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Naïa, orpheline et caissière de vingt-cinq ans, mène une vie complètement différente de Kriss, psychanalyste de vingt-neuf ans. Pourtant, leurs chemins vont se croiser et leur rencontre les conduira bien au-delà d’une simple histoire d’amour.
Ce qu’ils vont découvrir dépasse le commun des mortels.
Leur attirance est-elle le seul fruit du hasard ? Qui sont ces mystérieux HGM ? Et si la jeunesse éternelle existait ?…
Ou bien plus encore ?...
À PROPOS DE L'AUTEURE
Originaire d’Ardèche,
Manon Chaumard développe depuis l’enfance sa passion pour l’écriture et nous entraîne dans des histoires addictives, mêlant romance et science-fiction. Après des études en biologie et en psychanalyse, elle a ouvert un cabinet de psychothérapie dans le sud de la France.
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Seitenzahl: 262
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Manon CHAUMARD
Les Larmes de laJeunesse Éternelle
Roman
Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire
www.libre2lire.fr – [email protected], rue du Calvaire – 11600 ARAGON
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN Papier : 978-2-38157-132-4ISBN Numérique : 978-2-38157-133-1
Dépôt légal : Mai 2021
© Libre2Lire, 2021
La nuit est tombée depuis de nombreuses heures. Carole et Patrice s’apprêtent à se mettre au lit lorsque la sonnette retentit. Ils se regardent interrogatifs. Prudemment, ils jettent un œil dans le judas avant d’ouvrir la porte. Une jeune femme d’une vingtaine d’années se tient sur leur palier, vêtue d’un long manteau noir, le teint blafard, les yeux cernés. On distingue sa chevelure blonde qui dépasse de part et d’autre de son bonnet en laine gris. Elle porte un grand sac vert et blanc en bandoulière et tient précieusement dans ses bras un bébé emmitouflé dont on ne discerne que le nez et une partie de ses joues rosies.
Lorsque Carole aperçoit l’enfant, elle invite hâtivement l’inconnue à entrer. Le froid qui règne à l’extérieur par ce mois d’hiver s’infiltre dans les vêtements jusqu’à se glisser sous la peau et glacer les os. Fébrile et encore frissonnante, la jeune femme esquisse du mieux qu’elle peut un sourire à ses hôtes.
Carole lui propose de s’assoir, ne quittant pas des yeux le petit endormi dans une épaisse couverture bleu nuit. Patrice, moins altruiste, la questionne d’un ton méfiant :
Patrice se tourne vers sa femme, le regard dubitatif. Cette dernière semble aussi étonnée que lui. L’inconnue insiste :
La jeune femme regarde avec tendresse le bébé assoupi dans ses bras avant de le donner à son interlocutrice.
Carole le réceptionne délicatement et enchaîne d’une voix hésitante :
Voyant sa femme se faire duper sur un sujet aussi sensible, Patrice commence à lever le ton :
Carole, le nourrisson dans les bras, coupe son mari pour demander timidement :
Patrice bondit :
Carole complète avec une voix plus douce :
Patrice baisse le ton de sa voix lorsqu’il aperçoit que le bébé semble s’agiter.
Carole, qui n’a pas lâché l’enfant des yeux depuis de longues minutes, relève la tête.
Carole demande à Patrice de la suivre dans la pièce à côté, le nourrisson toujours dans ses bras. Après une demi-heure, ils reviennent vers la jeune femme qui ne semble pas avoir bougé d’un cil. Patrice prend un ton sérieux et autoritaire :
Une lueur de joie s’éclaire dans le regard de la jeune femme.
Les pleurs du bébé coupent court à la conversation. L’inconnue hausse la voix pour se faire entendre :
Pendant que Patrice ouvre la fermeture éclair, elle se lève et se dirige vers la porte d’entrée.
