Les maladies de l’esprit - Alphonse Esquiros - E-Book

Les maladies de l’esprit E-Book

Alphonse Esquiros

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De tous les phénomènes de la folie, si sombre et si impénétrable elle-même, le plus mystérieux est encore l’hallucination. Un homme voit tout à-coup ce que les autres hommes ne voient pas, il entend ce qu’ils n’entendent pas, il touche ce que leur main ne saurait toucher. Dans cet état de choses, le monde réel est renversé. Jouet de ses sensations maladives, l’halluciné assiste à une existence qui n’est plus qu’une fable. Séquestré le plus souvent dans un établissement d’aliénés, il peuple cette solitude des fantômes de son délire. Autour de lui, les idées s’animent, prennent une forme ; des images dont l’existence est si vivement accusée à ses yeux, qu’elles masquent la présence de tous les objets réels, se montrent à son cerveau ébloui…
Ce livre traite des maladies de l’esprit telles que les hallucinations et les « idioties ». 

À PROPOS DE L'AUTEUR

Henri-François-Alphonse Esquiros est un auteur romantique et un homme politique français. Plusieurs fois député, il fut élu sénateur le 30 janvier 1876 et mourut lors de son mandat.

Admirateur passionné de Victor Hugo, il fréquente de façon intermittente le Petit Cénacle, qui réunit autour de Pétrus Borel les plus célèbres des Jeune-France. Un recueil poétique, "Les Hirondelles" (1834) est favorablement accueilli par la critique. Message d'espérance, ces pièces d'inspiration nettement panthéiste s'efforcent de préserver le fragile équilibre qui hanta la pensée romantique, entre bonheur individuel, idéal socialiste et mystique chrétienne.

De 1834 à 1837, des articles donnés à la France littéraire et à La Presse, où Victor Hugo le fait entrer comme spécialiste des sciences occultes, rendent compte des activités multiples de l'écrivain : salons littéraires, théâtres, cours de la Sorbonne, soirées et bals de l'impasse du Doyenné. Cette période agitée et un peu déréglée engendre un roman philosophique, "Le Magicien" (1837), traduisant ses angoisses et ses incertitudes

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Seitenzahl: 141

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Les maladies de l’esprit.

 

 

 

 

Les maladies de l’esprit 

Les hallucinations et les « idioties »

 

 

 

 

 

 

Alphonse Esquiros

 

 

 

 

 

EHS

Humanités et Sciences

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'hallucination est un état maladif de l'esprit qui, même pendant la veille, prend ses conceptions pour des perceptions. Souvent l'esprit victime d'une hallucination la reconnaît pour telle sans pouvoir pourtant s'en défaire. Les sens, mus ordinairement par la perception extérieure, sont mus en effet à ce moment-là par l'intérieur, et la sensation est réelle si l'objet de cette sensation ne l'est pas.

(Emile Durkheim, Cours de philosophie)

 

 

 

Chapitre I

De l'hallucination et des hallucinés

 

I.

Quand on entre pour la première fois dans un établissement d’aliénés, on se croit le jouet d’un rêve pénible : une pitié douloureuse, un effroi glacial vous oppressent. La raison doute d’elle-même et ne trouve plus sa route dans ce monde nouveau dont toutes les images sont bouleversées. Les aliénés ne ressemblent pas aux infirmes qu’on rencontre dans les autres établissements, et chez lesquels le corps languit : ici c’est l’hôpital de l’âme. Regardez autour de vous : dans ces créatures effacées, l’ombre de l’homme, souvent même celle de l’animal, se montre à peine. La figure du monde est voilée pour elles ; les éléments de l’intelligence sont rentrés dans le chaos. Est-il une douleur égale à cette douleur infinie ? Nous sommes ici dans la cité lamentable. L’esprit a précédé ces êtres humains dans la mort ; ils existent, et ils ne vivent déjà plus. Le médecin passe, il parle d’eux devant eux, et ces malades l’écoutent sans le comprendre. Quelquefois la vanité accourt à sa rencontre et se drape coquettement dans quelques haillons pour attirer des regards qui se détournent tristement. Souvent encore ce sont chez les femmes, les plus chastes vertus de leur sexe qui succombent dans une lutte douloureuse avec le délire. On les voit affecter des poses et des gestes cyniques. Ces actes, dont la volonté est absente, sont parfois accompagnés des rougeurs pénibles de la honte. Que faire à de semblables maux ? Le médecin assiste dans le plus grand nombre des cas, témoin triste et impuissant, à un désordre qu’il n’est point au pouvoir de l’homme de réparer. Le penseur trouve un attrait mêlé d’amertume dans la contemplation de ces infirmités morales que la main de Dieu semble couvrir à dessein d’un voile impénétrable. Une curiosité inquiète et grave, unie à une compassion immense, nous entraîne comme malgré nous sur le bord de cet abîme où s’agitent toutes les calamités de l’esprit, et d’où sortent des accents de colère, des plaintes et des gémissements.

