Les coopératives agricoles - Chantal Chomel - E-Book

Les coopératives agricoles E-Book

Chantal Chomel

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Beschreibung

Les coopératives agricoles en France représentent un modèle d’entreprise original fondé sur des principes de fonctionnement et des valeurs qui les différencient des entreprises capitalistes. Elles représentent une force économique, sociale et territoriale de premier plan. Pour la première fois un ouvrage, rédigé par des auteurs experts dans leur domaine, dans une approche résolument pluridisciplinaire, destiné non seulement à l’enseignement supérieur mais aussi aux acteurs économiques eux-mêmes et à leurs conseils, aborde l’ensemble des aspects de la vie économique, financière, juridique, sociale des coopératives agricoles et des défis actuels auxquels elles sont confrontées.

Cet ouvrage a été pensé pour être un outil support de formation et de cours pour les enseignants des écoles de commerce, des instituts universitaires de gestion, des écoles d’ingénieurs agronomes.

Il met en valeur et analyse les spécificités des coopératives agricoles, riches d’une histoire centenaire, leur gouvernance, leurs modèles de développement, les enjeux qui les attendent et propose une comparaison internationale.
Il vient combler une lacune puisque paradoxalement – malgré l’importance des coopératives agricoles en France- aucun ouvrage de ce type n’avait été réalisé. L’année internationale des coopératives de 2012 en a été le déclencheur.

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Seitenzahl: 773

Veröffentlichungsjahr: 2013

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Cette version numérique de l’ouvrage a été réalisée pour le Groupe Larcier. Nous vous remercions de respecter la propriété littéraire et artistique. Le « photoco-pillage » menace l’avenir du livre.

Pour toute information sur notre fonds et les nouveautés dans votre domaine de spécialisation, consultez notre site web via www.larciergroup.com

© Groupe Larcier s.a., 2013 Éditions Larcier Rue des Minimes, 39 • B-1000 Bruxelles

Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent ouvrage, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.

ISBN 978-2-8044-6662-6

L’économie sociale et solidaire est régie par des règles spécifiques. La collection « Droit & économie sociale et solidaire » ambitionne d’offrir aux acteurs des coopératives, mutuelles, associations, syndicats et fondations des ouvrages qui serviront leur pratique. Ces ouvrages se consacreront à la création, l’élaboration des statuts, la gestion quotidienne, les opérations complexes... des sociétés et associations d’économie sociale et solidaire ainsi qu’à toute activité guidée par ce modèle économique.

Sous la direction de Xavier Delsol, avocat, fondateur de la revue « Juris associations ».

MEYNET W., Code de l’économie sociale et solidaire en France, 2012VERLHAC J., Droit associatif européen, 2012DRAPERI J.-F., La république coopérative, 2012HIEZ D. et LAVILLUNIÈRE E., Vers une théorie de l’économie sociale et solidaire, 2013TKINT Ph., Le droit des ASBL, 2013

Sommaire

Préface

Avant-propos

Remerciements

Biographies des auteurs

Introduction générale

Chapitre 1 – La genèse du mouvement coopératif et les facteurs de développement des coopératives agricoles

Chapitre 2 – Le cadre juridique et la gouvernance des coopératives agricoles

Chapitre 3 – Les relations des coopératives avec leurs associés coopérateurs et la gouvernance en coopérative

Chapitre 4 – L’ancrage territorial des entreprises coopératives agricoles et le développement durable

Chapitre 5 – L’approche financière des coopératives agricoles

Chapitre 6 – Stratégies et restructurations des coopératives dans la mondialisation des marchés

Chapitre 7 – Les coopératives agricoles dans les autres pays du monde

Conclusion générale – Quels enjeux majeurs pour les coopératives agricoles ?

Étude de cas d’analyse financiere : le cas CoopGrain

Cas d’étude : quelles stratégies de développement pour coop K ?

Préface

Philippe Mangin, Président de Coop de France

Comment démontrer la modernité de notre modèle d’entreprise dans l’économie et la société d’aujourd’hui ?

