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Agé de dix-sept ans, Gérard Vandervelde achève son parcours d’étudiant au Conservatoire de Liège au moment où l’Europe sombre dans la guerre. Confronté dès les premiers jours du conflit aux atrocités commises par les troupes allemandes qui envahissent la Belgique, il va être emporté dans la tourmente des combats et sur les chemins de l’exil tout en essayant désespérément de sauver ceux qu’il aime. Mais cette guerre est un raz-de-marée où la survie relève du miracle.
L’amour, l’amitié et la musique sont les seules étoiles qui continuent à luire dans un ciel de tempête traversé d’éclairs. Un roman qui ne manquera pas de séduire les passionnés de musique, d’aviation et d’Histoire, ainsi que les amoureux du monde équestre.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Pierre-Marie Dumont Saint-Martin est le nom de plume que s’est choisi un écrivain dont les publications antérieures appartiennent au domaine de la musique. Issu d’un milieu multiculturel, cet artiste atypique a entamé sa carrière professionnelle sur la base de compétences et connaissances éclectiques acquises en autodidacte, ce qui ne l’a pas empêché d’être invité à se produire avec des ensembles renommés dans les lieux les plus prestigieux de la scène internationale. Ses compétences et les fruits de ses recherches ont été reconnus par l’obtention de titres académiques en France et en Belgique, dont celui de Doctor of Fine Arts décerné par l’université flamande de Louvain.
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Seitenzahl: 458
Veröffentlichungsjahr: 2021
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À ma chère Bea et mes chéries Karen et Hélène
À la mémoire des jeunes artistes broyés par la guerre
« L’envie de conquérir est assurément chose très ordinaire et très naturelle et chaque fois que des hommes qui le peuvent s’y livreront, on les en louera, ou du moins on ne les blâmera point »
Nicolas Machiavel (1469-1527)
Ce roman est une œuvre de pure fiction. En conséquence, toute ressemblance, ou similitude avec des personnages, des organisations et des faits existants ou ayant existé, ne saurait être que coïncidence fortuite, il est cependant basé sur des faits historiques.
Il y a d’abord l’étui, serti de cuir sombre odorant, et les petits verrous argentés aux ressorts souples qui libèrent le couvercle. L’instrument s’offre, précieux et brillant, douillettement logé dans les alvéoles recouvertes de velours pourpre. Une caresse pour le regard. Ensuite, délicatement sortir le corps de la flûte et emboîter la tête avec douceur, et encore le pied avec son court tenon. La minceur gracile de l’objet et le toucher des clés d’argent induit toujours une sensation exaltante, comme lors du premier contact. Gérard jette un dernier regard sur le bon alignement des trois segments emboîtés, puis place l’embouchure d’un geste précis contre le bord de la lèvre inférieure. L’air parfumé de ce matin de juin emplit sa poitrine et tend son diaphragme. Le milieu des lèvres délicatement entrouvertes modèle le souffle en un mince filet d’air qui se brise sur l’arête du méat d’argent. Le son chaud et riche fait vibrer la paroi de l’instrument entre les doigts. Quel grave puissant ! Une gamme chromatique monte, vertigineuse, s’étire sur les notes veloutées du médium avant d’atteindre la transparence cristalline du registre aigu.
Cette flûte est une pure merveille, tellement plus éloquente que l’ancienne au son mat et rétif. Voici huit jours que l’instrument et le musicien se sont trouvés et filent un parfait amour. Une vraie lune de miel. Dans trois semaines, le grand jour : l’examen au conservatoire pour le « premier prix » qui donnera, à Gérard, accès à un poste dans un ensemble. Certes, il fait des remplacements à l’orchestre de l’opéra et au symphonique de Liège, cachets bienvenus pour son maigre budget d’étudiant qui l’ont aidé à acquérir un instrument de professionnel. Mais un emploi digne de ses talents n’est pas encore accessible, faute de diplôme. À la fin du mois, rien ni personne ne l’empêchera d’avoir le titre tant espéré. Il a travaillé son instrument d’arrache-pied, parfois huit heures par jour, pour atteindre un niveau d’excellence : gammes après gammes, études arides et difficiles, suivies d’interminables séances pour la coloration et la plénitude du timbre, jusqu’à ce qu’enfin résonne ce son dont il rêvait. Un son que lui seul peut produire, comme la voix d’une très grande chanteuse. Un son que lui envient tous les flûtistes qui l’entendent.
Après deux bonnes heures d’exercices sur la technique, il ouvre la partition de Syrinx, cette nouvelle composition pour flûte seule de Claude Debussy. La mélodie élégiaque s’élève par la fenêtre ouverte et ses accents étranges se mêlent au pépiement des moineaux. Lors d’un concert à Bruxelles, le célèbre flûtiste Louis Fleury avait joué cette pièce dont l’auteur lui avait concédé l’exclusivité. Mais Gérard avait tout prévu. Imbattable en dictée musicale, doté d’une oreille absolue, il l’avait notée instantanément pendant le concert. Pas simple, avec cinq bémols à la clé et toutes ces altérations ! Mais il s’offrait maintenant le luxe de jouer clandestinement, pour son plus grand plaisir, ce joyau du nouveau répertoire pour la flûte traversière.
Un concerto et deux sonates plus tard, la nécessité d’une pause se fait ressentir. Profitant du beau temps, Gérard enfourche sa bicyclette et s’en va retrouver son meilleur ami qui habite un ravissant petit manoir au coin de la rue du Calvaire, à côté de la voie ferrée. Par le portail entrouvert, il aperçoit Élise, d’un an la cadette de Richard, assise sous le grand hêtre au fond du jardin, un livre entre les mains. À l’arrivée de Gérard, son regard s’illumine et ses yeux d’émeraude prennent un vif éclat que renforce sa chevelure d’un roux flamboyant.
« Ah, binamé Gérard ! Vinez-ve fé del music’ avou mi ?1 J’ai fait de gros progrès au piano, savez… »
« Ci s’ra po in aut’ feye Élise, j’a-z-ovrer comme in’ biesse houye è dji n’ poreu nin jower in’ note di pus.2 J’aimerais plutôt faire un tour à vélo avec votre frère ».
« Oh, j’inmreu vormint n’e raller avou vosôt ».3 Papa et maman m’interdisent toujours de sortir seule ».
Élise jette un regard suppliant à Gérard, qui réalise à l’instant qu’en quelques mois, le petit garçon manqué est devenu une jeune fille au charme saisissant. Son corps a conservé l’allure du roseau mais les lignes se sont assouplies. Elle arbore un corsage fleuri qui met en valeur des formes que Gérard ne lui connaissait pas. La chevelure s’est assombrie et son regard a pris une profondeur mystérieuse et troublante.
« Vousse vinî,4 Gérard, mon frère est au grenier, allons le surprendre »
Élise lui a pris la main, comme ils le faisaient depuis leur plus tendre enfance, lorsqu’elle marchait entre Richard et lui pour se rendre à l’école. Une sensation douce et étrange s’empare de lui, et le sourire de la jeune fille le trouble davantage. Mais voici que Richard descend les escaliers à leur rencontre, tout heureux de revoir son ami. Le trio a tôt fait d’enfourcher les bicyclettes pour dévaler dangereusement la pente escarpée de la rue Chevaufosse et de foncer vers la station des Guillemins. Le buffet de la gare offre des glaces délicieuses qu’ils savourent en regardant le spectacle des convois internationaux qui les font rêver d’un futur plein de voyages et d’aventures.
