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Une histoire de la navigation dans le monde
Des vaisseaux des pharaons aux sous-marins, de l’arche de Noé au Nautilus, de la mutinerie de la Bounty à celle du Potemkine, découvrez une histoire de la navigation dans le monde à travers les navires les plus célèbres de l’Histoire.
Saviez-vous que le naufrage tragique du Titanic avait été prédit dans un roman édité en 1898 ? Que c’est en prisonnier que Christophe Colomb revint des Amériques, après avoir découvert le continent à bord de la Santa Maria ? Connaissez-vous le destin du capitaine de la Bounty, après la mutinerie ? Et le rôle du Potemkine durant la Révolution russe de 1905 ?
C’est à ces questions, et à bien d’autres encore, que ce livre répond : un parcours chronologique au cœur des mers les plus profondes qui offre non seulement une histoire de la navigation, mais également un aperçu sociologique des époques évoquées.
EXTRAIT
Le 26 mai 1787, la Royal Navy achète donc un navire charbonnier du nom de Bethia et le rebaptise « Bounty ». Le 16 août de la même année, le lieutenant William Bligh prend le commandement du navire Bounty, qui appareille le 23 décembre. Le début de la traversée est déjà houleux puisqu’une tempête oblige l’équipage à relâcher à Ténériffe pour réparer les dégâts et ravitailler les marins. C’est à cette occasion qu’éclatera le premier conflit entre le capitaine et son équipe : à la suite de disparitions mystérieuses de fromage, William Bligh supprime définitivement la ration de fromage quotidienne. L’équipage s’indigne, car il soupçonne Bligh d’avoir détourné le fromage à son profit. Au cours de la traversée, et en raison des mesures d’hygiène drastiques prises par Bligh, aucun malade n’est à déplorer. Le capitaine est également très à cheval sur l’aération des entreponts et sur le séchage des affaires personnelles. Afin d’économiser la nourriture, Bligh décide de remplacer les deux livres quotidiennes de pain par une livre de citrouilles qu'ils avaient achetées à Ténériffe.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Mathilde de Jamblinne, philologue de formation, est passionnée depuis toujours d’Histoire et d’histoires. Elle s’intéresse au monde marin depuis son plus jeune âge.
Elle se penche ici sur la navigation en l’abordant sous un tout autre angle.
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Seitenzahl: 232
Veröffentlichungsjahr: 2017
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© La Boîte à Pandore
Paris
http ://www.laboiteapandore.fr
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ISBN : 978-2-39009-107-3 – EAN : 9782390091073
Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.
Alain leclercqmathilde de jamblinne
les + Célèbres navires de l'histoire
À Jimmy, qui se reconnaîtra.
« Dès que le vent soufflera, je repartira »
Renaud
« Maman, les p’tits bateaux qui vont sur l’eau ont-ils des jambes ? »
Chanson populaire
« Choisir, c’est renoncer » et il a fallu faire un choix : d’aucuns auront une autre sélection de navires célèbres… Je tenais également à m’excuser auprès de tous les équipages passés sous silence dans ce livre, qui aurait été une véritable encyclopédie si je n’avais omis aucun navire !
L’origine de la navigation a déjà fait couler beaucoup d’encre et, avant de nous pencher sur les plus célèbres navires de notre Histoire, il nous a semblé intéressant d’y revenir.
C’est à Hercule et Apollon que l’origine de la navigation est mythologiquement attribuée, dans La Nature des Dieux de Phérécyde. Un jour que le soleil brillait plus que de coutume et que la chaleur était accablante, le fils de Zeus et d’Alcmène arriva sur les côtes d’un vaste océan. Le soleil l’empêchant de poursuivre sa route, il accusa Apollon de tout son malheur et de cette mésaventure et, dans sa colère, lança contre l’astre des flèches teintes du sang de l’hydre de Lerne. Le dieu de la poésie et de la lumière avait, dans ses bons jours, le don de ressentir l’audace comme étant une vertu et, revêtant sa forme humaine, il se montra aux regards du voyageur désemparé, commençant par le féliciter pour son courage, et lui promit de lui offrir les moyens de poursuivre son expédition (à laquelle tout l’Olympe s’intéressait). Après avoir fait cette promesse, le dieu disparut et Hercule vit apparaître près du rivage un immense gobelet d’or, poussé par des courants mystérieux ; il n’hésita pas un instant et, à peine installé dans l’embarcation, celle-ci quitta le rivage.
