Le temps ne guérit pas tout - Émilie Malburny - E-Book

Le temps ne guérit pas tout E-Book

Émilie Malburny

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Beschreibung

Cavanaugh s’est échappé lors de son transfert vers le tribunal...

Où se cache-t-il ? Reviendra-t-il hanter son existence ? Dans ce deuxième tome, le chemin de Lily sera à nouveau semé de troubles. Le temps ne guérit pas tout ? Il ne reste plus qu’à le vérifier...
Dans ce deuxième opus de la trilogie “Petites rencontres et méga problèmes”, le quête de la vérité continue... Plus intense, plus sombre, le mélange des genres déjà présent dans le premier tome nous revient, glissant ostensiblement vers le thriller.

Découvrez sans plus tarder le deuxième tome de ce thriller sentimental hors normes !

EXTRAIT

« Enfin ! » s’étaient écriés, Wyatt et Arthur, lorsqu’ils levèrent la tête et virent Lily passer la porte de B & R.
« Je sais, je sais, je suis encore en retard, déclara la jeune femme essoufflée par sa course dans les rues de Bruxelles.
– Ça devient une habitude, il va falloir y remédier, lança Wyatt contrarié. Pourquoi le classement n’a-t-il pas été fait depuis plus d’une semaine, Mademoiselle Jones ?
Oh ! Ne me casse pas les pieds dès le matin ! grommela intérieurement la jeune femme.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Émilie Malburny est née le 18 juin 1983 en Belgique.
Après un passage dans le monde des médias, elle décide de se lancer dans la publication de son premier roman sous l’impulsion d’une étoile à chapeau nommée Jeff Bodart, originaire du même village. C’est avec plus d’une corde à son arc qu’elle s’aventure dans l’écriture d’un seul en scène, d’histoires pour enfants, de chansons et d’ouvrages orientés thriller.

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Veröffentlichungsjahr: 2018

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« No time for hesitationThis time you must be thereTurn out the lights and actionI want to see the starsSo let’s go tonight »Perry Rose, Celtic Circus, Celtic Circus Album – 1999 – TeamFor Action/l’Oz Production

Merci à :

Seb, Mégane et Thierry, pour cette magnifique illustration.Marmima, TaFa, et aux deux lynx.

Chapitre 1En retard, je suis toujours en retard.

« Enfin ! » s’étaient écriés, Wyatt et Arthur, lorsqu’ils levèrent la tête et virent Lily passer la porte de B & R.

« Je sais, je sais, je suis encore en retard, déclara la jeune femme essoufflée par sa course dans les rues de Bruxelles.

– Ça devient une habitude, il va falloir y remédier, lança Wyatt contrarié. Pourquoi le classement n’a-t-il pas été fait depuis plus d’une semaine, Mademoiselle Jones ?

Oh ! Ne me casse pas les pieds dès le matin ! grommela intérieurement la jeune femme.

– Tout simplement parce que je suis dépassée ! répondit-elle se dirigeant avec assurance vers son poste. Je ne sais plus où donner de la tête depuis le rachat de la maison d’édition de Cavanaugh, ajouta-t-elle, dépitée. Le travail a, au bas mot triplé, Monsieur Brander, et avec tout le respect que je vous dois, je suis seule à assister tout le monde !

Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué…

– Je ne pense pas que cela justifie ce énième retard et cette pile de dossiers sur votre bureau, répondit Wyatt taquin cette fois.

Retenez-moi, je vais commettre un meurtre !

– Tu plaisantes, j’espère ! dit-elle en rangeant sa veste.

– Oui en ce qui concerne le backlog1, mais pas en ce qui concerne tes arrivées tardives à répétition. Que se passe-t-il ? »

Arthur, resté silencieux jusque-là, avança timidement vers son patron.

« Si je peux me permettre une incursion, cette fois c’est de ma faute, dit-il doucement. J’ai oublié de retirer une épreuve à l’imprimerie et Lily y est passée pour moi. »

La jeune fille agita fièrement la plaquette sous le nez de Wyatt.

Celui-ci regarda le jeune homme dubitatif, mais capitula.

« Peux-tu me dire où se trouve le dossier Ramirez ? demanda-t-il, contrarié

– Il doit se trouver… la jeune femme passa derrière le comptoir, scruta la pile de chemises en plastique et esquissa un sourire. Ah ! Il est là, dans la chemise rouge. »

Wyatt la regarda d’un air ahuri, cela faisait au moins une heure qu’Arthur et lui cherchaient ce maudit dossier.

« Mais…

– Wyatt, je te l’ai déjà expliqué : les chemises rouges pour les cas urgents, les bleues, pour les longues durées et les vertes pour les dossiers complets, ajouta Lily, voyant l’air consterné de son patron.

– D’accord : mais, il y en a au minimum trois mille, de ces chemises rouges ! grommela Arthur, vexé de n’avoir pas trouvé le dossier.

– Il y en a une dizaine, tu exagères comme toujours, rétorqua la jeune femme. Bon, laissez-moi ranger tout ça !

Du vent ! Allez ! On s’en va maintenant ! »

J’ai besoin d’air, donnez-moi de l’air !

Les deux hommes échangèrent un sourire complice et se dirigèrent vers l’escalier qui menait à l’étage.

Soudain, Wyatt se retourna et demanda de but en blanc.

« Au fait, aurais-tu perdu David en route ?

– Pourquoi me poses-tu cette question ? demanda Lily déstabilisée. Nous ne sommes pas indissociables ! Il a certainement dormi dans son bureau comme, il le fait, depuis quelque temps déjà… Et l’on se demande bien pourquoi ! N’est-ce pas, Monsieur Brander ? dit-elle, cassante.

– Ouch… lança Arthur. »

Brander, surpris de la réponse, continua son chemin sans ajouter un seul mot, attrapant le jeune homme par l’oreille.

David n’avait pas dormi de la nuit ; ils avaient revu une partie du bilan comptable avec Robert Detry – chef du service concerné – et, au vu des transactions faites ces derniers mois, ils étaient agréablement surpris des résultats partiels.

Rommerty sortit de son bureau les cheveux en bataille, la cravate absente, le haut de la chemise ouverte, le teint blême et le regard embrumé.

