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Halinéa se replonge dans ses cahiers d'enquêtes pour trouver l'identité de la personne qui essaie de la faire taire...
Stéphanie, une étudiante a disparu. Un corps est trouvé dans la forêt urbaine avoisinante. Une instruction est ordonnée.
En stage scolaire au commissariat, Halinéa, détective en herbe, décide de mener l’enquête en catimini. La considérant un peu trop investigatrice, le brigadier-chef Jacques la déplace dans un laboratoire scientifique et lui lance un défi. Elle le relève. Aidée par ses tuteurs João et Séverine, pour les connaissances, et, de ses amis Xavier et Caro pour les recherches, elle réussit l’épreuve avec brio… ce qui n’est pas du goût de certains qui réagissent parfois violemment.
Malgré les interdictions et les dangers encourus, la protagoniste réussira-t-elle à confondre le ou la coupable ?
L’affaire Stéphanie, nouvelle enquête menée tambour battant par l’héroïne, traite aussi du problème de la phobie scolaire.
Parviendra-t-elle à mener son enquête jusqu'au bout ?
EXTRAIT
Couchée, je n’arrive pas à dormir. Cette histoire m’obsède. Je tourne et retourne dans ma tête les paroles rauques de l’assaillant : « Je ne te laisserai pas tromper le monde. ».
Trop énervée, je ne peux ni réfléchir ni dormir. J’essaie d’appliquer les conseils donnés par le sophrologue. Impossible. Je revois le cadavre de l’étudiante Stéphanie que j’avais découvert. Il gisait au milieu de la sente Romarin du bois St Eloi. Cette image ne me quitte plus.
Je me lève, tire les rideaux de ma fenêtre. L’éraflure du cou me fait mal. En automate, j’ouvre mon armoire à pharmacie et applique un pansement. La peur me tord toujours le ventre. Dans la salle de bain éclairée, accrochée au porte-serviettes pour ne pas tomber, je me force à respirer profondément, plusieurs fois consécutives, jusqu’à voir des étoiles. Par réflexe, j’exécute ensuite quelques exercices de relaxation. Un peu étourdie, je me recouche, carnet d’enquêtes en main.
— Xavier a raison, dis-je à haute voix. Il doit y avoir un bug. Voilà pourquoi les professionnels ne découvrent pas le coupable. Il faut tout reprendre à zéro.
J’avale quelques carrés de chocolat… « Pourquoi m’a-t-on agressée ? Qui m’en veut autant ? ». La colère m’envahit. J’ai besoin de marcher, de réfléchir. Je tourne en rond au pied du lit ruminant des paroles de vengeance :
— Il paraît que le diable se cache dans les détails. Je marque tout dans ce cahier, en le relisant je dois trouver. La brute, cagoulée, ne m’échappera pas… Elle me connaît puisqu’elle a cité certains faits me concernant… Je t’aurai bâtard !
Lire en marchant n’est pas pratique, je me recouche et me cale entre traversins, coussins et couette. Puis, j’ouvre mon carnet d’enquêtes et murmure la date :
— En septembre, tout a commencé il y a quatre mois… déjà !
À PROPOS DE L'AUTEURE
Après diverses productions spécialisées dans sa profession, (manuels scolaires, articles pédagogiques), Isabel Lavarec, qui fut professeure agrégée en sciences de la vie et de la terre, continue à transmettre son expérience de vie au travers de romans policiers, romans fantastiques, contes et nouvelles.
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Seitenzahl: 217
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Isabel Lavarec
CARNET D’ENQUÊTES D’HALINEA
L’affaire Stéphanie
Policier
ISBN : 9782-37873-81-05
Collection : Aventures
ISSN : 2104-9696
Dépôt légal janvier 2020
© couverture Ex Æquo
© 2020 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de
traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.
