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Nathaniel Miller, policier confirmé, va faire la rencontre d’une jeune fille, Diana enfermée depuis sa naissance dans un sous-sol par son père meurtrier en série qui a sévi pendant des années dans l’État de New York. Dans le même temps, il croisera sur son chemin l’adjointe du procureur, Lana Gaultier.
Cette enfant va éveiller leur instinct protecteur, et surtout l’envie de lui montrer qu’en dépit des ténèbres qu’elle avait connu sur l’ensemble de sa courte vie, la lumière n’est jamais loin.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Priscilla Llorca, née le 15 Décembre 1989, à Toulon, auteure de la saga Vampire Solitaire, écrit depuis l'adolescence « Au départ, il s’agissait seulement de fanfiction. Je ré-inventais les épisodes de mes séries préférées pour donner les fins que je souhaitais avoir. Puis un jour, j’ai eu un déclic, celui d'écrire mes propres histoires. »
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Seitenzahl: 370
Veröffentlichungsjahr: 2023
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LIBÉRÉE DE SES CHAÎNES…
Priscilla LLORCA
À ma chouchou,
Tu es une amie formidable.
Je n’aurais pas réussi tout cela sans toi.
Je t’aime d’amour.
« J’ai compris qu’il ne suffisait pas de dénoncer l’injustice, il fallait donner sa vie pour la combattre »
Albert CAMUS
PROLOGUE
Diana
Seuls mes sens me raccrochaient à la vie.
Ils me rappelaient que je faisais partie de ce monde.
Que j’existais.
Que j’étais là.
Que je subsistais sans pouvoir vivre.
Je résidais dans le sous-sol.
Dans le noir.
Enfermée.
Cloitrée.
La vision de la lumière du jour était depuis toujours une source de douleur déplaisante. C’était une luminosité trop violente, trop déstabilisante pour mes yeux habitués à la pénombre.
Au fil des années, j’avais acquis plus de liberté.
Je pouvais naviguer dans tout le sous-sol sans être attachée constamment, et même quelquefois je pouvais monter à l’étage.
Mais c’était seulement quand il me l’autorisait.
Il fut un temps où j’étais attachée toute la journée.
Tout le temps.
Par les poignets.
Par les chevilles.
Au point d’avoir laissé des marques indélébiles qui ne disparaitraient probablement jamais sur mon corps.
Je devais lui obéir.
Quoi qu’il dise.
Quoi qu’il fasse.
Quoiqu’il m’ordonne.
Si je refusais, pour punir ma désobéissance, il chauffait les chaînes avant de m’y accrocher et me laissait attachée jusqu’à ce que je perde connaissance tant la douleur était insupportable. La chaleur avait rongé peu à peu ma peau pour la marquer à vie.
La douleur physique finissait par s’éteindre et disparaître avec le temps. À force de souffrir, l’organisme finit par s’habituer au point de ne plus la ressentir. Mon corps avait beau être mutilé perpétuellement, il n’atteignait plus rien d’autre que mon enveloppe charnelle.
J’avais trouvé une cachette à l’intérieur de moi-même.
Un cocon dans lequel je me plongeais lorsque les sévices survenaient.
Qu’est le corps, à part de la peau, des muscles, de la chair, des organes, des os ?
Il était supposé être mien, mais il ne m’appartenait pas.
Il ne m’avait jamais appartenu.
Mon esprit était la seule chose que je possédais.
Mon âme.
Mon cœur.
Mes émotions.
Mes rêves.
Mes songes.
Mes espoirs.
Mes désirs.
Mes mots.
Je n’avais rien d’autre.
Cloisonnée dans cette prison, dans cette bâtisse qui était supposée être ma maison, je naviguais dans le monde de l’esprit, là où personne ne pouvait m’atteindre et me trouver.
Dans lequel je retrouvais ma liberté.
Où je vivais selon mes souhaits.
Où je rêvassais.
Où j’espérais être aimée.
Profondément.
Sincèrement,
Inconditionnellement.
Mais ce n’était rien d’autre qu’un rêve.
Les claquements des talonnettes sur le parquet à l’étage supérieur me poussèrent à me relever.
Il n’est pas seul.
Je reconnus les pas d’une autre personne.
Il n’était pas supposé ramener quelqu’un aussi rapidement.
Il attendait toujours plusieurs semaines d’habitude.
Aussitôt, je m’empressai de refermer le rideau séparant ma chambre de la grande pièce. Je pus me cacher dans l’angle pour qu’il ne me voie pas.
Mon cœur s’emballa à toute hâte dans ma poitrine.
En dépit de mon effroi véritable et la frayeur qui me saisissait, ce que je ressentais à l’intérieur ne se dévoilait plus sur mes traits.
