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Mariette et Leïla habitent le même appartement de la rue de Ségur, pourtant elles ne se connaissent pas. Elles partagent un espace-temps inaltérable qui ne les réunit pas. Ce qu'elles sont l'une pour l'autre ? Un reflet. Leïla est l'image flamboyante et tressautante de Mariette ; Mariette est la mélancolie de Leïla. Un huis-clos en miroir, dans lequel Mariette redoute de voir Leïla, et Leïla craint le fantôme de Mariette. Et un chat à la fenêtre, qui les regarde se débattre contre elles-mêmes.
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Seitenzahl: 150
Veröffentlichungsjahr: 2023
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LOLI ARTÉSIA
UN CHAT À LA FENÊTRE
roman
ISBN : 978-2-494648-03-6
© Mnemosia éditions, 33840 Captieux
1re édition 2017
2022 pour la 4e édition
Couverture © Loli Artésia, 2017
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
À Michka.
Et à l’enfant qui depuis soixante ans
tient Michka dans ses bras.
Ma seule constante.
Pour toujours et à jamais.
Prologue
Chanson du Chat à la fenêtre
Sous les rideaux blancs mouvants, la vois-tu cachée là?
Petite tête en triangle à l’air mutin
Sautille et ronronne, passe-passe
D’une femme qui déteint
Miroir multifaces
Huis clos d’un
Chat
Huis clos d’un
Miroir multifaces
D’une femme qui, des tains,
Sautille et ronronne, passe, passe
Petite tête en triangle à l’air mutin
Sous les rideaux blancs mouvants, la vois-tu cachée là?
Chapitre 0
13, rue de Ségur
À l’été 2013, s’étire au soleil Bazas, petite ville médiévale du sud-ouest de la France, ancienne cité épiscopale érigée sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Elle abrite en son sein depuis le XIIIe siècle la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, monument de l’art gothique, bien qu’elle n’ait guère la froideur de sa consœur strasbourgeoise. Il y a en effet dans sa façade une douceur et une luminosité qui n’appartiennent qu’au sud. Aujourd’hui, elle n’est qu’un monument historique que les touristes viennent photographier et devant lequel les autochtones habitués à sa présence passent sans jeter un regard. Cette grande dame en ferait presque oublier les immeubles voisins. Pourtant, elle n’est pas le décor principal de ce huis clos. Pour le découvrir, il faut prendre une petite rue pavée derrière la cathédrale et la suivre jusqu’à un ancien hôtel particulier du XVIIIe siècle, au croisement de la rue des Tanneurs et de la rue de Ségur. C’est ici que tout commence, derrière les fenêtres closes et les rideaux mouvants.
Au 13, rue de Ségur, appartement 1, rien ne bouge. On croirait une image figée sur une toile. Quelques rayons épars, passant par la plus haute vitre des fenêtres, déposent leurs ombres blanches sur la table en poirier. Le salon, qui fait aussi office de salle à manger, est très lumineux : il est rare qu’il faille allumer le plafonnier en journée; les deux immenses fenêtres disposées bien au sud se chargent d’inonder la pièce de soleil. C’est un salon coquet et spacieux dans lequel se promène, avec la nonchalance élégante de son espèce, le chat de la maison. À petits pas, il se dirige vers le canapé beige; celui-ci a largement fait son temps, alors quelques coups de griffes de plus ou de moins… Il hésite avec les fauteuils noirs, mais comme il y en a deux et qu’il faudrait en choisir un, il se décide pour le canapé. S’étire, sort ses griffes recourbées et les plante dans le cuir jauni.
Autour de lui, c’est du bois un peu partout qui habille généreusement les murs d’un blanc grisâtre et un carrelage de la même teinte : acajou, pour la généreuse bibliothèque, arbre à livres du chat; charme, pour la table qui soutient l’écran plat de la télévision; chêne, pour le petit guéridon près de la chambre; merisier enfin, pour la grande armoire qui fait face aux fenêtres. Pour le bonheur du chat, quelques tapis poussiéreux, des coussins, des bibelots dispersés, encore des coussins, un peu de désordre organisé et des balles à plumes que le chat poursuit dans toute la pièce.
