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A la fin du Moyen Age, des vaudois venus des Alpes viennent repeupler la Provence et redonnent vie à Lourmarin. Ils amènent avec eux leurs barbes prêchant un Evangile de sobriété et pauvreté. Après avoir rejoint la Réforme calviniste ces vaudois deviennent des huguenots et dressent à Lourmarin une Eglise , une des premières de Provence. Leur premier pasteur, Mercurin, correspondait avec Calvin. Au 17ème siècle, Lourmarin comptait un bon millier d'habitants dont la plupart étaient restés protestants. Mais suite aux persécutions de Louis XIV les protestants de Lourmarin disparurent presque totalement et leur temple fut détruit.
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Seitenzahl: 134
Veröffentlichungsjahr: 2023
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www.editionsampelos.com
AC
: Archives Communales
AD
: Archives Départementales (suivi du numéro du département)
AN
: Archives Nationales
B
: Baptême
Bapt. 1563-1572
: AD84 1E68/6
Bapt. 1588-1619
: AD84 1E68/6bis
Bapt. 1619-1639
: AD84 1E68/6
Bapt. 1639-1642
: AD84 1E68/6bis
Bapt. Épars
: AD84 1E68/6bis
BM
: Bibliothèque Municipale
BN
: Bibliothèque Nationale
Bull.
: Bulletin
EVHL
: Études vaudoises et historiques du Luberon
f°
: Folio
M
: Mariage
not.
: Notaire
p
: Page
Reg. past. 1669-1685
: AC Lourmarin GG1 et AD84 1E68/7
S
: Sépulture
SHPF
: Société de l'Histoire du Protestantisme Français
t
: Tome
v°
: Verso
NB : Je préfère écrire 17e s. au lieu de la graphie habituelle XVIIe siècle dans un souci de simplification de lecture.
ARNAUD,
Dauphiné
: E. ARNAUD,
Histoire des protestants du Dauphiné...
ARNAUD,
Provence
: E. ARNAUD,
Histoire des protestants de Provence...
AUDISIO
: G. AUDISIO,
Les vaudois du Luberon
Calvini Opera
:
Ioannis Calvini opera quae supersunt omnia
CLAPARÈDE
: T. CLAPARÈDE, "Liste des Églises...",
Bull. de la SHPF
, 1866
FP
1
: E. et E. HAAG,
La France protestante...
LR
:
Le Livre du Recteur de l'Académie de Genève
Ms 583
: Bibliothèque de la SHPF, Ms 583
SAMBUC
: E. SAMBUC, "Les archives de Lourmarin...",
Bull. de la SHPF
, 1939
TROTOBAS
: F. TROTOBAS-APPY,
"Forcez-les d'entrer"
NB : 1/ Dans les notes de bas de page, comme dans l'index ci-dessus, les références bibliographiques sont rédigées sous forme succincte. Pour les indications complètes, voir le chapitre Bibliographie.
2/ Les noms d'auteurs sont écrits en lettres capitales pour les distinguer plus aisément.
Introduction
Sources
L'Église réformée
L'archipel réformé en Provence
Le corps pastoral
La vie de l’Église
Le seigneur et les catholiques
La communauté protestante
Les fidèles
Les naissances
Les baptêmes
Conclusion
Annexe
Table des documents
Bibliographie et sources
Index des noms de famille
Adossé au versant sud du Luberon, à quelque distance de la Durance, Lourmarin se situe à l'entrée de la combe qui permet aux voyageurs de se frayer un passage à travers la montagne jusqu'à Apt. Aujourd'hui le village compte quelques 700 habitants, dont l'activité principale reste l'agriculture. Pour se rendre au château, un peu à l'écart, le visiteur passe devant le temple protestant. Cet édifice, bâti au début du 19e siècle, témoigne d'une présence réformée dont les origines remontent cinq siècles plus tôt. A l'extrême fin du Moyen Age, ce furent en effet des vaudois venus des Alpes qui redonnèrent vie à Lourmarin. Ils amenaient avec eux l'Évangile, que leurs barbes prêchaient le soir à la veillée. Ayant décidé de rallier la Réforme, ces vaudois devinrent des huguenots allant au temple chaque dimanche. A Lourmarin, une Église fut dressée, une des premières en Provence. Les fidèles vécurent dès lors leur foi sous la conduite des ministres de la Parole de Dieu.
Au 17e s., Lourmarin comptait un bon millier d'habitants. C'était donc un gros village, déjà un bourg. La plupart des familles étaient protestantes et formaient la communauté réformée la plus importante de Provence, devant Mérindol. Pourtant, le souvenir de ce passé a été peu à peu oublié. Quelques papiers avaient bien été conservés, mais ces documents n'avaient pas inspiré de recherche historique d'envergure. C'est justement pour retrouver cette mémoire que j'ai jugé utile d'exploiter le fonds des baptistaires de Lourmarin, dont le plus ancien -chose remarquable- remonte à 1563.
