Les origines de l’Odyssée - Victor Bérard - E-Book

Les origines de l’Odyssée E-Book

Victor Bérard

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Beschreibung

Les fouilles et les découvertes archéologiques à Troie, Mycènes,… n’ont pas eu pour seul résultat de mettre dans les vitrines de nos musées les curieux monuments de la civilisation mycénienne : le problème homérique en a été complètement renouvelé. L’Épopée homérique, a éclairé les découvertes de cette archéologie préhellénique. Et, réciproquement, cette archéologie a élucidé ou mis en valeur bien des détails, bien des mots, bien des épisodes de l’Épopée, que l’explication littérale ou littéraire des philologues n’avait pas compris.
Grâce aux fouilles mycéniennes, les héros homériques sont aujourd’hui plus proches de nous. Nous pouvons aujourd’hui voir le bouillant Achille, le vieux Priam, Pénélope et le Roi des Rois en leurs costumes, en leurs armures, en leurs parures, dans leurs palais. Je crois qu’il est temps de pousser encore plus loin cette reconstitution du monde homérique…
L’Odyssée est une mine de renseignements précis. C’est un document géographique. C’est la peinture poétique, mais non pas imaginaire, d’une certaine Méditerranée avec ses habitudes de navigation, ses théories du monde et de la vie navale, sa langue et ses Instructions nautiques, comme disent nos marins. Grâce aux poèmes odysséens, cette Méditerranée peut être étudiée scientifiquement, datée avec une approximation précise, et remise à son rang, dans la série des Méditerranées historiques...
Ce livre explore les origines de l’Odyssée.





À PROPOS DE L'AUTEUR

Victor Bérard (1864–1931), helléniste, diplomate et homme politique français, est célèbre pour sa traduction rythmée de L’Odyssée d’Homère. Ancien élève de l’École normale et membre de l’École française d’Athènes, il s’engagea pour la défense des minorités dans l’Empire ottoman. Sénateur du Jura, il présida la commission des affaires étrangères. Passionné par Homère, il tenta de retracer les itinéraires d’Ulysse lors de nombreux voyages, associant érudition, exploration et photographie documentaire.

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Seitenzahl: 132

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Couverture

Les origines de l’Odyssée

Chapitre I

KALYPSO

I

Les fouilles des Schliemann et des Evans, les découvertes archéologiques à Troie, Mycènes, Tirynthe et Knossos, et les grands travaux des Helbig, des Perrot, des S. Reinach, des Pottier et des Dörpfeld, n’ont pas eu pour seul résultat de mettre dans les vitrines de nos musées les curieux monuments de la civilisation mycénienne : le problème homérique en a été complètement renouvelé. L’Épopée homérique, grâce à W. Helbig, a éclairé les découvertes de cette archéologie préhellénique. Et, réciproquement, cette archéologie a élucidé ou mis en valeur bien des détails, bien des mots, bien des épisodes de l’Épopée, que l’explication littérale ou littéraire des philologues n’avait pas compris. Grâce aux fouilles mycéniennes, les héros homériques sont aujourd’hui plus proches de nous, peut-être, que les Roland et les Turpin de nos Chansons de geste. Nous pouvons aujourd’hui voir le bouillant Achille, le vieux Priam, Pénélope et le Roi des Rois en leurs costumes, en leurs armures, en leurs parures, dans leurs palais. Je crois qu’il est temps de pousser encore plus loin cette reconstitution du monde homérique. Si les personnages, sortis du rêve et de la légende, se dessinent nettement sur la toile historique, on peut dire que les fonds et les paysages restent encore perdus dans la brume, sous la poussière des contes accumulés. Mais une patiente étude de l’Odyssée m’a prouvé que ces paysages n’étaient ni moins réels ni moins faciles à retrouver que les héros eux-mêmes ; après huit ou dix ans de recherches, je crois pouvoir offrir au public les authentiques photographies du Kyklope et des Sirènes, de Kirkè et des Lestrygons, de Charybde et de Kalypso.