Il se dirigea vers la machine à café et grommela en voyant l’écran de la machine à café afficher « Out of supply2 »

Lily, sentant le regard désespéré de son second patron se poser sur elle, leva aussitôt l’index pour lui signifier qu’elle s’en occupait tout de suite et ajouta : « Je dois repasser une commande et je m’occupe des boissons dans une minute ». David qui ne tenait presque plus debout, ou à peine, s’en retourna rejoindre le comptable qu’il trouva le nez plongé dans ses chiffres…

Quelques minutes plus tard, s’aidant de son coude, Lily entra sans s’annoncer portant, d’une main, une grande tasse de café et, de l’autre, un grand thé tout droit sortis du Starbucks situé de l’autre côté de la rue.

« Le café latté avec supplément de cannelle de Monsieur Rommerty est servi, déclara-t-elle avant de poursuivre. Monsieur Detry, voici votre Darjeeling. »

Les deux hommes la remercièrent et se replongèrent dans le bilan sans ajouter un mot.

Haut les cœurs ! Ça respire la bonne humeur dans cette agence !

Depuis leur retour de New York, la relation entre Lily et David était quelque peu tendue.

La jeune femme supposait que cette situation résultait du choc émotionnel récent qu’ils avaient tous deux subi. Pour sa part, elle préférait oublier cette triste aventure et avait pris le parti de ne pas s’inquiéter outre mesure du comportement inhabituel de David.

Les choses rentreraient dans l’ordre d’elles-mêmes, et cela prendrait le temps qu’il faudrait.

Donc pour le moment, elle se concentrait sur ce qu’il y avait de plus important : le travail. Après tout, peut-être que leur aventure avait permis de remettre des limites là où elles n’avaient jamais existé.

En fin d’après-midi, elle vit enfin émerger le comptable et son patron.

« Eh bien, Monsieur Detry, j’espère que les prochains bilans seront plus faciles à réaliser, déclara David, lessivé.

– Je n’en doute pas, Monsieur Rommerty, le plus dur était d’intégrer les résultats de la maison d’édition, répondit-il, en affichant un sourire fatigué. »

Les deux hommes se quittèrent, se congratulant une dernière fois pour le travail fourni.

David s’avança vers le lobby.

« Désolé de ne pas avoir été très loquace aujourd’hui, dit-il, tentant d’entamer la conversation.

– Ne t’excuse pas, vu la nuit chiffrée que tu as passée, il est bien normal que les contacts humains ne soient pas ta priorité, répondit Lily, compatissante. Tu devrais rentrer chez toi, ajouta-t-elle fermement »

Il la regarda un long moment sans rien dire. Le visage de Lily lui paraissait tout aussi tendu que le sien. La mine contrariée et les sourcils froncés de la jeune femme ne lui avaient pas échappé.

« Il n’y a pas que moi qui devrais rentrer me reposer, déclara-t-il. Tu as des cernes jusqu’au menton. » Il attendit une réaction de la part de son employée, mais n’obtint rien. « J’ai vu que tu avais envoyé des mails et fixé des réunions au beau milieu de la nuit, dit-il calmement ; il est temps que tu lèves le pied, jeune demoiselle. »

Lily le regarda, étonnée.

Non, mais je rêve ! Il se moque de moi !

« Mais je n’ai pas le temps de lever le pied ! s’exclama-t-elle. Ce que je fais le soir chez moi, c’est ce qu’il y a de moins à faire le lendemain matin ! Je suis dépassée, déclara-t-elle.

– Pourquoi ne pas avoir signalé la surcharge avant ? demanda-t-il.

Bravo, Rommerty, tu as lancé une bombe ! Maintenant, assume ! pensa Lily profondément frustrée par la question de son patron.

– Lorsqu’on a absorbé les actifs de Cavanaugh, Wyatt nous a bien dit qu’on n’augmenterait pas les équipes ! dit-elle, dépitée. Alors, je me suis débrouillée…

– Nous allons rediscuter plus sérieusement et rapidement de cela, dit-il. Peux-tu nous arranger une réunion avec Wyatt, Robert, Lizzy, toi et moi ? On va trouver une solution. »

Lily acquiesça d’un mouvement de tête, s’empara d’un post-it et nota les instructions reçues.

David la salua et décida de rentrer se coucher.

La jeune femme envoya les invitations après son départ. Ne voulant pas laisser un autre amas de dossiers pour le lendemain, elle rangea tous les nouveaux cas de la journée et ne rentra chez elle, épuisée, que tard dans la nuit.

De son appartement, Lily ne connaissait plus que le canapé et la salle de bain. Depuis quelques mois, il lui semblait bien trop grand.

Cette nuit-là, elle s’effondra de nouveau sur le sofa, alluma la télévision et resta quelques instants éveillée devant la rediffusion d’un reportage dont elle ne comprit même pas le sujet tellement la fatigue était présente.

Elle s’endormit, les ronronnements de Salem en guise de berceuse.

Wyatt, lui aussi, était resté tard ce soir-là comme presque tous les soirs depuis deux mois.

Le rythme effréné de travail épuisait tout le monde et plus personne ne savait où donner de la tête.

Cela faisait plus d’une semaine qu’il n’avait pas vu Jézabelle et il ne pensait qu’à une seule chose : la serrer dans ses bras et sentir son parfum grisant.

C’est Arthur qui le sortit de sa rêverie.

« Wyatt ? J’ai fini la maquette du projet Ramirez, dit-il, embarrassé de déranger son patron, mais je peux repasser plus tard si tu veux.

– Non non, répondit Brander reprenant ses esprits. Donne-la-moi, je vais y jeter un œil. »

Le jeune homme s’approcha et lui tendit le carton.

« Tu as l’air ailleurs, remarqua-t-il.

– J’ai juste envie de rentrer, comme beaucoup d’entre nous.

– Puis-je te poser une question ? demanda Arthur

– Bien sûr, répondit Wyatt, concentré sur la maquette que venait de lui donner le jeune homme.

– As-tu toi aussi remarqué que David et Lily ne se parlent presque plus depuis notre retour ?

