Mais où pousse l'argent ? - Louise Parde - E-Book

Mais où pousse l'argent ? E-Book

Louise Parde

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Beschreibung

Où pousse l'argent ? Finalement... Qu'est-ce que l'argent ? Les bitcoins en sont-ils vraiment ? Et d'où vient l'argent que les banques nous prêtent ? Est-ce le leur ? Le nôtre ? Pourquoi continue-t-on de leur en donner après toutes les bêtises qu'elles ont faites ? D'où vient-il ? Et d'ailleurs... que font-elles vraiment ? D'où vient celui que les Etats reçoivent quand ils appellent au secours ? Qui répond à leur appel ? Vous aimeriez connaître la réponse à ces questions, mais vous n'avez pas prévu de bloquer les trois prochaines années pour passer une licence d'économie ? Bonne nouvelle, vous êtes normal !

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Seitenzahl: 183

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Sommaire

AVANT DE COMMENCER

Gigot, Haricots, Eco

VARIATIONS SUR L’ARGENT (

LE NÔTRE

,

LE LEUR

,

L’INVENTÉ

, …)

Genèse de l’oseille

Panique au bureau de change

La force des (devises) faibles

6,55957

Croître ou ne pas Croire (le PIB) ?

Dette Publique Y a un Hic ?

Trop, c’est trop mais c’est pas tout

Politique Fiscale, Triviale ?

Politique Monétaire, Élémentaire ?

L’inflation La vie n’a pas de prix

Un peu d’inflation, ça va ; Beaucoup, bonjour les dégâts

Décrypter les bitcoins

LES BANQUES, CES MÉCONNUES

Banques commerciales - Un rendu pour un prêté

Ma banque peut-elle se planter ? (Risque de solvabilité)

Les banques, jusqu’à plus-soif... (Risque de liquidité)

Banques Centrales - Ça coule de (la) source

Petits arrangements entre amies

Petites arnaques entre amies - Le scandale du Libor

Recule, Recule... Les taux négatifs

On inspire, on s’étire, et on tient... Le QE

SEULS AU MONDE ?

Balance des Paiements Tout Compte Fait

Allez vas-y ! Balance (des Paiements) Tout !

Les Réserves Officielles : des Noisettes pour l’Hiver

Comment (et pourquoi) attaquer une devise ?

Allô Houston ? Passez-nous Washington ! (le FMI)

Qui e(s)t Qui fait Quoi ?

Bâle, Basel, Basilea ! 3 minutes d’arrêt !

AVANT DE NOUS DIRE ADIEU.

Terminus ! Tout le monde descend !

RÉFÉRENCES

AVANT DE COMMENCER ...

Gigot, Haricots, Eco

Ce n’est pas que j’aie l’esprit de compétition – tant que je suis la meilleure – mais je trouve tout de même vexant que seuls trois Français aient été honorés du « Prix Nobel d’économie », contre 54 Américains. Gérard Debreu, Maurice Allais et Jean Tirole ont reçu cette distinction en 1983, 1988 et 2014 pour leurs travaux sur La Théorie de l’Équilibre Général et Partiel, et l’Organisation Industrielle. Je ne vous ferai pas l’insulte de vous rappeler de quoi il s’agit, d’autant que je n’en sais rien. Vous me direz que les Américains sont plus nombreux que nous, ce qui est vrai, et qu’ils gagnent régulièrement le prix en groupe1, ce qui n’est pas faux non plus, mais comparativement, nos performances en la matière ne sont pas glorieuses : 18 fois plus de récompenses pour eux alors que leur population ne représente que quatre à cinq fois la nôtre. Pour votre information, sur la même période2, nos athlètes sportifs ont remporté 128 médailles d’or aux Jeux Olympiques contre 591 pour les États-Unis, soit un rapport beaucoup plus honorable de 4,6. Ce qui montre bien que quand on veut, on peut. Et que quand on n’a pas de tête, on a des jambes.

Si j’étais mauvaise joueuse je dirais que faire ce genre de comparaison est stupide ; mais je ne le suis pas. Je serais mesquine si j’ajoutais que cette rivalité est d’autant plus vaine que le « Prix Nobel d’économie » n’existe pas. Ce qui existe, c’est le « Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel », créé en 1969, alors que les « vrais » Prix Nobel ont été instaurés en 1901. Ajoutez quelques parenthèses ici et là, inversez un ou deux mots, et vous obtenez alors ce que vous pouvez faire passer pour un « vrai » Prix Nobel d’économie. Sauf que ce n’en est pas un, contrairement aux Jeux Olympiques. Je sais, je me répète. Mais je ne suis pas mauvaise joueuse.

