Les plus méritants: Le fil de l'épée – Tome 1 - Morgan Rice - kostenlos E-Book

Les plus méritants: Le fil de l'épée – Tome 1 E-Book

Morgan Rice

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« Morgan Rice a recommencé ! Grâce à un panel impressionnant de personnages, l'auteur nous livre un autre monde magique. LES PLUS MÉRITANTS regorge d'intrigues, de trahisons, d'amitiés inattendues et de tous les bons ingrédients pour une lecture savoureuse. Débordant d'action, vous serez captivés par ce livre. » —Books and Movie Reviews, Roberto Mattos Voici une nouvelle édition du livre LES PLUS MÉRITANTS, réécrit de façon significative et réédité en décembre 2018 ! LE FIL DE L'ÉPÉE est une série captivante par Morgan Rice, l'auteur à succès n°1 de la série de fantasy L'ANNEAU DU SORCIER en 17 tomes, qui commence avec LA QUÊTE DES HÉROS (tome 1), téléchargeable gratuitement avec plus de 1 300 notes à cinq étoiles. LES PLUS MÉRITANTS (Le fil de l'épée, tome 1) raconte l'histoire épique de Royce, âgé de 17 ans, un paysan qui se sent différent, qui sent qu'il détient des pouvoirs qui dépassent sa compréhension. Lorsque son grand amour, Geneviève, elle aussi âgée de 17 ans, lui est enlevée, il doit tout risquer pour mener la guerre aux nobles et sauver son amour. Banni de chez lui, condamné à aller sur l'infâme Île Rouge, une île stérile connue pour transformer des garçons en guerriers et pour laisser plus de morts derrière elle que de vivants, Royce ne peut qu'espérer survivre. Geneviève, quant à elle, se désespère de voir Royce revenir et est forcée de rejoindre le monde cruel et fourbe de la noblesse, immergée dans un monde de menteurs et d'égorgeurs. Alors que les pouvoirs de Royce se développent et qu'il découvre les secrets de sa lignée, il ne peut que se demander : est-il l'élu ? LES PLUS VAILLANTS dépeint un conte épique qui parle d'amis et d'amants, de chevaliers et d'honneur, de trahison, de destinée et d'amour. Un conte sur les valeurs nous faisant découvrir un monde de fantasy que tous et toutes pourront adorer. Les tomes 2 et 3 sont maintenant disponibles en précommande en anglais.

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Seitenzahl: 277

Veröffentlichungsjahr: 2019

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L E S   P L U S   M É R I T A N T S

(LE FIL DE L’ÉPÉE—TOME 1)

MORGAN RICE

À propos de Morgan Rice

Ecrivain prolifique et auteur à succès, Morgan Rice a déjà signé de sa plume une série de fantasy épique en dix-sept tomes, L’ANNEAU DU SORCIER ; une série de bit-lit en douze tomes, SOUVENIRS D’UNE VAMPIRE ; un thriller post-apocalyptique en cours d’écriture, LA TRILOGIE DES RESCAPÉS ; une autre série de fantasy épique en six tomes, ROIS ET SORCIERS ; une série de fantasy épique en cours d’écriture, DE COURONNES ET DE GLOIRE en huit tomes ; une série de fantasy épique UN TRONE POUR DES SOEURS en huit tomes ; une nouvelle série de science-fiction en quatre tomes, LES CHRONIQUES DE L’INVASION ; une nouvelle série de fantasy, OLIVER BLUE À L’ECOLE DES PROPHÈTES, en quatre tomes et une nouvelle série, LE FIL DE L’ÉPÉE, en trois tomes.

Morgan adore recevoir de vos nouvelles. N’hésitez pas à visiter son site web www.morganricebooks.com pour vous inscrire à la newsletter, recevoir un livre gratuit, des infos exclusives et des cadeaux, télécharger l’appli gratuite, vous connecter sur Facebook et Twitter et rester en contact !

Des éloges pour les romans de Morgan Rice

« Si vous avez perdu goût à la vie en refermant la dernière page de L’ANNEAU DU SORCIER, rassurez-vous. Dans LE RÉVEIL DES DRAGONS, Morgan Rice jette les bases de ce qui promet d’être une autre formidable série, dans un univers peuplé de trolls et de dragons, où l’on parle du courage, de l’honneur, de la magie et du destin. Les personnages, solides et intéressants, nous donnent envie de les suivre, page après page. Un indispensable pour tout bon lecteur de fantasy. »

—Books and Movie Reviews, Roberto Mattos

« Un roman de fantasy plein d’action et d’aventures, qui plaira aux fans de Morgan Rice, ainsi qu’à ceux de ERAGON de Christopher Paolini… Les amateurs de littérature jeunesse vont le dévorer. »

—The Wanderer,A Literary Journal (à propos du Réveil des Dragons)