Mes mains ne tremblaient plus.
Mon visage n’exprimait plus la moindre émotion.
Je portais ce masque pour ne pas éveiller sa colère.
Pourtant, intérieurement, c’était un véritable tumulte.
Une terreur profonde.
Une appréhension totale.
Chaque jour, une part de moi mourrait.
Lentement.
Durement.
Atrocement.
Je savais que dans le fond la mort était ma seule rédemption.
Ma seule liberté.
Mon seul moyen d’enfin cesser toutes ces souffrances.
Mais ilne me laisserait jamais partir.
J’étais à lui.
La porte du sous-sol s’ouvrit et la lumière m’éblouit avec virulence, m’obligeant à recouvrir mes yeux.
Les marches en bois craquelèrent sous son poids, tout en respirant lourdement. De ma place, je vis une forme se dessiner devant le fin rideau derrière lequel je m’étais réfugiée.
Il y avait une silhouette féminine par les cheveux, qui gémissait de douleur et qui tenait difficilement debout.
Ma gorge se serra d’effroi.
Sans ménagement, il la poussa et elle s’écrasa au sol. D’instinct je voulais me ruer sur elle pour l’aider à se relever, mais la peur m’intima de ne pas bouger.
Il y avait des règles et je me devais de les respecter sous peine d’en payer le prix.
Je marchai jusqu’à lui.
Le regard figé sur mes pieds, j’avais le droit de le fixer que s’il me le permettait. Je restai dans un mutisme absolu, totalement renfermée sur moi-même.
Je n’étais pas non plus autorisée à parler.
J’avais pourtant la capacité de parler et l’envie de dire tellement de choses.
Mais je n’avais pas le droit.
Pas devant lui.
Les seuls moments où je pouvais parler, c’était quand je me retrouvais toute seule et que je m’inventais des histoires avec mes peluches et mes jouets pour leur faire vivre de magnifiques aventures.
C’était mon seul plaisir.
Faire vivre mes personnages.
Leur créer toutes les vies que je ne pouvais pas connaître dans le souterrain. Cela me permettait de m’évader au moins pendant un temps.
Je me rappelai encore la fois où j’avais osé parler devant lui, j’avais reçu une pluie de coups de poings et de coups de pieds. Cette violence m’avait maintenue dans mon lit durant de longues semaines.
Ses doigts froids et fermes se posèrent sur ma nuque.
Un frisson me glaça de l’intérieur.
Je savais ce que ses mains étaient capables de faire.
De quelles cruautés elles étaient coupables.
Soumise à sa volonté, je me dirigeai vers cette jeune femme pendant qu’il remontait à l’étage en prenant soin de fermer à clé derrière lui.
À chaque pas vers cette inconnue mon estomac se nouait.
Ça me faisait tellement mal de les voir défiler une à une et d’être témoin de leur souffrance.
Je savais jusqu’où pouvait aller sa cruauté.
Aucune n’avait survécu.
Il les avait toutes condamnées.
Mais avant d’en arriver là, elles subissaient le fléau de sa cruauté.
Allongée sur le dos, elle était attachée par les chevilles et les poignets sur la table.
Je la détaillai.
Elle était jolie, avec une longue chevelure brune, de grands yeux noirs et une bouche fine. Son visage était tuméfié par les nombreux coups qu’elle avait reçus.
Sa bouche était maculée de sang.
Encore une fois il s’est montré violent.
Il y avait des marques de doigts sur ses bras et aussi autour de son cou. Il aimait les empoigner par la nuque, ça lui donnait une sensation de pouvoir ultime.
Elle tenta de se redresser, non sans difficulté.
Elle me dévisagea plusieurs secondes.
J’ouvris la bouche pour lui répondre, mais aucun son ne sortit. Je n’avais jamais échangé avec qui que ce soit et elle était la première qui m’avait questionnée.
J’acquiesçai d’un mouvement de tête.
J’étais là depuis toujours.
Je n’avais connu que cet endroit.
Je n’avais été qu’entre ces murs.
Je n’avais pas le droit.
C’était impossible.
Nous ne pouvions pas partir.
Jamais.
Je désapprouvai d’un mouvement de tête.
Je voulais m’exprimer et lui parler, mais ma voix était éteinte. Ma gorge était nouée comme si une main me maintenait par le cou et m’empêchait de communiquer.
Sa voix était douce.
Il y avait dans son timbre quelque chose que je n’avais jamais entendu avant aujourd’hui.
De l’intérêt.
C’était la première fois que j’étais vue.
Que j’étais considérée comme une personne existante.
Elle tendit sa main dans ma direction et attendit. Je la toisais, ne sachant pas si je pouvais oser entrer en contact avec elle.