Les Français ne s’intéresseraient pas à l’économie ? J’ai du mal à le croire ! Ils adorent se retourner la cervelle à propos de tout et n’importe quoi. Qu’il s’agisse de philosophie, de culture ou de débats citoyens, tout est prétexte à les entraîner dans de vastes réflexions-disputes (concept que nous avons tous expérimenté à la faveur d’un repas familial). Et quelle discipline permet de se chatouiller le neurone mieux que l’économie (à part la physique quantique, bien sûr) ?

Ce n’est pas faute de mettre le sujet sur la table. L’économie nous est servie sur un plateau tous les jours dans les nouvelles parce qu’elle fait partie de notre vie quotidienne. C’est d’ailleurs de là que vient le mot : « oikonomía » signifie « administration du foyer » en grec ancien. Le mot a dû disparaître dans la version moderne de leur langue. Quoiqu’il en soit, dans la nôtre, l’économie regroupe pléthore de disciplines différentes (politique, sociale, …), et un bon paquet d’écoles de pensée (classique, néoclassique, marxiste, marginaliste, …) qui expliquent toutes un bout du problème, rarement de la même façon, mais toujours « en théorie ».

C’est tout le charme de l’économie qui décrit des phénomènes à propos desquels personne n’est d’accord dans des conditions totalement abstraites et improbables parce que personne n’habite en Théorie, là où, comme le faisait remarquer le regretté Pierre Desproges, tout se passe bien. Le fait est que certaines démonstrations rappellent étrangement nos jeux d’enfants : On dirait que tout le monde déclare ses revenus3. Super ! Et on dirait aussi qu’on est des chevaliers !

L’avantage de la théorie, c’est qu’on peut utiliser toutes sortes d’hypothèses plus ou moins fantaisistes et plus ou moins constantes. L’une d’entre elles voudrait que nous soyons des êtres rationnels et n’achetions que ce qui nous est utile pour peu que le prix soit convenable. Les économistes sont manifestement des hommes célibataires qui n’ont jamais ouvert la penderie d’une femme après les soldes. Mais ne leur jetons pas la pierre. Eux au moins ont le mérite (d’essayer) d’expliquer ce qu’il se passe. Sans hypothèse, pas de théorie, ce qui serait franchement dommage.

Cet ouvrage n’a pas pour vocation de passer en revue les différents courants de pensée ni d’explorer l’histoire de cette science dite lugubre (par l’économiste Thomas Carlyle que le temps pluvieux de l’Écosse devait déprimer). Mon but ici est de vous parler de l’économie de tous les jours, celle qui nous concerne et impacte nos vies. Celle dont on nous parle à la télévision – à condition de regarder les actualités ou un programme un minimum orienté sur le sujet, ça ne vous aidera pas à comprendre les Feux de l’Amour (rien ne le peut).

Vous ne décrocherez peut-être pas le prochain Nobel d’économie – si c’était le cas, croyez bien que je serais très fière de vous et m’empresserais, sur simple requête de votre part et sur présentation de votre ticket de caisse, de modifier les premiers paragraphes de ce chapitre – mais vous pourrez enfin apporter votre contribution éclairée au prochain dîner-pugilat à la maison.

Avouez que vous en rêvez !

1. Le « Prix Nobel d’Economie » ayant été décerné pour la première fois en 1969, cela fait un total de 48 prix distribués à fin 2016. Mathématiquement, celui-ci est donc régulièrement attribué à plusieurs personnes en même temps.

2. À peu près, la période couverte ici est 1968-2016. Je dis ça pour les fans de sport qui voudraient vérifier par eux-mêmes.

3. Note aux contrôleurs fiscaux : je dis ça pour les autres. J’ai toujours déclaré les miens en toute transparence. Pour tout vous dire, j’en ai même déclaré trop en 2002.

VARIATIONS SUR L’ARGENT

(le nôtre, le leur, l’inventé, …)

Genèse de l’oseille

On considère en général qu’il vaut mieux commencer une histoire – quelle qu’elle soit – par le début plutôt que par la fin, n’en déplaise à ma chère maman qui a l’étrange habitude de toujours attaquer un livre par les dernières pages (puis de reprendre aux premières, elle ne le lit pas à l’envers). Dans le cas présent, et pour lui rendre hommage, j’avoue avoir été tentée de le faire, mais cela aurait donné quelque chose comme « Terminus ! », ce qui est assez logique mais pas hyper explicite. J’opterai donc pour la méthode traditionnelle et commencerai par le début, ou la base : l’argent.

