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Qu'adviendra-t-il du monde actuel face à la puissance de Gina ?
Le monde tel que nous le connaissons n’existera plus.
Humains. Vampires. Loups-garous. Plus personne n’est à l’abri face à la puissance de Gina. Vérité et destruction. Colère et ressentiment. Ombre et lumière. Chaque décision a un prix et tous ne survivrons pas…
Plongez sans attendre dans le quatrième tome de la saga fantastique Vampire Solitaire !
À PROPOS DE L'AUTEURE
Priscilla Llorca, née le 15 Décembre 1989, à Toulon, écrit depuis l’âge de 15 ans : « Au départ, il s’agissait seulement de fanfiction. Je reprenais des épisodes de mes séries préférées pour donner les fins que je souhaitais avoir. Puis un jour, j’ai eu un déclic : écrire ma propre histoire, mes propres romans, avec mes personnages, mes intrigues. C’est à 18 ans que Vampire Solitaire est né… aujourd’hui, j’en ai 32 et il est enfin terminé. »
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Seitenzahl: 383
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Vampire Solitaire
Tome 4 : Renaissance
Priscilla LLORCA
Pour maman et papa,
Je ne serais pas la femme que je suis aujourd’hui si vous n’avez pas été les parents que vous êtes.
Il n’y aurait pas suffisamment de qualificatifs pour vous dire combien je vous aime.
« Les parents donnent
Des racines t des ailes aux enfants.
Des racines pour savoir d’où l’on vient,
Et des ailes pour s’envoler vers l’avenir. »
Nils BARD
Prologue
Anna
Quelque chose s’était transformé dans l’air.
Les yeux rivés vers l’extérieur, c’était comme la Terre s’était réveillée. Les rafales de vent se faisaient fortes. Les nuages s’étaient réveillés couvrant totalement le ciel et venaient embrumer la ville.
Mes sens étaient en alerte.
Une lourdeur se faisait ressentir.
C’était en train de se produire.
Je le percevais dans mon sang, dans ma chair, comme si mes propres cellules réagissaient en percevant toutes ces ondes de pouvoir.
L’air était de plus en plus lourd.
Voire même irrespirable.
Les températures avaient chuté de plusieurs degrés.
C’était pesant.
Dérangeant.
Perturbant.
Depuis que j’avais des pouvoirs de sorcières, j’étais plus sensible aux fluctuations dans l’air et des éléments.
Le sol lui-même semblait haletant.
Il vibrait.
Anna, entendis-je dans un murmure
M’accrochant à l’embrasure de la fenêtre, mon corps s’emballait dans ma cage thoracique.
Mes mains tremblotaient.
Ma gorge était serrée.
Me recentrant sur moi-même, je gardais les yeux clos en tentant à travers mon psychisme et ma magie de trouver Emma. C’était comme un fil invisible que je n’avais qu’à suivre en ne me fiant qu’à cette petite voix intérieure qui me guidait jusqu’à elle.
C’était là toute la beauté de mes pouvoirs de sorcières.
Ils étaient illimités.
Eh bien que je l’eusse considérée longtemps comme une simple option. Savoir maintenant que cela me connecter en réalité directement à ma mère éveilla un tout autre sentiment.
C’était grâce à elle que je les possédais.
Grâce à ce qu’elle représentait.
Pendant longtemps j’avais le lien avec cette magie à Gina seulement.
Aujourd’hui, cela me rapprochait plus encore de ma mère et me reliait à une facette d’elle dont j’ignorais absolument tout jusqu’alors…
Je l’entendais.
Dans mon esprit.
Elle hurlait de souffrance.
Puis, je fus propulsée de nouveau dans ma chambre d’hôtel.
Anna, que se passe-t-il ?
Elle est transformée, soufflai-je la gorge serrée.
Comment le sais-tu ?
Parce que je le sens.
Nick se rapprocha de moi.
Naturellement, il m’enlaça.
Posant mon front contre son torse, je respirais son odeur tandis que je me raccrochais à ses bras pour ne pas perdre pied.
Je déglutis.
