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Of all the triumphs won by science for humanity, few have been farther-reaching in good effects than the modern treatment of the insane. But this is the result of a struggle long and severe between two great forces. On one side have stood the survivals of various superstitions, the metaphysics of various philosophies, the dogmatism of various theologies, the literal interpretation of various sacred books, and especially of our own, all compacted into a creed that insanity is mainly or largely demoniacal possession; on the other side has stood science, gradually accumulating proofs that insanity is always the result of physical disease.
This book deals with the history of this warfare, or rather of this evolution of truth out of error.
ABOUT THE AUTHOR
Andrew Dickson White (1832-1918) was an American diplomat, historian, and educator.
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Veröffentlichungsjahr: 2023
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Les ruines de Persépolis
Les ruines de Persépolis
Les ruines de Persépolis.
I.
J’étais depuis quelques semaines à Ispahan, attendant avec impatience que l’abaissement d’une température caniculaire me permît de continuer mon voyage vers le golfe Persique et les ruines de Persépolis. Il eût été imprudent de commencer ce long trajet avant l’époque où les premiers vents d’automne dissipent les miasmes fébriles qui planent pendant l’été sur les plaines du sud de la Perse. Déjà je sentais en moi le germe et les avant-coureurs de la fièvre ; aussi est-ce avec une vive satisfaction que je vis une saison plus fraîche succéder enfin aux chaleurs qui m’avaient accablé. Dès ce moment, notre départ ne pouvait plus être différé, et il fut fixé au 27 septembre 1840. Nous n’avions voulu négliger aucune des précautions nécessaires pour mener à bien le long et périlleux voyage dont les ruines de Persépolis étaient le principal but, et nous partîmes accompagnés d’un goulâm ou courrier du roi, porteur de nos firmans.
Le devoir du goulâm est, en route, de précéder de quelques pas les voyageurs et de les faire respecter, en les désignant comme les hôtes du châh. À la fin de chaque étape, il doit leur préparer un gîte dans un caravansérail ou dans un village. Il est d’usage en Perse que les voyageurs qui reçoivent l’appui du gouvernement ou du souverain soient munis de barats ou bons royaux d’hospitalité : ils ont ainsi droit aux vivres pour eux, leurs gens et leurs montures ; c’est ce que les Persans appellent sursat. Cependant nous connaissions assez le pays pour savoir qu’il était de notre intérêt, même de notre sûreté, de ne pas avoir recours aux largesses de l’autorité. En effet, ordonnées au nom du châh, imposées par, le mehmândar, qui est chargé de les réclamer, ces largesses sont toujours de la part des fonctionnaires persans une occasion de rapine, d’extorsions pécuniaires, et donnent lieu à des querelles qui se renouvellent chaque jour. Il est difficile au voyageur qui en est la cause de se dispenser d’y prendre part ; il ne peut honorablement, rester spectateur impassible de discussions qui dégénèrent souvent en rixes. On conçoit que cette position d’hôte royal n’est pour lui qu’une source de périls, ou tout au moins de désagréments très graves.
Nous avions donc renoncé à exercer ce droit de sursat ou de vivres, et nous ne faisions usage du sceau impérial apposé sur nos firmans que pour nous faire respecter des populations ou des caravanes au milieu desquelles nous passions la nuit ; mais, pour arriver là, que de luttes ne nous avait-il pas fallu soutenir contre notre goulâm, en même temps mehmândar ! C’est à grand’peine qu’en interposant notre autorité, nous l’empêchions de prélever ce tribut vexatoire par la force du sabre ou du fouet sur de pauvres paysans ou de misérables pâtres nomades. Il faut savoir qu’indépendamment du pain, du laitage ou de l’orge réclamés pour les hommes et les chevaux, ces guides hospitaliers se faisaient encore donner pour eux de l’argent. Cette coutume répugnait à nos habitudes, à notre conscience d’Européens. Nous ne pouvions consentir à jouir des bénéfices de la protection du châh au prix de si odieuses déprédations ; aussi ne voulûmes-nous pas entendre pendant longtemps parler de sursats.
