Vampire Solitaire - Tome 4 - Priscilla Llorca - E-Book

Vampire Solitaire - Tome 4 E-Book

Priscilla Llorca

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Beschreibung


Qu'adviendra-t-il du monde actuel face à la puissance de Gina ?

Le monde tel que nous le connaissons n’existera plus.
Humains. Vampires. Loups-garous. Plus personne n’est à l’abri face à la puissance de Gina. Vérité et destruction. Colère et ressentiment. Ombre et lumière. Chaque décision a un prix et tous ne survivrons pas…

Plongez sans attendre dans le quatrième tome de la saga fantastique Vampire Solitaire !

À PROPOS DE L'AUTEURE


Priscilla Llorca, née le 15 Décembre 1989, à Toulon, écrit depuis l’âge de 15 ans : « Au départ, il s’agissait seulement de fanfiction. Je reprenais des épisodes de mes séries préférées pour donner les fins que je souhaitais avoir. Puis un jour, j’ai eu un déclic : écrire ma propre histoire, mes propres romans, avec mes personnages, mes intrigues. C’est à 18 ans que Vampire Solitaire est né… aujourd’hui, j’en ai 32 et il est enfin terminé. »

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Vampire Solitaire

Tome 4 : Renaissance

 

 

 

 

 

Priscilla LLORCA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour maman et papa,

Je ne serais pas la femme que je suis aujourd’hui si vous n’avez pas été les parents que vous êtes.

Il n’y aurait pas suffisamment de qualificatifs pour vous dire combien je vous aime.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Les parents donnent

Des racines t des ailes aux enfants.

Des racines pour savoir d’où l’on vient,

Et des ailes pour s’envoler vers l’avenir. »

Nils BARD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

 

Anna

 

Quelque chose s’était transformé dans l’air.

Les yeux rivés vers l’extérieur, c’était comme la Terre s’était réveillée. Les rafales de vent se faisaient fortes. Les nuages s’étaient réveillés couvrant totalement le ciel et venaient embrumer la ville.

Mes sens étaient en alerte.

Une lourdeur se faisait ressentir.

C’était en train de se produire.

Je le percevais dans mon sang, dans ma chair, comme si mes propres cellules réagissaient en percevant toutes ces ondes de pouvoir.

L’air était de plus en plus lourd.

Voire même irrespirable.

Les températures avaient chuté de plusieurs degrés.

C’était pesant.

Dérangeant.

Perturbant.

Depuis que j’avais des pouvoirs de sorcières, j’étais plus sensible aux fluctuations dans l’air et des éléments.

Le sol lui-même semblait haletant.

Il vibrait.

Anna, entendis-je dans un murmure

M’accrochant à l’embrasure de la fenêtre, mon corps s’emballait dans ma cage thoracique.

Mes mains tremblotaient.

Ma gorge était serrée.

Me recentrant sur moi-même, je gardais les yeux clos en tentant à travers mon psychisme et ma magie de trouver Emma. C’était comme un fil invisible que je n’avais qu’à suivre en ne me fiant qu’à cette petite voix intérieure qui me guidait jusqu’à elle.

C’était là toute la beauté de mes pouvoirs de sorcières.

Ils étaient illimités.

Eh bien que je l’eusse considérée longtemps comme une simple option. Savoir maintenant que cela me connecter en réalité directement à ma mère éveilla un tout autre sentiment.

C’était grâce à elle que je les possédais.

Grâce à ce qu’elle représentait.

Pendant longtemps j’avais le lien avec cette magie à Gina seulement.

Aujourd’hui, cela me rapprochait plus encore de ma mère et me reliait à une facette d’elle dont j’ignorais absolument tout jusqu’alors…

Je l’entendais.

Dans mon esprit.

Elle hurlait de souffrance.

Puis, je fus propulsée de nouveau dans ma chambre d’hôtel.

Anna, que se passe-t-il ?

Elle est transformée, soufflai-je la gorge serrée.

Comment le sais-tu ?

Parce que je le sens.

Nick se rapprocha de moi.

Naturellement, il m’enlaça.

Posant mon front contre son torse, je respirais son odeur tandis que je me raccrochais à ses bras pour ne pas perdre pied.

— Et elle va bien ? se soucia-t-il.
— Je ne sais pas vraiment, admis-je entre terreur et angoisse.

Je déglutis.

— Elle… elle finira par aller… bien, dis-je toujours perturbée par l’entente de sa supplication dans mon esprit. Je finirai par la retrouver… et la ramener à la maison…
— J’aurais dû mieux veiller sur elle.
— Non, tu n’as pas à culpabiliser, refusai-je en prenant son visage entre mes doigts. Ce n’est pas à cause de toi mon amour.
— J’ai l’impression d’être inutile. Il y a eu Sarah et maintenant Emma. Quel genre d’homme suis-je si je ne peux protéger les femmes que j’aime, hein ?

Cette fois, les larmes se mirent à couler.

Des larmes de fatigue.

De tristesse.

De peur.

De lassitude.

— Une guerre va commencer et je vais encore devoir attendre dans un sous-sol en priant que ma femme et ma fille ne se fassent pas tuer ou ne s’entretuent pas !
— Ta femme ? repris-je quelque peu perturbée.

Oui, j’ai bloqué dessus.

— Nous n’avons pas vraiment pris le temps de parler de nous, de notre couple et du reste…
— Je t’aime, me confia-t-il.

Un sourire illumina mon visage malgré moi.

Ses mots d’amour me réchauffaient le cœur depuis toujours et me redonner la sensation d’être en vie.

Les hommes, pour la plupart, pouvaient des fois être pudiques sur leur sentiment et émotion.

Jared l’était beaucoup.

L’époque le voulait probablement.

Nick lui était différent.

C’était un sentimental.

Un affectif.

Un sensible contenu dans une carrure imposante.

Il était aimant.

— J’ai cru pouvoir t’oublier, j’ai même essayé avec Bridget, mais ce que l’on partage toi et moi, ce n’est pas comparable. Je veux passer le reste de ma vie avec toi, m’assura-t-il en resserrant ses bras autour de ma taille.
— Nick…
— Lorsque tu n’es pas là, la vie n’a pas le même sens, n’est plus aussi belle, ne vaut pas vraiment la peine. Je veux passer les âges, les époques. Que l’on voit le temps défiler ensemble et que l’on continue de s’aimer jour après jour. Éternellement.
— Éternellement ? Dis-je d’une voix tremblante.
— Ma fille s’apprête à devenir une immortelle, non ?
— Oui…
— Je ne voulais pas imaginer vivre une vie d’immortel sans elle, mais maintenant, je n’ai aucune raison de m’accrocher à mon humanité, si c’est pour vous perdre toutes les deux.
— Qu’est-ce que tu dis ?
— Je veux que tu me transformes.

