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Qu'est-ce qui pourrait bien nuire à une relation amoureuse ? Un malentendu ? Une dette karmique ? Serait-ce une simple période de transition ? De synchronisation ? Et si la rupture était finalement une bénédiction ? Si tous les couples passent par des phases difficiles, la solution n'est pas toujours aussi évidente qu'elle n'en paraît. Faut-il faire le point ? Partir ? Rester ? Accepter l'évolution ? Se faire à l'idée que ce soit la fin ? Et si des créatures invisibles y étaient pour quelque chose ? Parfois, tout est fait pour que deux personnes ne se comprennent plus, comme c'est le cas pour Monsieur et Madame Perse... Alors qu'elle quitte l'appartement après une banale dispute, Line croise la route de Bolton, une créature à l'apparence humaine qui semble se trouver au bon endroit, au bon moment. Thérapeute des temps modernes ? Ange gardien ? Conscience universelle ? À travers les différents entretiens auxquels elle assiste, Line passe de la révélation au doute, avant de comprendre et d'accepter. Mais, est-il encore temps pour elle de sauver son couple avec sa chérie, la douce Éva avec qui elle partage sa vie depuis tant années ?
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Seitenzahl: 314
Veröffentlichungsjahr: 2020
Des Désirs et des Ailes.
Marie et Anne s'aiment.
Pour tourner à gauche, prenez à gauche!
Les aventures de Myrtille la Roukmoute vol.1 :
l'Oiseau magique.
Les aventures de Myrtille la Roukmoute Vol.2 :
Au pays merveilleux.
Timéo et les étoiles filantes.
Le Guide du Culot-Cataire
Merci à tout ce qui EST et qui réveille l'Amour. Vous vous sentez concernés ? Alors, prenez ce message pour vous ! « C'est tout ? Allez ! Un petit effort, Malika ! — Pardon ? Existe-t-il plus puissant et plus réel que le verbe « être » ? D'accord, je vais développer. Et non, ce n'est pas un effort. »
Un merci particulier à l'Esprit qui m'inspire continuellement. Merci à ma famille, merci à Céline, à mes animaux d'amour (TJ, Gullit, Mimine, Hirsute et Jessy), à Aurélie Guisiano pour ses nombreux talents (et aussi parce qu'elle est mon 4300), à Anne et Renome Limouzy, à Léa Donnat, à Madame Kourouma, mon mentor et amie fidèle, à Virginie Torres pour ses talents de relectrices/correctrices. Merci à tous mes amis : Sam, Mél, Annick, Alex, Jacques, Rudolph, Farcie, Pelata, Nelly et tous les autres... Et bien sûr, un tendre merci à Mélissa pour ses vibrations infinies.
Et puis... Spéciale dédicace à ceux et celles qui ne se comprennent pas.
Ne me demandez pas comment j’ai pu avoir l’idée de rédiger un livre comme celui-ci. Regardez plutôt autour de vous et dites-moi si vous n’avez jamais rencontré ou si vous n’avez jamais échangé avec quelqu’un qui vient de se séparer de l'être aimé. Peut-être alors avez-vous été témoin de la restauration d’un couple déjà établi ? Cette phase transitoire n’est pas non plus un événement anodin, à l’instar de ces périodes qui précèdent toute évolution, toute élévation vers un niveau supérieur.
En attendant, de l’hémisphère nord, au sud de la planète, chacun peut être concerné par ces situations, ma foi, pas toujours évidentes à gérer.
Et puis, n’est-ce pas l’un des thèmes les plus fréquemment abordés entre amis ? Et surtout, n’est-ce pas un sujet qui, lorsqu’il nous interpelle, nous met dans l’embarras ? Nous affecte intimement ? Personnellement, parmi les causes que je défends, celle-ci m’importe particulièrement. En effet, s’il existe certains procédés permettant d’évaluer la douleur, chacun d’entre nous la perçoit selon sa propre échelle, selon son propre seuil de tolérance. Et la souffrance liée à une rupture affective, à l’instar d’un deuil, peut rapidement se transformer en un véritable chemin de croix, semé d’atrocités.
De même, la restauration d’un couple déjà établi est une « épreuve », qui parfois nécessite l’intervention d’un tiers, à la fois extérieur et intérieur aux âmes réunies.
Mais que l’on soit « victime » d’une séparation ou le confident de cette âme torturée, il est souvent difficile de trouver les mots justes pour aider, à défaut de s’aider soi-même. Et ce, même si cette situation a un arrière-goût de déjà-vu, de déjà vécu… D’où cet impérieux besoin d’échanger nos tristes expériences entre amis ou collègues attentifs.
Lorsque nous sommes les acteurs d’une rupture affective, la première des réactions est l’étonnement, voire la stupéfaction. Je l’ai vécu moi-même. Parfois, l’instant s’apparente à un cauchemar duquel on tente vainement de s’échapper. Les pleurs, les larmes, les cris, le silence, le choc, toutes ces émotions se cristallisent et resteront omniprésentes durant le long chemin menant à la compréhension et à l’acceptation. Ces sensations exacerbées rendront difficile la prise de recul nécessaire à la guérison.
Pourtant, c’est exactement là que se cachent les prémices de la solution.