Cette fois, les larmes se mirent à couler.
Des larmes de fatigue.
De tristesse.
De peur.
De lassitude.
Oui, j’ai bloqué dessus.
Un sourire illumina mon visage malgré moi.
Ses mots d’amour me réchauffaient le cœur depuis toujours et me redonner la sensation d’être en vie.
Les hommes, pour la plupart, pouvaient des fois être pudiques sur leur sentiment et émotion.
Jared l’était beaucoup.
L’époque le voulait probablement.
Nick lui était différent.
C’était un sentimental.
Un affectif.
Un sensible contenu dans une carrure imposante.
Il était aimant.
L’entente formuler clairement cette doléance eut l’effet d’un électrochoc.
Depuis le début Nick avait été catégorique sur le sujet.
Devenir un vampire était inenvisageable pour lui.
Mon cœur se serra dans ma poitrine.
À la fois émue et désorientée par son souhait de faire partie de mon monde, je caressais ses joues de mes doigts fins. Délicatement je reposais mon front contre le sien.
Je déglutis.
Sa main épaisse caressa délicatement ma joue.
Déposant ma bouche sur la sienne, je ne pouvais pas retenir mon désir de le sentir contre moi.
Il était sûr de lui.
Son langage corporel, son regard, sa façon de dire les choses montraient que ce n’était pas une petite pensée soudaine. Il y avait réfléchi. Peut-être même y réfléchissait-il depuis plus longtemps que je ne pensais.
****
Nick
Elle était visiblement stupéfaite.
Ilena était pensive.
De son regard, elle me scrutait.
Elle était clairement perturbée par l’annonce que nous venions de lui faire.
Je ne m’attendais pas à ce qu’elle se réjouisse.
Mais là sa réaction était tout autre.
Ilena acquiesça tout en serrant les dents.
Avec sa chevelure rassemblée dans un chignon strict, son visage était plus pâle qu’à l’accoutumée. Ses yeux étaient maquillés très sobrement et me dévisageaient comme si elle me regardait pour la première fois.
Il était clair qu’elle se contenait.
Ilena jeta un regard en direction d’Anna qui était silencieuse pour une fois.
J’aimais quand la possessivité l’habitait subitement au point de réellement la transformer. J’avais presque eu un frisson en l’entendant dire que je lui appartenais. Pourtant, j’étais de nature assez libre et j’avais toujours aimé mon indépendance. Seulement, je savais ce que cela signifiait chez un vampire. Ils étaient tellement proches d’un animal primitif parfois qu’il y avait par moment des rechutes de cette manière. De mon côté, je me réjouissais de lui appartenir, de l’avoir dans ma vie et qu’elle continue de m’aimer en dépit de tout.
Les épreuves.
Le temps.
Mes choix de vie durant son absence.
Elle aurait pu m’en vouloir d’avoir refait ma vie.
Mais non.
Ilena était clairement déstabilisée, perturbée entre son affect et sa position au sein du Conseil des vampires. Ainsi je continuais à tirer sur la carte sensible. Je lui pris sa main en plongeant mes yeux dans les siens.
L’émotion me submergeait totalement.
C’était Ilena qui était totalement bouleversée maintenant.
Je déglutis nerveusement, me sentant soudainement gêné. Ainsi, je passais mes doigts dans mes cheveux avant de jeter un œil en direction de ma petite amie. Cette dernière m’adressa un sourire amusé avant de se plonger tout contre moi. Délicatement, ses bras enveloppèrent mes hanches et elle se mit sur la pointe des pieds pour déposer un baiser doux sur ma joue.
Cette dernière me serra la main et m’adressa un sourire rassurant.
J’avais pensé qu’elle aurait eu peur, au lieu de cela elle était profondément sereine, ce qui était particulièrement apaisant pour moi.
J’étais persuadé qu’elle aurait tout fait pour me convaincre de ne pas me transformer, mais elle avait accepté facilement.
À présent, c’était comme si une partie d’elle s’était libérée.
Chapitre 1
Anna
L’un en face de l’autre, nous nous regardions longuement.