La dynamique de nos valeurs est-elle perçue ? Par qui et dans quel sens ?

Alors qu’avec la crise, de nombreux paradigmes entrepreneuriaux et sociaux s’effondrent et que des nébuleuses financières insaisissables semblent paralyser l’action publique et le sens de l’intérêt général, quelle est la place de notre mouvement d’entreprises coopératives ?

Ces questions sont fondamentales … bien sûr pour les coopératives mais aussi pour tous ceux qui sont les partenaires de notre évolution collective : agriculteurs, salariés, clients, relais d’opinion, citoyens-consommateurs … et surtout les jeunes générations de femmes et d’hommes, ruraux comme urbains, qui participeront, forcément, à une reconstruction des liens économiques et sociaux … face au délitement actuel.

Car l’ouverture aux autres n’est pas qu’une posture de promotion unilatérale : c’est un facteur de progrès réciproque comme d’épanouissement personnel, voire … de compétitivité collective.

C’est pourquoi je salue chaleureusement l’initiative des auteurs qui ont réalisé un manuel à destination des enseignants et des étudiants, notamment des écoles d’ingénieurs ou des filières master ou encore de tous ceux qui améliorent leurs compétences par la formation continue.

Il était grand temps de partager avec eux notre modèle d’entreprise et de projeter nos fondamentaux historiques et juridiques dans la contemporanéité de notre action, révélatrice de notre capacité d’adaptation et d’évolution.

Dans le prolongement de notre livre paru en 2010 sur « le capitalisme coopératif » –expression reprise depuis dans le champ politique-, Coopératives agricoles : identité, gouvernance et stratégies est véritablement un ouvrage de référence qui enfin, dissèque, mesure et met en perspective avec précision et lucidité toutes les réalités de notre mouvement : modèle, gouvernance, finances, stratégies économiques…

Depuis plusieurs décennies, il n’y avait plus de publication approfondie sur les coopératives agricoles et nous l’avons souvent déploré. La recherche elle-même avait délaissé l’analyse économique globale des coopératives pour se polariser trop souvent sur les plus petites d’entre elles au nom d’une analyse exclusive de leurs principes vertueux dont elles ne seraient plus que les seules détentrices.

Diversifiée et protéiforme, la coopérative agricole est pourtant tellement riche de son altérité puisée dans ses filières et ses territoires !

Je tiens aussi à souligner toute la pertinence de l’analyse européenne et mondiale de la coopération agricole proposée dans cet ouvrage. Cet horizon multiculturel n’est pas que précieux : il est incontournable.

Cet ouvrage vient donc à son heure, et oserais-je dire, pourquoi seulement maintenant ? C’est une des vertus de l’année internationale 2012 des coopératives d’avoir suscité des contributions nouvelles. Je remercie très sincèrement les auteurs, fins connaisseurs du monde des coopératives agricoles, d’avoir pris cette initiative et de l’avoir menée à bien.

Sans tabou, ni partis pris, nul doute que sa dimension didactique constituera un socle pédagogique essentiel pour les enseignants et les étudiants, mais aussi plus pour les administrateurs de coopératives.

La qualité de cet ouvrage ne peut que nous aider à relever un des défis majeurs des coopératives : attirer la compétence et l’engagement des jeunes et des salariés par les valeurs coopératives.

Coop de France

Coop de France est la représentation unifiée des entreprises coopératives agricoles qui jouent un rôle incontournable dans l’économie agricole, agroalimentaire et agro-industrielle française.

La Coopération agricole en chiffres :

– 2 850 entreprises coopératives, unions et sica dans le secteur agricole, agroalimentaire et agro-industriel (dont 2 450 coopératives et unions)

– 83,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires global des coopératives et de leurs filiales

– 11 500 CUMA

– Plus de 160 000 salariés

– ¾ des agriculteurs adhèrent à une coopérative.