Tout le monde le sait, l’argent ne fait pas le bonheur. Son absence non plus, même si personne ne juge bon de le préciser. Disons que c’est quand même plus pratique d’en avoir que pas. Dans notre monde meurtri par les crises à répétition, et en quête d’un retour à des valeurs ancestrales, on voit de plus en plus fleurir des foires au troc et autres sites d’échange comme autant de radeaux de survie dans un océan infesté de requins financiers.

Même si ces séances de troc ne sont jamais que l’échange de deux choses dont les propriétaires respectifs ne veulent plus, soyons ouverts d’esprit.

Vous passez à la boulangerie prendre votre baguette pour le soir. Dans un monde où l’argent n’existe pas, vous devez trouver quelque chose à donner en échange à votre boulanger. Si vous êtes producteur de tomates, que c’est précisément ce qu’il avait envie de manger ce soir et que, gros chanceux, aucun autre producteur de tomates n’est passé avant vous aujourd’hui, vous pouvez repartir avec votre baguette. Fantastique ! Et demain ? Notre ami boulanger ne va pas se farcir des tomates tous les jours.

Si vous tenez à maintenir le pain frais dans votre alimentation, vous allez devoir intégrer quelques étapes intermédiaires. La transaction se complique et devient tomates – fromage – pain, ou tomates – viande – pain, voire très rapidement tomates – fromage – viande – pain. Bref, vous avez compris. Vous n’êtes pas le seul joueur et vous devez faire tout cela entre l’heure de sortie du bureau et celle de fermeture des magasins. Cela va devenir encore plus drôle quand vous essaierez de caser un lave-vaisselle dans l’opération, toujours à partir de tomates puisqu’il s’agit de votre matière première. Là-dessus se posera la question de l’équivalence. Grosso modo, un lave-vaisselle de base peut s’échanger contre 58 kg de tomates. Mais pour le pain, le fromage, ou la viande ? Ça fait combien ? Et entre eux ? Et en décembre (quand ce n’est plus la saison des tomates) ?

Super idée cette histoire de troc, à condition d’avoir quelque chose à échanger ! D’autant que certaines personnes ont précisément pour métier que vous ne receviez rien, par exemple la police qui ne peut décemment pas lâcher un voleur chez vous juste pour que vous puissiez constater qu’elle l’a bien attrapé.

Et à condition aussi de maîtriser tous les cours de change… Je ne veux pas être désagréable, mais vu la tête que vous faites dans la vraie vie quand vous échangez vos euros contre des dollars juste avant de partir en voyage, je me permettrais d’émettre quelques doutes à ce sujet.

S’il y a moyen de sauter quelques étapes, ce n’est pas plus mal. Ça tombe bien, il y en a un, et normalement vous m’avez vue arriver avec mes gros sabots : il s’agit de l’argent.

Cela n’a pas toujours été le cas. Nos ancêtres se sont certes rapidement rendu compte que le troc avait ses limites mais n’ont pas tout de suite pensé à imprimer des euros, principalement parce qu’ils n’avaient pas encore inventé l’imprimerie ; ni le papier ; ni l’Europe. Bref, les plus malins se sont aperçu que certains produits étaient plus populaires que d’autres ; le sel, par exemple, qui remplaçait les frigos (ceux-ci n’existant pas non plus à l’époque), et dont tout le monde avait besoin un jour ou l’autre au contraire des tomates qui, soit dit en passant, n’avaient pas encore été rapportées d’Amérique du Sud.

Comme le sel, d’autres produits servaient aussi de monnaie d’échange : les animaux qui n’étaient alors que des biens meubles et non pas ces êtres dotés de sensibilité (article 515-14 du code civil), ou les métaux tels que le cuivre à partir duquel on fabriquait des outils… ou encore l’or et l’argent, qui sont quand même super jolis. Vraiment. Au départ – j’ai bien dit que je commençais par le début – l’or et l’argent n’étaient que des biens d’échange « comme les autres » qui avaient l’avantage d’exister mais pas trop, d’être brillants – donc désirables, d’être beaucoup moins fragiles que les produits alimentaires qui pourrissent ou le bétail qu’il faut nourrir et soigner de temps en temps, et surtout de pouvoir réaliser des petites transactions.