L’entente formuler clairement cette doléance eut l’effet d’un électrochoc.

Depuis le début Nick avait été catégorique sur le sujet.

Devenir un vampire était inenvisageable pour lui.

Mon cœur se serra dans ma poitrine.

À la fois émue et désorientée par son souhait de faire partie de mon monde, je caressais ses joues de mes doigts fins. Délicatement je reposais mon front contre le sien.

— Mais Nick, devenir un vampire c’est… c’est beaucoup plus compliqué que ce que tu imagines.
— Je m’en fiche de tout ça… je veux te protéger toi et ma fille !
— Tu n’as pas idée ce que ça implique…
— Anna, je n’ai rien à perdre aujourd’hui.

Je déglutis.

— Il n’y a qu’une seule chose qui compte, c’est l’amour que je vous porte et si les deux femmes les plus importantes de ma vie sont sur un chemin qui n’est pas le mien, je ferai en sorte de les retrouver quoiqu’il m’en coûte.

Sa main épaisse caressa délicatement ma joue.

— Il n’y aura pas de retour possible Nick. Tu le seras à jamais. Être immortel, ce n’est pas aussi idéal que ce que tu peux croire. Une existence éternelle, c’est…
— Est-ce que tu continueras de m’aimer même si je deviens un vampire ?
— Évidemment, rétorquai-je telle une évidence.

Déposant ma bouche sur la sienne, je ne pouvais pas retenir mon désir de le sentir contre moi.

— Alors il est temps que ça se fasse. En devenant vampire, je deviendrai plus fort et en étant plus fort je pourrai enfin faire quelque chose pour vous deux. Si Emma va être utilisée comme talon d’Achille contre toi, autant m’utiliser pour elle. Elle est ma fille. Elle est une part de moi et je sais au plus profond de moi-même que jamais elle ne s’en prendra à moi.
— Le pouvoir, l’appétence, ça peut détruire une personne…
— Rien ne me fera abandonner ma détermination pour retrouver ma fille !

Il était sûr de lui.

Son langage corporel, son regard, sa façon de dire les choses montraient que ce n’était pas une petite pensée soudaine. Il y avait réfléchi. Peut-être même y réfléchissait-il depuis plus longtemps que je ne pensais.

— Rien ne te fera changer d’avis, je me trompe ?
— Absolument rien, m’assura-t-il avec une détermination que je ne lui connaissais. Soit, tu concèdes à me transformer, soit je demanderai à quelqu’un d’autre de le faire, mais je le ferai Anna.
— D’accord, acceptai-je, si c’est ce que tu souhaites je te transformerai par moi-même.
— Alors, fais-le maintenant, me demanda-t-il. Il n’y a aucune raison d’attendre et de se montrer patient. Au plus tôt, tu me transformeras, au mieux tu pourras m’aider à contrôler la soif.
— Mon cœur e réveil est la chose la plus importante dans ta naissance de vampire. C’est ce qui conditionnera l’ensemble de ta deuxième vie, souris-je face à son impatience, nous ne pouvons pas faire ça ici. Ça ne peut pas se faire n’importe comment. Déjà nous ne pouvons pas le faire ici, il te faut un endroit isolé où il n’y a pas la moindre tentation.
— Où veux-tu qu’on aille dans ce cas ?
— Au Manoir d’Ilena.

 

 

****

Nick

 

— Donc l’objectif de ce soir, c’est de te transformer ? s’exclama Ilena en me dévisageant plusieurs secondes.

Elle était visiblement stupéfaite.

— J’étais persuadée que tu ne voulais pas faire partie de ce monde.
— Je n’en avais pas l’intention non plus, admis-je sincèrement.

Ilena était pensive.

De son regard, elle me scrutait.

Elle était clairement perturbée par l’annonce que nous venions de lui faire.

Je ne m’attendais pas à ce qu’elle se réjouisse.

Mais là sa réaction était tout autre.

— Pourquoi soudainement un tel revirement ?
— Pour ma fille.

Ilena acquiesça tout en serrant les dents.

Avec sa chevelure rassemblée dans un chignon strict, son visage était plus pâle qu’à l’accoutumée. Ses yeux étaient maquillés très sobrement et me dévisageaient comme si elle me regardait pour la première fois.

Il était clair qu’elle se contenait.

— Nick, souffla Ilena en posant sa main sur mon épaule, cette décision ne doit pas être prise à la légère. C’est un changement éternel. Tu ne pourras jamais revenir en arrière. Tu vas renoncer à énormément de choses, qui pour le moment te paraissent anodines, mais qui finiront par te manquer.
— Ma fille me manque. Ma vie de famille me manque. C’est ça ma vie. C’est pour ça que j’existe et pour ça que je me réveille chaque matin. Si ma fille n’est pas dans ma vie, ça ne sert à rien pour moi d’exister Ilena. Donc si je dois renoncer à mon humanité pour la retrouver et la ramener près de moi, il n’y aura rien de plus important. Si je dois me couper le bras, donner ma vie, pactiser avec le diable, pour la sauver, je le ferai sans la moindre hésitation. Elle est ma chair. Elle est mon sang. C’est une parcelle de moi. Il n’y a pas suffisamment de qualificatifs pour dire ce qu’elle représente pour moi. Mais quoiqu’il en soit, je ne renoncerai pas à elle. Je la sauverai. Où qu’elle soit.
— Je comprends ce que tu me dis. Seulement tu es une belle personne Nick, s’attrista Ilena. En devenant l’un des nôtres, ça t’altérera.

Ilena jeta un regard en direction d’Anna qui était silencieuse pour une fois.

