Les populations végétales - Charles Martins - E-Book

Les populations végétales E-Book

Charles Martins

0,0

Beschreibung

La population végétale d’une contrée se compose de plusieurs éléments. Le premier et le plus important, c’est l’ensemble des espèces sauvages qui croissent spontanément sur le sol et forment, pour ainsi dire, le fond de la végétation. Le second, moins essentiel, comprend toutes les plantes que l’homme a introduites à dessein pour les soumettre au régime de la grande culture. Une troisième catégorie, dont le rôle est très secondaire, comparé à celui des deux autres, se compose des espèces que diverses circonstances fortuites ont amenées et naturalisées dans la contrée. Les populations végétales n’ont donc rien de fixe; elles se sont modifiées et se modifient avec le temps. La culture en s’étendant amène l’extinction des espèces sauvages. Les progrès des sciences agricoles, de nouveaux intérêts, des relations plus rapides et plus multipliées avec d’autres contrées, transforment l’économie rurale d’un pays. Toutefois la végétation spontanée change peu; dans les mêmes localités, lorsque la charrue ne les a pas envahies, on retrouve encore les mêmes plantes à l’état sauvage ; nous le savons par les catalogues des vieux auteurs, qui nous permettent de remonter à plusieurs siècles en arrière.
En a-t-il toujours été de même? La végétation spontanée d’un pays n’a-t-elle jamais varié? …
Ce livre traite de l’origine et de la migration des végétaux. 

À PROPOS DES AUTEURS

Charles Frédéric Martins, né le 6 février 1806 à Paris et mort dans la même ville, le 7 mars 1889 , est un botaniste, géologue et médecin français. Il traduisit, en français, plusieurs ouvrages de langue allemande, notamment du poète et botaniste Johann Wolfgang von Goethe

Eugène Fournier, né le 28 décembre 1871 et mort le 17 avril 1941, fut un grand précurseur de la spéléologie en Franche-Comté.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 85

Veröffentlichungsjahr: 2022

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



 

Les populations végétales : leur origine et leurs migrations.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les populations végétales 

Leur origine et leurs migrations

 

 

 

 

 

 

 

 

Charles Martins

Eugène Fournier

 

 

 

 

 

EHS

Humanités et Sciences

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les populations végétales : leur origine, leur composition et leurs migrations{1}

 

La population végétale d’une contrée se compose de plusieurs éléments. Le premier et le plus important, c’est l’ensemble des espèces sauvages qui croissent spontanément sur le sol et forment, pour ainsi dire, le fond de la végétation. Le second, moins essentiel, comprend toutes les plantes que l’homme a introduites à dessein pour les soumettre au régime de la grande culture. Une troisième catégorie, dont le rôle est très secondaire, comparé à celui des deux autres, se compose des espèces que diverses circonstances fortuites ont amenées et naturalisées dans la contrée. Les populations végétales n’ont donc rien de fixe; elles se sont modifiées et se modifient avec le temps. La culture en s’étendant amène l’extinction des espèces sauvages. Les progrès des sciences agricoles, de nouveaux intérêts, des relations plus rapides et plus multipliées avec d’autres contrées, transforment l’économie rurale d’un pays. Toutefois la végétation spontanée change peu; dans les mêmes localités, lorsque la charrue ne les a pas envahies, on retrouve encore les mêmes plantes à l’état sauvage ; nous le savons par les catalogues des vieux auteurs, qui nous permettent de remonter à plusieurs siècles en arrière.