Mais l’inconnue ne répond pas et sort. À peine la porte claquée, Patrice se précipite dehors mais la jeune femme s’est évaporée. Il commence à s’aventurer dans la rue quand il entend Carole l’appeler, le bébé hurlant de faim dans ses bras. Il rebrousse chemin et rejoint sa femme. Ensemble, ils fouillent dans le sac et constatent avec soulagement qu’il y a bien tout ce qu’il faut : du lait en poudre premier âge, une grande bouteille d’eau minérale, des biberons, des langes, des couches et du coton. Malgré les pleurs insistants du nourrisson, Patrice réussit à lire la notice et, en moins de deux minutes, revient avec un biberon tout prêt. Le petit tète avec vivacité sans ouvrir les yeux. Carole chuchote avec une voix pleine d’émotion :
Patrice contemple ce moment d’intimité entre sa femme et ce bébé inattendu jusqu’à ce que Carole brise le silence :
Carole regarde l’enfant affectueusement et entreprend de changer sa couche. Allongé sur le canapé, le nourrisson apaisé détend ses mains. Au creux de sa paume, Patrice se saisit de trois cheveux blonds.
Les yeux pétillants, Carole déshabille l’enfant et constate qu’il a encore le petit bout de cordon ombilical au creux du nombril.
La nuit est courte. Le jeune couple ne ferme pas l’œil, à la fois pensif, inquiet, heureux et occupé à prendre soin de ce petit être qui vient d’arriver dans leur foyer. Le jour est à peine levé quand ils se rendent au laboratoire demander un test ADN. Les échantillons déposés, il faut maintenant patienter trois jours avant les résultats. Une attente difficile au cours de laquelle ils ne peuvent s’empêcher de s’attacher au bébé. Un attachement si fort que, lorsque les résultats tombent, ils ne respectent pas leur accord. La jeune femme n’est pas sa mère biologique mais ils gardent l’enfant sans jamais dévoiler le lourd secret de ses origines.
1. La caissière et le psy
Villeurbanne, Rhône, France – Avril 2016
La jeune femme s’empresse de natter ses longs cheveux blonds et file d’un pas rapide en direction de la grande surface proche de chez elle. Le ciel est couvert d’une nappe grise épaisse. Faute au mauvais temps ou à la pollution ambiante, ce n’est pas ce qui préoccupe Naïa. À vingt-cinq ans, elle vit dans un petit studio à Villeurbanne, proche de l’Université Claude Bernard. Elle pourrait facilement se faire passer pour une étudiante, mais ce n’est pas pour payer une formation qu’elle travaille en tant que caissière. Sans famille, elle a passé son enfance dans un orphelinat qu’elle appelle « sa prison ». À l’âge de seize ans, elle s’est enfuie et a rapidement fait face à la dure réalité de la vie. Grâce aux petits emplois qu’elle a pu dénicher, elle ne s’est jamais retrouvée à la rue. Dans son malheur, ses grands yeux verts et son teint pâle de poupée l’ont certainement aidée dans ses entretiens d’embauche. Malgré son physique avantageux, elle n’a jamais laissé un homme entrer dans sa vie. Une vie très solitaire qui laisse peu de place aux amitiés. Elle a beau se convaincre que ce sont ses choix, au fond, elle sait bien qu’elle souffre d’un manque de confiance en elle. Comment pourrait-elle fréquenter des gens de son âge ? Des étudiants cultivés, entourés d’amis, qui la jugeraient inintéressante et auraient vite fait de la rejeter. Cela ne serait qu’échec et humiliation. Elle préfère s’évader dans ses livres.
Elle salue rapidement ses collègues et s’installe à sa caisse.
*
Kriss Doussot sort de son cabinet plus tôt que prévu. Son dernier patient de la journée ne s’est pas présenté. À vingt-neuf ans, Kriss est un jeune psychanalyste plein d’avenir. Il vit dans le sixième arrondissement de Lyon, dans un appartement dont il a eu le coup de cœur, avec sa terrasse sur le toit de l’immeuble. Il a ouvert son cabinet depuis deux ans à Villeurbanne. Les patients ont vite entendu parler de lui grâce à son réseau de collègues déjà installés, parmi lesquels son oncle dont la réputation n’est plus à faire. Il a pratiqué le Kung Fu pendant son adolescence ce qui lui vaut une silhouette fine, élancée, avec une belle musculature. Ses grands yeux bruns lui donnent un regard profond et son sourire communicatif lui attire rapidement la sympathie des gens. Le temps semble ne pas avoir d’effet sur lui. Il se laisse une légère barbe pour palier à sa jeune apparence.