Chaque histoire d’amour qui se délite renferme les germes d’une compréhension plus large de soi-même et de l’autre. À ce titre, les explications, les raisons de cette « épreuve », même si elles sont enfouies au tréfonds de notre Être, constituent les bases précieuses d’une future renaissance.
Par ailleurs, certains couples déjà établis peuvent traverser des phases de réajustement, comme pour passer ensemble à un niveau vibratoire plus élevé, puisque l’Amour grandit et est infini. Il ne dort pas. Interviennent alors la restauration, la remise à niveau, l'alignement des vibrations, puis le sentiment partagé de complétude, celle à côté de laquelle certains couples seraient passés sans ce rappel à l’ordre, sans une prise de conscience d'un quelconque endormissement.
Quel plaisir alors de se (re) trouver, de vivre consciemment ces (re) trouvailles ! Quel bonheur de déguster ensemble les fruits de cette union dont les trésors se révèlent avec le temps !
Et puis, que dire de ces ondes mystérieuses et pourtant omniprésentes qui nous relient les uns aux autres ? N’avez-vous jamais constaté que le simple fait de penser ou de parler d’une personne aimée ou haïe lui intimait le besoin de nous contacter, de nous faire un signe ? À moins que cela ne soit la volonté de l’autre que nous captons de façon indicible ?
Serait-ce simplement le fruit d’un espiègle hasard ?
Ma rencontre avec MALIKA a débuté sous le signe de l'intrigue, de la curiosité habilement suscitée, mêlée d'une forme de sérénité sur fond de certitudes. Une rencontre qui a bouleversé mes habitudes, me poussant à réagir de façon totalement surprenante et déroutante. Pourtant, la confiance en moi et en mes actes était si solide que je ne me posais pas plus que cela de questions quant à ma façon subite de procéder. Comme si je savais...
Effectivement, le temps a donné raison à mes certitudes et je suis absolument ravie d'avoir écouté mon cœur, cet organe qui en réalité est « un outil formidable » d'aide au développement personnel pour qui sait l'écouter. Il permet de découvrir l'autre, d'aller à sa rencontre, de partager de beaux moments présents.
Le Dalaï-Lama disait que ce qui le désole le plus chez les êtres humains que nous sommes, c'est que nous sommes tout le temps en train de penser au passé ou au futur et que du coup, on a tendance à oublier complètement l'instant présent !
Je suggère aux lecteurs de Line Code ou l'étrange guide des relations amoureuses de se mettre en condition, la bonne condition pour entendre avec le cœur « le message universel » que MALIKA s'évertue à faire passer au travers des mots prononcés par les protagonistes de ce livre. Chaque lecteur trouvera en ces termes des résonances qui lui permettront de se les approprier, à sa façon. Les mots en question interpellent, provoquent et, parfois chamboulent !
À l'issue de ce voyage, vous aurez assurément une palette d'émotions, de prises de conscience, de remises en question et de questionnements, tout simplement.
Tout l'art de communiquer réside dans la capacité que le communicant a d'interpeller l'autre et, je pense que MALIKA est en train de faire émerger certaines vertus et tout le potentiel avec lequel elle est venue au monde. Oui, car je reste persuadée qu'elle est venue parmi nous pour prendre possession d'une place unique qui lui est destinée et dont elle ne saura plus jamais se départir à présent. On a tous une mission de vie à découvrir. Elle a eu l'audace et le courage de tout abandonner pour se draper de sa plume et de son esprit pour seuls habits. Aucune autre alternative n'était possible ! Elle sentit, comprit, au moment opportun, qu'elle devait enfin écouter les désirs profonds de son âme et accomplir sa mission de vie qui, à mon humble avis, est de donner à ses lecteurs de quoi travailler en profondeur « ce terreau » que chacun de nous garde au plus profond de soi. Parfois, on a comme un déclic qui s'impose à nous et nous dicte le chemin de notre vérité, celle que l'on doit entendre, accepter et vivre pleinement. N'oubliez pas : NOUS SOMMES TOUS UN.
Avec Des Désirs et des Ailes, MALIKA a réussi un tour de force absolument formidable, celui de démontrer qu'elle a « le cœur à la bonne place ».
Avec Line Code ou l'étrange guide des relations amoureuses, elle vous demande à vous, de prendre conscience à quel point vous pouvez vous aussi avoir « le cœur à la bonne place » ! Elle vous invite à entrer dans le jardin de votre âme et à avoir un peu de compassion pour elle (votre âme). De lui donner la qualité d'écoute à laquelle elle a droit pour cohabiter enfin avec vous dans l'harmonie, la paix et la joie. Car, vous le savez déjà : il n'y a pas de joie à être heureux tout seul !
Puisque MALIKA est enfin heureuse, elle a envie de partager avec vous sa joie.
Sa joie, elle la trouve dans ses écrits qu'elle vous offre. Des écrits qui vous scrutent tout comme ils vous sculptent. Des écrits qui vous permettent de découvrir votre vraie TONALITÉ.
Le secret de cette transmission, c'est qu'elle aime l'humanité sous toutes ses facettes, dans toute sa splendeur.