De tous les phénomènes de la folie, si sombre et si impénétrable elle-même, le plus mystérieux est encore l’hallucination. Un homme voit tout à-coup ce que les autres hommes ne voient pas, il entend ce qu’ils n’entendent pas, il touche ce que leur main ne saurait toucher. Dans cet état de choses, le monde réel est renversé. Jouet de ses sensations maladives, l’halluciné assiste à une existence qui n’est plus qu’une fable. Séquestré le plus souvent dans un établissement d’aliénés, il peuple cette solitude des fantômes de son délire. Autour de lui, les idées s’animent, prennent une forme ; des images dont l’existence est si vivement accusée à ses yeux, qu’elles masquent la présence de tous les objets réels, se montrent à son cerveau ébloui. Certes, une telle calamité mérite qu’on s’y arrête et qu’on l’envisage sérieusement. Ce n’est pas seulement la médecine, c’est la psychologie qui est intéressée à bien connaître ce phénomène, et les deux points de vue se touchent ici de trop près pour qu’il soit possible de les séparer. L’halluciné se montre aux yeux du moraliste ce qu’il est aux yeux du médecin, un malade sans doute, mais un malade d’un ordre supérieur, chez lequel le trouble des fonctions vitales s’élève directement jusqu’à l’âme. Le jour où la philosophie descendra avec son flambeau dans l’étude des affections mentales, elle rencontrera une ample matière à observations nouvelles. Comme dans une ville détruite on découvre çà et là des monuments qui portent l’empreinte du génie de la nation éteinte, ainsi dans ces grands ravages de la folie on retrouve partout sur les ruines de nos facultés la trace du principe immortel qui les animait.

De toutes les formes du délire, l’hallucination est peut-être celle qui, à notre avis, dévoile le mieux, par le trouble même des sensations, le principe moral de notre nature. L’halluciné communique avec des esprits ; il parle, si l’on ose ainsi dire, avec ses idées ; il habite un monde invisible où il transporte souvent toutes ses affections. L’excès d’une faculté quelconque prouve du moins l’existence de cette faculté. Quand le sévère Broussais, entraîné, vers les derniers temps de sa vie, à la doctrine de Gall, rencontrait sur le cerveau de l’homme l’organe de la surnaturalité, il s’étonnait ; la pensée du grand chef d’école, si souvent entachée de matérialisme, se demandait comment la nature avait pu mettre en nous une fonction sans usage, ou qui ne s’exerçait que sur des chimères. Sous ce rapport du moins il avait raison de s’étonner. Que serait une faculté sans objet, et comment le prévoyant auteur des choses aurait-il mis dans la tête de l’homme une force qui ne répondrait à rien ? C’est assurer notre âme de l’existence d’un monde invisible, que de lui en donner l’idée et de lui en faire sentir le besoin.

Plusieurs travaux récents témoignent de l’importance qu’attache de nos jours la science médicale à l’étude des hallucinations. L’examen de ces travaux nous permettra de préciser l’état actuel de nos connaissances sur quelques points relatifs à ces affections mystérieuses ; nous serons par là mieux préparé à considérer ce phénomène en lui-même, dans ses causes, dans ses formes, dans ses rapports avec l’histoire et avec la législation, dans ses changements climatériques, enfin dans la résistance qu’il oppose aux divers traitements.

Les hallucinations sont aussi anciennes que le genre humain ; mais voici à peine un demi-siècle qu’elles sont entrées dans la science. Rattachées à diverses causes surnaturelles, attribuées ici an principe du bien et là au principe du mal, elles ont rencontré des fortunes très diverses. Dans le premier cas, elles se trouvaient encouragées, honorées, consultées : dans le second, elles étaient réputées criminelles et encouraient toute la sévérité des lois. Au moyen-âge, ces phénomènes étaient rapportés tantôt à Dieu et tantôt au diable, quelque fois même à l’un et à l’autre, suivant les juges, les évènements et les lieux : témoin Jeanne d’Arc, inspirée en-deçà du détroit, sorcière au-delà. La théologie avait partout devancé la médecine dans la connaissance des faits ; les procès-verbaux des cours de justice et les ouvrages des anciens casuistes contiennent des exemples d’hallucination fort bien décrits : on n’errait alors que sur l’interprétation des causes. En vain la médecine essayait-elle quelquefois de réclamer au nom des lumières. Comme les faits n’avaient pas encore été transportés sur leur véritable terrain ; le sol de la discussion tremblait à chaque pas. La théologie avait d’ailleurs entre les mains un dernier argument devant lequel la raison humaine se taisait : ce dernier argument était le bûcher. Tous les faits existaient, mais le lien qui devait les réunir à la science n’était pas encore trouvé. Il fallait, pour amener ce résultat, une révolution dans les idées. Le mouvement philosophique du dernier siècle, en renversant les barrières d’un monde surnaturel, remit la médecine en possession de son domaine. Disciple et continuateur du fameux Pinel, qui avait si largement ouvert la route, M. Esquirol est le premier qui ait nommé, décrit et analysé l’hallucination comme un des éléments de la folie.