« Epopée de fantasy pleine d’entrain, à l’intrigue prenante et saupoudrée d’un soupçon de mystère… Une série pour des lecteurs à la recherche d’aventures. Les protagonistes et l’action tissent une vigoureuse épopée qui se focalise principalement sur l’évolution de Thor. Enfant rêveur, il devient peu à peu un jeune adulte doué pour la survie… Et ce n’est que le début de ce qui promet d’être une série épique pour jeunes adultes. »

—Midwest Book Review (D. Donovan, Critiques d’eBooks)

« L’ANNEAU DU SORCIER a tous les ingrédients d’un succès immédiat : des intrigues, du mystère, de vaillants chevaliers et des relations qui s’épanouissent entre les cœurs brisés, les complots et les trahisons. Ce roman vous occupera pendant des heures et satisfera toutes les tranches d’âge. Un indispensable pour tout bon lecteur de fantasy. »

—Books and Movie Reviews, Roberto Mattos

« Dans ce premier tome de la série L’ANNEAU DU SORCIER, nous faisons la connaissance de Thorgrin McLoed, dit « Thor ». À quatorze ans, il rêve de rejoindre la Légion, c’est-à-dire l’armée de guerriers d’élite qui protège le royaume… Le style de Rice est efficace et l’histoire prometteuse. »

—Publishers Weekly

Du même auteur :

OLIVER BLUE À L’ECOLE DES PROPHÈTES

LA FABRIQUE MAGIQUE (Tome 1)

L’ORBE DE KANDRA (Tome 2)

LES OBSIDIENNES (Tome 3)

LES CHRONIQUES DE L’INVASION 

ATTAQUE EXTRATERRESTRE (Tome 1)

ARRIVÉE (Tome 2)

ASCENSION (Tome 3)

LE FIL DE L’ÉPÉE

LES PLUS MÉRITANTS (Tome 1)

UN TRONE POUR DES SŒURS

UN TRÔNE POUR DES SŒURS (Tome 1)

UNE COUR DE VOLEURS (Tome 2)

UNE CHANSON POUR DES ORPHELINES (Tome 3)

UN CHANT FUNÈBRE POUR DES PRINCES (Tome 4)

UN JOYAU POUR LA COUR (Tome 5)

UN BAISER POUR DES REINES (Tome 6)

UNE COURONNE POUR DES ASSASSINS (Tome 7)

UNE ÉTREINTE POUR DES HÉRITIÈRES (Tome 8)

DE COURONNES ET DE GLOIRE

ESCLAVE, GUERRIÈRE, REINE (Tome 1)

CANAILLE, PRISONNIÈRE, PRINCESSE (Tome 2)

CHEVALIER, HÉRITIER, PRINCE (Tome 3)

REBELLE, PION, ROI (Tome 4)

SOLDAT, FRÈRE, SORCIER (Tome 5)

HÉROÏNE, TRAITRESSE, FILLE (Tome 6)

SOUVERAIN, RIVALE, EXILÉE (Tome 7)

VAINQUEUR, VAINCU, FILS (Tome 8)

ROIS ET SORCIERS

LE RÉVEIL DES DRAGONS (Tome 1)

LE RÉVEIL DU VAILLANT (Tome 2)

LE POIDS DE L’HONNEUR (Tome 3)

LA FORGE DU COURAGE (Tome 4)

UN ROYAUME D’OMBRES (Tome 5)

LA NUIT DES AUDACIEUX (Tome 6)

L’ANNEAU DU SORCIER

LA QUÊTE DES HÉROS (Tome 1)

LA MARCHE DES ROIS (Tome 2)

LE DESTIN DES DRAGONS (Tome 3)

UN CRI D’HONNEUR (Tome 4)

UNE PROMESSE DE GLOIRE (Tome 5)

UN PRIX DE COURAGE (Tome 6)

UN RITE D’EPÉES (Tome 7)

UNE CONCESSION D’ARMES (Tome 8)

UN CIEL ENSORCELÉ (Tome 9)

UNE MER DE BOUCLIERS (Tome 10)

UN RÈGNE D’ACIER (Tome 11)

UNE TERRE DE FEU (Tome 12)

UNE LOI DE REINES (Tome 13)

UN SERMENT FRATERNEL (Tome 14)

UN RÊVE DE MORTELS (Tome 15)

UNE JOUTE DE CHEVALIERS (Tome 16)

LE DON DE BATAILLE (Tome 17)

LA TRILOGIE DES RESCAPÉS

ARÈNE UN : LA CHASSE AUX ESCLAVES (Tome 1)

DEUXIÈME ARÈNE (Tome 2)

TROISIÈME ARÈNE (Tome 3)

SOUVENIRS D’UNE VAMPIRE

TRANSFORMÉE (Tome 1)

AIMÉE (Tome 2)

TRAHIE (Tome 3)

PRÉDESTINÉE (Tome 4)

DÉSIRÉE (Tome 5)

FIANÇAILLES (Tome 6)

SERMENT (Tome 7)

TROUVÉE (Tome 8)

RENÉE (Tome 9)

ARDEMMENT DESIRÉE (Tome 10)

SOUMISE AU DESTIN (Tome 11)