En a-t-il toujours été de même? La végétation spontanée d’un pays n’a-t-elle jamais varié? On le croyait autrefois; on admettait que les animaux et les végétaux avaient été créés simultanément par la puissance divine, et que le monde organique actuel n’avait pas d’ancêtres. L’homme était le centre et le but de cette création providentielle. La plupart des naturalistes du dernier siècle avaient souscrit à ces articles de foi sans songer à les discuter. On ne le pouvait guère à cette époque; la géologie n’était pas encore née, elle ne nous avait pas encore appris à lire dans le passé de la terre. Les feuillets dont se composent les couches terrestres n’avaient point été dépliés; c’était un livre fermé, enfoui sous nos pieds, et dont on soupçonnait à peine l’existence. A présent, ce livre est entr’ouvert; nous en avons déjà déchiffré assez de mots pour savoir que la création actuelle n’est qu’un des termes de la longue série de transformations qui, commençant aux premiers âges de la terre, se continuera aussi longtemps que notre planète sera réchauffée par les rayons du soleil, source unique de la vie à la surface du globe. Si donc on peut affirmer que, depuis les temps historiques, la flore spontanée de la terre a peu changé, on n’oserait plus soutenir qu’il n’en a jamais été autrement. L’époque historique n’est qu’un moment bien court dans la vie du globe, et les temps antérieurs sont plongés dans une nuit profonde. La tradition est muette, même sur les habitants des cités lacustres, pourtant si rapprochés de nous. Les débris enfouis dans les lacs et les tourbières jettent seuls quelques lueurs sur leur mode d’existence. A plus forte raison, tout ce qui précède relève uniquement des sciences naturelles. Où l’histoire finit, la géologie commence. Heureusement les couches des terrains sédimentaires nous ont conservé l’empreinte des végétaux et les os des animaux qui vivaient à leur superficie. En consultant ces herbiers et ces ossuaires fossiles, nous pouvons ressusciter les flores et les faunes des temps passés. Cette étude nous enseigne que la végétation actuelle est la continuation des végétations antérieures, modifiées par les changements physiques dont notre globe a été le théâtre, par les climats divers qui se sont succédé, et plus récemment encore par l’action de l’homme, dont la puissance devient d’autant plus irrésistible que son empire s’étend davantage. En un mot, les populations végétales peuvent être assimilées aux populations humaines, dont l’origine remonte également bien au-delà des époques historiques. Une comparaison éclaircira ma pensée et fixera mieux celle du lecteur.

Si l’on se demande quelle est l’origine et la composition de la population qui habite la France méditerranéenne, l’histoire nous répond que Marseille a été fondée par les Phéniciens. Avant l’arrivée des Phéniciens, le pays était peuplé par les descendants de ces hommes primitifs qui vivaient dans les cavernes, où ils ont laissé des silex taillés, des haches, des pierres polies, avec les débris d’animaux éteints, comme l’hyène et l’ours des cavernes, ou émigrés, comme le renne ou le bœuf musqué. C’est précisément dans les grottes de cette région que M. Tournai le premier, en 1828, puis messieurs de Christol, Teissier et Marcel de Serres, ont trouvé ces restes de l’industrie humaine auxquels les ossements qui les accompagnaient assignent une date géologique certaine. Ces hommes antéhistoriques chassaient dans les forêts où croissaient des arbres actuellement inconnus en Provence. Ils correspondent donc parfaitement aux plantes dont nous retrouvons les restes fossiles dans le sein de la terre. Leurs descendants étaient contemporains d’une autre végétation analogue, mais non identique à la nôtre. Aux Phéniciens succédèrent ensuite des colons grecs de l’Ionie, les Phocéens. En introduisant l’olivier, actuellement naturalisé, ils modifièrent profondément l’agriculture du pays. Leur sang même a laissé des traces. Les femmes d’Arles et de Saint-Rémy nous offrent encore dans toute leur pureté les lignes sculpturales que la statuaire grecque a léguées à l’admiration des siècles. Après les Grecs vinrent les Romains : leurs routes, leurs ponts, leurs aqueducs, leurs amphithéâtres et leurs temples ont marqué le sol d’une empreinte indélébile ; les Romains achevèrent de le défricher, et les noms de leurs fermes sont encore ceux de beaucoup de villages dans la Gaule narbonnaise. Ne serait-il pas téméraire d’affirmer qu’il n’existe plus dans le midi de la France aucun descendant des Phéniciens, des Grecs et des Romains ? Sans doute le mélange avec d’autres races a effacé leurs traits, changé leur caractère, modifié leurs aptitudes, rendu leur origine méconnaissable ; mais ces colonies, venues de la Grèce ou de l’Italie, ont évidemment ajouté un élément nouveau à la population aborigène de la France méditerranéenne.