Elle vous transmet au travers de Line Code ou l'étrange guide des relations amoureuses quelques clés pour ouvrir certaines portes, pas toutes, mais une, assurément, celle de votre cœur ! Son message est simple : il faut savoir se dire des choses à soi, dire les choses à l'autre. Être capable de dialoguer en tout temps et tous lieux. Arrêter de se voiler la face pour connaître le bonheur, enfin !
À l'approche de la Saint VALENTIN, c'est, je trouve, un beau cadeau à s'offrir et, à offrir à ceux que l'on aime, car la vie n'est rien d'autre que : « donner et recevoir ».
Régalez-vous et soyez heureux avec MALIKA, une artisane du bonheur suffisamment généreuse pour plonger avec vous « au cœur » de sa destinée !
Merci à toutes et à tous.
AISSATOU KOUROUMA
Préface
Chapitre I : Deux cœurs, deux pierres
Chapitre II : Les lunettes spectrales
Chapitre III : La thérapie par le « JE »
Chapitre IV : Trois jours plus tôt
Chapitre V : Dévoilée
Chapitre VI : Restauration
Chapitre VII : Croire, voir
Si les moments partagés avec l’être cher sont censés représenter une source de bien-être, de sérénité ou encore de synergie, certaines relations peuvent se transformer en cauchemars lorsque le « NOUS » est affecté. Déceptions, peurs, pleurs, souffrances, trahisons, ruptures, divorces, malentendus, absence de confiance, jalousies, toutes ces caractéristiques appartenant aux relations amoureuses douloureuses ont un impact direct sur la qualité de vie d’une personne, quel que soit son sexe, quels que soient son attirance sexuelle et son âge, la poussant souvent à ne plus croire en elle, donc en l’autre, et parfois même en l’amour.
Mais les lamentations et le rejet total de la faute sur autrui n’ont jamais été une source de réussite et d’évolution. Au contraire. Un nouvel angle de vue s’impose alors, et c’est notamment à travers la formulation par le « JE » qu’un début de changement peut s’opérer.
Et si nous disposions de certaines cartes pour mettre un terme à des schémas qui se répètent ? Après tout, que signifie le mot « NOUS » ? Les couples utilisent ce terme à outrance, y compris lorsqu’ils expriment une pensée, cette activité cérébrale qui ne se pratique pourtant qu’au singulier. En réalité, ce pronom personnel appartenant à la première personne du pluriel est, à l’origine, la résultante de la somme des « JE » engagés dans une relation. Or, par définition, dans le calcul d’une somme, l’une des trois conditions fondamentales est que les objets ne doivent pas perdre leur individualité lorsqu’ils sont réunis. Ainsi, par analogie, nous pouvons envisager que le couple idéal fonctionnerait selon cette condition sine qua non.
A fortiori, que penser du fait que chaque protagoniste de la somme de « JE » + « JE », aurait une part de responsabilité dans ce qui arrive à ce « NOUS » qu’ils ont créé ensemble ? Ce serait fantastique. Non ? Oui, ça le serait, parce que non seulement cela sous-entendrait que chaque « JE » serait acteur d’une situation et non le spectateur impuissant qu’il croyait être jusque-là, mais cela signifierait aussi et surtout que chaque « JE » posséderait ou récupérerait enfin le pouvoir de changer les choses, à sa guise.
Finalement, le « JE » possède beaucoup de cartes.
Lui rendons-nous seulement le pouvoir de les utiliser ? La force de se révéler ?
Le jeu en vaut sûrement la chandelle.
Ce n’est que lorsqu’elle claqua violemment la porte, que Line réalisa ce qui venait de se passer sous ses yeux. Anesthésiés quelques instants plus tôt, tous ses sens étaient subitement en éveil, prêts malgré les faits, à croire que cette horrible scène n’était qu’un rêve, un cauchemar qui semblait bien réel, mais que le moindre bruit allait interrompre, avant que la merveilleuse réalité ne reprenne sa place. Si ce paradoxe parut vouloir persister dans son for intérieur, sa lucidité naturelle eut raison d’elle, si bien que dans les secondes qui suivirent la brutalité de son geste, elle ne put faire autrement que de se rendre à l’évidence. Non seulement elle avait mal agi, mais tout ce qu'elle vivait était bel et bien d'actualité.
Comme elle regrettait déjà ses actes, ses pensées et ses paroles virulentes !
Anéantie après avoir encore cédé ses pouvoirs à la colère, elle s'inclina devant son cœur, désireux et disposé à l'aider à corriger son erreur. Pour commencer, elle mit son ego sous silence. S'en suivit un nouvel état d’esprit qui la poussa à quitter précipitamment son appartement, avant de lui donner la force de partir en courant. Pas le temps d'attendre l'ascenseur. Déterminée à rattraper son amour et surtout son présent, elle emprunta les escaliers, dévala les marches à une allure sidérante, manquant à plusieurs reprises de tomber la tête la première. Après quelques minutes d'acrobaties en tout genre, elle atteint enfin le hall de l'immeuble, puis le trottoir qu'elle sillonna de son regard, avant de constater avec effrois que malgré tous les risques encourus et malgré tous les efforts fournis, elle était arrivée trop tard. Celle qu’elle appelait « sa moitié » avait bel et bien disparu de son champ de vision, tandis qu'en guise de cadeau d'anniversaire, le summum de la frustration s'offrait à elle.