Phérécyde donne à cette légende le fondement de la navigation en s’appuyant sur une question linguistique : il fait remarquer qu’en langue grecque, les réalités « barque » et « gobelet » sont décrites par un seul et même terme. Mais cette coïncidence n’est pas à chercher uniquement dans la mythologie dès lors que l’on comprend que les premiers hommes cherchaient, dans leur hardiesse à se mesurer aux flots, non pas à aller vite, mais bien une certaine sécurité et un moyen d’empêcher leurs navires de chavirer. L’allongement des barques, comme en témoignent les médailles sur lesquelles sont représentés les premiers vaisseaux, ne dépasse en effet pas celui des premiers ballons dirigeables. Et si cette forme de navigation peut nous paraître actuellement fantasque, il ne faut pas oublier que l’amiral russe Popoff la remettra au goût du jour pour les cuirassés, incluant par ailleurs de puissantes machines dans leurs cuirasses, ce qui leur permettra également une vitesse et une résistance optimale. Ce qui oblige les premiers marins à allonger leurs navires, ce sont les modes de construction consistant à tailler des troncs d’arbre afin d’en faire des bâtiments capables d’affronter les vagues.
Les premiers navigateurs n’ont néanmoins pas eu besoin d’Apollon et d’Hercule pour comprendre les rudiments de la navigation puisqu’ils avaient pour modèle le fameux nautile, mollusque marin décrit par Aristote, Élien et bien d’autres hommes de lettres de l’époque. Le tableau fantastique que Pline nous en trace semble résumer à lui seul toutes les qualités d’un navire idéal et parfait : « Le nautile peut monter à la surface de l’eau en faisant écouler le liquide contenu dans un tube qui lui sert de réservoir. Déchargé de ce poids, l’animal flotte sur le dos, le ventre en l’air. Pour se mouvoir, sans avoir aucun mouvement à faire, il n’a qu’à étendre ses deux premiers bras. Alors se déroule une membrane d’une finesse merveilleuse, qui lui sert de voile. S’il n’y a point de vent, le nautile emploie ses autres bras à ramer. Sa queue lui sert de gouvernail ; il peut donc naviguer de la même manière que le ferait une galère, et de plus rentrer dans l’abîme s’il aperçoit quelque ennemi qui le menace. » Cette description est néanmoins erronée puisqu’elle réunit en fait deux mollusques : le nautile qui vit dans la mer des Indes et l’argonaute de Méditerranée. Si le premier possédait bien cette faculté de disparaître dans les eaux, c’est le second qui était pourvu de bras membraneux.
Horace, quant à lui, sceptique quant à l’intervention d’un animal fabuleux dans l’invention de la navigation, fait honneur à l’homme qui, le premier, ose se mettre sur un radeau et braver la fureur des flots, qui jusque là terrorisaient chacun. À l’heure actuelle, tout nous porte à croire que ce « héros » n’était qu’un illustre inconnu, habitant les bords de mer ou riverain d’un fleuve, entraîné malgré lui par une surprenante inondation. Sans doute cet infortuné s’est-il, par instinct de survie, accroché à un tronc d’arbre jusqu’à ce que les flots l’abandonnent sur un quelconque rivage, épuisé et affamé, mais vivant. Peut-être a-t-il voulu, enhardi par le succès de son miraculeux sauvetage, retenter l’expérience, ou peut-être un ami l’a-t-il imité ; nous ne savons rien de plus sur ce « premier marin ».
