La maison de pâquerette - Lucie Salsmann Laval - E-Book

La maison de pâquerette E-Book

Lucie Salsmann Laval

0,0

Beschreibung

B L I G N Y Blotti au creux d'une vallée Là où une rivière est née Il flirte avec les gens d'ailleurs. Gardien de ses plus belles heures, N'offre qu'une flûte pour mieux Y deviser, rire et chanter.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern

Seitenzahl: 201

Veröffentlichungsjahr: 2018

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Du même auteur :

La vie est devant - éd. Les 2 Encres (novembre 2012) - BoD Books on Demand (mai 2016)

Les Cousins d’Amérique - éd. Les 2 Encres (septembre 2015) - BoD Books on Demand (mai 2016)

Sommaire

LA COLÈRE DU CIEL

PÂQUERETTE

LES CATHERINETTES FONT LA FÊTE

ERNEST LE CANTONNIER

TCHERNOBYL

LA VIOLETTE DE TOULOUSE

UNE FICHE RÉFLEXE

LES RETROUVAILLES

L’HOMME QUI N’A RIEN VU, RIEN ENTENDU

LES FAMILLES ENTERRENT LEURS MORTS

LE BÉNÉVOLAT S’ORGANISE

LES DOSSIERS DU PASSÉ

LA SOUPE

LE CLOCHER

UN VOYAGE EN CADILLAC

LA VIGNE

L’ÉLECTRICITÉ À BLIGNY

ALICE, PÂQUERETTE, POUIC ET LES AUTRES

LA COLÈRE DU CIEL

La femme devait habiter le village, mais rien n’était moins sûr. Peut-être tout en haut, peut-être tout en bas. Ou alors plutôt vers le milieu, à proximité de l’église, ou encore dans une modeste maison proche de la chapelle. Enfin, on ne savait vraiment pas grand-chose d’elle.

En tout cas, elle ne venait pas de loin et ne pouvait jamais se permettre de s’absenter, surtout pendant les mois d’été et d’automne. Elle passait le plus clair de son temps à scruter d’un air soucieux le ciel au-dessus des collines entre lesquelles serpentaient des filets d’eau. Elle semblait toujours guetter, surveiller, attendre quelque chose qui allait venir, comme une nouvelle qu’elle pourrait lire là-haut dans les nuages.

La rivière avait des allures tranquilles et paresseuses, mais il ne fallait pas s’y fier pour autant. Elle savait grossir ses flots et se montrer fougueuse dès qu’il pleuvait dru. Elle s’emballait et se faisait tumultueuse surtout quand un orage arrivé par l’ouest se fracassait sur les hauteurs, vers Champignol, et que les nuages venaient se renverser comme des outres éventrées sur les versants. Son flot se faisait plus épais, plus bouillonnant, allant jusqu’à vous inonder la route et les maisons du bas.

La femme en avait vu défiler, des orages ! La chapelle aussi. Elles se connaissaient bien, ces deux-là, pour s’être côtoyées déjà depuis tant de saisons. La chapelle avait hérité d’une cloche particulière, au timbre mélodieux, et dont l’aspect donnait un bronze fortement enrichi d’argent. La cloche n’oubliait jamais de sonner aux heures d’office et de rythmer la journée avec discrétion. Mais elle avait encore bien d’autres occasions importantes de chanter. Par les jours d’orage, les villageois tendaient le dos. Sur les versants, les vignes nombreuses doraient au soleil. Les vignerons craignaient par-dessus tout les averses de grêle meurtrières qui pouvaient en quelques minutes et avec une violence inouïe, hacher menu le vignoble et jeter à terre les grappes lourdes et bouclées.

Heureusement, ils pouvaient compter sur l’aide de la cloche de la chapelle. Dès qu’elle se mettait à sonner, son chant mélodieux s’élevait dans l’air et courait affronter l’orage qui menaçait. Il arrivait droit sur lui et, comme un couteau effilé et tranchant, le coupait en deux et le mettait en fuite. Les nuages gorgés d’eau s’éloignaient et la vallée, le village et ses vignes étaient épargnés !