– Effectivement, mais le surmenage doit jouer un rôle assez important dans ce phénomène.

– Peut-être, mais…

– Écoute ! le coupa Wyatt, cela ne nous concerne pas. Ils sont assez grands pour se gérer tout seuls. Tant que leur vie privée n’influe pas sur l’ambiance ici, je ne m’en mêlerai pas. »

Arthur hocha la tête en signe d’acceptation, bien qu’il ne fût pas entièrement d’accord avec les propos de Brander.

Il demanda la permission à son patron de quitter l’agence, ce que lui accorda Wyatt.

Il sortit discrètement du bureau après l’avoir salué, chercha son téléphone dans la poche de sa veste, et appela David.

« Rommerty, répondit une voix vaseuse.

– C’est Arthur, je ne te dérange pas ?

– Un peu, je dormais, répondit-il, résigné, que puis-je faire pour toi ?

– Oh désolé ! Je vais te laisser, bredouilla-t-il embarrassé ; cela n’a rien à voir avec le travail, je te laisse te rendormir.

– Comme tu veux, répondit David. Tu en es certain ?

– Oui oui, encore désolé. »

Arthur raccrocha et se rendit compte qu’il avait probablement évité une féroce remise en place. Il rentra donc chez lui où Pierce l’attendait patiemment.

Lorsqu’il poussa la porte de son appartement, son compagnon était attablé avec un poulet Moambe3 fumant et une bouteille de Châteauneuf-du-Pape, datant de 2000. Voyant que celui-ci n’avait pas commencé son repas sans lui, Arthur ne put s’empêcher de sourire.

Ces derniers temps, le jeune dandy était aux petits soins pour lui, sans doute pour se faire pardonner l’affaire Casey. Depuis ce jour-là, Lily ne lui adressait plus beaucoup la parole et le tolérait juste parce qu’Arthur n’avait pas renoncé à lui.

« Tu m’as attendu ! lança Arthur le sourire aux lèvres.

– Oui, je pensais que ce serait sympa, répondit Pierce, vu que nous ne nous sommes pas beaucoup croisés cette semaine. »

Le jeune homme avança et embrassa tendrement son compagnon, huma le plat et se plaça en face de lui.

« C’est une très gentille attention, tenta de le rassurer Arthur. Je meurs de faim ! Ça a l’air super bon !

– J’espère que je l’ai réussi, répondit le dandy, j’ai suivi scrupuleusement la recette.

– Goûtons ! rétorqua-t-il, l’eau à la bouche et la cuillère à la main. »

Pierce se leva et servit le vin rouge avec précaution dans le verre du jeune homme, avant de se rasseoir et de remplir le sien.

« Comment va Lily ? demanda-t-il

– Ça peut aller, répondit Arthur. Mais elle doit être plus débordée que moi à l’heure actuelle.

– Mais vous allez vous en sortir ? David et Wyatt n’ont-ils pas été trop ambitieux ? »

Arthur mangeait de bon cœur : il n’avait presque rien avalé de la journée et ce repas le remit en forme.

« Non, je crois qu’il faut du temps, répondit le jeune homme. Ils vont certainement engager ici en Belgique et ils parlent d’ouvrir une succursale à Venise.

– Venise ?

– Oui ! C’est Jezabelle qui a proposé cette solution, ajouta Arthur. »

Le jeune homme continua son explication sur les modalités de la décision, et les conséquences que cela pourrait avoir sur l’organisation générale du siège bruxellois.

Soudainement, le regard de Pierce se durcit et son visage se crispa.

« Et le couple “David/Lily”… ça se passe bien ? demanda-t-il à brûle-pourpoint. »

Arthur regarda son compagnon d’un air étonné.

« Je ne pense pas qu’ils soient ensemble, dit-il tout en mangeant. Pour le moment, ils ne font que travailler.

– Tu ne passes plus beaucoup de temps avec elle. Rien de grave ? s’inquiéta Pierce

– Non ! Juste un manque de temps dans le planning, mais je compte bien la voir cette semaine. Pourquoi tant de questions ? demanda Arthur irrité par le ton qu’avait pris son compagnon.

– Pour rien, ce n’est pas parce que je soutiens ma famille que je ne m’intéresse pas aux autres ! répliqua Pierce. »

Le jeune dandy avait remarqué que le discours de son compagnon s’était durci.

Ne voulant pas l’irriter davantage, il dirigea la conversation vers un projet qu’il avait en tête.

Le lendemain, Lily se leva tôt pour ne plus arriver en retard. Le manque de sommeil commençait à peser, mais vu la remarque de Wyatt la veille, elle ne pouvait plus se permettre une arrivée tardive.

À cette heure, les métros étaient encore déserts et le trajet lui avait semblé moins long et moins pénible.

Arrivée chez B & R, elle se servit un café et s’installa tranquillement à son poste. La jeune femme ne perdit pas une seconde et commença le tri du reste des dossiers, avant l’arrivée de ceux de la journée ensuite, elle répondit scrupuleusement aux mails qui la concernaient et transféra les autres aux personnes intéressées.

Un mail attira cependant son attention, il venait d’Arthur et avait été envoyé tard la veille :

De : Arthur d’ArchambeauÀ : Lily Jones

Objet : Rendez-vous. En manque.

Demoiselle occupée,

Auriez-vous l’amabilité d’accepter un dîner en tête à tête avec votre serviteur ?

Ce vendredi soir ? Juste vous et moi ?

Vous me manquez…

Arthy.

B&R advertising and Publishing PAO assistant

La jeune femme sourit, cela faisait bien trop longtemps qu’ils n’avaient pas passé une soirée ensemble, et lui répondit :

De : Lily Jones

À : Arthur d’Archambeau

Sujet : Re : Rendez-vous. En manque.

Damoiseau des hauteurs,

Si le vortex destructeur de vie privée de B & R ne m’a pas happée en son sein d’ici là, je me ferai un plaisir d’accepter votre invitation.

Vous me manquez également.

Lily

B&R advertising and Publishing Receptionist

Un autre mail arriva, cette fois d’une personne dont elle n’avait jamais entendu parler. Mais ce qui la perturba ne fut pas tant l’expéditeur inconnu, mais bien le sujet du message.

