Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Voici un roman sentimental résolument moderne aux accents de polar !
Lorsqu’il renversa son verre, Lily ne pouvait imaginer que cet inconnu changerait le cours paisible de sa vie : de demandeuse d’emploi, elle allait devenir la proie. Elle comprendra alors, à ses dépens, que son passé peut à tout moment émerger à nouveau de l’oubli et la mettre en danger.
Ce premier opus de la trilogie Petites rencontres et méga problèmes est un polar assurément drôle et piquant, au style frais, léger et bien ficelé.
EXTRAIT
« vous ne convenez plus au poste »
C'est ce qui à présent résonnait dans ses oreilles en cette fin d'après-midi pluvieuse. Sans comprendre réellement les motivations de son superviseur chez Jacobs International, elle avait rangé ses effets personnels et claqué la porte de la tour de verre.
Ce soir-là marqua le début d'une nouvelle ère pour la jeune femme, ou plutôt, à ce moment précis, une étrange sensation de déjà-vu.
L'impression d'un retour à la case départ du plateau de jeu, et ce, avec la sanction de ne pas remporter les deux milles euros.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Émilie Malburny est née le 18 juin 1983 en Belgique.
Après un passage dans le monde des médias, elle décide de se lancer dans la publication de son premier roman sous l’impulsion d’une étoile à chapeau nommée Jeff Bodart, originaire du même village.
C’est avec plus d’une corde à son arc qu’elle s’aventure dans l’écriture d’un seul en scène, d’histoires pour enfants, de chansons et d’ouvrages orientés thriller.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 409
Veröffentlichungsjahr: 2018
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
À Jeff, l’homme au chapeauparti trop tôt le 20 mai 2008.Merci de m’avoir encouragée,de m’avoir poussée à réaliserun projet de longue date.Merci d’avoir cru en moi.Sans toi, je n’aurais probablementjamais terminé ce livre.
Merci à :
Seb, Mégane, Thierry et Seamus (O’Reilly’s Bruxelles) Merci pour cette couverture.
Gloria, Marmima, TaFa,.
« Vous ne convenez plus au poste » :
C’est ce qui à présent résonnait dans ses oreilles en cette fin d’après-midi pluvieuse. Sans comprendre réellement les motivations de son superviseur chez Jacobs International, elle avait rangé ses effets personnels et claqué la porte de la tour de verre.
Ce soir-là marqua le début d’une nouvelle ère pour la jeune femme ou plutôt, à ce moment précis, une étrange sensation de déjà-vu.
L’impression d’un retour à la case départ du plateau de jeu, et ce, avec la sanction de ne pas remporter les deux mille euros.
Une semaine plus tard, Bruxelles, huit heures trente du matin, Lily, une jeune demandeuse d’emploi de vingt-cinq ans piétinait, à l’arrêt du tram Place Meiser.
Tailleur classique, talons aiguilles, cheveux relevés et porte-documents sous le bras, tout y était pour un entretien réussi, excepté le moyen de transport.
Et zut ! Je vais encore être en retard !
Mais où il est ce tram ? Je me suis trompée d’horaire ?
Oh quelle truffe !
Bon, ce n’est pas grave, tu vas marcher « Chubby1 », ça te fera de l’exercice !
Ma pauvre fille, dans quel état vas-tu arriver !
Aller avance, toi, avec ton chariot du diable, tu ne vois pas que je suis pressée non !
Au fait une voiture c’est bien ce qu’il me faudrait, mais voilà la gentille petite écologiste que je suis a décidé de se fier à ses yeux et aux horaires majestueusement bien ficelés de notre super système de transports en commun… Bullshit2 ! Je n’ai, primo, pas les moyens de passer le permis et, deuxio, de me payer ne fût-ce que la plus pourrie de ces bêtes à quatre roues !
Lily marchait à allure rapide et ne se souciait que peu de la circulation, quand soudain une voiture déboula à la sortie du rond-point et s’engouffra à toute vitesse sur la chaussée.
Dans un réflexe de survie, la jeune femme fit un mouvement de recul et fut à deux doigts de perdre l’équilibre.
Ah mais ! Ça ne va pas, non ! Chauffeur du dimanche ! Tu ne vois pas que c’est un sens interdit !
Et merde ! Je suis en nage ! Mon mascara doit couler ! Je dois ressembler à un véritable poulpe !
Après moult slaloms et péripéties à travers les diverses chaussées, Lily arriva saine et sauve à destination.
Ça y est, je suis arrivée ! Quelle heure est-il ? Ouf huit heures cinquante-cinq ! J’ai même cinq minutes d’avance !
Mais quelle fille extraordinaire je fais !
Alors avant d’entrer, regardons à quoi ressemble ma binette… Oh ! Et bien pour un poulpe, je ne me défends pas mal, je suis à peine décoiffée !
Lily respira profondément quelques secondes, ferma les yeux et tenta de visualiser un endroit ensoleillé et paisible. Elle rassembla ses idées et calmement poussa la porte de l’agence.
Celle-ci se situait Boulevard Général Jacques, dans une vieille maison de maître typiquement bruxelloise. La lourde porte en chêne passée, une impression de lumière et d’espace s’imposa. Certains murs avaient été abattus pour laisser place à de vastes baies vitrées, des plantes, arbustes et fontaines décoraient les lieux et une musique, d’ambiance d’inspiration bouddhique, invitait à la détente.
Quelle morue l’hôtesse d’accueil !
« Hum oui ? C’est pour quoi ? »
La jeune femme déclina son identité et expliqua succinctement qu’elle avait un entretien d’embauché avec la responsable des Ressources Humaines.
« Il y a une chaise là, vous n’avez qu’à patienter quelques instants.
— Merci, Madame… »
À peine aimable…
Environ une demi-heure plus tard, une petite blonde toute menue au chignon amidonné s’approcha de Lily.
« Bonjour, vous devez être Mademoiselle Jones ? »
Ouais ! Jones, Lily Jones, à votre service pour tout boulot administratif au rabais !
« Oui, c’est cela !
— Je suis Mademoiselle Light, l’assistante du département Ressources Humaines, veuillez me suivre, nous allons procéder à l’interview dans la petite salle de réunion. Voulez-vous un verre d’eau ? »
Euh non, mais toi, tu n’en as pas besoin après ton petit laïus ? T’en es certaine Mamzelle Allégée ? Au fait, tu portes bien ton nom !
« Non merci. »
J’hallucine : une salle de réunion avec une fontaine ! Et un petit Bonzaï !
« Charmante salle de réunion ! On s’y sent à l’aise directement en passant la porte !
— Elle a été totalement pensée selon un principe Feng Shui, pour que les réunions s’y déroulent dans une atmosphère zen. Enfin autant que possible ! »
Et là, arriva le rire de la Castafiore… Si, je vous jure, ça aurait pu donner ça : Aaaaaahhh je ris de mes blagues débiles sorties du tirroireuuuhhhh.
Pitoyable !
« Je comprends, une ambiance de travail détendue favorise la productivité des employés !
— Je suis impressionnée ! Voyons pour la suite ! Prenez place, je vous prie.