A priori, la tâche présentait un certain nombre de difficultés, dont la moindre n'était pas la gestion d'une telle masse de baptêmes. Je convins malgré tout de tamiser le plus finement possible ce gisement, de manière à retenir tous les renseignements pertinents, fussent-ils infimes ou dérisoires. Une fois ce premier et long travail réalisé, je m'aperçus que la récolte était bien plus riche que les quelques trouvailles généalogiques qu'on puise habituellement dans ce genre de documents. L'Église et la communauté protestantes de Lourmarin réapparaissaient derrière la litanie des baptêmes. Bien sûr, nombre de questions subsistent, mais cette première enquête indique une voie à suivre. Par-delà Lourmarin, c'est bien vers la Provence toute entière qu'il conviendrait de se tourner.
Au total, j'obtins donc4355 baptêmesconcernant4387 enfants1, parmi lesquels on dénombre un peu plus de garçons (2270) que de filles (2117). Il y a 26 années lacunaires2, ce qui équivaut grosso modo à un cinquième de la période. Pour les années qui vont de 1643 à 1668, ne subsistent que des épaves. Celles-ci ne nous ont livré que fort peu d'actes de baptêmes par année (maximum : 14 en 1662). Excepté ces années non représentatives, la moyenne s'établit à une cinquantaine de baptêmes par an3. Parmi les enfants présentés au pasteur, certains venaient de Lourmarin, d'autres non. Respectivement 3019 pour les premiers et 1368 pour les seconds, soit une proportion d'environ deux tiers de Lourmarinois pour un tiers d'“étrangers”. Ceux-ci, fortement représentés dans les dernières années du 16e s. et à la fin des années 1630, disparaissent quasiment dans la période 1660-1685. A cette époque, l'exercice du culte était désormais interdit et les baptêmes ne concernaient plus que les habitants de Lourmarin et des alentours immédiats. La moyenne sur l'ensemble de la période s'établissant à 36 baptêmes d'enfants lourmarinois par an 4.
- j'ai adopté une orthographe générique pour chaque patronyme, car les variations orthographiques sont grandes à la fois d'un rédacteur à l'autre et sur la durée (par exemple, la même famille s'appelait Roet au 16èmes., Rouet au 17émes. et Rouvet peu avant la Révocation) ; cette orthographe standard a été choisie en fonction du nombre de fois où elle était récurrente, et surtout de la propre signature -lorsqu'elle existe- des membres de chaque famille ;
- l'effort d'interprétation doit être très vite limité tant est grande l'homonymie, à la fois sur les prénoms et même, en certains cas, sur le nom des épouses voire leurs prénoms ! Les rédacteurs des actes étaient eux-mêmes confrontés à ces problèmes et n'arrivaient pas toujours à s'y retrouver. J'ai préféré courir le risque de compter deux fois une même personne, plutôt que de me livrer à des interprétations abusives qui ne font qu'embrouiller davantage les écheveaux familiaux ;
1 - La différence des deux nombres s'explique par la présence de 32 baptêmes doubles.
2 - 1560 à 1562, 1573 à 1587, 1645 à 1647, 1652, 1653, 1655, 1658 et 1666.
3 - 4286 baptêmes en 82 ans (soit 52,3 baptêmes par an)
4 - 2957 baptêmes en 82 ans (soit 36,1 baptêmes par an). P. Benedict ("La population réformée...", Annales ESC 1987, p 1442) indique les moyennes annuelles suivantes pour Lourmarin :
- 38 baptêmes de 1619 à 1629,
- 32 baptêmes de 1660 à 1670,
- 36 baptêmes de 1670 à 1679,
- 33 baptêmes de 1680 à 1685.
"Tant les mariages que les baptesmes seront enregistrés et gardés soigneusement en l'Église, avec les noms des pères et mères et parrains des enfans baptisés." 5
La Discipline de 1559 prescrit donc la tenue de registres où seront notés les baptêmes et les mariages6, et qui devront être "gardés soigneusement". Cette question de la sauvegarde des archives protestantes fut soulevée lors du Synode national de Castres (1626). Constatant que "plusieurs papiers qui étoient de grande importance pour nos Églises, aïant été perdus, et cette perte nous aïant causé un préjudice très considérable", le Synode décida de regrouper les documents soit au niveau national, soit au niveau régional, suivant leur importance. En Provence, ce fut l'Église d'Eyguières qui fut désignée pour garder ces pièces, "afin qu'on sût où les trouver lorsque l'on en aurait besoin"7. Le Synode national de Charenton (1644) revint sur ce problème et demanda à chacune des Églises réformées "de garder très soigneusement tous les faits, les actes et les témoignages qui prouvoient que l'exercice de notre religion étoit établi en ces lieux-là pendant les années 1576, 1577, 1596 et 1597"8. L'exercice régulier du culte protestant pendant ces années conditionnait en effet l'existence des Églises dites "de possession", selon l'Édit de Nantes. Lorsque, quelques années plus tard, en 1662, des Commissaires exécuteurs dépêchés par Louis XIV eurent à se prononcer sur la légitimité de la plupart des Églises réformées du royaume, les religionnaires fournirent ces documents du 16e s. Il avait donc été prudent de les conserver soigneusement...
