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"Un à un, ils s'apprêtent à pénétrer dans la grande bâtisse de l'auteur. Celle-ci, qui n'a décidément pas le sens commun, a trouvé que c'était là manière réjouissante de commencer son recueil d'indignités. Les réunir en un même endroit, tous ces personnages qui vont se succéder au fil des pages. L'idée lui est venue en passant l'aspirateur." Recueil de 18 nouvelles reliées par un fil moutarde, Les indignes entraîne le lecteur dans un jeu de dupes infernal. Meurtre, autophagie, folie, schizophrénie, érotomanie : Loli Artésia se plaît à côtoyer les marges les plus obscures de l'être humain et à dessiner des personnages à l'absurde logique.
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Seitenzahl: 152
Veröffentlichungsjahr: 2023
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LOLI ARTÉSIA
LES INDIGNES
nouvelles noires
ISBN : 978-2-494648-07-4
© Mnemosia éditions, 33840 Captieux
1re édition 2018
2022 pour la 3e édition
Couverture réalisée avec Canva.
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À mon museau.
Le colonel Moutarde
Un à un, ils s’apprêtent à pénétrer dans la grande bâtisse de l’auteur. Celle-ci, qui n’a décidément pas le sens commun, a trouvé que c’était là manière réjouissante de commencer son recueil d’indignités. Les réunir en un même endroit, tous ces personnages qui vont se succéder au fil des pages. L’idée lui est venue en passant l’aspirateur. Les idées viennent souvent dans les moments les plus incongrus.
Mais comment les faire se rencontrer? songe-t-elle en aspirant une énième toile d’araignée. Pas dans sa maison, impossible puisqu’ils n’existent pas vraiment, contrairement à elle. Il lui faudra donc créer un lieu donné.
Elle songe à un grand manoir sombre et menaçant, mais c’est du déjà lu. Un jardin à l’anglaise? Bof, elle peut trouver mieux. Un supermarché? Pourquoi pas…
Une autre planète? Elle n’est pas très portée sur la science-fiction.
Une salle de concert? D’autres indignes sont passés par là, et ce n’était pas pour des questions de littérature.
Une station de métro?
Une gare?
Un bar-tabac?
Un salon littéraire?
Un cirque?
Une patinoire?
Elle opte finalement pour une bibliothèque, grande et tapissée d’étagères en bois sombre, de livres aux dos enluminés, un chandelier pour tout éclairage, un nuage de poussière asphyxiant, évaporation d’ouvrages anciens tombant en morceaux, qui s’accrochent sur les corniches du plafond.
Pas que ce soit très original, mais elle aime bien.
La voilà projetée dans l’atmosphère calfeutrée de sa bibliothèque fictive. Installée dans un fauteuil matelassé de velours, elle saisit sa plume, la trempe dans l’encre.
De l’autre côté de la porte, les personnages s’impatientent. Certains commencent à trépigner, à souffler, d’autres regardent leur montre, d’autres encore dévisagent leurs curieux voisins. Il y a là, mais tous ne sont pas encore arrivés, un jeune étudiant, une assistante administrative, un avocat, un fou, une fille cachée sous d’immenses lunettes de soleil, un écrivain public, une mère qui berce un landau aux rideaux tirés, un agent immobilier, une jeune femme aux lèvres gercées.
Chacun se demande ce qu’il peut avoir en commun avec les autres. Chacun tente d’imaginer ce que lui réserve l’auteur.
Dans sa bibliothèque, celle-ci esquisse de sa plume un geste impérieux dans le vide et, avec des allures orgueilleuses de chef d’orchestre, s’exclame :
«En piste!»
Un à un, entrent les personnages.