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Copyright © 2018 par Morgan Rice

Tous droits réservés. Sauf dérogations autorisées parla Loi des États-Unis sur le droit d’auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit, ou stockée dans une base de données ou système de récupération, sans l’autorisation préalable de l’auteur. Ce livre électronique est réservé sous licence à votre seule jouissance personnelle. Ce livre électronique ne saurait être revendu ou offert à d’autres personnes. Si vous voulez partager ce livre avec une tierce personne, veuillez en acheter un exemplaire supplémentaire par destinataire. Si vous lisez ce livre sans l’avoir acheté ou s’il n’a pas été acheté pour votre seule utilisation personnelle, vous êtes prié de le renvoyer et d’acheter votre exemplaire personnel. Merci de respecter le difficile travail de cet auteur. Il s’agit d’une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les lieux, les événements et les incidents sont le fruit de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés dans un but fictionnel. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, n’est que pure coïncidence.

TABLE DES MATIERES

CHAPITRE UN

CHAPITRE DEUX

CHAPITRE TROIS

CHAPITRE QUATRE

CHAPITRE CINQ

CHAPITRE SIX

CHAPITRE SEPT

CHAPITRE HUIT

CHAPITRE NEUF

CHAPITRE DIX

CHAPITRE ONZE

CHAPITRE DOUZE

CHAPITRE TREIZE

CHAPITRE QUATORZE

CHAPITRE QUINZE

CHAPITRE SEIZE

CHAPITRE DIX-SEPT

CHAPITRE DIX-HUIT

CHAPITRE DIX-NEUF

CHAPITRE VINGT

CHAPITRE VINGT ET UN

CHAPITRE VINGT-DEUX

CHAPITRE VINGT-TROIS

CHAPITRE VINGT-QUATRE

CHAPITRE VINGT-CINQ

CHAPITRE VINGT-SIX

CHAPITRE VINGT-SEPT

CHAPITRE VINGT-HUIT

CHAPITRE VINGT-NEUF

CHAPITRE TRENTE

CHAPITRE TRENTE ET UN

CHAPITRE TRENTE-DEUX

CHAPITRE TRENTE-TROIS

CHAPITRE TRENTE-QUATRE

CHAPITRE TRENTE-CINQ

La parole de l’Eternel m’a été adressée :

« Avant de te former dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu naisses, je t’avais consacré, je t’avais désigné prophète pour les nations. »

J’ai répondu : « Ah ! Seigneur Eternel, je ne sais pas parler, car je suis trop jeune. »

L’Eternel m’a dit : « Ne prétends pas que tu es trop jeune, car tu iras trouver tous ceux vers qui je t’enverrai et tu diras tout ce que je t’ordonnerai. N’aie pas peur d’eux, car je suis moi-même avec toi pour te délivrer. »

Jérémie 1:4–7

CHAPITRE UN

Rea se redressa dans son lit, en sueur. Des cris l’avaient réveillée. Son cœur battait la chamade. Elle tendit l’oreille. C’était peut-être juste un de ces cauchemars qui l’empêchaient de trouver le sommeil depuis si longtemps… Elle referma les poings sur sa paillasse et adressa au ciel une prière silencieuse.

Un deuxième cri retentit et Rea sursauta.

Puis un autre.

Ils se rapprochaient.

Pétrifiée d’horreur, Rea demeura assise sans bouger. Par-dessus le clapotement des gouttes de pluie, on entendait également des chevaux et le chuintement caractéristique d’épées quittant leurs fourreaux. Toutefois, les cris recouvraient tous les bruits.

L’oreille de Rea devina quelque chose d’autre. Le crépitement des flammes. Son cœur manqua un battement : on incendiait le village ! Cela ne pouvait signifier qu’une seule chose : les nobles étaient arrivés.

Elle sauta à bas de son lit, se cognant le genou contre les chenets, la seule chose qu’elle possédait dans sa modeste maisonnette. Elle sortit à toutes jambes. Une pluie tiède la trempa jusqu’aux os. Elle battit des paupières, dans l’espoir de chasser ce cauchemar. Tout autour d’elle, des volets et des portes s’ouvraient : ses voisins quittaient timidement leurs maisons. Ils se rassemblèrent au milieu de la placette. Tous les yeux étaient rivés sur un halo lumineux au loin. Le cœur de Rea se serra. C’était un incendie.

Bien sûr, ils étaient à l’abri dans leur petit quartier insalubre, le plus pauvre du village, caché derrière les ruelles labyrinthiques. Personne ne venait jamais jusqu’ici. Personne ne s’aventurait entre les masures branlantes où vivait la valetaille et où la puanteur décourageait les plus téméraires. En vérité, le quartier était un ghetto dont Rea ne pourrait jamais sortir.

En voyant les flammes lécher la nuit, pour la première fois de sa vie, elle fut soulagée de vivre dans ce trou. Les nobles ne feraient pas l’effort de trouver leur chemin dans le dédale des ruelles. En plus, il n’y avait rien à piller.