1 « Ah, cher Gérard, Venez-vous faire de la musique avec moi ? »
2 « Une autre fois Elise. J’ai travaillé comme une bête aujourd’hui et ne pourrais jouer une note de plus. »
3 « Oh, j’aimerais vraiment vous accompagner. »
4 « Venez, Gérard… »
La gloriette où aimait se réfugier la défunte impératrice Sissi émerge de la brume matinale qui estompe les pâles contours des jardins. Seize ans ont passé depuis son assassinat à Genève par un anarchiste italien. Avant cela, l’empereur avait dû déplorer le suicide de son fils Rodolphe, héritier du trône. Pour ajouter au scandale, Stéphanie, sa malheureuse épouse avait contracté une maladie vénérienne grave, du fait de la vie dissolue de son mari. Devenue stérile, elle n’avait pu donner à la dynastie un héritier. Désormais, la succession du trône d’Autriche-Hongrie irait à son neveu, l’archiduc François-Ferdinand, avec lequel François-Joseph s’entendait mal. Sombres pensées pour le vieil empereur, dont le long règne avait permis de maintenir un semblant d’unité dans la mosaïque multiethnique de son empire.
« Majestät, der General Feldmarschal von Hötzendorf. »
François-Joseph oublie pour un instant ses souvenirs, sa respiration douloureuse et ses intestins capricieux pour accueillir le général en chef de son armée.
« Général, vous demandiez à me voir ? »
« Majesté, je dois vous entretenir de notre remuant voisin. Nos services de renseignement ne cessent de faire état de l’agitation de groupements panslaves en Bosnie-Herzégovine noyautés par des agents serbes. Nous ne pouvons tolérer ceci plus longtemps. Il faut donner une leçon à ce petit royaume de parvenus. »
« Hötzendorf, le nombre de fois où vous m’avez tenu ce discours… Vingt-cinq fois ? Quand ce n’est pas vous qui me harcelez, c’est Berchthold, dont le portefeuille ne concerne même pas les affaires militaires ! Certes, l’annexion de cette ancienne possession turque a irrité nos voisins slaves, mais nous arriverons à l’intégrer à l’Empire. L’archiduc et moi avons des vues divergentes sur bien des points, mais ses projets réformateurs ont une bonne chance de satisfaire les Bosniaques et de couper l’herbe sous le pied des Serbes. »
« Majesté, ceci ne les arrêtera pas. Ils veulent annexer ces territoires slaves pour une plus grande Serbie. Tout ceci accentuera la déstabilisation de nos provinces non alémaniques. Pensez aux revendications des Polonais, des Tchèques, des Slovènes… Nous devons absolument agir de manière préventive pour éviter toute velléité de partition de l’empire. Une Serbie vaincue et muselée servira d’exemple à tous ceux qui considèrent notre attentisme comme un signe d’impuissance. »
« J’ai bien conscience de tout ceci, Hötzendorf, mais si vous pensez que la Russie n’interviendra pas… Et puis, l’Autriche n’a jamais commencé une guerre. »
Le vieillard chauve avait le regard encore clair et incisif entre ses gros favoris blancs, un regard qu’il fixa sur la face dissymétrique de son interlocuteur dont les deux demi-visages, agrafés ensemble par une épaisse moustache, semblaient provenir de deux différentes personnes. Depuis ses orbites décalées Hötzendorf regarda à son tour l’empereur dans les yeux :
« Et c’est bien regrettable, Majesté ».
Richard se faisait attendre, parti faire des relevés avec son père architecte. Gérard espérait qu’il ne rentrerait pas trop vite. Élise venait de lui jouer quelques préludes et autres pièces pour piano de Debussy. C’est vrai, elle avait fait d’énormes progrès. Ce n’était plus l’interprétation nette d’une élève douée et studieuse. La jeune fille avait saisi la dimension éthérée et subtile de cette musique nouvelle, tellement différente de celle des romantiques comme Liszt et Beethoven. Il se délectait en écoutant, et surtout en regardant Élise. Qu’elle était belle et gracieuse, assise droite et légère à la juste distance de son clavier. Toute entière à sa musique, son visage avait une expression à la fois grave et extasiée qui révélait la femme, qui se dégage comme un papillon de la chrysalide de son corps étroit de gamine espiègle. La voir jouer « La cathédrale engloutie » porte Gérard aux bords du songe ; musique et pianiste semblent se fondre dans une délicate image aquarellée. Les dernières notes s’évanouissent dans la résonnance boisée du piano et Élise se tourne vers lui avec un sourire quémandeur :
« À c’teure, binamé Gérard, nos jowerons ben in sakî insemb », nenniU ?5 J’adore la Berceuse de Fauré, et puis il y a aussi “En bateau” de Debussy, qui sonne tellement bien en duo avec la flûte ».
Les mélodies rêveuses qui s’envolent dans l’air de l’été par les fenêtres ouvertes accueillent le retour de Richard qui avait laissé son père en conversation avec un entrepreneur maçon. Un instant, il s’arrête sur les marches du perron d’entrée pour écouter le duo. La flûte de Gérard résonne, magnifique, et le piano de sa petite sœur a pris une maturité qui le surprend. Les harmonies diaphanes des cordes enveloppent le timbre clair et charmant de la flûte. Richard entre discrètement dans le salon, savourant la beauté de l’instant. Dans la lumière dorée du contre-jour, il voit Élise et Gérard vivre un moment différent des rires et taquineries enfantines accoutumées. En cet instant, il réalisa qu’entre lui et son ami, il y a désormais une fille.
5 « Maintenant, cher Gérard, nous jouerons bien quelque chose ensemble ?… »
Helmuth von Molkte fait antichambre. Ceci n’est pas dans les habitudes du Kaiser, généralement empressé d’accueillir son chef d’état-major, car sa vision du futur de l’Allemagne dépend du succès d’opérations militaires où son armée ultra moderne, manœuvrée avec la légendaire discipline prussienne, doit faire preuve d’une supériorité écrasante. Mais dans ses appartements, Guillaume II est confronté à un douloureux dilemme. Le choix de sa tenue est un problème récurrent. Parmi la centaine d’uniformes splendides qui peuplent sa garde-robe, il avait choisi de mettre aujourd’hui sa tenue de « hussard de la mort », avec son colback de fourrure arborant un crâne et des tibias, à la manière des pavillons de navires pirates. La veste ornée de brandebourgs d’argent, la culotte à galon et les hautes bottes sont du plus bel effet. Mais voilà qu’il apprend que le costume est en réfection. En désespoir de cause, il porte son choix sur un uniforme de Uhlan, avec son chapska en forme de calice renversé, tenue héritée des lanciers polonais. Guillaume de Hohenzollern aime se montrer en cavalier, car l’apprentissage de l’équitation lui a coûté beaucoup de mal quand il était enfant.
