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Dieu n'est pas mort ; il a pris d'autres formes sous d'autres vocables : Main Invisible, Marché, Entreprise, Démocratie, Climat. Les transcendances sont nouvelles mais ont conservé tout leur archaïsme.
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Seitenzahl: 39
Veröffentlichungsjahr: 2015
Du même auteur
Complainte d’une femme mariée, BOD, 2009
L’atéchisme, BOD, 2010
Prendre le Maquis, BOD, 2011
Élections 2012, abstention ou complicité ? BOD, 2012
Dictionnaire sans prétention de l'économie prétentieuse,
BOD 2012
Le mensonge de Marie, BOD, 2013
De l'incompétence des peuples en démocratie, BOD, 2013
Dictionnaire commenté des phobies, LULU, 2014
Procès de François Hollande, LULU, 2014
"L'avenir est la seule transcendance des hommes sans Dieu."
Albert Camus
Du même auteur
Epigraphe
Début du texte
I - Les nouvelles transcendances
Le Marché
L'entreprise
Le Climat
La dette
La croissance
La démocratie représentative
II - L'immanence
Début du texte
Dans les temps anciens, il fallait invoquer les dieux pour que la pluie ne fasse pas défaut aux plantes. Les rituels étaient orchestrés par les pouvoirs spirituels (chamanes, sorciers et autres prêtres). L’homme a un jour compris les phénomènes météorologiques ; a-t-il arrêté de prier pour autant ? Il a trouvé d’autres objets à ses prières, la santé, le bonheur, l’amour, la vie éternelle… Il a beau constaté qu’aucune de ses prières, aussi fervente soit-elle, n’affecte le réel, il prie, il invoque une puissance dont il ne dispose pas pour s’extraire de cette matière souffrante et mortelle. Il s’en remet à ce qu’il imagine le dépasser, à un contraire immortel qui ne se montre qu’aux fous ou aux enfants.
Il semble qu’il faille une croyance en une transcendance pour faire société. Il semble parallèlement que les pouvoirs entretiennent celle-ci pour perdurer. De tout temps le chamane fut le complice du souverain, l’un pour entretenir les croyances, l’autre pour légitimer son pouvoir. L’annonce de la mort de Dieu ne fut qu’un espoir vain pour ceux qui y voyaient la fin d’une aliénation.
Bien sûr, Dieu n’est plus la transcendance "phare". Les pouvoirs ont imaginé d’autres croyances (la "Main Invisible", le marché, l'entreprise, la croissance…) qui ont gardé les mêmes caractéristiques archaïques des croyances originelles. Les temps ne sont jamais aussi "modernes" que nous le pensons.
Une transcendance est une explication du hasard, elle tend à donner un sens au sort. Elle invite à un retour aux origines inhumaines conférant à la vie terrestre un instant entre deux éternités, un mauvais moment à passer. Né d’une volonté divine, soumis à celle-ci, l’homme est le dessein du démiurge. Ce qui nous dépasse nous guide, ce qui est invisible nous aspire, ce qui est tout-puissant nous conduit.
La transcendance se rend accessible aux mortels par l’intermédiaire de récits, déclarés sacrés, dont les experts livreront aux fidèles la bonne interprétation. Une multitude d’exégètes s'est penchée sur les écrits y trouvant une vérité absolue, un sens caché et un nombre suffisant d’interprétations possibles pour que les récits s’actualisent.
La transcendance définit la morale ; règles qui viennent d’un haut impénétrable et qui scindent les hommes en deux catégories : les élus et les pécheurs ou les justes et les impies ou encore les sauvés et les condamnés. Le jugement, avant qu’il soit dernier, est prononcé par les prélats au nom d’une autorité céleste.
La transcendance est parfaite par essence ; l’homme est imparfait par nature, il détient au fond de lui un mal originel qu’il devra combattre sa vie durant pour espérer être sauvé ou guéri c’est selon. Détenteur du mal, l’homme est coupable à la naissance ; forts de cette culpabilité, les pouvoirs pénètrent l’intimité pour règlementer les comportements et les pensées. Ainsi l’aliénation est totale et la conscience de celle-ci disparait.
La transcendance, pour répandre ses faveurs, exige des sacrifices, qu’ils soient individuels ou collectifs ; ils sont ritualisés : procès staliniens, plans sociaux capitalistes, austérité économique succédant aux bûchers, aux supplices en tout genre, à l’excommunication pour la plus légère des peines.
La transcendance est servie par ses thuriféraires : experts, prélats, journalistes, sorciers, chargés de conserver la pureté du dogme ; il convient pour les affidés de défendre l'intégrité de la liturgie et de lutter contre les hérésies. Mise à l’index, buchers médiatiques, occupation des esprits par la propagande, refus des alternatives, lobbying ; la propagation de l’idéologie transcendantale suit une véritable stratégie de combat dans le but de s’accaparer les pouvoirs, de les influencer et de s'emparer des esprits.
Les nouvelles transcendances se parent de rationalité pour dissimuler leur dogme parfaitement irrationnel. Elles tentent de donner tort au réel pour préserver leur vérité idéologique par des discours fallacieux, mensongers, ineptes, assénés jour après jour afin de ne pas désespérer les croyants. Comprendre les transcendances, c'est se donner une chance de liberté. Comprendre les transcendances pour mieux les désarmer et retrouver une immanence perdue.
I
Les nouvelles transcendances