Selon Philon de Byblos, le premier navire n’est « qu’un » perfectionnement du radeau. Lors d’un violent orage, un arbre aurait été atteint par des flammes sans que son tronc s’en vît touché : seules ses feuilles et ses branches lui manquaient. Un certain Ousas s’empara du tronc à moitié consumé et le fit rouler jusqu’à la plage. Lorsqu’il le vit flotter sur l’eau, c’est avec désespoir qu’il s’y accrocha, bien que peu certain du sort qui lui était réservé : or, c’est bien vivant qu’il atteignit la terre. Le résultat de cette tentative suscita dans la contrée une profonde émotion et grand nombre d’hommes hardis s’y risquèrent. Le Phénicien Chrysor s’aperçut alors que la navigation serait moins fastidieuse si on rassemblait plusieurs troncs d’arbre ensemble, de manière à ne constituer qu’un seul radeau : ce fut le premier pas dans les constructions tentées pour imiter le nautile. Les premiers radeaux restent très grossiers, les troncs étant entrelacés à l’aide des branches qui les ornent. Petit à petit, il a semblé plus sage de les équarrir, de les percer de trous et d’y ajouter des chevilles pour empêcher l’eau d’entrer dans les réduits ; ne reste plus qu’à trouver un moyen de permettre au navire de gérer lui-même sa propre vitesse : et c’est ainsi que naissent les rames, aussi pénibles que fatigantes. Et c’est avec l’apparition des voiles que la navigation devient enfin un art, les hommes pouvant mettre à profit la force du vent pour peu qu’il ne leur fût pas contraire.
La mythologie grecque attribue cette invention à Dédale, échappé de son labyrinthe dans un navire à bord duquel son fils Icare se trouvait présent aussi. Ce sont les fameuses ailes que Dédale a présentées à l’action du vent en les faisant soutenir par des vergues semblables à celles des navires phéniciens qui arpentent déjà la Méditerranée. Les mêmes Phéniciens prétendent également à l’invention des voiles, prétextant avoir copié les organes du nautile. Malheureusement, à l’heure actuelle, aucun texte ne nous permet d’éclairer totalement l’origine de l’apparition de voiles sur un navire et beaucoup de peuples s’en réclament.
Toutes les théories berçant l’histoire de la navigation restent encore, de nos jours, bien obscures puisque trop souvent relatées par de seuls poètes et déformées par l’épreuve du temps. Nous ne pouvons néanmoins les passer sous silence. Une certitude en ressort cependant : chaque progrès dans l’art de naviguer s’accompagne incontestablement de naufrages et de sacrifices humains.
La navigation est un art, art qui prend sa source au plus loin de notre Histoire, dans l’Antiquité. Bien qu’il soit communément admis qu’elle marque le début de la conquête de l’espace maritime et de la découverte de terres méconnues (et, bien souvent, déjà habitées), ses conditions, dictées par la météo et les caprices naturels, mais également par l’avancée de la technique et de la prouesse de l’homme, demeurent floues, toujours à l’heure actuelle. Comment naviguaient nos lointains ancêtres ? Voyageaient-ils dans de piètres embarcations composées de vagues rondins, d’une voile aléatoire et de quelques rames ? Et comment pouvaient-ils se diriger dans les flots sans les connaissances dont nous disposons actuellement ? Il nous a semblé important de faire le point !
La navigation, durant l’Antiquité, a plus que jamais été déterminée par les saisons ; généralement déconseillés en hiver (alors que la mer était « fermée », la « mare clausum »), époque où la mer est aléatoire, où les tempêtes peuvent faire rage à tout moment et où les flots se déchaînent, les échanges maritimes se développent de plus en plus durant l’été (bien que cette règle diffère d’une région à l’autre : dans l’océan Indien, pour ne donner qu’un seul exemple, la période des moussons, qu’elle soit d’été ou d’hiver, rend impossible toute embarquement). Les vents et les courants sont, de plus, des éléments primordiaux à la possibilité de naviguer ou non. En effet, trop de vent empêche les navires d’emprunter de bonnes directions et risque de les faire courir à leur perte, mais un calme plat, sans la moindre brise, se révèle une source d’angoisse non négligeable, surtout en Méditerranée. Perdus dans une mer d’huile, les marins se retrouvent vite sans possibilité d’avancer, avec le risque croissant de voir leurs vivres et leurs provisions diminuer à vue d’œil, avant même d’avoir pu atteindre le port. Ce sont ces vents et ces courants qui déterminent ou non le départ d’un navire du port et permettent son arrivée dans un autre après un voyage sans encombre.