J’étais tellement apeurée.
Jamais personne ne m’avait questionné.
N’avait cherché à me parler.
Ne m’avait touché.
Son regard était sincère.
Elle avait de grands yeux noirs, qui malgré sa peur, dévoilaient une bienveillance réelle. Je décidai de me laisser faire et plongeai ma main dans la sienne.
Sa peau était douce et chaude, comparée à la mienne qui était glacée.
Je n’avais plus froid depuis longtemps.
J’étais habituée à cette température.
Les seules fois où j’avais le droit de me réchauffer, c’était lorsqu’il m’autorisait à monter pour me mettre devant la télévision et de la cheminée.
Je retournai un instant dans ma chambre pour récupérer mon cahier dans lequel j’écrivais.
Retournant vers elle, je lui montrai le contenu.
J’approuvai.
C’était un joli prénom.
J’haussai simplement les épaules.
J’avais envie de pleurer et j’étais honteuse.
Elle ne parut pas se rendre compte de la situation.
Je n’avais pas la capacité de l’aider.
Reprenant mon cahier et mon stylo, j’écrivis ma réponse avant de lui montrer le contenu :
CHAPITRE 1
Diana
Je relevai le menton pour poser mon regard de nouveau sur elle. La gorge serrée, j’eus un hochement de tête et vis son regard se transformer.
Je désapprouvai.
J’acquiesçai.
Tendrement, sa main se rapprocha de ma joue.
Aussitôt je crus qu’elle allait me frapper.
D’instinct je fermai les yeux pour me préparer à encaisser son coup.
Au lieu de cela, ce fut une caresse douce.
Délicate.
Attentionnée.
Affectueuse.
Une seule personne n’avait
Habituée à rester de marbre et ne rien montrer de mes émotions, je ne pus réprimer cette larme coulante le long de ma joue.
Délicatement, Elena étendit sa main et elle m’attira près d’elle. Troublée par cette proximité, elle enroula ses bras autour de moi pour m’étreindre.
Attendrie et bouleversée par cette tendresse que je découvrais. J’en appréciai chaque seconde.
Je lui fis le chiffre douze avec les mains.
Elle n’arrivait pas à y croire.
Son regard ne se détourna pas du mien.
Ma maman ?
Je n’avais pas de maman.
Je ne l’avais jamais vue.
Je ne l’avais jamais connue.
Brusquement, j’entendis la porte s’ouvrir de nouveau.
Non pas maintenant.
Il descendit les escaliers à toute hâte et attrapa Elena par le bras. Lui défaisant ses liens, elle utilisa ce bref moment de liberté pour essayer de se faufiler hors de ses griffes.
Mais il était beaucoup trop fort.
Elle essaya de le gifler et se défendre.
En vain.
Cela le rendait encore plus violent.
Lorsqu’elles se débattaient, il était pire.
Avec colère, il l’empoigna par la gorge et la plaqua violemment avant de lui serrer le cou pour l’empêcher de respirer. S’agrippant à son bras pour qu’il la relâche, il resserra plus encore sa pression autour d’elle, au point qu’elle suffoque.
Ses yeux étaient exorbités, à la fois choquée et en souffrance.
Sa veine frontale se dévoila.
Elle n’arrivait même plus à crier.
Il eut beau la voir souffrir, il s’en indifféra totalement.
Presque, il prenait plaisir à lui faire subir tout cela.
Il l’amena ensuite avec véhémence dans le fond du sous-sol. Là où se trouvait sa pièce, avec ses accessoires, où j’étais autorisée à aller que lorsqu’il m’appelait.
Obéissante, je marchai d’un pas timide.
Arrivant dans le fond de la pièce, papa était au-dessus d’elle. Elena était à plat ventre, les mains bloquées derrière son dos.
Elle ne méritait pas qu’il lui fasse ça.
Elle était tellement gentille.
Elle était douce.
J’avais envie de pleurer.
Je ne pouvais plus bouger.
Récupérant les chaînes accrochées au mur, je les donnai à mon père. Ce dernier m’incendia avec son regard avant de les saisir et accrocher avec.
Ne supportant pas d’être ainsi maintenue, Elena se mit à hurler de toutes ses forces, ce qui mit plus en colère mon père encore. Mais avant de la corriger, papa se tourna vers moi et me gifla si fort que j’en étais tombée à la renverse.
Je ne lui montrai pas que j’avais mal.
Je ne lui montrai pas que j’avais peur.
Je ne le regardai pas.
Je me contentai de rester la tête baissée.
Obtempérant, je m’attelai à la tâche en évitant soigneusement son regard. Elena tenta de se redresser et souffla :
À cet instant mon sang se glaça.