Tel un Falconiforme affamé, la jeune femme guetta minutieusement les alentours, sans succès. Éva était introuvable : ni dans la rue principale ni dans les allées parallèles. Si Line était allée jusqu'à scruter l'intérieur d'une voiture qui démarrait sous son nez, le constat était sans appel. En une fraction de seconde, son amour s’était évaporé, volatilisé, évanoui.
Où alors, vibrait-il subitement à des fréquences trop élevées pour être perceptibles pour l’œil humain ?
Selon elle, la fin du monde dont tout le monde parlait était sérieusement en train de pointer le bout de son nez dans sa vie, faisant place au néant, seul résidu de ses années de vie commune qu'elle venait de partager avec celle qu’elle avait toujours aimée.
Après quelques heures passées à errer dans le quartier, ses pas traduisaient une fatigue accablante. Elle s'assied au bord d'un caniveau, avant de sécher les larmes qui se promenaient allègrement sur son visage défait par le manque et la culpabilité qui s'imposaient en elle.
Si les voitures la frôlaient, si les coups de klaxon retentissaient dans ses oreilles encore abasourdies par le bruit du verrou qu’elle avait prestement poussé dans sa fureur extrême, rien ne la faisait réagir. Les deux mains écrasant ses joues, elle prenait conscience que ce qu’elle redoutait de pire était en train d’essayer de la toucher de près, et ce, pile-poil sept ans après leur rencontre.
Avait-elle créé cette situation ? Sa conscience l'accusait sévèrement.
L’avait-elle seulement trop appréhendée pour finalement la provoquer ? Non. Naïve et victime de ses peurs, elle s’était selon elle simplement égarée, perdue dans son travail, prenant. Trop prenant...
La nuit commençait à tomber sur Bruxelles, la remuante et cosmopolite capitale de l’Europe, tandis que la solitude prenait de plus en plus de place dans le cœur meurtri de Line. Si un bref tour d’horizon lui permit, hélas, de confirmer qu’il était temps de se résigner et de rentrer au bercail, son appréhension dominait toute logique. Son regard perdu et désespéré continuait ainsi de s’acharner à balayer les ruelles à l’entour. Mais Éva n’était nulle part. En revanche, elle ne pouvait s’empêcher de remarquer douloureusement les heureux couples achevant leur promenade langoureuse, tendrement enlacés. Dans sa détresse, elle en arrivait presque à envier le « chien-chien » à sa maman se soulageant de sa dernière petite crotte de la journée, avant de se repaître aux côtés de ses maîtres.
Que n’aurait-elle pas fait pour retrouver son cocon, elle aussi ? Et pourtant, elle allait devoir se contenter du plateau de tristesse qui l’attendait et dont, les bras ballants, elle devinait l'amer contenu qu’elle tentait déjà de fuir, mais auquel son esprit abattu et déprimé allait finir par céder.
Avait-il quelque chose à lui révéler ? Désirait-il permettre à son âme d’accéder à un niveau vibratoire supérieur ? Était-ce tout simplement l’heure de gravir un palier ? Ou bien avait-il fallu attendre ce jour précis pour mettre un terme à une union jusque-là fluide et constructive ?
Si l’envie de crier son désarroi la poursuivait, aucun son ne parvenait à sortir de sa gorge. Le regard fixe, perdu dans le néant, elle demeura ainsi, perplexe et sans voix. Seuls les mouvements répétés de sa tête, frénétiques et incontrôlables, attestaient que la vie battait encore en elle. À sa droite, un vieux café aux couleurs sordides. À sa gauche, un quartier bourgeois à l’image d’un mouroir. Malgré des lieux terrorisants et repoussants, elle ne bougea pas. Et pour cause, l’idée de rentrer chez elle réveillait ses angoisses passées et c'était bien pire. Allait-elle résister encore longtemps à la fatigue morale devenue physique ? Quels choix s'offraient à elle à cet instant précis ?
Finalement, elle se leva, avant d'entreprendre une série de pas sans but ni fin. Vidée et désemparée par une conscience devenue accablante, rien ne semblait l’interpeller, hormis le bruit d'une voiture. Ayant repéré l'espace que la jeune femme occupait quelques minutes plus tôt, le chauffeur engagea une brusque marche arrière. Elle reconnaissait le véhicule, se demandant même si elle ne lui avait pas gardé la place ! C'était celui qu'elle avait scruté à son arrivée sur le trottoir. Doté d’un gabarit que ses yeux n’avaient jamais affronté d’aussi près, le 4x4 manœuvrant à ses côtés inspirait à la jeune femme un insolent sentiment de luxe, qui réveilla en elle une colère soudaine, se traduisant par une envie de rayer la parfaite peinture qu’un ouvrier avait dû laquer pour trois francs six sous.
Un homme sortit du bolide. Distingué, visiblement proche de la cinquantaine, son impassible froideur fit frissonner Line qui, sans savoir pourquoi, le suivit aussitôt. Ignorant le paramètre « discrétion » consensuel, elle le talonna jusqu’aux abords d'une vitrine a priori surprotégée par un code à reconnaissance vocale. Si la jeune femme restait aux aguets, l’homme la surveillait du coin de l’œil, avant qu'en personne expérimentée, il ne prenne rapidement la situation en main.
