Les libertins de la rue d'Espagne - Pascal Bayle - E-Book

Les libertins de la rue d'Espagne E-Book

Pascal Bayle

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Beschreibung

"On partage son cul, mais aussi ses caresses, L'on peut être très cru avec délicatesse : C'est une vérité que la partouze apprend, Entre sincères et éphémères amants. L'on attend de vous de brûlantes performances, Mais aussi doux égards et surtout connivence. Goûtons encor quelques instants, ô, mes amants, La douce intimité de nos corps bouillonnants... Apaisons notre feu par des caresses tendres, Par les mots de bonté que l'on adore entendre Alors que de nos mains nous cherchons le repos, Le regard de l'autre et le toucher de sa peau..."

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Veröffentlichungsjahr: 2025

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Pour Priscilla,

qui m’en a soufflé l’idée…

(entre autres choses)

Sommaire

À MADAME LA BARONNE DE LA GRAPPE, PROTECTRICE DES ARTS & DU THÉÂTRE

PERSONNAGES

ACTE I

Scène I

Scène II

Scène III

Scène IV

ACTE II

Scène I

Scène II

Scène III

Scène IV

ACTE III

Scène I

Scène II

Scène III

Scène IV

ACTE IV

Scène I

Scène II

Scène III

Scène IV

Scène V

Scène VI

Scène VII

Scène VIII

Scène IX

Scène X

Scène XI

Scène X

ACTE V

Scène I

Scène II

Scène III

Scène IV

Scène V

Scène VI

ACTE VI

Scène I

Scène II

ACTE VII

Scène I

Scène II

Scène III

ACTE VIII

Scène unique

À MADAME LA BARONNE DE LA GRAPPE, PROTECTRICE DES ARTS & DU THÉÂTRE

MADAME La Baronne,

L’art de la poésie sait magnifier tous les autres, & en cela peut-être, il est un art à part. C’est cette propriété, à nulle autre pareille, qui m’a inspiré la création de cette pièce qui n’a, je le pense, nulle part ailleurs sa semblable, n’en déplaise aux esprits chagrins.

Ceux-ci ne manqueront pas de pointer un doigt accusateur sur la proximité de ses personnages & de ses situations licencieuses avec les écrits en prose les plus notoires de cette littérature, grandement appréciés des gens de bon goût. Je ne saurai le nier : la réjouissante lecture de ces oeuvres m’a été d’une grande motivation & a su m’inspirer les vers décrivant les plaisirs & les savoir-vivre de notre siècle.

Je ne saurai trop rendre grâce à MADAME la Baronne d’avoir pu donner vie à cette oeuvre en prenant sous sa protection, en mécène éclairée, la troupe de théâtre que j’ai l’insigne honneur de diriger & d’ainsi mettre à sa disposition. Les premières de ces représentations ont provoqué l’ire de certains ministres de la très sainte Église en les dépeignant dans des situations licencieuses mais cocasses ; mais si l'on prend la peine d'examiner de bonne foi ma comédie, on verra sans aucun doute que mes intentions y sont partout, & innocentes, & justes. C’est ainsi que les ont jugés les grands princes qui ont publiquement honoré de leurs présences la première représentation. Leur approbation & la vôtre, MADAME, ainsi que le témoignage des gens de bien qui l'on trouvée profitable, sont le seul titre de gloire qui me sied.

Les passions vives & honnêtes ainsi que pleines de délicatesse & de respect qu’illustrent les personnages ne sont en aucun cas des crimes contre la loi ou la morale. Car si la morale est de faire le bien d’autrui, mon oeuvre est la plus haute compréhension de cette vertu. L’image de celle-ci l’emporte sur toute question dont on voudra me chagriner au sujet de la correction académique et ou du lyrisme de mes vers : j’ai la faiblesse de croire que les membres de ma troupe incarnent de la façon la plus vraie & la plus chaleureuse l’ensemble des personnages qui composent cette pièce.