Le chat délaisse le canapé et se rend dans la cuisine. Celle-ci est sommaire : plan de travail en aggloméré mélaminé blanc, carrelage mural beige, grand réfrigérateur gris qui vibre, large buffet en teck. Au fond, une chaudière roucoule. À droite, près de la porte d’entrée, les toilettes glougloutent à chaque visite. Et à côté du frigo, la gamelle du chat. Il grignote quelques croquettes, lape trois gorgées d’eau et trempe un bout de patte en penchant la tête d’un air incrédule, comme pour dire «tiens, c’est mouillé».
Il repart dans le séjour, le traverse, entre dans la chambre, presque aussi grande que le salon. Un lit king size toujours défait est encastré dans ce qui fut jadis une cheminée. Une armoire immense en chêne clair, comme la console qui fait l’angle, contemple le lit de toute sa hauteur. La table de chevet, en verre et métal noir, détonne dans l’ensemble. De chaque côté de la cheminée, deux portes d’un blanc fané révèlent d’étroits placards. Tout au fond de la chambre, une imposante porte-fenêtre donne sur le patio, comme l’appellent les propriétaires.
En fait de patio, c’est une moitié de cour fermée, la seconde moitié étant réservée à la voisine, une vieille acariâtre et râleuse. Des murs mi-gris, mi-jaune pisseux, un peu moussus, rarement nettoyés, encadrent une petite table et deux chaises en fer forgé.
À gauche, trois petites marches conduisent à une vieille porte condamnée depuis longtemps. Le chat pousse un miaulement ennuyé : il aimerait bien aller dans la cour, mais la porte est fermée. Elle n’est pas souvent ouverte, à son grand regret. Il ne peut y gambader que lorsque son humaine est avec lui et qu’elle le veut bien. Le chat s’étire, accroche une griffe au rideau. Puis se lasse, se détourne et s’en va.
Tiens, la salle d’eau est ouverte, elle! C’est une pièce minuscule dans laquelle les occupants ont tout de même réussi à caser le lave-linge. Une seule vasque, bien sûr, et une douche brinquebalante, dont les portes en plastique semblent tenir par miracle. Le chat aime bien boire de l’eau au robinet, il se plante devant le lavabo et attend. Rien ne se passe. Son humaine n’a pas compris le message. Alors il descend et passe dans la pièce à côté.
Dans le bureau de Mariette. Dans l’atelier de Leïla. Chacune s’y exprime à sa manière. Selon la manière dont le chat incline la tête, selon l’angle choisi, la pièce apparaît différemment. Tantôt surchargée de toiles aux couleurs cacophoniques, de pinceaux malmenés, de tubes recourbés, d’encres enfermées dans des flacons de verre, de ronds pastels, de craies. Tantôt ordonnée, tranquille, un ordinateur posé sur un petit bureau, quelques jeux de société empilés sur une commode, une plante verte. La seule constante du bureau-atelier est le bac à litière posé au fond de la pièce, près de la fenêtre. Le chat entreprend de gratter avec le plus grand sérieux les cailloux souillés, jetant hors du bac les plus sales. Une fois son œuvre achevée, il retourne au salon, croise son humaine et bondit sur le rebord de la fenêtre.
Au 13, rue de Ségur, appartement 1, à l’une des fenêtres du salon, une frimousse rouquine aux oreilles pointues observe les passants. Le chat étudie l’été triomphant, et les oiseaux qu’il amène. De temps en temps, il pousse quelque miaulement pour attirer l’attention de son humaine.
Mariette lui répond en miaulant de la même manière. Leïla hausse les épaules et retourne vaquer à ses occupations. Elles sont deux humaines dans cet appartement, pourtant elles ne se connaissent pas. Elles partagent un espace-temps inaltérable qui ne les réunit pas.