— Je m’en fiche, lui assurai-je. C’est perdre ma fille qui me transformera à jamais.
— Il n’y a rien que je puisse dire pour t’en empêcher, n’est-ce pas ? Me demanda-t-elle avec un fin sourire.
— Tu as compris, souris-je à mon tour.
— Et toi Anna ? Tu n’as pas d’objection ?
— Si c’est ce qu’il désire, je le soutiens.
— Et donc qui va le transformer ?
— Moi, personne d’autre que moi ne le touchera, avertit Anna vivement. Il est à moi, c’est mon homme.

J’aimais quand la possessivité l’habitait subitement au point de réellement la transformer. J’avais presque eu un frisson en l’entendant dire que je lui appartenais. Pourtant, j’étais de nature assez libre et j’avais toujours aimé mon indépendance. Seulement, je savais ce que cela signifiait chez un vampire. Ils étaient tellement proches d’un animal primitif parfois qu’il y avait par moment des rechutes de cette manière. De mon côté, je me réjouissais de lui appartenir, de l’avoir dans ma vie et qu’elle continue de m’aimer en dépit de tout.

Les épreuves.

Le temps.

Mes choix de vie durant son absence.

Elle aurait pu m’en vouloir d’avoir refait ma vie.

Mais non.

— Non refusa Ilena.
— Je te demande pardon ? S’estomaqua Anna.
— Tu n’es pas un vampire comme les autres, lui rappela Ilena, et nous ne sommes pas sûrs de ce qu’il se passera si tu transformes un humain. La réalité aujourd’hui, c’est que tu as pu avoir le cumul de sang, parce que ta mère était une sorcière. Mais pour Nick, ça risque d’être différent.
— Son sang est pur, je te rappelle, rétorqua Anna. Il n’est altéré par rien.
— Il n’est pas prévu que se créaient différentes races de vampires Anna ! Nous rappela notre amie avec gravité. C’est dangereux.
— Je ne suis pas un vampire comme les autres certes, mais c’est mon homme.
— Je ne peux pas prendre un tel risque. Nous sommes suffisamment en danger avec Gina. Nous devons faire attention et éviter de créer des vampires qui pourraient être un risque supplémentaire pour notre sécurité.
— Tu parles de moi, dis-je à Ilena.
— Mon chéri ça n’a rien avoir avec toi personnellement.
— Nous sommes venus ici parce que nous avons confiance en toi, déclarai-je en la regardant, pour que tu sois au courant et pour que tu nous soutiennes. Et au lieu de cela tu veux que je renonce.
— Non, je dis simplement que c’est un risque considérable.
— Nous ignorons déjà ce que va devenir Emma.
— Je te demande de me faire confiance.

Ilena était clairement déstabilisée, perturbée entre son affect et sa position au sein du Conseil des vampires. Ainsi je continuais à tirer sur la carte sensible. Je lui pris sa main en plongeant mes yeux dans les siens.

— Je t’en prie Ilena, ne me refuse pas ça.
— Nick, c’est… ça n’a rien avoir avec toi.
— Ça à tout avoir avec moi. C’est pour ma fille !

L’émotion me submergeait totalement.

— Tu l’as vu enfant Ilena. C’était une petite fille la première fois que tu l’as rencontré. Tu veux vraiment la laisser entre les mains de Gina ?

C’était Ilena qui était totalement bouleversée maintenant.

— C’est mon bébé !
— Tu ne vas vraiment pas me faciliter la tâche, hein ?
— Non, lui assurai-je.
— Et si tu étais plutôt transformé par un autre vampire.
— Hors de question que quelqu’un LE touche ! C’est mon humain ! Tu veux que je sois celle à te rappeler les règles de notre monde. Nous avons imprégné, ce qui signifie que…
— Les règles te vont bien quand tu veux, rétorqua Ilena en se tournant vers elle. Permets-moi de te rappeler à mon tour que si ça avait été une autre qui avait été prête à pactiser avec un renégat, qui plus est le pire vampire que nous recherchons depuis des siècles, tu n’auras plus ta liberté, tu serais emprisonnée et probablement prêtes à être condamnée à mort. Alors, évite de me rappeler ce que l’on doit faire ou ne pas faire.
— En même temps, intervins-je, ce n’est pas mieux d’avoir deux vampires comme Anna de votre côté quand on sait ce que possède Gina ? Rien que ses pouvoirs à elle sont des plus incroyables. Tu te souviens de tout ce qu’elle était capable de faire ?
— Bien sûr que je m’en souviens, mais… c’est dangereux.
— Chaque décision est dangereuse, renchérit Anna. Mais comme tu me l’as toujours dit, tous les vampires ne sont pas mauvais. Pourquoi Nick le deviendrait ?
— Tu m’énerves à utiliser mes arguments. Depuis quand est-ce que tu m’écoutes autant ?
— Depuis toujours ma chérie, sourit Anna. Je te demande de nous faire confiance.
— De toute façon, rien ne vous fera changer d’avis ?
— Rien, nous répondîmes à l’unisson.
— Bon, j’ai quelque peu adapté les lieux de confinement depuis quelques années, parce que je trouvais que l’enfermement dans une cage était quelque peu barbare.
— Quelles chances ont ces futurs nouveaux vampires, sourit Anna. Bientôt, tu vas me dire que tu as cessé les tortures pour ceux qui sont enfermés.
— En effet, c’est le cas. Après toi, je n’ai plus eu envie de ces pratiques.
— Tu es une connasse ! rétorqua Anna dans un rire.
— Tu devrais te réjouir, tu as réussi à nous faire évoluer ma chérie, lui souffla Ilena avant de la prendre dans ses bras. Bon, mon Nick adoré, juste pour te prévenir et que tu sois préparé. Le sang dont tu te nourriras c’est du sang humain que l’on réussit à cloner maintenant et ça évite que l’on soit trop dépendant des humains, même si certains préfèrent se nourrir directement à la source.
— Euh… d’accord, concédai-je les sourcils froncés quelque peu écœuré à cette idée.
— Tu as déjà goûté le sang d’Anna ?
— Oui, mais c’était différent et le goût du sang de vampire c’est… fruité.
— Crois-moi, quand tu seras l’un des nôtres, tu verras que le sang humain a une saveur incomparable, m’attesta Ilena. Et l’autre étape c’est que tu auras ensuite une réelle appétence sur tous les sujets… soif et aussi sexuelle.

Je déglutis nerveusement, me sentant soudainement gêné. Ainsi, je passais mes doigts dans mes cheveux avant de jeter un œil en direction de ma petite amie. Cette dernière m’adressa un sourire amusé avant de se plonger tout contre moi. Délicatement, ses bras enveloppèrent mes hanches et elle se mit sur la pointe des pieds pour déposer un baiser doux sur ma joue.