C’est ainsi que je revendique la gloire de vous avouer, MADAME, avec toute la soumission possible, que je vous suis,

Le très humble, très obéissant

et très fidèle serviteur

Pascal Bayle

PERSONNAGES

– Apparaissant au premier acte –

JOSEPH, Marquis de LONGVAL, vertueux mari d’un âge honorable

ÉLISE, Marquise de LONGVAL, sa jeune épouse en secondes noces

ANDRÉA, Marquis de SERTAIN, ami du Marquis de Longval

MANON, demoiselle de compagnie de la Marquise de Longval

– Apparaissant au deuxième acte –

SAINT-ÉLOI, Abbé confesseur de la Marquise de Longval

FULBERT, novice de Saint-Éloi, neveu du Cardinal

– Apparaissant au quatrième acte –

BÉRANGER, Duc de CHEVRIN-GAUTHIER, notable libertin

FROSINE, Marquise de BONFOY, invitée du Duc, libertine

ARMAND, Marquis de VALANDIÈRES, invité du Duc, libertin

OLGA, Comtesse d’ARCHECOURT, invitée du Duc, libertine

ANSELME, Comte de FERRAGE, invité du Duc, libertin, vieillard

ÉLIAS, Vicomte de BEAUFORT, invité du Duc, libertin

AMÉLIE, Baronne de CHAUDEVIE, invitée du Duc, libertine

PHILÉAS, Baron de GRANDFAIX, invité du Duc, libertin

HECTOR, invité du Duc, libertin

ADELINE, invitée du Duc, libertine

SUZON, domestique du Duc

Autres invités & domestiques.

– Apparaissant au cinquième acte –

CARDINAL de SAINT-LYS

PHILIPPINE, invitée du Duc, libertine

PHILÉMON, invité du Duc, libertin

FRÉDÉRIC, invité du Duc, libertin

– Apparaissant au sixième acte –

CHARLOTTE/CHARLES, invité·e du Duc, libertin·e

La scène est à Paris, en la trente-et-unième année de règne de Son Altesse Royale Louis le Bien Aimé.

ACTE I

Le petit salon cossu d’un château bourgeois, avec les meubles suivants :

un coffre à vêtement, un prie-Dieu, un canapé.

Par la fenêtre principale on aperçoit le parc du domaine.

Une porte est située côté cour, l’entrée d’un couloir côté jardin.

Scène I Marquis de Longval, Marquis de Sertain

Le marquis de Longval fait les cents pas, l’air soucieux,

lorsqu’entre le Marquis de Sertain.

Joseph, Marquis de Longval

Cher Marquis de Sertain, quel plaisir de vous voir,

L’ami que j’attendais, après de trop longs soirs !

Andréa, Marquis de Sertain

Cet accueil est pour moi un réel compliment

Venant d’un ami connu depuis dix-sept ans !

Le plaisir est partagé, Marquis de Longval,

Je ne regrette pas ces journées de cheval

Pour me présenter dans votre aimable demeure.

Pourtant je vois sur votre front des plis d’humeur,

Êtes-vous en souci, en proie à l’embarras ?

Ne me celez rien, Joseph, de votre tracas…

Las ! Ne serait-ce la véritable raison,

De votre franche et pressante invitation ?

Joseph

Je vois que ces années ne sont venues à bout,

De votre bonté qui m’est plus chère que tout !

Oserais-je vous avouer, mon cher ami,

Les affres et tourments qui hantent mon esprit ?

Andréa

Vous me navriez, si de votre confiance,

Vous ne me combliez de l’entière essence…

Joseph

(À part)

Qu’il est difficile de m’en ouvrir ainsi…

Pourtant je ne méconnais le prix d’un ami…

Mais, soit ! Puisque je l’ai ce tantôt décidé…

Devant le doute je ne saurais reculer…

(À voix haute)

Vous souvenez-vous, mon cher, de cette personne,

Une jeune beauté, de naissance gasconne,

Que j’eus, voici deux ans, le bonheur d’épouser,

Alors que vous-même en Alsace guerroyiez ?