« Vous avez besoin de quelque chose ?
Line ne semblait rien entendre. En revanche, ses yeux fixaient sans relâche l’enseigne du bâtiment.
« La thérapie par le « JE » »
Le regard noir, elle fixa successivement l’écriteau et l’individu, avant d’interpeller le supposé propriétaire de ce lieu.
— Vous êtes thérapeute ?
— Pourquoi ? Vous en cherchez un ?
— Surtout pas. Ces gens-là s’enrichissent sur le dos des personnes fragiles et suffisamment mal dans leur vie pour succomber à un baratin qui n’a ni queue ni tête. Je les déteste ! L'homme observait Line avec insistance. Ses yeux devenus extrêmement brillants la déshabillaient de la tête aux pieds, avant de s’arrêter sur une cible perturbée et vulnérable : le cœur de la jeune femme. Si cette dernière ressentit instantanément le doux sentiment de compassion qui accompagnait le mouvement des cils de l’inconnu, elle refoula instinctivement ses émotions, avant de verrouiller son organe vital.
— Pourquoi me regardez-vous comme cela ?
— Comment, « comme cela » ?
— Vous croyez que votre richesse vous donne le droit d’exercer du pouvoir sur les autres ? De les juger ? De les « pseudo-guider » ? Tout ce que vous faites en embobinant ceux et celles qui viennent dans votre cabinet, c'est les détruire !
Les nerfs de Line étaient en train de lâcher, tandis que, plus expressifs que jamais, ses yeux diffusaient la puissante haine qui dictait son effroyable discours.
— Je déteste vraiment les personnes de votre envergure. Gardez votre pitié ! Vous êtes là à vous pavaner avec de belles voitures pendant que d'autres meurent de faim. Vous rentrez dans votre immeuble de bourge après avoir dégusté les mets qu'a confectionnés un talentueux, mais pauvre cuistot payé au lance-pierre ! Vous avez trompé votre femme toute la journée, mais vous êtes content de ronronner sous ses jupons parce qu'elle vous rassure. Et avec tout ça, vous osez donner des conseils aux autres ? Vous me donnez la nausée ! Avez-vous seulement conscience que vous détruisez des gens à longueur de journée ? Parce qu’il est là le véritable résultat de votre triste métier !
Les joues rouges de colère, la jeune femme crachait son venin avec un aplomb déconcertant, tandis que les larmes qui coulaient sur son visage associées aux trémulations de ses mains excitaient l'empathie du thérapeute.
— Vous tremblez comme une feuille. Calmez-vous, lui intima-t-il avec fermeté.
— Me calmer ? Je n’en peux plus ! Je veux crever ! Vous comprenez ce que cela veut dire ?
— Pour l’amour du Ciel, détendez-vous ! Venez, je vous invite à dîner. Je suppose que vous n’avez pas mangé ? N'est-ce pas ? Insistait-il.
En guise de réponse, Line eut un relent de nausée, avant de cracher au milieu du trottoir.
— J’en ai marre de cette vie de merde ! J’en ai marre ! Hurlait-elle au cœur de ce quartier habituellement calme. MARRE ! MARRE ! ET MARRE ! Continuait-elle avant de s’effondrer sur les genoux.
— Venez.
La sachant à bout de souffle, l'homme l'aida à se relever, avant de la prendre dans ses bras. Les frottements de ses mains chaudes et fermes apaisèrent aussitôt la jeune femme, enfin disposée à recevoir cette aide visiblement tombée du Ciel.
— S’il vous plaît, relâchez-vous. Je suis là, ne vous inquiétez pas. Que diriez-vous pour commencer, d'une bonne tasse de thé ? Cela vous fera le plus grand bien.
Si Line reprit peu à peu ses esprits, elle devint muette. Les yeux embués de larmes, elle se figea, comme si la crise qu’elle venait de traverser l’avait vidée ou lui avait apporté la paix soudaine dont elle jouissait à présent, tel un bébé repu par la tétée maternelle trop longtemps attendue.
Et après quelques minutes d'un silence absolu, son âme s'exprima enfin.
— Je ne veux pas rentrer chez moi. S'il vous plaît, faites quelque chose...
Ces mots sortis du cœur mirent l’homme dans une situation inconfortable.
— Pourtant, il va bien falloir franchir le cap, mademoiselle, soupira-t-il avec tendresse, lorsque, contre toute attente, Line se jeta à ses pieds, empoignant fermement son mollet gauche. Je vous en prie, redressez-vous. Nous allons trouver une solution. Je vous le promets.
— Une solution ?
Si ce dernier mot venait de faire machinalement écho en elle, la jeune femme se leva lentement, le regard livide, voire effrayant, ou peut-être même empreint de folie. C'est alors que, telle une coquille vide, elle sortit de sa poche une boîte de pilules, avant d'en ingérer deux d’un coup.
— C’est quoi, ça ?
— Ne vous inquiétez pas, ce sont des tranquillisants à base de plantes. C’est inoffensif.
— Comment vous appelez-vous ?
— Line.
— Enchanté. Moi, c’est Bolton. Écoutez-moi, Line. Il faut affronter votre peur. Ne la laissez pas vous dépasser et encore moins prendre la place de la sérénité et de la confiance, ces graines qui sont en vous, ces fruits qui sont vous.