Il fit volte-face et me regarda avec une véritable rage.
Je déglutis et il me frappa de nouveau, mais cette fois-ci ce fut un coup de poing.
Les cris d’Elena étaient de plus en plus forts et ça me serrait le cœur. Ne pouvant le supporter, je plaquai mes mains sur mes oreilles et fermai les yeux.
Je savais ce qu’il lui faisait.
Elle le suppliait d’arrêter.
De ne pas lui faire de mal.
Mais il ne s’arrêtait jamais.
Elle hurlait à l’aide, mais personne ne pouvait l’entendre.
Jamais aucune n’avait été secourue.
Elles étaient toutes mortes.
Une à une.
Elle ne méritait pas qu’il lui fasse du mal.
C’était trop difficile à supporter.
Je m’engouffrai à l’intérieur de moi, dans un lieu qui ne lui sera jamais accessible, qui était mien et dans lequel aucune souffrance ne résidait, où je n’entendais plus, où je ne voyais plus, où j’étais inatteignable…
Je m’y plongeais avec fureur pendant un temps considérable jusqu’à ce que tout redevienne silencieux.
Il n’y eut plus le moindre son.
Ni cri.
Ni pleure.
Ni souffrance.
Nerveuse, j’étais consciente qu’il allait me faire payer d’avoir communiqué avec Elena plus tard.
Cela faisait partie des interdits.
Il refusait que j’aie le moindre contact avec les jeunes femmes qu’il amenait ici.
Arrivant au fond du couloir, papa était en train de se rhabiller tandis qu’Elena était allongée sur le dos, totalement dévêtue et inconsciente.
Encore plus mutilée que tout à l’heure, papa l’avait marqué au fer rouge au cou.
Il aime laisser une trace pour encore mieux les posséder.
Moi-même j’étais marquée.
Au même endroit.
J’étais à lui.
Rapprochant son visage du mien, il s’écria :
Je gardai le regard rivé sur le sol.
Non !
Je désapprouvai avec détresse.
Je ne voulais pas blesser qui que ce soit.
Surtout pas elle.
Allongée sur le dos, Elena était toujours inconsciente.
Papa rapprocha son poignard pour le poser sur sa gorge, tandis qu’avec l’autre il me contraignait à me placer derrière elle.
Il m’attrapa par le poignet et m’obligea à tenir le manche du couteau qu’il avait en main.
Je voulais me défaire de sa grippe.
Mais j’en étais incapable.
Je fermai les yeux tandis que les larmes commençaient à couler. Elena avait été la seule à se montrer gentille et douce.
Elle avait eu conscience de mon existence.
Elle m’avait considérée comme un être vivant.
Le cœur serré, l’estomac retourné, je ne pouvais plus contenir mes sanglots, ce qui l’énervait plus encore. Ce dernier resserra sa pression dans ma chevelure. Ne pouvant retenir mon gémissement plaintif, cela fit sortir Elena de son inconscience.
Mais je ne pouvais pas.
Je serrai les dents sans pouvoir bouger.
Je refusai de le faire.
Ma tête frappa le sol avec véhémence.
Son regard s’était transformé.
Il était noir comme la mort.
Avec sa carrure imposante, il me dominait de toute sa hauteur.
Il me gifla une première fois avant de me ruer de coups de poings.
J’encaissai dans un silence absolu.
J’eus beau avoir mal.
Je tus ma souffrance jusqu’à ce qu’il s’arrête à bout de souffle.
Dans l’indifférence, il me laissa étendue sur le sol, trempée par mon propre sang, pour se tourner vers Elena.
Il récupéra le couteau tombé pour le pointer dans sa direction.
Je pleurai plus lourdement encore.
Il ne lui laissa pas le temps de finir et il lui trancha brutalement la gorge. Elle agonisa sous nos yeux, dans la plus grande indifférence de mon père. Ce dernier se tourna, ensuite, vers moi et s’exclama :
CHAPITRE 2
Lana
Ma vie se résumait depuis des années à ma profession d’adjointe du procureur de New York.
Ce n’était pas seulement un travail, c’était avant tout une vocation.
Tous mes efforts.
Tous mes sacrifices.
Tout ce que j’avais réalisé, je l’avais construit à la sueur de mon front et de ma volonté.
J’aimais ce que je faisais.
J’aimais ce que j’apportais.
J’aimais ces moments, même si pour certains ils symbolisaient la douleur, l’horreur, la cruauté, la souffrance, la monstruosité.
C’était aussi un moyen de rendre justice à ces victimes.
Pleinement.
Entièrement.
Complètement.
La souffrance de ces femmes, de ces enfants, de ces hommes, de ces individus de toute âge, faisait bien souvent écho à la mienne. Mon passé me permettait d’autant plus de les épauler et les accompagner.