L’imprudence
«À l’avenir
Laisse venir
Laisse le vent du soir décider»
Alain Bashung, Tel
Il avait froid. Ce fut ce qui le tira de son sommeil. Il ouvrit les yeux et s’aperçut qu’il était pelotonné sur le siège arrière de sa voiture. Il regarda le cadran de son GPS : 6 h 22. Dehors, le ciel commençait à blanchir, mais la nuit persistait, glaçante, redoutable. Un second coup d’œil sur le tableau de bord lui apprit qu’il faisait 3 °C et que son chauffage était coupé. Il descendit avec difficulté de la voiture, la portière aussi lourde que sa tête. Où diable était-il? Il ne se posa pas la question longtemps, il reconnaissait cette place entre mille : c’était là qu’enfant il avait joué des dizaines de fois, sur la terre poussiéreuse du parking qui, par temps de pluie, se transformait en boue blanchâtre. Il était à Paillet, où il avait fait toute son école primaire. Et, en ce matin détestable de novembre où la pluie, le brouillard et le froid s’étaient entendus pour le harceler, il était planté là, au milieu d’un village qu’il n’avait pas vu depuis des années, planté là au milieu de ses vieux souvenirs et cherchant en vain à se rappeler la nuit passée. Mais qu’est-ce qu’il foutait dans ce trou perdu?!
Son crâne implosait, il grelottait dans son blouson. Il était con, tout de même. Partir à une soirée sans même prévoir une écharpe, en plein mois de novembre… Comment la soirée avait-elle pu dérailler à ce point? Il avait trop bu pour prendre le volant, et n’avait d’ailleurs pas eu l’intention de le prendre ce soir-là. Ses parents habitaient à la campagne, à plus d’une heure de Bordeaux et Louis, qui vivait chez eux le temps de ses études, faisait d’ordinaire très attention à sa consommation. Deux verres, pas plus. C’eût été trop bête de perdre son permis pour un verre de trop. Cette nuit-là, exceptionnellement, il devait dormir chez un ami de la famille, à trois arrêts de tramway du centre-ville. À la Bastide, un quartier mal famé que Louis n’aimait pas, mais alors vraiment pas. Il y avait laissé sa voiture plus tôt, dans un parking étroit, mais gratuit où il avait miraculeusement trouvé une place. Il avait rejoint le bar où l’attendaient ses amis étudiants. Pour une fois, il pouvait se laisser aller à picoler plus que de raison. Il s’était fixé malgré tout un maximum de quatre verres, histoire d’être capable d’y voir à peu près clair au retour.
Louis fit le tour de la voiture. Une trace à l’arrière attira son attention. Une trace blanche et un catadioptre cassé. Il se souvint brusquement. Il était rentré à la Bastide dans un état d’ébriété très avancé. Les quatre verres avaient cédé la place aux suivants. Il n’avait pas compté. Tant et si bien que, planté devant la rangée d’immeubles, il ne se souvenait plus du numéro où vivait l’ami qui l’hébergeait. 135? 137? 139 peut-être? Il avait parcouru toute l’avenue, avait regardé chaque boîte aux lettres, cherchant le bon nom de famille, avait appelé plusieurs fois, répondeur… Il en avait eu marre de ce quartier pourri et de cette nuit détestable. Il était trois heures du matin, il était lessivé. L’alcool agissait sur lui, inhibant toute notion de sécurité.
«Puisque c’est ça, je rentre!»
C’était sur cette décision stupide qu’il s’était réfugié dans sa voiture, avait mis en route le moteur et déverrouillé le frein à main. En reculant, il avait tapé la voiture derrière lui, ce qui expliquait à présent la trace blanche à l’arrière et le catadioptre en morceaux.
«Merde!» s’exclama Louis dans le silence de Paillet. Il fixait d’un air ahuri sa voiture. Il se souvenait un peu de la suite : il était parti sans laisser sa carte de visite et avait brûlé un feu rouge. Il avait roulé vite malgré l’épaisse brume engendrée par la Garonne.
En faisant le tour, il comprit ce qui l’avait arrêté : son pneu avant droit était crevé. Pire que ça, il avait éclaté. Littéralement explosé. On aurait dit une pâquerette. Il avait dû taper quelque chose, un trottoir vraisemblablement. Louis se rappela une grosse secousse à un moment donné. Il avait visiblement roulé un moment après l’impact, vu l’état de sa jante. Elle était complètement déformée.