C’était pour cette raison que ses voisins miséreux se contentaient de regarder l’incendie, sans montrer le moindre signe de panique. C’était pour cette raison qu’aucun d’eux ne courait au secours des autres villageois, les riches, ceux qui vivaient dans les maisons du centre-ville, ceux qui méprisaient les petites gens du quartier pauvre. Ils ne leur devaient rien. Les pauvres étaient en sécurité ici. Ils ne risqueraient pas leurs vies pour sauver ceux qui les traitaient comme des moins-que-rien.

Pourtant, les flammes se rapprochaient. Le halo de lumière se répandait comme une flaque. Rea battit des paupières. Ses yeux la trompaient-ils ? Cela n’avait pas de sens : les maraudeurs semblaient venir dans cette direction.

Les cris se rapprochaient. Rea sursauta quand une volée d’étincelles jaillit du dédale des ruelles. Ils venaient bien dans cette direction. Mais pourquoi ?

À peine s’était-elle posée la question qu’un chevalier cuirassé de noir surgit au milieu du square. La visière de son heaume lui donnait l’air sinistre. Armé d’une hallebarde, il ressemblait à un messager de la mort.

Il embrocha un vieillard corpulent qui avait essayé de fuir. L’homme n’eut même pas le temps de crier : la hallebarde lui transperça la tête.

Des éclairs zébrèrent le ciel et le tonnerre tonna. La pluie tomba de plus belle, comme pour accueillir le groupe de cavaliers. L’un d’eux portait un étendard, mais Rea ne put identifier le symbole.

Un mouvement de panique s’ensuivit. Les villageois s’égaillèrent comme une volée de moineaux. Certains retournèrent s’abriter dans les maisonnettes. D’autres se faufilèrent dans les ruelles. Ils n’allèrent pas loin : des javelines les percèrent de part en part. La mort, Rea l’avait compris, n’épargnerait personne cette nuit.

Elle ne chercha pas à s’enfuir. Elle se contenta de reculer calmement, trouvant à tâtons l’entrée de sa maisonnette. Elle ramassa une épée. La lame chuinta en quittant son fourreau et le cœur de Rea se mit à battre plus vite. Cette épée était un véritable chef-d’œuvre, le travail d’un artisan génial, une arme qu’elle n’avait pas le droit de posséder. Elle l’avait héritée de son père, mais elle ne savait pas comme l’épée était arrivée en sa possession.

Rea s’avança lentement et résolument dans le square. Elle, une frêle jeune fille de dix-sept ans, et elle seule, avait le courage de se battre. Comment savoir d’où lui venait cette témérité ? Elle aurait voulu fuir mais, au plus profond d’elle-même, quelque chose le lui interdisait. Quelque chose l’avait toujours obligée à affronter ses peurs, en dépit du danger. Ce n’était pas qu’elle était insensible à la terreur. Non, elle ressentait bel et bien la peur. Mais une partie d’elle gardait les idées claires et la forçait à se montrer forte.

Les mains tremblantes, Rea s’obligea à se concentrer. Quand un cavalier galopa vers elle, elle leva son épée, fit un pas de côté et trancha d’un coup de lame une des jambes de sa monture. Elle eut un pincement au cœur : elle aimait les chevaux depuis sa plus tendre enfance, mais elle n’avait pas eu le choix. L’homme l’avait attaquée.

Le destrier poussa un hennissement terrible. Il tomba dans la boue, jetant son cavalier. Les chevaux qui le suivaient trébuchèrent sur son corps et s’entassèrent comme des quilles renversées.

Au milieu de la poussière et du chaos, Rea leur fit face, prête à mourir.

Un chevalier solitaire, dont l’armure blanche et le cheval de la même couleur le démarquaient de tous les autres, chargea soudain dans sa direction. Elle leva son épée pour frapper à nouveau, mais ce chevalier fut plus rapide. Vif comme l’éclair, il fit décrire à sa hallebarde un arc de cercle qui la désarma. Sa précieuse épée s’en alla glisser dans la boue, de l’autre côté du square. Elle aurait pu tout aussi bien se trouver à l’autre bout du monde.

Rea resta bouche bée, stupéfaite de se retrouver sans défense, mais surtout désorientée par la tournure des événements. Le chevalier n’avait pas essayé de la tuer. Pourquoi ?

À peine cette question lui traversa-t-elle l’esprit que le chevalier, sans ralentir, se pencha et l’empoigna par la chemise. Du même mouvement, il la renversa en travers de sa selle. Elle poussa un cri de surprise. Ses bras recouverts de plaques d’armure s’enroulèrent autour de son buste. Elle se débattit, mais en vain. Il était trop fort.

— Cessez de résister, ordonna-t-il. J’essaie de vous sauver la vie.

Rea n’était pas sûre de lui faire confiance, pourtant elle s’immobilisa. Il poursuivit son chemin sans un regard en arrière, à travers les ruelles tortueuses, emportant Rea un peu plus loin de sa maison à chaque foulée. L’un des pillards s’approcha d’eux en brandissant son épée.

