebbels. L’ouvrage « Jamais nous ne retournerons dans ce pays » rend compte de cette « émigration » (Albin Michel octobre 2010).
Les chiffres cités par la Ligue allemande des droits de l’homme que Günther Weisenborn reprend dans « Une Allemagne contre Hitler » font état de plus de 295.000 juifs à avoir émigré sur les 525.000 qui étaient en Allemagne. Les écrivains étaient les plus nombreux à s’être exilés et de là ont pu faire entendre leur voix, celle du refus. Certains d’ailleurs avaient une réelle influence en Allemagne et même au-delà, tels Heinrich et Thomas Mann, Ste