— Je ne peux pas. Je ne veux pas. Si... Je veux, mais je n'en peux plus...
Conscient de son degré de souffrance et surtout de son réel aveuglement, c'est avec un sérieux, et une sensibilité extrême que l'homme enveloppa sa protégée dans ses bras, avant de s'imposer, l'invitant à boire un verre, et surtout à exorciser ce mal-être qu'il percevait puissamment. Pour cela, il avait choisi un endroit ni chic ni rétro : le Quitus, ce bar doté de vertus miraculeuses, et pourtant si peu fréquenté, par ignorance.
En chemin, Line semblait se détendre peu à peu, retrouvant progressivement la quiétude qu'elle avait perdue il y a maintenant longtemps, trop longtemps. Son œil s'était-il enfin ouvert ? Après quelques pas seulement, sa lucidité prit le relais sur sa colère, tandis que son visage retrouvait aussi ses couleurs d'antan, vives et naturelles.
— Je suis désolée, je ne sais pas ce qui me prend. Je crois que je suis en train de devenir complètement cinglée. J'ai tellement mal !
— Ça va aller, la rassurait-il.
Le café était si chaleureux que Line s’y sentait presque bien, au détail près que les clients qui s'en allaient bras dessus bras dessous la poussaient à les envier plus encore que le « chien-chien » à sa maman observé plus tôt.
— Pourquoi dites-vous que vous êtes en train de devenir folle ?
Le serveur arrivant précisément au moment où Line allait répondre, Bolton la coupa dans son élan.
— Nous prendrons deux thés, s’il vous plaît. Je vous en prie, expliquez-moi.
— Cela fait quelque temps que ça dure. Je fais des cauchemars atroces. J’ai l’impression que je fous tout en l’air, que je détruis tout ce que je touche et que je veux faire fuir tous ceux que j’aime. Et pourquoi ? Pourquoi, d’après vous ? Je vis dans le paradoxe le plus total en aimant et en cherchant à détruire. Par moments, j'ai la sensation d'être habitée par une personne qui me pousse à mal agir. Rien n'est... Je ne sais même pas comment dire. En tout cas, c'est pas moi tout ça, je vous assure ! En fait, rien n'est harmonieux. Oui, voilà, c'est exactement ça ! Il n'y a aucun rapport entre ce que je désire être et ma vie actuelle. Pourquoi ? Pourquoi ? C'est horrible.
Bien qu'étranges, ces complexes aveux ne perturbèrent en rien Bolton, pour qui ces confidences ne semblaient même pas être un secret.
— Vous paraissez épuisée.
— Je le suis.
— Il faut pourtant vous ménager.
Soumise à une culpabilité intense depuis le début de ses échanges avec cet inconnu, Line se contentait de compresser sa tasse, bientôt vide, mais mystérieusement toujours aussi brûlante. Les yeux larmoyants, elle ne put résister à ses pensées, et surtout celles qui faisaient référence aux multiples remarques et avertissements d’Éva.
— Il est tard, intervint l'homme après plus d'une heure d'écoute active. Vous devriez aller vous reposer un peu. Passez me voir à mon cabinet demain matin.
Paniquée à l'idée de se retrouver seule, Line se mit à nouveau à trembler de tous ses membres.
— S’il vous plaît. Ne m'abandonnez pas.
— Je ne vous « abandonne » pas.
— Je ne veux pas rentrer chez moi. Ne me laissez pas comme ça. Je vous en supplie.
Le visage crispé et la gorge nouée, elle explosa en sanglots.
— J’ai peur. Je ne veux pas rester seule dans ce grand appartement. S’il vous plaît...
Inquiet, Bolton prit des dispositions fermes. Il glissa ses mains dans ses poches d'où il sortit deux cailloux gris.
— Prenez ceci, Line. Lorsque vous serez au lit, prête à vous endormir, serrez ces deux pierres dans vos mains et maintenez-les fermement. Ensuite, visualisez un point fixe, si possible, lumineux, puis, sans bouger la tête, observez-le monter en direction du plafond. C'est entendu ?
— C’est quoi cette histoire ?
— Ne posez pas de questions et faites ce que je vous dis. Focalisez-vous sur ce point situé juste en face de vous et laissez-faire. Vous n'êtes pas seule, ça aussi je vous le promets, ajouta l'homme avant de serrer sa créature dans ses bras.
La bienveillance de Bolton étant à présent évidente pour elle, Line s'inclina.
— Je vais le faire, vous en avez ma parole.
— Très bien. Alors, gardez-les avec vous et venez me voir demain matin à huit heures précises. D’accord ?
— Oui.
— Et surtout, n’oubliez pas de me rapporter les pierres.
— Promis !
— Parfait ! Maintenant, où habitez-vous ?
— Qu’est-ce que ça change ?
— Vous ne croyez tout de même pas que je vais vous laisser ici ? Je vais vous ramener chez vous. Il n’est pas prudent pour une jeune femme de rentrer toute seule à une heure si tardive. »
Lorsque Bolton posa la monnaie sur la table, sa protégée en profita pour glisser les pierres dans sa poche, avant de grimper dans le véhicule de son chauffeur improvisé. Comment est-ce que la voiture s'était retrouvée là, à la sortie du Quitus, et comment avait-elle pu regagner son domicile en une fraction de seconde étaient des questions qui, dans sa préoccupation extrême, ne lui avaient même pas effleuré l'esprit... Et pourtant...