Nick était assis, serein et apaisé, attendant que je me décide à procéder à la transformation.
De mon côté, j’avais peur.
Peur de cet avenir incertain dans lequel mon petit ami était prêt à se plonger sans savoir réellement où il se rendait.
Seulement, il ne semblait n’avoir aucune appréhension, aucune crainte, aucun doute.
Il avait pris entièrement les commandes et je devais apprendre à me laisser porter sans vouloir contrôler les choses.
Certes, je n’avais rien prévu de tout cela.
Mais, je devais accepter les choix de l’homme qui partageait ma vie et même si j’avais préféré redevenir humaine plutôt que de le transformer pour que l’on soit ensemble, une part de moi était réjouie.
Certes, c’était égoïste.
Je savais à présent qu’il n’y avait plus rien qui pourrait nous séparer. Je n’aurai plus de raison de peur. Ça ne le rendrait certes pas invincible, mais au moins il serait plus en capacité de se défendre par lui-même.
Il était physiquement imposant, fort et puissant pour un humain.
En devenant un vampire, il le serait d’autant plus.
Et je devais me focaliser sur cela pour ne pas être trop paniqué.
Puis, avec ardeur, il m’attira dans ses bras pour que je me retrouve assise sur ses cuisses, les bras enroulés autour de sa nuque. Nos bouches à seulement quelques centimètres, je n’eus qu’à me pencher pour goûter à ses lèvres et l’embrasser langoureusement.
Délicatement ma bouche vint se rapprocher de sa joue, sur laquelle je vins caresser mes lèvres, puis avec mes dents je lui mordillais l’oreille ce qui le fit gémir.
Avec vigueur, ses doigts se firent plus fermes au niveau de mes hanches.
Son désir m’était perceptible.
Lentement ma bouche quitta son oreille pour s’aventurer sur sa nuque.
Le dépossédant de sa chemise, je sentis ses poils se hérisser tandis que mes crocs s’allongeaient.
L’appréhension était perceptible autant pour Nick que pour moi.
Nos cœurs battaient la chamade dans notre poitrine.
Nous avions peur.
Nous étions impatients.
Mais, nous étions prêts.
Prêts à passer ce cap.
Une nouvelle vie allait commencer.
Je n’avais pas donné vie à un nouveau vampire depuis tellement d’années.
Mais là ce n’était pas seulement un humain.
C’était Nick.
L’amour de ma vie.
Délicatement mes crocs s’enfoncèrent dans sa chair.
Il eut un gémissement plaintif dès que sa peau fut percée.
Sa pression sur mes hanches se fit plus forte tandis que j’aspirais son sang pour le boire allègrement. Habituellement, lorsque je le mordrai, je m’efforçai toujours de me contenir, mais je n’avais pas à le faire aujourd’hui.
Je le dégustais sans le moindre ménagement. J’avais faim de lui, de son sang, de son corps. Agrippé à ma taille, Nick commença à perdre de sa force, mais je me montrais plus vigoureuse.
Cette fois-ci, c’était le vampire qui prédominait.
Je n’avais plus été aussi vampirique depuis des années.
Je m’entendais grogner.
Nick fut de plus en plus affaibli, jusqu’à ce qu’il n’ait plus aucune énergie.
Aucune vie.
Je sentais notre imprégnation, cette souffrance intérieure qui me faisait trembler de toute part. puis, il s’écroula.
Il était mort.
Sans tarder, je me mordis le poignet pour laisser mon sang couler.
Lui ouvrant sa bouche, mon sang afflua dans sa gorge pour le laisser de se répandre en lui, jusqu’à ce que je me sente vaseuse, presque vidée.
M’écroulant à ses côtés, j’étais particulièrement affaiblie tout contre lui.
Refusant de le lâcher, je me reposais en calant ma tête contre son torse tandis que j’attendais la peur au ventre. Il était clair qu’à la naissance du vampire, l’on découvrait un visage de nouveau.
Les premières heures, il ne serait qu’un animal.
Possédé et contrôlé uniquement par ses instincts les plus primaires : besoin de sang. Et ensuite, il sera vivifié par une tout autre appétence, particulièrement sexuelle.