Cela me poussait à me surpasser.
Encore et toujours.
D’aider ces âmes innocentes à traverser du mieux possible l’enfer qu’ils avaient eu à vivre.
Même si certains jours étaient plus difficiles que d’autres émotionnellement et moralement, je ne me voyais pas faire autre chose.
Regardant les courriers disposés devant moi, une enveloppe attira mon attention. Il n’y avait pas d’adresse indiquée, ni même de traçabilité d’envoi. C’était comme si elle avait été simplement déposée dans ma boîte aux lettres.
Étrange.
Il y avait mon prénom inscrit de façon manuscrite.
La prenant entre mes doigts, je la détaillai longuement.
Rapprochant mon nez, je sentis un parfum.
Fort.
Puissant.
Tenace.
Chaud.
Pénétrant.
Masculin.
Je le découvrais.
L’ouvrant, je perçus à l’intérieur une rose rouge sèche.
Je cherchai dedans s’il y avait autre chose, mais il n’y avait plus rien.
J’haussai les sourcils, consciente de l’étrangeté de cet envoi.
Des frappes me sortirent de cette étrangeté et je rangeai le tout dans mon tiroir.
Je perçus immédiatement son trouble.
Je l’avais vu dans son regard dès l’instant même où elle était entrée dans le bureau.
Je fronçai les sourcils, ne comprenant pas pourquoi ça pouvait la mettre dans un tel état.
Aurora n’arriva pas à le formuler à voix haute.
Impossible.
Je n’avais pas eu de nouvelles de ma mère depuis que j’avais quitté la maison quand j’étais adolescente.
Comment m’avait-elle retrouvé ?
Que pouvait-elle bien faire ici ?
Que me voulait-elle ?
Nous ne nous étions pas vues depuis vingt ans.
Il n’y avait pas eu de coups de téléphone.
Ni une visite.
Ni une lettre.
Ni le moindre
Rien.
La mâchoire serrée, je posai mes mains sur mon bureau pour m’aider à me remettre debout.
Mes jambes étaient lourdes.
Mes muscles étaient ankylosés.
Sans parler de ma tête qui manquait d’imploser.
Aurora me dévisagea avec tendresse et compassion.
Elle connaissait mon histoire.
Je lui avais raconté, tout comme elle m’avait raconté la sienne. Elle n’était pas seulement une collègue de travail, Aurora était devenue une amie.
Elle avait plus que conscience de la complexité de ma relation avec ma génitrice.
Mon cœur s’emballa ardemment dans ma poitrine.
J’avais construit l’ensemble de ma vie sans elle.
Dès le moment où j’avais quitté la maison et fui cet enfer, je m’étais jurée de ne plus avoir de relation avec elle.
Ça m’avait coûté énormément de renoncer à elle et de réaliser que jamais elle ne pourrait m’aimer comme tout enfant le mérite.
Elle était trop plongée dans ses addictions, dans ses souffrances, pour se focaliser sur autre chose qu’elle-même.
À aucun moment elle ne m’avait traitée comme sa fille.
Elle ne m’avait jamais aimé de la sorte.
Ces pas se firent entendre.
Ma nervosité se décupla, consciente que j’allais la revoir.
Cette mère que j’avais fuie.
Que j’avais détestée.
Qui m’avait brisée de l’intérieur entièrement.
Et dans le même temps, j’avais tant aimée.
Victoria passa la porte.
Les rides avaient transformé ses traits et pourtant il y avait toujours une parcelle de la mère que je pus reconnaître.
Habillée pauvrement, sa veste devait à peine la tenir au chaud. Ses cheveux bouclés étaient à présent rassemblés dans un élastique.
Finis ses mèches rouges, bleues, violettes, ou roses.
Elle laissait ses cheveux au naturel devenir grisonnant.
Même sa façon de se vêtir était différente, plus modérée, sans excès de couleur et de vulgarité. Elle était physiquement une femme que je ne connaissais pas.
D’une neutralité déroutante, même pour moi, je vis dans son regard combien mon langage corporel et ma façon de l’observer la désarçonnait.
Je fronçai les sourcils et fus prise d’un ricanement irrépressible.
Elle tiqua en m’entendant l’appeler par son prénom.
Plus jeune, je l’appelais maman comme tout enfant appelle sa mère. Mais ce n’était plus ainsi que je la voyais aujourd’hui.
J’avais compris depuis bien longtemps que la mère que j’espérais avoir n’existerait jamais. J’avais dû faire le deuil de cette mère que je rêvais d’avoir et d’accepter qu’elle ne soit rien d’autre.
Ma cage thoracique était pressée comme si quelqu’un s’était assis sur moi.
