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Coleen part pour les États-Unis comme assistante de français dans une école privée. Elle est reçue dans une famille d’accueil absolument fabuleuse. Arrivée uniquement avec un relevé généalogique de sa famille et le souvenir d’un patchwork que ses parents avaient reçu, naguère, de la part de cousins d’Amérique. Elle va s’immerger dans les terres où sont arrivés ses aïeux, les premiers migrants mennonites, dans l’immensité des grands espaces, découvrir la source du Mississippi, les bisons, les grandes plaines, la culture indienne… Une leçon de vie… Qu’est-ce que la vie ? C’est l’éclat d’une luciole dans la nuit.
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Seitenzahl: 210
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Du même auteur :
La vie est devant
éditions Les 2 Encres (novembre 2012)
nouvelle édition : BoD - Books on Demand (mai 2016)
Un grand merci à Florence Bruneseaux-Gauthier, professeur des écoles et Docteur en sciences du langage, qui m’a accompagnée pour mener à bien mon second roman.
Je n’oublie pas monsieur Willy Salsmann, spécialiste en généalogie, qui m’a donné les informations qu’il a pu recueillir sur la migration des mennonites vers le Nouveau Monde.
Dépaysement
Le cousin Bill et l’état de l’Illinois
À la découverte du Tazewell
Escapade à Chicago
Les petites histoires dans la grande Histoire
Un grand jour se prépare
Le Culte
Et l’histoire continue
Sur la route, Vroum… Vroum
L’école de la vie
Au-devant des bisons
Déjà la fin
Ce n’est qu’un au revoir
C’est une grande jeune femme aux cheveux bruns, d’allure sportive, portant un jean noir, tee-shirt jaune et baskets blanches, qui arrive dans le Midwest, pays des Grandes Plaines. L’état de l’Illinois lui tend les bras.
Elle est encore éblouie par cette immensité d’eau survolée, que représente l’océan Atlantique, et dont la surface est parfois animée de minuscules points blancs. Peut-être des bateaux, avait-elle pensé.
Elle se souvient de la voix très calme de l’hôtesse qui avait prévenu les passagers : « Nous entrons dans une zone de turbulences, veuillez accrocher vos ceintures. » Il est vrai que le ciel était plus que moutonneux, les cumulo-nimbus se faisaient de plus en plus noirs et de plus en plus dangereux. L’avion avait peiné à traverser cette zone. Les passagers, secoués étaient restés silencieux tandis que des petits sacs en plastique avaient alors été mis à leur disposition.
Une alerte interminable avant que le ciel ne redevienne enfin hospitalier. Au loin, sous ses pieds la terre était apparue. Ouf ! Le paysage, les constructions s’étaient précisés, les routes dessinées, ces routes qui peut-être l’emmèneraient vers d’autres horizons.
Une forte secousse, puis l’avion avait atterri. Coleen était arrivée au pays de ses aïeux.
Si nous avons deux oreilles et une bouche
C’est qu’il nous faut écouter
Deux fois plus que nous ne parlons !
Dans sa dernière lettre, son cousin Bill lui écrivait :
« À votre descente d’avion, vous irez vous asseoir sur le banc qui se trouve dans l’abribus en bois peint en vert. Il n’y en a qu’un, vous ne pouvez pas vous tromper. Comme signe distinctif, je serai habillé en noir des pieds à la tête, sauf la chemise qui sera blanche. Pour vous, juste un chapeau de paille naturel, sans ruban ni autre fioriture. »
Coleen, ses bagages à la main, un chapeau de paille sur la tête, se dirige vers la sortie. Dehors, une foule bigarrée, compacte, bruyante ; un ballet de bus commence. Des voyageurs descendent, d’autres s’en vont. Où ? Mystère ! Pas de parking en vue, pas de panneau indicateur.
Mais l’abribus en bois vert est bien à sa place. Sauvée ! Son cousin Bill arrivera bientôt.
Son regard balaye le paysage. Rien d’exceptionnel : la plaine, les vallons, la forêt, comme chez elle, la foule en plus.