«Manquait plus que ça», marmonna-t-il.
Il saisit son portable dans la poche de son jean et pianota le numéro du paternel. Il se sentait un peu soulagé malgré tout : il comprenait enfin le pourquoi du comment. Heureusement, rien de grave n’était arrivé. Vu son alcoolémie, il aurait pu avoir un accident bien plus grave. Ou être arrêté par les flics. Il s’éloigna de quelques pas de la voiture.
«Allô?»
Il reconnut la voix ensommeillée de son père. Il s’apprêtait à répondre quand son regard s’arrêta sur l’avant de la voiture. Le lampadaire de la place éclairait un pare-chocs enfoncé, maculé de rouge. Rouge sang.
Louis eut soudain très froid. Dans le combiné, la voix de son père crachait des «allô» furibonds.
«Oui, Papa, c’est moi. J’ai éclaté un pneu. Tu peux venir me chercher?»
Il entendit pester à l’autre bout du fil. Il s’en foutait. Il se contenta de lui indiquer l’endroit où il se trouvait et le père grommela qu’il arrivait, mais merde quoi, tu fais chier Louis.
Une heure. Il disposait d’une heure avant que son père ne rapplique. Une heure et du sang sur le pare-chocs. Il fallait qu’il comprenne. Surtout, il fallait qu’il nettoie les traces rouges. Il attrapa un chiffon qu’il imbiba généreusement d’eau. Tout en frottant le pare-chocs, il se félicita d’avoir écouté sa mère, qui lui avait recommandé d’avoir toujours une bouteille d’eau dans sa voiture. Il ne sentait plus le froid de la nuit sur ses épaules et, pourtant, il continuait à frissonner.
Un impact. Avec qui? Avec quoi? À quel moment, à quel endroit précisément? Louis refaisait dans son esprit le trajet, mais celui-ci comportait des blancs. Comme si, à un instant donné, sa conscience s’était suspendue, une sorte de sommeil opaque pendant lequel il avait pourtant roulé… Jusqu’à l’impact.
Le sang partait par endroits, s’accrochait à d’autres. Louis contemplait la voiture. Son père arriverait bientôt. Il fallait trouver une stratégie.
Quand le père arrêta sa Renault 21 sur la terre épaisse et blanche de la place, Louis s’y engouffra sans un mot. Le père descendit, fit le tour de la voiture accidentée, remonta dans la Renault en crachant un juron.
«Nom de Dieu, mais qu’est-ce qu’il s’est passé avec ton pare-chocs?!
— Chevreuil.»
Le père se gratta le menton qu’un commencement de barbe approximatif recouvrait.
«Ah! Saloperie, ça, le chevreuil.
— J’ai pas eu le temps de l’éviter. J’ai donné un coup de volant et j’ai tapé le trottoir. Pneu éclaté. Me suis arrêté à Paillet et j’ai attendu le matin, je voulais pas te réveiller trop tôt.
— T’es bête, fallait. Allez, on rentre. Demain, on changera la roue.»
Louis eut un soupir imperceptible. Il attendit que Paillet soit derrière lui pour fermer les yeux. Le coup du chevreuil avait fonctionné. Saloperie de chevreuil, hein! Le plus drôle, c’est que son mensonge n’en était peut-être pas un…
Une poignée de jours s’écoulèrent. Le pneu fut changé, un ami mécano redressa le pare-chocs. La voiture fut nettoyée et paraissait presque neuve, à l’exception d’une trace à l’avant qui s’y entêtait.
Pour Louis, une bataille contre l’oubli s’était engagée. Un besoin impérieux de dissiper les brumes de son black-out. Il fallait qu’il sache. Google Maps lui permit de décomposer virtuellement son trajet. Des lambeaux de mémoire revenaient. Il finit par en déduire que l’impact avait probablement eu lieu juste avant Lestiac. Il éplucha les faits divers des journaux. Y avait-il eu un accident signalé, un quidam trouvé mort, un chauffard recherché? Des témoins, une enquête préliminaire, une personne portée disparue? Un chevreuil sur le bas-côté, un animal quelconque : sanglier, biche, chat, chien, hérisson? Non, rien. Rien, absolument rien. Le silence absolu.