— Merci ! »
Une heure plus tard, Lily quitta D & G, ne pouvant retenir son exaspération.
Mais qu’est-ce qu’elle m’a bassinée pendant deux heures avec ses questions ! Et ses réflexions ! Tout ça pour m’entendre dire à la fin : « Je crains que vous ne soyez surqualifiée pour ce travail ! » Mais comment puis-je être « surqualifiée » alors que je n’ai même pas terminé mes études ? Il faut m’expliquer…
Elle se dirigea vers l’arrêt de tram, sortit son lecteur Mp3 et tout en continuant son monologue intérieur, attendit patiemment que l’un d’eux se décide d’arriver.
Mais bon, ce n’est pas grave, c’est toujours agréable de se martyriser les pieds et les orteils avec d’aussi jolies et inconfortables chaussures pour entendre des âneries pareilles !
Je vais devenir dingue !
Je regrette le temps où les gens étaient un tant soit peu honnêtes.
Soit, allons nous remonter le moral au pub irlandais ! Là au moins, je pourrai me concentrer sur mes textes, tout en sirotant leur fameux chocolat chaud chantilly !
Bon d’accord, ce travail ne me rapporte pas de l’or — même plutôt des cailloux —, mais, au moins, ça me permet de m’évader ! Le rêve, travailler sur ce qui me plaît !
L’O’Reilly’s, pub irlandais très typique situé en face de la Bourse, en plein centre de la capitale belge s’apparentait à une deuxième maison pour la jeune femme. Dès la porte franchie, une foule de petits détails invitaient au voyage. Parmi eux, la musique traditionnelle en fond sonore, les couleurs sépia, les retransmissions des matchs de rugby ; les clients aux divers accents anglophones et l’attitude joyeuse des serveurs vous transportaient en plein centre de Dublin.
Dans la journée, hors période essentiellement touristique, le pub est plutôt désert et l’on y retrouvait généralement les mêmes personnes, habituées à venir s’y détendre.
Au fond de la pièce, dans un coin face à l’entrée, on pouvait distinguer un couple — probablement des touristes — dégustant un café et un petit déjeuner typique, composé d’œufs, de bacon, saucisses grillées et beans sauce tomate. À droite, face à une fenêtre se trouvait toujours le même vieil homme au regard mélancolique, Lily s’étant toujours demandé à quoi il pouvait penser ou rêver.
Le comptoir, lui, se trouvait à gauche de la double porte en cèdre, juste à côté de l’accès à la réserve. Là, était accoudé un grand homme assez trapu, à la voix portante. Il entendit le bruit de la porte, aperçut Lily et la salua avec son habituel « Hey sweetie ! How ya doin3 ? »
Elle lui répondit souriante, lui retournant la question qui n’attendait aucune réponse.
La jeune femme prit l’escalier situé à droite du vieil homme, et se dirigea vers la première table visible.
Cette place avait une histoire pour Lily : depuis l’âge de quinze ans, elle venait s’y asseoir pour écrire et en avait vu défiler des textes et des ratures !
Depuis lors, les serveurs avaient pris l’habitude de la garnir d’un carton « booked4 » pour être certains qu’elle n’accueille que la jeune fille.
Kieran, le serveur, la voyant entrer, prépara son chocolat chaud dans un grand verre à Guinness et, alors qu’elle s’installait tranquillement, le lui apporta. Lily le remercia, et il regagna son bar.
Ils avaient pour habitude de ne pas discuter immédiatement à l’arrivée de la jeune femme, lui laissant ainsi le temps de préparer son nécessaire d’écriture.
Voici enfin mon cher remontant, mon petit « antidéprime » qui arrive !
Hop mon carnet, un stylo-bille et observons ce qui se passe autour de nous.
Tiens, comment s’appelle déjà cette profession consistant à étudier les us et coutumes de certains peuples ? Je l’ai sur le bout de la langue ! Anthropologue je crois que c’est ça. J’ai peut-être raté ma vocation… Anthropologue ! Non… Trop longues les études ! Je n’ai même pas été fichue de terminer mon master !
Soudain, une présence attira son regard vers l’entrée. Kieran salua le client comme s’il fut un habitué. Celui-ci à la stature imposante, les cheveux bruns et un style classique-décontracté ne cadrait pas réellement avec l’endroit.
En voilà un énergumène ! Tiens, que pourrait-il bien m’inspirer ?
Perdu dans ses pensées, le beau ténébreux monta les escaliers et, se dirigeant vers la table jouxtant celle de Lily, la percuta ; ce qui entraîna la chute du breuvage, juste quelques secondes avant la dégustation libératrice tant attendue.
Hé ! Mais il vient de renverser mon verre !
« T’as évité mes notes de peu, crétin ! »
Et zut ! T’aurais mieux fait de te taire, il t’a entendue !
Tiens ? Il me regarde, sourit et… s’assoit en face de moi ! Je n’y crois pas, il est culotté André ce gougnafier !
« Veuillez m’excuser Mademoiselle, je vous en commande un nouveau. »
Il fit un signe au serveur qui, voyant le visage crispé de Lily, s’exécuta immédiatement et lui apporta un chocolat de remplacement.
« Euh… ce n’est pas grave… Mais j’aimerais continuer à travailler si cela ne vous dérange pas…
— Je vous en prie, continuez ! »
Mais il me fait quoi ? Il reste là ! Mais je veux bosser, moi et seule !
« Pourriez-vous me laisser travailler maintenant ?
— Mais c’est bien ce que je fais.
— Non… Je crois que vous ne me comprenez pas…
— Si, très bien d’ailleurs… Vous aviez l’air tellement concentrée dans votre observation des lieux que maintenant, je viens admirer l’observatrice.
— Je n’en crois pas mes oreilles… Voulez-vous, s’il vous plaît, me laisser seule à cette table pour que je puisse poursuivre tranquillement ?
— Mais ceci est un endroit public, non ? Je peux donc m’attabler ici… »
Quel crétin ! Et que puis-je rétorquer à cela ? Vite, grouille-toi Lily !
« Il aurait été poli de me demander si votre présence ne m’importunait pas… Et il me semble que vous ne l’avez pas fait ! »
Et toc ! Tu vas me répondre quoi mon coco !
« Mais il me semble avoir fait un geste envers vous…
— Me renverser mon chocolat dessus ?
— Non, vous le remplacez… Cela mérite une petite attention gentille de votre part non ? »
Mais je vais le tuer ! Il a toujours un truc à répondre !
« Non, ce n’était que justice, vu que je n’ai même pas eu le temps d’y tremper les lèvres !
— Que vous avez bien jolies d’ailleurs…
— Mais je ne vous permets pas ! »
Mais continue ! Tu t’enfonces Alphonse !
« Vous tendez une perche, je la saisis ! Vous en auriez fait autant… »
Comment sait-il ça, lui ?
« Eh bien, puisque vous ne voulez pas vous bouger, c’est moi qui vais changer de place !