Toute modification interdite
Halinea, Mossa sa grand-mère et Caro son amie d’enfance, habitent une ville balnéaire du sud de la France, dans un lotissement qui entoure une piscine. Jacques le policier vient leur rendre visite régulièrement. Depuis toujours, notre héroïne veut suivre le même chemin que sa grand-mère et être détective privée. Dès la troisième, elle en a l’occasion : un mercredi après-midi, alors qu’elle joue au ballon avec ses camarades de classe (Caro et Kiero le gitan, son ami de cœur), une broche aux yeux de rubis disparaît chez l’ancien militaire d’en face.
Qui accuse-t-on ? Le gitan bien sûr, les préjugés sont là ! Son amie ne le supporte pas. Contre les avis de sa grand-mère et du policier Jacques, elle prend de grands risques et mène l’enquête tambour battant. Puis, pensant à Einstein, son physicien adoré, elle intitule sa première enquête : « il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé. »
Cette aventure ne fait qu’augmenter son goût pour l’investigation. Rassurée par l’amour que lui porte Kiero, les mises en garde suivies d’interdictions de ses proches ne l’éloignent pas de son projet. Au contraire. Cœur vaillant, sensible, vibrant, plein de tendresse et d’enthousiasme, elle se sent une âme de justicier.
La voilà en seconde. La motivation pour débusquer les coupables de délits ou de crimes ne s’est pas éteinte pendant les grandes vacances. Cependant, ayant pris conscience de ses lacunes et manques, elle comprend qu’elle doit se perfectionner. Pour ce faire, elle réussit à obtenir un stage au commissariat, dans le service dirigé par Jacques, le nouveau chef de brigade. Elle espère bien y intégrer une équipe de professionnels.
Mais en aura-t-elle l’opportunité ? Ne se nourrit-elle pas d’illusions ?
Mercredi 27 janv. 2010, 20 heures
Stupéfiée par la soudaineté de l’attaque, je reste adossée contre le cèdre. Je n’en reviens pas. Tout est allé si vite. Pourquoi m’a-t-on agressée ? Qui est-ce ?
Collée contre le gros tronc, recroquevillée sur moi-même, sans bouger, je cherche la personne qui a foncé sur moi. Elle sort par la porte sud du parc du campus. Je m’oblige à fixer ses caractéristiques : longiligne, agile, vêtue d’un pantalon large, d’une grosse veste avec grande capuche passée par-dessus un bonnet, raide, marchant d’un pas assuré.
Je ne connais personne qui ait cette allure. J’ai du mal à savoir si c’est un homme ou une femme. Tout est flou dans ma tête. Hébétée, je ne peux m’empêcher d’observer la porte sud… « Et si la ou le désaxé revenait… » Ma respiration s’accélère, la peur me ressaisit… J’inspire profondément. Non ! cette fois, il n’est pas question d’être prise au dépourvu… Je m’ébroue comme un petit chien pour m’obliger à réagir. Ayant repris mes esprits, je me dirige à pas rapides vers la porte nord où se situe ma station de bus.
Prudente, regardant à droite, à gauche, devant, derrière, je traverse le parc à grande vitesse.
Cet endroit ne m’est pas sympathique. Le jour, avec tous les bandages qui entourent les plantes et les panneaux prévenant les passants des essais scientifiques faits par la section botanique, il ressemble à un hôpital pour traumatisés-arboricoles. La nuit, les grands arbres le rendent obscur et menaçant. Me souvenant du petit chaperon rouge, je redoute soudain qu’un méchant loup débouche du chemin des Aiguilles. Un frisson me cisaille le dos. J’accélère encore, arrive enfin au croisement des deux allées principales. Essoufflée, je ralentis, espérant rencontrer comme d’habitude en sortant de la répétition théâtrale, les deux étudiants que je trouve sympas. Je ne les vois pas. Le rond-point semble désert. Je suis seule. Seule, dans ce grand parc à peine éclairé. La peur me reprend. Je pique un sprint tout en restant à l’écoute des bruits de fond.
La porte nord, l’abribus. Enfin ! Un couple et deux étudiantes attendent.
