Les pèlerins - Jean-Pierre Pelaez - E-Book

Les pèlerins E-Book

Jean-Pierre Pelaez

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Beschreibung

À la fin de l’été, au cœur de la France, sept pèlerins —un coiffeur, un pharmacien, un charbonnier, deux étudiants, un aveugle et un sculpteur— se retrouvent à un carrefour. Commence pour eux un long voyage d’hiver qui les conduira sur le plateau d’Aubrac, puis dans les cols des Pyrénées, avant d’arriver, au printemps, à Saint-Jacques de Compostelle.
Au fil de rencontres merveilleuses ou fantastiques, émaillant un voyage initiatique, chacun marchera, à travers ce qu’il est, jusque sous les champs d’étoiles où repose la Vérité.
Cette pièce, souvent drôle, et comportant de nombreux passages d’inspiration mystique, est écrite pour le théâtre, mais par son histoire et par la variété de ses décors, elle peut se lire comme un roman de réflexion et d’aventures.Pièce en quatre parties
Neuf à douze comédiens
Nombreux décors
Durée : 2 h


À PROPOS DE L'AUTEURJean-Pierre PELAEZ est l’auteur d’articles (Bd Voltaire, Front populaire…), d’un essai sur le théâtre et de pièces comme Le Barillet, représenté des milliers de fois en France et à l’étranger, la Trilogie Molière (Mirondela Dels Arts 2005, Festival d’Avignon 2014), Polit’Circus (France-Culture 2002).

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Seitenzahl: 138

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Jean-Pierre Pelaez

LES PÈLERINS

ou le Voyage d'Hiver

Préface de Gilbert Collard

Illustration : Françoise Mercier

ISBN : 979-10-388-0648-1

Collection : Entr'Actes

ISSN : 2109-8697

Dépôt légal : avril 2023

© couverture Ex Æquo

© 2023 Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction

intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.

Toute modification interdite.

Éditions Ex Æquo

À Madeleine,

À l'Esprit qui la guide,

Personnages

LES PÈLERINS

LE COIFFEUR

LE PHARMACIEN

LE CHARBONNIER

PHILOTORIOS

CLÉOPAS

L'AVEUGLE

LE SCULPTEUR

LES AVATARS FANTASTIQUES(même comédien)

LE LAQUAIS, LE BRIGAND, LE COMMISSIONNAIRE,

LE CINÉASTE, LA BÊTE DE NOTH

LES AVATARS MERVEILLEUX(même comédien)

« L'élévation de tout être passe par ce qu'il est. »

ILe carrefour

(Un carrefour de sept routes, au cœur de la France. Des chemins qui s'effilochent dans l'été finissant, sur un paysage de plaine, morne et désolé. Un arbre, sous lequel se tient un aveugle, sa canne à la main. Il est seul ; il attend. Par l'un des chemins, venant du nord, arrivent deux pèlerins, habillés en costumes des années vingt ; ils marchent en bavardant. Au fur et à mesure qu'ils approchent du carrefour, on entend leur conversation, de plus en plus distincte…)

1

LE COIFFEUR… Un événement extraordinaire, monsieur ! Quand j'ai vu, ce soir-là encore, le même ciel bleu que nous avions depuis des mois et que soudain, tellement attristé par la persistance de ce beau temps, je me dis : « Henri, tu ne vas pas te coucher comme ça ! Il te faut faire quelque chose… » que sur le champ, j'enfile mon pantalon du dimanche, que je cours à l'église et que cherchant saint Médard, je me retrouve devant la statue de saint Jacques, apôtre du Christ lui-même, mais qui n'a jamais été le patron des coiffeurs, que je promets d'aller à Compostelle à pied s'il se remet à pleuvoir et qu'à peine avais-je terminé ma phrase un orage éclate et que c'est un véritable déluge pendant trois jours, que les cheveux se remettent à pousser, que toutes les coiffures sont défaites par la pluie et que dans les semaines qui viennent, je triple mon chiffre d'affaires, j'achète un deuxième salon de coiffure, ma femme se trouve guérie de sa dépression nerveuse et mon fils, qui était le dernier de sa classe au lycée, obtient le prix d'excellence, devant des choses pareilles, monsieur, on est bien obligé de parler de miracle.