— Tu vas vivre plusieurs heures qui vont te marquer pour le reste de ton existence, continua mon amie avec de nouveau un air grave. La naissance d’un vampire peut être déterminante pour le reste de sa vie. Anna ici présente pourra te le confirmer.

Cette dernière me serra la main et m’adressa un sourire rassurant.

J’avais pensé qu’elle aurait eu peur, au lieu de cela elle était profondément sereine, ce qui était particulièrement apaisant pour moi.

J’étais persuadé qu’elle aurait tout fait pour me convaincre de ne pas me transformer, mais elle avait accepté facilement.

À présent, c’était comme si une partie d’elle s’était libérée.

— Je ne doute pas qu’Anna veillera sur toi, mais tu vas faire face à un combat intérieur. Quelque chose entre toi et toi uniquement. Où personne ne pourra s’interposer, où même te défendre. Nous avons tous une noirceur en nous, plus ou moins déclarée et en devenant vampire tu prends le risque d’être habité par ces ténèbres. Et crois-moi, cette noirceur est la plus destructrice existante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 1

 

 

Anna

 

L’un en face de l’autre, nous nous regardions longuement.

Nick était assis, serein et apaisé, attendant que je me décide à procéder à la transformation.

De mon côté, j’avais peur.

Peur de cet avenir incertain dans lequel mon petit ami était prêt à se plonger sans savoir réellement où il se rendait.

Seulement, il ne semblait n’avoir aucune appréhension, aucune crainte, aucun doute.

Il avait pris entièrement les commandes et je devais apprendre à me laisser porter sans vouloir contrôler les choses.

Certes, je n’avais rien prévu de tout cela.

Mais, je devais accepter les choix de l’homme qui partageait ma vie et même si j’avais préféré redevenir humaine plutôt que de le transformer pour que l’on soit ensemble, une part de moi était réjouie.

Certes, c’était égoïste.

Je savais à présent qu’il n’y avait plus rien qui pourrait nous séparer. Je n’aurai plus de raison de peur. Ça ne le rendrait certes pas invincible, mais au moins il serait plus en capacité de se défendre par lui-même.

Il était physiquement imposant, fort et puissant pour un humain.

En devenant un vampire, il le serait d’autant plus.

Et je devais me focaliser sur cela pour ne pas être trop paniqué.

— Pourquoi tu me regardes comme ça ? Me demanda Nick tandis que je n’arrivais pas à cesser de le toucher et de lui caresser le visage.
— Parce que je te trouve beau et que je t’aime, lui répondis-je avant de caler mon front contre le sien.
— Tu me trouves beau ? se réjouit-il avec un sourire au coin des lèvres.

Puis, avec ardeur, il m’attira dans ses bras pour que je me retrouve assise sur ses cuisses, les bras enroulés autour de sa nuque. Nos bouches à seulement quelques centimètres, je n’eus qu’à me pencher pour goûter à ses lèvres et l’embrasser langoureusement.

— Tu es prêt ? lui soufflai-je tout près de sa bouche.
— Oui je suis prêt, m’assura-t-il avec nervosité. Tu ne m’abandonneras pas. Tu resteras avec moi chaque seconde, hein ?
— Chaque seconde, lui promis-je. Je ne partirai pas, je serai là à tes côtés et on s’en sortira mon amour.

Délicatement ma bouche vint se rapprocher de sa joue, sur laquelle je vins caresser mes lèvres, puis avec mes dents je lui mordillais l’oreille ce qui le fit gémir.

— Ne m’excite pas, souris-je.

Avec vigueur, ses doigts se firent plus fermes au niveau de mes hanches.

Son désir m’était perceptible.

Lentement ma bouche quitta son oreille pour s’aventurer sur sa nuque.

Le dépossédant de sa chemise, je sentis ses poils se hérisser tandis que mes crocs s’allongeaient.

L’appréhension était perceptible autant pour Nick que pour moi.

Nos cœurs battaient la chamade dans notre poitrine.

Nous avions peur.

Nous étions impatients.

Mais, nous étions prêts.

Prêts à passer ce cap.

Une nouvelle vie allait commencer.

Je n’avais pas donné vie à un nouveau vampire depuis tellement d’années.

Mais là ce n’était pas seulement un humain.

C’était Nick.

L’amour de ma vie.

Délicatement mes crocs s’enfoncèrent dans sa chair.

Il eut un gémissement plaintif dès que sa peau fut percée.

Sa pression sur mes hanches se fit plus forte tandis que j’aspirais son sang pour le boire allègrement. Habituellement, lorsque je le mordrai, je m’efforçai toujours de me contenir, mais je n’avais pas à le faire aujourd’hui.

Je le dégustais sans le moindre ménagement. J’avais faim de lui, de son sang, de son corps. Agrippé à ma taille, Nick commença à perdre de sa force, mais je me montrais plus vigoureuse.

Cette fois-ci, c’était le vampire qui prédominait.

Je n’avais plus été aussi vampirique depuis des années.

Je m’entendais grogner.

Nick fut de plus en plus affaibli, jusqu’à ce qu’il n’ait plus aucune énergie.

Aucune vie.

Je sentais notre imprégnation, cette souffrance intérieure qui me faisait trembler de toute part. puis, il s’écroula.

Il était mort.

Sans tarder, je me mordis le poignet pour laisser mon sang couler.

Lui ouvrant sa bouche, mon sang afflua dans sa gorge pour le laisser de se répandre en lui, jusqu’à ce que je me sente vaseuse, presque vidée.

M’écroulant à ses côtés, j’étais particulièrement affaiblie tout contre lui.

Refusant de le lâcher, je me reposais en calant ma tête contre son torse tandis que j’attendais la peur au ventre. Il était clair qu’à la naissance du vampire, l’on découvrait un visage de nouveau.

Les premières heures, il ne serait qu’un animal.

Possédé et contrôlé uniquement par ses instincts les plus primaires : besoin de sang. Et ensuite, il sera vivifié par une tout autre appétence, particulièrement sexuelle.

Rien n’était plus savoureux que les premiers ébats sexuels lorsque l’on devenait vampire.

C’était passionné.

Animal.