Il y avait un tel passif.
Tant de souffrances.
De larmes.
De douleurs.
Toute ma vie, je m’étais sentie seule et là voilà maintenant revenir comme s’il ne s’était rien passé.
Il y avait eu tant de choses que je ne lui avais jamais dites.
Tant de souffrances que j’avais contenues à l’intérieur de moi.
Victoria était tremblotante.
Son regard était fuyant tandis qu’elle frottait ses mains ensemble.
J’avais conscience de ma dureté.
Mais je ne pouvais pas agir autrement.
Pas après tout ce qu’il s’était passé.
Victoria ne pouvait plus contenir ses larmes. Ses yeux si similaires aux miens en amendes d’une couleur émeraudes montraient combien ma fermeté lui faisait du mal.
Cependant, il m’était impossible de l’accueillir à présent.
À présent mes propres larmes menaçaient de couler. J’étais bien trop déstabilisée.
Je dus me taire un instant pour ne pas m’effondrer.
Elle savait ce qu’elle m’avait fait.
C’était la raison de sa présence.
Je le voyais.
Elle était marquée.
Physiquement.
Moralement.
En combat permanent contre ses démons.
Mais je ne pouvais pas.
Je ne pouvais plus.
Je me devais de me préserver.
Je ne voulais plus souffrir.
Plus à cause d’elle.
Elle effaça ses larmes et se redonna de la contenance.
Elle fit un pas.
Sa main se posa sur la mienne.
Je voulus avoir un geste de recul, mais elle resserra ses doigts pour ne pas me lâcher.
Avec délicatesse sa bouche vint se reposer sur ma joue, comme elle le faisait lorsque j’étais enfant. Volontairement elle resta plusieurs secondes à me regarder avant de se détourner et sortir de mon bureau.
Mes oreilles bourdonnaient.
Mes mains tremblaient.
Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine.
Mon estomac se nouait.
Je dus m’asseoir pour reprendre mon souffle.
Mes larmes contenues depuis des années, renfermées à l’intérieur, s’extirpèrent au point de ne plus pouvoir m’arrêter.
Je n’avais jamais cru ma mère possible de s’excuser, ni même d’envisager qu’elle puisse se rendre compte que ses actions m’avaient meurtrie aussi profondément.
Elle l’avait fait aujourd’hui et ça me déchirait totalement de l’intérieur.
CHAPITRE 3
Diana
Le corps sans vie d’Elena se trouvait toujours devant mes yeux. Allongée sur le ventre son visage était tourné dans ma direction. Volontairement, il voulait que son regard soit fixé sur moi.
Pour que je me souvienne.
Pour que je garde en mémoire son visage et cette image.
Son expression.
Il l’avait tué à cause de moi.
Parce que j’avais interagi avec elle alors que c’était totalement interdit.
C’était injuste.
Il était méchant.
Cruel.
Je le détestais.
M’avançant à quatre pattes, je lui pris délicatement sa main pour la reposer contre ma joue comme elle l’avait fait tout à l’heure.
Je voulais qu’elle se réveille.
Sa peau était encore chaude.
Elle était si jolie.
Si gentille.
Elle ne méritait pas ça.
Ça me rendait triste.
Tellement triste.
Ce n’était pas juste.
Elle avait un enfant.
Un petit-garçon qui attendait que sa maman revienne.
Je n’avais pas de maman.
Je ne l’avais jamais vue, ni même connue.
J’ignorai tout d’elle.
Son prénom.
Son âge.
Son odeur.
Son touché.
Son visage.
Son sourire.
Sa voix.
Ses yeux.
M’avait-elle connue ?
M’avait-elle prise dans ses bras ?
M’avait-elle aimée ?
M’avait-elle voulue ?
Une déflagration retentit et toute la maison trembla.
La porte fut fracassée, des lumières apparurent, tandis que de la fumée se propageait de toute part. Apeurée, je partis en courant me cacher derrière le placard, où je pouvais voir à travers les lames en bois légèrement écartées.
Trois individus descendirent avec leurs armes directement pointées devant eux. Des lampes torches éclairées leur passage me faisant plisser les yeux tant la lumière était aveuglante.
L’autre continua de faire le tour et finit par tirer la porte derrière laquelle j’étais cachée. Sa lampe pointée sur moi, il l’abaissa aussitôt, totalement stupéfait.
Recouvert d’une cagoule, je ne pouvais pas voir son visage. Mon cœur battit à tout rompre dans ma poitrine, profondément effrayée
Sous la lumière, je vis ses grands yeux noirs me dévisager avec attention.
Je ne voyais que son regard.
Happant.
Profond.
Plus rien n’existait autour.
Il rangea son arme et leva ses deux mains gantées.