Son bras gauche atrophié, séquelle d’une parturition difficile, était inutilisable et constituait un handicap cruel pour un monarque tenu de parader à cheval lors de cérémonies militaires et autres fastes où sa présence était le moment culminant. Sa ténacité avait fait de lui un cavalier honorable guidant sa monture d’une seule main et son petit bras gauche replié, la main à la ceinture, lui donnait finalement une allure fière et conquérante que soulignaient vigoureusement ses moustaches aux pointes relevées. Ce décorum le décomplexe et le conforte dans son sentiment d’être la tête d’un empire puissant et extrêmement dynamique, gouverné avec une main de fer. Mais cette main n’est pas la sienne. Le pouvoir des militaires au sein de l’état est bien plus influant que le Reichstag et le chancelier à un propre agenda. L’empereur demeure toutefois le décideur : rien ne peut être réalisé sans son accord, en principe, car ses conseillers, conscients de ses limites, manœuvrent discrètement pour assurer ce qu’il estime être la meilleure gouvernance.
Molkte ne se sent pas bien. Au milieu des dorures des miroirs, il aperçoit son visage dont le teint jaunâtre s’accentue chaque jour un peu plus. Son foie défaillant l’a obligé de suivre des cures thermales aux résultats peu probants et son état nauséeux devient quasi permanent. Mais il s’accroche à son poste de généralissime et ne cesse de peaufiner le plan Schlieffen qui doit donner un jour à l’empire allemand une hégémonie incontestée. Il vient maintenant faire part à l’empereur des derniers remaniements : le bras de feu et d’acier qui doit s’abattre sur Paris, balaiera la Belgique, laissant les Pays-Bas dans leur neutralité frileuse, avant de frapper la France en plein cœur tout en prenant ses armées à revers.
Tout doit aller vite. Trois jours suffiront pour traverser la Belgique, envahir ensuite le nord de la France et déferler vers sa capitale. Rien ne doit entraver la marche des armées allemandes qui répandront, à la moindre résistance, une vague de terreur qui doit stopper toute velléité de défense. Douze ans plus tôt, après avoir maté la révolte des Boxers en Chine, le corps expéditionnaire allemand avait su faire preuve d’un zèle exemplaire en pillant et massacrant impitoyablement des milliers de rebelles présumés, conformément aux instructions expresses du Kaiser.
Deux ans plus tard, en Namibie, le général von Trotha a appliqué à la lettre et avec délectation le Vernichtungsbefehl de Guillaume II et exterminé quatre-vingt mille Hereros, pratiquement toute une nation, sans distinction d’âge et de sexe. Ceci ne plaît pas particulièrement à Molkte mais, comme l’affirme avec force le chancelier Bethmann-Hollweg, la lutte pour un but d’une telle portée ne peut s’encombrer de lois. La violence envers les civils fait partie des moyens permettant de gagner une guerre rapidement, avec des effets durables, car pour gouverner et dominer, il faut être craint. Force brutale rime bien avec guerre totale.
Gérard est, comme son père, littéralement fasciné par les exploits des grands coureurs à vélo. Depuis l’apparition du sport cycliste, la Belgique compte des champions, tant masculins que féminins, qui savent s’imposer sur la scène internationale. Philippe Thys a remporté le Tour de France l’an dernier et partira bientôt comme favori pour la nouvelle édition de la Grande Boucle. Gérard adore les escapades à bicyclette, défoulement bienvenu pour les longues séances de travail quasi immobile à la flûte traversière. Un jour, en balade du côté de la frontière hollandaise, il avait rencontré près du château de Remersdaal le vétéran Marcel Kerff. Gérard a acquis par sa pratique assidue du vélo sur les reliefs de Liège des jambes puissantes, et ses randonnées lui ont donné une endurance où il arrive à maintenir une moyenne élevée. Après l’avoir suivi un moment, un motocycliste le dépassa et lui fit signe de bien vouloir s’arrêter. Gérard pensait qu’il s’agissait d’un citadin qui voulait lui demander le chemin, mais le motard lui tendit la main pour le féliciter pour son coup de pédale.
« Vraiment, tout seul, maintenir une telle vitesse, c’est très bien mon garçon ! »
L’homme parlait le platdietsch, patois bas-allemand de cette région dite « des trois frontières », langage parlé aussi bien en Belgique que des côtés hollandais et allemand. Le père de Gérard venait du Limbourg et son parler en était assez proche. Éduqué dans la langue néerlandaise par sa mère originaire des Pays-Bas, Gérard avait appris le français à l’école, au cœur de Liège où le wallon est le parler courant.
Le motocycliste ôtât ses grosses lunettes et Gérard reconnut Marcel Kerff, étoile du cyclisme belge, dont la photo ornait les journaux quelques années auparavant. Ses excellentes performances lui avaient donné une petite aisance financière et il s’était acheté une motocyclette avec laquelle il sillonnait la campagne fouronnaise. Marcel l’invita à prendre un rafraîchissement chez lui. Cet accueil charmant d’un homme sans-façon, qui savait reconnaître un jeune talent, fut le début d’une belle amitié. Marcel proposa à Gérard de revenir un dimanche et en attendant, lui fit la surprise de lui rendre visite à Liège, rue Saint-Laurent. Gérard était alors en plein travail, sa fenêtre grande ouverte. Marcel venait de couper le moteur de sa machine alors que Gérard entamait « La Fantaisie » de Fauré. Marcel n’avait jamais rien entendu de pareil et fut littéralement subjugué : un son d’une telle beauté, une mélodie somptueuse, et puis l’envolée vers le mouvement rapide d’une virtuosité éblouissante. Son jeune ami, décidément, n’était pas un garçon ordinaire. Au bruit de la sonnette, Gérard jeta un œil par la fenêtre et reconnut avec joie son visiteur inattendu.
Marcel venait tout juste de prendre livraison de sa nouvelle moto FN avec un moteur de quatre cylindres en ligne. Gérard s’est précipité pour admirer la merveille rutilante. Marcel rayonnait. Avec un grand sourire, il annonça à Gérard qu’il pourrait essayer son ancienne machine s’il le désirait, lorsqu’il repassera par les Fourons. Ils pourraient ainsi faire des randonnées ensemble. Gérard poussa un hurlement de joie. Les longues journées de l’été allaient être passionnantes.
Lundi 29 juin, jour de l’examen au conservatoire. Gérard s’est levé tôt pour se mettre en condition : gammes, études, sonorité, traits difficiles… Au bout d’une demi-heure, tout est là. Le flûtiste, son instrument et la colonne d’air en vibration forment une unité parfaite et les détachés précis de ses coups de langue envoient de courtes notes limpides et brillantes comme des copeaux d’argent. Les longues notes filées émergent pour s’enfler vers un timbre chaud et plein avant de revenir doucement au silence, comme surgies d’un infini sonore imaginaire. Tout est parfaitement maîtrisé… sauf les nerfs. Gérard sent un malaise insidieux l’envahir. Faire de la musique pour soi ou pour un public est un plaisir, mais jouer devant des juges… Chaque examen avait été une montée à l’échafaud où toutes les angoisses s’emparaient de lui. Doigts poisseux, sentiment de vague nausée, sueurs… Le pire est arrivé à un de ses collègues lors d’une précédente épreuve : la sueur au menton avec fait glisser l’embouchure de la flûte d’un ou deux millimètres, ce qui avait suffi à transformer un son bien construit en un souffle d’agonisant. Il lui fallut arrêter pour replacer l’embouchure et reprendre, mais quelques mesures plus loin, le glissement s’est produit à nouveau. Un vrai cauchemar !