Mais si belle et si mélodieuse que fût la cloche, elle ne savait pas se mettre à battre seule ! Il fallait bien que quelqu’un vienne tirer la corde pour avertir les villageois et mettre en fuite l’orage qui menaçait.

C’était pour cela que la femme était là, toute proche. C’était pour cela qu’elle regardait souvent le ciel et la crête de la colline. Pour cela aussi que sa vie se trouvait étroitement liée à celles de la chapelle et de la pensionnaire du clocher.

Château de Bligny où se déroulent aujourd’hui des manifestations littéraires

Étang de Bligny

Cygnes sur l’étang de Bligny

Paysage

Cette croix qui appartenait au château de Bligny se trouvait à l’entrée du village, en bordure de la route de Vendeuvre sur Barse. Dans les années 1920, le baron de Cachard la fit déplacer pour la remonter au milieu des vignes, au lieu- dit Le chemin blanc.

Une cérémonie religieuse eut lieu à cette occasion.

Sainte Eulalie

(page →)

Fouilles archéologiques (page →)

Voûte en berceau sous la chapelle Sainte Eulalie (page →)

Bligny

La maison de Pâquerette

Jardin de simples derrière la maison de Pâquerette

Pâquerette et son chien Lago

PÂQUERETTE

Cette maison au passé si prestigieux

est devenue au fil des années,

« Chez Pâquerette ».

Dans un village, au pays du « Bois Maugrénon », à travers des collines vallonnées, vivait une jeune femme qui adorait les travaux d’aiguille. Pâquerette, c’était son prénom, habitait une grande maison très ancienne qui à une autre époque était un couvent. La communauté des sœurs de la Providence y avait été installée en 1850 – pour l’éducation des enfants et le soulagement des malades – par Madame la Marquise de Dampierre, née de Sainte-Maure, et Monsieur le Marquis de Dampierre, Conseiller général de L’Aube, ancien Pair de France, Officier de la Légion d’honneur et Chevalier de Saint-Louis et de Malte.

Une école de filles avait vu le jour, les soins aux malades s’étaient organisés, une pharmacie avait été ouverte. Les sœurs allaient cueillir les simples dans les champs ; des plantes qu’elles utilisaient pour soulager, comme le thym, le serpolet, les feuilles de ronces, la camomille, mais aussi les queues de cerises, le tilleul… Elles faisaient sécher leurs récoltes puis les enfermaient dans de grands bocaux installés sur des étagères au fond de la grande salle près de la cheminée.

Quand une épidémie de typhus avait frappé la région, deux cents malades avaient été recensés et une quinzaine de personnes étaient décédées. Les médecins avaient reconnu ne pas avoir de méthode de traitement au point. Ils recommandaient une meilleure alimentation et l’isolement du malade. Ce ne fut qu’en 1909 que le docteur Charles Nicolle reconnut le pou du corps pour vecteur de la maladie.

Après le départ des sœurs de la Providence vers 1913, Monsieur de La Rochefoucauld, propriétaire des lieux hérités de Monsieur le Marquis de Dampierre, choisit une habitante du village, Anne-Marie, familièrement appelée « Pâquerette », pour poursuivre son œuvre.

Accompagné de sa fille, il lui rendait visite régulièrement, alors il lui proposa de venir chez lui à Estissac prendre divers cours. Savoir lire, écrire avec une belle écriture, une grammaire rigoureuse, une diction parfaite. Et sa fille lui enseignerait la couture et la broderie.

Il fallait le savoir : on ne respecte sa classe, ses maîtres et ses camarades qu’avec une tenue correcte. On ne doit pas y bavarder, y faire du bruit, y courir, même lorsqu’il n’y a personne.

