Manifeste pour une Suisse idéale - Jean-Pierre Junod - E-Book

Manifeste pour une Suisse idéale E-Book

Jean-Pierre Junod

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Beschreibung

"Le Manifeste pour une Suisse idéale" est un essai sur les points forts et faibles de la Suisse et aussi quelle route  prendre pour atteindre les buts mis en place par nos ancêtres dans le Pacte fédéral, texte fondateur de la Suisse.

Au-delà des clichés et du clivage habituels, l’auteur développe un argumentaire permettant d’améliorer nos  institutions traditionnelles helvétiques tout en permettant un développement dans le monde actuel.

Quels sont les points essentiels permettant à la Suisse neutre de continuer de sortir son épingle du jeu, mais aussi aux Suisses de vivre harmonieusement tout en étant dans la lignée énoncée dans les textes fondateurs de la Suisse ?

Véritable référence pour une orientation fidèle aux origines de notre pays tout en permettant de garder le cap dans le remaniement de l’équilibre des forces planétaire, le Manifeste pour une Suisse idéale offre une nouvelle perspective et donne les clés pour une Suisse prospère au milieu du XXIe siècle et au-delà.

 À PROPOS DE L'AUTEUR

Jean-Pierre Junod est né à Genève en 1963. Au bénéfice d’un CFC bancaire, formateur, coach personnel ou en entreprise, amoureux de la nature avec une solide formation spirituelle et religieuse, nous livre ici plus de 20 ans de réflexions, de recherches.

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Seitenzahl: 256

Veröffentlichungsjahr: 2026

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Jean-Pierre Junod

Manifeste pour une Suisse idéale

Ou l’avènement de l’homo novis

© 2026, Jean-Pierre Junod.

Reproduction et traduction, même partielles, interdites.Tous droits réservés pour tous les pays.

ISBN 9782889821525

Prologue

Ce livre est né d’une impulsion à résumer tout un ensemble d’observations et de connaissances glanées au fil des trente-cinq dernières années. Il est le fruit de diverses réalisations personnelles m’ayant fait prendre de plus en plus conscience de l’importance de certains facteurs entravant mon évolution et celle de notre société, de notre culture et même aussi des buts premiers de nos ancêtres fondateurs.

Je suis né à Genève, il y a plus de soixante ans. Jeunes adolescents, mes parents nous avaient emmenés, mon frère et moi, passer quelques jours de vacances en Suisse centrale, dont je garde un excellent souvenir. J’ai douze ans quand je franchis le rideau de rösti pour la première fois, découvrant la Suisse centrale, ces gens, ces fermes et maisons fleuries, ces lacs et ces montagnes, ainsi que la légende de Guillaume Tell.

En bons Suisses, nous étions allés sur la prairie du Grütli le soir du premier août, pensant y trouver une célébration remarquable, risquant nos chevilles sur un chemin caillouteux de nuit, pour n’y trouver que quelques vaches et revenir dépités. À l’époque, internet n’existait pas, nous n’avions pas pu nous renseigner comme on le ferait aujourd’hui. Nous étions simplement partis sur l’idée que, forcément, le lieu où se rassembler pour la fête nationale était la prairie, qui, selon la légende, avait vu les trois premiers Suisses sceller leur serment et se jurer fidélité et secours.

Plus tard, j’ai également fait des régates sur nos nombreux lacs, jusque dans les Grisons, ce qui était une drôle d’expédition à chaque fois, partant sur nos routes avec notre dériveur sur la remorque.

Et puis, comme tout citoyen suisse, j’ai été astreint au service militaire, ce que nous appelions, non sans humour, « les vacances fédérales ». Cela me permit de découvrir autrement d’autres régions. J’ai également pratiqué l’alpinisme, le ski, si bien que, de fil en aiguille, à le visiter de part et d’autre, j’ai développé un amour pour ce pays et pour les gens qui y vivent.