— Faites donc… Cela ne m’empêchera pas de vous regarder. »
Tu as intérêt à t’en éloigner et vite…
Lily rassembla ses affaires et fusilla son interlocuteur du regard, elle repéra une place à l’autre bout de l’étage et y établit son coin de travail mobile.
Il la suivit du regard et lorsqu’elle fut installée lui dit : « Au fait, je me prénomme David et vous ?
— Cela ne vous regarde pas, maintenant laissez-moi en paix s’il vous plaît !
— Vous savez Mademoiselle, je suis du genre têtu…
— Ça tombe bien, moi aussi ! »
David sourit, regarda sa montre et, voyant l’heure, se leva et se dirigea vers la table de la belle. Il y déposa une carte de visite que la jeune femme déchira sans y jeter un coup d’œil.
Quand Lily leva à nouveau les yeux, il avait disparu.
Elle resta assise à cette table jusque midi puis, commanda une salade irlandaise à emporter avant de partir. Elle n’avait pas envie de rentrer chez elle et décida de passer l’après-midi à flâner dans les rues de Bruxelles et scruter les vitrines de la rue Neuve.
Quand Lily réintégra son trente mètres carré, il était plus ou moins vingt heures : Salem, sa fidèle compagne féline, l’attendait, et ne la lâcha plus de la soirée. Elle se cala devant le DVD de Bridget Jones, un verre de vin blanc dans une main, un sandwich à la dinde et au concombre dans l’autre. Cela devait faire la centième fois qu’elle regardait ce film sans jamais s’en lasser. Son passage préféré restait définitivement la scène de bagarre entre Hugh Grant et Colin Firth.
Le film terminé, elle reprit ses notes et les réorganisa obtenant ainsi un texte relatant sa troublante rencontre avec « le type du pub ». C’était la première fois qu’une situation pareille se produisait là-bas, généralement, les goujats n’y venaient que le soir, histoire de ne pas terminer la nuit tout seuls.
Vers vingt-trois heures, elle se servit une tasse de café, avala un biscuit, fila sous la douche, et se coucha. Il n’était pas évident de bien dormir dans ce studio, le seul endroit possible et confortable était le canapé et, encore, Salem avait pris la mauvaise habitude de dormir avec elle.
Et ce fut justement le ronronnement de cette dernière qu’elle écouta avant de rejoindre les bras de Morphée.
David se coucha tard ce soir-là. La journée avait été particulièrement intéressante. En avance pour son rendez-vous matinal, avec son client principal, il s’était arrêté à l’O’Reilly’s pour prendre un café. Ce n’était pas son habitude de se rendre au pub de si bonne heure, mais, réflexion faite, il se dit que ce serait une expérience à renouveler.
Il était entré dans l’établissement, avait conversé avec Kieran, un des serveurs et, une fois sa dose de caféine commandée, quand il voulut se rendre à sa table habituelle, une maladresse inexplicable l’avait fait entrer en collision avec celle qui hanterait à présent ses pensées. Sa course interrompue par l’incident et, interpellé par une réflexion d’agacement, il avait saisi l’occasion d’engager la conversation avec la jeune femme irritée d’avoir été déconcentrée.
La façon, dont son ami, le serveur avait réagi et le regard de mépris, qu’il avait lancé quand David avait demandé de remplacer la boisson de la demoiselle, lui laissait dire qu’elle devait venir là depuis déjà un bout de temps. Ils se reverraient donc certainement.
Les questions posées à Kieran, lors de son départ, n’avaient mené à rien. Bien qu’ils se connaissent depuis cinq ans, ce dernier se méfiait des intentions du bellâtre et avait pour intention de ne rien révéler de précis sur sa petite protégée. Toutes les tentatives étaient restées vaines et n’avaient même pas conduit à un indice concernant l’identité de la jeune femme.
Depuis son adolescence, ce fils spirituel de Casanova avait toujours été passionné de peinture. Magritte restait définitivement son peintre préféré, mais, quant à lui, n’ayant pas la prétention de « copier » gentiment son maître, il se cantonnait à la peinture classique, surtout aux visages et lieux qu’il aimait.
Ce soir-là, au lieu d’un énième tableau représentant le pub aux tons sépia, sa mémoire photographique l’aidant beaucoup, il peignit le visage pur et concentré de la jeune inconnue.
À vingt heures trente tapantes, Wyatt, son associé et ami sonna à la porte. Le peintre amateur grommela et se dirigea vers la porte en s’essuyant les mains.
« Hay David ! Quoi de neuf ?
— Hey mate5 ! Pas grand-chose, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ! » Wyatt entra sans attendre d’invitation.
« Judith a enfin quitté le bateau ?
— Oui, tu peux revenir travailler sans crainte.
— Ahhhh, je commençais sérieusement à tourner en rond dans mon loft ! Même les deux mois passés à la Barbade n’ont pas pu m’occuper et pourtant, j’en ai levé des petites poupées, tu sais ! Elles ne sont pas farouches dans ces coins-là ! »
Le visiteur impromptu s’installa dans le canapé et scruta la pièce
« Tu ne changeras jamais… lança David. Tu sais, je suis désolé d’avoir dû te mettre à l’écart… Mais la situation ne pouvait pas s’améliorer tant que vous travailliez dans le même bâtiment.
— Ne t’inquiète pas, j’ai compris qu’aucun autre choix ne s’offrait à nous… Mais dis-moi… Tu t’es remis à peindre des choses bien plus surprenantes que tes œuvres habituelles ! »
Il pointa le dernier tableau représentant la jeune inconnue.
« Oh tu sais, parfois je me dis que je devrais arrêter ; j’emmagasine des tas de tableaux qui ne valent rien.
— Mais, si tu te cherchais un agent, tu pourrais les faire admirer dans une galerie d’art ! J’avoue que celui-ci me parle beaucoup, mon cher, il serait parfait dans mon salon ! Elle me rappelle quelqu’un, je la connais ?
— Non, il n’est pas à donner ou à vendre et, de plus, il n’est pas fini ! Et puis je ne pense pas que tu la connaisses, mais qui sait avec ton pédigrée…
— Ah bon ? Et comment se nomme-t-il ?
— Il n’a pas encore de titre, mais s’il devait absolument en avoir un ce serait : “La belle inconnue du Pub”. Mais cela n’a aucun intérêt de le baptiser.
— Tu viens bien de dire du Pub ? À l’O’Reilly’s ? Tu l’as remarquée là-bas et tu ne l’as pas abordée ? »
Wyatt se leva et s’approcha du tableau, essaya de décoder ce que son ami avait voulu faire passer par l’expression donnée au visage représenté sur la toile.
« Oh je l’ai abordée malgré moi… Je l’ai presque ébouillantée avec son chocolat chaud en bousculant la table assez violemment… Quand on est dans la lune, il n’y a pas de miracle !
— Et elle s’appelle comment ?
— Elle n’a pas voulu me le dire ; je suis, pour ainsi dire, arrivé comme un cheveu dans la soupe, et la demoiselle était très occupée à écrire je ne sais quoi, qui avait l’air important pour elle.