Sous les arbres, un gazon bien entretenu, endroit idéal pour pique-niquer. Des couples avec leurs enfants, des jeunes et des moins jeunes, étalent leurs victuailles sur l’herbe. Ils sont à l’aise. Quand ils seront partis, le gazon sera nickel.
Chez elle, en France, il est interdit de piétiner les espaces verts.
En bordure de rue, des jardins fleuris ; un joueur de banjo donne l’ambiance. Toute à cette écoute, elle n’entend pas cet homme tout de noir vêtu et en chemise blanche qui s’approche, l’interpelle. N’obtenant pas de réaction, il persévère d’une voix forte :
– Hello ! Miss Coleen ?
Surprise, la jeune femme se retourne, le regarde, par son costume le reconnaît.
– Excuse me, yes ! I am miss Coleen.
– Ne vous fatiguez pas à parler anglais, je parle français. Nous pourrions aussi nous tutoyer, entre cousins, c’est plus cool.
– D’accord, mais dans ma famille les enfants vouvoient les anciens, alors ici je vais faire un effort.
– Allez, je t’emmène au parking, là-bas, une surprise t’attend.
Avec gentillesse, son cousin Bill porte ses bagages. À grands pas, il emprunte un petit chemin blanc. Coleen marche à ses côtés. Après quelques centaines de mètres, elle distingue un nouvel abri pour des carrioles à chevaux. Bill lui explique :
– Nous sommes arrivés au parking des Amish. Je t’explique : les Amish font partie d’une communauté de protestants pacifistes émigrés d’Allemagne, de Suisse, d’Alsace, de Hollande et d’ailleurs, à la fin du XVIIIe siècle, ils étaient près de 200 000 membres en Amérique. Retirés du monde contemporain, ils se déplacent en carriole noire, appelée buggy, refusent l’électricité et bien d’autres choses. Pour la suite, tu comprendras au fil des jours passés ici. Un fermier m’a prêté son buggy et son cheval pour venir te chercher. Je travaillais chez lui aujourd’hui. Je suis fontainier. Je m’occupe de la maintenance de l’irrigation dans les grandes plaines de l’Illinois, de l’eau dans les fermes avec les éoliennes, de contrôler les compteurs d’eau. Je me déplace en pick-up, ma caisse avec tout mon outillage, derrière. Au fait, tu restes combien de temps ?
– Plusieurs mois, tout dépend… de mon travail, de mes recherches, de mon visa…
Bill approche de son buggy, dépose les bagages à l’arrière, dans le coffre. Son cheval attend calmement. Voyant son maître, il secoue l’échine. Bill, déjà sur le marchepied, se hisse sur le siège. Coleen l’imite. De ses mains expertes, il saisit les rênes, les agite et :
– Allez, Diamd, c’est parti, nous avons une passagère.
Une route balisée d’une ligne jaune en continu se déroule tranquillement devant leurs yeux, entre terre et talus d’herbe, des prairies naturelles, quelques fleurs blanches et jaunes écloses.
C’est vrai, nous sommes au mois d’avril.
Dans cet enchevêtrement de routes, Diamd trotte sans se tromper. Bill, les rênes à la main, lui fait comprendre qu’il est sur le bon chemin et que celui-ci est très étroit.
Toujours pas d’habitation en vue. Les kilomètres défilent. Enfin, à droite un panneau indicateur « R 116 METAMORA ».
Maintenant que cette route est rectiligne et sans danger, Bill demande à sa cousine :
– Tu veux bien m’expliquer ce que tu viens chercher ici. Bien sûr, j’ai reçu ta lettre, mais je n’ai pas tout compris. Comment l’envie t’est-elle venue ?
Coleen accepte avec plaisir de lui raconter ce qui l’a menée jusque-là.
« Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis étaient les alliés de la France. Mon père, de confession mennonite, a reçu lors d’une assemblée familiale chez son frère, un colis pour lui et sa famille. Revenue à la maison, ma mère a ouvert ce paquet et j’ai vu quelque chose qui ressemblait à une couverture. J’ai demandé :
– Pourquoi une couverture ? Nous n’avons pas froid !
