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Jamais on n'aura autant parlé d'écologie en France, en 2015… et jamais le parti politique censé porter ce combat, Europe Écologie – Les verts, n'aura été aussi inaudible !
C'est le constat sans concessions que font trois cadres d'EE-LV.
Mais leur Manifeste va beaucoup plus loin. Il analyse les raisons du désamour entre la France et l'écologie politique, et esquisse des pistes pour y remédier.
Sans trop s'attarder sur les péripéties d'appareil et d'ambitions personnelles – mais sans les sous-estimer non plus –, les auteurs expliquent comment l'écologie politique, loin de se limiter aux problèmes du climat et de la pollution, peut devenir la solution au profond malaise démocratique actuel.
Dans un style enlevé, ils en appellent à une écologie qui soit à la fois radicale et consensuelle, utopique et pragmatique, ambitieuse et modeste.
Ils encouragent les écologistes à un peu plus d'imagination, d'ouverture… et de lâcher-prise.
Une critique lucide et constructive des mouvements écologistes, pourn envisager une véritable économie politique !
EXTRAIT
Dans ce monde sous tension, le projet et les idées politiques sur lesquels les écologistes ont bâti leur engagement n’ont jamais été aussi pertinents. Il devient vital de mettre fin à la surexploitation des ressources naturelles et humaines, à un modèle économique basé sur la consommation et la compétition permanentes, et à des représentations étriquées et matérialistes de la vie, du succès et du monde. L’avenir est aux intégrations politiques régionales, dont l’Union européenne est le modèle malgré tous ses défauts, à la coopération internationale, dont l’ONU reste le prototype, et à la solidarité globale entre pays riches - souvent d’anciens empires coloniaux - et pays pauvres - souvent d’anciennes colonies. Pourtant, après trois à quatre décennies d’existence, jamais les partis verts n’ont semblé aussi faibles, incapables d’imposer leurs priorités aux acteurs politiques d’un système fatigué.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
[Un] ouvrage indispensable dans la bibliothèque de tout bon écologiste ! -
Collectif Roosevelt
À PROPOS DES AUTEURS
Lucile Schmid, 53 ans, est énarque, membre du bureau exécutif d'EE-LV, co-fondatrice et vice-présidente de la Fondation pour l'écologie politique, ancienne conseillère régionale (PS) d'Île-de-France. Elle est membre du comité de rédaction de la revue Esprit.
Edouard Gaudot, 41 ans, historien, a été un proche collaborateur de Bronislaw Geremek et de Daniel Cohn-Bendit. Il est conseiller politique du groupe Verts / Ale au Parlement européen.
Benjamin Joyeux, 35 ans, juriste spécialisé en droit de l'environnement, a participé à des mouvements de sans-terres en Inde et aux collectifs Jeudi Noir et Sauvons les riches. Il est collaborateur du groupe EE-LV au Parlement européen.
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Seitenzahl: 93
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Le projet de ce court essai a pris naissance à partir d’un article publié sur le site Mediapart en décembre 2014, « Pour une écologie autonome et loin du politique circus », signé par une trentaine de militants, élus et cadres d’EE-LV, se présentant comme des « écologistes atterrés ».
Une expression qui fait volontairement écho aux auteurs du Manifeste d’économistes atterrés (Les Liens qui libèrent, 2011), dont ces signataires écologistes partagent l’essentiel des convictions. C’est une forme d’hommage et de fraternel salut qui leur est adressé avec l’utilisation de cette formule.
Depuis la publication de cette tribune sur Mediapart, ses signataires se sont un peu éparpillés, mais sa lettre et son esprit demeurent plus actuels que jamais. C’est pourquoi trois des initiateurs ont accepté d’approfondir et d’enrichir les pistes de réflexion esquissées alors.
Ils ont eu le souci constant de ne pas tomber dans un écueil souvent reproché aux écologistes : tenir des discours où la tristesse et le catastrophisme le disputent à l’hyper-technicité. Ici le ton est enlevé et le propos accessible au plus grand nombre, sans rien renier de sa complexité.
Dans une période où les questions d’environnement reviennent sur le devant de la scène, ce Manifeste a été motivé par le désir de susciter des débats féconds, sans complaisance partisane ni caricature démagogique, et d’établir des points de large consensus sans lesquels il sera difficile de répondre à l’urgence écologique.
« Nous vivons dans un siècle où les idées superflues surabondent, et qui n’a pas les idées nécessaires. »Joseph Joubert
Qu’on le considère né dans les débris joyeux du mur de Berlin ou dans la poussière tragique des tours de Manhattan, notre siècle n’a plus rien à voir avec les précédents.
Du changement climatique aux flux migratoires, de la crise d’un système financier mondialisé et robotisé aux inégalités de richesse qui explosent, du surgissement de mouvements terroristes à l’extension de réseaux maffieux… la liste des pandémies virales et des crises politiques qui se jouent des frontières est interminable. Pollutions, climat, migrations, finance, commerce, terrorisme, crime organisé : les défis sont planétaires et nos États-nations sont incapables d’y faire face seuls.