— Elle est à moi, lança le ravisseur de Rea à l’autre chevalier qui garda ses distances.

— Je ne suis pas à vous, rétorqua-t-elle, la peur grandissant en elle. Je n’appartiens à personne.

— Ces paysannes ne se laissent pas faire, pas vrai ? plaisanta l’autre chevalier.

Le chevalier qui détenait Rea ne répondit rien. Ils surgirent dans la campagne au détour d’un virage et, soudain, tout fut silencieux. Ils s’éloignèrent du chaos, des pillages, des cris. Rea ne put s’empêcher d’être soulagée, à sa grande honte : si elle était restée là-bas, elle serait morte. Toutefois, l’étreinte du chevalier se refermait sur elle, de plus en plus étroite, et Rea réalisa que son sort serait peut-être pire.

— S’il vous plait, siffla-t-elle avec difficulté.

Il se contenta de la serrer un peu plus fort et de talonner les flancs de son cheval sous la pluie battante.

Enfin, le chevalier s’arrêta sur un plateau, à l’ombre d’un vieil arbre. Rea connaissait cet endroit. Elle s’était reposée sous ces branches bien souvent.

D’un geste vif et leste, il mit pied à terre sans la lâcher. Tous deux atterrirent maladroitement sur la pelouse humide. Rea eut le souffle coupé quand son poids tomba sur elle. Elle remarqua qu’il aurait pu l’écraser et lui faire vraiment mal, mais il s’était retenu d’une main. En fait, il avait même amorti la chute de Rea.

— Qui êtes-vous ? demanda Rea. Que me voulez-vous ?

— Vous ne sauriez comprendre, répondit le chevalier en se redressant.

Rea ne pouvait pas voir son visage, la visière blanche de son heaume couvrant ses traits, seuls ses yeux presque violets et au regard dur perçaient au travers des fentes de son casque. Sur son cheval, elle aperçut à nouveau la bannière. Cette fois, elle eut tout le loisir de regarder le symbole qui y était brodé : deux serpents enlaçant une lune percée d’une dague.

Il l’agrippa et Rea se débattit, frappant du poing son armure. C’était inutile. Ses petites mains fragiles ne pouvaient rien contre sa carapace métallique.

— Je n’ai aucune intention de vous faire du mal, dit le chevalier. Je ne prévois de vous faire rien que vous ne vouliez vous-même.

Rea sut ce qu’il voulait dire et se figea. Elle avait dix-sept ans. Elle était restée vierge en attendant de rencontrer l’homme parfait. Elle n’avait jamais imaginé que cela puisse se passer dans de telles conditions. Était-ce seulement vrai ? Son rêve lui revint peu à peu, celui qui l’avait réveillée tant de fois, celui qu’elle faisait depuis des lunes. Elle l’avait vue. Cette scène. Cet arbre, cette pelouse, ce plateau. Cette tempête. Cet homme.

Elle l’avait prédit, et elle réalisa qu’il était celui qu’elle attendait depuis si longtemps.

— J’ai rêvé de vous également, dit-il. J’ai rêvé que vous étiez en grand danger et j’ai vu ce qui viendrait de nous, ensemble, en ce lieu. Si je vous avais abandonnée à votre sort au village vous auriez été taillée en pièce, peu importe la bravoure dont vous auriez fait preuve. Ici, nous sommes en mesure de commencer quelque chose de nouveau, si vous le désirez.

Rea se souvint des rêves qu’elle avait fait de cet homme et de ce qu’il avait été.

Cette seule pensée la fit se rapprocher de lui.

— Oui, chuchota-t-elle par-dessus le son de la pluie.

 Le chevalier dirigea ses mains vers la robe de Rea alors qu’il l’entrainait vers le sol sous l’arbre. Elle n’avait jamais été avec un homme, mais elle avait vu ce qu’il en était des animaux de son village. Mais il n’y avait rien d’animal dans cette situation. L’homme au-dessus de lui ne retira que le strict minimum de son armure, ne lui dévoila même pas son visage, mais malgré cela, il fut doux avec elle, et quand le moment arriva, Rea se retrouva blottie contre lui.

Bientôt, trop tôt, ce fut terminé et Rea resta étendue sur l’herbe, ne sachant que faire ensuite. Elle entendit des pièces de métal s’entrechoquer alors qu’il réajustait son armure. Il s’approcha d’elle, lui tendit quelque chose qu’il lui plaça dans la main.

En plissant les paupières sous la pluie, elle constata avec étonnement qu’il lui avait donné un collier doré, avec un pendentif : deux serpents enlaçant une lune percée d’une dague.

— Je ne suis pas une femme que vous pouvez payer de la sorte, protesta-t-elle.

— Quand il naîtra, répondit-il, donnez-lui ceci. Et envoyez-le-moi.

Elle leva les yeux vers lui.

— Vous partez, n’est-ce pas ? demanda-t-elle. Juste comme cela, vous partez.