— Je ne te reconnais pas… Que t’est-il arrivé ? Où est l’arrogant David Rommerty, le tombeur de ces dames, qui n’en a que faire de les déranger ?
— Il s’est envolé, il a disparu à l’instant où elle m’a fusillé du regard et j’espère qu’il ne reviendra pas si tu veux tout savoir ! »
Wyatt avait l’air dubitatif, il ne pensait pas que David puisse changer du jour au lendemain et, était certain qu’il lui cachait quelques détails.
« Tu ne sais vraiment rien sur elle ?
— J’ai bien tenté de questionner Kieran, mais tout ce qu’il a bien voulu me dire c’est qu’elle est Américano-Irlandaise via son père et qu’elle a atterri ici, le jour de ses six ans.
— Tu n’en as pas demandé plus ? Qu’as-tu fait du grand investigateur qui sommeillait en toi jadis ?
— Volatilisé ! Quand je me suis rendu compte qu’elle devait avoir à peine vingt ans et que j’en ai passé trente-neuf...
— Tu ne sais même pas l’âge qu’elle a ! Tu ne sais presque rien d’elle ! Réveille-toi Dave ! Et retourne au pub demain !
— N’insiste pas s’il te plaît, je ne veux pas m’étendre plus sur le sujet. »
David se dirigea vers la cuisine et sans demander l’avis de son ami, leur prépara un Manhattan. Il revint dans le séjour et tendit le verre à son invité enchaînant avec une discussion plus sérieuse.
« Tant que tu es là, je dois te faire part d’une décision que j’ai prise pendant ton absence, puisqu’il était impossible de te joindre ; j’ai proposé à Arthur de prendre le poste de Judith. Je pense qu’il sera tout à fait apte à les aider là-haut !
— Pas d’objection de mon côté, c’est un bon élément, répondit Wyatt en souriant. As-tu déjà trouvé un ou une remplaçante pour son poste ?
— L’agence m’a envoyé une vingtaine de C.V., mais, lors des entretiens, aucun n’a su se vendre. Ils avaient l’air de vouloir à tout prix évoluer rapidement et ça, nous ne pouvons pas le garantir. D’autres, au contraire, n’avaient pas l’air d’être suffisamment motivés. J’attends donc des nouvelles de l’agence…
— Mais… Arthur ne quittera pas son poste tant que nous n’avons pas de remplaçant, n’est-ce pas ?
— Ne soit pas stupide, les “Publishers” pourront se passer d’assistant pendant quelque temps ! »
Ils discutèrent encore quelques points concernant la réorganisation partielle de l’agence et ensuite passèrent au récit du tumultueux et sulfureux voyage de Wyatt.
Celui-ci lui expliqua les nuits passées sur le côté sud de l’île à Carlisle Bay, située au bord de l’océan Atlantique, et la visite de la capitale Bridgetown.
Comme toutes les soirées en compagnie de son ami, celle-ci fut abondamment arrosée et joyeuse. Exactement ce dont il avait besoin pour se changer les idées.
Le visiteur impromptu, quitta les lieux vers une heure du matin en lui donnant rendez-vous le surlendemain au bureau. David s’allongea sur son lit et commença la lecture d’une nouvelle intrigue policière, restée en rade sur sa table de chevet depuis plusieurs mois, avant d’éteindre. La dernière fois qu’il lança un regard à son réveil, celui-ci affichait trois heures trente-huit.
1 Potelée
2 Abbération
3 Salut ma belle ! Comment vas-tu ?
4 Réservé
5 Pote
« Brander & Rommerty » était une agence de publicité de renommée internationale.
La formation de celle-ci, eu lieu lors de la rencontre de Wyatt Brander et David Rommerty, au cours d’une soirée d’expatriés à l’hôtel Sheraton, place Rogier. Le courant était passé immédiatement entre les deux hommes et, sur un pari insensé, ils avaient fondé leur propre agence de communication et publication.
Durant sa première année d’activité, ils avaient élaboré toutes les campagnes eux-mêmes et glané les clients au gré de cocktails mondains et de soirées événementielles à travers le monde.
Leur premier client fut Casey Cavanaugh, CEO6 d’une grande maison d’édition, avec qui Wyatt avait collaboré lors d’un précédent poste.
Les deux hommes n’appréciaient guère le personnage. Néanmoins, celui-ci leur avait fait confiance en leur offrant l’opportunité de créer les campagnes communicationnelles et publicitaires pour la sortie du nouvel ouvrage de l’auteur, le plus important de son catalogue.
Mardi matin, par on ne sait quel miracle, David se leva aux aurores, n’ayant dormi que deux petites heures. Au lieu de lambiner dans son loft, il décida de mettre ce temps à profit et se prépara donc pour aller travailler.
En arrivant au bureau, un mail de l’agence d’intérim les attendait, lui et Elisabeth Schild, la directrice des Ressources Humaines.
De : Anna Delcourt
À : David Rommerty, Elisabeth Schild
Objet : Dernier candidat potentiel.
Élisabeth,
David,
Après mûre réflexion, je vous envoie un dernier C.V. qui à mon avis sera le bon.
Lily Jones est une jeune femme déterminée, sachant faire des concessions quand il s’agit d’engagements professionnels.
Elle est dynamique, souriante, consciencieuse, bilingue français-anglais et possède d’assez bonnes notions en allemand et néerlandais.
Nous n’avons reçu que des éloges à son sujet, concernant sa méthode de travail, son organisation et sa collaboration en équipe.
Ses fonctions précédentes se positionnent toujours dans l’univers de la communication ; je crois qu’elle ferait une collaboratrice efficace.
Elle n’a pas la prétention de vouloir évoluer rapidement, préférant intégrer les postes dits « sans responsabilité » afin de prouver ses capacités relationnelles et communicationnelles.
Je ne vous l’ai pas envoyée plus tôt, car Mademoiselle Jones était en mission au sein d’une entreprise pharmaceutique depuis quelques mois, qui a récemment mis fin à son contrat, pour cause de restriction budgétaire et délocalisation.
Ci-joint son C.V. au bas de ce mail.
Je crois sincèrement que cette fois sera la bonne.
Cordialement,
Anna
Après quinze années de collaboration, David n’eut aucune hésitation à lire le fameux C.V., car, si Anna, habituellement avare en compliment, faisait tant d’éloges, c’était que la personne en valait vraiment le coup. Quand le fichier s’ouvrit, il eut la sensation que son cœur s’arrêtait subitement de battre. Là devant lui s’était affichée la photo de l’inconnue de l’O’Reilly’s.
Enfin, il allait en savoir plus sur cette jeune femme.
Née en plein mois de juin à Dublin, elle avait effectué un cursus en Relations Publiques.
Il découvrit qu’elle habitait aux environs de la place Meiser, ce qui la plaçait au centre du quartier médiatique et journalistique de la capitale.
À la fin du document, il s’arrêta sur la rubrique « centres d’intérêt » et se rendit compte que celle-ci rassemblait pour la plupart, que des domaines artistiques.
Il précipita sa souris, cliqua sur Reply to All7 et écrivit le mail suivant :
De : David Rommerty
À : Anna Delcourt, Elisabeth Schild
Objet : Dernier candidat potentiel.