Hors d’haleine, je m’assois. Regard fixé sur les chaussures rouges à talons aiguille d’une jeune fille, j’essaie de retrouver la scène que je viens de vivre. Rien ne vient. C’est le brouillard ! Je tente encore. Je n’y arrive pas. Quelque chose me bloque. Quoi ? L’émotion ? Le fait d’avoir été impuissante ? D’avoir un ennemi que je ne connais pas ? Sûrement, les trois à la fois. J’essaie encore. Il me faudrait un ou deux détails qui me mettraient sur la bonne voie. Rien. Du blanc, du blanc moutonneux, nuageux, cotonneux. Je fixe, sans le voir réellement, le manteau sombre du bonhomme. Sombre, comme la partie du parc que je viens de traverser, sombre comme… la silhouette ! Le voile commence à se fissurer : une ombre filiforme tapie derrière le tronc d’un gros cèdre guettait mon passage. Je m’en souviens. À sa vue, mes poils se sont redressés. Sans crier gare, le persécuteur m’a prise de court et maîtrisée en un rien de temps. Je ressens une vive douleur dans le bras. La main qui m’a immobilisée était un véritable étau. Je réentends le déclic. Le bruit d’un canif à cran d’arrêt ? Je passe la main sur mon cou qui pique. Je touche une éraflure qui suinte par endroit. Mon abdomen me fait mal aussi, je le masse doucement et m’oblige à respirer lentement. Je regarde autour de moi, je ne suis plus seule… J’ai encore du mal à faire taire la voix caverneuse qui résonne dans mon oreille : « Je ne te laisserai pas tromper le monde. »
J’ai essayé de mettre mon agresseur à terre par une prise de judo. Mais l’autre serrait avec une force diabolique ! Un cauchemar !
Je regarde alentour et trouve la situation surréaliste. « Le drame s’est déroulé à deux pas d’ici, dans un environnement de paix. »
Le bus arrive. Je m’assois à côté du chauffeur et vérifie que l’ombre foldingue n’est pas montée au dernier moment.
Rassurée, j’essaie de comprendre. Pourquoi cette menace ? Pourquoi m’a-t-on traitée de fliquette stagiaire ? J’ai réintégré le lycée depuis plus d’un mois et demi et ne suis plus stagiaire chez les flics. Pourquoi ai-je pensé à Séverine, la suppléante de mon tuteur, lorsque j’étais en stage chez le professeur Duvent ? L’haleine empestait-elle l’alcool ?
Je balaie de ma main cette idée saugrenue. Pourquoi mon ex-tutrice adjointe ferait-elle cela ?
L’autocar s’arrête. Deux étudiantes descendent, une vieille dame monte. Il repart. Comme à chaque stop, je vérifie que la personne fêlée à l’haleine chargée et dotée d’une extraordinaire force physique ne me suit pas. Les immeubles défilent, les branches noueuses des platanes s’enchevêtrent parfois pour former un lacis désordonné… Il y a longtemps que la taille des arbres n’a pas été faite. La lutte pour avoir de la lumière doit être implacable. Tout se fait en douce, sans bruit. C’est comme dans la vie. Qui peut m’en vouloir autant ? Et pourquoi ?
Soudain, un son rauque. La voix caverneuse ! D’un bond, je me retourne prête à me défendre. L’ado avec les écouteurs et sa musique gore assourdissanteme lance un regard de surprise mêlée à de la peur… « Cool, me dis-je en essayant de maîtriser ma respiration, rien à craindre. »
Le bus arrive à ma station. Je descends à toute allure oubliant de saluer. Pressée de rentrer chez moi, j’enfonce mon bonnet et marche vite.
Un pas derrière moi. Je ralentis et me mets à l’affût du moindre mouvement autour de moi, du plus petit bruit. Une grande gigue avec une capuche sur son bonnet me suit. Ses habits rappellent ceux de l’ombre ! Mes jambes se mettent à trembler. Je m’appuie contre le mur d’un jardin et attends souffle court, cœur serré. On touche mon épaule. Sans doute par réflexe de conservation, je me retourne et commence une prise de judo.