Dans l’Antiquité, qu’elle soit païenne ou chrétienne, beaucoup de récits de voyage relatent des tempêtes. Homère, pour ne prendre qu’un exemple, sera d’ailleurs l’auteur de bon nombre d’entre eux. Que la tempête soit réelle et attestée historiquement ou qu’elle soit l’allégorie d’une colère divine, son déroulement suit, à peu de choses près, toujours le même schéma : alors que le bateau navigue paisiblement, le ciel se couvre peu à peu de nuages gris et l’orage éclate dans un tonnerre bruyant, dans de lumineux éclairs. Des vagues de plus en plus hautes se forment, semant la panique chez les passagers. L’équipage, progressivement, perd le contrôle de l’embarcation tant les déferlantes sont impressionnantes et, dans les cas extrêmes, le navire s’ouvre en son centre et sombre dans une mer déchaînée, alors qu’à bord on tente de sauver sa vie tant bien que mal (mais bien souvent, ces récits de tempête ne laissent place à aucun survivant). Et comment réagir en cas de tempête ? Comment sauver le plus de vies possible ? Les moyens de l’époque n’étaient pas illimités et, évidemment, aucun canot de sauvetage n’était prévu à bord… Généralement, l’on remontait la chaloupe à bord et on ceinturait le navire afin d’éviter qu’il ne se brise. Il était également plus sûr de lâcher l’ancre, pour maintenir une certaine stabilité, et de larguer le plus possible de vivres et de cargaisons afin d’alléger l’embarcation si sa flottabilité n’était plus assurée. Le naufrage peut également être causé par une surcharge du navire, principalement utilisé à l’époque pour le commerce entre les différents ports. Un autre danger de la navigation, toujours présent à l’heure actuelle, bien que devenu illicite, est la piraterie. Organisés en « internationale des pirates », les marginaux, qu’ils soient pauvres, sans terre, déclassés, tentent d’assurer leurs richesses et leur commerce en dévalisant navires marchands et ports. En raison de sa situation géographique (elle se situe en effet au centre des royaumes hellénistiques), la Crête est une plaque tournante du trafic marin, encore autorisé à l’époque.
Si les déplacements par la mer ont ces inconvénients et ces risques, ils présentent également de nombreux avantages qui permettent de les privilégier aux routes terrestres : la durée, bien qu’elle soit aléatoire et dictée par les éléments (d’ailleurs, lorsque certaines missives importantes devaient arriver rapidement à destination, les autorités les faisaient mandater par voie de terre), une économie et une capacité des navires à embarquer plus de marchandises pour un coût proportionnellement moindre et enfin le confort (malgré les nausées, la mauvaise odeur, les durées aléatoires de voyage et surtout le rang des passagers) de la mer par rapport aux difficultés souvent éprouvées à pratiquer des voies dégradées. Ce sont ces avantages qui poussèrent les Grecs et les Romains, entre autres, à partir à la conquête des routes maritimes, et ce, malgré les difficultés techniques qu’ils pouvaient rencontrer.
Les navigateurs antiques ne possédaient aucune des technologies pouvant les aider à la navigation comme la boussole (qui n’apparaît qu’au Moyen Âge) ou l’astrolabe, utiles pour calculer la latitude d’un lieu ni aucun instrument précis pour mesurer les distances parcourues. Ils n’avaient également pas de cartes nautiques (les premières n’étant attestées qu’à partir du XIIIe siècle), ce qui est assez logique, puisqu’ils n’avaient pas de moyen de les dessiner, leurs voyages étant aléatoires et aucun calcul de latitude ou de longitude n’étant rendu possible. Mais comment faisaient donc ces marins pour se repérer dans les hautes mers ? Les seuls outils et documents présents à bord étaient des journaux de bord dans lesquels étaient consignés la route à prendre et les accidents éventuels ainsi que des consignes de chargement et de déchargement des marchandises ; des sondes à main déterminant la profondeur de l’eau, et du matériel de sécurité (une amphore, par exemple, était utilisée comme ancre flottante). Néanmoins, en raison de sa configuration et des différents ports qui la bordent, la Méditerranée se prête tout à fait à une navigation côtière et à des voyages au cours desquels l’on ne perdait la terre de vue que quelques jours (nous verrons par la suite que certains navigateurs pouvaient voyager presqu’un mois entier sans voir le moindre rivage)… à condition, bien entendu, que tout se passe bien ! En règle générale, les marins naviguaient sur des routes dont ils connaissaient tous les dangers, mais également les lieux d’abri, les points d’eau potable et de ravitaillement… Si tel n’était pas tout à fait le cas, ils pouvaient s’aider de Périples, sortes de recueils dans lesquels se retrouvaient toutes les informations essentielles à une bonne traversée : la description physique de la zone de navigation, sa description océanographique et météorologique avec les courants, les vents, les vagues, les risques de tempête, etc., les formalités pour accéder aux ports… Ces Périples, sommes de savoirs et d’observations récoltés sur des générations, permettaient une description relativement complète des côtes de la Méditerranée et du Pont-Euxin (plus communément nommé mer Noire), ainsi que de leurs potentiels dangers.