Ma mère a répondu :
– Ce n’est pas une couverture, c’est un « quilt patchwork ». Sa place est toute trouvée, il garnira le lit d’appoint.
– Et ça vient d’où ?
– Nous avons des cousins en Amérique, m’a alors expliqué ma mère, et comme nous sommes en guerre, ils nous envoient des vivres ou des vêtements pour nous soutenir dans les moments difficiles. Durant toutes ces années, j’ai regardé dans les moindres détails ce « quilt patchwork », avec ces petits morceaux de tissus usagés de 4 ou 5 cm découpés en carrés, en losanges, en rectangles, et cousus à la main. Sur une face, plusieurs couleurs foncées, marron, brun, gris, bleu délavé violet. Sur l’autre face, d’autres morceaux de tissus usagés de mêmes dimensions, mais en couleurs, des petites fleurs, des raies, des pois. Le tout représentait un motif, une figure géométrique née de l’imagination de la couturière. Cet ouvrage toujours gravé dans ma mémoire m’a poussée à te demander de l’aide, toi qui vis ici depuis de nombreuses années, tu dois savoir ! Comment est-il arrivé chez moi en France ? »
– Très intéressante, ton histoire ! Je crois savoir que pour en trouver, il faut visiter des expositions. Maintenant, ils font partie des œuvres d’art. On en trouve aussi sur les marchés, les brocantes. À mes temps perdus, je t’emmènerai.
La route est toujours droite. Un autre buggy est derrière nous, il ne cherche pas à nous doubler, il roule tranquillement.
À gauche, en plein champ, une grange, une ferme marquée par les ans, un toit rouge qui flash dans la lumière, pas âme qui vive. Bill se tourne vers sa cousine scotchée sur cette vision hors du temps, et lui demande :
– Tu penses à quoi ? Tu dors ?
– Non ! Pas génial, le décor… Quelle heure est-il ?… Diamd est un superbe cheval, mais dans combien de temps nous déposera-t-il à destination ?
– Après dix-huit heures, décalage horaire compris. Ne pense plus à celle indiquée sur ta montre. Le diner est toujours servi à dix-neuf heures, tu en profiteras pour la mettre à l’heure d’ici. Maintenant, je pense à ta lettre et à ta demande de séjour… Après réflexion, j’ai une idée. Passionné de généalogie, j’ai consulté de multiples dossiers. J’ai lu que nos aïeux, attirés par le Mississippi, ont remonté son cours jusque vers les Grands Lacs et que, finalement, ils ont séjourné dans l’État de l’Illinois. Peut-être y sont-ils encore maintenant… Voilà pourquoi j’ai choisi le pays des grandes plaines du Midwest pour le début de ton séjour, et où tu travailleras pendant toute cette année. Ensuite, tu pourrais visiter les trois ou quatre états suivants qui te dirigeront jusqu’à la ville de Baltimore, haut lieu de la fin de l’immigration après la quarantaine passée à « Ellis Island ». Passage obligatoire après la traversée de l’océan Atlantique en bateau. Il faut au moins cela pour avoir des informations sur ton patchwork.
– Ne te moque pas de moi, j’ai vraiment envie de savoir d’où il vient. C’est de l’histoire ancienne, mais…
– Ne crains rien, je ferai l’impossible pour trouver des indices. Déjà, par l’intermédiaire d’une association, je t’ai trouvé un poste d’assistante de français dans les écoles primaires amish ; plusieurs établissements sont intéressés. Une famille t’accueillera, tu seras nourrie, logée, blanchie… Ce qui te permettra de parfaire ton anglais et t’imprégner de leur culture pour mieux la comprendre. Dans cette région, les écoles sont distantes les unes des autres de cinq kilomètres, et chacune compte environ une trentaine d’enfants. En général, ils s’y rendent à pied. De temps en temps, la maman les emmène en buggy avec Diamd.