— Zen… ce n’est que moi, Caro ! Eh ! Ho ! Tu me reconnais ? Je suis ta voisine, ton amie d’enfance et complice depuis toujours.
Comme je ne réagis pas, elle se poste devant moi et fait sa grimace habituelle.
— Coucou ! Je suis là. Je t’ai appelée, mais tu étais trop concentrée. Tu connais la nouvelle ? Turpino sera absent toute la semaine.
Je ne suis d’humeur ni à rire ni à répondre. Elle insiste.
— Tu m’as entendue : le prof de math sera absent toute la semaine !
— Oui. Demain, on ne commencera qu’à dix heures, alors.
— C’est tout l’effet que ça te fait ? Moi, je suis super contente. D’autant plus, qu’on n’a pas gym. Demain, nous serons donc libres !
La copine, parle tout le long du chemin, raconte quelques anecdotes vécues au salon de coiffure lors de son stage. Trop stressée par ce qui vient de m’arriver, je l’entends à peine.
— Qu’as-tu ? Tu n’es pas dans ton assiette aujourd’hui. Amoureuse de Xavier, le nouveau camarade que tu me caches ?
Encore bouleversée, je garde le silence, hausse les épaules et rentre chez moi sans même l’embrasser.
Mossa, ma détective de grand-mère, préoccupée par l’affaire Stéphanie qui stagne depuis quelques mois déjà, ne désire pas prolonger la soirée dans le salon. Très vite nous rejoignons nos chambres respectives.
Couchée, je n’arrive pas à dormir. Cette histoire m’obsède. Je tourne et retourne dans ma tête les paroles rauques de l’assaillant : « Je ne te laisserai pas tromper le monde. ».
Trop énervée, je ne peux ni réfléchir ni dormir. J’essaie d’appliquer les conseils donnés par le sophrologue. Impossible. Je revois le cadavre de l’étudiante Stéphanie que j’avais découvert. Il gisait au milieu de la sente Romarin du bois St Eloi. Cette image ne me quitte plus.
Je me lève, tire les rideaux de ma fenêtre. L’éraflure du cou me fait mal. En automate, j’ouvre mon armoire à pharmacie et applique un pansement. La peur me tord toujours le ventre. Dans la salle de bain éclairée, accrochée au porte-serviettes pour ne pas tomber, je me force à respirer profondément, plusieurs fois consécutives, jusqu’à voir des étoiles. Par réflexe, j’exécute ensuite quelques exercices de relaxation. Un peu étourdie, je me recouche, carnet d’enquêtes en main.
— Xavier a raison, dis-je à haute voix. Il doit y avoir un bug. Voilà pourquoi les professionnels ne découvrent pas le coupable. Il faut tout reprendre à zéro.
J’avale quelques carrés de chocolat… « Pourquoi m’a-t-on agressée ? Qui m’en veut autant ? ». La colère m’envahit. J’ai besoin de marcher, de réfléchir. Je tourne en rond au pied du lit ruminant des paroles de vengeance :
— Il paraît que le diable se cache dans les détails. Je marque tout dans ce cahier, en le relisant je dois trouver. La brute, cagoulée, ne m’échappera pas… Elle me connaît puisqu’elle a cité certains faits me concernant… Je t’aurai bâtard !
Lire en marchant n’est pas pratique, je me recouche et me cale entre traversins, coussins et couette. Puis, j’ouvre mon carnet d’enquêtes et murmure la date :
— En septembre, tout a commencé il y a quatre mois… déjà !