Quiconque a eu la chance de faire du tourisme au Maroc s’est certainement déjà vu proposer de se faire acheter pour 15 ou 100 chameaux. Le montant importe peu dans la mesure où, au risque de décevoir certaines personnes de ma connaissance, le bédouin n’a aucune intention de vous acheter pour de vrai, ni de vous céder son chameau qui lui sert à faire faire des tours de manège aux touristes. Au passage, le bédouin en question est en déguisement, il habite à quelques pâtés de maison de votre hôtel et son chameau est un dromadaire. Vous noterez cependant qu’à aucun moment il ne vous propose de vous acheter pour un « demi-chameau ». Pas tellement parce que vous valez beaucoup plus, mais parce que le demi-DROMADAIRE qu’il conserverait perdrait considérablement de sa valeur (j’imagine que vous voyez pourquoi).

Si vraiment vous souhaitez voir aboutir cette transaction, suggérez à votre acquéreur de vendre tout le chameau pour de l’argent et de refiler la moitié à celui (père ou mari) qui vient de vous abandonner sans sourciller dans un bled charmant. Votre nouvel ami pourra toujours vous offrir un restau avec le reste.

Donc, disons que l’argent, c’est bien commode, et que même si certain(e)s ne sont pas d’accord, je ne vais pas tout réécrire pour les anarchistes qui préfèrent faire leurs courses avec d’autres courses et qui ne voient vraiment pas ce qui cloche dans cette phrase.

Pour votre culture générale

Les pièces étaient initialement vraiment en or et en argent voire en électrum (un alliage naturel des deux), mais surtout en argent parce qu’on n’avait pas trouvé tant d’or que ça, et que ce n’est donc pas un hasard si nous autres Français utilisons le même mot pour désigner la monnaie et le métal.

Mais pas que : il y a très rapidement eu au moins un autre métal dans les pièces de monnaie ne serait-ce que pour les renforcer car l’or et l’argent seuls sont un peu trop déformables.

Panique au bureau de change

Sauf à n’être jamais sorti de chez vous, et à ne pas avoir de télévision, vous n’êtes pas sans savoir que le monde est vaste – cruel, aussi, mais c’est un autre sujet – et compte un nombre certain d’autres pays avec des gens bizarres dedans. Ils parlent des langues mystérieuses plus ou moins mélodieuses et/ou paient avec des monnaies plus ou moins colorées. Ce livre étant plus focalisé sur l’argent que sur les dialectes, je m’attarderai ici sur les devises. J’en profite néanmoins pour saluer nos amis néerlandais qui utilisent l’euro comme nous mais qui, franchement, devraient faire quelque chose pour leur langue.

Sans émettre d’opinion sur la pertinence d’avoir créé la zone euro, disons tout de même que cela permet, tant qu’on reste à l’intérieur, de sauter l’étape dont tout le monde préfèrerait se passer… le change. Sauf qu’il y a aussi de très beaux pays hors de notre zone, et que cela vaut la peine d’aller y faire un tour. Et là, difficile d’y couper.

Derrière le monsieur – normalement lui-même derrière une vitre blindée – se trouve en général un panneau avec des petits drapeaux symbolisant les pays – ou la zone – de la devise qui sera échangée et deux chiffres… Et c’est en général à ce moment-là que se produit un bug dans le cerveau du touriste en maillot de bain ou sur le point de l’être.

Autant le concept d’achat-vente est bien appréhendé par la majorité de la population quand il s’agit de yaourt (toi me vendre yaourt, donc moi te donner euros)… Autant le fait d’utiliser de l’argent des deux côtés de la transaction a un effet systématiquement déstabilisant pour nos esprits habitués à exprimer les prix en euros, et non pas les prix de l’euro. Toi me vendre des dollars donc moi te donner des euros… Donc finalement moi te vendre des euros et t’acheter des dollars. Et franchement, ça complique tout, surtout après un vol de 12 heures.

Il n’y a qu’un seul prix pour le yaourt parce que votre supermarché ne fait que vous en vendre et n’a prévu l’affichage que pour ce cas-là – il fait ses petites affaires de son côté pour s’approvisionner et vous vous doutez bien que les prix payés par le supermarché au fabricant ne sont pas les mêmes…

Au contraire, le monsieur du bureau de change peut vous vendre des dollars mais aussi vous en acheter. Pour les devises, c’est le même bureau pour tout le monde, d’où le double affichage.