— Vous serez en sécurité ici, dit-il, et si je suis trop longtemps absent, des gens me chercheront. Il vaut mieux que je parte.

— Mieux pour qui ? riposta Rea. Elle ferma les yeux, derrière le bruit de la pluie, elle entendit le chevalier monter son destrier. Il s’éloigna au galop.

Ses paupières étaient lourdes. Elle était trop épuisée pour bouger et resta étendue sous la pluie. Son cœur en miettes, elle laissa un sommeil réparateur l’emporter sous des cieux plus cléments. Peut-être qu’enfin, les rêves s’arrêteraient.

Avant de laisser le sommeil la posséder, elle fixa du regard le collier, puis le serra entre ses doigts. C’était de l’or, assez pur pour nourrir tout son village pendant une vie entière.

Pourquoi lui donner ceci ? Pourquoi ne pas l’avoir laissée à son funeste destin ?

Envoie-le-moi, avait-il dit. Cela ne la concernait pas. Il avait su qu’elle tomberait enceinte. Et il savait que ce serait un garçon.

Comment ?

Soudain, juste avant que le sommeil ne l’emporte, tout lui revint. Le dernier fragment de son rêve.

Un garçon. Elle allait donner naissance à un garçon. Né d’une nuit de fureur et de violence.

Un garçon qui deviendrait roi.

CHAPITRE DEUX

Trois lunes plus tard

Rea était debout dans la clairière, seule, comme en transe, perdue dans son monde. Elle n’entendait plus l’eau du ruisseau clapoter à ses pieds, ni le chant des oiseaux dans les arbres. Elle ne remarquait plus les rayons du soleil perçant la canopée ou les daims qui l’observaient à distance. Tout son monde se réduisait maintenant à ce qu’elle tenait entre ses doigts tremblants : une feuille d’Ukanda. À sa grande horreur, les veines de la feuille verte étaient devenues blanches.

Ce changement de couleur lui avait fait l’effet d’un coup de couteau.

Il se produisait uniquement quand la personne qui touchait l’Ukanda portait un enfant.

La terre s’écroulait sous les pieds de Rea. Elle perdit la notion du temps et de l’espace. Le sang battait contre ses oreilles. Ses mains tremblaient. Elle fit défiler en pensée les événements de cette terrible nuit, trois lunes plus tôt : les pillages, les morts, et lui… Elle posa la main sur son ventre, à la recherche d’une bosse. Elle avait eu des nausées, ces derniers jours. La raison de ce malaise devenait évidente. Elle joua avec le collier doré qu’elle avait accroché autour de son cou. Elle prenait soin de le cacher sous sa robe pour que les autres ne puissent pas le voir. Pour la millième fois depuis leur rencontre, elle se demanda qui était le chevalier.

Les derniers mots qu’il lui avait adressés résonnaient encore dans sa tête.

Envoie-le-moi.

Les fougères bruissèrent derrière elle et Rea se retourna vivement : les yeux perçants de Prudence, sa voisine, la fixaient. C’était une gamine de quatorze ans. Elle avait perdu sa famille pendant l’attaque. C’était bien la dernière personne à qui Rea aurait voulu confier son secret : Prudence était une fouineuse qui adorait cancaner. Au grand désarroi de Rea, les yeux de la gamine tombèrent sur la feuille qu’elle tenait dans la main, illuminés soudain par un éclair de compréhension.

Non sans foudroyer Rea du regard, Prudence laissa tomber son panier de draps, tourna les talons et partit en courant. Cela ne pouvait signifier qu’une chose : elle allait prévenir les villageois.

Le cœur de Rea manqua un battement. Les villageois lui demanderaient de tuer le bébé, évidemment. Ils ne voulaient garder aucun souvenir de l’attaque. Mais pourquoi cette pensée l’effrayait-elle ? Voulait-elle vraiment donner naissance au rejeton de cette nuit de violence ?

Ses craintes prenaient Rea par surprise. Elle voulait protéger le bébé. Elle avait besoin de le protéger. Sa tête ne voulait pas de cet enfant : l’élever, ç’aurait été mettre le village et elle-même en grand danger. Cela ne ferait qu’enhardir les nobles qui les avaient attaqués. Il serait tellement facile de s’en débarrasser… Elle n’aurait qu’à mâcher de la racine de Yukaba et le fœtus partirait avec l’eau du bain quelques heures plus tard.

Cependant, elle sentait déjà l’enfant dans son ventre et son corps lui soufflait quelque chose que sa tête ne voulait pas entendre : elle voulait garder le bébé. Le protéger. Ce n’était qu’un enfant, après tout, et il lui avait été promis dans ses rêves.

Rea était fille unique. Elle n’avait jamais connu ses parents. Elle avait grandi dans la souffrance, sans personne qui l’aimait, sans personne à aimer. Elle en avait marre d’être seule, de vivre dans le quartier le plus pauvre de la ville, remuer la saleté pour avoir de quoi vivre, de travailler du matin au soir. Elle ne trouverait jamais de mari, elle le savait, avec ce train de vie ; en tout cas pas un mari dont elle aurait envie. Et elle n’aurait sûrement jamais eu d’enfant autrement qu’ainsi.