De : Francesca Lussuria

À : [email protected]

Objet : I nuovi uffici di B&R4

Caro Davide,

Sono molto lieta di annunciarti che il sindaco ha accolto positivamente la nostra richiesta. I nuovi uffici di B&R avranno sede esattamente dove volevi.

La tua Francesca.5

Responsabile locale di B&R advertising and Publishing in Italia

Lily fit un bond sur son siège. C’était la première fois qu’elle voyait passer un mail de ce genre.

Ni David, ni Wyatt ne lui en avaient touché mot. Pourtant tous les dossiers passaient par elle.

Quand avaient-ils pris cette décision ?

Les minutes s’égrenaient lentement. Elle se dirigea vers la petite cuisine pour se resservir un café.

La porte du lobby s’ouvrit sur David qui à première vue, avait meilleure mine.

Il regarda sa montre, puis la jeune femme et s’arrêta net.

« Bien le bonjour, Mademoiselle, dit-il en souriant, vous êtes bien matinale !

– Bonjour ! répondit-elle, lui rendant son sourire, tu as l’air bien reposé aujourd’hui ! »

Il s’avança vers elle et lui déposa un baiser sur le front.

David n’avait plus eu de tels gestes depuis leur retour des États-Unis. Lily le regarda perplexe.

« Tu n’as pas l’air dans ton assiette, dit-il voyant le regard de la jeune femme.

– Non, je commence à fatiguer, mais… »

David lui posa un doigt sur la bouche pour l’empêcher de poursuivre.

« Mademoiselle Jones, j’aimerais vous proposer un tête-à-tête ce soir, pour vous détendre.

Peut-être même suivi d’un massage pour dénouer tous ces nœuds ? proposa le beau brun.

– Mais David… que me vaut ce changement ? demanda-t-elle. Depuis notre retour, on s’évite copieusement et là tu…

– Tu acceptes ? coupa-t-il.

– Je n’ai pas envie de refuser en tout cas. »

Il déposa un dernier baiser sur son front, s’assura qu’il n’y avait personne et déposa un baiser délicat sur ses lèvres avant de rejoindre son bureau.

Lily resta figée sans rien comprendre, partagée entre des sentiments contradictoires. D’un côté, elle avait espéré ce geste depuis des semaines et de l’autre, elle était complètement terrorisée. C’est l’arrivée de Wyatt qui lui fit reprendre ses esprits.

« Et bien Jones, on rêvasse ?

– Non, pas du tout, je venais me servir un café !

– Tu t’es levée à l’aube ? demanda-t-il, surpris. Cela faisait longtemps que je ne t’avais pas vue ici de si bonne heure.

– Disons que mon réveil fonctionne à nouveau… dit-elle sèchement. »

Lily se dirigea vers son bureau et tendit une pile de feuillets à son patron.

« Voici les messages qui t’étaient adressés sur le répondeur ce matin.

– Je vois… rumina-t-il, je vais encore devoir passer ma matinée au téléphone. »

La jeune femme ne répondit pas et se replongea dans sa boîte mail, salua Wyatt d’un petit geste de la main, transféra le billet de Francesca Lussuria sur la boîte e-mail de David et s’empara des feuillets qu’elle avait omis de transmettre à ce dernier.

Elle frappa à la porte.

« Entrez ! s’exclama le beau brun.

– Je suis désolée de te déranger, dit Lily en entrant dans le bureau, mais j’ai oublié de te donner ceci tout à l’heure. » Elle s’avança vers la table et y déposa les messages.

« Et je t’ai transféré l’e-mail d’une certaine Francesca Lussuria.

– Ah oui, je l’attendais !

Lily le regarda perplexe : il avait réagi comme s’il lui avait demandé de le lui transférer lorsqu’il arriverait.

– Pourquoi Wyatt et toi ne m’avez-vous jamais dit que B & R allait ouvrir en Italie ? »

David resta bouche bée.

« Et toi, tu as oublié de me mentionner que tu comprenais l’italien !

– Juste assez pour déchiffrer son mail dans les grandes lignes.

– Une idée de Wyatt, dit David. Il a pensé que cela pouvait être intéressant, il y a des parts de marché importantes à acquérir. »

Il la fixa de ses yeux clairs et lui décocha un sourire avant de poursuivre.

« Un voyage sera nécessaire, on va devoir ajuster certains détails.

– Mais pourquoi l’Italie ?

– À cause de la Mostra, répondit-il sérieusement.

– Je ne comprends pas, dit Lily toujours aussi dubitative.

– Francesca est une amie de Wyatt et Jezabelle, et elle habite Venise. Elle est reconnue dans le monde de la publicité et a un réseau étendu chez les partenaires que nous convoitons, poursuivit-il : tu sais que nous voulons nous diriger vers les droits cinématographiques, dit-il. »

La jeune femme acquiesça, l’explication était cohérente, et décida de ne plus se formaliser de sa mise à l’écart.

« Envoie-moi les dates et autres détails, je m’en occupe, dit-elle.

– Merci, répondit-il. Mais encore une chose avant que tu ne sortes. »

Lily qui était déjà en route vers son poste fit demi-tour pour lui faire face.

« Oui ?

– Tu es toujours d’accord pour ce soir ?

– Oui, je n’ai pas changé d’avis, je n’ai toujours pas envie de dire non.

– Tant mieux ! Chez toi ? Vers vingt heures ?

– Ça me va. »

Elle se dirigea vers le lobby. Lorsqu’elle reprit place devant son ordinateur, elle vit une fenêtre de conversation avec le nom d’Arthur clignoter :

La jeune femme ferma la fenêtre de discussion et retourna à ses dossiers. Elle n’avait pas envie de discuter de ses relations privées au bureau, que ce soit avec Arthy ou quelqu’un d’autre.

Rommerty envoya rapidement les détails. Il n’avait visiblement pas envie que les choses traînent sachant que la Mostra se déroulait principalement en septembre.

De : David Rommerty

À : Lily Jones

Sujet : Réservations voyage Venise

Lily,

Pourrais-tu, s’il te plaît, réserver un vol pour quatre personnes en partance de Bruxelles pour Venise ?