En fin de journée, Mademoiselle l’emmena en promenade aux alentours du parc et lui renouvela l’importance du besoin d’un stage scolaire qu’elle devrait effectuer prochainement avec le maître de Bligny. Ensuite, retour à Estissac où elle terminerait ses études en 1916.

Sur la proposition du Maire qui appuya les avantages de l’enseignement de la couture pour les fillettes de l’école de Bligny, elle accepta en 1934 de devenir « maîtresse de couture ».

C’était une grande maison entourée d’un haut mur, et d’une porte-cochère à l’entrée. Il y avait une cour de récréation pour les enfants, et des dépendances où étaient rangés des outils pour travailler la terre, et une forge pour les réparations et les fabrications. Ses voisins, sa famille étaient fermiers.

Plus loin, pour les enfants, une balançoire était suspendue à une poutre. Appuyée contre un mur, une pile de bois prêt à servir pour le feu cet hiver. Des grands arbres donnaient de l’ombrage pendant les grands jours d’été.

Une salle faisait office de classe d’école, avec des tables pour quatre enfants alignées par rangées, une haute cheminée avec le foyer au sol et un manteau fait d’une bordure en pierre pour poser des bibelots. À hauteur des yeux était appliquée contre le mur une citation de François de La Rochefoucauld qui attirait le regard :

« Quand on ne trouve pas son repos en soi-même, Il est inutile de le chercher ailleurs? »

Pâquerette était très connue dans la région. Du bord de la route, il était très facile de l’observer, assise près de la fenêtre, la tête penchée sur son ouvrage. Facile de deviner ce qu’elle faisait avec, dans ses mains, du tissu et le va-et-vient d’une aiguille au bout des doigts !

Suite à une demande qu’elle formula, les jeunes filles attirées par ce travail arrivèrent avec leur carré de tissu.

Pâquerette était à l’aise. Qu’allait-elle leur apprendre cet après-midi ? Le b.a.-ba de la couture, c’était sûr : comment tenir son tissu, enfiler l’aiguille, faire des petits points pour l’ourlet, réussir les coins, sans oublier l’utilisation du dé ? Plus difficiles étaient les points de bouclette, d’araignée, le passé plat, l’empiétant, le point de nœud, et celui d’Orient qui demande une certaine dextérité.

Chaque jeune fille avait son propre tambour à broderie et bien sûr son dé. Émeline avait reçu de la part de sa grand-mère une collection d’une dizaine de dés fabriqués dans des matières différentes. Très communicative et partageuse, bientôt sa collection trôna dans la salle de cours sur le rebord de la cheminée. Pour le plaisir des yeux, elle invita ses copines Catherine, Jacqueline, Claudette, Liliane, et la petite Toinette qui n’était pas assez grande et devait se hisser sur la pointe des pieds.

Pour remercier sa grand-mère de son cadeau, Émeline décida de lui broder un abécédaire en patois. Là, Pâquerette intervint, déclarant que pour un abécédaire, c’était le point de croix qui s’impose.

C’était parti pour l’apprentissage du point de croix !

L’après-midi s’achevant, tout fut rangé. Assises sur un banc pendant plusieurs heures, les jeunes filles appréciaient la station debout. Elles attendaient. Elles écoutaient. Pâquerette expliquait l’emploi du temps pour le lendemain :

– Vous demanderez à vos mères et grand-mères du tissu en coton, des morceaux de différentes couleurs si possible. Tout ce qu’elles trouveront. Comme d’habitude, vous arriverez ici à quatorze heures. La surprise c’est pour demain.

Dehors, dans la cour, les jeunes filles se détendaient, parlaient, riaient. Elles avaient oublié le chien, Lago, un Berger blanc à grands poils, surpris par ce bruit inhabituel, sortit de sa niche pour les regarder partir. Tout était en ordre ; il s’en retourna couché.