Vigoureux.

Brutaux.

Sauvages.

Pour moi, ce ne fut pas cette expérience que j’avais connue.

Je fus habitée par l’animal dès mon réveil, mais lorsque j’avais découvert mes proches baignant dans leur sang et morts, ma conscience s’était totalement éteinte.

Puis, j’avais fui.

Avec comme seul désir : celui de me nourrir.

Encore et toujours, en espérant que ma faim soit à jamais rassasiée.

Mais, elle ne le fut jamais vraiment.

Rien ne pouvait combler le vide.

Les manques étaient trop importants aujourd’hui.

Peut-être que cette nouvelle vie pourrait m’apporter ce qu’il me manquait depuis toujours.

Jetant un regard en direction de Nick, il était toujours inconscient.

Me redressant à l’aide de mon coude, je l’observais avec douceur.

Sa plaie au niveau de son cou s’était refermée.

Continuant de le détailler, sa peau commençait à se transformer.

L’affut de mon sang se propageait à présent en lui, rougissant ses veines et commençait à éveiller ses membres.

Ses pieds commencèrent à se remuer.

Ses mains se serrèrent pour s’agripper au drap.

Sa musculature se contractait.

Sa peau était brûlante.

La fièvre

Des goûtes de sueurs perlèrent son front et coulèrent sur ses joues.

Subitement, il se redressa, le visage transformé, les crocs dévoilés, les yeux d’un noir de jais, veineux au niveau de ses pommettes et de son front.

Il grognait telle une bête féroce, tandis qu’il se redressait pour chercher tout autour de lui à la recherche de sang.

Lorsqu’il remarqua ma présence, il poussa des grognements qui me firent tressaillir tandis qu’il me bondissait dessus.

Il ne me reconnaissait pas.

Il ne savait pas qui j’étais.

J’étais devenue une inconnue dans son regard.

Il n’était qu’un animal, désireux de se nourrir.

Plus personne n’existait pour lui.

Ni lui-même.

Ni moi.

Ni sa fille.

— Nick ? C’est moi.

Mon petit grognait et me dévoilait ses crocs.

Vivant sa toute première transformation en vampire, il était physiquement méconnaissable.

Le visage veineux au niveau des pommettes, les yeux noirs, les crocs sortis, il me dévisagea comme s’il me voyait pour la toute première fois.

Il était méfiant.

Doucement, je tendis la main vers lui pour le toucher, Nick m’attrapa le poignet avant de me plaquer contre le mur en grognant.

Je me transformais à mon tour, sa force était décuplée, mais la mienne était équivalente, voire supérieure. Avec sa main droite, il tenta de me frapper.

Je lui serrais sa gorge avant d’être celle à le coller au mur.

— Manger !

N’attendant pas plus longtemps et je récupérais la poche de sang que j’avais volontairement sorti au préalable. L’attrapant avec vigueur, Nick la mordit sans le moindre ménagement et dévora le contenu.

Il n’avait pas de retenue.

Il avait un besoin imminent.

Primaire

Animal.

Des images me revinrent en mémoire aussitôt et me secouèrent. Figée sur place, c’était comme si je me revoyais à ma transformation. Dès lors je me revis mordre mon père.

Ma mère.

Mon frère.

Mon beau-frère.

Ma sœur.

Ressaisis-toi, m’encourageai-je.

Nick continua de se nourrir, dévorant toutes les pochettes de sang qui se trouvaient à proximité jusqu’à être totalement satisfait au point de s’écrouler sur le lit.

Le sang sur sa bouche avait coulé le long de son torse, pour s’étendre sur les draps.

Le regardant, je vis son ventre se mouvoir au rythme de sa respiration.

Intriguée, je fronçais les sourcils tandis que son cœur battait dans sa poitrine.

Lentement.

Aussi lentement que le mien.

Mon Dieu, réalisai-je.

Il était réellement comme moi.

Pas totalement vampire.

Pas totalement humain.

Puis vint les tremblements, soudainement il avait froid comme s’il se retrouvait en plein extérieur, sous des rafales de vent glaçantes.

Lentement, je remontais la couverture pour le garder au chaud, quand brutalement il se tourna vers moi.

Les yeux exorbités par la peur.

Il était terrorisé.

Comme un enfant sortant d’un cauchemar horrible.

De ses grands yeux noirs, il me dévisageait comme s’il me voyait de nouveau pour la toute première fois.

— Nick, ne le laisse pas te posséder, lui soufflai-je via notre imprégnation pour que mes mots puissent mieux l’impacter

Il continua de me grogner, alors que je vins étendre ma main sur sa joue.

D’instinct, mon petit ami commença à me humer.

C’était ainsi que se faisait un premier contact entre vampires.

L’odeur était primordiale et essentielle.

Nous étions très proches de l’animal, mais voir l’amour de ma vie ainsi me serra réellement mon cœur.

— Tu as encore faim ? lui demandai-je.

D’un hochement de tête, il acquiesça, sans pouvoir formuler le moindre mot.

Il n’avait pas encore la capacité de s’exprimer comme il le désirait. Son regard anciennement océan était noir avec des lueurs rouge sang. Même ainsi, c’était le plus bel homme que j’avais jamais vu.

Du bout des doigts, il vint mettre sa main sur le bout de mon nez pour me le toucher avant de faire glisser son doigt sur ma lèvre. Naturellement Nick chercha mes dents et je n’eus qu’à lui mordiller le bout de son doigt ce qui parut l’amuser.

Je me tournai pour prendre une poche de sang restante et la lui donner. Aussitôt, il la prit dans ses mains et dégusta chaque goûte.

N’étant guère précautionneux, de nouveau des filets de sangs découlèrent le long de son menton. Mais cette fois-ci, son regard ne se détourna pas de moi. Il les avait figés pour me dévisager comme une créature étrange. Alors que d’une main, il tenait toujours fermement la poche de sang, avec l’autre il rechercha le contact physique.

C’était indispensable.

Presque vital.

Le lien entre le vampire et son créateur était primordial pour sa renaissance.

Il y avait un côté chaleureux à prendre soin d’un très jeune vampire, presque maternant. Ayant un lien particulièrement fort avec mon petit ami de base, je n’avais donc qu’à utiliser ma bienveillance et l’envelopper de toute mon affection pour l’aider au mieux.