Avant-propos

Jean-Claude Detilleux, Président de la Fondation du Crédit Coopératif

Les coopératives agricoles jouent un rôle moteur dans l’agriculture, l’agro-alimentaire et les territoires. Par leur double projet économique et social, elles sont également une composante importante de l’économie sociale, qui représente en France près de 10% du PIB. Dès leur origine, notamment avec le levier d’action que constitue la relation avec leurs associés coopérateurs, elles se sont inscrites dans une perspective de transformation sociale en vue d’améliorer la condition des agriculteurs, introduire le progrès technique dans les exploitations et donner à l’agriculture une véritable dimension économique. Il ne faut pas oublier dans cette mutation le rôle de la jeunesse agricole chrétienne (JAC).

Leurs activités concernent leurs membres, associés, clients et fournisseurs, mais aussi les consommateurs à travers l’alimentation, les citoyens à travers l’emploi, l’environnement, le territoire, et une multitude d’agents économiques du sous-traitant au financeur – coopératif souvent – ou d’associations et ONG. C’est dire la diversité des « parties intéressées » et de leurs attentes. Par leurs finalités et leurs principes de fonctionnement a-capitaliste, elles s’inscrivent dans la réflexion sur la gestion des « biens communs » au cœur des travaux d’Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie.

Mais, paradoxalement, il n’existait jusqu’alors pas de « manuel » sur les coopératives agricoles, à destination de l’enseignement supérieur, notamment des écoles d’ingénieurs, de commerce et de gestion, des masters des filières agricoles et de la formation continue abordant les différents aspects de leur fonctionnement : historique, juridique, économique, financier, territorial, etc. Or, sans connaissance structurée et complète, comment comprendre les mutations, comment progresser dans les pratiques, comment anticiper les évolutions et les accompagner sans banalisation de ce qui fait la force de l’identité coopérative, dont la pertinence du modèle économique est plus que jamais d’actualité dans le monde de crises dans lequel nous vivons ?

Ce manuel, publié dans la dynamique initiée par l’année 2012 des coopératives, elle-même relayée par le Sommet de Québec en octobre 2012 sur « l’étonnant pouvoir des coopératives » vient combler une lacune et mettre à la disposition des chercheurs, des enseignants, des étudiants et des professionnels un outil utile. Outre ce public, il contribuera également à la formation des futurs cadres de coopératives et à la réflexion de leurs administrateurs et dirigeants.

Le livre propose un parcours des coopératives agricoles dans le temps et dans l’espace, de leur genèse à leurs évolutions actuelles, et un panorama des autres pays et continents. Il est en effet essentiel de rappeler la dimension universelle des coopératives, et s’intéresser à ce que font d’autres pays que la France. Il s’appuie sur l’expertise des auteurs, une équipe pluridisciplinaire de praticiens et d’enseignants-chercheurs.

Un des axes de travail de la Fondation du Crédit Coopératif est de soutenir la connaissance et la recherche dans l’économie sociale, mais aussi la diffusion de cette connaissance dans l’enseignement : ce manuel à destination d’un public divers, s’inscrit donc pleinement dans les orientations de la Fondation et elle s’honore de parrainer cet ouvrage.

Je terminerai par cette phrase de M. Watkins, un ancien directeur général de l’ACI : « le progrès social consiste à accroître l’aptitude des hommes à travailler ensemble de façon organisée ». Les coopératives agricoles y contribuent pleinement et ce manuel les soutiendra dans cette orientation en leur apportant connaissances, méthodes et repères.