Gérard enfile son costume de concert et prend le chemin de la rue Forgeur en descendant les escaliers du Tiers de la Fontaine. Arrivé au boulevard d’Avroy, il est confronté à une effervescence inhabituelle. De petits attroupements se sont formés auprès des marchands de journaux : hier, le prince héritier de la couronne d’Autriche et son épouse ont été assassinés par un jeune Bosniaque. Gérard jette un coup d’œil sur le journal ouvert d’un passant. Un meurtre brutal perpétré par un très jeune homme irresponsable, dans une ville dont il ne connaît pas le nom, située jadis aux confins de l’Empire turc. L’acte est choquant, certes, mais tout ça se passe bien loin de la Belgique, neutre et pacifique. Et puis, il y a la nouvelle exaltante de la victoire de Philippe Thys qui a remporté hier avec panache la première étape du Tour de France. Temps de revenir à la réalité et à l’épreuve qui l’attend. Il se hâte vers le conservatoire retrouver le pianiste accompagnateur.
Lors de la dernière répétition, tout s’était parfaitement passé, aussi pour garder son énergie, Gérard se contente d’un simple raccord pour passer en revue les passages délicats. Le pianiste connaît bien les œuvres. Son jeu serein et stable aide à calmer un peu les nerfs de Gérard. Tandis que le public entre dans la salle de concert, Gérard s’éloigne dans une loge pour se concentrer et maintenir le contact avec l’embouchure, afin de pouvoir attaquer dès la première note avec un son propre et maîtrisé.
Le moment est bientôt venu de faire la preuve de son savoir. Le trac noue son estomac pendant qu’il entre en scène et salue. Le jury siège bien en vue. Certains membres, les yeux fixés sur le programme, ne lui accordent guère d’attention. D’autres portent sur lui un regard intimidant. Un seul lui sourit en faisant de la tête un petit signe d’encouragement. Son professeur fait de même, mais Gérard décèle dans son regard un soupçon d’angoisse. À force de travail, Gérard connaît les œuvres par cœur et jouera de mémoire, mais la peur du trou noir s’empare de lui et il regrette de ne pas avoir déployé ses partitions. Ses doigts poissent, rendant le toucher de la flûte incertain et il sent la transpiration le gagner.
Son regard balaye la première rangée du public avant de se tourner vers le pianiste. Un bref instant, il entrevoit Élise et Richard, et ses parents qui sont là aussi, un peu mal à l’aise dans ce milieu étrange de la musique classique qui n’est pas le leur. Une fraction de seconde, il a capté le regard intense, tendre et admiratif qu’Élise portait sur lui.
Soudain, toute son assurance lui revient. Après un court instant d’immobilité concentrée, il inspire et, tendant le diaphragme, entame sa première pièce avec un son ferme et lumineux. Il ne joue plus pour un jury, mais pour Élise. La magie de la musique s’élève comme une flamme vive et s’empare de l’auditoire. À la table du jury, les têtes se relèvent avec étonnement. Ceci n’est pas la performance d’un étudiant doué. C’est la musique tout entière que ce jeune homme porte dans le souffle de son frêle instrument. La surprise fait place à une profonde émotion. Personne ne regarde encore les partitions mais se laisse imprégner par la substance sonore envoûtante qui magnifie l’écriture musicale, au point que ces œuvres connues résonnent comme jamais auparavant. Le vieux professeur de Gérard a les larmes aux yeux. Ce qui devait être une épreuve dont on essaye de se sortir sans trop d’égratignures devenait un moment musical que les auditeurs n’oublieraient pas.
La nouvelle de l’assassinat du prince héritier n’affecte pas trop François-Joseph. Il n’aimait guère son neveu, qui le lui rendait bien, mais sa mort le rend furieux. Non seulement l’humiliation ne peut être plus grave, mais ce crime n’aurait jamais pu avoir lieu si le convoi avait été protégé comme il se doit pour un personnage du niveau de l’héritier de la couronne.
Le rang hiérarchique inférieur de Sophie Chotek, l’épouse de François-Ferdinand, de petite noblesse tchèque, était la cause de la suppression de l’escorte initialement prévue. La stupidité du milieu hyper protocolaire de la cour autrichienne avait motivé ce choix imbécile : plutôt exposer l’héritier du trône à une possible agression que de donner à sa parvenue d’épouse la jouissance d’une escorte impériale.
Le chef d’état-major Hötzendorf et le ministre des Affaires Étrangères, Berchthold, sont, eux, en pleine effervescence. Enfin ! Ils tiennent le prétexte qui leur permet d’entrer en guerre avec la Serbie et l’empereur n’y fera cette fois plus obstacle. Le pacte qui lie l’Allemagne et l’Autriche garantit à cette dernière un soutien inconditionnel au cas où la Russie déciderait de venir en aide aux Serbes. Certes, Tisza, le président du conseil hongrois est opposé à une action militaire et demeure partisan d’une solution diplomatique. Il sera contourné par la remise à la Serbie d’un ultimatum humiliant, inacceptable. Bientôt, la mobilisation des troupes impériales posterait des dizaines de milliers d’hommes à la frontière serbe, prêts à déferler sur Belgrade. L’heure décisive a sonné pour l’empire de l’aigle bicéphale.
Le Kaiser se détend quelques jours à bord du SMY Hohenzollern II, emblème luxueux de la puissance maritime montante de l’Allemagne. L’équipage de l’énorme yacht impérial est composé presque exclusivement de marins jeunes et beaux. Le Kaiser sent une trouble délectation en leur présence. Il retrouve ainsi un peu de sérénité après l’assassinat de son ami l’archiduc François-Ferdinand. Suite à l’envoi de l’ultimatum de l’Autriche à la Serbie, la réponse de cette dernière est rassurante : toutes les conditions sont acceptées, sauf la présence d’enquêteurs autrichiens sur le sol serbe. La Serbie propose toutefois un arbitrage international, solution tout à fait honorable.
« Voilà en moins de quarante-huit heures un excellent résultat, qui renforce l’autorité morale de l’Autriche. Dans ces conditions, il n’y a plus de raison d’entrer en guerre. Arrêtez tout ! »
Mais le petit clan belliqueux de l’Autriche-Hongrie, fort du « chèque en blanc » du chancelier allemand Bethmann-Hollweg et du haut commandement militaire du Reich, avait eu gain de cause auprès de l’empereur François-Joseph et avait d’ores et déjà déclaré la guerre à la Serbie, à l’insu du Kaiser.
Bethmann-Hollweg avait fait le nécessaire pour que l’ordre d’annulation de Guillaume II soit escamoté de manière à ne pas entraver la décision de l’Autriche. Molkte et lui trouvaient que l’Allemagne ne devait pas rater cette occasion historique d’acquérir l’hégémonie mondiale en battant la France et la Russie, en espérant que l’Angleterre reste à l’écart du conflit. La guerre était désormais un fait accompli.