Ce médecin célèbre s’avança timidement sur le nouveau théâtre de ses propres observations. Sans méconnaître la présence des hallucinations dans un grand nombre de maladies mentales, il ne sépara pas toujours assez nettement ce phénomène des autres éléments du délire, et ne lui attribua qu’une part trop faible dans les actes des aliénés. En veut-on un exemple ? Lorsque M. Foville succéda dernièrement à M. Esquirol dans le service de la maison royale de Charenton, il trouva chez les malades classés par son illustre devancier un nombre prodigieux de monomanes et très peu d’hallucinés. Or, à peine M. Foville eut-il appliqué dans cet établissement son contrôle aux différents cas de folie, que le nombre des monomanes diminua sensiblement ; ils ont aujourd’hui presque entièrement disparu, et le nombre des hallucinés a augmenté dans la proportion inverse. Ce désaccord entre deux hommes si considérables dans la science mérite une explication. M. Esquirol, quoique adversaire constant et amer de la doctrine de Gall, se laissa entraîner comme malgré lui aux idées du physiologiste allemand quand il admit toute une classe de délires agissant sur une seule faculté. On connaît la doctrine de l’homme que nous venons de citer. Le docteur Gall posa son doigt sur le cerveau et osa dire, après d’autres il est vrai, mais avec une force de conviction nouvelle : Ici l’on pense ! S’il se fût arrêté à cette proposition générale ; il eût rencontré peu de contradicteurs, mais il eût aussi peu remué la science. Gall s’avança plus loin : il traça sur le cerveau vingt-sept départements dans lesquels il localisa les principales facultés de l’homme. M. Esquirol combattit la prétention de Gall à reconnaître sur le cerveau l’empreinte de nos dispositions morales ; mais il fléchit, à son insu, sous les idées dominantes de son adversaire, quand il conçut l’existence des monomanies. Une folie, circonscrite de manière à n’affecter qu’une faculté unique, suppose en effet dans le cerveau la présence de forces distinctes, solitaires, indépendantes les unes des autres. C’est cependant sur cette base, empruntée à la théorie de Gall, que M. Esquirol établit les impulsions soudaines de certains aliénés à détruire leurs semblables ou à se détruire eux-mêmes. Dans cette manière de voir, il se croyait en outre appuyé sur des faits. Tel homme a tué, sans provocation, sans cause connue, sans intérêt aucun : monomane suicide ! Tel autre a incendié sa maison ou celle de son voisin, sans motif : pyromane ! Ces autres insensés ont voulu commettre des viols, des incestes : monomanes érotiques ! C’est ainsi que M. Esquirol classait ses cas de folie sur les actes et sur les manifestations superficielles des aliénés.

Les mêmes faits, plus sévèrement analysés, ne donnèrent point à M. le docteur Foville les mêmes résultats. Il découvrit.que les actes des aliénés, rapportés par M. Esquirol à une certaine disposition du délire, reconnaissaient le plus souvent une autre cause, un autre mobile, l’hallucination. Cet homme s’est tué, d’accord ; mais était-ce pour obéir à une impulsion aveugle ou pour se soustraire au supplice de ses sensations faussées par la maladie ? M. Foville ne tarda pas à rencontrer une sensation fausse derrière la plupart de ces actes extraordinaires, que, dans l’ignorance de toute autre cause, on avait attribués à une force secrète de la nature. En voici un exemple récent : M…, d’un esprit distingué, employé dans une administration du gouvernement, se présente chez un de ses chefs, et lui tire à bout portant deux coups de pistolet ; il essaie ensuite de se détruire par le même moyen. Toutes ces balles manquent heureusement le but que la main leur marquait. Si cet homme fût tombé dans le service, de M. Esquirol, son arrêt était dicté d’avance : monomane homicide ! En remontant vers l’origine de la maladie, on arrive pourtant à un autre motif de détermination que le besoin de tuer. M… commence par sentir ses aliments empoisonnés. L’esprit travaille sur cette sensation, et les actes de la vie s’y conforme cet homme évite les tables d’hôte, se nourrit à l’écart d’aliments préparés par ses mains. Bientôt, comme la fausse sensation continue, il porte plus loin ses précautions ; il fait traire devant ses yeux le lait qu’il doit boire, ne mange presque plus que des fruits, et encore rejette ceux dont la peau est entamée. Voilà un homme particulier, bizarre ; nul n’ose encore dire : Voilà un fou. Comme tous les pays lui sont insupportables, il demande à changer continuellement de résidence, sans jamais s’en trouver mieux. Le mal n’était pas, en effet, dans tel ou tel pays ; il était dans le sens dépravé de ce malheureux, qui trouvait partout le goût du poison. M… s’était figuré plusieurs fois M. D…, son chef, comme l’auteur des attentats qui le suivaient de ville en ville. Il résiste durant deux années ; enfin, vaincu par les traitements intolérables de son persécuteur, il se détermine à se faire justice. Il n’y a point ici de force interne de destruction en mouvement ; il y a une erreur des sens qui entraîne la volonté.