En avril 1667, une ordonnance imposa la tenue en double exemplaire des registres. Ceux-ci devaient désormais comporter dans l'ordre chronologique tous les actes, de quelque nature qu'ils fussent (auparavant il existait presque toujours un registre pour les baptêmes, un pour les mariages et un pour les sépultures) 9. L'un des deux exemplaires devait être déposé au greffe de la sénéchaussée. Pour les protestants, la mesure n'était pas tout à fait nouvelle puisqu'un arrêt du Conseil d'État, du 22 septembre 1664, avait déjà obligé les pasteurs de fournir, de 3 mois en 3 mois, un extrait des "registres de baptêmes et mariages qui se feront desdits de la RPR"10.
Voici pour le cadre général. Que trouvons-nous à Lourmarin ? Un article d'Édouard Sambuc, paru en 1939, fournit une description détaillée des sources protestantes que l'auteur avait trouvées à Lourmarin, soit à la mairie, soit au château, soit au temple 11. La richesse des sources ainsi décrites me conduisit à essayer de les retrouver 12. Le document des archives communales s'y trouvait toujours 13. Quant aux archives conservées au temple et au château de Lourmarin, elles avaient toutes été versées, parfois très récemment, aux archives départementales de Vaucluse 14. Je découvris même d'autres sources qui avaient échappé au recensement d'Édouard Sambuc.
Au total, ce gisement documentaire est constitué par :
- le baptistaire tenu par le diacre Pierre Gras, du 15 août 1563 au 31 août 1572 15. Il contient 377 baptêmes et 1 mariage (placé par erreur puisque barré). Les baptistaires réformés aussi anciens sont rares en France ; ce document est unique pour la Provence.
- le baptistaire tenu par le diacre Louis Franc, du 10 février 1588 au 7 juillet 1619 16. Il contient 1759 baptêmes. Ce document a été fourni par les protestants de Lourmarin aux Commissaires exécuteurs de l'Édit en 1662, comme preuve de l'exercice du culte dans les années 1596 et 1597. Cela est indiqué au premier folio, où on peut lire : "n° 11- Paraphé ne varietur suivant l'ordonnance de Messegneurs les Commissaires, mentionné par leur procès-verbal faict en cette ville de Pertuis le 9e du présent mois de may 1662- Joly, greffier"17.
- le baptistaire tenu par le diacre Jean Franc, du 10 août 1619 au 11 mars 1639 (puis par d'autres, de manière suivie jusqu'au 1er mai de la même année) 18. Ce qui représente un total de 1175 baptêmes. Sur les pages de couverture, Jean Franc s'est amusé à tracer quelques signatures calligraphiées et deux dessins, dont l'un représente un personnage barbu. Quelques phrases, en français ou en provençal, attestent que ce registre a été en possession de Louis Franc, avant de passer à son fils Jean 19.
- le baptistaire tenu par le diacre Gaspard Pouchoud, du 1er avril 1639 au 28 juin 1642 20, qui contient 238 baptêmes.