Fondation du Crédit Coopératif

Comptant parmi les doyennes des fondations d’entreprise, la Fondation du Crédit Coopératif noue des partenariats autour de trois axes : la cohésion sociale, le développement durable, et pour l’essentiel, la connaissance et la reconnaissance de l’économie sociale et solidaire. Vigie d’une banque pas comme les autres, la Fondation Crédit Coopératif a pour ambition d’être pionnière dans le champ du mécénat en économie sociale et solidaire. Une vocation qu’elle incarne par son soutien à des laboratoires universitaires et des think tanks spécialisés, ainsi que par des Prix ou des partenariats inscrits dans la durée, venant encourager des initiatives à forte plus-value économique, sociale, culturelle, environnementale ou technologique mises en œuvre par les organismes de l’économie sociale et solidaire. La Fondation Crédit Coopératif a été récompensée par trois prix de l’Admical, la distinction de Grand Mécène de la culture ainsi que le Trophée du mécénat d’entreprise pour l’environnement et le développement durable.

Remerciements

Nous savons gré à Coop de France et la Fondation du Crédit Coopératif d’avoir soutenu ce projet d’ouvrage et de nous avoir encouragés à le mener à bien.

Nous souhaitons exprimer notre gratitude à tous ceux qui nous ont accompagnés au cours de la rédaction de ce livre, qui ont relu et apporté leurs critiques Ray Godfrey, Marcel Hipszman, Jordane Legleye, Yves Le Morvan, Vincent Magdelaine, Karine Nivet, Laurelyne Ramboz, Marc Spyker et Pierre Triboulet.

Nous remercions le Département Sciences pour l’Action et le Développement de l’INRA pour le soutien apporté aux travaux de recherche développés à Toulouse, puis à Bordeaux. Nous remercions également les étudiants de Bordeaux Sciences Agro, de l’ESSEC Business School ainsi que les présidents, administrateurs et directeurs de coopératives lors des programmes Sénèque et Aristée et lors des différentes études réalisées, de leurs commentaires et des discussions sur les points abordés dans cet ouvrage.

Biographies des auteurs

Chantal CHOMEL, Directrice des affaires juridiques et fiscales à COOP de France depuis 1994, et dans la coopération depuis plus de 25 ans après un passage de 4 ans comme conseiller technique chargée des affaires juridiques et des coopératives à la délégation interministérielle à l’économie sociale. Interlocutrice des pouvoirs publics en France et à Bruxelles sur le Droit des coopératives agricoles, elle participe activement au réseau d’échanges avec les autres coopératives. Avec son équipe de 6 juristes et 2 fiscalistes elle accompagne et conseille les coopératives agricoles dans les dimensions juridiques de leurs évolutions et dans leurs réflexions sur leur gouvernance. Elle a piloté la réalisation de plusieurs guides pratiques à destination des coopératives. Convaincue qu’il doit y avoir des liens entre la recherche et la pratique, elle est membre du comité de rédaction de la RECMA. Elle intervient régulièrement en formation auprès des administrateurs et directeurs de coopératives, notamment en partenariat avec l’ESSEC dans les formations Seneque et Aristee, et assure des séminaires sur les coopératives agricoles dans plusieurs universités. E-mail : [email protected]

Francis DECLERCK, Professeur au Département Finance et à l’Institut de Management International Agro-alimentaire de l’ESSEC Business School, est ingénieur en agriculture de l’ISAB (LaSalle Beauvais) et titulaire d’un Ph.D. de l’Université d’Illinois à Urbana-Champaign (USA). Il travaille en finance appliquée aux filières agro-alimentaires, aux coopératives et aux marchés à terme agricoles. De 2005 à 2009, il a été co-titulaire de la Chaire « Filière d’excellence alimentaire » de l’ESSEC en partenariat avec les groupes Carrefour et Danone et le cabinet Coutrelis & Associés. Il intervient auprès des dirigeants et cadres d’entreprises, administrateurs et directeurs de coopératives agricoles (notamment en formations Sénèque ESSEC - Coop-de-France pour les administrateurs et Aristée ESSEC - Coop-de-France - DIRCA pour les directeurs), et des institutions françaises et internationales (DG Agri, OCDE). E-mail : [email protected]