Il remonte l’avenue Condorcet pour rejoindre le tramway lorsqu’il se souvient qu’il n’a rien prévu pour le repas du soir. Il regarde sa montre et bifurque dans l’avenue Roger Salengro, direction la grande surface.
*
À la caisse depuis plusieurs heures, Naïa voit les clients s’enchaîner dans un rythme effréné.
Elle répond par un signe négatif de la tête sans lever les yeux vers son interlocuteur.
Cette fois, Naïa lève les yeux et dévisage d’un regard noir son client.
Il n’a pas le temps de finir de ricaner qu’il se fait plaquer violemment la tête contre le tapis roulant.
Comme il tarde à s’exécuter, Kriss lui tord le bras. Un cri de douleur retentit suivi des excuses demandées. L’agent de sécurité l’embarque et Naïa reprend comme si de rien n’était le passage des articles.
Il lui décroche son plus beau sourire mais, Naïa qui ne lève toujours pas la tête se renferme.
Prise d’un sentiment de culpabilité face à cet homme qui vient de lui porter secours, elle lève finalement la tête.
Kriss reste émerveillé quelques secondes face à ses grands yeux verts.
Naïa se sent soudain envahie de frissons face à cet inconnu. Son cœur s’accélère et ses joues surchauffent. Elle esquisse un petit sourire timide et rebaisse vite la tête.
Kriss ne la perturbe pas davantage. Pendant qu’il finit de mettre sa pizza congelée et son paquet de brownies dans son sac, il entend le supérieur de la jeune caissière lui informer que son service va prendre fin. Kriss disparaît tandis que Naïa place la pancarte « caisse fermée » derrière son dernier client. Quelques minutes plus tard, elle se change rapidement dans les vestiaires, reprend son sac à main et file d’un pas pressé vers la sortie quand elle se fait de nouveau accoster.
C’est le jeune homme qui l’a secourue un peu plus tôt. Elle sursaute et, recroisant son regard, se met à rougir instantanément.
Naïa jette un œil aux alentours et constate qu’il n’y a pas un chat.
Elle commence à s’éloigner, mais Kriss la suit.
Il semble rougir à son tour. Intriguée, Naïa s’arrête et soutient son regard.
Naïa éclate de rire.
Kriss sourit.
Il marque une seconde de silence, le temps de la contempler sous cette faible lumière de lampadaire. Elle semble frissonner un peu.
Kriss lui lance son regard le plus doux et séducteur.
Kriss, surpris de son choix mais tellement ravi d’entendre une réponse positive, s’empresse d’acquiescer.
Naïa sourit.
C’est la première fois qu’il voit ce beau sourire sur son visage. Il immortalise cette image avant de répondre :
2. Une belle soirée
Après deux arrêts de tramway, Kriss entraîne Naïa dans le métro lyonnais. Deux minutes d’attente. La jeune femme reste debout, discrète, les bras croisés, observant les gens autour d’eux. Kriss la regarde du coin de l’œil. Il s’imagine enrouler ses bras autour de sa jolie taille fine. Son petit haut noir laisse entrevoir un léger décolleté sur sa poitrine ferme et rebondie. Sa peau couleur crème semble extrêmement douce. Une odeur de vanille se dégage de sa longue chevelure dorée. Elle n’est pas maquillée mais ses longs cils lui donnent un regard intense. Le vert de ses prunelles scintille au-dessus de ses pommettes et de son petit nez légèrement retroussé. Ses lèvres rosées, parfaitement dessinées, laissent entrevoir ses incisives crénelées.