Dans ce monde sous tension, le projet et les idées politiques sur lesquels les écologistes ont bâti leur engagement n’ont jamais été aussi pertinents. Il devient vital de mettre fin à la surexploitation des ressources naturelles et humaines, à un modèle économique basé sur la consommation et la compétition permanentes, et à des représentations étriquées et matérialistes de la vie, du succès et du monde. L’avenir est aux intégrations politiques régionales, dont l’Union européenne est le modèle malgré tous ses défauts, à la coopération internationale, dont l’ONU reste le prototype, et à la solidarité globale entre pays riches - souvent d’anciens empires coloniaux - et pays pauvres - souvent d’anciennes colonies. Pourtant, après trois à quatre décennies d’existence, jamais les partis verts n’ont semblé aussi faibles, incapables d’imposer leurs priorités aux acteurs politiques d’un système fatigué.
L’écart est saisissant. Quelques partis verts en Europe ou dans le monde sont encore des forces structurantes de leur scène publique nationale. C’est le cas en Allemagne où les Grünen représentent 10% de l’électorat, et se rangent à la 4e voire 3e place électorale dans les bonnes années. C’est le cas au Luxembourg, en Belgique ou dans les pays nordiques, où on les retrouve régulièrement en gouvernements de coalition, comme en Finlande. D’autres partis ou candidats écologistes animent régulièrement le débat australien, la présidentielle brésilienne, les élections canadiennes… Mais partout ailleurs, le feu vert est de paille. Et quand les écologistes européens parviennent aux responsabilités, ils résistent mal au reflux d’un électorat difficile à fidéliser.
Les verts irlandais ont ainsi été balayés du pouvoir par la tempête de la crise européenne des dettes souveraines. Portés au gouvernement par une modeste vague de vote protestataire, les verts tchèques se sont brûlés aux feux des projecteurs médiatiques braqués sur leurs conflits internes. Les verts danois ont payé cher leurs inconséquences gouvernementales. Quant aux verts suédois, membres d’une coalition sociale-démocrate, ils voient déjà leur socle de soutiens s’éroder.
Partout ailleurs, c’est le désert. En Italie, en Pologne, en Bulgarie, en Roumanie, de minuscules partis écologistes peinent à exister alors même que des luttes environnementales emblématiques mobilisent des milliers de citoyens de ces pays : contre l’industrie extractive, les explorations de gaz de schiste ou le nucléaire. Seules la Croatie, la Grande-Bretagne et quelques provinces espagnoles offrent encore des perspectives optimistes à leurs partis écologistes, mais dans des systèmes et des configurations électorales peu propices.
Dernier indice inquiétant de cette impotence qui gagne, le groupe des verts au Parlement européen a enregistré un double recul aux élections de 2014. Sa moindre taille (-15%, soit - 8 députés) et son moindre poids (du 4e au 6e rang) limitent désormais sa capacité, traditionnellement importante, à influencer le contenu des politiques européennes. Pire, coincé entre, d’une part, la grande coalition du statu quo néolibéral qui réunit la droite, la social-démocratie et les libéraux centristes et, d’autre part, la convergence des mouvements eurosceptiques de gauche radicale et de droite extrême, l’espace politique des verts européens est menacé d’extinction.
Alors oui, le fossé est profond - et large. Jamais les deux projets qui mobilisent l’action politique des écologistes en France et en Europe, à savoir la transformation écologique de nos sociétés et l’intégration politique de l’Europe, n’ont été si nécessaires et pertinents. Et jamais, après 40 ans d’existence, les partis verts n’ont semblé si peu compter en France et en Europe.
Écologistes atterrés, nous le sommes, tant par l’état de la planète que par l’état du débat actuel dans l’espace public, par la dichotomie entre la résonance sociale et sociétale de l’écologie et sa cruelle absence d’incarnation crédible dans le champ politique. Mais écologistes résignés, certainement pas. Si tout est en train, malheureusement, de donner raison aux prévisions les plus sombres clamées dans le désert par les prophètes hirsutes de la catastrophe et les scientifiques bien peignés de l’effondrement, ce n’est pas le moment de « lâcher l’affaire », bien au contraire. L’urgence et l’inanité de notre classe politique nous poussent simplement à réagir. Heureusement que la société n’attend pas ses représentants officiels pour inventer elle-même des solutions à ses problèmes. Alors écologistes, réveillons-nous, imaginons !
« On ne fait rien de grand sans de grands hommes, et ceux-ci le sont pour l’avoir voulu. »Charles de Gaulle
« Alors casse-toi pauvre con ! »Nicolas Sarkozy
Les institutions de la Ve République et surtout la pratique qui a été celle des deux partis au pouvoir, socialiste et héritier du gaullisme, conduisent à leur interdire, de fait, toute prise en compte réelle des enjeux écologiques. Et ce, pour trois raisons.