Sa vie lui parut soudain vide de sens. C’était peut-être sa chance. Elle voulait cet enfant, comme elle n’avait jamais rien voulu d’autre.

Rea repartit vers le village, nerveuse, en proie à une tempête d’émotions contradictoires, et peu préparée aux visages désapprobateurs qui l’attendaient sûrement déjà. Les villageois insisteraient pour ne garder aucun souvenir de l’attaque des maraudeurs. Ils ne voudraient comprendre qu’il s’agissait de quelque chose de diffèrent avec cet homme ; qu’il l’avait protégée. Rea ne pouvait pas leur en vouloir : les nobles violaient souvent les femmes pour mieux contrôler les villages. C’était une tactique très courante. Parfois, ils envoyaient quelqu’un chercher leurs rejetons quelques années plus tard. Tout cela ne faisait qu’alimenter le cycle de la violence.

Elle le savait, mais cela ne changeait rien. Une vie grandissait dans son ventre. Elle le sentait. L’enfant la rendait également plus forte. Son énergie pulsait en elle à chaque battement de cœur.

Rea longea d’un pas vif les ruelles du village, jusqu’à sa maisonnette. Enceinte. Comment était-ce possible ? Comment donnerait-elle naissance à cet enfant ? Comment s’y prendre ? Comment l’élever ? Elle avait à peine de quoi se nourrir. Avait-elle seulement les moyens financiers de garder ce bébé ?

Mais elle ne pouvait ignorer cette force étrange. Rea la sentait pulser dans ses veines depuis trois mois. Elle comprenait seulement maintenant d’où cette énergie lui venait. C’était un espoir d’avenir. Une opportunité. Une vie qu’elle ne pourrait jamais condamner.

Une force qui lui ordonnait d’être plus grande qu’elle-même.

Alors qu’elle remontait les ruelles, les regards des villageois la suivaient à la dérobée. Elle se retourna, à droite, puis à gauche. Des hommes et des femmes de tous les âges la fixaient d’un air désapprobateur. Certains portaient encore les stigmates de l’attaque. Ils avaient souffert et leurs regards, rivés sur son ventre, étaient accusateurs.

Même les jeunes filles de l’âge de Rea la dévisageaient sans la moindre trace de compassion. Nombre d’entre elles avaient subi le même sort qu’elle, mais toutes avaient déjà mâché la racine pour se débarrasser de leurs rejetons. En devinant le chagrin dans leurs regards, Rea comprit qu’elles voulaient maintenant l’entraîner dans leur malheur.

La foule se resserra autour d’elle. Bientôt, un mur d’hommes et de femmes bloqua son passage. Le village entier était sorti dans la rue. Elle s’arrêta devant leurs visages hantés. Elle savait ce qu’ils voulaient. Ils voulaient tuer son fils.

Elle releva le menton avec défi et se jura de ne pas les laisser faire.

— Rea, dit une voix dure.

Severn, un homme assez âgé, aux cheveux sombres et au visage barré d’une cicatrice, la foudroyait du regard, comme si Rea était une bête nuisible. Il ne valait pas mieux que les nobles. Ils pensaient donc tous qu’ils avaient le droit de contrôler son corps…

— Tu prendras la racine, ordonna-t-il sèchement. Tu prendras la racine et, demain, toute cette histoire ne sera plus qu’un mauvais souvenir.

Une femme se porta à la hauteur de Severn. C’était Luca. Comme Rea, elle avait été agressée, cette nuit-là. Elle avait pris la racine quelques jours plus tôt. Quand elle avait perdu son bébé, Rea l’avait entendue pousser de longs râles de chagrin.

Luca lui tendit un petit sachet de poudre jaune et Rea plissa le nez. Tout le village la fixait des yeux.

— Luca t’accompagnera à la rivière, ajouta Severn. Elle restera avec toi toute la nuit.

Rea lui renvoya un regard vide et froid, enhardie par l’étrange énergie qui poussait dans son ventre.

Elle ne répondit pas.

Leurs visages se durcirent.

— Ne t’avise pas de nous désobéir, gamine, dit un autre en faisant un pas en avant.

Il serrait si fort le manche de sa faux que les articulations de ses doigts étaient blanches.

— Ne déshonore pas la mémoire des hommes et des femmes qui nous ont quittés cette nuit-là en donnant naissance à ce que leurs bourreaux ont créé. Fais ce qu’on te demande.

Rea prit une grande inspiration. La force de sa propre voix la prit par surprise quand elle répondit :

— Je refuse.

Sa voix était plus grave et plus mature qu’auparavant, comme si les événements de ces derniers jours avaient fait d’elle une femme adulte.

Elle regarda en silence la colère passer dans leurs regards, comme un nuage d’orage couvre le soleil. Un homme, Kavo, fronça les sourcils et s’avança d’un pas autoritaire. Il tenait un fouet dans une main.