Andréa

Ah ! Comment oublier cette charmante Élise

Qui est devenue votre nouvelle Marquise !?

Cette noble union fut pour vous un honneur :

Je gage que cet hymen combla votre coeur !

Joseph

Si fait, si fait… Je m’ouvre à vous en confidence,

Dans l’espoir d’acquérir un peu de clairvoyance…

Mon aimée me donne en tout satisfaction,

Mais depuis peu me viennent quelques questions :

Elle s’entiche fort de salons littéraires,

Où toutes ces dames se donnent de grands airs,

Goûte fort la compagnie des tables de jeux,

Qui me coûte grands frais et blanchit mes cheveux.

Enfin, elle a reçu moult invitations

Pour des soirées où je dois trouver chaperon :

Je crains que ces loisirs ne soient plus de mon âge,

Mais m’en voudrais de brider ses batifolages…

Andréa

Il faut, assurément, que jeunesse se passe,

Mais ne vois, en ces loisirs, ce qui vous tracasse…

Joseph

Voyez-vous, Andréa, depuis bientôt deux mois,

Je constate chez elle un vif regain de foi…

Andréa

Je ne vois en ceci nul motif à tourment ;

Bien au contraire je lui ferais compliment

De soigner sa vertu et son âme immortelle…

Joseph

La voici tant éprise de vie éternelle,

Qu’elle insista pour trouver un ecclésiaste

Afin de s’assurer une âme pure et chaste :

Ainsi, depuis bientôt deux mois, elle reçoit

Trois fois par semaine l’Abbé de Saint-Éloi,

Pour mander le sacrement de confession…

Andréa

Voilà une belle et âpre dévotion !

Joseph

Je l’admets : tel fut lors mon tout premier avis.

Après réflexion, un doute me saisit :

L’ampleur des péchés avoués doit être telle

Qu’ils ne pourraient seulement être véniels…

Je me sens coupable de nourrir un tel doute :

Et cette incertitude me peine et me coûte…

Andréa

Ne vous tourmentez point ainsi, mon cher Marquis :

Conservez votre confiance à votre mie.

Joseph

Mon esprit se déplaît de d’hésiter dans le noir :

Quoi qu’il m’en coûtera, Marquis, je veux savoir !

Andréa

Vous voulez mettre l’Abbé à la question,

Rompant ainsi le secret de confession ?

Joseph

J’ai depuis longtemps réfléchi à un moyen,

Sans coup férir, d’enfin parvenir à mes fins,

Et d’ainsi découvrir ses mots de repentirs.

Andréa

Et par quel moyen allez-vous les découvrir ?

Joseph

(Le marquis de Longval se détourne un instant

pour fouiller dans un coffre d’où il sort une soutane)

J’ai là tout ce qu’il faut pour jouer à l’Abbé :

Sous ce déguisement, le semblant est parfait.

Andréa

Et que comptez-vous faire avec cette soutane ?

Joseph

Muer le religieux en témoin profane !

Andréa

J’avoue ne pas être certain de vous comprendre…

Joseph

Sous ce camouflage il sera aisé d’apprendre

Tout ce que ma jeune Marquise a sur le coeur :

Je tiens pour assuré que pas une hideur

N’entache l’âme de ma très chère moitié…

Pas un écart, une faute ou impiété…

De ce fait je cherche un témoin de confiance !

Ce sera votre rôle : informer sans nuance

Des quelques peccadilles et menus émois

Avoués à celui qu’elle croit Saint-Éloi.

Andréa

Moi ?! Oser me livrer à cette mascarade ?!

Joseph

Osez, pour l’amitié de votre camarade !

Andréa

Je ne sais que penser de cette intention…

Joseph

C’est l’ami qui le demande, avec passion !

Andréa

Mais enfin ! Elle se rendra compte sur l’heure

Que je n’ai point le profil de son confesseur !

Joseph

Baissez la capuche et l’illusion est faite !

Andréa

Ma culture religieuse est imparfaite :

De fait, je ne connais rien de ce sacrement !