Des doudous pour Noël

Les demoiselles s’installaient dans la salle de travail, les tissus posés sur la grande table, elles regardaient Pâquerette, attendant la surprise. Celle-ci enfin parla :

– J’ai reçu un courrier qui me demandait si nous étions partantes pour fabriquer, à l’occasion des fêtes de Noël, des doudous et des peluches pour les enfants malades de l’hôpital. Bien sûr, j’ai donné mon accord.

Catherine, la plus hardie, s’enquit :

– Et nos tissus, que deviennent-ils ?

– Après les doudous, un autre projet se profile. Pour l’instant, découpez environ une centaine de carrés de 11,5 cm de côté. Choisissez les couleurs. Soyez minutieuses. Quand vous aurez terminé, vous ferez des paquets de couleurs identiques que vous rangerez les uns auprès des autres dans cette boîte à côté de vous. Pour être sûres de vous, servez-vous de la règle et d’un crayon pour réaliser des formes géométriques impeccables.

Pendant un petit temps, Pâquerette observa le découpage de ces demoiselles sans réflexion. Puis, tranquillement, elle reprit sa broderie, à sa place dans son fauteuil devant la fenêtre.

Aujourd’hui, elle avait appliqué sur son front une serviette humide ; elle avait mal la tête. Les filles l’avaient remarqué et parlaient à voix basse. Alors, chut ! Jusqu’à ce soir.

Dans cette grande salle très éclairée par de grandes fenêtres, on n’entendait plus que le frottement des lames de ciseaux sur le tissu.

Elles étaient parties… Pâquerette avait quitté son ouvrage ; elle avait avalé une petite soupe et enfin s’était couchée. La journée avait été difficile. Lago l’avait senti : sa maîtresse souffrait. Il était arrivé, l’avait cajolé. Cette nuit, il dormit près d’elle sur la descente de lit.

La nuit porte conseil.

Elle avait trouvé ! Sur un tissu doux, épais, Pâquerette avait dessiné et découpé un doudou avec des bras et des jambes. Elle avait cousu, à points arrières, endroit contre endroit, laissant un espace pour le bourrage. Pour le visage, de la broderie afin de marquer les yeux et la bouche. Un nœud autour du cou. À chacune sa couleur.

Le modèle était présentable.

À peine arrivées, les demoiselles remarquèrent le doudou de Pâquerette sur la table. Elles furent unanimes :

– Très beau ! Il va plaire aux enfants.

Pâquerette n’en doutait pas un instant. Elle était satisfaite. Ils seraient terminés pour Noël.

Ce matin, elle avait du courrier.

Assise dans son fauteuil, elle tournait et retournait cette enveloppe. Elle finit par l’ouvrir. Elle connaissait cette écriture. C’était Blanche, son amie de longue date. Que pouvait-elle bien lui raconter ? D’un regard, elle comprit.

« Juste quelques lignes pour t’apprendre une catastrophe qui vient de se passer pas très loin de chez moi. Écoute les infos à la radio. Il y a des morts et des blessés. Une explosion, un incendie. C’est terrible. »

Pâquerette ne sait rien. D’abord, la radio elle ne l’écoute que très peu. Ce midi, elle la brancherait sur RTL à l’heure des informations. Son amie s’en doutait, c’était le motif de son courrier.

Toujours exactes, les demoiselles étaient là. Les doudous sur la table attendaient ; une trentaine à faire. Pour le nœud autour du cou elles choisiraient chacune leur couleur. Elles allaient le coudre pour éviter la dangerosité.

Ce travail les passionnait. Elles parlaient de tout et de rien, des évènements d’ici ou d’ailleurs, quand Émeline, la plus proche de l’actualité (elle voulait être journaliste plus tard), parla d’une explosion. Pâquerette se leva de son fauteuil, s’approcha de cette grande brune aux yeux verts et lui demanda :

– De quelle explosion parles-tu ?