Ce qu’elles sont l’une pour l’autre? Un reflet. Leïla est l’image flamboyante et tressautante de Mariette; Mariette est la mélancolie de Leïla.
Un huis clos en miroir, dans lequel Mariette redoute de voir Leïla, et Leïla craint le fantôme de Mariette.
Et un chat à la fenêtre, qui les regarde se débattre contre elles-mêmes.
Chapitre 1
Mariette
«Si tu n’aimes pas trop la foule, si parfois comme moi la vie te saoule un peu…»
William Sheller, Chanson d’automne.
Mariette venait d’achever ses mots croisés quand le chat sauta sur le rebord intérieur de la fenêtre. Poussant les rideaux du nez, il jeta quelques miaulements brefs qui signifiaient la présence au-dehors d’un événement digne d’intérêt. Certainement un oiseau, car le chat pointait son regard doré vers les toits des immeubles environnants. Des éclats de voix, que Mariette entendit se rapprocher, retentirent dans la rue des Tanneurs. Elle posa son crayon et quitta doucement son canapé pour se blottir derrière la bibliothèque, d’où elle pouvait voir la fenêtre sans être aperçue des passants. À travers les rideaux, le chat lança son numéro de charme, les deux pattes avant appuyées sur la vitre, le museau vibrant sous les ronronnements. Une voix d’enfant se fit entendre tout proche.
«Oh! Maman, regarde, il y a un chat à la fenêtre!»
Mariette se serra contre la bibliothèque. La tête d’un petit garçon apparut derrière la vitre. Il toqua au carreau pour appeler le chat qui s’empressa de répondre à cette invitation en se roulant sur le dos.
«Il est rigolo, t’as vu maman?»
Une voix féminine se fit entendre derrière le garçon.
«Oui… Allez, viens maintenant. Laisse-le!
— Mais maman! Je veux un chat, moi aussi!»
La voix de la mère se teinta d’agacement.
«On en a déjà parlé, c’est non. À présent, viens ou je pars sans toi!»
Mariette, qui n’osait plus regarder, entendit le garçon souffler sa déception et s’éloigner en courant. Les pas résonnèrent un moment dans la rue, puis le silence revint. Elle émergea de la bibliothèque, alla jusqu’à la fenêtre. Tout en caressant machinalement le chat, elle osa un regard à travers les rideaux. Ouf! Personne. Le gamin était parti. Mariette, avec un sourire soulagé, retourna à ses mots croisés, prête à attaquer une nouvelle grille.
Il faudrait quand même songer à améliorer l’isolation phonique des fenêtres… Ce n’était que du simple vitrage, si bien qu’elle était malgré elle au courant de tout ce qui se passait dans la rue des Tanneurs. Elle leva la tête et détailla du regard ce salon qu’elle connaissait si bien. Elle habitait l’appartement de la rue de Ségur depuis si longtemps. Mariette posa son crayon sur ses lèvres fines. Combien? Oh, trop longtemps… Elle avait cessé de compter les années écoulées. Le temps passe vite quand on est heureux. Serge et elle étaient arrivés en 1994. Non… 1995. Oui, c’était cela, 1995. Elle s’en souvenait très bien à présent, car ils avaient emménagé précisément le jour de ses trente ans, un 13 septembre. Ce qui leur avait valu de déboucher le champagne à trois heures de l’après-midi, en compagnie de quelques amis venus les aider. Ah! Ce qu’ils avaient ri! Mariette ferma les yeux de plaisir à cette pensée. Elle vivait donc dans l’appartement depuis dix-huit ans. Y vivre n’était pas un euphémisme : en près de deux décennies, elle n’avait jamais, jamais franchi le seuil de l’appartement. Une fois entrée dans le trois-pièces, elle avait cessé d’appartenir au monde pour devenir partie intégrante des meubles et des murs. Et depuis ce jour, elle était heureuse.