Nous partirons du 29 août au 9 septembre inclus. Les personnes qui m’accompagnent sont Wyatt, Lizzy et toi.

J’aimerais aussi que tu nous réserves quatre chambres au Centurion Palace.

Bien à toi

David.

CEO for B&R advertising and Publishing

La jeune femme s’exécuta, téléphona à l’aéroport et à l’hôtel. Ce dernier annonça qu’il ne lui restait plus que trois chambres. Elle proposa de les réserver et retourna voir David dans son bureau.

« Entrez ! » gronda-t-il derrière la porte.

Lily hésita et poussa la porte doucement.

Le quadra était au téléphone, il avait l’air contrarié. Son visage était sévère et fermé.

Il lui fit signe d’avancer et de prendre place dans le fauteuil devant lui.

La jeune femme s’exécuta. David se faisait énigmatique et ne répondait que par de petits grognements, quand soudain, il se leva et s’écria :

« This is not acceptable ! I pay for your services ! Find the bloody information6 ! »

Il raccrocha son téléphone si violemment, que celui-ci atterrit sur le plancher de la pièce.

Il leva les yeux vers la jeune femme et donna l’impression de se calmer instantanément.

« Alors que se passe-t-il, Mademoiselle ? demanda-t-il posément.

– J’ai l’impression que ce n’est pas le moment.

– Si vas-y, dis-moi tout.

– L’hôtel n’a plus que trois chambres, dit-elle, je les ai réservées, mais nous sommes quatre… »

David sourit…

« L’un d’entre nous devra partager sa chambre, répondit-il doucement.

– D’accord, mais qui ? demanda-t-elle sérieusement, je dois prévenir l’hôtel.

– Hum… je ne sais pas.

– Je pourrais partager la chambre avec Élisabeth, ou ne pas y aller ; je n’y serai de toute façon pas d’une grande utilité, fit remarquer la jeune femme.

– Jones ! s’exclama-t-il, vous nous suivez ! ordonna-t-il toujours sous l’effet de sa conversation téléphonique houleuse. Ce n’est pas un problème !

– D’accord, mais… »

Lily se tut, les yeux du quadra en disaient long, et elle comprenait qu’il valait mieux ne pas insister.

Elle acquiesça, puis se leva pour rejoindre son bureau. Rommerty se leva, la rattrapa et l’arrêta lui posant une main sur l’épaule.

« Je suis navré, dit-il, je n’aurais pas dû m’emporter. Mais la conversion que j’achevais lorsque tu es entrée m’a apporté une nouvelle qui, comme tu as pu le comprendre, ne me plaît pas du tout.

– Il vaut mieux donc que j’évite de te demander ce que c’était, ou plutôt qui c’était ?

– Toujours aussi curieuse, Mademoiselle Jones, dit-il souriant. Eh bien, je vais te répondre, car ce n’est pas classé “secret défense” : j’ai encore quelques affaires en cours aux États-Unis, et c’était mon avocat. Rien d’alarmant pour B & R si cela peut te rassurer.

– Je ne demandais pas tant de détails, rétorqua la jeune femme surprise de la réponse.

– Peut-être pas, mais vu que pour le moment tu t’angoisses pour un rien… Bon, revenons à cette histoire de voyage.

– Dave, le plus simple est que je ne vous accompagne pas… Je ne vois pas où est le problème.

– Tu dois venir, j’ai d’autres projets pour toi, répondit-il fermement.

– Quels projets ? demanda la jeune fille, sa curiosité ayant été piquée au vif.

– Pas maintenant, Jones. Tu le sauras en temps voulu.

– J’abandonne…

– Sage décision, dit-il doucement. »

David enleva sa main et Lily retourna à son poste.

Elle confirma la réservation des trois chambres à l’hôtel et envoya la copie des réservations aux autres personnes concernées ainsi qu’à Francesca Lussuria.

Elle quitta l’agence vers dix-huit heures trente. Rentrée chez elle, la jeune femme se prépara pour sa première soirée en tête à tête avec Monsieur Rommerty, et ce, depuis longtemps.

Celui-ci arriva pile à l’heure, il sonna à l’interphone.

N’ayant rien prévu de particulier, Lily lui ouvrit la porte en slim et vareuse de basket-ball.

Voyant son invité correctement habillé, elle rougit.

David sourit. Elle l’invita à rentrer, il déposa la pizza et la bière sur la table de la cuisine et lui demanda s’il pouvait utiliser sa salle de bain un instant, ce qu’elle accepta. Il s’y engouffra un duffle bag7 à la main.

Pendant l’absence de David, Lily ouvrit deux bouteilles et découpa la pizza.

« Alors, prête pour une soirée “film politique” ? demanda-t-il »

La jeune femme se retourna et sourit en voyant le beau brun en baggy et sweater, les DVDs de « Nixon » et « Milk8» dans la main droite.

« Parfaitement, répondit-elle lui tendant sa boisson. »

Celui-ci s’approcha, attrapa le breuvage et se dirigea vers le salon.

La jeune femme prit la pizza et sa bière pendant qu’il préparait le DVD.

« Prête à contempler ce cher Anthony Hopkins ? lui demanda-t-il moqueur.

– Bien sûr ! répondit-elle s’installant confortablement dans son canapé. »

Il vint la rejoindre et prit place sur le tapis juste devant elle. Ils ne regardaient pas vraiment le film et tant les commentaires fusaient sans arrêt. Lily ne toucha presque pas à son repas, écoutait Rommerty parler de ses opinions politiques et du mal du pays qu’il ressentait parfois.

Lily, quant à elle, lui expliqua les derniers souvenirs qu’elle avait de son père précédant la nuit de son assassinat.

Leur dernier voyage familial à l’étranger s’était fait à Venise, ce qui expliquait en partie la réticence de la jeune femme à y retourner.

Après avoir littéralement englouti le repas, David vint se placer aux côtés de la jeune femme. Celle-ci posa la tête sur ses jambes.

« Au fait, lança-t-elle, pour Venise, tu as pris une décision ? C’est d’accord pour que je partage la chambre avec Élisabeth ?