Enfin du changement sur cette route rectiligne : un STOP à un croisement. La circulation est quasi inexistante. À droite, une voie de dégagement vers laquelle Bill tire un peu les rênes. Diamd comprend qu’il est presque arrivé. On distingue des constructions, au loin dans les prés.
Bill me prévient :
– Nous arrivons chez des cousins mennonites, Christian et Magdalena. Ne sois pas surprise, ils parlent un dialecte allemand influencé par l’anglais, avec quelques gestes. Pas de panique ! Tu comprendras. Ils t’accueillent pour ce soir. Demain, Christian avisera.
Ils arrivent et font un demi-tour dans la cour ; le buggy est à sa place. Bill dételle Diamd qui se dirige vers l’écurie. Le maître de maison nous regarde et fait quelques pas en direction de son ami ; une poignée de mains, tout va bien.
Coleen regarde avec attention la maison d’habitation. Belle façade, très sobre, plaisante. Christian s’approche cérémonieusement :
– Bonjour, cousine.
– Bonjour, cousin, lui répond-elle.
Il enchaîne :
– Pour votre venue, nous avons appris quelques mots de français.
– Merci pour votre hospitalité.
Devant la porte du logis, sa cousine Magdalena, en jupe longue et coiffe sur la tête, attend ses invités. Son mari s’approche et nous présente l’une à l’autre. D’un signe de tête, elle acquiesce, Coleen également.
Presque dix-neuf heures, l’heure du dîner. Leurs enfants attendent dans le salon. La table est dressée avec sept assiettes. À la lumière d’une lampe portative à essence, chacun s’installe à sa place. Le père préside. Ses deux garçons sont à sa droite : John, le plus jeune, et David. La mère est assise à la gauche du père, sa fille Mary à ses côtés. Les invités ont une place de choix, face avec leurs cousins.
Le repas commence par une soupe aux huiles végétales et à base de poulet.
Les hommes discutent travail. Bill n’a pas terminé la réparation de l’éolienne. C’est urgent, l’eau va bientôt manquer ; le vent, lui, est toujours présent. Peut-être deux jours de labeur, encore. L’hélice tourne dans le vide…
Magdalena se renseigne auprès de Coleen.
– En France, votre dîner se passe comment ?
– Comme vous, chacun sa place, ensuite soupe aux pommes de terre et poireaux, du lait avec du pain trempé, ensuite des œufs, de la confiture, puis au lit. C’est peut-être différent dans une autre famille…
La soupe terminée, Magdalena pose de nouveaux plats sur la table. Elle explique son menu :
– Voici les Boova shenkel (beignets de pomme de terre) puis les shoo-fly (type de crumble à la cannelle et noix de muscade). Je vous souhaite un bon appétit.
Bill glisse quelques mots à l’oreille de Coleen.
– C’est exceptionnel, ce soir. Habituellement, personne ne parle et le repas ne dure pas plus de vingt minutes.
Le père se lève. Une prière commune termine la soirée. Chacun regagne sa chambre et son lit. Demain au petit jour, dès cinq heures du matin, une nouvelle journée les attend, rythmée par les mêmes travaux à la même heure. À sept heures, petit déjeuner…
Mary prend la main de sa nouvelle cousine pour la conduire à l’étage. Sur le palier où se trouvent plusieurs chambres, elle pousse une porte :
– Voici la chambre d’amis que nous t’avons préparée. Si tu as besoin, la mienne est à côté. Tu tapes contre le mur et je viendrai.
Au premier coup d’œil, Coleen reconnaît ce qu’elle est venue découvrir en Amérique, un magnifique dessus-de-lit ! Un patchwork traditionnel est posé là, sur le lit. Le sien, dans son souvenir n’était pas aussi beau, ce n’était pas les mêmes couleurs non plus, mais le résultat est identique. Quel choc !
– Vous avez beaucoup des patchworks comme celui-ci ? demande-t-elle en se tournant vers Mary.