LE PHARMACIENMoi, je maintiens que de tels faits n'ont rien de miraculeux et qu'ils sont simplement la conjonction de probabilités mathématiquement identifiables et qu'un enfant de six ans pourrait comprendre si on la lui expliquait avec une pédagogie parfaitement différenciée.

LE COIFFEURMais depuis six mois on n'avait pas vu une goutte de pluie, je vous dis ! Et ce beau temps était en train de ruiner mon commerce ; car vous êtes un pharmacien, monsieur, mais aussi un scientifique et vous savez que la sécheresse stoppe la croissance de l'herbe mais aussi celle des cheveux.

LE PHARMACIENCela ne prouve rien. Et je pourrais vous démontrer que tous ces prétendus miracles, ces rêves prémonitoires, tous ces événements dits paranormaux reposent sur un enchevêtrement de facteurs rationnels. Le miracle est inscrit dans la logique de toute réalité comme l'envol de la mouche dans le geste que vous faites pour l'assommer.

LE COIFFEURDe nombreux pèlerins ont pourtant rapporté des événements extraordinaires dont ils ont été les témoins.

LE PHARMACIENIls sont uniquement le produit de l'inconscient collectif d'un groupe mis brutalement devant des faits qu'il ne s'explique pas, je dirai même que ce groupe va générer, durant le pèlerinage, par une sorte d'hystérie collective, l'évènement qu'il qualifiera ensuite de miraculeux.

LE COIFFEURMais alors, vous remettez en cause le principe même du pèlerinage.

LE PHARMACIENPas du tout, il ne s'agit pas de remettre en cause les pèlerinages, mais de les moderniser, pour les rendre plus performants, et ainsi plus profitables à ceux qui les font ! Mais d'abord il faut en finir avec tous ces préjugés et expliquer comment se forment ces phénomènes dont nous parlons : c'est pour cela que j'ai décidé de me rendre moi-même à pied à Saint-Jacques de Compostelle.

LE COIFFEURVous oubliez que tout pèlerinage repose sur le sentiment d'un pouvoir supérieur qui nous dépasse et peut produire des événements inconcevables pour notre raison, d'oùles vœux que nous formulons. Comme pour moi celui d'allerà pied remercier saint Jacques s'il exauçait ma prière.

LE PHARMACIENQui vous prouve que la réalisation de votre requête est l'œuvre de saint Jacques ? Pour prouver qu'il n'en est rien, moi aussi, j'ai fait une simulation de requête et cela pour bien montrer que, notre inconscient étant capable d'aller jusqu'à susciter des événements que l'on dira miraculeux, n'importe quel individu, même dénué de toute croyance, verra son pèlerinage couronné par les résultats qu'il escomptait et que ni saint Jacques ni aucun saint ne sont pour quelque chose là-dedans.

LE COIFFEUR

Et quelle est votre requête ?

LE PHARMACIENC'est qu'il me soit donné de créer à mon retour une société de nouveaux pèlerinages, fondée sur les principes que je viens de vous exposer. Ainsi je pense pouvoir en révolutionner la pratique, mais aussi appliquer ces principes à des domaines d'activités bien plus vastes comme le tourisme, les cures thermales ou la vente de produits cosmétiques…

LE COIFFEURVoilà un carrefour ! Pour l'instant, il s'agit de prendre la bonne route…

LE PHARMACIEN

(Qui de là où il est ne peut voir l'Aveugle, caché par l'arbre.)

Rien de plus simple. Nous allons demander. D'après tous les calculs de probabilités, à chaque carrefour, dans quatre-vingt-treize pour cent des cas, il y a quelqu'un pour vous indiquer la route.