Rien n’était plus savoureux que les premiers ébats sexuels lorsque l’on devenait vampire.
C’était passionné.
Animal.
Vigoureux.
Brutaux.
Sauvages.
Pour moi, ce ne fut pas cette expérience que j’avais connue.
Je fus habitée par l’animal dès mon réveil, mais lorsque j’avais découvert mes proches baignant dans leur sang et morts, ma conscience s’était totalement éteinte.
Puis, j’avais fui.
Avec comme seul désir : celui de me nourrir.
Encore et toujours, en espérant que ma faim soit à jamais rassasiée.
Mais, elle ne le fut jamais vraiment.
Rien ne pouvait combler le vide.
Les manques étaient trop importants aujourd’hui.
Peut-être que cette nouvelle vie pourrait m’apporter ce qu’il me manquait depuis toujours.
Jetant un regard en direction de Nick, il était toujours inconscient.
Me redressant à l’aide de mon coude, je l’observais avec douceur.
Sa plaie au niveau de son cou s’était refermée.
Continuant de le détailler, sa peau commençait à se transformer.
L’affut de mon sang se propageait à présent en lui, rougissant ses veines et commençait à éveiller ses membres.
Ses pieds commencèrent à se remuer.
Ses mains se serrèrent pour s’agripper au drap.
Sa musculature se contractait.
Sa peau était brûlante.
La fièvre
Des goûtes de sueurs perlèrent son front et coulèrent sur ses joues.
Subitement, il se redressa, le visage transformé, les crocs dévoilés, les yeux d’un noir de jais, veineux au niveau de ses pommettes et de son front.
Il grognait telle une bête féroce, tandis qu’il se redressait pour chercher tout autour de lui à la recherche de sang.
Lorsqu’il remarqua ma présence, il poussa des grognements qui me firent tressaillir tandis qu’il me bondissait dessus.
Il ne me reconnaissait pas.
Il ne savait pas qui j’étais.
J’étais devenue une inconnue dans son regard.
Il n’était qu’un animal, désireux de se nourrir.
Plus personne n’existait pour lui.
Ni lui-même.
Ni moi.
Ni sa fille.
Mon petit grognait et me dévoilait ses crocs.
Vivant sa toute première transformation en vampire, il était physiquement méconnaissable.
Le visage veineux au niveau des pommettes, les yeux noirs, les crocs sortis, il me dévisagea comme s’il me voyait pour la toute première fois.
Il était méfiant.
Doucement, je tendis la main vers lui pour le toucher, Nick m’attrapa le poignet avant de me plaquer contre le mur en grognant.
Je me transformais à mon tour, sa force était décuplée, mais la mienne était équivalente, voire supérieure. Avec sa main droite, il tenta de me frapper.
Je lui serrais sa gorge avant d’être celle à le coller au mur.
N’attendant pas plus longtemps et je récupérais la poche de sang que j’avais volontairement sorti au préalable. L’attrapant avec vigueur, Nick la mordit sans le moindre ménagement et dévora le contenu.
Il n’avait pas de retenue.
Il avait un besoin imminent.
Primaire
Animal.
Des images me revinrent en mémoire aussitôt et me secouèrent. Figée sur place, c’était comme si je me revoyais à ma transformation. Dès lors je me revis mordre mon père.
Ma mère.
Mon frère.
Mon beau-frère.
Ma sœur.
Ressaisis-toi, m’encourageai-je.
Nick continua de se nourrir, dévorant toutes les pochettes de sang qui se trouvaient à proximité jusqu’à être totalement satisfait au point de s’écrouler sur le lit.
Le sang sur sa bouche avait coulé le long de son torse, pour s’étendre sur les draps.
Le regardant, je vis son ventre se mouvoir au rythme de sa respiration.
Intriguée, je fronçais les sourcils tandis que son cœur battait dans sa poitrine.
Lentement.
Aussi lentement que le mien.
Mon Dieu, réalisai-je.
Il était réellement comme moi.
Pas totalement vampire.
Pas totalement humain.