En attendant, les moments qu’elle venait de passer avec l'étranger l’avaient tellement apaisée qu'elle s’engouffra dans son lit sans même prendre la peine de faire sa toilette... Sans plus attendre, elle serra fermement les cailloux dans ses mains, comme le lui avait recommandé le thérapeute. Impatiente et nerveuse, elle ferma les yeux, tentant de s'évader, lorsqu'elle se vit transportée dans un champ, chaussée de sabots, et empruntant un chemin incertain…
Ses pas frôlaient des gravats, tandis que le claquement de ses chaussures de bois retentissait, pareils à ceux des chevaux. Si elle marchait sans savoir où elle allait, elle comprit immédiatement qu'elle venait là de faire un voyage dans le temps, peut-être même hors du temps, atterrissant dans une époque dont elle ignorait tout. À l’horizon, ni lumière ni maison avoisinante. Soumise à une totale obscurité, rien ne la guidait, si ce n'est les cailloux qu’elle foulait de ses pas, et qui semblaient dessiner le chemin qu’elle devait suivre.
Après quelques centaines de mètres, ses intestins se mirent à mouliner bruyamment les restes de son repas du midi, certainement à cause de la peur qui commençait sérieusement à l’envahir. Un peu plus loin, elle aperçut un écriteau. Celui-ci pourrait sans doute lui donner des indications précieuses quant au lieu où elle se trouvait. La jeune femme prit son courage à deux mains pour l’atteindre au plus vite, lorsque, tel un mirage fugace, le panneau disparut aussi promptement qu’il avait surgi.
Les mains tremblantes et le visage subitement pâle, elle tendait à désespérer, tandis que ses yeux pétrifiés confiaient à ses oreilles la lourde responsabilité d’identifier le moindre souffle pouvant rôder autour d’elle. La route lui paraissait interminable. Elle grimpa des collines, puis s’enfonça dans des sentiers perdus jusqu’à ce que la fatigue doublée d’une lassitude extrême la fît s’écrouler au pied d’un arbuste. Harassée et guère rassurée, elle décida de s’abandonner quelques instants dans les bras de Dame Nature, sans céder pour autant au caprice de ses paupières devenues lourdes.
Au bout d’un court instant, elle se releva tant bien que mal, avant d'oser passer la tête à travers les branchages d’une haie défraîchie par les intempéries. La lumière renvoyée par la Lune lui révéla les remparts d’un château gardé par des soldats aux visages peu commodes, ce qui la fit sursauter d’angoisse. Elle recula lentement, à moitié cachée par la broussaille, mais ses membres la trahirent soudain. Les jambes en coton, elle ne put en effet avancer d’un millimètre.
Elle resta immobile un moment, avant qu’un cri épouvantable ne la fît violemment bondir de sa cachette. Terrorisée par les hurlements d’une jeune femme que des bourreaux traînaient par les cheveux, elle ne sut quelle direction emprunter pour fuir ce lieu aux pratiques barbares. Son instinct ayant subitement prit le relais sur la peur, elle s’engagea sur une route a priori déserte.
Ce qu’elle découvrit en chemin lui fit atteindre les sommets de l’horreur. Des corps flottaient, suspendus à des branches hideusement courbées par le poids des cadavres. Les odeurs fétides qui se dégageaient de toutes parts donnèrent à la jeune femme de violentes nausées. Pendues, brûlées, clouées, rongées par les vers ou encore déchiquetées par les corbeaux, ces dépouilles d’hommes et de femmes semblaient avoir subi des tortures inimaginables avant de succomber à leurs blessures. Pour quelles raisons ? Dieu seul le savait !
Face à ces corps inanimés qui gisaient dans les arbres, l'étrangère porta sa main à la bouche pour ne pas hurler d’épouvante, tandis qu’une force insoupçonnée la poussait à courir à une vitesse qu’elle n’aurait jamais imaginé atteindre. Après quelques kilomètres, elle reprit son souffle non loin d’une mare où quelques batraciens ignobles avaient élu domicile. Elle sillonna du regard les environs, lorsque quelque chose paraissait se modifier progressivement autour d’elle.
Étaient-ce les arbres ? Était-ce le ciel ? Non, c’était le Temps. Il semblait s’être avancé de plusieurs siècles. Et pour cause, l’environnement venait d'évoluer sous ses yeux. La topographie lugubre des lieux, l’ambiance sordide, les odeurs nauséabondes venaient de faire place, en quelques secondes, à un endroit accueillant et lumineux. La jeune femme se trouvait à présent dans un bois visiblement entretenu. Au loin, une maisonnette, certainement habitée. Si Line s’en approcha lentement, les ronflements qu’elle perçut, provenant de l’intérieur, la freinèrent.