Maryline FILIPPI, Professeure d’économie à l’Université de Bordeaux, a été chercheur pendant 9 ans à l’INRA, où elle a dirigé une équipe de recherches sur les coopératives agricoles françaises. Ses thèmes, qui incluent le développement des coopératives et de leurs groupes, leur insertion dans les filières, l’internationalisation, la gouvernance et les questions d’ancrage et de développement territorial, ont donné lieu à plus d’une vingtaine d’articles scientifiques. Elle a aussi conduit plusieurs programmes de recherches nationaux et développé un groupe de travail sur l’analyse statistique de la coopération agricole avec le Service de la Statistique et de la Prospective du Ministère de l’Agriculture. Ce dernier lui a confié la responsabilité de l’étude la gouvernance coopérative en 2006. Experte pour la France auprès de la DG Agri (2010-2012) dans le cadre de l’Etude sur la Coopération Agricole des 27 pays, elle réalise divers missions d’expertise et travaille actuellement dans différents programmes internationaux tout en étant membre des comités éditoriaux d’Economie Rurale et de la RECMA. E-mail : [email protected] 

Olivier FREY, Consultant/formateur indépendant et professeur associé externe au sein du laboratoire IRECUS de l’Université de Sherbrooke (Canada). Docteur en Economie, il étudie les entreprises coopératives depuis 2004 et a travaillé pour plusieurs organismes représentant les entreprises coopératives en France tels que Coop de France ou Coop FR. Il a co-écrit plusieurs études pour Eurostaf - Les Echos sur les coopératives. Il intervient chaque année dans différentes coopératives agricoles dans le cadre du programme de formation Atouts Jeunes. E-mail : [email protected]:@olivier_frey

René MAUGET, Professeur de management stratégique dans les programmes de l’ESSEC Business School, est ingénieur de l’ENESAD de Dijon et docteur en gestion de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il travaille auprès des coopératives en recherche, formation et conseil depuis plus de 30 ans en France et sur plusieurs continents dans le cadre de missions de l’UE et de L’ONUDI. Il a participé à plusieurs études Eurostaf sur les coopératives. Au titre de l’ESSEC, il a mis en place les formations Sénèque avec Coop de France pour les administrateurs et Aristée avec Coop de France – DIRCA pour les directeurs de coopératives. Actuellement ses recherches portent principalement sur les stratégies et les structures des groupes coopératifs complexes dans la mondialisation avec de nombreuses publications. Membre du conseil d’administration de L’ADDES et du comité de rédaction de la RECMA. E-mail : [email protected]

Introduction générale

2012, déclarée Année internationale des coopératives par l’ONU, a suscité une attention particulière à ces entreprises différentes fondées sur des valeurs originales et créées au bénéfice de leurs membres usagers : double qualité d’associé et d’usager, responsabilité personnelle et mutuelle, pouvoir démocratique, équité et solidarité entre les membres, engagement envers la communauté. Dans un nombre important de pays, les coopératives agricoles ont été créées par les agriculteurs pour développer leurs exploitations au moyen d’une entreprise commune dotée d’une gouvernance démocratique.

L’Alliance coopérative internationale estime à 750 000 le nombre de coopératives et de mutuelles, à 900 millions le nombre de leurs membres et 100 millions le nombre d’employés. Le chiffre d’affaires est estimé, pour les 300 plus importantes, à plus de 1 926 milliards de dollars (Irecus, 2012). L’étude réalisée au sein de l’Union européenne pour le compte de la Direction Générale de l’Agriculture en 2010-2012 (Bijman et al., 2012) souligne le rôle essentiel des coopératives pour favoriser l’accès aux marchés des agriculteurs dans les 27 pays tout en identifiant les caractéristiques communes et spécifiques de ces entreprises.

En France, les coopératives agricoles regroupent actuellement 3 agriculteurs sur 4. Elles réalisent 40 % de la transformation des produits agricoles français et 60 % des activités de commerce. Acteurs majeurs des filières et des territoires, elles apportent aujourd’hui une contribution essentielle à la sécurité alimentaire, à la traçabilité des filières agroalimentaires, au développement de systèmes de production plus respectueux de l’environnement comme au maintien d’une agriculture durable dans les territoires.