M. Foville n’eut pas de peine à recueillir un grand nombre de faits analogues. Dès-lors il fallut reconnaître l’importance des hallucinations et l’influence qu’elles exercent sur les déterminations du délire. Le phénomène, mieux compris, fut aussi mieux étudié. A côté des travaux du médecin en chef de Charenton, nous devons citer les ouvrages sur les maladies mentales de MM. Falret, Voisin et Lélut, où l’on trouve des faits intéressants d’hallucination liés aux différents genres de folie. Une nouvelle direction morale s’est dernièrement révélée sur le terrain de la médecine des aliénés ; à la tête de cette direction éminemment spiritualiste se place un homme remarquable, M. Leuret. Cet habile psychologue a traité de l’hallucination dans ses ouvrages sur la folie ; mais jusqu’au dernier livre de M. Brierre de Boismont, on n’avait pas isolé ce phénomène des autres symptômes du délire. C’est une tentative qui mérite d’être discutée. M. Brierre de Boismont est un partisan déclaré de la doctrine qui, en médecine comme en philosophie, nous parait devoir porter le nom de spiritualisme. En étudiant les causes, les formes et le rôle historique de l’hallucination, nous rencontrerons sur notre route les travaux de ces divers médecins. M. Leuret nous représentera dans cet examen le côté raisonnable et modéré des doctrines spiritualistes ; M. Brierre nous en montrera quelquefois les exagérations et les écarts.

 

I. – DES PRELUDES ET DES CAUSES DE L'HALLUCINATION

Les médecins physiologistes n’avaient point assez cherché, à notre avis, les racines de la folie dans l’état normal de l’homme. Pour nous en tenir ici à l’hallucination, il n’est pas douteux que l’analogue de ce phénomène existe dans l’état de raison, qu’il se manifeste journellement et qu’il forme même un des charmes de notre nature. Tout le monde sait que le cerveau renouvelle la présence des objets absents par l’image de ces objets. Il y a certaines circonstances qui favorisent le réveil de nos impressions anciennes, telles que la solitude, les ténèbres, la promenade. Nous retrouvons ce phénomène très marqué chez les poètes et les artistes. La nature portait sur les sens de Jean- Jacques Rousseau un enivrement qui se communiquait à l’âme ; ce n’étaient bientôt plus les arbres, les ruisseaux, les rochers de l’Hermitage qu’il voyait, mais Saint-Preux, mais Sophie, et les autres figures de son invention. Le plaisir que l’âme trouve dans l’exercice de cette faculté l’excite à en faire souvent usage. En imaginant de la sorte, nous ajoutons de la durée aux choses qui nous plaisent et qui ne sont plus. Ces fantômes de notre mémoire acquièrent une vie artificielle ; nous les arrangeons à notre manière et nous leur donnons dans nos rêves ce qui leur manquait autrefois pour nous séduire. Par une autre disposition familière à notre esprit, nous détachons de l’ensemble des grands objets certaines empreintes qui se fixent isolément dans le cerveau et qui servent à nous reproduire le tout. C’est ainsi que nous nous représentons une ville par un monument, une circonstance de la vie par un des détails accessoires qui s’y rattachent, une idée par le signe qu’elle a marqué dans notre mémoire. L’imagination est de la sorte une perpétuelle faiseuse d’hiéroglyphes. Si maintenant nous rapprochons ces actes ordinaires du cerveau des hallucinations propres à l’état de folie, nous trouverons que ces dernières diffèrent seulement par l’excès et par l’intensité du phénomène. Tandis que dans l’état de raison l’image conserve rarement la vivacité de l’original, le cerveau en délire donne au contraire à ses peintures une force plus grande que celle de la réalité même. La faculté de créer, la plus sublime de toutes, puisqu’elle nous égale en quelque manière à l’auteur des êtres, l’emporte tout à coup sur celle de percevoir, et s’égare si bien dans ses intempérances, que, pour avoir voulu rivaliser avec Dieu les hallucinés ne sont même plus des hommes.