– Oh, oui, partout ! Ils sont aussi utiles que décoratifs. Nous en avons de différentes dimensions. Pour mon trousseau, il m’en faudra treize, un pour chaque mois de l’année, et le treizième pour les grands évènements (mariage, naissance, etc.). J’ai déjà commencé à les préparer ! Dans la salle à couture, le soir à la veillée, maman m’aide. En te promenant, le lundi, jour de lessive, tu en verras en train de sécher, suspendus sur les fils à linge. Bon… Il se fait tard, je te souhaite une bonne nuit. Demain matin, à l’heure du lever, je toquerai à la porte.
Seule dans sa chambre, Coleen parcourt l’endroit du regard. C’est une petite pièce mansardée dont le sol est recouvert de linoléum, avec des boiseries des murs au plafond. Une fenêtre carrée avec quatre carreaux identiques, sans rideaux ni volets. Un tabouret et une table rectangulaire qui sert de bureau. Dessus, un livre est posé en évidence. Pas n’importe lequel : la Bible. Le lit, orné du patchwork, occupe la place principale. Un portemanteau accroché au mur et un placard dans un recoin achèvent l’ensemble.
La curiosité l’oblige à lever ce qui sert de matelas, et là, elle découvre un sommier fait de cordes… Coleen est sceptique. Est-il assez confortable pour un bon repos ? Elle sera fixée demain matin.
Pour l’heure, elle se prépare pour la nuit, puis se couche. Son voyage, le décalage horaire et cette nouvelle vie qui s’ouvre à elle viennent à bout de sa fatigue. Elle dormira du sommeil du juste.
Une plante a besoin de racines pour grandir.
Un homme a besoin de grandir
Pour avoir des racines.
Coleen a bien dormi. Le calme règne dans la maison.
Dès que prête, elle part à la découverte des lieux. Dehors, le printemps s’incruste.
Où est passée sa famille d’accueil ? Déjà au travail ?
Autour de la maison d’habitation, des bâtiments qui ressemblent à des écuries , une éolienne qui sert à puiser l’eau, mais qui, aujourd’hui, ne tourne pas… Une réparation en prévision pour son cousin Bill. À gauche, à droite, des prés, rien que des prés à perte de vue, sans clôture. Plus loin, devant une autre maison, une grange presque à l’identique. Des sentiers sans indication qui mènent quelque part pour les habitués, nulle part pour les étrangers… De ce fait, Coleen préfère rebrousser chemin.
À nouveau, elle marche droit devant elle. Le paysage est vallonné. Elle reconnaît son chemin. Quelqu’un vient au-devant d’elle. En s’approchant, elle reconnaît l’homme. Bill le lui a présenté, c’est Christian. Après le traditionnel « Bonjour cousin, bonjour cousine », la conversation s’engage :
– Vous avez bien dormi ?
– Très bien, merci !
– Alors, de ce pas, un aperçu de ma ferme s’impose. Après, nous irons à l’école rendre visite à l’institutrice, elle doit être impatiente.
L’enseignement reste une activité professionnelle exclusivement féminine. Les enseignantes sont nommées par le directeur d’école.
La scolarité des jeunes Amish se déroule dans une salle unique où l’institutrice enseigne à huit niveaux simultanément. L’âge des élèves s’échelonne de six à quatorze ans.
Chaque élève a une place en fonction de sa taille. Les pupitres sont rangés par ordre croissant, de ce fait, il est facile de distinguer chaque niveau.
Près du bureau, une table ronde et des chaises, pour faciliter la relation de groupe.
Pendant que l’institutrice fait travailler un ou deux niveaux en même temps, le reste de la classe étudie de son côté. Cette méthode, demande une certaine adaptation en début de scolarité, car elle pose le problème de concentration.
Dans ces écoles, le rapport maître à élève n’existe quasiment pas.
Sur la route avec Christian et Diamd, son cheval appalach, Coleen fait son tour de buggy. Il se dirige vers l’école située à distance égale des habitations. Un panneau indicateur signal « Center village ». Une construction blanche, oblongue se distingue, Coleen est arrivée à l’école. Devant la porte vitrée, une jeune femme en habit traditionnel et dont le visage est surmonté d’une magnifique chevelure attachée à l’ancienne et sans fioriture, s’approche de Christian et lui demande :
– Mon assistante de français est arrivée et vous venez me la présenter ?