Anna,
Je suis ravi d’avoir de vos nouvelles si rapidement.
Le C.V. envoyé me paraît plus qu’adapté au poste à pourvoir.
Mademoiselle Jones semble convenir parfaitement aux critères requis, et je crois qu’Elisabeth ne pourra qu’être de mon avis.
J’aimerais fixer le rendez-vous ce matin vers 9 h.
Croyez-vous que cela soit possible ?
Amicalement,
David
Il décrocha son téléphone et composa le numéro de portable de Wyatt.
« Wyatt speaking8 !
— Mate ! On a une remplaçante pour Arthur ! Enfin, rien n’est encore sûr, l’entretien aura lieu normalement ce matin
— Et bien, Anna n’a pas perdu de temps !
— C’est une magicienne !
— Vraiment ? Elle est canon ?
— Wyatt !
— Quoi ? Je me renseigne ! Et puis, tu ne réagis pas de cette façon sans raison, je te connais.
— Tu verras demain mate, si mon intuition se confirme, tu vas halluciner, je te téléphone après l’entretien. »
Huit heures, le téléphone sonna, croyant que c’était son réveil, Lily l’éteignit. Elle se redressa aussitôt complètement pétrifiée
Mais t’es débile, ma fille !
Elle alluma à nouveau son portable et, là, le bip, lui indiqua qu’elle avait reçu un message vocal.
Elle commença à paniquer, s’éclaircit la gorge, écouta la gentille voix de Madame Delcourt lui demandant de la rappeler le plus vite possible ; car, elle avait une proposition intéressante d’emploi pour elle. Lily enfonça la touche « 5 » pour que le numéro de son contact se compose.
« Mademoiselle Jones ! Ravie que vous m’ayez rappelée si rapidement ! J’ai quelque chose qui devrait vous intéresser, c’est une société de communication qui recherche une réceptionniste bilingue
— Ah ! Mais c’est tout à fait pour moi ça ! Quel est son nom ? Afin que je puisse faire une ou deux recherches avant de m’y rendre ?
— « Brander & Rommerty », mais vous n’aurez pas le temps de préparer l’entretien cette fois. Car le rendez-vous est dans une heure !
— Dans une heure ! Où se situe-t-elle, cette société ?
— Nous y venons, elle se trouve en plein centre de Bruxelles dans la rue des comédiens, pas très loin de la gare centrale, donc très facile d’accès en transport en commun !
— Euh oui, mais en une heure impossible d’être présentable, et de m’y rendre, alors pourriez-vous demander un délai de trente minutes ?
— Je vais voir ce que je peux faire, je vous rappelle ! »
Lily s’extirpa de son divan, tapota la tête de Salem qui avait du mal à garder les yeux ouverts.
Elle préparait son petit déjeuner lorsque le téléphone retentit à nouveau
« Mademoiselle Jones ?
— Oui !
— J’ai obtenu le délai de trente minutes que vous demandiez.
— Magnifique ! »
Après quelques ultimes éclaircissements, Anna Delcourt lui souhaita bonne chance et prit congé de son interlocutrice. Lily regarda l’horloge de son four à micro-ondes.
Il me reste une heure pour être prête… Allez, active-toi, feignasse !
Maquillage et coiffure effectués, elle téléphona à la compagnie de taxi. Celui-ci arriva environ vingt minutes après son appel et elle s’engouffra à l’intérieur. Pendant le trajet, elle fit la conversation avec le chauffeur, au demeurant très sympathique, et arriva à destination sans retard. En descendant du véhicule, elle resta bouche bée. Une architecture imposante et sobre, une baie vitrée à faire pâlir, bref, un palace ancien subtilement modernisé se dressait devant elle. Lily connaissait bien Bruxelles et passait presque tous les jours devant le bâtiment sans n’y avoir jamais prêté attention.
Elle qui, en général, n’était pas impressionnée par le cérémonial de l’interview, se présenta à l’accueil le pas un peu hésitant.
Le jeune homme à la réception, très gentil, se présenta et la fit patienter en lui offrant un verre d’eau, au fur et à mesure de la conversation, il déboucha sur la raison de son futur remplacement. Il lui expliqua qu’il avait reçu une promotion et qu’il allait maintenant intégrer le service de « Publishing ».
Quelques instants plus tard, le jeune homme reçut un appel téléphonique ; une fois raccroché, lui dit :
« Mademoiselle ? Madame Schild va vous recevoir ! »
Arriva à ce moment-là, une grande dame toute en rondeurs, avec la banane jusqu’aux oreilles en guise de sourire.
« Mademoiselle Jones, je présume ? Je suis Elisabeth Schild, directrice des Ressources Humaines, dit la femme en lui tendant la main.
— Enchantée, répondit Lily avec un brin d’appréhension en la lui serrant. »
Oh Boy ! Je rougis comme une petite fille ! Calme-toi, tout se passera bien ! Tu n’as pas à t’inquiéter !
L’interview se déroula sans encombre. La directrice des ressources humaines mena un entretien minutieux, passant de l’anglais au français et vice versa, testant les capacités d’adaptation et de transition de la jeune femme. Elles évoquèrent les missions passées ainsi que le descriptif de celles-ci ; passèrent en revue les différentes responsabilités à prendre en charge, si elle était sélectionnée pour le poste.
Dès que tous les points furent évoqués, la directrice se leva, rassemblant ses affaires et dit :
« Bien, je n’ai plus d’autre question, et je pense que vous conviendrez très bien au poste, mais j’aimerais que vous rencontriez, soit Monsieur Brander, soit Monsieur Rommerty, je vais voir lequel des deux peut vous recevoir ! »
La jeune femme imitant son aînée se leva à son tour :
« S’il faut revenir pour un autre rendez-vous, ce n’est pas un problème.
— Je leur transmettrai, mais je pense que Monsieur Rommerty pourra vous recevoir dans une ou deux minutes, si cela ne vous dérange pas d’attendre quelques instants ? »
Lily repassa dans la salle d’attente du lobby où elle reprit sa discussion avec le jeune réceptionniste. Vingt minutes… trente… quarante… le temps s’égrenait sans le moindre indice d’un mouvement venant du bureau de la direction.
Une heure plus tard, Elisabeth Schild refit son entrée, vint chercher la jeune fille pour l’installer à nouveau dans la salle de réunion et s’excusa pour l’attente.
« Monsieur Rommerty va vous recevoir, ne craignez rien, il est plutôt gentil et met vite les gens à l’aise. »
J’espère, car je suis terrorisée après tant d’attente !
La directrice des Ressources Humaines salua la jeune femme et s’en retourna à son poste.
À ce moment précis, une voix familière l’interpella :
« Mademoiselle Jones ! »
Au son de la voix, Lily fut surprise et troublée, « le Monsieur Rommerty » n’était autre que le goujat du pub !
« Vous ! Ah non ! Ce n’est pas possible, je suis maudite !
— Et bien ! Je vois que j’ai marqué votre mémoire ! Dommage qu’il ait fallu un entretien d’embauché pour savoir votre nom !