Joseph

Quelques mots de latin seront bien suffisants !

Andréa

Je crains que vous ayez perdu toute raison…

Votre idée n’est que folle tribulation…

Joseph

Me décevrez-vous par un courage incertain ?

(Après avoir jeté un regard par la fenêtre)

Oh ! Je vois l’Abbé arriver par le jardin !

Revêtez, je vous prie, ce saint accoutrement !

Andréa

Soit, j’y consens par un coupable aveuglement…

Mais ce n’est que pour mieux révéler le burlesque

De ce que je conçois comme une idée grotesque.

Joseph

Je cours à la rencontre du bon Saint-Éloi,

Et trouverai une bonne idée pour, ma foi,

L'inviter à une déambulation

Vous donnant le temps d’entendre confession !

Attendez, Andréa, en ce petit boudoir,

La Marquise est sur le point de venir vous voir !

(Il quitte la pièce par le couloir)

Andréa

Eh ! Parbleu, mais dans quelle équipée excessive

Me suis-je compromis ? Je l’entends qui arrive…

Scène II Marquis de Sertain (en soutane), Marquise de Longval

Élise, Marquise de Longval

Dieu vous bénisse, Abbé, pour ce saint rendez-vous.

Andréa, Marquis de Sertain

(Tirant sur sa capuche et contrefaisant une voix enrouée)

« In nomine patri et spiritis sanctu…1 »

Élise

Seriez-vous sujet, mon Père, à quelque souffrance ?

Voulez-vous remettre à demain nos confidences ?

Andréa

(Continuant toujours à simuler)

Que nenni ! Veuillez, je vous en prie, prendre place…

« Festina lente et in vino veritas.2 »

Élise

Laissez-moi le confort de ce petit prie-Dieu…

Voilà, ainsi agenouillée, je suis bien mieux,

Pour recevoir tout juste à la bonne hauteur

Du ministre de Dieu les plaisantes faveurs…

Andréa

Je vais donc à présent vous entendre à confesse.

Élise

Beau terme que voilà ! Il porte la promesse

De réunir en un seul mot les deux royaumes

Qui de tous temps ont tourné la tête des hommes !

Eh bien, commençons, puisqu’il faut bien commencer :

Bénissez-moi, l’Abbé, parce que j’ai péché.

Andréa

Contez-moi, mon enfant, ce qui pèse en votre âme…

Élise

Oh… Rien qui ne doit être tenu pour un drame…

Hier, c’est dans un hôtel particulier

Que j’ai passé ma fort amusante soirée !

Jugez-en, l’Abbé : j’ai gagné trente louis

En simplement trois courtes partie de rami !

Mais la chance est une compagne versatile…

J’ai perdu cent louis en cinq tours de manille !

Et cinquante de plus au jeu du pharaon !

Mais j’ai pu régler mon dû en montrant téton

À ce charmant vieillard, le Comte de Ferrage :

De sa bouche édentée, il trouva bon usage,

Et le sentir téter mon auguste poitrine

Me remplit d’une humeur maternelle et coquine !

Andréa

(Toussant avec gêne)

Hum-hum ! Ai-je bien ouï ?

Élise

C’est là l’unique chose,

Qui pimente la vie de ce vieillard morose.

N’est-ce donc pas de bonne charité chrétienne

Que donner du plaisir par sa poitrine saine ?

Andréa

(De plus en plus gêné)

Hum ! De fait, le Christ lui-même a tété sa mère…

Lors, on ne saurait vous reprocher de le faire…

Élise

Sans délai, Dieu me rendit cette charité :

Je regagnais vingt-cinq louis au lansquenet !

Andréa

(Dépité)

Les volontés du Seigneur sont impénétrables…

Élise

Et sur ce coup gagnant, le perdant de la table

Se plia à l’un de mes innocents caprices :

À genoux et cul nu, il subit le supplice

De fessées que je lui donnais avec délices !