Fin sept. 2009
Dans un but d’orientation positive, le lycée demande aux élèves de seconde d’expérimenter le monde du travail. Après l’intervention de grand-mère auprès de Manu le commissaire, la réponse arrive enfin. Je ferai mon stage dans le service de Jacques, chef de brigade et ami de la famille. Youpi ! Je dois cependant mettre un bémol à mon enthousiasme, car je suis cantonnée au service administratif. Mon assurance ne couvrant pas des actions hors du commissariat, je ne dois sous aucun prétexte suivre les inspecteurs sur le terrain. Or, ce que je désire par-dessus tout, c’est apprendre le métier de détective avec de vrais professionnels en action. Bon ! Je m’adapterai à la situation…
Lundi 16 nov. matin
Le réveil sonne un peu plus tôt qu’à l’ordinaire. Comme d’habitude, je tape sur l’objet qui, sans vergogne, me sort de mon rêve, et glisse la tête sous l’oreiller pour me rendormir. « Non ! C’est le premier jour de stage, je ne dois pas être en retard. » Je bondis hors du lit, enfile à toute vitesse les habits préparés la veille, pantalon foncé, gros pull, vieille parka, bonnet, bottes, prends un gâteau au passage dans la cuisine et pars. Heureuse, je cours pour attraper le bus et atteindre le lieu où je vais enfin apprendre à faire de réelles enquêtes avec des pros.
J’arrive devant la grande bâtisse grise à la peinture plus ou moins écaillée, et au parking délimité par des grilles. Ce bâtiment m’a toujours laissée indifférente, mais aujourd’hui je le vois recroquevillé sur lui-même. « J’espère, me dis-je en poussant la porte d’entrée, que les méthodes ne sont pas ringardes. »
La modernité de l’intérieur me rassure. Je monte au premier étage comme cela m’a été indiqué à l’accueil. Jacques, le chef de brigade, prévenu par l’agent-standardiste, vient à ma rencontre dans le couloir. Il me pilote à travers les bureaux. Dans chacun, il me recommande comme sa protégée puis me confie plus particulièrement à Lyse, l’une de ses inspectrices. Celle-ci organise une visite rapide des différents services.
Il est 9 h 30 et je suis déjà installée dans un coin du bureau de Lyse, ma mentore. Docile, souriante, je prends les divers documents à classer, les feuillette rapidement et décide sur-le-champ de ne pas prendre racine dans cet endroit.
Lundi 16 nov. midi
Je suis soulagée de rentrer chez moi, de retrouver grand-mère. Tout en dévorant le steak - purée, je décris dans le détail ma tâche inintéressante, ennuyeuse. Grand-mère ne compatit pas. Le téléphone sonne. Elle abandonne son assiette tiède pour se précipiter sur le combiné du salon.
— Deux minutes Jacques. Je te prends dans mon bureau.
Vexée de ne pas être prise en considération, je crie pour me faire entendre.
— Dans un placard ! Voilà où ils m’ont mise ! Mais ça ne se passera pas comme ça !
Ces propos ne font pas mouche. Grand-mère se précipite dans son bureau, décroche le téléphone, le pose sur la table où divers documents sont étalés, va dans le salon, raccroche l’appareil et retourne rapidement dans son box.
Toujours dans ma colère, je marmonne entre mes dents,
— Heureusement, la machine à café n’est pas très loin et mon ouïe est fine !
Dans sa précipitation, ma détective de grand-mère, claque la porte. Subitement, je prends conscience du manège. Je m’approche du bureau à pas de loup et colle mon oreille contre la serrure.