Notre désintéressement paraissait blâmable aux Persans endurcis et surtout à notre goulâm, qui y perdait beaucoup. Le courrier du roi n’y voyait qu’une cause de déconsidération pour des voyageurs aussi peu empressés d’exercer un droit tout aristocratique. Je n’oserais pas dire qu’en effet notre générosité n’ait pas été quelquefois, même par ceux que nous épargnions, interprétée d’une manière défavorable pour notre rang et notre crédit auprès du châh ; mais il est juste de dire aussi que le plus souvent on répondait à cette générosité tout exceptionnelle en Perse par des marques empressées de gratitude et de déférence. Dans ce pays, c’est trop souvent par les exactions les plus éhontées que le rang s’affiche ou se prouve. Aussi, méprisants d’abord, étonnés ensuite, les habitants finissaient-ils par éprouver un sentiment voisin de la reconnaissance pour ceux qui donnaient leur argent en échange de ce qu’ils avaient le droit et la force de prendre gratuitement.
Le voyageur qui se rend d’Ispahan vers le sud de la Perse sort de cette ville par Djoulfah, le faubourg chrétien. Nous traversâmes donc ce faubourg précédés de notre goulâm, et nous prîmes le chemin de Chiraz, qui est en même temps celui de Bender-Abouchir et de Bender-Abassi. Ce chemin et la route de Bagdâd sont les seules voies de communication suivies entre l’Inde et l’Europe à travers l’Asie. Nos premières journées de voyage furent pénibles : les étapes étaient longues, et le soleil encore brûlant. J’avais une fièvre ardente ; elle s’emparait de moi quand je mettais le pied à l’étrier, et ne me quittait que le soir. Il fallait faire ainsi chaque jour dix à douze lieues ; ajoutez à cela qu’il est impossible de suivre une route plus monotone et plus désolée que la route de Chiraz. En Perse même, pays de plaines immenses et stériles ou de montagnes sauvages et arides, on trouverait difficilement des solitudes aussi tristes.
Nous avions l’espoir que sur cette grande voie de commerce, sur cette artère principale de l’économie vitale de la Perse, nous rencontrerions beaucoup de caravanes. Nous pensions y traverser de nombreux villages, y voir des campagnes couvertes de pâturages ou de rizières, des champs de blé et de tabac. Notre espoir fut trompé. Nous n’y vîmes que quelques hameaux rares et misérables, autour desquels s’étendaient à peine quelques arpents cultivés. Pendant plusieurs jours de suite, nous traversâmes des déserts sans fin où poussaient péniblement quelques touffes de genêts épineux que broutaient les gazelles, seuls êtres qui animassent de loin en loin le paysage. Au travers de ces plaines sans limites, il n’y a qu’un sentier frayé par les chameaux et les mulets de caravanes. Leurs pas imprimés sur la terre indiquent seuls la trace qu’il faut suivre. Si on la perd, rien ne vous la fait retrouver. Aucune marque ne vous y ramène, aucun jalon n’indique la direction à prendre sur cette mer solide dont l’horizon inabordable n’est que l’effet trompeur d’un mirage lointain produit par l’évaporation de la couche de sel qui blanchit et miroite à la surface du sol. À gauche, la vue se perd dans l’immensité du désert de Kermân, qui se confond avec le ciel dans une vapeur condensée et brûlante. À droite, l’œil cherche en vain quelque aspect qui le charme ; il se détourne avec tristesse des âpres montagnes dans les gorges desquelles se cachent ces voleurs intrépides qui, sous le nom redouté de Bactyaris, sont la terreur de ces contrées et des caravanes qui les traversent.