— Je le répète, je suis maudite ! Le pire, est que je ne vais pas être engagée pour ce poste, juste parce que je vous ai rembarré hier au pub !
— Détrompez-vous, jeune fille : si vous êtes dans ce bureau, c’est bien parce que je cherche quelqu’un de caractère qui sache ce qu’elle veut ! »
Lily resta paralysée… sans savoir l’attitude à adopter ou que répliquer.
« Allons asseyez-vous, ne restez pas plantée là, dit-il ironique. Elisabeth, reprit-il, m’a fait un résumé de votre entretien et de ses opinions, je dois avouer que je suis impressionné par vos expériences diverses, votre culture de la communication et surtout votre force de caractère !
— Vous m’en voyez ravie, dit-elle s’asseyant également. Mais cela ne m’éclaire pas sur le « pourquoi moi », depuis hier !
— Ne vous méprenez pas ! Hier, je n’étais que David, un simple personnage intrigué par ce visage concentré. Aujourd’hui, le hasard a voulu que votre agence d’intérim envoie votre C.V. et là, j’ai su que vous seriez parfaite ! Enfin, je l’espérais fortement… »
Un sourire satisfait apparut sur le visage de la jeune femme.
« Mais pourquoi en être si convaincu ?
— Tout simplement parce que, justement, hier vous m’avez tenu tête… Et je dois avouer que cela a aiguisé ma curiosité et donné l’envie, de voir votre réaction vis-à-vis de nos clients récalcitrants. Vous comprenez, je n’ai pas l’habitude que l’on se mesure à moi de la sorte… Que ce soit au travail ou dans la vie de tous les jours, cela m’intrigue.
— Je serai l’exception qui confirme la règle ! Je n’aime pas que les gens s’invitent sans raison à ma table, encore moins sans permission après avoir tenté de m’ébouillanter avec la source d’énergie de mon inspiration !
— Mais parlons-en de cette inspiration… Si je puis me permettre… Qu’écriviez-vous dans ce petit carnet ?
— Voilà, justement, ce sont mes affaires… Mon jardin secret, la partie de ma vie que mon patron est censé ignorer !
— Et une bonne réponse de plus ! Vous voyez, je savais que vous étiez intègre, vous savez garder une information secrète.
— Nuance, je protège ma vie privée ! »
David hocha la tête pour approuver les dernières paroles de sa future nouvelle réceptionniste.
« Bien… Quand seriez-vous libre pour commencer, Mademoiselle Jones ?
— Immédiatement !
— Je contacterai l’agence dès que l’entretien sera terminé, afin qu’elle prépare votre contrat, mais je vous laisse jusqu’à demain…
— Vous êtes trop bon de me laisser prendre quelques arrangements… dit-elle sur un ton sarcastique qu’elle regretta amèrement, une fois sa phrase terminée.
— Dans ce cas, à demain pour votre première journée sous le parrainage d’Arthur, notre futur Publisher Assistant…
— Je vous souhaite une bonne journée et, à demain, Monsieur Rommerty !
— À vous également ! À propos, ici on se tutoie tous, alors moi ce sera David… À demain Lily. »
Ils se levèrent et David raccompagna la demoiselle jusqu’à l’entrée du bâtiment, où ils se serrèrent la main avant de se quitter. De retour dans son bureau, Rommerty saisit le téléphone et appela son associé. Personne ne décrocha, il laissa donc un message sur sa boîte vocale.
« Wyatt, j’ai eu mon entretien avec la jeune fille et franchement tu ne devrais pas être déçu ! Elle est… Et puis, après tout, tu la verras à ton retour ! Elle commence demain matin avec Arthur. Mais attention, pas de connerie, cette fois ! Je veille au grain ! »
Dans sa précipitation, il fut sur le point d’oublier le détail le plus important : contacter Madame Delcourt, pour l’informer de sa décision afin qu’elle puisse préparer le contrat.
Il aurait pu déléguer cette tâche à sa directrice des Ressources Humaines, mais il voulait être certain que tout serait en ordre et dans les temps. À situation spéciale, réaction spéciale.
« Anna ?
— David ! Alors comment cela s’est-il passé ?
— Tout est OK avec Mademoiselle Jones, je ne laisserai pas cette perle s’évaporer !
— Vous m’en voyez ravie ! J’étais certaine qu’elle conviendrait ; elle a beaucoup de potentiel !
— Dommage qu’elle n’ait pas pu se libérer avant.
— Je vais la contacter au plus vite pour lui faire signer le contrat que nous avions préparé avec Babeth. Il n’y a plus que ses données personnelles à encoder.
— Parfait ! Merci pour votre aide !
— Mais je ne fais que mon travail ! »
Lily se dirigeait vers le pub lorsque sa « Chatty box 9 » se mit à sonner. Le nom Delcourt A. clignotait. Elle se dit que, comme d’habitude, son fournisseur officiel d’emploi s’inquiétait de savoir les tenants et les aboutissants de l’entretien. Mais cette fois, la conversation allait être un peu différente.
« Allo ?
— Mademoiselle Jones ?
— Oui elle-même
— Ici Madame Delcourt ! J’ai eu Monsieur Rommerty à l’instant en ligne et vous débutez donc demain. C’est un peu inhabituel de démarrer en milieu de semaine, mais il a insisté pour que vous commenciez le plus vite possible. Il semble que vous lui ayez fait une grande impression !
— Pour tout vous dire, j’en suis surprise également…
Quand dois-je venir signer le contrat ?
— Vous pouvez venir maintenant ? Ce sera une bonne chose de fait !
— Je serai là d’ici vingt bonnes minutes, je suis en plein centre, près de la Grand’ Place
— Pas de problème Mademoiselle Jones, je vous attends ! »
Lily raccrocha et se dirigea vers la station de métro « de Brouckère » et prit le 1 vers « Montgomery », pour rejoindre le boulevard Brand Whitlock, siège de l’agence. Vingt minutes plus tard, elle poussa la porte de « Job4all » et demanda, Anna.
L’employée de la réception forma l’extension de la personne demandée et, quelques minutes plus tard, Madame Delcourt arriva, un large sourire éclairant son visage marqué par les années. Lily n’avait jamais essayé de deviner son âge, mais l’idée qu’elle eut dépassé la cinquantaine s’imposait à elle.
« Mademoiselle Jones ! Suivez-moi, nous allons nous installer ici, dans la salle de briefing pour que je puisse vous mettre au courant des détails et vous informer de votre salaire »
L’employée déballa une quantité de documents imprimés en double exemplaire et invita la jeune femme à prendre place à la table.
« Alors comment avez-vous ressenti cette interview ?
— Vous savez, c’est la première fois que j’ai cette sensation lors d’un entretien, nerveuse et confiante en même temps…
Tu parles, je n’ai jamais eu autant d’appréhension…
— Pour tout vous dire, vous êtes au moins la vingtième candidate que je présentais pour ce poste, et êtes la seule, dont le C.V. les a enchantés au premier coup d’œil. L’entretien n’était visiblement qu’une formalité…
— Je ne comprends pas, dit Lily en regardant son interlocutrice d’un regard perplexe.