– J’y ai pensé, répondit-il, mais je prévoyais plutôt partager la mienne avec toi. »

Le patron de B & R lui sourit, en lui caressant la tête. La jeune femme le regarda de ses grands yeux étonnés.

« Je crois, poursuivit-il, qu’il est temps de rattraper le temps perdu.

– Je pensais que tu n’envisageais plus rien entre nous, rétorqua-t-elle. Tu sais… après l’histoire Cavanaugh.

– Je sais, coupa David, mais je crois que cela doit nous servir positivement. »

Lily semblait perdue.

« Mais…

– Sauf, si tu ne veux pas, bien évidemment. Je n’insisterai pas, ajouta-t-il avant qu’elle poursuive.

– Non, ne crois pas ça, c’est juste que… voilà… je m’étonne. »

Elle se releva, prit la tête du beau brun entre ses mains et essaya de sonder son regard.

« Hey ! Mais que fais-tu ? demanda-t-il surpris.

– Je veux que tu me répètes ce que tu viens de me dire en me regardant dans les yeux.

– Mais quelle partie ? dit-il moqueur. Celle où je te dis que je n’insisterai pas ?

– Avant ! dit-elle pressante.

– Celle où je dis que cette histoire doit nous rapprocher ?

– Oui…

– Je viens de te le dire !

– Je ne te sens pas sérieux… répondit la jeune femme anxieuse. »

David approcha à son tour sa main du visage de la jeune femme, ses lèvres des siennes. Il déposa dans un premier temps un doux baiser qui s’intensifia à mesure que celles-ci restaient en contact.

Elle le repoussa doucement :

« Rommerty, je suis sérieuse, dit-elle, j’ai besoin de l’entendre.

– D’entendre quoi ? Que je ne compte aller nulle part ? Que je n’en ai rien à faire de ce qu’il pourra encore se passer ?

– Eh bien oui, répondit-elle un peu gênée par sa demande.

– Jones, dit-il la serrant plus fort contre lui, tu le sais déjà tout ça, tu flippes pour rien, c’est tout.

– Non, j’ai vraiment besoin de le savoir. »

David posa à nouveau ses lèvres sur celles de la jeune femme et l’embrassa plus intensément que la première fois.

Les mains de Rommerty descendaient maintenant au niveau des reins de Lily et sa bouche parcourait lentement son cou. Lorsque la sonnette retentit.

« Ne réponds pas, lui demanda David presque suppliant.

– Je n’y comptais pas, répondit Lily, passant ses mains sous le sweater de son partenaire avant de le lui enlever. »

La personne se faisait insistante et, plus le temps passait, plus la sonnette retentissait.

David agacé par le bruit que faisait celle-ci regarda la jeune femme.

« Vas-y, débarrasse-nous de l’intrus, je n’en peux plus de cet acharnement… dit-il. »

Dépitée, Lily le regarda et décrocha l’interphone.

« Qui est-ce ? demanda-t-elle n’apercevant personne sur l’écran.

– C’est Wyatt ! cria une voix. Ouvre-moi, je suis déjà près de la porte du sas ! »

Paniquée, la jeune femme se retourna vers David ; elle boucha le micro de l’interphone et répéta à son invité l’identité du visiteur impromptu.

« Ton associé ! »

David sursauta, ne s’attendant bien évidemment pas à ce que son ami vienne frapper à la porte de leur réceptionniste aussi tard. Lily ouvrit à Brander : le faire attendre lui aurait automatiquement paru suspect.

« Vas-y monte ! »

David, quant à lui, se précipita dans la salle de bain, non sans voler au passage un autre baiser langoureux à sa compagne.

On frappa à la porte ; la jeune femme s’assura que David avait bien rejoint la salle d’eau.

« Eh bien, tu en as mis du temps à ouvrir ! déclara Wyatt.

– Je regardais un film, tenta d’éluder la jeune femme.

– Je vois… je ne te dérange pas ?

– Non, et puis entre… »

Lily se décala et laissa passer Brander qui se dirigea vers le salon.

Il s’arrêta net devant la table.

« Je vois que tu as de la visite, dit-il pointant les deux bouteilles de bière.

– Non, j’ai bu les deux, dit-elle : en ce moment, j’ai un grand besoin de me détendre. »

Wyatt sourit ; Lily passa devant lui poussa le sweater de David sous le canapé et se dirigea vers le petit bar où elle lui servit un verre de scotch.

« Je n’ai même plus besoin de demander ! s’exclama Wyatt.

– Tu pourrais me dire ce qui t’amène par ici ? demanda la jeune femme intriguée.

– Bien sûr ! dit-il en s’installant dans le canapé. Comme tu le sais maintenant, avec David, nous avons l’intention d’ouvrir une succursale en Italie. »

Il but une gorgée de son malt avant de poursuivre.

« Et comme le travail va encore s’accroître ici à Bruxelles, nous aimerions te trouver un ou une collègue pour l’accueil. Comme tu es en première ligne, Lizzy et moi avons pensé que tu pourrais faire le tri dans ces C.V. »

Brander sortit de son porte-document une pile de curriculum vitae aussi épaisse qu’un annuaire téléphonique.

« Mais… je ne suis pas certaine d’être la mieux placée pour ça, rétorqua la jeune femme.

– Tu te sous-estimes, répondit Wyatt.

– Tu veux une sélection pour quand ? demanda-t-elle attrapant les documents.

– Disons début septembre, dit-il ; nous commencerions les entretiens après notre retour de Venise.

– D’accord, mais pourquoi avoir fait le déplacement si tard jusque chez moi ?

– Tu sais très bien que je suis un despote ma chère Lily, dit-il plaisantant. Non, mais pour être sérieux, je viens de sortir du bureau et, comme ton appartement est sur mon chemin, je me suis dit que ça ne te dérangerait pas si je passais cinq minutes, ajouta-t-il. Tu es plutôt du genre couche-tard, je me trompe ?

– Non, mais une fois rentrée à la maison, je préfère ne pas parler boulot, dit-elle, énervée de la déduction de son patron. Autre chose ?

– Non, je pense que c’est tout. »

Lily se dirigea vers la salle à manger. Wyatt lui emboîta le pas et avala cul sec le reste de son verre.