Puis vint les tremblements, soudainement il avait froid comme s’il se retrouvait en plein extérieur, sous des rafales de vent glaçantes.
Lentement, je remontais la couverture pour le garder au chaud, quand brutalement il se tourna vers moi.
Les yeux exorbités par la peur.
Il était terrorisé.
Comme un enfant sortant d’un cauchemar horrible.
De ses grands yeux noirs, il me dévisageait comme s’il me voyait de nouveau pour la toute première fois.
Il continua de me grogner, alors que je vins étendre ma main sur sa joue.
D’instinct, mon petit ami commença à me humer.
C’était ainsi que se faisait un premier contact entre vampires.
L’odeur était primordiale et essentielle.
Nous étions très proches de l’animal, mais voir l’amour de ma vie ainsi me serra réellement mon cœur.
D’un hochement de tête, il acquiesça, sans pouvoir formuler le moindre mot.
Il n’avait pas encore la capacité de s’exprimer comme il le désirait. Son regard anciennement océan était noir avec des lueurs rouge sang. Même ainsi, c’était le plus bel homme que j’avais jamais vu.
Du bout des doigts, il vint mettre sa main sur le bout de mon nez pour me le toucher avant de faire glisser son doigt sur ma lèvre. Naturellement Nick chercha mes dents et je n’eus qu’à lui mordiller le bout de son doigt ce qui parut l’amuser.
Je me tournai pour prendre une poche de sang restante et la lui donner. Aussitôt, il la prit dans ses mains et dégusta chaque goûte.
N’étant guère précautionneux, de nouveau des filets de sangs découlèrent le long de son menton. Mais cette fois-ci, son regard ne se détourna pas de moi. Il les avait figés pour me dévisager comme une créature étrange. Alors que d’une main, il tenait toujours fermement la poche de sang, avec l’autre il rechercha le contact physique.
C’était indispensable.
Presque vital.
Le lien entre le vampire et son créateur était primordial pour sa renaissance.
Il y avait un côté chaleureux à prendre soin d’un très jeune vampire, presque maternant. Ayant un lien particulièrement fort avec mon petit ami de base, je n’avais donc qu’à utiliser ma bienveillance et l’envelopper de toute mon affection pour l’aider au mieux.
La solitude d’un vampire nouveau-né pourrait être réellement destructrice. Je le savais d’expérience. Je voulais donc le garder près de moi le plus longtemps possible pour qu’elle soit en pleine capacité pour affronter sa fille et la ramener près de nous.
Et pour cela, il devait être en pleine capacité.
Un sourire se dessina sur mes lèvres.
Même comme ça, il était mignon.
Pour l’apaiser, j’utilisais ma magie pour le faire sombrer dans un sommeil profond.
****
Emma
Tout mon corps était endolori comme si je m’étais faite rouler dessus par un train. Allongée, j’arrivais difficilement à bouger mes jambes et mes bras. C’était comme si mon corps était tout engourdi et que je me réveillais après des années de sommeil.
Non sans mal, je tentais de m’asseoir.
Regardant mes bras, il était toujours aussi marqué par ses veines rougeâtres qui étaient aussi étincelantes que des flammes durant un feu de cheminée.
Quelque peu perturbée par mon apparence, je me demandais à quoi je ressemblais réellement maintenant.
Sortant du lit non sans mal, je mis les pieds à terre et que je me redressais, je m’écroulais.
Qu’est-ce que j’ai, bon sang ?
Des pas se firent entendre à l’extérieur de la pièce, ce qui me mit aussitôt en alerte. Levant les yeux, quelqu’un s’apprêta à ouvrir la porte, mais je l’en empêchais en tendant la main pour maintenir la porte fermée.
Reposant ma main, je relâchais ainsi la pression sur la porte et vis Lénora entrer le regard quelque peu en alerte. Elle jeta un dernier coup d’œil en direction du couloir avant de claquer la porte et de la fermer à clé.
Avec sa main, Lénora arriva avec aisance à me remettre sur pied.
Seulement, je dus m’accrocher à son cou pour ne pas m’écrouler sur le sol de nouveau.