La première tient à la dérive présidentialiste qui ne cesse de s’accentuer depuis l’inversion du calendrier électoral et l’adoption du quinquennat pour le mandat présidentiel. La centralisation institutionnelle actuelle active les vieux réflexes monarchiques que la Révolution n’a pas étouffés. La monarchie républicaine n’a jamais été aussi présente et aussi ridicule, alors que la mondialisation bouleverse les règles, tout en cherchant les siennes.
C’est une sorte de superposition absurde de logiques antagonistes ou plutôt parallèles, où l’omniprésence du président de la République est à chaque instant battue en brèche par les nouvelles économiques et sociales bouleversantes du monde réel : celui de la puissance chinoise, de la fonte des glaces aux pôles, d’une catastrophe ferroviaire en Inde ou de la victoire de Podemos en Espagne. La France apparaît déphasée, embarrassée de sa croyance en un homme providentiel… dans lequel elle ne croit déjà plus sitôt l’élection présidentielle passée et auquel elle cherche alors frénétiquement un successeur !
Dans ce modèle, disons-le tout net, l’écologie n’a aucune chance. D’abord parce qu’elle est sans frontières et pose le cadre mondial comme hypothèse de départ, tandis qu’obstinément la classe politique française pose la condition nationale avant toute autre. Ensuite parce qu’elle se trouve suspectée très vite de ne pas être compatible avec ce fameux modèle français, d’ailleurs jamais vraiment défini, toujours posé comme préalable. Oui, l’écologie suppose de réduire la place du nucléaire, de renforcer les transports en commun, de consommer autrement, de donner aux territoires une place qu’ils n’ont pas eue dans la vision centralisée de l’autorité. Oui, en ce sens elle est une remise en cause d’un certain modèle français.
La deuxième raison est démocratique. Lorsqu’il s’agit de réussite écologique, on cite souvent le modèle allemand. À la fois pour l’importance des réalisations des Länder et à cause de la culture de coalition qui existe au niveau national. Parfois aussi pour souligner le fait que la cogestion entre le patronat et les entreprises facilite les décisions économiques et évite les débats de posture. L’écologie nécessite en effet une culture du débat et de l’arbitrage sans automatismes, qui ne peut reposer que sur une progression réelle de la culture démocratique dans notre pays.
Ce n’est pas simplement une affaire de démocratie représentative ou participative, comme aiment à le simplifier certains commentateurs. C’est plutôt d’un état d’esprit qu’il s’agit. Aussi bien dans le cadre des discussions institutionnelles que dans les négociations politiques où la question de la loyauté clanique a beaucoup trop tendance à l’emporter sur celle des objectifs poursuivis, des moyens à y consacrer et des compétences à mobiliser. Ce comportement est la marque de fabrique institutionnelle d’un pays où l’importance se mesure encore aux symboles, aux statuts et à l’affichage, plutôt qu’aux actes et à leur portée dans la durée.
Vous avez dit « transition écologique » ? Vous avez dit « On agit pour la planète et les générations futures » ? Alors chers amis écologistes, encore un effort, soyez vraiment alternatifs : oubliez un peu la question de l’entrée au gouvernement !
La troisième raison enfin est européenne. On ne mesure pas à quel point l’Europe est aujourd’hui le sujet de renoncement majeur en France. Dans un monde où les critères de la puissance sont en pleine évolution, où le PIB est contesté, où l’innovation et les savoirs comptent sans cesse davantage, où la pensée, l’imagination et les sciences sont les moteurs du monde à venir, les atouts de la société française sont réels mais peu visibles. Car la France entretient avec délices le cliché qu’en ont ses partenaires : figée, parfois corporatiste, peu audacieuse sûrement, et tout cela au nom d’une exception culturelle un peu floue.
C’est dans l’arène européenne que peut aujourd’hui se reconstruire l’influence perdue. Mais cela suppose de rompre avec les réflexes d’une culture politique figée. En Europe, l’influence est affaire de débats, d’alliances ad hoc, de capacité à mêler arguments techniques et philosophiques, de rencontres entre points de vue et intérêts antagonistes, de compromis féconds a priori impossibles. C’est aussi pour cette raison que l’espace européen a été un lieu d’invention et d’exercice de l’influence écologiste.
La préoccupation pour l’environnement n’était pas prévue par les premiers traités. Mais parce qu’il est dans sa raison d’être de se projeter au-delà des intérêts nationaux, pour « produire » de l’intérêt général communautaire, l’Europe s’est dès les années 1970 dotée d’une politique environnementale. Depuis, la défense de l’environnement (Maastricht, 1992) et le développement durable (Amsterdam en 1997) figurent explicitement dans les objectifs des traités. De même, que ce soit au nom de la santé publique ou de la préservation des écosystèmes, la Commission européenne s’est saisie des dossiers environnementaux, devenant un moteur essentiel dans l’adoption d’une réglementation contraignante à l’échelle continentale.