L’Odyssée est une mine de renseignements précis. Ce n’est pas l’assemblage de contes à dormir debout que les vains littérateurs nous présentent. C’est un document géographique. C’est la peinture poétique, mais non pas imaginaire, d’une certaine Méditerranée avec ses habitudes de navigation, ses théories du monde et de la vie navale, sa langue et ses Instructions nautiques, comme disent nos marins. Grâce aux poèmes odysséens, cette Méditerranée peut être étudiée scientifiquement, datée avec une approximation précise, et remise à son rang, dans la série des Méditerranées historiques. Car l’histoire méditerranéenne peut se comparer à un terrain sédimentaire où, couches par couches, les marines successives ont laissé leurs traces. Ces dépôts, plus ou moins épais, sont de nature et de teintes différentes. Ils ont des traits communs ; mais chacun d’eux a aussi des particularités caractéristiques qui permettent de le reconnaître et de le remettre à sa place.

Sous nos yeux, l’une de ces couches méditerranéennes est en train de se déposer. Depuis le commencement du XIXe siècle, les Anglais ont conquis la direction du trafic méditerranéen. Leurs termes de marine et de commerce, leurs marchandises et leurs modes, leurs mesures et leurs habitudes de navigation ont pénétré de Gibraltar à Alexandrie. La Méditerranée actuelle tient, comme en suspension, ces matériaux anglais, qui se déposeront quelque jour et passeront à l’état de sédiments, quand une autre puissance, — allemande, française ou italienne, — reprendra le dessus. On pourra étudier alors les gisements anglais autour de Gibraltar, de Malte, de Smyrne, de Chypre et du canal de Suez. Cette couche anglaise recouvrira presque partout le terrain français des XVIIIè et XVIIè siècles, installé déjà sous le flot anglais. Avant les Français, les Italiens avaient eu cinq ou six siècles de monopole : une épaisse couche italienne est encore visible en certains points. A leur tour, les Italiens avaient eu comme prédécesseurs les Arabes : on peut dire que cette période arabe, qui dura deux ou trois siècles, nous est presque inconnue, non pas faute de documents, mais faute d’exploration et d’étude. Il en est de même de la couche byzantine, qui, sous le mince feuillet arabe, nous conduit aux bancs épais, compacts et uniformes, des Romains et des Grecs : nous la connaissons très mal et nous l’étudions très peu. Sous elle, au contraire, les terrains de l’époque classique nous sont familiers : nous en reconnaissons à première vue les échantillons et les fossiles ; Alexandrie et Laodicée, le Méandre et le Tibre, Rhodes et Marseille, Ostie et Panorme parlent à tous nos souvenirs. C’est l’arrière-fond de notre science historique. Ce sont là, croyons-nous, les plus vieux terrains de l’histoire méditerranéenne.

Mais considérez un peu cette couche gréco-romaine, et tout aussitôt, dans les gisements les plus anciens, une étude, même superficielle, vous fera reconnaître des débris qui ne sont pas contemporains de la masse, qui n’ont pas glissé là non plus d’une couche postérieure, mais qui doivent provenir d’une couche plus ancienne encore. Ce sont : ou des noms de lieux qu’aucune étymologie grecque ni latine ne parvient à expliquer, Ida, Samos, Korinthos, Salamis, Rhéneia, Kasos, Massicus, Cumae, Oinotria, etc., ou des situations de villes contraires à toutes les théories des Grecs : Tirynthe, Chalcédoine, Astypalées, etc. ; ou des systèmes politiques, des amphictyonies de sept ports, dont la politique grecque ne donne ni le modèle ni la clef ; ou des routes de commerce jadis suivies on ne sait par quelles caravanes et abandonnées, semble-t-il, du jour où le peuple grec, maître de ses destinées, eut la conscience de ses propres besoins. Si, mis en éveil par ces constatations, vous cherchez quelque lumière dans le plus vieux document géographique des Grecs, je veux dire dans l’Odyssée, vous y retrouvez bientôt les mêmes mots et les mêmes phénomènes incompréhensibles. Noms, routes, habitudes, conceptions, théories, l’Odyssée ne semble pas grecque. Elle est du moins pleine de souvenirs qui semblent anté-helléniques, parce qu’ils sont anti-helléniques, contradictoires à tout ce que nous savons de la langue, de la pensée, de la vie et de la civilisation grecques. A s’en tenir même au ton général de l’Odyssée, Gladstone déjà remarquait avec raison combien les belles formules homériques de politesse, — « j’ai l’honneur d’être fils d’un tel, » par exemple, — sont étrangères à ces ignorants du protocole qu’ont toujours été et que sont encore les Hellènes.