Mes mains semblaient elles aussi méconnaissables.
Le simple fait de respirer me paraissait différent.
Tout en moi avait changé.
Y compris ce que je ressentais à l’intérieur.
C’était comme si mes souvenirs, ce qui était autrefois important s’étaient éloignés pour se murer dans une pièce que je ne voulais plus jamais ouvrir.
Je voulais me déposséder de tout.
Le bien.
Le mal.
Pour être celle que je voulais être aujourd’hui.
Je ne porterai plus aucun fardeau, plus la moindre culpabilité, plus la moindre souffrance, plus la moindre entrave qui me contraignaient à contenir toute cette rage.
Je voulais être libre.
Totalement et entièrement libre.
Lénora eut un sourire triste tout en me regardant.
Vigoureusement, Lénora resserra ses mains sur les miennes.
Lénora me dévisagea plusieurs secondes.
Vivement je posais ma main sur sa joue. M’implantant dans son esprit, elle se rigidifia sous mon touché tandis que je me propulsais dans chaque souvenir, chaque parcelle de mémoire accessible.
Des centaines d’images défilèrent devant mes yeux, où j’avais la sensation de voir à travers ceux de Lénora.
Je la voyais, alors qu’elle était encore humaine, à subir les assauts, la violence de ses bourreaux.
Elle était ensuite étendue sur le sol, à quémander de quoi se nourrir, la pluie s’abattant sur elle, sans rien avoir pour se protéger de l’eau.
Elle portait physiquement les stigmates d’une existence douloureuse, ce qui me remua de l’intérieur.
J’aperçus, ensuite, Anna.
Seulement, elle n’avait rien avoir avec la jeune femme que je connaissais.
La cruauté était lisible dans son regard.
Elle semblait être possédée.
Volontairement, sa tenue était assombrie, avec un maquillage très sombre, qui donnait plus de noirceur encore à son regard.
Suite à cela, il y eut des morts.
Tellement de morts.
Lénora avait condamné tous les hommes qui eurent un impact dans son passé.
Elle les avait détruits.
Tous.
Un après l’autre.
Avec Anna, présente, simple témoin.
Je percevais l’ensemble de sa furie.
L’ensemble de sa rage.
Son besoin de sang.
Son désir de vengeance.
Son besoin de cruauté.
De tous les faire payer pour toutes les douleurs qu’elle avait subies.
Puis elle se retrouva seule.
Seule avec Nikolaï.
Je le vis en train de la violenter, de la brutaliser, de se montrer dur, de l’abimer psychologiquement, en essayant encore et toujours d’éveiller l’animal pour qu’elle ne soit rien d’autre que sans cœur.
La sensibilité qu’elle possédait lui paraissait comme étant une faiblesse.
Il ne le supportait pas, ainsi il l’avait brutalisé pour l’éteindre à jamais.
Ainsi, elle s’était murée à l’intérieur d’elle-même pour ne dévoiler que celle qu’elle devait montrer au reste du monde.
Froide.
Insensible.
Cruelle.
Obéissante.
Ôtant ma main de sa joue, je ne pouvais détourner mon attention d’elle.
Chapitre 2
Nick
J’avais froid.
J’avais chaud.
J’avais mal.
J’avais l’impression que l’ensemble de mon corps réagissait à une maladie.
Chaque fibre, chaque muscle, chaque parcelle de mon être était brûlante, comme si je me consumais de l’intérieur.
Mon sang était révulsé.
Je percevais absolument tout ce qui m’entourait.
J’entendais des voix de personnes qui n’étaient pas là.
Je percevais des bruissements, des pas, des craquements dans les murs comme si eux aussi étaient en éveil.
Ouvrant les yeux, je percevais une présence.
Mes narines me titillèrent.
C’était une senteur étrange.
Il y avait une fragrance de parfum, ainsi qu’une senteur de pêche, estival, comme une odeur marine, qui me donnait subitement l’envie d’être au bord d’une plage, les pieds dans le sable à apprécier la douceur du soleil.
Ce fut ensuite une autre senteur.