– C’est sur le journal. Il y a beaucoup de dégâts, des carreaux cassés dans les maisons d’habitation, dans les rues… C’est épouvantable. Un ciel embrasé, un gros nuage qui s’est élevé sur la ville. C’est arrivé sans prévenir, comme un avion qui passe le mur du son.

Leur réaction fut unanime :

– Les pauvres gens ! Nous sommes plus tranquilles ici ,dans notre campagne, loin d’un pays industrialisé.

Pâquerette avait reçu une publicité.

« En Normandie, France Patchwork organise une journée d’amitié sur le thème quilt1pour bébé, afin de réaliser des petits patchworks pour les grands prématurés hospitalisés.

Un dimanche du mois de novembre sera réservé. Inscrivez-vous. »

C’était prévu, elles iraient là-bas.

La perspective de cette nouvelle sortie stimula ces jeunes filles. Elles comptèrent les doudous finis et ceux qui étaient à terminer. Encore la moitié…

Émeline observait ce travail, son regard allait de droite à gauche. Elle remua la tête et déclara :

– Va falloir se presser !

Pâquerette se proposa d’enfiler la bourre à l’intérieur du futur doudou et de coudre la fermeture. La finition prenait toujours beaucoup de temps, mais au fil des jours, les doudous s’entassaient sur la table. Un thé fut prévu pour clôturer ce travail.

Direction la Normandie ! Plus précisément, Lisieux. Un bus avec un guide nous attendait. Il se dirigea vers un grand établissement. Arrêt sur le parking. Tout le monde descendit. Les portes étaient ouvertes. Nous entrâmes. Surprise ! Quelle foule ! une centaine de personnes avaient déjà pris place devant les tables. Pâquerette se dirigea vers un présentoir où étaient déposés des modèles de patchwork ; à choisir, celui qui vous semblait le plus facile et vous plaisait le plus. Elle appela ses demoiselles :

– Venez voir tous les modèles proposés !

Elles arrivèrent. Émeline regarda les motifs, lut les explications. Son choix s’arrêta sur les trapèzes en deux couleurs.

Claudette et Catherine choisirent les carrés blancs et colorés. Un quilt pour bébé était proposé pour la journée de l’amitié.

Quant à Jacqueline, son choix se porta sur celui qui se faisait uniquement à la machine.

La présidente de l’association prit la parole. Le silence se fit. Elle remercia toutes les personnes présentes, celles qui étaient à l’atelier ou seule.

« Beaucoup étaient arrivées avec les couvertures qui leur étaient confiées et qui viennent gonfler notre stock. Nous pouvons donc faire une grosse livraison de 90 petits quilts de dimension 70x70 au CHU de Caen.

Pourquoi autant de couleurs dans les patchworks ? Les couleurs vives très contrastées favorisent la stimulation mentale et physique des bébés. Le patchwork posé sur l’incubateur protège le bébé de la lumière ambiante permanente. Les couleurs gaies apportent optimisme et réconfort aux parents.

Le patchwork réchauffe le bébé lors du peau à peau avec sa maman. Propriété de l’enfant, il devient un lien fort entre l’hôpital et la maison.

Encore un petit mot pour les nouvelles quilteuses venues ce jour : l’idée du Bébé quilt vient de francophiles finlandaises, suédoises et allemandes qui se sont côtoyées au cours d’échanges de textiles. D’où cette journée de l’amitié, ici, dans notre région. »

Le groupe de Pâquerette trouva une table. De chaque côté, des quilteuses en plein travail. Devant elles, de hautes bobines de fil, des trousses à couture, des ciseaux, des règles, etc., partout.

Le groupe de Pâquerette ouvrit ses paquets. Jacqueline avec son Patch exécuté uniquement à la machine se fit chahuter par ses copines. Elle se défendit :

– C’est juste pour savoir ! Je lis les explications ; s’il me semble facile, alors je le travaille à la traditionnelle. Vous avez l’air sceptiques ! Ce n’est pas la peine de rigoler ! Regardez là-bas, je vois des machines à coudre qui ne sont pas occupées, je vais m’y installer. À ce soir, les copines !