Or les Anciens savaient qu’avant les marines grecques, des marines levantines, syriennes, avaient établi leur empire de la mer, leur « thalassocratie, » sur presque tous les rivages méditerranéens : de Sidon à Cadix, de Tyr à Mégare et à Thèbes de Béotie, les Kadmos et les Danaos de Phénicie ou d’Egypte avaient étendu leurs explorations et leur commerce. Cette tradition paraît digne de foi. Sous la couche grecque, en effet, il semble que la Méditerranée recèle une couche sémitique : les sites, d’une part, et les noms de lieux, de l’autre, peuvent fournir d’indiscutables témoins. Les noms de lieux, surtout, méritent une étude soigneuse, quand ils se présentent sous forme de doublets, c’est-à-dire quand deux vocables, accouplés pour désigner un seul et même lieu, ne semblent en réalité qu’un seul et même nom en deux langues différentes, si bien que l’un des deux apparaît comme un original et l’autre comme une traduction.

A travers toutes les mers et sur tous les continents, chaque fois que deux peuples se succédèrent dans la possession des champs ou l’exploitation du commerce, ce phénomène des doublets géographiques reparaît. Partout et toujours, les nouveaux occupants adoptent, en partie du moins, l’onomastique de leurs prédécesseurs. Ils traduisent les noms d’autrui dans leur propre langue ; mais souvent ils conservent aussi ces mêmes noms dans la langue d’autrui : leur géographie nous transmet ainsi la vieille onomastique en partie double, le mot original à côté de sa traduction. Quand les Italiens de Venise, de Florence ou de Gênes, commencent l’exploitation de l’Archipel byzantin, ils reçoivent des marines grecques le nom de Montagne-Sainte pour l’Athos peuplé de couvents orthodoxes : ils disent en italien Monte-Santo ; mais leurs cartes, portulans et miroirs de la mer conservent aussi le nom grec Hagion Oros. Quand les Espagnols, Italiens et autres Latins entreprennent la découverte et la « marchandise » du Nord de l’Afrique, les Arabes leur apprennent qu’au delà du Sahara ou Grand Désert, s’étend le Pays des Nègres, Belad-es-Soudan : les Latins traduisent en Nigritie l’original arabe, mais ils n’oublient pas cet original, et nos cartes récentes écrivent encore « Soudan ou Nigritie. »

Ces doublets géographiques peuvent être d’un grand secours pour l’étude de la Méditerranée préhellénique, et ils apportent avec eux une certitude presque absolue. L’étymologie d’un nom isolé peut toujours sembler douteuse ou improbable : même démontrée, elle n’est que seulement vraisemblable ; par suite, l’origine d’un nom isolé reste toujours incertaine. Mais, en présence d’un doublet, la certitude s’impose. Il est bien évident, et d’une évidence immédiate, universelle, que, des pays s’appelant à la fois Soudan et Nigritie, Tcherna-Gora et Monte-Negro, si de ces noms les uns signifient dans les langues latines le Pays des Nègres ou la Montagne-Noire et si les autres, expliqués par une étymologie arabe ou serbe, nous ramènent au même sens, il est évident que tour à tour ces pays furent au contact des Latins et des Arabes ou des Latins et des Slaves et que deux commerces ou deux civilisations s’y sont succédé : quand nous n’aurions aucun autre indice de la pénétration arabe en Afrique et serbe dans l’Adriatique, nous pourrions affirmer encore qu’il fut un temps où le Pays des Nègres connut des marchands ou des conquérants arabes, et où la Montagne-Noire fut au pouvoir d’un peuple serbe.