Ce qui aurait dû le rassurer ne parvint qu’à l’effrayer davantage. La nuit semblait avoir englouti la vérité. Un mirage, peut-être avait-il rêvé. Mais il y avait le sang…
Concret, indéniable, indéfendable.
Il fallait qu’il sache.
Et le seul moyen était de revenir sur les lieux du «crime».
Au bout d’une semaine, il se décida enfin. Il attendit la nuit pour se faufiler hors de chez lui.
Sur la route, la peur montait.
Il traversa Paillet, continua. À la sortie de Lestiac, il gara sa voiture sur le bas-côté et entreprit de poursuivre à pied. Il marcha un temps indéfini dans le noir, son smartphone pour toute lumière. Heureusement, il avait une application de lampe torche.
Rien. Comme il s’y attendait, il n’y avait rien. Pas l’ombre d’un indice. Que pouvait-il espérer trouver une semaine après? Son regard se perdait au-delà du trottoir, dans les hautes herbes qui bordaient la Garonne, quand une forme longue attira son attention. Là, dans les herbes. Une chose étendue, immobile. Il se figea. Dirigea la pâle lueur de son smartphone vers la forme. Le bruit d’un moteur tout près lui fit relever la tête.
Il vit une voiture foncer droit sur lui et n’eut pas même le temps de crier.
«Putain!» beugla le conducteur éméché.
Celui-ci revenait d’une soirée entre amis. Il avait bu plus que de raison, ce n’était pas son genre pourtant. Quand il heurta ce qui lui sembla être un chevreuil, il comprit qu’il n’aurait pas dû prendre le volant.
Dans les herbes hautes, une forme longue. Une chose étendue, immobile. Une trace de sang sur un pare-chocs. Un pneu éclaté. Un père réveillé au petit matin.
Dans les herbes hautes, un chevreuil qui n’avait rien demandé à personne.
Une imprudence. Probablement.
Foutu chevreuil.
Cat
Cat avait choisi la table du milieu, près du comptoir. En cette fin d’après-midi d’avril, il y avait un peu de monde et les autres clients passaient à côté d’elle, la frôlaient, l’effleuraient, et elle appréciait cette promiscuité contrainte, les plis des vêtements des autres qui balayaient quelques secondes son bras puis l’abandonnaient. Elle avait commandé un blanc sec, que le patron lui apporta dans un «voilà» indolent avant d’aller prendre les commandes d’une autre table. Cat dit «merci» et s’absorba dans la contemplation de son verre. La journée avait été longue, plutôt inutile, poussiéreuse et maussade. Elle eut un regard de dépit pour le ciel dégagé et le large soleil qui l’envahissait. C’était franchement terrible, une journée aussi terne par un temps si plaisant, ça ne collait pas. Elle soupira, avala une gorgée de vin.
Elle regardait les autres clients du bar et tentait d’imaginer leur vie, qui devait être autrement plus palpitante que la sienne. Tiens, celui-là, là-bas, qui jouait au baby-foot, il devait en avoir, des choses à raconter. Brun, la trentaine, des yeux délavés, décontracté, sous cet air conventionnel se cachait peut-être un marchand d’armes. Ou un artiste-peintre. Et celle-ci, qui gloussait avec son groupe de copines, elle était au minimum une célèbre anthropologue. Ou une espionne. C’était pas mal, ça, espionne. Bon métier, pas ennuyeux du tout. Rien à voir avec son boulot à elle d’assistante administrative. Bon sang, qu’y avait-il de plus abrutissant que ce job qui consistait en un tête-à-tête régulier avec la photocopieuse? Des heures et des heures consacrées à l’impression de documents dont elle ne regardait même plus la teneur, à la rédaction de courriers, à la réalisation de factures, à répondre au téléphone d’une voix doucereuse. Elle se frotta les yeux, engloutit ce qu’il restait de vin et commanda un second verre.