Apprenant la déclaration de guerre de l’Autriche, le Kaiser interrompt sa croisière annuelle en mer du Nord et rentre toutes affaires cessantes à Potsdam. Bethmann-Hollweg l’accueille à la gare avec un visage pâle et peu assuré en bredouillant de vagues excuses. Le Kaiser l’aborde sans ménagements.
« Comment cela a-t-il pu se produire ? J’avais donné des ordres ! »
« Majesté, l’état-major et moi avons agi dans l’intérêt de l’Allemagne. J’en assume la pleine responsabilité et vous offre ma démission ».
Le Kaiser fulmine en grommelant :
« Il n’en est pas question. Vous avez concocté ce plat, et maintenant vous allez le manger ! »
La colère de l’empereur est vaine. Ses contacts avec son cousin le tsar de Russie n’empêcheront pas la mobilisation du colosse russe et son alliée, la France, fait savoir aux Allemands « qu’elle agira conformément à ses intérêts ».
Les militaires français sont depuis longtemps obsédés par une revanche de la défaite humiliante de 1870 et par le retour de l’Alsace-Lorraine dans le giron français, mais une frange importante du monde politique, menée par Jean Jaurès, s’oppose toutefois à la guerre.
En déclarant la guerre à la France, l’Allemagne trouve enfin l’occasion de battre ses plus grandes rivales sur le continent pour atteindre ainsi l’hégémonie mondiale. Reste à convaincre l’Empire britannique de rester en dehors du conflit. Bethmann-Hollweg tente d’amadouer Sir Edward Grey, le ministre britannique des Affaires Étrangères, via son ambassadeur, au sujet de la violation de la neutralité belge voulue par le plan Schlieffen-Molkte. La France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne sont garantes de cette neutralité et Londres entend bien respecter ses engagements avec la Belgique.
« Mais, monsieur l’ambassadeur, je ne peux pas imaginer que nos deux nations amies se fassent la guerre pour un vieux chiffon de papier ! »
« Monsieur le chancelier, l’Empire britannique n’acceptera jamais que quiconque porte atteinte à l’intégrité territoriale de la Belgique. En cas de non-respect des engagements du Reich, quant à la neutralité belge, votre pays sera en guerre avec le nôtre. »
Edward Grey appréhenda les intentions de l’Allemagne avec le terrible sentiment que le pire était en train de se produire. Il confia à un ami : « Les Lumières s’éteignent dans toute l’Europe… Nous ne les verrons pas se rallumer de notre vivant ».
Après avoir obtenu son premier prix au conservatoire avec les félicitations enthousiastes du jury, Gérard avait fêté sa réussite avec ses parents et ses amis. Élise le serra dans ses bras, avec des larmes de joie. C’était la première fois qu’il sentait de cette manière son corps contre le sien, quelques secondes hors du temps où leurs poitrines battaient la chamade, submergés par la joie du moment et l’ivresse de l’éveil de leurs sentiments. Les parents n’avaient rien remarqué, mais Richard n’était pas dupe. Il réalisait qu’à son insu sa petite sœur était devenue une jeune femme. L’affection qu’elle témoignait à Gérard était empreinte d’une tendresse nouvelle. Dans le regard qu’Élise portait sur son ami, il reconnaissait une lueur qui embellissait celui de sa mère quand elle observait son architecte de mari en train de créer les motifs ornementaux d’un nouvel édifice. Le regard d’une femme aimante. Les trois jeunes gens n’avaient jamais eu d’aventure amoureuse. Richard, spectateur involontaire, découvrait avec étonnement comment des enfants complices pouvaient se transformer en un couple d’amants.
Les jours suivants se sont passés dans l’euphorie de l’été et des lendemains prometteurs. Gérard avait auditionné au symphonique de Liège et avait été reçu haut la main pour un poste de deuxième flûte. Il lui faudra travailler le piccolo, le petit poucet de l’orchestre, qui est du ressort du second flûtiste. Instrument charmant dans le grave et le médium mais dont l’aigu perçant doit être maîtrisé par un travail délicat de l’embouchure et du diaphragme pour que le son demeure agréable. Pas facile de passer d’une embouchure à l’autre. Celle du piccolo est beaucoup plus étroite et requiert un tout autre positionnement de la bouche. Quelques semaines de travail et sa sonorité au piccolo aura presque rejoint le niveau de celle de la flûte.
Dans un mois, il commencera à travailler comme membre fixe de l’orchestre. En attendant, il travaille ses deux instruments et les traits difficiles du répertoire symphonique. Comme deuxième flûte, il doit pouvoir remplacer la flûte solo au pied levé en cas de nécessité, ce qui l’oblige à étudier non seulement sa partie mais aussi celle de son collègue. Les œuvres nouvelles sont d’une difficulté particulière, notamment au niveau des rythmes et cadences harmoniques. Gérard découvre, très dépaysé, Le Sacre du Printemps, ballet de la plume de Stravinsky, qui a fait scandale à Paris lors de sa création par les Ballets russes l’an dernier. La critique, déchaînée, avait rebaptisé l’œuvre : « Le massacre du printemps ».
Les parents de Gérard sont partis pour une semaine aux Pays-Bas, en vue du règlement d’un héritage dans la famille de sa mère et Gérard est en semi-résidence chez Richard. Après ses séances de travail et les duos avec Élise, le temps magnifique invite à des promenades à bicyclette et des flâneries. Les trois amis se retrouvent avec un égal plaisir, mais Richard, attentif et amusé, invoque parfois un motif quelconque pour laisser Élise et Gérard quelques instants ensemble. La connivence dans leurs yeux ne laisse planer aucun doute sur leurs sentiments et les paroles tendres qu’ils échangent.
En attendant ses débuts à l’orchestre, Gérard répond à l’invitation de Marcel Kerff chez qui il va passer quelques jours pour découvrir les joies de la motocyclette. L’ancien champion cycliste est ravi de voir arriver son jeune ami. Bien sûr, ils parlent d’emblée de l’extraordinaire exploit de Philippe Thys qui vient de gagner pour la seconde fois de suite le Tour de France, prenant dès la première étape la tête du classement général jusqu’à l’arrivée de la dernière à Paris. Mais Gérard est impatient de se mettre à la moto. Marcel ne le fait pas languir plus longtemps et le conduit dans sa remise où les deux machines attendent leurs pilotes dans une pénombre silencieuse aux senteurs d’huile et de métal poli. L’ancienne moto de Marcel est en parfait état et Gérard est aussitôt initié au maniement de l’engin. Ce n’est finalement qu’une bicyclette plus lourde avec un petit moteur permettant d’avancer sans effort à une vitesse équivalent à celle d’une automobile. Quelques tours d’essai sur la place de Mouland et voilà Gérard dans le sillage de Marcel pour une balade grisante dans la campagne.
Le bruit des moteurs, les réactions des gens et du bétail, le vent, tout contribue à la sensation enivrante du pilotage. Les routes sèches dégagent un sillage de poussière et Gérard roule côte à côte avec Marcel pour ne pas être aveuglé. Les virages demandent une grande prudence. Sur un chemin sinueux en pente, Gérard avait senti la roue arrière déraper et avait bien cru que la balade se terminerait dans un fossé ou en mordant la poussière enrichie de crottin de cheval.