Lors des longues traversées, une fois éloigné du littoral, le pilote ne pouvait plus avoir recours, faute d’instruments pour se diriger, qu’à une seule méthode de navigation : la navigation à l’estime. Comme son nom l’indique, cette méthode consiste à évaluer, à estimer, autant que possible, d’une part la direction à suivre et d’autre part la distance déjà parcourue. Comme les bateaux étaient principalement à voiles, la connaissance des vents pour ce faire était primordiale : leur direction fournissait une orientation et permettait d’établir un cap à maintenir. De jour, le marin pouvait également se fier au soleil, s’il avait pour autant la connaissance du levant et du couchant, soit de l’est et de l’ouest ; de nuit, il pouvait s’aider des étoiles comme la Grande Ourse ou la constellation des Pléiades (c’est d’ailleurs de cette manière qu’Ulysse se dirigera vers Ithaque, dans l’Odyssée d’Homère). La position et l’emplacement des étoiles dans le ciel variant en fonction de la position géographique du navire (suivant un déplacement vers l’un des pôles), les marins pouvaient aisément et sans calculs mathématiques compliqués estimer la latitude à laquelle ils se trouvaient. Cette navigation à l’estime est, comme on s’en doute aisément, peu précise. Une fois une côte atteinte, il fallait achever sa route et atteindre le port convoité par la navigation dite de cabotage (consistant, à la base, au transport de marchandises sur de courtes distances, généralement d’un port à l’autre sur une même côte). Le pilote pouvait alors s’aider d’amers (points de repère fixes et identifiables) naturels ou de la signalisation maritime constituée par les phares.
Argo, Jason et les Argonautes
Les historiens sont loin d’être d’accord sur l’origine précise du nom Argo : qu’il s’agisse de son étymologie grecque (Αργώsignifiant « le rapide ») due à sa légèreté et sa longueur, de son concepteur (Argos, fils d’Arestor, ou Argos, fils de Phrixos, les textes restent flous et les deux versions s’équivalent) ou du grand nombre d’Argiens qui constituent son équipage (dont le nombre, sans jamais avoir été précisément défini, tourne autour de cinquante hommes et une femme), il est incontestable que c’est ce nom que chantent tous les poètes antiques. Néanmoins, tout historien ne peut douter que cette histoire est la première grande épopée de la navigation grecque et que Jason, par son voyage, ouvre au peuple hellène les portes de la Méditerranée tout entière, de la mare nostrum romaine.
L’Argo, est la monère1 à bord de laquelle Jason embarqua avec les Argonautes afin d’aller retrouver la Toison d’Or qu’il avait promise à Pélias en échange du trône d’Iolcos. Des oracles avaient averti Pélias de se méfier du fils de son frère, dont le courage était devenu redoutable : afin de s’en défaire, le vieux tyran décide donc de l’envoyer en expédition maritime avec l’espoir, la certitude même, qu’il n’en reviendra pas. Il lui propose alors d’aller chercher en Colchide la toison dorée du Bélier merveilleux sur le dos duquel Hellé et Phryxus sont passés en Asie, gardée soigneusement par un dragon terrible dont le soin est de dévorer tous ceux qui s’en approcheraient. Jason, dont le courage et la témérité ne sont donc plus à prouver, embarque avec les Argonautes (leur nombre varie de cinquante à cent, selon les versions) dont fait partie Hercule, fils de Zeus et d’Alcmène ainsi qu’Orphée qui, avec sa lyre divine, se charge d’enflammer le courage des héros. Son voyage débute dans la cité grecque portuaire de Pagases, dans le centre-est de la Grèce (région actuelle de Thessalie) et plus précisément au port d’Iolcos et est retracé dans Les Argonautiques