J’avais la sensation d’être minuscule face à lui.
Gigantesque.
Imposant.
Large des épaules.
Impressionnant.
Subitement il se sépara de ce bout de tissu pour le jeter au sol et me dévoiler son visage.
Un policier ?
Lentement, il s’abaissa pour poser un genou à terre et se mettre à ma hauteur.
Mais ce geste ne me rassura pas.
Je savais ce que les mains d’un homme pouvaient faire.
Le mal.
Les sévices.
Les souffrances qu’elles pouvaient infliger.
Les pires violences que j’avais subies avaient été faites par les mains de mon père.
Il tourna la lumière sur son visage pour que je puisse le voir plus clairement. Sa joue droite était marquée par une cicatrice s’étendant de sa pommette jusqu’à son front.
Épaisse.
Creusée.
Rosâtre.
Elle était grave, puissante et pourtant elle était si rassurante. Je voulais me méfier de lui, le craindre comme mon père.
Seulement, il n’avait rien de dangereux.
Il n’avait pas cette bestialité dans le regard.
Ni cette cruauté.
Les yeux ne mentaient jamais.
Papa le disait tout le temps.
C’étaient les yeux que dévoilaient la véritable identité d’un individu. Et dans ceux de Nathaniel, je voyais qu’il n’était pas mauvais. Je perçus un éclat si similaire à celui que j’avais vu dans celui d’Elena.
Nathaniel rapetissa la distance entre nous.
Personne ne te fera du mal.
Délicatement, sa main recouvrit la mienne.
Elle était minuscule comparativement à la sienne.
Comment t’appelles-tu ?
Je ne pouvais pas lui répondre.
Je n’en avais pas la possibilité.
La gorge serrée, je me retenais de ne pas fondre en larmes devant lui. Derrière, il y avait toujours le corps gisant sur le sol d’Elena. Nathaniel vit mon regard et se positionna volontairement devant moi pour que je ne voie plus que lui.
Tu es ici depuis longtemps ?
J’acquiesçai avant de sangloter.
Ouvrant plus largement ses bras, je compris qu’il m’autorisait à me rapprocher de lui plus encore. Timidement et hésitante, je le regardai encore un instant avant d’oser faire ce dernier pas vers lui et poser ma joue contre son torse. Juste au-dessus de son cœur pour entendre qu’il battait tout aussi rapidement que le mien.
Il m’enveloppa de ses bras larges.
C’est fini, me rassura-t-il en caressant mon dos.
Agrippé à lui, je pus laisser libre cours à mes émotions. Même si c’était douloureux, je pleurai lourdement tout contre lui. En m’entendant, sa grippe fut plus ferme encore.
N’ai pas peur, me souffla-t-il à mon oreille d’une voix douce. Tout va bien, c’est fini…
J’approuvai d’un mouvement de tête.
J’ouvris la bouche pour lui répondre, mais comme ce fut le cas depuis des années aucun mot n’arrivait à sortir. Cela me frustrait énormément parce que j’avais tellement de choses à dire.
J’avais été contrainte au silence.
Tu n’arrives pas à parler ?
Je désapprouvai honteusement.
Ce n’est pas grave, tu y arriveras, m’assura-t-il en me caressant la joue délicatement.
Avec mon doigt, je me mis à lui écrire sur la peau les lettres de mon prénom.
Je commençai par la première lettre.
J’hochai d’un mouvement de tête.
Nouvelle approbation.
Je désapprouvai.
J’eus un hochement rapide.
Mes yeux cherchèrent aussitôt les siens et j’eus une esquisse de sourire.
CHAPITRE 4
Lana
Tous les vendredis, nous avions un rituel avec ma meilleure amie, Clarissa, ses deux frères Tony et Lucas, et la toute dernière Emily. Nous nous retrouvions au My Beer pour apprécier de bonnes bières et manger des tapas savoureux.
Avec le poids de nos métiers respectifs, cette soirée était l’occasion de mettre tous nos tracas accumulés de côté pour profiter d’un moment ensemble.
Clarissa et moi avions grandi ensemble.
Elle était mon amie depuis le collège.
Lorsque je voulais fuir mon environnement familial, j’avais l’habitude de me rendre chez elle. Rapidement, ses parents, Mariana et Luke avaient fini par comprendre quelles étaient véritablement les conditions dans lesquelles je vivais.
Ils avaient eu l’occasion de croiser ma mère, les rares fois où elle venait me chercher à l’école, et sa réputation de mère célibataire, alcoolique, droguée, cumulant les amants était connue de tout le village de Cold Spring.
Ses mots me touchèrent et tout en douceur Clarissa me prit la main pour la serrer.