Sous les coups redoublés, il souffrit d’une trique

À faire envie à tous les ecclésiastiques !

Andréa

(S’étranglant)

Kof !Kof !

Élise

Je vois, l’Abbé, que ces juteux récits

Commencent à bien vous aiguiser l’appétit !

Mais je ne vous ai pas encor tout raconté :

Pour payer un dû de vingt louis à la bassette,

J’ai dû administrer une longue branlette

À un comte anglais doté d’un si vif engin

Qu’il déchargea à flots abondants sur mes seins !

Entre deux distrayantes parties de piquet,

Pendant que je buvais du Champagne au buffet,

Je surpris tantôt le Marquis de Valandières

Sauvagement baiser la jeune chambrière…

Fâcheux manque de savoir-vivre, en vérité !

Nous, aristocrates, forniquer nos valets ?

Soyez bien assuré que c’est un autre comte

Qui régla le soir même, à mon blanc cul, son compte !

Rien ne vaut une partouze entre vrai sang bleu…

D’ailleurs, à ce sujet, amusons-nous un peu…

Auparavant, sonnons une personne aimée,

Qui a le surnom de Manon-la-délurée,

Ma nouvelle demoiselle de compagnie :

Avec cette rouée, tout ennui est banni !

(Elle tend la main et tire le cordon de service)

Il n’est que temps de vous libérer, Saint-Éloi,

De cette soutane où vous êtes à l’étroit.

(Elle tire à elle le Marquis par la ceinture de son vêtement)

Approchez, gent Abbé, que j’ai à mon service

Ce bel engin digne des plus sacrés sévices !

Andréa

(Cherchant à se dégager)

Mais non ! Je… Ah !

Élise

Je vous connus plus volontaire !

Morbleu ! Allez-vous sans détour vous laisser faire ?

Mais ? Vous portez culotte en soie sous la soutane ?!

Serait-ce donc pour dorloter votre queue d’âne ?

Andréa

(Reprenant son contrôle)

Marquise, enfin ! Sont-ce là les bonnes manières ?

Élise

(Stupéfaite)

Cette voix !? Ce refus ? Vous n’êtes pas le père

Saint-Éloi, celui qui me fait la catéchèse,

M’enfile et me ramone, et me tringle et me baise !

Andréa

(Rabattant sa capuche)

Que nenni ! Marquis de Sertain, pour vous servir.

Votre mari me mandata pour découvrir

Quels péchés nécessitaient d’ainsi fréquenter

Un homme qu’il croit tout pétri de probité.

Hélas ! Ce tantôt je vais devoir lui apprendre

De quelle infâmie il ne pourra se déprendre…!

Élise

(Après quelques secondes de réflexion)

Las, Marquis : vous en répondrez sur votre vie !

Andréa

Mais comment osez-vous… ?

Élise

Sachez que mon mari,

Simple nigaud qu’il soit, n’a de maître en escrime

Et qu’il ne reculera devant aucun crime

Pour laver mon honneur, tout autant que le sien !

Andréa

Votre honneur ?! Il parait en état incertain…

Élise

J’irai lui avouer, pleurant de tout mon corps,

Comment vous m’imposâtes la loi du plus fort,

Profitâtes du fait qu’il vous faisait confiance

Pour abuser de moi avec concupiscence.

C’est un mari aimant, qui pour venger mes larmes,

N’hésitera pas à vous passer par les armes !

Andréa

Quelle infamie ! Je lui dessillerai les yeux !

Élise

Vous ne pourrez : il m’aime comme il aime Dieu !

Son aveuglement est une des qualités

Compensant l’ennui de cette union forcée :

Il est vrai, ce mari prude et bigot m’emmerde,

Mais je ne voudrais que ma jeunesse se perde !

Andréa

Cette demeure est une vraie maison de fous !

Vraiment, cette histoire met ma patience à bout…

Puisqu’il en est ainsi, je quitte ce manoir :

Ne pensez plus m’y rencontrer, matin ou soir !

Élise

Je crois tout autrement, que vous allez rester !