Elle connaissait bien ce bar, elle s’y rendait tous les soirs au sortir du boulot. De 18 heures à 18 h 45, elle buvait deux verres de blanc sec, pas un de plus, pas un de moins. Elle n’était pas plus que ça attachée à ce bar, il était juste sur son chemin donc elle s’y arrêtait. Elle en avait fait son rituel de fin de journée, il fallait bien en avoir quelques-uns, des rituels, pour donner une substance à la vie. Du lundi au vendredi, à 18 heures, elle poussait la porte vitrée du bar, s’asseyait à la table du milieu et buvait ses deux blancs en observant les existences qui s’agitaient dans le bistrot. Parfois, elle s’installait au comptoir et discutait avec le patron, quand celui-ci était d’humeur bavarde et qu’il n’y avait pas trop de monde. Les conversations étaient aussi tièdes que la piquette qu’il lui servait : quand il faisait chaud, ils s’écriaient de concert «vous avez vu ce temps!», quand il faisait frais «vous avez vu ce temps», quand il faisait orageux «vous avez vu…». Parfois, le patron jactait politique, et Cat se taisait, souriant pour l’approuver, n’écoutant pas vraiment les ruminations d’un homme qui vénérait l’ordre et les valeurs surannées du régime de Vichy. Elle aurait pu lui dire qu’elle n’appréciait pas sa manière de voir le monde, mais pour quoi faire? L’homme n’était pas méchant, ne faisait rien de mal, il parlait et grommelait parce que, comme elle, il s’emmerdait et que, comme elle, sans doute, il aurait préféré être astronaute, pirate ou prostituée plutôt que tenir ce bistrot.
Au moment où le patron lui apportait son second verre dans un second «voilà» léthargique, elle l’aperçut. Il était au comptoir seul, il buvait une pression. Le hasard voulut que leurs regards se croisent et s’accrochent. Elle sourit, il sourit. Elle n’osa pas aller le voir. Elle se contenta de l’observer fixement puis, à 18 heures et 45 minutes, elle se leva, prit son sac, régla ses consommations et partit. Il lui fallait une dizaine de minutes à pied entre le bar et son domicile. D’ordinaire, ce trajet la plongeait dans un ennui profond. Rien ne l’attendait dans son deux-pièces, pas d’homme, pas d’enfant, pas même un poisson rouge. Pas même du désordre, puisqu’il n’y avait personne pour en mettre. Ce n’était pas son appartement, juste un appartement. Cette fois-ci, elle marcha sans hâte, dans une sorte de rêverie heureuse. Elle ne parvenait pas à oublier le visage de l’inconnu et, un instant, elle crut qu’il était derrière elle, sur ses talons. L’enchantement se mut en léger malaise. Elle fit volte-face. Personne.
Lorsqu’elle retourna au bar, le lendemain, elle eut une appréhension en poussant la porte vitrée. Serait-il à nouveau là? Elle en eut la confirmation aussitôt. Oui, il buvait toujours une pression au comptoir. Elle s’installa à sa table, commanda son blanc sec. À nouveau, leurs regards se croisèrent et ne se lâchèrent plus. Le temps s’écoula dans une langueur appréciable, mais, une fois encore, elle n’eut pas le courage de lui parler. Elle quitta le bar à 18 h 45. Sur le chemin, elle eut cette fois la certitude d’être suivie. Elle se retourna et le vit tourner brusquement dans une rue.
Le jour suivant, il était toujours là, mais cette fois-ci, une fille l’avait rejoint. Cat s’installa au comptoir. Leurs regards ne se croisèrent pas et l’inconnu semblait décidé à ne pas la voir. Il riait avec la fille, une jeune brune plutôt jolie, d’un rire que Cat jugea forcé. Elle se pencha vers le patron et lui demanda à voix basse :
«Dis-moi, le grand châtain là-bas avec la fille, tu sais qui c’est ?
— Oh