– Bien sûr ! Ce soir, elle logera chez toi et demain, après l’école, elle reviendra vers sa famille d’accueil. Pendant cette soirée vous mettrez au point le déroulement de cette première rencontre avec les enfants… Mademoiselle Élisa est donc la maîtresse d’école amish, présente Christian. Et voici mademoiselle Coleen, assistante de français.
Élisa invite ses visiteurs à rentrer. Dans un français hésitant, elle explique la disposition de sa classe :
– Voici un haut poêle à bois installé près du bureau. Tous les jours, à tour de rôle, les enfants sont de corvée de bois.
Juste derrière, un grand tableau peint en vert.
– Les enfants l’effacent avant de quitter la classe, c’est pourquoi tu le vois sans aucune trace de craie ce soir.
Le long du mur, des fenêtres pour éclairer la salle, mais de petites dimensions pour la protéger du froid. Pour l’entrée, une porte vitrée.
Puis elle dirige son assistante vers son logement, un petit deux pièces avec alcôve, qui se trouve au fond de la salle de classe. Elles vivront ensemble de temps en temps pour préparer les cours mixtes de français-anglais.
Plus détendue, Élisa donne encore des détails. Coleen est tout ouïe !
– Demain, vingt-six élèves prendront place dans cette salle unique. À huit heures, après une lecture de la Bible, les cours commenceront.
Les élèves viennent des fermes aux alentours. Ils sont frères et sœurs, cousins, cousines.
L’école rassemble la famille en dehors du foyer familial. Ils portent tous les mêmes vêtements avec les mêmes couleurs.
Dans la matinée une récréation de vingt minutes durant laquelle quelques élèves sont chargés de l’entretien de l’école.
Coleen écoute avec attention toutes ces explications, et ne sait que penser : comment vais-je les reconnaître ? Les garçons en pantalon bleu foncé avec bretelles et chemises bleu clair, et chapeau de paille. Les filles en robe mi-mollet, bleu foncé, boutonnée dans le dos, les cheveux coiffés en chignon et les chaussures très ordinaires.
– À onze heures, pause d’une heure qui leur permet de manger. Comme la majorité des élèves américains, les élèves Amish emportent leur sandwich à l’école dans des mallettes colorées. S’il fait beau, ils mangent dehors, assis sur un banc prévu à cet effet. À douze heures, les cours reprennent avec une récréation de vingt minutes et se terminent à quinze heures. Les enfants s’en retournent à pied, cinq kilomètres environ les séparent de leur ferme respective. La marche à pied, ils connaissent, cela ne les effraie pas.
Dans la vie quotidienne des Amish, les hommes font en moyenne dix-huit mille cinq cents pas par jour, les femmes un peu plus de quatorze mille, beaucoup plus que les dix mille pas recommandés. Les enfants marchent aussi très souvent pieds nus.
Coleen se renseigne auprès d’Élisa
– Le chant fait-il partie du programme ?
– Oui, bien sûr.
Avant de commencer la préparation de la classe pour demain matin, Élisa emmène la jeune femme à la découverte de son village. Juste quelques maisons autour de l’école, le bureau du Marshall, une autre école, un magasin de réparation, l’exploitation d’une serre, un atelier de harnais, trois laiteries, plusieurs poulaillers, et un hypermarché amish bien placé dans la rue principale. Elles croisent quelques hommes portant une longue barbe.
Les fermiers vivent dispersés dans la campagne, chacun a construit sa grange sur sa prairie de petite superficie. Outre une production agricole variée, ils possèdent une quarantaine de vaches laitières dont ils font la traite à la main, et un élevage de chevaux pour le travail et les loisirs.