Les portes du métro s’ouvrent et une foule de personnes pressées en sort, tandis qu’une autre tente de rentrer en même temps. Kriss joue le garde du corps de Naïa en lui évitant les bousculades. Une fois à l’intérieur, ils se cramponnent aux barres prévues à cet effet. Avec ses petits poignets et ses mains fines, Naïa lui semble délicate et fragile. Pourtant, ce doux minois paraît cacher un caractère bien affirmé et indépendant. La jeune femme qui fait mine de regarder un nourrisson blotti contre sa mère, observe également son hôte. Elle n’a pas loupé la belle musculature de ses bras qui se dessine à travers sa chemise noire. Elle sent ses grands yeux bruns posés sur elle. Lorsqu’elle lève la tête, il lui fait le même sourire charmeur qui l’a fait rougir un peu plus tôt. Elle le lui rend timidement quand la voix impersonnelle de la ligne annonce leur arrêt, Masséna. Ils sortent hâtivement de ce souterrain et, une rue plus loin, arrivent devant l’immeuble de Kriss. Il tape rapidement le code d’entrée et appelle l’ascenseur.
Naïa remarque le nom Doussot sur la porte. Elle laisse s’échapper discrètement un bâillement pendant que Kriss tourne la clé dans la serrure.
Elle lâche un petit cri d’émerveillement face à la jolie pièce à vivre du luxueux appartement. Le beau parquet donne une ambiance chaleureuse. Sur la table basse, des petites bougies embaument l’atmosphère d’une odeur fruitée. Mais le regard de Naïa se pose rapidement sur la grande bibliothèque qui occupe une bonne partie de l’espace. Comme elle semble s’intéresser aux livres, Kriss la laisse parcourir les ouvrages de ses étagères tout en entamant la conversation :
Naïa ne répond pas et tente de changer de sujet :
Il s’empresse de sortir deux verres de son placard.
La soirée défile rapidement. Malgré leur différence d’âge et de milieu, un bon feeling s’installe entre eux. Il est bientôt deux heures du matin quand Naïa regarde sa montre.
La jeune femme ne se fait pas prier et accepte avec étonnement le casque de moto qu’il lui tend. Au sous-sol de l’immeuble, Kriss l’invite à monter à l’arrière de sa Suzuki SV 650 bleue métallisée.
Elle enroule ses bras autour de sa taille. Elle se sent bien, libre, et voudrait arrêter le temps pour rester sur cette moto avec cet homme qui la fait frissonner. Mais en moins de dix minutes, ils arrivent devant son immeuble. Elle le remercie pour la soirée tout en lui tendant son casque. Ses cheveux légèrement décoiffés et ses petits yeux fatigués n’enlèvent rien à son charme. Au contraire, Kriss s’imagine la prendre dans ses bras et l’embrasser. Mais il chasse vite cette idée. Il ne va pas tenter quoi que ce soit avec une jeune femme rencontrée quelques heures plus tôt. Il redémarre après lui avoir souhaité une bonne nuit et s’éloigne en lui faisant un geste de la main. Elle le regarde disparaître dans cette nuit sans étoiles.
Il n’a pas demandé mon numéro de téléphone pense-t-elle soudain. Est-ce que cette soirée restera la seule et unique ?
3. Après-coup
Il est à peine neuf heures du matin quand le téléphone sonne. Kriss se fait violence pour aller décrocher. Il se frotte les yeux pour discerner le numéro qui s’affiche sur son portable. Il ne le connaît pas et percute soudain que c’est sa ligne professionnelle qui est en train de retentir. Il se racle brièvement la gorge avant de répondre :
Il feuillette hâtivement son carnet avant de reprendre l’appel.
Il raccroche, regarde son horloge et se précipite dans la salle de bain. Il ne lui reste que peu de temps pour rejoindre son cabinet avant son premier patient de la journée. Après un coup d’eau rapide dans ses cheveux pour effacer les épis de la nuit, il s’approche du miroir pour vérifier que sa barbe n’est pas trop longue. Il se brosse les dents à la hâte et fait un dernier tour pour ne rien oublier avant d’enfiler ses belles chaussures en cuir noir. Au moment de passer la porte, il s’arrête net. L’odeur de Naïa flotte encore dans les airs. Il ferme les yeux et reste quelques secondes, respirant à pleins poumons ce léger parfum de vanille. Il claque finalement la porte et c’est sur de douces pensées qu’il part en direction de son cabinet.