La solitude d’un vampire nouveau-né pourrait être réellement destructrice. Je le savais d’expérience. Je voulais donc le garder près de moi le plus longtemps possible pour qu’elle soit en pleine capacité pour affronter sa fille et la ramener près de nous.

Et pour cela, il devait être en pleine capacité.

— Bon, me déclara Nick quand il eut fini.

Un sourire se dessina sur mes lèvres.

Même comme ça, il était mignon.

— Oui c’est bon, confirmai-je avec un sourire au coin des lèvres. Il faut que tu te reposes maintenant.

Pour l’apaiser, j’utilisais ma magie pour le faire sombrer dans un sommeil profond.

 

 

****

 

Emma

 

Tout mon corps était endolori comme si je m’étais faite rouler dessus par un train. Allongée, j’arrivais difficilement à bouger mes jambes et mes bras. C’était comme si mon corps était tout engourdi et que je me réveillais après des années de sommeil.

Non sans mal, je tentais de m’asseoir.

Regardant mes bras, il était toujours aussi marqué par ses veines rougeâtres qui étaient aussi étincelantes que des flammes durant un feu de cheminée.

Quelque peu perturbée par mon apparence, je me demandais à quoi je ressemblais réellement maintenant.

Sortant du lit non sans mal, je mis les pieds à terre et que je me redressais, je m’écroulais.

— Ah, soupirai-je.

Qu’est-ce que j’ai, bon sang ?

Des pas se firent entendre à l’extérieur de la pièce, ce qui me mit aussitôt en alerte. Levant les yeux, quelqu’un s’apprêta à ouvrir la porte, mais je l’en empêchais en tendant la main pour maintenir la porte fermée.

— Emma, ma chérie, laisse-moi rentrer c’est Lénora, s’exclama-t-elle de l’autre côté.

Reposant ma main, je relâchais ainsi la pression sur la porte et vis Lénora entrer le regard quelque peu en alerte. Elle jeta un dernier coup d’œil en direction du couloir avant de claquer la porte et de la fermer à clé.

— Aide-moi à me lever, soufflai-je tandis qu’elle s’approchait de moi.

Avec sa main, Lénora arriva avec aisance à me remettre sur pied.

Seulement, je dus m’accrocher à son cou pour ne pas m’écrouler sur le sol de nouveau.

— Je n’arrive pas à marcher, déclarai-je.
— C’est normal, je suppose, me souffla Lénora avant de m’aider à me rassoir sur le lit. Le déploiement de tes pouvoirs a demandé une très grande force et énergie, seulement tu as quelque peu puisé dans tes réserves durant ta transformation.

Mes mains semblaient elles aussi méconnaissables.

Le simple fait de respirer me paraissait différent.

Tout en moi avait changé.

Y compris ce que je ressentais à l’intérieur.

C’était comme si mes souvenirs, ce qui était autrefois important s’étaient éloignés pour se murer dans une pièce que je ne voulais plus jamais ouvrir.

Je voulais me déposséder de tout.

Le bien.

Le mal.

Pour être celle que je voulais être aujourd’hui.

Je ne porterai plus aucun fardeau, plus la moindre culpabilité, plus la moindre souffrance, plus la moindre entrave qui me contraignaient à contenir toute cette rage.

Je voulais être libre.

Totalement et entièrement libre.

— Tu as tué un homme tout à l’heure.
— Pas un homme, rétorquai-je en regardant Lénora. Un vampire. Le vampire qui a tué ma mère.
— Jamais, tu n’aurais…
— Ne me sors pas déjà ce refrain s’il te plait, l’arrêtai-je en la regardant avec agacement. Tu es dans quel clan exactement ?

Lénora eut un sourire triste tout en me regardant.

— Déjà une nuit transformée et tu n’es déjà plus la même personne aujourd’hui, s’en attrista-t-elle. Tu as donc fait ton choix ? Tu ne t’es même pas laissé le temps de réfléchir à ce que tu désirais vraiment ? Tu vas te contenter de suivre Gina sans savoir si cela te correspond réellement ?
— Gina m’a donné la liberté d’être, de faire et d’agir à ma guise. Elle m’a donné la chance de venger la mort de ma mère. C’est la seule chose que je souhaite retenir de tout cela, répliquai-je avec une fermeté certaine. Que valait ma vie avant tout cela Lénora ?
— Avant tout cela tu possédais ce que bien des personnes ont désiré avoir, mais n’ont jamais pu entrevoir dans leur propre foyer. Emma, ce n’est pas en oubliant qui tu étais que tu vivras mieux cette nouvelle vie. Crois-moi, nous avons tous essayé. Mais rien n’ôtera celle qui sommeillait autrefois en toi. Chacun de tes désirs contenus. Chacune de tes peurs passées. Chaque souvenir auprès de ces êtres que tu aimais par-dessus tout. Tu es toujours toi. Avec des pouvoirs surhumains.

Vigoureusement, Lénora resserra ses mains sur les miennes.

— Pars Emma. Pars d’ici. Rejoins ton père. Rejoins Anna. Ne laisse surtout pas le pouvoir des ténèbres t’anéantir et faire de toi ce que tu n’es pas. Tu n’as jamais rien eu de mauvais en toi. Je l’ai vu dès que mon regard s’est posé sur toi…
— Tu as vu quoi ? Mon cœur pur ? lui demandai-je avec une forme d’ironie. La pureté n’existe pas dans ce monde. Tu sais quand je l’ai vu ? Lorsque j’ai vu le corps sans vie de ma mère !

Lénora me dévisagea plusieurs secondes.

— Je suis entrée dans la tête de ce monstre et j’ai vu le plaisir qu’il avait pris à se nourrir de ma mère, à l’avoir tué ! Tu m’as dit toi-même avoir vécu l’enfer, pourquoi croire que le monde est bon ?
— Emma, se désola-t-elle.

Vivement je posais ma main sur sa joue. M’implantant dans son esprit, elle se rigidifia sous mon touché tandis que je me propulsais dans chaque souvenir, chaque parcelle de mémoire accessible.

— Arrête, souffla-t-elle avec douleur.
— Je perçois dans chaque fibre de ton être la cruauté que tu tentes de contenir à l’intérieur de toi parce que tu ne veux pas altérer ta personnalité, lui dis-je avec gravité tandis que je continuais de naviguer dans sa tête. Libère-toi de tout cela. Nous n’avons rien à prouver à ce monde. Nous pouvons être qui l’on souhaite réellement être !