Comme les autres entreprises du secteur agricole et agro-alimentaire, elles évoluent néanmoins dans un contexte concurrentiel accru, ouvert à la compétition mondiale et caractérisé par une volatilité permanente des prix des matières premières agricoles. Dès lors, pour renforcer leur compétitivité et répondre à la demande de leurs clients de la grande distribution ou de l’agro-industrie, elles se regroupent et forment des groupes complexes qui combinent des sociétés de droit commercial sous contrôle coopératif parfois d’envergure internationale.

Cependant, leur statut coopératif « a-capitaliste », c’est-à-dire avec une rémunération limitée du capital, une absence de plus-value sur les parts sociales et des réserves impartageables, les singularise par rapport aux entreprises de droit commercial, rendant moins évidente de prime abord la compréhension de leur fonctionnement et de leurs mutations. Les coopératives agricoles se caractérisent par une pluralité de statuts et de modèles organisationnels dont la lisibilité ne s’impose pas toujours : société coopérative agricole, coopérative de services (CUMA), société d’intérêt collectif agricole (SICA), groupe avec des filiales de droit commercial. Cette diversité conduit à chercher à identifier les caractéristiques qui les différencieraient de leurs concurrentes « capitalistes ». Par leur statut juridique autonome, les coopératives peuvent être considérées comme des entreprises ni « opéables », ni « délocalisables », même si ce constat ne s’étend pas à leurs filiales de droit commercial.

Entre utopies et réalités, ces entreprises suscitent des visions passionnelles parfois, des approches contradictoires entre des doutes quant à leur efficacité, ou critiques sur leur taille qui leur auraient fait oublier leurs adhérents. Il a semblé utile et nécessaire de produire une étude et une analyse plus objectives et fondées sur des faits, sur des travaux de recherche et des tendances constatées dans les évolutions des coopératives.

Telle est l’ambition de cet ouvrage qui vient combler une lacune. Il n’existe pas de manuel pédagogique en France pour l’enseignement supérieur, qui présente les spécificités de ces entreprises, leur importance économique et sociale et leurs perspectives d’évolution.

Le public visé est celui des enseignants, des chercheurs et des étudiants, en écoles de commerce et écoles d’ingénieurs, ou en cursus universitaires. Ce livre sera également un appui pour tous, celles et ceux qui sont en formation continue. Enfin, il sera également utile au monde professionnel en quête d’informations fiables et d’analyses rigoureuses. L’intérêt croissant pour le secteur de l’économie sociale et pour les alternatives potentielles qu’il présente pour une société en quête d’un développement économique plus respectueux des hommes et de l’environnement, nous conduit à penser que cet ouvrage est de nature à répondre aux attentes d’un public divers. Il sera aussi un support pour la formation initiale ou continue.

Son point fort est de réunir des spécialistes français, experts dans leurs domaines respectifs pour aborder l’analyse et la connaissance de ces entreprises sous un angle pluridisciplinaire. Il intègre les dimensions historiques, juridiques, financières, stratégiques et économiques de l’ensemble des entreprises coopératives agricoles françaises ainsi qu’un panorama mondial.

Son contenu se présente sous la forme de 7 chapitres correspondant à des thèmes ou des séquences de cours, illustrés par des exercices, des encadrés et des questions de compréhension ou des études de cas. Chaque chapitre est organisé autour de questionnements pour favoriser l’approfondissement de la réflexion et l’appropriation des connaissances et peut être travaillé séparément. Les renvois entre chapitres facilitent la compréhension des notions étudiées. Reflet du caractère pluridisciplinaire de l’ouvrage, certaines notions sont reprises sous des approches différentes dans plusieurs chapitres. Une bibliographie est donnée pour chaque chapitre.