Quelque chose que je n’avais jamais senti.
De nouveau.
Dure.
Abrupte.
Sèche.
Âpre.
Je penchais ma tête dans cette direction et je reconnus naturellement Anna.
Elle était assoupie, la main reposant sur son ventre, et l’autre toujours vigoureusement accrochée à mon poignet. Déposant un baiser sur son front, elle se réveilla abruptement et me vit au-dessus d’elle.
Je l’arrêtais subitement en mettant ses doigts sur ses lèvres.
En effet, maintenant que je m’étais focalisée entièrement sur elle, je me rendais parfaitement compte de la perfection de son apparence. Bien évidemment, je la trouvais déjà des plus séduisante avant, mais maintenant que je possédais des yeux quelque peu inhumains, je réalisais combien j’avais été aveugle jusqu’à maintenant.
Sa peau ne présentait aucun défaut.
Sa bouche semblait posséder une forme plus distincte comme si elle avait été dessinée à la main.
Et son regard était encore plus vert que ce dont j’étais habitué.
Encore plus profond.
Encore plus intense.
Encore plus fragile.
Mais par-dessus tout, j’y perçus une lueur que je n’avais jamais vu de toute ma vie.
C’était une lumière étincelante, profonde, éblouissante.
Anna se mit à rire tandis qu’elle s’asseyait avant de caler son dos contre la taie d’oreiller.
Rien qu’en y pensant, je perçus des frétillements au niveau de mes pommettes et mes dents s’allongèrent pour percer ma lèvre inférieure.
Anna me donna trois poches de sang.
Dès que je les vis, je ne pus retenir mon besoin imminent de sentir le contenu. Il y avait quelque chose de tellement appétissant, de tellement désirable, de tellement perturbant, que soudainement je fis un bruit qui je ne reconnus pas.
C’était un grognement.
Guttural.
Animal.
Puis, je me jetais sans ménagement sur le sang.
Je déchirais avec mes crocs le plastique pour boire le contenu avec allégresse. À peine les premières gouttes vinrent titiller mon palet, je fus incontrôlable.
Je n’étais plus moi-même.
J’étais un animal.
Je n’arrivais plus à réfléchir.
La seule chose que je voulais c’était encore et toujours plus de sang.
Ainsi, dès que je l’eus fini, je me mis en en boire d’autres jusqu’à ce que je sois totalement repu.
Étonnamment, je me sentais vidé.
Vidé de toute énergie.
Me rallongeant sur le dos, je calais mes mains sur mon ventre et sentis de l’humidité. Baissant les yeux, je vis que j’étais plein de sang. Cette vision soudaine fut particulièrement horrifiante, ainsi je me redressais rapidement et cherchais un miroir pour me voir. Je tournais sur moi-même et découvrir une glace dans l’angle de la pièce.
Seule Anna était dans ce champ de vision.
Mais, je me décidais de faire un pas sur le côté pour m’entrevoir.
Je vis d’abord la moitié de mon corps.
Mes bras s’étaient élargis, comme si j’avais gagné en muscle.
Mon torse était imbibé de sang.
Je me décidais à montrer mon visage.
Et là ce fut le choc ultime.
Toujours transformé.
Ma barbe était pleine de sang.
Mes yeux étaient méconnaissables.
Ma mâchoire était déformée.
Je me regardais sans avoir la capacité de me reconnaître.
Ainsi, j’eus besoin de me toucher le visage pour être sûr que j’étais bien la personne que je regardais.
Apaisé et rassuré par la délicatesse et l’assurance dans ses mots, je fus subitement plus détendu. Ainsi, je fus surpris lorsque mes dents reprirent une apparence classique et que mes yeux retrouvèrent leur couleur océan. Un fin sourire se dessina au coin de mes lèvres tandis que je me touchais.
Anna approuva.
J’aimais son honnêteté et en même temps je la redoutais profondément.
Plongeant ses doigts dans mes cheveux pour me détendre, elle me massa délicatement la tête pour atténuer mes craintes et pour apaiser ma nervosité palpable.
Elle s’arrêta quelques secondes.