— Allô, tonne la voix de Mossa, Jacques ? Merci de me rappeler si vite. Halinea ? Non, il ne s’agit pas de ça… je voulais te faire part de l’appel des parents de Stéphanie… Ils sont furieux… ton service leur a dit que leur fille avait certainement fait une fugue… désespérés, ils se sont adressés à moi… J’ai accepté… C’est Adrien, le petit ami de l’étudiante, qui les a alertés… ils ne vous l’ont pas dit ? Le fiancé était chez ses parents pour soigner une grippe… Stéphanie l’avait appelé mercredi… Plus rien après… Oui… il n’obtenait que sa messagerie… De retour, il a été étonné de ne pas la voir ni au campus ni aux cours… J’ai évoqué une escapade… Les parents rejettent cette éventualité… les cours semblent sacrés pour cette jeune fille… oui… il nous faudra travailler ensemble…
Je voudrais savoir ce que dit Jacques. Avec maintes précautions, je décroche le combiné du salon et m’assois dans le fauteuil le plus profond, pour ne pas être vue par grand-mère :
— C’est trop tôt pour lancer une recherche, dit Jacques. Stéphanie va revenir. Les jeunes aiment…
Je ne veux pas perdre une seule parole de la discussion. Très concentrée, je n’entends pas venir grand-mère, lorsque subitement le combiné m’échappe des mains. Je me retourne. Mossa montre l’heure. Furieuse contre moi et ma naïveté (se faire prendre aussi bêtement !) je me lève sans rien dire et repars.
Lundi 16 nov. aprèm
Cette histoire de disparue m’intéresse. N’est-ce pas une bonne occasion pour suivre les policiers dans leur recherche ? Dès l’arrivée au commissariat, j’en parle à Lyse.
— Une disparue ? Comment sais-tu cela ?
Je rougis jusqu’aux oreilles. Je ne pouvais pas donner ma source.
— Ben… on est dans un commissariat… donc…
Ma mentore m’apporte un mémento donnant des informations sur : le « comment mener une enquête ? » En le prenant, mes yeux se mettent à pétiller. Je vais pouvoir l’étudier, poser des questions et sûrement vivre une vraie recherche sur le terrain. Je m’installe vite à ma place. Lyse m’explique le mode d’utilisation du livret. Ali travaille à côté. De temps à autre, je jette un coup d’œil sur son écran. Il établit une fiche d’identité avec une photo… de la disparue ? Curieuse, je me penche pour lire le nom.
— Halinea ! Tu es avec moi et non avec Ali ! Au travail ! Voilà l’organigramme de notre structure. Cela t’aidera à mieux comprendre notre fonctionnement.
Je m’applique, m’accroche, mais, ce n’est pas toujours évident. Les deux inspecteurs sont demandés au bureau du chef. Le PC de mon voisin reste allumé, la fiche est à ma disposition. Je guette le bon moment pour me décaler et recopier le travail d’Ali.
Je change de place, enregistre le document sur la clé USB qui traîne toujours au fond de mon sac. Je retourne à ma tâche d’étude de la méthode pour une enquête et sans tout comprendre, passe l’après-midi à recopier le livret. Ce soir, je demanderai à grand-mère de m’expliquer certaines actions qui me semblent un peu trop complexes et abstraites.
Lundi 16 nov. 18 heures
En arrivant près du portail, de la copropriété, Caro qui est au bout de la rue me fait de grands signes de la main. Mon amie peu enchantée par sa première journée de stage, parle la première :
— C’est pas top ! Je suis la serveuse de café des coiffeuses et des clientes. Balayeuse aussi ! J’ai demandé à la boss de m’initier au management de sa petite entreprise de cinq salons de coiffure, mais pour l’instant c’est : « plus tard, là, je suis pressée. »
— Pour ma part, dis-je, ça partait mal. La présentation terminée, on m’a donné un tas de dossiers à classer. Même pas intéressants. Des mains-courantes !
Devant sa grimace interrogative, j’explique :
— Des chiens écrasés quoi ! Comme toi, j’essaie de m’imposer, je ne sers pas de café parce qu’il y a un distributeur, mais on me fait peigner la girafe, et là, je ne suis plus d’accord ! Je fais un effort surhumain pour faire semblant d’être satisfaite. Ce matin, j’ai mis de nombreuses feuilles dans des chemises, sans rien dire. Cet après-midi, j’ai osé demander à être intégrée dans leur enquête… oh ! Sais-tu qu’une étudiante a disparu ? Ceux qui s’occupent de moi sont dans le coup !