Prenant la route du retour, ils sont surpris par une sonnerie de cloches comme ils n’en ont jamais entendu, une sonnerie obsédante, interminable venant de toutes les églises à la fois. Arrivés sur la place du bourg, ils y trouvent tout le monde rassemblé. Le garde champêtre, la gorge serrée, dans un silence terrible, lit à la foule incrédule l’ordre de mobilisation. L’Allemagne déclare la guerre à la Belgique.
Tous les hommes mobilisables ont rejoint leurs unités pour faire face à la menace allemande. Gérard, lui, n’est pas encore en âge de porter les armes. Son entrée au service militaire était prévue fin 1916. Et sinon, que faire : les parents sont toujours aux Pays-Bas et il doit les retrouver à Liège la semaine suivante, son retour devant coïncider avec le leur. Gérard reste donc comme prévu chez Marcel. Deux jours se sont passés depuis l’ordre de mobilisation et ce matin, des fusillades éclatent dans la campagne environnante, notamment sur le bourg de Mouland où une poignée de gendarmes oppose une résistance obstinée à une troupe cent fois plus nombreuse. Les Allemands ont passé la frontière et les forces belges ripostent. L’Allemagne a massé sur le front belgo-luxembourgeois son plus gros effectif. Une armée d’un million deux cent quatorze mille hommes disposant des armes les plus modernes est en marche. À l’aube du 4 août, pour lui faire face, il y a les deux cent trente-quatre mille hommes de la petite armée belge dont la restructuration n’est pas encore achevée et dont l’armement est obsolescent.
Pour Marcel et Gérard, la journée et la nuit se passent dans une attente angoissée. Le lendemain, les combats semblent se dérouler plus loin. Marcel et Gérard décident de sortir leurs motos pour une reconnaissance. D’abondants dégagements de fumée planent sur le village de Berneau et en route, les traces des combats de la veille sont perceptibles : des animaux sont morts pendant les échanges de tirs et parfois, au bord de la route au milieu des derniers coquelicots, sous des bâches ou des couvertures, reposent les corps de soldats tués. C’est la première fois que Gérard est confronté à la mort et un sentiment de malaise intense s’empare de lui. À proximité de Mouland, ils arrivent à quelques centaines de mètres d’un cantonnement militaire et décident d’aller voir ce qui s’y passe. En se rapprochant, on peut mieux distinguer les détails du campement. Le drapeau tricolore est à peine déployé dans le vent faible de cette journée d’été et les soldats sont en chemise. Une bouffée de brise agite la bannière du camp et les couleurs se déploient sur le bleu du ciel : rouge, blanc et noir.
Soudain, Gérard réalise avec terreur que c’est un campement allemand et crie aussitôt à Marcel de s’arrêter. Il pense avoir été entendu et stoppe dans le dernier virage avant d’arriver à hauteur du camp. Mais Marcel, qui a confondu les cris de Gérard avec ceux des soldats affairés, continue sur sa lancée et s’arrête à proximité du cantonnement. Il découvre, étonné, les sentinelles portant un uniforme verdâtre avec un couvre-chef pointu recouvert de toile. Celles-ci avaient vu arriver Marcel, croyant qu’il s’agissait d’un de leurs messagers, mais lorsque celui-ci s’est arrêté à une dizaine de mètres, elles réalisent qu’il n’est pas des leurs. Aussitôt, les Allemands mettent Marcel en joue et l’obligent, en hurlant, à abandonner sa moto. L’officier de garde, un petit homme malingre avec un casque à pointe noir décoré d’argent, accourt. Il n’a pas brillante allure, avec ses épaules étroites et tombantes qui font paraître sa tête trop grosse. La longue pointe de son couvre-chef et la raideur de sa démarche le font ressembler à un plantoir, ce qui lui a valu de la part de ses hommes le sobriquet de Pflanzeisen. Il toise Marcel et sa machine avec une lueur de triomphe dans le regard.
« Er ist bestimmt ein Spion! Solche Schweine soll man erhängen… »
Au détour du chemin, Gérard observe la scène et voit les Allemands traîner Marcel au pied d’un arbre, clamant son innocence, ne cessant de se débattre.
« God den Hieren, ich ben geen spion! Ich ben Marcel Kerff, de coureur, ich wou toch gewoen komen kieken…Ich hem niks misdoan… La me los ! La me los ! »6
« Diese Kerl macht zu viel Lärm und redet zu viel. Schneid seine Zunge weg ! So habt er überhaupt nichts mehr zu erzählen. »7
Deux hommes empoignent Marcel, l’immobilisant à genoux, pendant qu’un troisième force l’ouverture de sa bouche. Le malheureux pousse des cris déchirants, tandis qu’un quatrième introduit une tenaille entre ses dents, tirant sur langue, qu’il coupe avec un coutelas, faisant jaillir un flot de sang. Les Allemands poussent des cris d’amusement et lancent des quolibets pendant que Marcel hurle de douleur, se roulant dans son sang.
Gérard sent son cœur broyé par une poigne de fer. Une nausée terrible s’empare de lui et il se met à vomir dans le fossé, pris de tremblements incontrôlables, les yeux noyés de larmes, en poussant des gémissements rauques. Tout s’est passé si vite, si brutalement. Marcel n’a vraiment eu aucune chance d’expliquer qui il était et ce qu’il faisait là. Gérard est paralysé par la peur et l’horreur de ce qui vient de se dérouler sous ses yeux. Il est maintenant couché en chien de fusil au bord du fossé, secoué de sanglots.
« Hey du ! Was machst du hier ? »8
D’un bond, Gérard se relève, terrifié, en voyant approcher deux Uhlans et leurs montures. Ils sont heureusement à pied et leurs armes sont accrochées à la selle de leurs chevaux harassés. De toutes ses forces, il court vers sa moto couchée dans les hautes herbes de l’accotement. Les cavaliers ont entre-temps saisi et armé leurs carabines en essayant de le mettre en joue. Gérard enfourche sa moto qu’il tente de mettre en route tout en zigzaguant. Les balles bourdonnent à ses oreilles tandis que le moteur se met à faire son bruit de grosse machine à coudre. Impossible de faire volte-face : il lui faut passer devant le campement.
Les coups de feu surprennent les occupants, encore occupés à contempler Marcel, qu’on a fait taire un introduisant un bouchon de linge dans sa bouche, tandis que d’autres sont retournés à leur besogne sous les aboiements des sous-officiers. Sans avoir le temps de réagir, les sentinelles ébahies voient filer Gérard en direction de Visé.
La vitesse de la moto lui permet de surprendre les Allemands qu’il croise sur sa route, mais en traversant Warsage et Berneau, il découvre l’horreur des ravages exercés par l’envahisseur : maisons incendiées, civils fusillés ou pendus. La guerre avait débuté vingt-quatre heures auparavant et le bocage paisible des Fourons et des villages mosans est écrasé par une violence sans nom. Gérard réalise quel est le sort horrible qui attend Marcel. Tous ceux qu’il aime sont désormais en danger. Il doit se hâter de prévenir Élise et Richard et, pour rejoindre Liège, il lui faudra prendre les Allemands par surprise et se faufiler par des chemins de traverse.