Infiniment heureuse. Son emménagement au 13, rue de Ségur avait marqué sa mort sociale et sa résurrection tout à la fois. Personne ne la connaissait, ou si peu, et par conséquent, elle n’appartenait à personne, sinon aux murs qui l’entouraient. Et c’était chose infiniment rassurante d’appartenir aux objets, qui étaient des créatures tellement plus délicates que cette humanité triomphante qui bourdonnait jadis à ses tympans.
Mariette vivait sobrement. Elle ne se souciait que de son envie du moment, mais c’était toujours une envie raisonnable. Le matin, Serge partait tôt à son travail. Elle se réveillait seule dans un rayon de soleil et s’occupait jusqu’au soir. Elle lisait, regardait des vidéos sur Internet, écrivait. Elle accompagnait son quotidien de musique. Elle jouait beaucoup, elle adorait jouer. Elle passait des heures sur son ordinateur à aligner des bonbons colorés et ne s’en lassait jamais. Ou bien sa lassitude était si ordinaire qu’elle ne s’en apercevait pas. Mariette se demandait souvent si ses activités n’étaient pas une feinte plutôt qu’une fin. Se leurrait-elle sur son bonheur?
Mariette avait l’impression de ne pas exister. Pas vraiment, pas complètement. Elle était là, en chair et en os, palpable bien sûr. Mais sa solitude la faisait disparaître, se confondre dans le paysage coutumier du salon, de la lumière que filtrait la porte vitrée de la chambre et, à travers le chat, des rideaux blanc-gris de la fenêtre. Soudain elle n’était plus là, elle avançait comme dans un rêve et n’était plus qu’un élément du décor, ombre mouvante balançant ses reflets sur les angles d’un mur sale.
La vie, ce n’était pas vraiment ça. La vraie vie, celle des autres. Elle s’en doutait, mais elle n’avait pas envie de vivre dans les autres. Elle se sentait à côté de tout et de tous. À quoi servait d’aller au-devant de ce qu’on n’avait pas demandé? Elle voulait juste qu’on lui foute la paix. Elle y réussissait plutôt bien. Parfois pourtant, le désarroi la prenait, sans qu’elle sache pourquoi.
Cloîtrée dans l’appartement, Mariette était fascinée par les phares. Cet engouement particulier datait d’un documentaire qu’elle avait vu sur les métiers en voie de disparition. Elle ne se souvenait pas vraiment du contenu de l’émission, elle se rappelait en revanche parfaitement la partie consacrée aux gardiens de phare. «Oh! si je pouvais, c’est ça que je ferais!» s’était-elle exclamée.
Le phare lui semblait appartenir à un entre-deux-mondes, il était à la frontière de deux visages, celui de la terre et celui de la mer, fini et infini, rassurant et imprévisible. S’il gardait la terre sableuse des violences liquides, il préservait aussi celles-ci. En vérité, c’était peut-être la terre qui, insidieusement, engloutissait les flots. Et le bâtiment se dressait, lumineux, tout en hauteur, côtoyant tant l’onde noire, tant la terre grise, tant le ciel fumeux. Et le feu lui-même ne lui était pas étranger, puisqu’il s’en servait pour guider les marins.
Entre tous, il y en avait un qu’elle adorait : le phare de la Vieille. Isolé sur le rocher de Gorlebella1, au milieu d’une eau perpétuellement agitée. Il avait causé un naufrage2, avant d’être automatisé. Automatisé! Voilà comment un phare perdait toute sa majesté! Mariette aurait aimé y vivre. Le cylindre hostile lui semblait être à elle. Quand Mariette se sentait malheureuse, elle portait à l’envers son costume imaginaire de gardien de phare. Elle rêvait parfois qu’elle en éteignait un à un les feux, faisant sombrer les bateaux qui ne pouvaient plus se guider.