*
Naïa se réveille difficilement et peine à sortir de son lit. Elle prend un moment pour se reconnecter avec la réalité. Sa mauvaise humeur matinale s’estompe lorsqu’elle repense soudainement à sa soirée de la veille. Elle tourne la manivelle de ses stores et se fait éblouir par de gros rayons de soleil. Sa fenêtre donne sur la cour de l’immeuble où se trouvent des places de parking séparées par des platanes. Elle croit apercevoir un écureuil. Elle plisse les yeux pour lutter contre la luminosité extérieure et fixe un bon moment l’arbre qu’elle a vu bouger. Elle reste quelques minutes ainsi avant de se résigner. Se débarbouillant dans sa minuscule salle de bain, elle se met sur la pointe des pieds pour se voir dans le miroir suspendu beaucoup trop haut. Avec ses un mètre soixante-huit, elle est pourtant d’une taille ordinaire. Mais ce n’est qu’un détail parmi tous les petits hics que son studio comporte. Cela fait bientôt un mois qu’elle a prévenu son propriétaire que le chauffe-eau à l’entrée fuit. Elle vide le bol comme chaque matin pour le remettre et réentendre l’éternel ploc ploc des gouttes qui résonnent dans le récipient. Elle ouvre son placard et sursaute à la vue d’une araignée. Elle se saisit de sa pantoufle pour frapper fort sur l’intruse puis s’assoit enfin devant son verre de jus d’orange et son paquet de cookies parfumés à la cannelle. Elle allume machinalement son petit ordinateur portable et, comme chaque jour, prie pour capter le wifi d’un voisin. Mais ce matin, aucun réseau n’est disponible. Elle déjeune donc devant son fond d’écran, une photographie d’un chat des sables au milieu du désert. Devant cette image fixe, elle part rapidement dans ses pensées qui se dirigent directement vers Kriss.
*
Le jeune psychanalyste enchaîne ses deux rendez-vous de la matinée puis rejoint son ami Baptiste pour la pause déjeuner. Ils sont des habitués de la petite brasserie qui se tient à l’angle de la rue. Kriss choisit une table ombragée et à peine commence-t-il à s’assoir que son ami arrive. Kriss s’arrête dans son élan, se redresse et lui serre une bonne poignée de main accompagnée de son beau sourire.
La serveuse typée asiatique vient rapidement prendre leur commande. Ce sera des lasagnes végétariennes pour Kriss et un classique steak frites pour Baptiste.
Kriss acquiesce pour confirmer le choix de son ami.
Baptiste Lermet est psychologue et a ouvert son cabinet la même année que Kriss, deux bâtiments plus loin. Les deux amis se sont rencontrés au lycée, en seconde générale. Ils ont cette complicité inexpliquée qui les a tout de suite rapprochés. Attirés tous les deux par la psychologie, Baptiste a préféré étudier à l’université tandis que Kriss a opté pour une école privée de psychanalyse. Il faut dire que pour Baptiste, le choix n’a pas été compliqué. D’un milieu modeste, il a pris la voie la plus économique. Les parents de Kriss, plus aisés, ont influencé leur fils unique à suivre la même école que son oncle avant lui. Une école réputée qui a toujours fait rêver le jeune homme. Aujourd’hui, ils ont tous les deux leur cabinet et un bon début de patientèle. Leurs métiers, quelque peu différents mais complémentaires, leur permettent de s’échanger certains patients lorsque cela s’avère approprié. Ils s’entraident finalement l’un et l’autre dans leur percée sans se concurrencer.
Baptiste réarrange ses cheveux châtain clair qui se laissent ébouriffer par une petite brise. Malgré sa chemise bleue cintrée, son jean noir serré et ses belles chaussures d’homme d’affaires ; sa tignasse sauvage, ses petits yeux rieurs et ses joues rebondies lui donnent un air d’artiste bohème.
Kriss reste un instant songeur, imaginant le beau visage de Naïa qu’il pourrait immortaliser. La jeune asiatique leur apporte leurs boissons et repart aussitôt d’un pas dynamique.
La serveuse les interrompt, le temps de poser leurs plats. Baptiste s’empresse de demander poliment du ketchup et de la moutarde. Il attend un peu et, une fois les sauces apportées, et la serveuse éloignée, il reprend avec insistance :
Kriss lui relate sa rencontre inattendue avec Naïa suivie de leur soirée chez lui. Ses yeux pétillants n’échappent pas à son ami.