— Je vous explique : Madame Schild n’était pas encore arrivée quand Monsieur Rommerty m’a contactée, pour me dire qu’il voulait absolument vous rencontrer le plus vite possible.
— Ils avaient visiblement besoin de quelqu’un rapidement… En dépit des nombreuses candidatures que vous leur aviez soumises.
— Il semblerait que les motivations de ces personnes ne l’aient pas autant impressionné que les vôtres, et j’avoue que, malgré vos qualifications pour ce type de travail, j’ai été surprise par son enthousiasme. Lui qui est d’un naturel taciturne et ronchon d’habitude…
— Ah… Je vois, aujourd’hui était peut-être un bon jour ?
— Je ne crois pas que cela soit l’unique raison, il a dû avoir l’impression de – je le cite – : trouver une sublime perle de caractère. Mais passons aux détails pratiques » : Anna Delcourt lui tendit une copie de son contrat qu’elles passèrent toutes deux en revue, les conditions préalablement définies avec la directrice des Ressources Humaines de « Brander & Rommerty ». Toutes les informations communiquées par Elisabeth Schild s’y retrouvaient. Pas de pièges ; tout semblait être en ordre. Cependant, un détail sauta aux yeux de Lily. Le montant du salaire… La jeune femme écarquilla les yeux et regarda son interlocutrice de façon à sous-entendre qu’il y avait certainement une méprise.
« Quelque chose vous tracasse ?
— Le montant brut par mois mentionné… Ne serait-ce pas une erreur ?
— Non, non le salaire est effectivement assez élevé, cela vous étonne ?
— Pour être honnête… Oui, cela m’étonne, je n’ai jamais songé à être aussi bien rétribuée… Pas que je m’en plaigne ! »
Jeanie Mac10 !
« Alors je suppose que vous allez nous signer un autographe, juste là, au bas du contrat ?
— Bien sûr ! Encore une petite question.
— Je vous écoute…
— Il est aussi indiqué, que la mission peut être renouvelée tous les trois mois, mais, y a-t-il un poste à durée indéterminée à la clef ?
— Ah oui ! Un détail majeur, veuillez m’excuser ! Eh bien, si vous convenez à la fin de la période dite d’essai, un engagement définitif est bien évidemment prévu. » Une fois cette information reçue et tous les papiers signés, la jeune femme serra la main de son interlocutrice qui, d’un ton convaincu, lui assura que tout se passerait bien. Elle lui souhaita la signature rapide d’un CDI.
Lily passa les portes vitrées de l’agence et marcha jusqu’à la station de métro.
Les dieux me sourient enfin ? Bon, maintenant que c’est fait, je file raconter tout à Kieran !
La jeune femme reprit celui-ci vers la Place de Brouckère et se dirigea d’un pas léger vers l’O’Reilly’s. Elle poussa les portes battantes du pub et s’installa, comme à son habitude, à la première table en haut des escaliers, scrutant l’entrée de l’établissement, avec l’appréhension de voir débarquer Son Altesse Royale Rommerty. Cette fois, elle n’était pas là pour griffonner ; elle voulait annoncer la bonne nouvelle à son ami, mais elle s’assura avant tout qu’elle ne le dérangeait pas pendant son service. Une fois la dernière commande servie, elle fit signe au jeune homme d’approcher. Il lui sourit et la rejoignit en haut des escaliers.
« Hi, Miss notebook !
— Hi Kieran ! How ya doin’ today ?
— Great11 ! Je continue en français si ça ne te dérange pas, j’aimerais l’améliorer ! Alors quoi de neuf sur la planète de Lily ? Il la regarda d’un air malicieux.
— Je viens de décrocher un job pour trois mois, toujours via l’agence d’intérim ! Mais cette fois, si je ne fais pas tout capoter, il est possible que je sois engagée définitivement !
— Hey great news12 Mais où vas-tu travailler ?
— À deux pas d’ici, chez Brander & Rommerty.
— Jeanie Mac ! C’est une boîte très connue !
— Oui, ils s’occupent de la communication et l’organisation d’événements pour les Majors et les maisons d’édition !
— Et bien je vois que tu as décroché exactement ce que tu voulais !
— En fait, dans un premier temps, je serai réceptionniste, mais je pense qu’il y a moyen d’évoluer.
— C’est déjà ça ! Qu’est-ce que je peux te servir, jeune fille ?
— Un cheeseburger et un Strongbow, jeune homme »
Kieran s’éloigna en souriant. Lily hésita un instant puis éleva la voix pour l’interpeller.
« Au fait ! Tu sais le type d’hier ?
— Oui…
— C’était David Rommerty…
— Je sais… Et il t’a vue ?
— Oui… J’ai même eu une interview avec lui, il paraît d’après l’agence qu’il aurait qualifié cet entretien de “formalité”…
— Fais attention quand même sweetie c’est un Casanova !
— Don’t Worry. I’ll do just fine13. »
Quelques minutes plus tard, elle dégusta son cheeseburger, l’arrosa de cidre et rêvassa pendant quelques instants ; le temps pour elle de digérer son repas. Elle se décida enfin à se lever, paya sa note et rejoignit la rue Neuve, pour un « relooking » capillaire et peut-être vestimentaire. Après avoir flâné quelques minutes, elle poussa la porte d’un salon de coiffure. Là, un employé lui adressa un sourire et lui demanda :
« En quoi puis-je vous aider jeune demoiselle ?
— J’aimerais retailler le dégradé et faire un brushing, mais serait-il possible de mettre assez bien de fixateur pour que cela tienne jusqu’à demain ? Mais il ne faut pas que cela fasse carton, s’il vous plaît.
— Pas de problème, installez-vous sur ce siège. »
Le salon se trouvait à l’entrée du centre commercial ; elle n’y venait que deux ou trois fois par an, mais aimait véritablement l’ambiance qu’il y régnait.
Il était toujours rempli de monde, mais la rapidité des employés et les petites attentions portées aux personnes patientant faisaient passer le temps à toute vitesse.
Deux heures plus tard, parée d’une nouvelle coupe et d’une french manucure, Lily se retrouva admirative devant de superbes tailleurs dans la vitrine de la boutique Versace, avenue Louise.
« Puis-je vous conseiller ? » lui demanda une vendeuse postée dans l’entrée, la jaugeant de haut en bas.
Pour qui se prend-elle cette greluche ? Je suis à l’extérieur de son magasin et elle vient directement me harponner !
« Non merci, je ne fais que regarder la vitrine
— Mais nous avons de très jolies choses à l’intérieur qui vous iraient à ravir ! »
Non, mais, elle va se taire la blondasse anorexique ?
« Non, ça va, merci ! Ces “jolies choses” comme vous dites sont hors de mon budget ! Bonne journée ! »
Rha ! Mais ce n’est pas possible d’être aussi insistant !
« Oh, mais ce ne sera plus le cas dans une ou deux semaines young lady14 ! »
Je connais cette voix ?