LE COIFFEUR

Il n'y a personne.

LE PHARMACIENAlors nous sommes dans les sept pour cent. (Apercevant un homme qui s'avance, venant d'un autre chemin et portant un sac sur le dos.) Non. Voilà quelqu'un ! Je vous l'avais dit. Si j'étais un pèlerin traditionnel, j'aurais tout de suite parlé de rencontre providentielle…

2

LE CHARBONNIER

(S'approchant des deux hommes, et posant son sac.)

Pardon messieurs ! Pourriez-vous m'indiquer le chemin de Saint-Jacques de Compostelle ? Je le cherche depuis une heure.

LE COIFFEUR

Tu vas à Compostelle ?

LE CHARBONNIER

Oui. Je vais porter à saint Jacques un sac de charbon.

LE COIFFEURUn sac de charbon ?! Et tu vas le porter sur ton dos jusqu'en Espagne ?  Sais-tu que cela fait presque mille kilomètres ?

LE CHARBONNIERJe suis charbonnier. C'est mon offrande, pour qu'il guérisse mon fils. C'est un enfant, il n'a même pas dix ans.

LE PHARMACIENParce que tu crois aux miracles ? Si ton fils est malade, tu ferais mieux d'appeler un médecin !

LE CHARBONNIERJe les ai tous appelés. Ils lui ont fait des tas d'examens ; puis ils ont dit qu'il était condamné et qu'il serait mort avant six mois. J'ai vendu tout mon charbon pour les payer ! Je n'ai plus que ce sac. Et vous, où allez-vous ?

LE COIFFEURÀ Compostelle, comme toi. Justement, nous allions te demander le chemin.

LE CHARBONNIERC'est extraordinaire ! C'est exactement mon rêve de cette nuit.

LE PHARMACIEN

Parce que tu crois aux rêves, aussi ?

LE COIFFEUR

Et qu'est-ce que tu as rêvé ?

LE CHARBONNIERJ'arrivais près d'un carrefour de sept chemins, comme celui-ci, et je rencontrais deux autres pèlerins, comme vous. Alors je me disais : « Ils doivent connaître le chemin qu'il faut prendre pour aller à Saint-Jacques. » Mais ils ne savaient pas, eux non plus, et ils me le demandaient, parce qu'ils y allaient eux aussi…

LE PHARMACIENRien d'étonnant. Tu t'es couché avec cette idée dans la tête. Alors, tu t'es créé d'autres pèlerins qui cherchaient comme toi. Comme tu avais peur de ne pas trouver ton chemin, les personnages de ton rêve t'ont renvoyé ton angoisse. Ils ne trouvaient pas eux non plus.

LE CHARBONNIEREt voilà que j'arriveà ce carrefour qui est exactement celui de mon rêve…

LE PHARMACIEN

Celui dont tu crois avoir rêvé…

LE CHARBONNIEREt vous êtes deux vous aussi et vous me dites que vous ne savez pas le chemin qu'il faut prendre.

LE PHARMACIEN

Pure coïncidence !

LE COIFFEUR

Et que se passait-il ensuite, dans ton rêve ?

LE CHARBONNIERNous demandions notre route à un homme qui se trouvait sous un arbre… (Montrant l'arbre.) Pareil à celui-là ! Et il nous indiquait le chemin qu'il fallait prendre, avec sa canne blanche ; car le plus étrange, c'est qu'il était aveugle.

LE PHARMACIEN

(Cependant que le Coiffeur aperçoit l'Aveugle sous l'arbre.)