« Je vais te laisser, dit-il, je n’ai pas envie de laisser ton amant dans le placard.

– Mais… Lily resta bouche bée.

– Ne dis rien, tu fais ce que tu veux ! Ce n’est pas moi qui vais te faire la leçon. »

Il se dirigea vers la sortie ; elle le suivit.

« Repose-toi bien miss Jones, dit-il en sortant.

– Ne t’inquiète pas, j’y compte bien, répondit-elle refermant derrière elle. » La jeune femme s’appuya contre la porte blindée, une fois que celle-ci fut close.

David passa la tête et lui décocha un regard amusé.

« Alors ! Comme ça, tu enfiles des bières pour te détendre ? dit-il en s’approchant.

– Tu voulais peut-être que je dise que Monsieur Rommerty se cachait dans ma salle de bain ?

– Il le saura forcément, répondit David, il doit d’ailleurs déjà le savoir. »

Il s’approcha de la jeune femme et l’embrassa à nouveau, s’arrêta, la regarda, puis vit la pile de C.V.

« Tu préfères peut-être analyser tous ces postulants ? demanda-t-il tentant d’être sérieux.

– Bien évidemment, dit-elle. Mais juste après ça. »

Elle sauta à son cou, enlaça ses jambes autour de sa taille et l’embrassa à son tour.

Il l’enserra dans ses bras et l’emmena vers le canapé.

Arthur était installé devant son laptop et discutait avec Riley Jonnessy-Lerbov.

Il avait pris, depuis son retour, l’habitude de contacter le frère de son amie par IM9 afin de mieux le connaître et surtout, essayer d’exorciser ces images qui lui revenaient sans cesse en tête :

Le jeune homme allait devoir attendre le lendemain et sa soirée avec Lily pour en savoir plus.

Savoir son amie sur le point de déterrer son passé ne lui laissait pas que de bons pressentiments.

Pierce rentra tard ce soir-là. Arthur ne s’en était pas inquiété et ne l’avait pas entendu monter les quelques vieilles marches qui conduisaient au salon.

« L’accueil est très chaleureux ! s’exclama Pierce ne voyant aucune réaction d’Arthur.

– Quoi ? dit-il se retournant. Je suis désolé, je ne t’ai pas entendu entrer.

– Tout à fait, ironisa Pierce un peu vexé.

– Je te le jure ! J’étais dans mes pensées.

– Sur IM, avec Riley Jonnessy… Comme tous les soirs lorsque tu rentres un peu plus tôt… »

Arthur se leva et vint embrasser son compagnon. Celui-ci se défila avant que les lèvres du jeune homme n’atteignent les siennes, et fila vers la cuisine.

« Pierce ! s’exclama Arthur, je ne t’ai pas entendu, je te le jure !

– Oh arrête ! bouda le jeune dandy. Depuis que tu es revenu, excepté les deux premiers jours, tu n’as fait que te concentrer sur Riley.

– Mais ne sois pas ridicule ! protesta-t-il.

– Je ne suis pas ridicule Arthur, je suis réaliste ! répliqua vivement le jeune homme. Riley par ci, Riley par là. »

Pierce gesticulait dans tous les sens passant du frigo au four et du four à l’évier.

« Oh ! Et ne crois pas que les efforts de l’autre soir pour ne pas en parler ont été suffisants. Cela fait des mois que je supporte ça !

– Mais calme-toi ! insista Arthur. Je vais faire plus attention, promis. »

Pierce ne voulut rien entendre, il signifia à son compagnon qu’il passerait la nuit chez ses parents, et peut-être même quelques jours, histoire de lui laisser du temps pour réfléchir à ce qu’il voulait réellement pour leur avenir.

Les supplications du jeune homme ne changèrent rien ; le dandy prit un sac de vêtements et claqua la porte de leur appartement.

Arthur resta là, sans bouger, la bouche tombante. Les disputes se multipliaient entre les deux amoureux ; il était vrai qu’il ne faisait rien pour arranger les choses.

Le jeune homme en était conscient, cependant il en voulait à Pierce de ce qu’il s’était passé avec Casey, sans véritable raison, mais la rancœur était sous-jacente.

Le lendemain, David se réveilla le premier. Il resta quelques instants à observer la jeune femme, puis se leva, fila sous la douche et prépara ensuite le petit déjeuner.

Lily se réveilla avec la bonne odeur qui filtrait de la cuisine. Elle sourit en apercevant Rommerty en serviette de bain, affairé derrière la gazinière : elle se décida à le rejoindre.

« Bonjour, Monsieur le cuistot, dit-elle, encore endormie.

– Bonjour, Mademoiselle sleepyhead,10 répondit-il, souriant.

– Ça sent très bon et j’ai très faim, dit-elle s’approchant de lui avant de l’embrasser.

– Cela ne m’étonne pas que tu aies faim, dit-il moqueur. Des pancakes, ça te va ?

– Oh oui, ça me convient tout à fait ! »

David retourna aux fourneaux, refusant l’aide de la jeune femme.

Il prépara les assiettes et servit le café.

C’était leur premier petit déjeuner en tête-à-tête et seul le bruit des fourchettes brisa le silence.

Comme tous les matins lors de son arrivée au bureau, Lily alluma la machine à café, les imprimantes et son ordinateur.

Elle classa les dossiers de la veille et commença à trier sa boîte mail lorsque David passa à son tour la porte du lobby. Il s’arrêta rituellement devant le bureau, où il déposa cette fois, le plus discrètement possible, les clefs de l’appartement de la jeune femme.

Celle-ci les saisit et lui sourit timidement, le saluant à son tour.

Arthur, entré quelques secondes après Rommerty, remarqua leur petit manège.

« Bonjour David ! Bonjour Déesse de l’accueil ! s’exclama-t-il ! »

Le quadra sursauta.

« Bonjour Arthur ! répondit-il tentant de cacher sa surprise.

– Salut petit prince de la publication, répondit Lily naturellement.

– Je vois que le climat est moins tendu entre vous, lança le jeune homme.

– Je ne vois pas de quoi tu parles !