Lily se retourna en répliquant de manière défensive :
« Mais qui êtes-vous pour me dire ce qui sera possible ou … oh ! Vous ! Je n’en crois pas mes yeux ! Vous me suivez ou je rêve ?
— Hey ! je ne fais que dire ce que je sais ! Je suis certain qu’en plus, celui-ci vous irait parfaitement, dit-il, en désignant un tailleur dans les tons gris clair et non, je ne vous suis pas ! Je n’y peux rien si nous fréquentons les mêmes endroits !
— Je ne vous permets pas ! »
J’hallucine, il continue à me prendre la tête ! Qu’est-ce que je vais faire ? Je ne vais pas le supporter comme patron, je n’arrive même pas à le supporter en dehors du travail !
« Je sais, mais je suis objectif, borné et observateur ! Oh ! Et de surcroît votre patron, chère demoiselle !
— Je rectifie : vous ne l’êtes pas encore ! Mon contrat ne prend effet que demain !
— Touché… Je vous vois donc demain… Souriante et charmante comme toujours lorsque nous nous rencontrons ! dit-il avant de tourner les talons.
— Si je ne vous croise plus d’ici là, il est fort possible que mon humeur soit tout autre en effet ! À demain, Monsieur Rommerty ! lui répondit-elle sur un ton acide. »
Il m’agace ! Allez ! Reprends-toi et continue ton chemin, tu n’as pas fini ton shopping… Ah, il faut que j’appelle Lisa ! Et lui raconter tout ça !
Lisa Hernandez-Tavares, sa meilleure amie, était une jeune héritière de la bourgeoisie espagnole. Elle était arrivée en Belgique sept ans plus tôt, pour parfaire son français, en suivant les mêmes cours de Relations Publiques que Lily, où elles s’étaient liées d’une véritable amitié. Après son périple de trois ans, la jeune Madrilène était censée retourner au pays, mais, à peine la deuxième année d’études entamée, elle avait, sur un coup de tête, appelé ses parents leur signifiant l’arrêt immédiat de son cursus scolaire et son installation provisoirement définitive, dans la capitale européenne.
« Lisa ? C’est Lily !
— J’allais t’appeler ! dit-elle d’une voix plus qu’enjouée. » Toujours aussi excitée cette Lisa !
« Bien, tu n’auras plus à le faire !
— Alors quoi de neuf dans “El mundo maravilloso de Lily15” ?
— J’ai trouvé un boulot ! Et comme tu t’en doutes, ce n’est pas encore une situation simple. En plus, ça commence mal avec le patron ! Il faut que je t’explique, je peux passer ?
— Vas-y ma poule, ramène ta binette et déballe-moi ton histoire incroyable !
— À tout de suite ! »
Une demi-heure plus tard, elle arriva chez son amie.
La jeune femme habitait un luxueux loft dans le quartier du sablon, juste au-dessus d’une galerie d’art. L’interphone fonctionnant une fois sur deux, Lisa lui avait donné une clef de l’entrée. Elle n’eut pas le temps d’arriver devant l’appartement que déjà la demoiselle avait ouvert la porte et l’accueillait avec l’énergie d’une pile alcaline. Lily s’installa dans un des fauteuils boule du salon, tandis que son amie plongeait dans le réfrigérateur cherchant les ingrédients indispensables à la préparation d’un mojito maison. La décoration des lieux prenait largement son inspiration dans les « sixties » et les « seventies16 ».
« Alors Darling… Où vas-tu travailler ? Et que vas-tu faire ? demanda-t-elle la tête dans le frigo.
— Carina17, il faut commencer par le début de l’histoire, et donc, par la journée d’hier.
— Où est le rapport avec ton travail ? l’interrogea Lisa, préparant leur rafraîchissement.
— Si tu me coupes sans arrêt, je ne vais pas y arriver !
— Pardon… Continue !
— Hier, comme tous les jours depuis une semaine, j’ai eu droit à une interview matinale, mais au résultat pour le moins décevant… »
Lisa rejoignit la jeune Irlandaise dans le salon et lui tendit son verre.
« Quelle excuse ont-ils trouvée cette fois ? Trop jeune ? Pas de voiture ?
— Non, je suis surqualifiée, paraît-il, mais là n’est pas l’important. »
La jeune femme s’asseyant lança un regard interrogateur à son amie.
« Suite à ce nouvel échec, je me suis rendue à l’O’Reilly’s, pour décompresser
— Écrire tu veux dire… Comme d’habitude !
— Juste au moment où je veux m’y mettre, un type manque quelque peu de m’ébouillanter avec mon chocolat.
— Charmant ?
— Plutôt pas mal oui, même le genre à plaire sans avoir besoin de faire quoi que ce soit si tu vois ce que je veux dire…
— Des détails ! réclama Lisa en tapant des pieds sur le sol
— En résumé, après avoir gentiment remplacé ma consommation, il s’est incrusté et a tenté d’engager la conversation.
— Où est le problème ?
— Jusque-là pas de problème, des gros lourds, il y en a partout. Mais aujourd’hui matin, Anna Delcourt m’a appelée parce qu’elle avait une mission à me proposer. Je m’y suis rendue et après l’entretien avec la directrice des RH, j’ai obtenu rendez-vous avec un des patrons. »
Lisa eut un éclair dans les yeux annonçant une révélation divine.
« ¡ El hombre del pub18 ! »
Lily resta bouche bée.
« Exactement !
— Tu dois être contente !
— Pas exactement… Je ne le supporte pas ! En plus, je le croise partout !
— Je te connais, il te plaît et pas qu’un peu, comme tu nous fais un complexe de la relation amoureuse, tu fais ton asociale !
— N’importe quoi !
— Non, tu es un livre ouvert Darling19 … »
La jeune Hispanique était du genre à aller droit au but ; sa philosophie était très simple, dire les choses telles quelles, et ce, en toute situation possible. Que ça plaise ou pas.
« Tu vas lui sauter dessus quand ?
— Jamais ! T’es cinglée ? C’est un goujat et en plus c’est mon patron !
— Hein hein… sauf qu’il ne sera ton patron qu’à partir de minuit et une minute demain matin, pas avant…
— Que veux-tu dire ?
— Que nous allons aller faire un tour au Pub et voir s’il s’y trouve !
— Ah non, pas question ! Plutôt mourir !
— Mourir, ça t’arrivera un jour ou l’autre, mais parole de Lisa, jamais je ne te laisserai devenir vieille fille !
— Ce n’est pas pour ça que je vais me jeter sur mon patron ! Pas d’Irish Pub pour moi ce soir !
— Et après on s’étonne que tu te contentes de ta pseudo relation avec ce serveur ! Ma pauvre… Pourquoi fuis-tu toujours les hommes qui te plaisent réellement ?
— Oh Lisa ! Ne commence pas ! Tu sais très bien pourquoi !
— Je viens de remarquer ! s’exclama la jeune Madrilène
— Quoi ?
— T’as changé de coiffure ! Ça change de la choucroute indomptable que tu as en temps normal…
— Ne sois pas bête ! »