Elle partit s’installer. La machine était sous tension, pas de problème. Elle lut :

Tailler deux carrés de 14,2cm de côté dans un imprimé ou un uni vif et deux carrés dans un blanc.

Tailler deux carrés de 9 cm de côté dans le même imprimé ou uni vif et deux carrés dans le même blanc.

Poser endroit contre endroit les deux carrés de 14 cm. Coudre tout autour à 0,7cm c’est-à-dire à la largeur d’un pied de biche.

Couper dans les deux diagonales.

Vous obtenez ainsi quatre carrés avec des triangles.

Assemblez deux carrés ainsi obtenus avec deux carrés imprimés de 9 cm de côté (ce sera le bloc positif).

Assemblez deux autres carrés aux triangles restants avec les deux carrés blancs de 9 cm de côté (ce sera donc le bloc négatif).

Jacqueline comprit alors pourquoi cela se faisait uniquement à la machine. Facile, le tissu était posé endroit contre endroit sans être ouatiné. La machine pouvait le coudre, il n’était pas trop épais. Avec un tissu supplémentaire à l’intérieur, il fallait le coudre à la main. Qu’allait-elle décider. ?

Pâquerette avait choisi un patchwork étoilé, en duo positif/négatif.

Elle devait réaliser des blocs qui seraient mis en commun lors de la prochaine journée de l’amitié. Couleurs vives (pas sombres), blocs de 15 cm (hors), donc carrés de 5 cm de côté hors couture, 0,75 cm de couture impérativement, travail soigné, s’il vous plaît !

Règle importante. Afin de ne pas avoir « de trou » aux jonctions des carrés, ne pas oublier de faire un tour et demi à votre point de couture. Terminé, le Top mesure 70 cm de côté.

Au cours de la soirée, une rencontre avec les parents d’enfants prématurés était prévue.

Pâquerette ne pouvait pas passer à Lisieux sans s’y arrêter. Second lieu de pèlerinage après Lourdes, la basilique Sainte Thérèse est dédiée à Thérèse Martin, née à Lisieux.

Pâquerette invita ses demoiselles à la suivre. Elles remontèrent l’avenue bordée d’arbres taillés. Au loin, on pouvait apercevoir le dôme de la basilique. Plus elles approchaient de l’édifice, plus la surprise les suffoquait. Cette basilique si blanche, si haute était grandiose !

Elles montèrent les escaliers. Les portes étaient ouvertes, elles entrèrent. L’intérieur de la basilique était une immense mise en images. Elles n’avaient plus de mots… Plus elles avançaient dans le chœur, plus elles ressentaient…

Une ambiance flottante,

Un sourire hallucinant,

Bouleversant.

D’un chemin de bienveillance,

Toutes, main dans la main.

Extraordinaire, merveilleux.

Prendre le temps.

Elles ne pouvaient pas quitter cet endroit sans descendre à la crypte entièrement recouverte de marbre blanc et de mosaïque ; quatre autels, les étapes du chemin de croix, les piliers avec la voûte semée d’étoiles dorées. Le calme… Un lieu de prière. Un groupe de pèlerins orthodoxe tout en habit noir récitait des litanies devant un petit autel.

Pâquerette se souvint qu’une communauté religieuse avait vécu dans son actuelle maison qui, à l’époque, était un couvent. Il abritait les Sœurs de la Providence, une congrégation de religieuses catholiques fondée en 1843 à Montréal par Émilie Tavernier-Gamelin. Cette congrégation, c’est implanté dans de nombreux endroits et notamment à Lisieux, ville dans laquelle elle marchait aujourd’hui. Elle se souvint que le curé de sa paroisse lui avait appris récemment que des sœurs de cette communauté étaient établies à Sokone, au Sénégal. Elles avaient fêté cette année leurs cinquante ans de présence au Sénégal.