– De l’atmosphère romantique qui embaume le lobby ! ricana le jeune homme. »

Rommerty le regarda déconcerté.

« Je ne vois vraiment pas de quoi tu parles, finit-il par dire.

– On ne me la fait pas à moi, j’ai vu le petit jeu des clefs.

– Je les avais oubliées sur la boîte aux lettres, tenta d’éluder Lily

– Oui, c’est ce que l’on dit ! Bonne journée à vous deux ! » Avant de se diriger vers son bureau, David se tourna vers la jeune femme, la mine contrariée.

Lily contacta son ami par messagerie :

1 L’arriéré

2 Approvisionnement manquant

3 Plat africain

4 Les nouveaux bureaux de B&R

5 Cher David,Je suis vraiment heureuse d’annoncer que le maire a accepté notre demande. Les nouveaux bureaux de B&R seront placés exactement là où vous vouliez Ta Francesca

6 Ceci n’est pas acceptable ! Je paie pour vos services ! Trouvez-moi ces foutus renseignements !

7 Sac de toile, type sac de marin

8 Film biographique et dramatique de Gus van Sant sur Harvey Bernard Milk (né le 22 mai 1930 à Woodmere, à Long Island, et mort le 27 novembre 1978 à San Francisco), homme politique américain et militant pour les droits civiques des homosexuels

9 Instant Message

10 Endormie

Chapitre 2Un nouveau travail, un cauchemar, un cygne.

Le téléphone sonna dans le bureau de David :

« Rommerty.

– C’est Brander.

– En quoi puis-je t’aider ? demanda David.

– Savais-tu qu’il n’y a qu’une chance sur quatre par cycle pour qu’une grossesse commence ?

– Non.

– Et qu’il y a plus de fausses couches naturelles que de naissances ?

– Et toi, tu étais au courant qu’il y a une chance sur mille pour que je comprenne le but de cette conversation ? répliqua Rommerty déconcerté.

– Ah oui, effectivement, se reprit Wyatt. Tu n’étais pas dans la voiture ce matin. »

David crayonnait sur un vieux bloc de feuilles en attendant que son ami se décide à cracher le morceau.

« Exactement, alors viens-en aux faits !

– Jezabelle est enceinte.

– Mais c’est une…

– Terrible nouvelle, le coupa son associé.

– Pourquoi dis-tu ça ?

– Je ne suis pas prêt. Tu sais qu’en amour je suis totalement inapte ! »

Wyatt était paniqué, avoir un enfant n’avait jamais fait partie de ses plans de vie.

« Certes, mais cela te fera changer, essaya de le rassurer David.

– Je ne sais pas, je ne pense pas.

– Jezabelle est heureuse ? demanda Rommerty.

– Elle l’était, jusqu’à ce qu’elle m’en parle, mais la discussion fut houleuse.

– De combien ?

– Quoi “de combien” ?

– La grossesse andouille ! s’exclama David.

– Cinq semaines.

– On déjeune ensemble pour que tu m’expliques tout ça ?

– D’accord mate, répondit Wyatt encore sous le choc. » Après avoir raccroché, David ouvrit sa boîte de réception. Un mail de Francesca Lussuria l’attendait.

De : Francesca Lussuria

À : David Rommerty

Objet : Avancements

Caro Davide,

J’espère que tout se passe pour le mieux à Bruxelles.

Ici, les choses avancent, mais il nous manque encore un document pour préparer ta venue.

J’ai vu qu’une quatrième personne ferait partie du voyage. Qui est-elle ?

Je n’ai pas eu l’occasion de la rencontrer, lors de nos rendez-vous, à Bruxelles.

Est-ce la personne qui me répond gentiment concernant ce fameux séjour ?

La tua Francesca.

Responsabile locale di B&R advertising and Publishing in Italia

Rommerty sourit en voyant le mail. Il avait senti une pointe de jalousie dans les propos de l’Italienne. Il transféra le mail à Wyatt avec la note suivante.

De : David Rommerty

À : Wyatt Brander

Objet : FW : Avancements

Elle est bien curieuse, ton amie…

D.

Wyatt sourit en ouvrant le mail. Il avait effectivement remarqué que Francesca avait des vues sur son ami, mais lui avait bien précisé que celui-ci avait le cœur absorbé par une jolie jeune femme et que, donc, son cœur n’était plus à prendre.

Brander répondit :

De : Wyatt Brander

À : David Rommerty

Objet : Re : FW : Avancements

Lorsque l’on devient le What else de la publicité, il ne faut pas s’en étonner !

W.

David décrocha son téléphone et composa l’extension de son associé.

« Que veux-tu, Rommerty ? ricana Wyatt en décrochant

– Le « What else » ?

– Francesca t’appelle comme ça !

– Ah bon ? Mais depuis quand ?

– Depuis qu’elle t’a rencontré, dit Brander amusé.

– Mais je n’ai rien remarqué ! s’exclama David.

– Tu ne remarques jamais rien, mate !

– Donc, je n’ai pas rêvé elle est bien jalouse ?

– Oui, dit Wyatt, mais ça devrait te faire plaisir ! »

David souriait bêtement.

« C’est certain, répondit Rommerty, c’est toujours agréable de savoir que l’on continue à plaire.

– Ce voyage va être très intéressant !

– Que veux-tu dire ?

– Miss Jones sera ravie de voir que tu es passé à autre chose, vu que tu n’étais pas le type dans le placard hier soir.

– De quoi parles-tu ? feignit David.

– On en reparlera ce midi, je dois y aller. »

David raccrocha. Il en était certain, Wyatt avait compris la relation qui le liait à Lily, mais s’en contrefichait pas mal ; il n’avait pas besoin de son aval.

Rommerty envoya une réponse à Francesca qu’il pensa claire, à propos de la quatrième personne.

De : David Rommerty

À : Francesca Lussuria

Objet : RE : Avancements

Chère Francesca,

Les choses vont plus que bien ici.

J’espère que nous aurons vite ce dernier document, car nous arrivons bientôt dans ta jolie région.

Lily est effectivement la personne de contact pour l’organisation du voyage.

Elle est à la base notre réceptionniste, mais tend à devenir notre assistante personnelle.