Or la Méditerranée primitive est peuplée de doublets gréco-sémitiques. De Chypre à Cadix, ces doublets jalonnent les routes du vieux commerce phénicien. Une ville chypriote s’appelle Soloi et Aipeia, parce que le mot sémitique saloe ou soloe veut dire les roches et que le mot grec aipeia signifie l’escarpée. De même sur les côtes de Sardaigne, un îlot porte durant l’antiquité les trois noms de Énosim, Hiérakon nèsos, et Accipitrum insula. Les deux derniers sont faciles à comprendre et à reconnaître : ils sont grec et latin et signifient tous deux l’Île des Eperviers Mais le premier, expliqué par une étymologie sémitique, ramène encore au même sens ; il est aussi formé de deux mots : e, ai ou i, en hébreu et en phénicien, signifie la terre, l’île, et nosim est le pluriel de nis ou nous qui signifie l’épervier. Cette île des Eperviers est située dans la rade de Carloforte que fréquentent les bancs de thon et les bandes d’oiseaux de proie qui les suivent. Les éperviers ou faucons sardes sont toujours demeurés célèbres : longtemps cette côte de Sardaigne paya en faucons son tribut aux rois espagnols.

Répandus dans toute la Méditerranée antique, les doublets gréco-sémitiques sont plus fréquents dans les eaux grecques. Toutes les îles grecques, ou presque toutes, nous en ont conservé quelqu’un. Il suffirait de réunir en liste les noms insulaires de l’Archipel. Chaque île grecque a deux noms pour le moins. La même île se nomme à la fois Ortygia et Dèlos, Kallistè et Thèra, Akhnè et Kasos, Kéladoussa et Rhèneia, etc. L’un de ces noms, authentiquement grec, a pour nous une signification très claire : Kéladoussa est l’Ile Hurlante ; Akhnè est l’Ile de l’Écume. L’autre nom devient aussi clair et nous rend la même signification, quand nous l’expliquons par le vocabulaire sémitique : Rhèneia en hébreu est le Hurlement, et Kas est l’Écume. Etudiez l’un de ces doublets à l’aide de l’Odyssée et des Instructions nautiques : vous percevrez les raisons ou visions de marins d’où sortit cette onomastique.

Prenez, par exemple, le doublet Amorgos-Psychia. Entre les côtes de l’Asie Mineure et les côtes de la Grèce, le pont des Cyclades n’est interrompu que par le large canal qui sépare Icaria de Myconos, Amorgos de Léros, Astypalée de Kos. Les autres chenaux insulaires sont sans largeur ; ce canal médian est, au contraire, un « abîme de mer, » comme dit l’Odyssée. En son milieu cependant, entre Amorgos et Léros, la traversée en est rendue moins longue par deux îlots rocheux qui le barrent et qui peuvent, quelques instants, servir d’abri. Aussi, pour atteindre les îles et les côtes helléniques, les marins orientaux choisissent de préférence cette traversée entre Léros et Amorgos, et cette dernière île leur offre, après ce long trajet, un reposoir assuré avec de bons ports et des aiguades.