À ce stade, vous espérez sûrement que je vous dise lequel s’applique à vous. Croyez bien que je suis navrée de vous décevoir si tôt dans ce livre, mais je ne peux pas vraiment. D’abord, je ne sais pas quelle devise vous voulez échanger : voulez-vous acheter des dollars (et donc vendre des euros) ? Ou l’inverse, r(ev)endre les dollars qui ont survécu à la razzia shopping (et donc acheter des euros) ?

Ensuite, je ne sais pas où vous êtes… Comme les choses étaient manifestement trop simples, tous les pays ne présentent pas les prix – les taux de change – dans le même ordre… Parce qu’1 euro qui s’échange contre 2 yaourts c’est la même chose qu’1 yaourt qui s’échange contre 50 centimes d’euros. Quand on a vraiment que ça à faire, on peut donc exprimer un même taux en euro par yaourt (0,50) ou en yaourts par euro (2).

Tout ça pour vous dire que, si vous ne devez retenir qu’une chose, c’est que le prix qui vous concerne n’est pas celui des deux que vous auriez choisi, ce sera l’autre. Tout simplement parce qu’il faut bien que le type qui change l’argent en gagne, justement. Et il ne peut le faire que d’une seule façon : en l’achetant moins cher qu’il ne le vend.

Maintenant que je vous ai bien retourné la tête avec le double affichage – histoire d’asseoir mon autorité – on peut se le dire : cela ne concerne que ceux qui vont effectivement changer de l’argent. Quand on parle des taux de change en général, et à la télévision en particulier, on n’utilise qu’un seul chiffre, celui du milieu (la moyenne en fait). Et c’est en général pour illustrer le fait que la devise s’est renforcée ou s’est affaiblie (ou qu’elle est restée pile poil où elle était). Une certaine confusion semble également régner à ce sujet.

Disons que nous sommes en zone euro, et que nous nous intéressons surtout à la force de notre devise (l’euro…).

Disons aussi que nous sommes lundi (transposez si vous ne lisez pas ces lignes un lundi et que cela vous perturbe), et que je peux porter un sac de 20 kg.

Le lendemain (mardi, donc), je peux porter un sac de 30 kg. Le poids du sac augmente, mais comme c’est par rapport à une et une seule « moi » (dont le poids est hors sujet), c’est moi qui suis devenue plus forte, musculairement parlant.

Lundi, l’euro permet de lever 1,10 dollar ; mardi, il s’échange contre 1,20 dollar. Le montant affiché en dollars augmente, mais c’est l’euro qui s’est renforcé. Parce qu’1 euro peut porter plus. C’est exactement pareil que pour le sac, à ce petit détail près que lorsqu’une devise se renforce par rapport à une autre, l’autre s’affaiblit par rapport à l’une. Il n’en était rien pour le sac parce qu’un sac ne peut ni se renforcer ni s’affaiblir parce que c’est un sac et que je veux bien illustrer mes propos avec des exemples concrets mais qu’on ne va quand même pas virer surréaliste.

Du point de vue linguistique, on dit d’une devise qu’elle s’apprécie quand elle se renforce, et qu’elle se déprécie quand elle s’affaiblit (logique). Enfin, dans la mesure où la devise en question est à régime de change flottant…

La force des (devises) faibles

Tous les taux de change ne changent pas tout le temps. Certains oui, le dollar et l’euro par exemple, qui sont des devises à « régime de change flottant ». Leurs prix évoluent selon le vieux concept qui veut que plus il y a de demande pour quelque chose (une maison, des vêtements, des téléphones), plus son prix monte. Une fois qu’on s’est habitué au petit mécanisme du prix d’une devise qui fait que plus elle est chère, plus il faut d’argent dans une autre pour en avoir, on se rend compte que c’est pareil.

Dès que quelqu’un du dehors veut (ou doit) nous envoyer de l’argent, cela augmente la demande pour notre devise et ce, quelle que soit la devise dans laquelle la transaction a été faite. Un Américain qui nous achète du fromage le paiera soit directement en euros (et devra donc s’en procurer pour ce faire donc en acheter), soit en dollars (et c’est le fromager qui les échangera in fine contre des euros parce que les dollars n’ont pas cours légal en France).

Plus on nous achète de camembert (de Rafales et de parfums) plus nous exportons, et plus notre devise s’apprécie (et inversement).

Et plus notre devise s’apprécie, moins nous exportons…