- différents documents, classés dans des chemises, représentant un total de 149 baptêmes, dont certains sont des copies21:
* chemise 1571, 1620-1637 : 4 pages contenant 20 baptêmes, d'avril 1571 à octobre 1637, non rangés chronologiquement ; ce sont des copies d'actes contenus dans l'article coté 1E68/6 ;
* chemise 1619-1648 : 4 pages contenant 57 baptêmes, de janvier 1620 à janvier 1648, qui sont des copies d'actes contenus dans le même article que précédemment ; la mention d'un décès survenu le 18 août 1698, qui n'existait pas sur l'original, permet de dater ce document de la fin du 17e s. ;
* chemise 1640-1706 : 1 feuille de notes prises rapidement, dans le plus grand désordre, concernant des événements qui vont de mai 1640 à juin 1706 ;
* chemise 1654-1668 : 7 feuilles cousues représentant 44 baptêmes, non rangés chronologiquement, qui vont de juillet 1654 à mai 1668, écrits pour la plupart par le diacre Annibal Roubaud ;
* chemise 1656-1661 : 1 feuille, intitulée "Enfans que Dieu a donnés à Jean Franc et Magdeleine Bertrande", qui contient les 5 baptêmes des enfants de ce couple, dont les mentions marginales nous apprennent qu'ils sont tous morts jeunes ;
* chemise 1657 : 1 feuille contenant 1 seul baptême ;
* chemise 1663-1665 : 4 feuilles représentant 11 baptêmes, de décembre 1663 à février 1665 ;
* chemise 1680-1685 : 4 feuilles, écrites par Jacques Franc, fils du diacre Jean, qui contiennent 11 baptêmes, de mai 1680 à mai 1685, dans lesquels le rédacteur est à chaque fois le parrain du baptisé ;
- la fin du registre coté 1E68/6, contenant les baptistaires de Pierre Gras et de Jean Franc, qui comporte 22 actes concernant la famille Franc, de mars 1643 à janvier 1729, dont 19 baptêmes 22.
- la copie des baptistaires de Pierre Gras, de Louis et de Jean Franc, ainsi qu'une copie de 92 baptêmes et 4 mariages allant d'août 1615 à mars 1618, dont les originaux sont perdus. Au total, la transcription porte sur 3416 baptêmes. Cet énorme travail, effectué par Annibal Roubaud, occupe 6 cahiers, soit 275 folios. Un seul acte a été oublié, ce qui montre le soin mis à la copie. Les erreurs de lecture sont rares (par exemple Sarah de Robert pour Sarah de Lobet), sauf pour le plus ancien baptistaire (j'ai compté 359 erreurs pour les 378 actes), mais il est vrai que l'écriture de Pierre Gras est particulièrement difficile à interpréter. La mention d'un décès, survenu le 2 août 1656, qui n'existait pas sur l'original, ainsi que le dernier acte transcrit par la main du copiste, en date du 19 juillet 1656, laissent à penser que ce travail dut être réalisé à la fin des années 1650 (c'est-à-dire à un moment où les preuves de l'exercice du culte devenaient de plus en plus précieuses).
- le registre pastoral (bien que ce terme soit un peu abusif puisque Lourmarin ne disposait plus d'un ministre à la période considérée) tenu par Jean Barraud, Maître apothicaire "et secrétaire des habitans de ce lieu de Leurmarin"23. Constitué par 7 cahiers, rassemblant au total 180 folios, il compte 983 actes, dont 627 baptêmes, du 8 janvier 1669 au 3 août 1685. Ce registre répond aux prescriptions de l'ordonnance civile de 1667. Les actes sont rangés par ordre chronologique, sauf quelques-uns grâce auxquels on apprend que c'étaient les particuliers qui prévenaient Jean Barraud des actes pastoraux ayant eu lieu 24.
- la copie du registre pastoral précédent, par le même Jean Barraud. Cette copie était destinée au greffe de la sénéchaussée 25; à ce titre, elle fut peu soignée et comporte de nombreuses lacunes.
Figure 1: Dessins du Diacre Jean Franc (A.D. 84 1E68/6)
5 - Discipline de 1559 : - article 34, selon FP1, t 10 p 41 ; - article 35, selon G. BERNARD, Les familles protestantes..., p 16
6 - L'ordonnance de Villers-Cotterêts (avril 1539) imposait la tenue de registres pour les baptêmes et les sépultures (articles 50 et 51). L'ordonnance de Blois (mai 1579) y ajouta la tenue d'un registre pour les mariages (article 40).
7 - Actes du Synode national de Castres (1626), article 8 [selon FP1, t 10 p 313].
8 - Actes du Synode national de Charenton (1644), article 3 [selon FP1, t 10 p 357-358].
9 - J. de Font-Reaulx, Les registres d'état civil..., p 13-14.
10 - G. Bernard, Les familles protestantes..., p 17.
11 - E. Sambuc, "Les archives de Lourmarin...", Bull. de la SHPF 1939, p 46 à 53.
12 - Pour cette recherche, je dois beaucoup à Georges Pons, magistrat à Versailles, qui me prodigua ses conseils amicaux et qui me permit d'effectuer une part importante de mes travaux à partir de photocopies qu'il avait réalisées lorsque les documents faisaient encore partie des archives du temple de Lourmarin.
13 - Mon travail à la mairie de Lourmarin fut grandement facilité par la gentillesse de Mme Richard, la secrétaire, et la bienveillance du maire lui-même, M. Barthelemy.
14 - Les conditions de travail dans ce dépôt d'archives sont parmi les meilleures de la région. Cela est dû en grande partie à M. Hayez