Un aveugle sous un arbre qui vous indique le chemin avec sa canne ! Voilà bien de ces situations absurdes, comme on en voit dans les rêves ! Mais apprends, mon ami, que les rêves ne sont pas la réalité, même si les gens croient qu'ils induisent quelque chose dans leur réel. Comme ma belle-sœur : chaque fois qu'elle rêve d'escargots, elle prétend qu'il va pleuvoir…

LE COIFFEUR

Regardez ! On dirait qu'il y a quelqu'un, sous l'arbre…

3

LE CHARBONNIER

Vous voyez ! Mon rêve ne mentait pas…

LE PHARMACIENÀ tous les carrefours, il y a des gens qui attendent ! (Montrant l'Aveugle.) Mais cet homme n'est pas aveugle, vous voyez bien. (Il se rapproche de l'Aveugle, avec le Coiffeur.) Il nous voit venir, c'est évident…

LE COIFFEUR

(À l'Aveugle.)

Oh là ! mon brave, pourrais-tu nous indiquer…(L'Aveugle se retourne, montrant sa canne blanche.) Pardon, monsieur, je n'avais pas vu que…

LE CHARBONNIER

Mon rêve ne mentait pas ! Il n'y voit pas.

LE COIFFEUR

Il a raison : c'est extraordinaire !

LE PHARMACIENUne simple coïncidence. D'ailleurs, demandez-lui la route : vous verrez qu'il n'en sait rien, puisqu'il n'y voit rien !

LE COIFFEUR

(À l'Aveugle.)

Oui, j'allais vous demander le chemin de Saint-Jacques…

L'AVEUGLE

Fermez les yeux ! Vous le verrez.

LE COIFFEURSi je ferme les yeux, comment verrai-je mon chemin ?

L'AVEUGLE

Vous le reconnaîtrez, aussi bien que moi.

LE COIFFEURParce que monsieur est capable de reconnaître le chemin de Compostelle…?

L'AVEUGLE

(Levant sa canne.)

Oui, c'est celui qui est toujours devant moi, dans le ciel.

LE CHARBONNIERVous voyez, mon rêve ne mentait pas. Il connaît le chemin…

LE COIFFEURIl a raison : c'est extraordinaire ! Monsieur ne voit pas et il nous indique notre chemin, à nous qui voyons !

LE PHARMACIENC'est parce qu'il a déjà fait ce chemin des centaines de fois. Il le connaît les yeux fermés. Les aveugles passent leur temps en pèlerinage, pour retrouver la vue.

L'AVEUGLE

C'est la première fois que je vais à Compostelle.

LE COIFFEUR

(À l'Aveugle.)

Parce que Monsieur va à Saint-Jacques, et tout seul…?

LE PHARMACIENIl ferait mieux d'aller passer une ophtalmoscopie, ou un scanner de la tête !

LE CHARBONNIERDans mon rêve : à la fin, nous étions sept à partir !

LE COIFFEUR

(À l'Aveugle.)

Mais comment ferez-vous, sans voir la route ?

L'AVEUGLEJe connais ma route, je n'ai pas besoin de la voir. Et ce que je dois voir, on me le montrera. Puisque je dois aller à Saint-Jacques, il se trouvera quelqu'un pour éclairer mes pas.

LE COIFFEUREt puis-je vous demander pourquoi vous allez à Compostelle ?

LE PHARMACIEN

Pour retrouver la vue ! Pourquoi voulez-vous que ce soit ?

L'AVEUGLEJe dois guider un homme. Pour le reste, je le saurai quand je serai arrivé là-bas.

LE CHARBONNIER

Moi, je vais porter un sac de charbon à saint Jacques…

L'AVEUGLEC'est le noir de ton âme que tu portes pour le brûler. C'est un beau pèlerinage, pour ton salut et ton pardon…

LE COIFFEUR

Tu as donc quelque chose à te faire pardonner ?

LE CHARBONNIER

Je ne sais pas. Mais nous avons tous quelque chose à…

LE PHARMACIENParce que tu ne sais pas ce que tu as fait de mal et tu vas porter un sac de charbon pour te le faire pardonner…

L'AVEUGLES'il ne le sait pas, saint Jacques le sait, et il demandera son pardon.

LE PHARMACIEN

(Éclatant de rire.)

On peut dire que vous êtes prévoyants, tous les deux !