— Il y a la manière douce, dit-il d’un ton tranchant, et la manière forte.

Le cœur de Rea tambourinait contre ses côtes, mais elle le regarda droit dans les yeux. Son père lui avait un jour donné ce conseil : ne jamais reculer. Devant qui que ce soit. Affirme-toi. Tiens tête, même si la chance n’est pas de ton côté. Surtout si la chance n’est pas de ton côté. Repère celui qui représente le plus grand danger. Attaque la première. Même si tu dois y laisser ta vie.

Rea réagit très vite. Sans prendre le temps de réfléchir, elle s’empara d’un bâton sur lequel s’appuyait un homme, fit un pas en avant et frappa de toutes ses forces Kavo dans le plexus solaire.

Le souffle coupé, Kavo mit un genou à terre. Rea ne lui laissa pas le temps de se remettre de ses émotions. Elle reprit son élan et le frappa à nouveau, cette fois au visage. On entendit l’os de son nez craquer et le fouet s’échappa de sa main. Il roula dans la boue, le visage en sang.

Rea toisa les visages choqués de l’assemblée. Tous semblaient soudain un peu moins sûrs d’eux-mêmes.

— C’est mon gamin, siffla-t-elle. Je le garde. Si vous revenez, c’est mon épée qui vous répondra.

Sur ces mots, elle tourna les talons et s’éloigna d’un pas vif, en s’ouvrant un chemin à coups de coude dans la foule. Personne n’oserait la suivre et elle le savait. Pas tout de suite, du moins.

Ses mains tremblaient. Son cœur battait violemment contre ses côtés. Le bébé ne naîtrait pas avant six mois.

Et, la prochaine fois qu’ils viendraient, ce serait pour la tuer.

CHAPITRE TROIS

Six lunes plus tard

Rea s’était étendue sur des fourrures, devant le feu qui brûlait dans l’âtre. Elle était désespérément seule. Le travail avait commencé et elle retenait ses cris d’agonie. Dehors, un vent violent soufflait. De grosses bourrasques faisaient claquer les volets et de la neige s’insinuait sous les portes, comme si le ciel était d’aussi mauvaise humeur que Rea.

La lueur des flammes faisait reluire la sueur sur son visage, mais elle n’arrivait pas à se réchauffer. Le bébé ne cessait de donner des coups de pied et de se retourner dans son ventre. Elle se sentait humide et froide. Elle tremblait de tout son corps. Elle allait mourir. Une contraction l’assaillit. Si seulement ce chevalier l’avait laissée se faire tuer, cette nuit-là… Il aurait fait preuve de plus de clémence. Cette torture interminable, cette nuit d’agonie, tout cela, c’était la pire chose qu’il aurait pu lui infliger.

Ce fut alors que, par-dessus ses propres cris et les bourrasques de vent, un autre bruit se détacha – peut-être le seul bruit capable de la faire frémir.

Les bruits d’une foule en colère. Des villageois. Ils venaient tuer son bébé.

Rea rassembla ses forces. En tremblant sur ses jambes, elle parvint à soulever son corps. Elle atterrit sur les genoux, chancelante, et tendit la main vers un bâton. Au prix d’un dernier effort et avec un grand cri, elle se redressa sur ses deux jambes.

Difficile à dire si la position debout lui était plus inconfortable que la position allongée, mais elle n’avait pas le temps de se poser la question. La foule se rassemblait à l’extérieur, de plus en plus bruyante, de plus en plus proche. Ils seraient bientôt là. Mourir ou vivre ne lui importait plus. Mais son bébé ? C’était une autre histoire. Elle devait protéger l’enfant, à n’importe quel prix. C’était une étrange sensation : elle accordait maintenant plus d’importance à la vie d’un bébé qu’à la sienne.

Rea tituba jusqu’à la porte et se retint à la poignée pour ne pas tomber. Elle s’appuya un instant, le temps de reprendre son souffle. Enfin, elle s’empara d’une fourche qui se trouvait là, pour s’en servir comme d’une canne, et ouvrit la porte.

Une bourrasque de vent et de neige l’accueillit, assez froide pour lui couper le souffle. Des cris s’élevaient par-dessus le sifflement de la bise. Son cœur manqua un battement quand elle vit les torches filer dans sa direction comme une nuée de lucioles enragées. Elle leva les yeux vers le ciel. Une immense lune rouge sang se montrait entre deux nuages. Non, c’était impossible ! Rea n’avait jamais vu de lune rouge, encore moins au milieu d’une tempête. Le bébé lui donna alors un coup de pied et elle sut, sans l’ombre d’un doute, que la lune était un signe. Elle annonçait la naissance de son enfant.

Mais qui est ce bébé ? se demanda-t-elle.

Elle referma les bras sur son ventre. Elle sentait son pouvoir et son impatience. C’était comme s’il avait bien l’intention d’affronter lui-même la foule en colère.