Au ve siècle, l’Europe méridionale est envahie par des hommes du nord, les Visigoths. — Avant eux, pendant l’époque glaciaire, nous le verrons plus loin, les plantes du nord avaient également envahi le midi. — Un grand nombre de ces barbares furent laissés en arrière par ce torrent dévastateur, qui inonda l’Espagne et le nord de l’Afrique ; ils se fixèrent dans la Gaule narbonnaise, où leurs traces n’ont point entièrement disparu. Des enfants aux cheveux blonds, des noms de famille avec la désinence en ic rappellent encore cette grande invasion. Ce fut la dernière ; depuis lors, nous ne constatons plus l’irruption de ces vastes marées humaines qui submergeaient les empires ; mais il s’opère un travail lent et continu, analogue à celui des actions géologiques et produisant comme elles, avec l’aide du temps, des effets de même ordre que ceux des catastrophas les plus subites et les plus violentes. Au commencement du xiiie siècle, l’extermination des albigeois décime les habitants du Languedoc. Des populations entières sont massacrées par Simon de Montfort. D’un autre côté, l’inquisition sévit en Espagne et provoque une émigration continue de Juifs et d’Arabes qui venaient chercher en France un refuge et un asile. L’élément sémitique se mêla donc alors aux races grecque, latine et germanique. Une dernière migration eut lieu à la fin du XVIIe siècle, — où la révocation de l’édit de Nantes porta un coup terrible à la prospérité des provinces méridionales en faisant disparaître par la misère, les massacres, les supplices et l’exil, la partie la plus saine, la plus intelligente et la plus industrieuse de la nation.

Ce que nous avons dit de la composition et de la formation successive des populations du midi de la France pourrait s’appliquer également à d’autres contrées de l’Europe. Il n’en est pas qui soit uniquement occupée par cette race autochtone dont l’origine se perd dans la nuit des temps géologiques; toutes ont été modifiées par des immigrations ou des émigrations successives. L’on compte les peuplades qui semblent avoir échappé à cette loi générale. Abordons maintenant la genèse des flores partielles de l’Europe, la seule partie du monde assez bien connue pour pouvoir être soumise à l’analyse scientifique. Nous y retrouverons des phénomènes de tout point analogues à ceux dont les migrations humaines nous donnent le spectacle.

 

I. De l’origine primordiale des populations végétales.

M. Alphonse de Candolle a le premier établi, à la fin de sa Géographie botanique, que les végétaux actuels se rattachent intimement à ceux qui les ont précédés dans les différentes phases géologiques que la terre a traversées depuis son origine. Le premier il a fait voir par quels liens étroits tient la géographie botanique à la paléontologie végétale. Depuis quatorze ans que son ouvrage a été publié, les progrès de la science lui ont donné raison. Le nombre des plantes vivantes qu’on retrouve à l’état fossile augmente tous les jours. On commence à distinguer ces espèces primitives de celles qui, nées postérieurement, n’ont été observées jusqu’ici qu’à l’état vivant, et jamais à l’état fossile.

Tous les végétaux fossiles existant encore actuellement appartiennent aux terrains tertiaires ou quaternaires, c’est-à-dire aux couches sédimentaires les plus récentes du globe terrestre. Cela ne veut pas dire que ces végétaux n’aient aucune analogie avec ceux qui se retrouvent dans les formations plus anciennes, telles que les couches carbonifères, jurassiques ou crétacées; mais ces analogies sont éloignées, ce sont des rapports de classe, de famille, de genre; il n’y a pas identité d’espèce. Ainsi nous voyons à l’état vivant des fougères, d.is lycopodes, des conifères, qui rappellent de loin la forme des arbres dont la houille est composée ; mais on peut affirmer que pas un de ces végétaux ne s’est perpétué jusqu’à nous. Les analogues sont encore vivants, les espèces elles-mêmes ont disparu. Nous connaissons au contraire des végétaux identiques à ceux qui vivaient pendant la période tertiaire, et d’autres, plus nombreux encore, en diffèrent si peu qu’il est permis de les considérer comme les descendants légitimes de leurs ancêtres paléontologiques.