La côte Sud d’Amorgo, disent les Instructions, est une succession de falaises énormes d’une grande hauteur, d’où les rafales tombent avec fureur pendant les coups de vent de Nord, balayant l’eau en écume. Les navires qui longent cette côte devront s’en tenir à grande distance ; on n’y trouve ni abri ni mouillage. Mais la côte Nord offre deux bons mouillages. Port Vathy (le Port Profond) est un petit port sûr, bien que les coups de vent de Nord-Est y soient violents. Mais la tenue est bonne et les navires y sont à l’ancre en sûreté. Il n’y a aucun écueil à redouter en entrant dans le port, car le rivage est accore tout autour. A l’extrémité Nord-Est d’Amorgos, la baie de Santa-Anna a trois quarts de mille de profondeur et près de un mille et demi de largeur au fond, où il y a une plage de sable et quelques maisons isolées. Elle est ouverte à l’Ouest et a de grands fonds. Cependant un navire pourrait en cas de nécessité mouiller dans le Nord-Ouest. Un ruisseau de bonne eau douce se jette dans la baie.

L’Amorgos des Anciens avait ses deux ports à Santa-Anna et à Port Vathy. Sur les sables de Santa-Anna, c’était le port grec d’Aigialè, la Plage. Dans le cercle profond de Port Vathy, c’était une ancienne Halte phénicienne, une Minoa. L’île entière portait les deux noms de Amorgos et de Psychia. Le premier est incompréhensible en grec. Le second signifie l’Ile du Souffle ou du Frais. Un texte d’Hérodote nous donne la juste valeur de ce terme dans la langue des navigateurs : « La flotte arrivée sur cette plage, on souffla et l’on hala les navires à sec, ἐς τοῦτον τὸν αἰγιαλὸν ἀνέψυχον. » La Plage, Aigialè, d’Amorgos offre un pareil rivage à l’échouement des navires. Venus du Sud-Est, les marins d’Asie soufflent vraiment en ce refuge. Car il leur a fallu traverser le grand abîme, qui sépare Amorgos des îles asiatiques, puis doubler le coup de rame quand la côte Sud-Est de l’île leur est apparue. Cette côte terrible, « d’où les rafales tombent avec fureur, balayant l’eau en écume, » est toute semblable à telle côte odysséenne qui se dresse fumante d’embrun et fouettée de grosses vagues retentissantes : « Attention, dit Ulysse, que tout le monde écoute bien ! tenez ferme sur les bancs et pesez sur les rames : la côte est accore ; il ne faut pas craindre de taper fort dans l’eau ; il s’agit de ne pas rester là-dessous, mais, si Dieu le veut, de nous en tirer. » On double le coup de rame et l’on passe ; mais, de l’autre côté, on éprouve le besoin de souffler, et rien n’est bon alors comme une plage éventée, où l’on peut tirer le vaisseau et manger ou dormir au frais : quand Ulysse a franchi les roches grondantes, il est forcé, par la révolte de son équipage, de relâcher dans le Port Creux, sur une plage de sables, auprès d’une aiguade.

Sur la côte Nord-Est d’Amorgos, une fois les falaises contournées, les marins orientaux trouvaient dans la baie de Santa-Anna une plage, une source et les vents frais du Nord. C’était bien la Plage du Souffle, Aigialè Psychia, où l’on séjournait un peu avant d’atteindre le Port de la Halte, Minoa. Or les Septante traduisent par le mot grec anapsyxis (c’est le mot qu’Hérodote employait plus haut) le terme hébraïque margoa ou morgoa, dans le passage de Jérémie que voici : « Dressez-vous sur les routes et cherchez la bonne voie et trouvez un reposoir pour vos âmes » (ou pour vos souffles, car le mot hébraïque naphes a le double sens du grec psyché et du latin anima). Le reposoir ou souffloir des Phéniciens, a-morgoa (avec l’a prosthétique ou l’article sémitique en tête), est devenu l’Amorgos-Psychia des Hellènes. Voilà donc un doublet gréco-sémitique bien intelligible et bien établi. Toutes les îles grecques, de Rhodes à Corfou et de Thasos à Cythère, nous en peuvent offrir de pareils : la Belle-Ile que les Hellènes nomment Kallistè portait aussi le nom phénicien de Thèra ; l’Ile de l’Écume