Depuis les rares fenêtres qu'offrait l’habitation, la jeune femme put entrevoir la silhouette d’un gros chien qui montait la garde. Quel sacré molosse ! pensait-elle en son for intérieur. Pourtant, lorsqu'elle s'en approcha, la créature ne semblait pas réagir à sa présence. Les yeux rouges et la robe blanche, le gardien de ces lieux n’avait finalement rien d’effrayant. Au contraire, l’ayant remarquée, il eut l’air de l’inviter du regard, de façon bienveillante.
Elle contourna la petite maison, avant de découvrir une porte vitrée à travers laquelle elle pouvait distinguer quelques meubles anciens. À l’intérieur, aucun habitant, mais un son sourd et récurrent sortait des machines insolites qui travaillaient de manière autonome. Intrépide, elle tenta de forcer l'entrée, lorsqu'une petite clé tomba à ses pieds. Elle s’en saisit, puis se dirigea vers la porte principale.
Outre le grincement strident qui la fit sursauter, la première impression qu’elle éprouva fut la stupeur. Comment une petite maisonnette pouvait paraître si immense de l’intérieur ? S’en suivit un net sentiment de déjà-vu. En effet, Line avait l’impression de connaître parfaitement les lieux. Comme un zombie guidé par son subconscient, elle s’approcha d’une commode accolée à la porte de la cuisine. Intriguée, elle en ouvrit machinalement le premier tiroir et en sortit un manuscrit jauni par les années. Bien que détachées, les pages vieillies ressemblaient à un journal intime oublié. Aussi, elle hésita quelques instants avant de les parcourir. Elle se tourna vers la fenêtre pour s’assurer que personne ne l’observait, lorsqu'un coup de vent balaya soudainement les feuilles qu’elle s’empressa de ramasser.
Dans sa précipitation, elle survola quelques mots alléchants, tandis que sa curiosité grandissante lui suggéra de ne pas en rester là. Laissant de côté ses maigres remords, elle permit à sa petite voix intérieure de lui murmurer que ces écrits lui étaient bel et bien destinés.
La tentation de déchiffrer le contenu du manuscrit devint alors un devoir.
À présent assurée que ce dernier contenait un message fondamental, Line s’imaginait avoir découvert la piste d’un véritable trésor.
« Barbazan, le 7 avril 1533
Dieu leur a donné un esprit d'assoupissement, des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne point entendre, jusqu'à ce jour. N’oublie pas ; Parce que tu m'as vu, tu as cru ? Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru. Ta mamie qui t’aime. »
À la lecture de cette entrée en matière, Line eut la chair de poule. Était-il nécessaire de poursuivre au-delà de cette première page ? Ces phrases ô combien déconcertantes troublaient profondément l’indiscrète aventurière. Ses jambes tremblaient et des sueurs froides parcouraient son visage.
« Tu devrais continuer… »
La voix qui prenait le pas sur le pesant silence donna à Line l'envie de prendre la fuite.
« Continue. N’aie pas peur… »
Dépassée par sa curiosité, la jeune femme passa précipitamment à la seconde page, constatant avec joie que les premiers mots étaient plus rassurants que la préface. Le manuscrit semblait avoir été écrit comme une confession, tandis que les nombreuses traces de gomme démontraient des hésitations flagrantes.
« Le 8 avril 1533
Seule face à mon désarroi, j’ai besoin d’être guidée. Dois-je renoncer à ce cadeau empoisonné ? Dois-je l’honorer ?
Lorsque je repense aux propos de mon arrière-grand-mère, mes doutes s’estompent. Protecteurs et généreux à la fois, ils ne peuvent être que bienveillants.
Mais pourquoi m’a-t-elle fait ce présent ? Pourquoi ? Et pourquoi m’a-t-elle précisément choisie pour être la nouvelle héritière de cette immense maison ? Je n’en veux pas ! Ce domaine ne m’a jamais trop inspirée et elle le savait. Pourquoi donc a-t-elle autant insisté pour me le céder ? Je suis maintenant la seule à détenir la clé de ce que mamie appelait « son trésor », et je ne sais pas quoi en faire. C’est triste, non ? Ses propres mots couchés sur le papier résonnent encore en moi.
« Je préfère finir mes jours en maison de retraite, alors je te confie ma demeure, ma fille. Tu es la seule à m’avoir toujours comprise et je ne veux personne d’autre que toi dans mon univers. Surtout, n’oublie pas de me rendre visite une fois par semaine… »
Dois-je faire un effort et me surpasser pour honorer ce lègue ? Sans doute. Mais il faudrait au moins que je parvienne à visiter ce lieu qui m’inspire tant de craintes. »
« Le 9 avril 1533
La traversée du salon fut toute une épreuve. Après avoir effectué « le tour du propriétaire », l’idée de tout devoir rénover m’effare. Entre les chambres envahies par les toiles d’araignées, le grenier rempli à ras bord et les meubles usés de toutes parts, je me demande sincèrement comment je vais m’y prendre pour redonner un coup d’éclat à cette maison si défraîchie. Il était 11 heures du matin quand je me décidai à rendre visite à mon aïeule. À mon arrivée, mamie m’accueillit d’un « Bonjour ma fille » un peu obséquieux, mais surtout taquin. Malgré ses 101 ans, elle conserve un dynamisme et un esprit d’à-propos surprenants. Elle se leva et me tendit sa main, fragile et ferme à la fois.
« Tu prends bien soin de ma maison, ma chérie ?