***
Le danger est partout et il lui faut faire de multiples détours pour se rapprocher de la ville que les Allemands tentent d’encercler. Mais plus il avance, plus les troupes sont nombreuses. Il doit s’arrêter et se cacher dans les fourrés avec sa moto en attendant la nuit. II n’est pas là depuis cinq minutes qu’arrivent des Allemands qui s’installent pour bivouaquer à quelques pas de lui. Ils sont extrêmement nerveux. Gérard l’entend au ton de leurs bavardages dont il arrive à comprendre qu’ils ont subi des revers et de lourdes pertes.
Gérard, réalise qu’il ne peut rester là plus longtemps. Il lui faut partir avant le lever du jour. En modérant son souffle, il se met à ramper très lentement vers sa moto cachée dans les buissons près du chemin. Il arrive à redresser la lourde machine sans bruit et s’éloigne en la poussant sur la route montante. Arrivé en nage au sommet de la côte, il enfourche la moto et se laisse descendre en roue libre vers l’autre versant du coteau. Au pied de la pente, profitant de sa lancée, il met le moteur en marche et donne des gaz pour gravir une autre montée mais, au détour d’un virage au milieu de la côte, un arbre a été abattu et couché en travers du chemin, incontournable. Mettant pied à terre, Gérard est aussitôt encerclé et mis en joue par des soldats aux uniformes sombres.
« Halte ! Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? »
Gérard avait atteint les lignes belges. Le français des soldats est plutôt approximatif, habitués à parler ordinairement un patois wallon ou flamand. Gérard ne laisse aucun doute quant à ses origines grâce à sa connaissance du wallon et du néerlandais. En sanglots, la voix brisée par l’émotion, il essaye de raconter aux hommes et à l’officier qui les a rejoints les horreurs qu’il a traversées tout au long de cette journée terrible. Les traits de leurs visages, marqués par les combats, la fatigue et le manque de sommeil, se durcissent. Désormais, ils savent pourquoi ils combattent.
***
Quelques jours plus tôt, Helmut von Molkte, commandant en chef des armées allemandes, écrivait :
« Je pleure de joie à l’idée que la guerre est désormais certaine. Seule la guerre permettra à l’Allemagne de remplir sa mission culturelle. L’Allemagne est l’unique nation capable de prendre sur elle le commandement de l’humanité et de la mener vers une plus haute destinée ».
6 « Mon Dieu, je ne suis pas un espion ! Je suis Marcel Kerff, le coureur ! Je suis seulement venu regarder, je n’ai rien fait ! Lâchez-moi ! »
7 « Ce type fait trop de bruit et parle trop. Coupez-lui la langue ! Là, il n’aura plus rien à raconter. »
8 « Hé toi ! Que fais-tu ici ? »
Gérard avait quitté les avant-postes belges avec un messager. Conduit au commandant de l’unité, celui-ci l’avait questionné sur le nombre d’ennemis et leur armement. Malgré la peur, il a enregistré sans le savoir quelques détails tels que le positionnement de canons qu’il avait entraperçus, car il connaissait très bien la région, mais il était incapable d’évaluer l’effectif des unités ennemies. Il rentrerait à Liège avec le convoi d’ambulances se rendant à l’hôpital militaire de la rue Saint-Laurent situé juste en face de la maison familiale.
Il parvint à convaincre les militaires de lui laisser la moto de Marcel qu’il accrocha au hayon arrière d’une ambulance hippomobile pour les blessés légers. Les infirmiers lui remirent un brassard de la croix rouge et il fit de son mieux pour aider les blessés. Certains avaient d’horribles blessures causées par les éclats d’obus qui broyaient des membres ou sectionnaient des parties entières du corps.
L’un d’eux n’avait plus de visage. À la place, il n’y avait qu’une plaie béante ouverte sur des cavités, des os et cartilages, d’où sortaient des sons affreux. À sa vue, Gérard sentit un irrépressible sentiment de répulsion et de terreur le mordre aux entrailles et il s’enfuit, la tête entre les mains. Il lui fallut un long moment pour réaliser que ce corps tordu par la souffrance et l’angoisse, attaché à son brancard, avait encore il y a moins d’une heure le visage d’un jeune homme, et qu’il était peut-être musicien comme lui ; que cet homme qui avait subi la pire des mutilations était son frère jeté dans la tourmente.
Surmontant l’horreur, il s’approcha de l’homme sans visage, lui pris la main et se mit à lui parler, sans arrêt. La main du blessé serra les doigts de Gérard avec force et les gémissements se turent. Deux mains unies pour lutter contre la souffrance et la peur. Deux mains serrées pour sauver le meilleur de l’humain et garder un peu d’espoir alors que le gouffre s’ouvre sous ses pieds. Des infirmiers vinrent toucher l’épaule de Gérard ou lui serrer le bras, en signe d’approbation et de gratitude. Eux-mêmes se sentaient bien peu assurés pour s’occuper de cas aussi graves. Ils n’étaient que des jeunes gens arrachés à la vie civile qui voyaient le sang et la mort pour la première fois.
Le convoi s’était ébranlé au petit jour alors que le canon se remettait à tonner. Un peu avant, dans la nuit vers 2 h 30, Liège avait subi le premier bombardement aérien de l’Histoire visant à terroriser les civils. Un dirigeable avait largué des projectiles lourds en pleine ville. Maintenant, les forts de la rive droite de la Meuse appuyaient du feu de leurs coupoles cuirassées l’armée de campagne qui avait jusqu’ici opposé une résistance opiniâtre aux forces allemandes.
Cinq des six brigades lancées à l’assaut de la place forte de Liège ont été taillées en pièces par les Belges et refluent en grande confusion vers leurs positions de départ. Les Allemands se tirent les uns sur les autres et accusent les villageois sur lesquels ils se vengent en les tuant par dizaines. En face, la petite armée inexpérimentée, qui avait rassemblé en hâte des hommes de tous les coins de la Belgique, était en train de gagner l’admiration du monde entier. Mais ces succès ne dureraient pas. Les Allemands avaient acheminé d’importants renforts et des armes nouvelles, d’une puissance inconnue, qui allaient écraser les uns après les autres les ouvrages défensifs obsolètes des Belges et réduire leurs canons au silence.
Pendant qu’autour des hauteurs de la ville les combats font rage, Gérard rejoint la rue Saint-Laurent et se rend tout de suite chez Élise et Richard. Les grilles du jardin et les volets sont fermés. Il n’y a âme qui vive. Les voisins ne sont au courant de rien. Gérard ne peut que rentrer chez lui, en proie à l’anxiété. Dans la boîte aux lettres, il trouve cependant un message de ses amis qui lui annoncent leur retraite sur Dinant où ils ont de la famille. Ils lui laissent une adresse pour les rejoindre si besoin en était. Ce que Gérard avait vu des combats ne l’incite guère à rester à Liège qui est directement menacé par les forces allemandes.