Le groupe revint sur le parvis, un espace magnifiquement entretenu. La ville sous les pas, la rue, les voitures qui roulaient…

Pâquerette demanda à ses filles :

– Êtes-vous intéressées par la maison natale de Thérèse, avec son rosier ?

– Pourquoi pas… C’est loin ?

– Non, c’est tout à côté. Regardez cette haie de buis de l’autre côté de la rue. Derrière, c’est sa maison natale. Venez, nous pouvons rentrer, le rosier de son enfance a plus de 130 ans, il pousse contre le mur.

– Tant que cela ! s’exclamèrent les filles. Comment cela peut-il se faire ?

– Un horticulteur spécialiste des rosiers anciens a la délicate intention d’en réaliser des greffes. Les greffes poussées sont vendues aux personnes qui en ont retenu.

Jacqueline interrogea :

– Alors aujourd’hui, si je veux acheter un rosier, je dois m’inscrire puis attendre que la greffe soit en état d’être vendue, d’ici quelques années ?

– C’est cela, tu as tout compris.

– Je me passerai du rosier ! Il est quand même beau…

Une pensée pour les victimes de l’explosion. Un peu plus de détails.

Nouveau courrier de Blanche. Pâquerette commença à lire.

« Maintenant je peux t’expliquer ce que j’ai vu et entendu. L’usine à gaz AZF vient d’exploser à Toulouse. Des morts, je ne connais pas le nombre, des milliers de blessés et une trentaine dans un état grave. Le Plan blanc est déclenché. Depuis cinq jours le CHU est en alerte, des centaines de personnes sont sans abris. Les personnes travaillant sur le site sont persuadées que l’explosion a eu lieu à l’hôpital tant les secousses étaient brutales. Ils avaient peur que les bâtiments s’écroulent… les malades sont évacués. L’urgence, la cellule de crise et le corps médical se sont mis en place.

Bien que sinistré, l’hôpital accueille plus de 400 personnes aux urgences. Plus de 50 membres du personnel sont touchés par le souffle brûlant et les débris projetés. Les hospitaliers ont su faire face malgré la soudaineté de cet évènement.

Beaucoup de dégâts dans une école ; l’établissement est fermé jusqu’à nouvel ordre.

Les secouristes ne comptent plus leurs heures. Devant l’hôpital Purpan, certains blessés sont soignés sur les pelouses. Des blessés en sang courent dans tous les sens, affolés. Les catastrophes que l’on voit à la télé ne sont plus seulement de l’information ; nous sommes en plein dedans.

J’aurais encore bien d’autres choses à te dire, mais tout se bouscule dans ma tête. Je t’écrirai un autre jour.

J’espère que ta migraine est passée.

Blanche

1 Courtepointe

LES CATHERINETTES FONT LA FÊTE

L’après-midi se terminait, la nuit tombait, les demoiselles étaient parties discrètement. Les lampes de rue étaient allumées. Pâquerette se dirigea vers la cuisine. Son neveu lui avait apporté du bois et alimentait le feu dans la cuisinière. Celle-ci dégageait une forte chaleur, la plaque en fonte était à point pour faire sauter les crêpes. Dans le grand saladier, la pâte était prête. Il n’y avait plus qu’à… attendre les Catherinettes.

Pâquerette ouvrit grande sa fenêtre et tendit l’oreille. Elle perçut quelque chose par-dessus le mur, le bruit se précisa : des voix, des rires. Elle sut…

Toutes les filles du village s’étaient regroupées. Elles poussèrent la porte-cochère sans ménagement et entrèrent dans la cour en criant : « Bonne fête pour toutes les demoiselles, aujourd’hui ! »

Pâquerette connaissait la tradition. Ses filles revenaient avec leurs copines, en habit de fête, un chapeau de catherinette sur la tête. Elle demanda :

– Alors je suis censée faire quoi ?