Des centaines d’images défilèrent devant mes yeux, où j’avais la sensation de voir à travers ceux de Lénora.

Je la voyais, alors qu’elle était encore humaine, à subir les assauts, la violence de ses bourreaux.

Elle était ensuite étendue sur le sol, à quémander de quoi se nourrir, la pluie s’abattant sur elle, sans rien avoir pour se protéger de l’eau.

Elle portait physiquement les stigmates d’une existence douloureuse, ce qui me remua de l’intérieur.

J’aperçus, ensuite, Anna.

Seulement, elle n’avait rien avoir avec la jeune femme que je connaissais.

La cruauté était lisible dans son regard.

Elle semblait être possédée.

Volontairement, sa tenue était assombrie, avec un maquillage très sombre, qui donnait plus de noirceur encore à son regard.

Suite à cela, il y eut des morts.

Tellement de morts.

Lénora avait condamné tous les hommes qui eurent un impact dans son passé.

Elle les avait détruits.

Tous.

Un après l’autre.

Avec Anna, présente, simple témoin.

Je percevais l’ensemble de sa furie.

L’ensemble de sa rage.

Son besoin de sang.

Son désir de vengeance.

Son besoin de cruauté.

De tous les faire payer pour toutes les douleurs qu’elle avait subies.

Puis elle se retrouva seule.

Seule avec Nikolaï.

Je le vis en train de la violenter, de la brutaliser, de se montrer dur, de l’abimer psychologiquement, en essayant encore et toujours d’éveiller l’animal pour qu’elle ne soit rien d’autre que sans cœur.

La sensibilité qu’elle possédait lui paraissait comme étant une faiblesse.

Il ne le supportait pas, ainsi il l’avait brutalisé pour l’éteindre à jamais.

Ainsi, elle s’était murée à l’intérieur d’elle-même pour ne dévoiler que celle qu’elle devait montrer au reste du monde.

Froide.

Insensible.

Cruelle.

Obéissante.

— Arrête, je t’en prie, soupira Lénora la gorge nouée.

Ôtant ma main de sa joue, je ne pouvais détourner mon attention d’elle.

— Ne refais pas ça, m’exigea Lénora toujours tremblante.
— Ne vois-tu pas ? Il n’y a rien que l’on ne puisse pas faire maintenant, m’exclamai-je avec enthousiasme. Nous pouvons faire tout ce que l’on souhaite Lenny.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 2

 

 

Nick

 

J’avais froid.

J’avais chaud.

J’avais mal.

J’avais l’impression que l’ensemble de mon corps réagissait à une maladie.

Chaque fibre, chaque muscle, chaque parcelle de mon être était brûlante, comme si je me consumais de l’intérieur.

Mon sang était révulsé.

Je percevais absolument tout ce qui m’entourait.

J’entendais des voix de personnes qui n’étaient pas là.

Je percevais des bruissements, des pas, des craquements dans les murs comme si eux aussi étaient en éveil.

Ouvrant les yeux, je percevais une présence.

Mes narines me titillèrent.

C’était une senteur étrange.

Il y avait une fragrance de parfum, ainsi qu’une senteur de pêche, estival, comme une odeur marine, qui me donnait subitement l’envie d’être au bord d’une plage, les pieds dans le sable à apprécier la douceur du soleil.

Ce fut ensuite une autre senteur.

Quelque chose que je n’avais jamais senti.

De nouveau.

Dure.

Abrupte.

Sèche.

Âpre.

Je penchais ma tête dans cette direction et je reconnus naturellement Anna.

Elle était assoupie, la main reposant sur son ventre, et l’autre toujours vigoureusement accrochée à mon poignet. Déposant un baiser sur son front, elle se réveilla abruptement et me vit au-dessus d’elle.

— Tu es réveillé ? Réalisa-t-elle à moitié assoupie. Comment tu te sens ?
— Étrange, admis-je quelque peu perturbé. J’ai… faim.
— Ton appétit mettra du temps à se rassasier. Il va te falloir plusieurs jours, mais…

Je l’arrêtais subitement en mettant ses doigts sur ses lèvres.

En effet, maintenant que je m’étais focalisée entièrement sur elle, je me rendais parfaitement compte de la perfection de son apparence. Bien évidemment, je la trouvais déjà des plus séduisante avant, mais maintenant que je possédais des yeux quelque peu inhumains, je réalisais combien j’avais été aveugle jusqu’à maintenant.

Sa peau ne présentait aucun défaut.

Sa bouche semblait posséder une forme plus distincte comme si elle avait été dessinée à la main.

Et son regard était encore plus vert que ce dont j’étais habitué.

Encore plus profond.

Encore plus intense.

Encore plus fragile.

Mais par-dessus tout, j’y perçus une lueur que je n’avais jamais vu de toute ma vie.

C’était une lumière étincelante, profonde, éblouissante.

— Tu es encore plus belle que ce que je croyais, l’arrêtai-je sans pouvoir détourner mon attention d’elle.

Anna se mit à rire tandis qu’elle s’asseyait avant de caler son dos contre la taie d’oreiller.

— Lorsqu’un vampire nouveau-né voit pour la toute première fois, il trouve chaque chose encore plus belle. Parce que tu vois au-delà d’absolument tout, mais ça ne fait pas de moi une femme plus belle.
— Permets-moi de dire que tu te trompes, souris-je avec enthousiasme en m’avançant vers elle à quatre pattes avant de caler ma joue contre sa poitrine et de rester confortablement dans ses bras. J’ai encore faim.

Rien qu’en y pensant, je perçus des frétillements au niveau de mes pommettes et mes dents s’allongèrent pour percer ma lèvre inférieure.

Anna me donna trois poches de sang.

Dès que je les vis, je ne pus retenir mon besoin imminent de sentir le contenu. Il y avait quelque chose de tellement appétissant, de tellement désirable, de tellement perturbant, que soudainement je fis un bruit qui je ne reconnus pas.

C’était un grognement.

Guttural.

Animal.

Puis, je me jetais sans ménagement sur le sang.

Je déchirais avec mes crocs le plastique pour boire le contenu avec allégresse. À peine les premières gouttes vinrent titiller mon palet, je fus incontrôlable.

Je n’étais plus moi-même.