Voilà que par votre fait je me vois privée

De l’opportunité de me faire fourbir

Cet étroit canal ne demandant qu’à jouir.

(Avant que le marquis ait pu esquisser un geste,

la Marquise le débraille et se saisit de sa verge)

Voici lors l’instrument qui va vous racheter :

Foutez-moi comme devait le faire l’Abbé !

Pas de protestation : tout juste en mes mains,

Après quelques douceurs, je sens durcir l’engin…

Andréa

Vous avez dans le poignet l’aisance du geste :

Il est aussi adroit que vos propos sont lestes…

Élise

Ce n’est que l’avant-goût de mes lascifs talents :

Péché de chair est mon plus ardent passe-temps !

Andréa

Jamais je n’eus affaire à telle gourgandine !

Il serait vain de se montrer d’humeur mesquine…

Élise

Il est évident que votre vie est en jeu…

Veuillez la racheter par de bons coups de queue !

Andréa

Puisqu’il en est ainsi, bien peu farouche Élise,

Je vais sacrifier à la tâche requise…

(Manon entre à cet instant)

1 « Au nom du père et du saint esprit. » (Approximativement !)

2 « Hâte-toi lentement et la vérité est dans le vin (!) » Nous ne saurions reprocher au Marquis l’usage d’un certain latin de cuisine…

Scène III Marquis de Sertain, Marquise de Longval, Manon

Manon

Me voici, mon amie, offerte à honorer

Ce rendez-vous libertin que vous promettiez !

Sacrebleu ! Mais quel est donc cet hurluberlu ?

Où est passé l’Abbé qui fout si bien au cul ?

Faut-il me résigner au voeu de chasteté ?

Andréa, Marquis de Sertain

C’est une longue histoire…

Élise, Marquise de Longval

Assez, Marquis, assez !

Vous n’êtes point ici pour tenir bavardage,

Mais pour, de votre pieu, fourrer mon coquillage !

(À Manon, tout en s’agenouillant devant le Marquis)

Pour ce tantôt, ce bon Marquis fera l’affaire :

Regardez-voir son boutejoie qui fait le fier !

Je sens l’humidité inonder tout mon con :

Venez tout près de moi, innocente Manon,

De la bouche et des mains branler ce militaire !

(Manon rejoint la Marquise à genoux et toutes deux se mettent à discuter

tout en branlant et suçant tour à tour le Marquis)

Manon

Et dans quel régiment poursuit-il sa carrière ?

Élise

Le Marquis serait-il dans la cavalerie ?

Manon

Son braquemart a, de fait, senteur d’écurie…

Élise

Mais n’a pas la largeur de celle d’un cheval…

Cela me change de la verge abbatiale !

Manon

Peut-être fait-il ses armes comme artilleur ?

Élise

D’un modeste canon il n’a pas la longueur…

Manon

Ni faut-il l’avouer, un imposant calibre !

Élise

J’aimerais trouver des qualités à ce chibre…

Peut-être ce grand colonel d’infanterie

Nous réservera-t-il quelques galanteries ?

Manon

Ô ! Être commandante et passer en revue

Tout un régiment de bandeurs aux sexes drus !

Élise

Enfin… Profitons donc d’une modeste bite

Qui n’a pas la saveur d’un litron d’eau bénite !

Andréa

Marquise de Longval, si je puis me permettre…

Élise

Taisez-vous Marquis ! vous n’êtes là que pour mettre

Votre pine endurcie et fin prête à fourrer !

Monsieur, vous allez me foutre, et non à moitié !

Daignez, douce Manon, procéder à l’office

En humectant de la langue mon orifice…

Vous êtes si bellement douée, ma chérie,

Que ce touchant plaisir a goût de paradis…

Hum… Ainsi… Quel bonheur de branler une pine

Pendant que votre langue agile me butine !

(Elle va se coucher sur le canapé et relève ses jupons)

Voyons à présent ce que vaut la chevauchée

De notre cavalier fouteur improvisé…