Sur cette route inhospitalière, le voyageur doit, par prévoyance, tout porter avec lui, jusqu’à son eau, car pendant et après l’été les ruisseaux sont taris ; une croûte blanche et salée en couvre le lit ; les citernes n’offrent plus qu’un fond de vase desséchée et puante. Jamais je n’oublierai une de ces journées de fatigue et d’accablement où nous avions marché dix heures sous les rayons ardents d’un soleil vertical, sans avoir trouvé d’ombre, sans avoir rencontré une goutte d’eau. Enfin nous distinguons, dans la vapeur tremblante qui vacille à la surface de la terre, le caravansérail où nous devons faire halte et reprendre des forces. Épuisés de fatigue et de faim, haletants de soif, tous, hommes et chevaux, nous reprenons courage ; ces murs, aperçus au-dessus des ondulations de la plaine, sont le terme de nos souffrances. Nous allons y trouver de l’eau, quelques aliments. Les chevaux hennissent, pressent le pas ; nous arrivons, nous entrons dans le caravansérail, nous courons à la citerne… elle est à sec ; quelques vers immondes se traînent en se tordant sur un reste de vase en putréfaction. Ces horribles insectes eux-mêmes n’y trouvent plus la vie ; ils ne s’y peuvent défendre contre la chaleur qui les tue. Découragés, nous nous détournons de ce spectacle hideux. À défaut d’eau, nous espérions du moins trouver quelques aliments. Nous cherchons le gardien du lieu, personne ne répond à notre appel sous les voûtes silencieuses du caravansérail. Ni eau, ni pain ! et le soleil était encore bien haut dans le ciel. Que faire ? Bien qu’épuisés de fatigue, il fallut prendre notre fusil et nous mettre en chasse. La Providence eut pitié de nous, et envoya sur notre passage quelques perdrix qui, rôties à un feu d’herbes sèches, nous fournirent un maigre repas.
Nous étions pourtant dans un caravansérail, dans un de ces asiles élevés par les soins d’un gouvernement philanthropique, ou par le vœu religieux de quelque dévot personnage. Aujourd’hui quel abri offrent-ils ? Délabrés, à moitié ruinés, souvent sans portes, sans gardien, ces lieux sont à tout le monde et à personne. Tous y entrent et y dorment, aucun ne s’en occupe et n’en relève les décombres. Entre qui veut, sans rien devoir pour son écot, mais sans rien laisser pour l’entretien de ces murs abandonnés. Aussi, chose incroyable, ces refuges si précieux dans un pays où ne se trouve ni auberge, ni maison amie pour le passant ; l’insouciance du gouvernement les laisse tomber en ruines ; les débris de leurs murs amassés par le temps, le fumier amoncelé des bêtes de somme qui s’y succèdent, encombrent les chambres aussi bien que les écuries. Quelques années encore, et les caravansérails manqueront au voyageur, qui n’aura plus où abriter sa tête, qui ne trouvera plus où attacher sa monture. Et cependant cette route va du golfe Persique à la mer Caspienne, de Bender-Abassi à Téhéran et à Tabriz ; elle est la grande voie sur laquelle circulent les marchandises de l’Inde, de l’Arabie et du nord de la Perse. L’incurie d’un gouvernement sans administration, sans prévoyance, laisse ainsi se perdre et se tarir les sources de la richesse publique, en négligeant de réparer les canaux qui leur servent de voies d’écoulement.