Lundi 16 nov. soir
En rentrant, je trouve la maison vide. J’ai faim. Gourmande, je compose un sandwich dont je garde le secret, avec des restes d’omelette aux herbes, des cornichons et du fromage. Je remplis un verre de lait et emporte le tout dans ma chambre. J’enregistre le fichier « stage de police » sur mon ordi, relis mes notes et les pages enregistrées pour préparer les questions à poser à grand-mère.
J’ouvre le fichier « Ali ».
— Quoi ? Elle porte le nom prononcé par Mossa à midi ! C’est donc la fiche de la jeune fille disparue ! C’est mon jour de chance ! J’observe la photo et lis ses caractéristiques. Belle fille !
* Lebris Stéphanie ; taille : 1 m 75 ; Poids : 72 kg ; rousse aux yeux verts. Traits réguliers. Visage harmonieux.
* Étudiante en sciences légistes (elle suit donc les cours du professeur Duvent). Élève sérieuse, très appréciée du professeur ; prépare le concours pour entrer dans la police scientifique ; fait partie de la troupe de théâtre de l’université ; fiancée à Adrien ; amie d’enfance : Séverine ; mère enseignante, père fonctionnaire de mairie.
Je trouve la fiche sympa, je décide de faire le même genre de tableau pour chaque personne ayant approché de près ou de loin Stéphanie. Tout en mangeant, je commence à faire mon rapport de stage. Les premières lignes sont toujours les plus difficiles à écrire. Je ne sais pas par quel bout le prendre. Un bruit dans la serrure me sauve. Mamie est là ! Je cours à sa rencontre.
— À ce que je vois, ça va mieux que ce midi !
Je lui raconte ma rencontre avec Caro.
— À côté d’elle, je suis bien tombée ! Je dois faire des fiches pour mon rapport et j’aurai besoin de ton aide.
— Ça ne peut pas attendre après le souper ?
— J’n’ai pas faim !
— Un bol de soupe te fera du bien. Tu mets du Mozart ?
— Je suis impatiente. Je veux comprendre ce que j’ai recopié. En particulier, je voudrais une explication simple sur la rigidité cadavérique.
— Pendant le repas ? réagit grand-mère.
— Oui. Je fais des fiches « comment faire une enquête ? », et j’en suis à la détermination de l’heure du décès.
— Bon, si je veux que tu restes à table, je suis obligée de t’expliquer ce qu’est la rigidité cadavérique. Reconnais que tu exagères… Après le décès, le sang ne circule plus normalement. Entre deux à douze heures après la mort, le cadavre devient rigide de façon définitive. Mais tu sais, cet indice est surtout utilisé pour savoir si le corps a été déplacé après le crime.
Cette explication est trop succincte, je le fais savoir sans prendre des gants.
— Si je veux que tu restes à table, je dois préciser. C’est ça ?
Je saute au cou de grand-mère et lui fais plein de bisous. Comme dab', elle craque. Je la connais par cœur !
— Tu es une coquine ! La rigidité cadavérique, reprend-elle, est impressionnante. C’est une immobilisation des muscles squelettiques qui se fait de façon progressive. Cet état provisoire apparaît plusieurs heures après le décès et disparaît avec le début de la putréfaction (après le troisième jour en général). Ce n’est pas très précis ! Ça dépend des conditions extérieures…
Finalement, je mange de tout avec appétit. Grand-mère me regarde dévorer le poulet. Elle sourit. Subitement, je m’arrête de parler pour observer la cuisse que je tiens entre mes doigts. Je la remets dans mon assiette. De mon index, je pointe la chose morte qui gît devant moi :
— C’est ça ce qu’on appelle la rigidité cadavérique ?
— Nous sommes à table, P’tite Puce !
Sans explication, j’abandonne mon assiette, sors de table, mets à chauffer l’eau pour faire la tisane du soir et prépare un plateau avec deux tasses.
— Et le dessert ?