Mariette n’avait pas d’amis. Ceux qui venaient parfois à la maison n’étaient que les amis de son mari. Ils l’appréciaient par courtoisie, mais aucun d’eux ne se souciait vraiment d’elle. Elle n’avait jamais envisagé de se confier à eux et quand elle se sentait d’humeur à éteindre les phares, elle ne savait qui appeler. Parfois, en désespoir de cause, elle téléphonait à ses parents. Des parents déjà bien âgés dont la monotonie du quotidien rivalisait largement avec celle de leur fille. Ils n’habitaient qu’à quelques kilomètres de Bazas, mais il était rare que Mariette les reçoive chez elle. La communication était brouillée depuis qu’elle avait épousé Serge. «Un dessinateur!» avait vociféré le père; «un artiste!» avait sifflé avec mépris la mère. Depuis, parents et fille conversaient de loin comme des étrangers. Ils échangeaient quelques mots sans consistance, des mots vides qui pouvaient s’étirer sur dix minutes ou sur une heure, selon le jour, et elle constatait en raccrochant que son humeur s’était encore détériorée. Elle aimait bien ses parents malgré leur caractère buté, mais, peut-être du fait de leur âge avancé, la conversation était souvent à sens unique. La plupart du temps, ils n’avaient strictement rien à raconter. Mariette était époustouflée par cette capacité qu’ils avaient à transformer le rien en un flot de paroles. C’était du rien ressassé, du rien sublimé, du rien qui donnait une consistance aux parents et une inutilité à Mariette.
«Et toi?» demandaient-ils inlassablement.
Et elle, rien. Nada, que dalle. Elle prenait le rien pour ce qu’il était, elle ne savait pas en faire autre chose.
Heureusement, il y avait le chat.
Il était apparu trois ans plus tôt. Mariette avait exceptionnellement laissé la fenêtre entrouverte. Elle était affairée à cirer la grande bibliothèque quand un miaulement impérieux lui avait fait relever le nez. Sur le rebord de la fenêtre se tenait un matou tigré roux, fin et élancé, à la frimousse triangulaire taquine. Elle l’avait caressé, ce que le chat avait approuvé par quelques ronronnements. Puis il s’était lové dans un fauteuil et avait refusé d’en partir. Mariette l’avait étudié sous tous les angles; rien n’indiquait que ce chat appartenait à quelqu’un. Sa perplexité s’était transformée en joie et, avec l’approbation de Serge, elle l’avait gardé. Le lendemain, Serge avait investi dans un trousseau félin : croquettes, gamelles, panière, bac à litière. Il avait complété l’ensemble par deux souris à plumes, des balles en mousse, un plaid et un griffoir. Mariette avait été heureuse comme une mère qui accueille son nouveau-né.
Ils avaient leurs rituels tous les deux. Tous les matins au réveil, il avait droit à une petite friandise. Tandis que Serge était au travail depuis longtemps, Mariette ouvrait les yeux sur la tête triangulaire d’un matou à l’affût. Elle en profitait quelques minutes sans bouger, encore engourdie par le sommeil. Elle savait qu’au moindre orteil en mouvement, le chat bondirait sur elle dans des miaulements aigus. Si elle prolongeait trop longtemps le moment du réveil, le chat s’appliquait à lui lécher amoureusement les yeux. Mariette riait, le repoussait, et le chat n’en finissait pas de ronronner.
Puis il s’installait sur le rebord de la fenêtre et jouait avec les rideaux.
En ce milieu d’après-midi, dans la chaleur épaisse d’une fin juillet, Mariette somnolait sur le canapé, mots croisés sur son sein, au rythme ronronnant de la machine à laver. Le bruit était un peu assourdi par la porte fermée. Quand elle entendit la sonnerie signalant la fin du programme, elle se leva doucement et se dirigea vers la salle d’eau.
En sortant le linge, elle croisa son reflet dans le miroir. Un frisson désagréable la parcourut.