L’ouvrage est construit de la façon suivante :

Le chapitre 1 introduit l’ouvrage avec la genèse du mouvement coopératif et ses facteurs de développement. Cette remise en perspective permet de comprendre comment les mouvements d’idées et les théories économiques influencent le fonctionnement et la réalité actuelle de la coopération agricole française, et ses perspectives de développement.

Le chapitre 2 développe le cadre juridique des sociétés coopératives agricoles afin de comprendre les principes qui sous-tendent leurs spécificités en matière d’organisation, de fonctionnement démocratique, de gouvernance, de fiscalité et garantissent leur identité propre. La caractérisation juridique des groupes complexes est également abordée. L’évolution des statuts juridiques coopératifs est-elle possible et dans quelle mesure sans banaliser ou affaiblir le modèle coopératif ? Quels sont les enjeux de réformes possibles de ce statut ?

Le chapitre 3 porte sur les relations des coopératives avec leurs associés coopérateurs qui singularisent et constituent le socle de l’existence et le fonctionnement de ces entreprises. Ces relations ont pour caractéristiques d’associer les relations économiques à un principe de fonctionnement démocratique et aux valeurs sociétales d’équité et de solidarité. Comment garantir l’exercice de la gouvernance par les représentants des associés dans les coopératives comme dans les groupes complexes ? Comment maintenir l’attractivité et l’implication pour les associés coopérateurs ainsi que leur pouvoir de contrôle ?

Le chapitre 4 aborde la question de l’ancrage territorial etla façon dont les coopératives agricoles françaises ont transformé la contrainte juridique initiale de leur circonscription territoriale en atout compétitif par leur présence dans les territoires. L’enjeu de la valorisation pour les territoires dans les trois dimensions environnementale, économique et sociale est développé. Comment concilier ou rendre compatible l’ancrage territorial et l’internationalisation des coopératives ? Comment développer le territoire par la valorisation d’activités appropriées ? Quels liens construire avec les consommateurs et les autres parties prenantes ? Ces questions, posées de façon récurrente dans les débats de sociétés sur les coopératives agricoles, sont abordées dans ce chapitre.

Le chapitre 5 approfondit les questions financières en coopératives agricoles, déclinées tant au niveau des relations avec les associés coopérateurs de la coopérative qu’au niveau du groupe coopératif. Leurs spécificités questionnent la pertinence et l’adéquation des outils d’analyse économique et financière, les instruments classiques de financement et de gestion des risques. Quels sont les outils financiers et les partenaires qui peuvent entrer dans les groupes coopératifs ? Avec quelles conséquences et à quelles conditions ?

Le chapitre 6 analyse les différentes évolutions stratégiques de concentration, d’alliances, d’internationalisation en soulignant, compte tenu des spécificités coopératives, le positionnement de ces dernières dans la mondialisation. Faire face aux risques économiques et financiers mais aussi aux opportunités créées par la mondialisation est un enjeu crucial. Faut-il se regrouper autour de stratégies de niches, de concentration de collecte des produits agricoles et/ou investir plus massivement dans la transformation agro-industrielle ? La polyvalence d’activités, spécificité française, est-elle encore une voie d’avenir pour les coopératives ? Tels sont des exemples de questionnement présents dans ce chapitre.

Le chapitre 7 éclaire la place et le rôle des coopératives agricoles à travers des expériences dans d’autres pays du monde afin de proposer des pistes d’évolution pour les coopératives françaises. Quelles perspectives et quels enseignements peut-on en tirer pour la coopération agricole en France ?

Puis une conclusion générale est tirée sur les enjeux majeurs pour les coopératives agricoles. Enfin, deux études de cas sont proposées, l’une en analyse financière, l’autre en stratégie.

Nous espérons que cette invitation à mieux connaître un autre modèle économique d’entreprise permettra aux lecteurs, quels qu’ils soient, de saisir les mutations contemporaines à l’œuvre dans les coopératives agricoles, l’agroalimentaire et les territoires, mais aussi leur formidable potentiel pour les enjeux et défis d’aujourd’hui et de demain.