Conscients de mon trouble, Tony finit par enrouler son bras pour m’enlacer affectueusement. Clary ne tarda pas à se jeter tout contre moi, tandis que Lucas et Emily se joignirent à la suite à notre embrassade.
Au centre, je savourai chaque seconde contre eux, consciente de ma chance de les avoir dans ma vie.
Nous restâmes ainsi longuement, jusqu’à ce qu’une chanson qui datait de l’époque où nous sortions énormément débuta.
Tony me sortit de là-dessous pour m’amener danser.
C’était une ambiance bon enfant.
Agréable.
Conviviale.
Il faisait bon vivre.
La nourriture était bonne.
Les bières étaient succulentes.
Et ce moment était savoureux.
Après m’être épanchée longuement, j’avais besoin de tout oublier.
De m’amuser.
De profiter.
De danser.
De rire.
De me sentir vivante.
Dès le moment où nous avions quitté la table, j’avais tout mis de côté.
Mes traumas.
Mon passé.
Mon passif.
Mes souffrances.
Mes rancunes.
Ma tristesse.
Je ne pus retenir mon rire lorsque je vis Lucas et Tony danser dans la plus grande insouciance, totalement indifférents du regard des autres.
Ils n’étaient pas de bons danseurs, ils le savaient, mais ils n’en avaient strictement rien à faire.
J’avais appris cela à leur côté.
Je m’étais toujours sentie tellement décalée, tellement honteuse avec une existence pauvre en tout : affection, matériel, environnement.
Je m’étais déplacée pendant des années la tête baissée, presque désolée d’exister. Mais le temps avait fait son effet et mon entourage m’avait aidée à acquérir de la confiance, d’être plus sûre de moi, de grandir et de m’élever sur tous les aspects.
Au bout du bar, tout près de l’entrée, un homme d’un peu plus de trente ans trinquait avec un de ses amis. Tous deux étaient particulièrement attirants et séduisant, mais l’un d’eux attira l’entièreté de mon attention.
Il avait rassemblé sa chevelure noire et longue dans un chignon bas.
Son regard était tout aussi sombre.
Il avait une peau hâlée.
Des épaules larges.
Une musculature saillante sans être trop excessive.
Une barbe imposante, mais bien taillée et entretenue.
Il était incroyablement attirant.
Incapable de détourner mon attention de lui, je continuai de regarder dans sa direction espérant naïvement qu’il me verrait, mais il avait le visage fermé.
Il était absent.
Il écoutait son ami, sans forcément l’entendre, jusqu’à ce que ce dernier soit appelé sur son téléphone. S’éloignant pour converser tranquillement, il se retrouva seul.
Portant la bouteille de bière à ses lèvres, il regarda autour de lui et ses grands yeux noirs se posèrent sur moi.
Nous nous fixâmes dans le plus grand silence.
Je reconnais ces yeux, réalisai-je.
Ce n’était pas la première fois que je les voyais.
C’était un noir peu courant.
Un regard transperçant.
Déroutant.
Captivant.
Il quitta subitement le bar pour venir jusqu’à nous et je pus voir l’autre côté de son visage marqué par une cicatrice béante sur la joue. Cela endurcissait plus encore ses traits, et dévoilait une fragilité qui n’était pas perceptible derrière son apparence plutôt rustre.
Mais elle avait déjà rejoint sa fratrie.
Nerveuse, je m’obligeai à respirer pour ne pas manquer d’air.
Les traits tirés, des cernes sous les yeux, il était évident que Nathaniel portait un poids considérable sur ses épaules.
Il fut incapable de finir sa phrase, encore profondément esseulé.
Mon sang se glaça.
Il ne me voyait même plus, il était retourné là-bas.
Dans cette maison.
Dans ce sous-sol.
Dans ce lieu d’abomination.
Son visage s’était déformé conscient de l’horreur qu’avait vécue cette enfant.
Le désespoir dans son regard et sa voix brisée sous le poids des mots me donna l’envie de le soutenir et de l’aider.
J’approchai naturellement ma main de la sienne.
Surpris par mon geste, il regarda nos doigts se toucher et se découvrir. Il rabattit son pouce sur le revers de ma main et nous restâmes ainsi sans mots dire pendant plusieurs secondes.
Nathaniel approuva.
Subitement, Lucas apparut avec un verre à la main, nous interrompant dans notre échange.
Nathaniel se renfrogna aussitôt et releva le torse en nous regardant l’un l’autre. Habituée à avoir une proximité physique avec Lucas, ce dernier n’hésita pas à me toucher et à enrouler son bras autour de mon cou.
À vue d’œil, je constatai qu’il avait un verre de trop dans le nez et cela le conduisait toujours à se montrer particulièrement possessif à mon égard.