Après avoir marché péniblement ainsi pendant dix jours, nous étions arrivés sur un des points qui nous étaient signalés comme conservant quelques vestiges intéressants de l’antiquité : c’était dans le voisinage d’un bourg appelé Morghâb. Comme restes de monuments antiques, les ruines que nous visitâmes près de Morghâb n’ont qu’une importance secondaire ; comme point géographique, elles sont encore sans nom bien précis. Les uns veulent y voir les restes de Passargade, mais d’autres placent cette ville à soixante lieues de là, au sud-est de la province de Fars, et ces derniers n’ont pas tout-à-fait tort. Quoi qu’il en soit, ces ruines consistent en une portion de muraille qui occupe le faite d’une petite colline, et doit avoir appartenu à une citadelle ou à un temple ; à quelques centaines de pas, dans une vaste plaine bornée de tous côtés par de hautes montagnes, sont quelques piliers isolés qui portent des inscriptions cunéiformes. Non loin de ces piliers est un mausolée gigantesque auquel les Persans donnent le nom de Mâder-o-Suleïman. La controverse qui s’est établie entre les antiquaires au sujet de la cité disparue s’est étendue à cette sépulture, dans laquelle on a voulu voir le tombeau de Cyrus. Ce monument est sévère et d’une grande simplicité ; il est oblong, fait de grandes pierres d’un calcaire blanc et poli ; il repose sur six degrés de même matière, très élevés. Une petite porte, autrefois ornée d’un profil et d’une corniche dont on reconnaît la trace, donne entrée dans une cellule où était sans doute déposé le corps. La cellule est vide maintenant, et les Persans qui viennent y prier mêlent au souvenir de Cyrus le nom de Mahomet.
Après deux jours de recherches et d’études en cet endroit, nous reprîmes la route de Persépolis, impatients d’y arriver. On nous avait menacés de voleurs qui devaient nous arrêter dans les défilés de la montagne qu’il nous fallait franchir. Nous n’en vîmes aucun, et le 10 octobre nous apercevions les monuments auxquels la défaite de Darius fut si fatale.
Sous le nom de Persépolis, qui rappelle l’influence exercée par les Grecs sur cette civilisation persane dont ils devaient être un jour les destructeurs, sous ce grand nom, qui a, jusqu’à nos jours, abrité tant de souvenirs de gloire, se rangent plusieurs groupes d’antiquités d’âges et d’espèces différents. Ils sont situés dans une immense plaine dont l’étendue est de soixante-dix à quatre-vingts kilomètres, avec une largeur moyenne de dix kilomètres. Cette plaine porte aujourd’hui le nom de Merdâcht. Elle est traversée dans toute sa longueur par une rivière qui est généralement considérée comme l’Araxe des anciens, et qui s’appelle actuellement Bend-Amir. Au nord-est, s’ouvre une vallée qu’arrose un autre cours d’eau dont le nom varie, comme presque tous ceux de la Perse, suivant la localité qu’il parcourt. Ainsi, là il s’appelle Sivend-Roûd, ou rivière de Sivend ; à quarante kilomètres de ce lieu, on le nomme Morgh-Ab. À l’entrée de cette vallée sont situées les ruines d’Istâkhr, les rochers sculptés de Nâkch-i-Roustâm ; dans la plaine de Merdâcht sont les antiquités connues sous le nom de Monts-Istâkhr, Tâkht-i-Roustâm, Nâkch-i-Redjâb, et Tâkht-i-Djemchid, ou Persépolis proprement dit.
Parmi ces monuments, les plus anciens doivent avoir le pas dans l’attention de l’archéologue sur ceux d’une époque plus récente ; la première place appartient donc à l’ensemble de ruines comprises sous le nom commun de Persépolis et remontant à l’époque des Achéménides : ces monuments révèlent à la première vue trois destinations bien différentes. Sur les bords du Sivend-Roûd devait être la ville dont le nom perpétué jusqu’à nos jours était Istâkhr. — Au nord-est de la plaine de Merdâcht, et adossés au pied des montagnes qui la ferment de ce côté, s’élevaient les palais, résidence habituelle des souverains, auxquels les Persans modernes ont donné le nom de Tâkht-i-Djemchid. — Enfin, au débouché de la vallée du Sivend-Roûd, dans la plaine de Merdâcht, étaient les caveaux de sépulture, la nécropole des rois, appelée encore aujourd’hui par les habitants Kabrestaân-Kauroûn, ou cimetière des Guèbres