La visite du village est terminée. Élisa propose un arrêt à l’hypermarché pour y faire quelques achats. Coleen est d’accord. Mais immédiatement, elle se pose la question de savoir ce qu’elle va trouver dans ce magasin ? Vu de la rue, derrière la vitre, il est surchargé de marchandises. À l’intérieur, cela lui paraît un véritable fourre-tout.
Élisa est dans son élément. Coleen la suit.
Des longues tables d’un mètre de haut, avec une étagère dessous, servent de rayonnages d’un bout à l’autre du magasin. Des cageots, des panières en osier, des boîtes en carton avec maints objets… Des cartes postales, des touristes qui se remarquent avec leurs vêtements.
Pour les fournitures scolaires, suivre la flèche « CAHIERS».
Au plafond, des néons et des ventilateurs. Le modernisme est arrivé ici.
Élisa entraîne Coleen dans un coin du magasin. La surprise est de taille. Une boutique très alléchante, malgré la quantité. Tout est superbe : des robes de cérémonie, des bijoux, un guéridon, des dentelles, des rideaux, une table avec nappe, de la belle vaisselle, des verres taillés, etc..
Coleen ose demander :
– Est-ce que, par hasard, il n’y aurait pas une exposition de quilts patchworks dans cette caverne d’Ali Baba ?
– On va chercher, suis-moi.
Élisa reste dans le fond du magasin, tourne dans tous les sens, puis s’engage dans une allée. Dans le rayon chiffon, elle rencontre une couseuse portant le costume des femmes amish, avec sur la tête la coiffe traditionnelle. Elle vend ses travaux d’aiguille. Les patchworks sont là. Pour mieux lui expliquer ce qu’elle cherche, Élisa parle le dialecte de la région. Pendant ce temps, Coleen touche les tissus, l’envers, l’endroit, les couleurs. Un signe de tête négatif à Élisa pour lui signaler que non, il n’y a pas ce qu’elle recherche.
– Qu’est-ce qui n’allait pas ?
– Ce ne sont pas les bonnes couleurs, le mien avait des couleurs foncées, celles-ci sont trop fantaisies. Les couleurs employées indiquent le pays. Alors, je dois encore chercher.
– Tu ne sais pas tout, cette dame nous invite à visiter son atelier, il suffit de demander. Chez elle, tout est parfait, c’est une professionnelle. Mais quant à trouver celui que tu cherches, c’est une autre affaire !
Les voilà reparties. Élisa se dirige vers l’alimentation : hamburgers, croissants, confitures, thé, céréales. Puis elle prend des cahiers et autres crayons de couleur avant de passer à la caisse.
Dehors, le soleil brille encore. D’un pas alerte, elles empruntent une route plus fréquentée tout en discutant à bâtons rompus.
– Qu’est-ce que tu faisais, chez toi, avant ce voyage en Illinois ?
– Je poursuivais mes études à la fac ! J’ai pris une année sabbatique. Regarde ! Un bus jaune qui passe ! Où va-t-il ? À quoi sert-il ?
– C’est le ramassage scolaire, il emprunte les voies goudronnées.
– Tes élèves sont acceptés ?
– Non, mes élèves viennent à pied, ou les mamans les conduisent en buggy. Les chemins sont trop dans les terres. Le bus n’a pas sa place dans ce milieu.
La route s’élargit. Sur la droite, une piste cyclable est visible. Un groupe de personnes circulent avec de drôles de vélos sans pédales !
– Tu pourrais m’expliquer ?
– Bien sûr, ce sont des vélos trottinettes. Et ça roule vite !
Ces trottinettes sont fabriquées uniquement dans les fermes Amish les plus traditionalistes. En général, les trottinettes sont équipées de roues à pneumatiques (30, 40, 50 cm et plus) et le modèle pour enfants (12 pouces). Les cadres sont en acier, les roues sont à rayons ou à bâtons. Il n’y a pas de selle, mais les utilisateurs peuvent déposer leurs achats dans le panier à bagages fixé sur le guidon. Pour avancer, il faut pousser avec le pied et actionner fort pour aller plus vite. Il y en a de différentes couleurs.
– Quelle invention !