LE CHARBONNIER

(À l'Aveugle.)

Viens avec nous. Nous guiderons tes pas, avec notre vue ; tu nous guideras, avec la tienne.

L'AVEUGLEJe ne peux pas. J'attends l'homme que je dois guider. Mais ne t'inquiète pas pour moi ! Je serai toujours devant vous, pour vous montrer le chemin !

LE COIFFEUREt quelle route prendrons-nous ? Celle qui est devant monsieur ?

LE PHARMACIENNous prendrons à droite. La droite est le plus court chemin d'un point à un autre ; c'est donc celui qui nous conduira le plus vite au but.

LE COIFFEUR

(Considérant les différentes routes.)

C'est justement celle que monsieur nous montre, avec sa canne…

LE CHARBONNIER

C'est bizarre. Dans mon rêve, nous étions sept à partir.

LE PHARMACIENTu vois bien que ton rêve t'a trompé. D'ailleurs, même s'il était venu avec nous, nous ne serions que quatre…

LE CHARBONNIER

Il a parlé d'un autre pèlerin. Nous aurions pu attendre…

LE PHARMACIENSi tu veux rester là jusqu'à la fin des temps… Tu ne vois pas que cet homme est fou ? Sa cécité lui aveugle le cerveau : il raconte n'importe quoi. Si vous voulez mon avis, il n'est pas près d'arriverà Saint-Jacques !

LE COIFFEUR

C'est bien mon avis, aussi !

(Ils se sont éloignés en riant, laissant l'Aveugle à la même place. Le Charbonnier les suit. Ils sortent.)

4

(Pendant qu'ils s'éloignaient, deux étudiants se sont approchés, venant par un des autres chemins ; ils entrent en scène, une caméra à la main, qu'ils se repassent pour se filmer l'un l'autre.)

CLÉOPAS

(Prenant tout en marchant de multiples poses.)

Commencerai-je par une de ces écritures scéniques ou gestuelles, comme on en voit dans tous les Centres Dramatiques Nationaux ou les Scènes Croisées d'Intérêt International, une de ces répliques psychoanalytiques, traduites de l'allemand ou du russe néo-brechtien, qui nous montrent le départ du pèlerin dans sa théâtralité la plus profonde…?

PHILOTORIOS

(L'imitant.)Et moi, soulignerai-je notre entrée dans la pèlerinitude d'un fin commentaire, d'une analyse subtile sur le pourquoi de la modernité de ce voyage, prologue psychoanalytique au récit que nous allons tracer de notre aventure…?

CLÉOPASDirai-je en regardant fixement devant moi, le bras tendu vers le ciel, le buste raidi par un spasme apoplectique : « Les chemins de Saint-Jacques, qui ne mènent pas où ils vont nous conduire, nous conduiront là où nous voulons ne pas aller, afin de nous mener là où nous voulions aller sans le savoir »…?

PHILOTORIOSExtraordinaire ! Il y a plus de mille commentaires à faire sur cette réplique : mais n'est-ce pas trop profond et grave pour les spectateurs ?

CLÉOPASQu'importent les spectateurs ! Ils peuvent bien s'ennuyer à mourir, si ce que je dis a vingt ans d'avance sur les ennuis les plus modernes. Le théâtre, pour conduire sa recherche toujours plus loin, peut quelquefois se passer de spectateurs.

PHILOTORIOSIl faudra quand même, avant qu'ils soient tous partis, que nous ayons au moins le temps de conclure l'exposé préliminaire à notre projet didactique.

CLÉOPAS

(Reprenant.)Ou bien péterai-je trois fois en l'air et ferai-je tchouc-tchouc pour écrire scéniquement que je suis dans un train qui siffle, en sortant de la gare, et que je pars en voyage pour Compostelle…?

PHILOTORIOSTu oublies que nous y allons à pied. La pédestralité et la pédalité de notre voyage doivent apparaître dès nos premiers élans d'expression corporelle…