La route pour la Hollande, où se trouvent ses parents, passe par la zone des combats. Reste la possibilité de remonter plus au Nord, par Hasselt, et de passer la frontière à Achel ou Lommel. Mais les trains et le charroi sont réquisitionnés par l’armée et les civils n’ont guère d’autre moyen pour voyager que les routes et chemins encombrés. Plus de 120 km, soit une ou deux journées de route le séparent de ses parents. Et puis, il y a Élise, qui lui manque tant. Toutes ses pensées vont vers elle et il n’a qu’une envie, celle de la retrouver et de la protéger. Dinant n’est qu’à une demi-journée de route.
Son choix est fait. Il se rend à la poste centrale et envoie un télégramme à ses parents pour leur faire part du danger et les supplier de rester aux Pays-Bas. Il les rassure en annonçant qu’il rejoint la famille d’Élise et Richard à Dinant, loin de la zone des combats. Par acquit de conscience, il se rend au bureau de l’orchestre pour annoncer ses intentions et apprend, sans surprise, que toute activité est suspendue pour une durée indéterminée. Certains de ses collègues sont sous les armes et l’orchestre est décimé, sans compter les musiciens que les circonstances empêchent de rejoindre l’effectif. Toute poursuite des activités est devenue impossible du fait de la menace qui pèse sur la ville. Dans ces conditions, il décide de partir le lendemain à l’aube pour rejoindre ses amis et attendre des jours meilleurs.
Le 7 août, Gérard enfourche la moto, après avoir arrimé une petite valise avec des vêtements et son instrument ainsi que quelques provisions. Il se dirige vers les quais de la rive droite de la Meuse, pour remonter le fleuve en amont vers Namur et Dinant. Quelques heures plus tard, les premiers Allemands pénètrent dans Liège pendant que, sur les hauteurs dominant la ville, les douze forts isolés résistent toujours.
Deux jours plus tôt, Élise, Richard et leurs parents s’étaient rendus en fiacre à la gare de Longdoz où ils avaient, par miracle, pu trouver place dans un des rares trains du Chemin de Fer Mosan en partance pour Dinant. La priorité donnée aux convois militaires provoquait de nombreux arrêts et il leur fallut toute une journée pour arriver à leur destination, Dinant la jolie et son fameux rocher d’où, selon la légende, le cheval Bayard emportant les quatre fils Aymon, aurait pris sa battue pour bondir sur l’autre rive du fleuve.
La Meuse coule, lisse et majestueuse, vaste miroir bordé ça et là de villas coquettes dans leur écrin de verdure. Les collines boisées d’où émergent des éperons rocheux offrent un décor idyllique sous le ciel d’été. Des jardins en fleurs émanent de subtils parfums. Sur la rive droite, du haut des rochers, la vieille citadelle surplombe la ville de ses murailles grises. Tout n’est que quiétude. Liège, ses forts et ses coteaux battus par la mitraille sont loin. L’installation dans la demeure de la grand-tante se passe dans la joie des retrouvailles.
Pour un instant, les rumeurs de la guerre sont oubliées. La belle villa en bord de Meuse est vaste et son jardin fleuri se prolonge d’un verger où mûrissent les mirabelles et de délicieuses pommes d’août. La tante, qui joue du piano à ses heures, possède un beau demi-queue Érard revêtu de loupe de noyer. Élise ne peut résister à l’envie de jouer quelques-unes de ses pièces favorites sur ce superbe instrument. Ses longs doigts caressent l’ivoire et l’ébène des touches avant d’attaquer une valse brillante de Chopin. La maison se met à résonner de toutes parts : rires et paroles enjouées font un contrepoint aux envolées du piano.
Un souper est servi sur la terrasse et le père de Richard, dûment mandaté par la tante, s’en est allé débusquer dans les caves un vieux Saint-Estèphe. Avec précautions, respectant la poussière, il débouche la bouteille et verse un doigt de vin couleur rubis dans un verre en cristal taillé. La transparence sombre du nectar et la paroi ciselée du verre accrochent la lumière. Le bonheur est dans les regards et le soleil couchant colore la Meuse de pourpre et d’organdi.
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Après une douce nuit d’été, la maison se réveille dans l’insouciance. Un soleil rassurant s’est levé au-dessus des rochers où s’effilochent des lambeaux de brume. La matinée se passe, sereine : Élise travaille son piano tandis que Richard et son père pêchent à la ligne tout en se promenant en barque sur la Meuse nonchalante. Les dames ont cueilli des mirabelles qui garnissent une grande tarte qu’elles vont mettre au four, avant de préparer le dîner.
Vers midi, alors que la table est dressée pour le repas, un bruit de moteur pointe au bout du chemin et se rapproche, avant de s’arrêter à hauteur de l’entrée de la propriété. La cloche du portail résonne au moment où Richard et son père reviennent de leur pêche avec de beaux sandres qui seront au menu du soir. Richard court vers le portail qui s’ouvre sur un motocycliste. Le visage masqué par de grosses lunettes et le casque de cuir laisse apparaître un sourire fatigué. L’homme dégage son visage et s’avance vers Richard. La surprise est totale. Gérard retrouve ses amis avec une émotion telle qu’aucune parole n’arrive à quitter ses lèvres. Élise arrive en courant et le serre longuement dans ses bras, les yeux fermés. La grand-tante est ravie d’accueillir ce « bien charmant jeune homme » qui doit lui promettre qu’il donnera un petit concert avec Élise.
On ajoute un couvert et on passe aussitôt à table. Gérard est assailli de questions sur les évènements. Mais à nouveau, il est incapable d’articuler un son. Les larmes envahissent son regard. Trop d’horreur sature sa mémoire. Richard, qui n’a jamais vu son ami dans un tel état, vient à son secours et l’emmène prendre l’air, aussitôt suivi d’Élise, inquiète, qui pressent que Gérard a vécu quelque chose d’effrayant. Les parents et la tante, interloqués les regardent quitter la table dans un silence abrupt.
Dans la chambre qu’ils partagent, Richard a enfin pu entendre le récit de la voix brisée et étranglée de Gérard. Comment expliquer ceci au reste de la famille sans susciter la panique ? Richard en parle à son père qui l’écoute avec scepticisme. Certes, il apprécie beaucoup Gérard mais celui-ci n’est-il pas en train de colporter des bobards en forcissant le trait ? En lui parlant à son tour, il réalise que le garçon est vraiment bouleversé. Jamais il ne l’a vu dans cet état.
Le père de Richard, originaire de la petite ville de Limbourg, proche de la frontière, parle parfaitement allemand. Les gouvernantes allemandes sont très appréciées en Belgique pour leur sérieux et l’excellente éducation dispensée par les écoles allemandes. C’est bien sûr à l’une d’elles que son épouse et lui avaient fait appel quand leurs enfants étaient en bas âge. Et puis, la reine n’est-elle pas allemande, épouse d’un roi lui-même issu d’une dynastie de princes allemands ? Impossible d’imaginer les soldats de ce pays en train de massacrer sans raison d’innocents civils. Dinant est éloignée des combats et les alliés français arrivent au secours de la Belgique. Les frontières leur sont ouvertes et ils arriveront avant les Allemands qui sont combattus vaillamment par les Belges. Il n’y a pas de raison de perdre le moral. L’état de Gérard n’est certes pas feint, mais le doute quant à la véracité de ses récits subsiste.
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