J’étais un animal.

Je n’arrivais plus à réfléchir.

La seule chose que je voulais c’était encore et toujours plus de sang.

Ainsi, dès que je l’eus fini, je me mis en en boire d’autres jusqu’à ce que je sois totalement repu.

Étonnamment, je me sentais vidé.

Vidé de toute énergie.

Me rallongeant sur le dos, je calais mes mains sur mon ventre et sentis de l’humidité. Baissant les yeux, je vis que j’étais plein de sang. Cette vision soudaine fut particulièrement horrifiante, ainsi je me redressais rapidement et cherchais un miroir pour me voir. Je tournais sur moi-même et découvrir une glace dans l’angle de la pièce.

Seule Anna était dans ce champ de vision.

Mais, je me décidais de faire un pas sur le côté pour m’entrevoir.

Je vis d’abord la moitié de mon corps.

Mes bras s’étaient élargis, comme si j’avais gagné en muscle.

Mon torse était imbibé de sang.

Je me décidais à montrer mon visage.

Et là ce fut le choc ultime.

Toujours transformé.

Ma barbe était pleine de sang.

Mes yeux étaient méconnaissables.

Ma mâchoire était déformée.

Je me regardais sans avoir la capacité de me reconnaître.

Ainsi, j’eus besoin de me toucher le visage pour être sûr que j’étais bien la personne que je regardais.

— Anna, soupirai-je avec une pointe de crainte.
— Tout va bien, me rassura-t-elle en s’approchant une serviette à la main humide pour m’essuyer le visage et le torse.
— C’était le sang de qui ? Paniquai-je. Je me nourris de qui depuis que je suis transformé ? Est-ce que quelqu’un a été tué ? Qui sont…
— Hey, calme-toi, me murmura Anna en posant ses mains sur ses pectoraux. Tu n’as fait de mal à personne. Concernant le sang que tu as bu c’est le sang cloné dont parler Ilena tout à l’heure.
— Je suis écœurant, réalisai-je effrayé.
— Non, non, m’assura Anna en prenant mon visage en coupe et en se collant tout contre moi.
— Je n’arrive pas à retrouver mon visage.
— Mon amour, c’est ça aujourd’hui ton visage. L’apparence humaine n’a pour but que d’attirer, attiser, provoquer le désir, et faire baisser les barrières pour que l’on ne représente pas le moindre danger.
— Mais, je fais peur…
— Je n’ai pas peur de toi. Tout comme tu n’avais pas peur de moi lorsque je me transformais devant toi, me rappela-t-elle. Tu n’es pas seulement un vampire aujourd’hui mon amour, tu es beaucoup plus. Tu es un vampire d’exception, tout comme moi et il va falloir que tu commences à apprendre comment te contrôler. D’abord nous allons commencer par ta soif. Ensuite ce sera voir ce dont tu es capable et dès ce moment, je t’apprendrai à manipuler l’ensemble de tes pouvoirs.

Apaisé et rassuré par la délicatesse et l’assurance dans ses mots, je fus subitement plus détendu. Ainsi, je fus surpris lorsque mes dents reprirent une apparence classique et que mes yeux retrouvèrent leur couleur océan. Un fin sourire se dessina au coin de mes lèvres tandis que je me touchais.

— Les émotions sont des déclencheurs de notre transformation, m’informa Anna. La colère. La tristesse. La peur. La faim. Le désir. Tout cela dévoile notre véritable apparence, tu vas donc être très souvent sujet à des transformations abruptes, mais tu les appréhenderas mieux avec le temps.
— Co… comment tu as fait toi… pour traverser tout cela seule ?
— Je n’ai pas forcément été le meilleur exemple à suivre, me dit-elle avec délicatesse. J’ai tué énormément de personnes juste pour assouvir ma faim pendant quelques heures. Durant ces instants, où j’étais moi, je ne comprenais pas comment j’avais pu faire toutes ces choses. Puis, la faim revenait encore et encore. Au point que ce moi ne soit plus qu’une petite voix dans mon esprit qui avait fini par être terrée au plus profondément de moi-même.
— Et tu l'as réentendu lorsque tu as retrouvé ton âme ?
— Disons que cette petite voix a repris le contrôle totalement grâce à mon âme. Mais je l’entendais par moment, lorsque Nina se plaignait de mes agissements. Dès ces instants, je retrouvais une once de conscience des choses et j’arrivais un peu à apaiser cette rage et colère constante. Le problème, c’est qu’au plus je me retrouvais comme celle d’autrefois, au plus c’était difficile pour moi de supporter de vivre dans cette peau. Mais, c’était trop difficile pour moi de supporter le poids de ma culpabilité, alors je finissais par renoncer.
— Jusqu’à ce que tu sois enfermé.

Anna approuva.

— Ça peut donc m’arriver ?
— Tout peut arriver, me déclara-t-elle.

J’aimais son honnêteté et en même temps je la redoutais profondément.

— L’important est de savoir quelle personne tu souhaites être. Tu peux être un vampire démoniaque. Un vampire sauveur. Ou bien tu es comme moi. Tu as conscience que tu possèdes une certaine monstruosité en toi, mais tu ne la laisses pas te posséder. L’important dans tout cela, c’est d’être conscient d’avoir de multiples facettes et d’agir comme tu le souhaites selon les circonstances.

Plongeant ses doigts dans mes cheveux pour me détendre, elle me massa délicatement la tête pour atténuer mes craintes et pour apaiser ma nervosité palpable.

— Aujourd’hui je suis en paix mon cœur, avec moi-même, avec mon passé. J’ai conscience que je ne pourrai jamais me séparer du poids de la culpabilité, alors j’ai décidé de faire le bien autour de moi, tout en sachant que ça n’effacera jamais mon ardoise. Alors peut-être que sans âme je redeviendrai un monstre, peut-être pas. Cette idée n’a eu de cesse de me hanter depuis toutes ces années, me déclara-t-elle. Et j’avoue que lorsque je devais m’en séparer, ma première peur était que je redevienne ce monstre sanguinaire, jusqu’à ce que j’aie une prise de conscience soudaine. Ce n’est pas mon âme qui me définit. C’est mon cœur. Les gens que j’aime, ce que je fais chaque jour.

Elle s’arrêta quelques secondes.

— Je suis en paix aujourd’hui. En paix avec mon passé.
—