— J’ai plus faim. Je t’attends dans le salon pour l’infusion. Dans le manuel, les nombreuses explications données embrouillent tout. Je nageais la brasse coulée, mais, je savais que je pouvais compter sur toi. Merci pour ton explication, maintenant je sais ce qu’est la rigidité cadavérique.
J’allume la télé, choisis un documentaire sur la mer et le littoral.
— Viens vite, ça commence. C’est pour faire des rêves ensoleillés !
Mardi 17 nov. matin
La matinée du mardi au commissariat se passe sans surprise. Je montre les fiches mises au propre. Lyse rectifie certains passages, me donne quelques conseils pour la suite. Je n’imaginais pas qu’il fallait tant de mesures et d’analyses pour déterminer l’heure d’un décès.
— Dans les séries américaines ou autres, dis-je, on va plus vite. Ils passent rapidement sur la scène du crime, une autopsie, et zou, l’heure approximative du décès est donnée ! Y’a même des précisions sur les habitudes du tueur.
— C’est du cinéma. Dans la réalité, il faut souvent envoyer des échantillons dans des labos spécialisés et les réponses n’arrivent pas le lendemain ! Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.
J’ai compris le message. Je m’assois à mon bout de bureau et prends patiemment des notes.
Mardi 17 nov. 13 h 30
En reprenant ma place après le déjeuner, je suis surprise de voir toute l’équipe de Jacques devant la machine à café. Ils sont nerveux. Que se passe-t-il ? Je baisse la tête pour faire croire que je suis très concentrée sur mon travail. En réalité, je ne perds pas un seul mot de ce qui se dit. Ils parlent d’un briefing extraordinaire.
— Une certaine Stéphanie, dit un agent, étudiante en sciences a disparu. Le chef organise une battue dans le chemin de traverse qui mène du campus Marie Curie au quartier des Aubes.
— Pourquoi là ?
— T’es arrivé en retard ou tu dormais ? Ç’a été dit par le chef. Sa copine l’a laissée sur cette traverse. Notre point de départ est donc le début de la traverse puis dans le petit bois nous chercherons tous azimuts.
Je jubile intérieurement, car je connais bien l’endroit. Avec Caro nous courons souvent dans ce coin. Il faut traverser un champ de cistes avant d’entrer dans la petite forêt de chênes verts.
Mardi 17 nov. 14 h 30
Lyse et Ali quittent le commissariat sans même me regarder. Quatre autres agents discutent encore en sourdine.
Veste et bonnet sous le bureau, j’attends leur départ pour les filer.
C’est le moment ! Prétextant une petite faim auprès de l’agent qui est à l’accueil, je sors. Sans hésiter, je prends l’avenue du Roch, tourne à gauche et rejoins, en un rien de temps, le terrain vague recouvert de broussailles. Pour approuver ma démarche, je marmonne en pressant le pas :
— Mossa est à la recherche de Stéphanie Lebris ; la police a enfin décidé de réagir… Tout le monde me laisse de côté… Grand-mère n’a pas voulu que j’écoute sa communication avec Jacques… et, j’ai été oubliée pour le briefing… Je ne sais donc pas ce qui se passe exactement… mais je le saurai !
Soudain, j’aperçois des têtes et des bustes disparaître et réapparaître dans les herbes sèches.
— L’escadron marche au pas. Une deux, une deux ! Pourquoi une battue aujourd’hui ? Au téléphone, Jacques semblait vouloir attendre avant d’entreprendre quoi que ce soit. La disparue serait-elle morte ?
Je les vois maintenant s’enfoncer dans le bois. Je marche sans bruit derrière eux. Les verts de cette forêt en hiver m’étonneront toujours. Cependant, pour ne pas perdre de vue les policiers, je ne m’attarde pas. Je préfère quitter l’allée principale, tourner à droite pour me retrouver sur un chemin émaillé de touffes de thym que je connais bien. Les arbres parsemés laissent passer la lumière. L’ambiance y est agréable et inspire de nombreux romantiques. Pourquoi les policiers ont-ils choisi ce bois pour faire des recherches ?