Si, au début, ce fut souvent un intérêt obligé par le cursus scolaire, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Mais, pour comprendre cet attachement à notre réduit national, il faut se frotter à ce qui est « velche » pour mieux apprécier son chez-soi. Il y a eu d’abord quelques séjours en France, en Allemagne et en Italie et, après ces pays voisins parlant nos langues nationales, l’ancienne Yougoslavie, l’Espagne et l’Angleterre. Mes séjours y étant souvent assez courts, ils ne m’ont pas permis une compréhension approfondie des différences, ni d’en saisir toute la portée ou encore leurs avantages. Il s’agissait avant tout de visites touristiques. Par contre, ayant vécu quelque temps au Canada, aux États-Unis et au Danemark, pour des périodes plus longues, cela m’a permis de me frotter à d’autres manières de penser et d’agir, à d’autres peuples, avec d’autres mentalités et d’autres coutumes.

Être ainsi momentanément déraciné permet de mieux apprécier son « chez-soi », mais aussi d’estimer certaines façons glanées à l’étranger. Ainsi, lors de chaque retour, il m’a été de plus en plus difficile de ne pas reconnaître ce sentiment apaisant du retour à la maison, de la qualité suisse, de la modestie de mes concitoyens, et de toutes ces petites nuances qui fait qu’on se sent chez soi, pleinement heureux d’être de retour au bercail, tout en ayant un désir d’amélioration avec ce que j’avais vu pratiquer ailleurs.

Et puis il y a eu mes recherches personnelles, touchant des domaines variés, que ce soit l’économie, la politique, l’éducation ou la spiritualité. Recherches qui avaient toutes pour finalité de parvenir à mieux réussir ce que j’entreprenais, à avoir moins d’échecs ou de déconvenues, à perdre moins de temps et donc à pouvoir faire plus dans un même temps imparti. Dans la foison des informations disponibles dans notre société, j’ai surtout cherché des choses pratiques et fonctionnelles.

J’ai souvent été enthousiaste au début à la découverte de certaines idées qui semblaient magnifiques sur le papier et je me suis souvent retrouvé désappointé de découvrir que, si, au départ, leur lyrisme m’avait plu, cela ne débouchait sur aucun résultat pratique tangible. J’en suis revenu, et j’ai, petit à petit, appris à mieux trier les informations, à les analyser sérieusement afin de m’assurer de leur potentiel pour ensuite les tester abondamment avant d’en faire un emploi régulier.

Au début, cette recherche visait un emploi personnel dont le but était de mieux réussir, de parvenir à évoluer positivement dans un monde changeant de plus en plus rapidement. En réussissant mieux personnellement, j’en suis venu à vouloir participer activement à la vie sociale et, politique de mon pays, pour faire plus que simplement mon job, et élargir mon implication citoyenne.

Ce processus d’analyse et de test pour passer à la mise en pratique est quelque chose qui a évolué, et qui continue d’évoluer, pour s’affiner de jour en jour. Ce n’est pas une bulle papale ou un décret impérial immuable qui ne peut être remis en question.

Aussi, au-devant d’une information nouvelle, je vous demanderai de faire de même. Testez-la, mettez-la à l’épreuve de votre vécu, regardez dans votre vie comment cela s’applique, si vous avez déjà expérimenté quelque chose de semblable, puis testez-la dans la vie de tous les jours et regardez si elle vous sert.

Une information n’a de valeur que si vous la comparez avec ce que vous connaissez, qu’elle vous est utile et qu’elle vous permet d’améliorer les choses. Nous vivons maintenant avec internet et, si avant son avènement nous étions déjà noyé dans un océan de données non-évaluées, c’est actuellement bien pire. Le flot de données qu’on reçoit par jour est tout simplement incessant et submergeant. Seul un tri permet d’en faire quelque chose, de lui trouver une utilité.

Ensuite, il y a un point primordial : c’est de faire la distinction entre un fait et une opinion. Parfois, un membre de gouvernement, un média, un influenceur relaie une information présentée comme un fait, mais il s’agit, en vérité, d’une opinion. Le canal de l’information, son importance ou son universalité n’en font pas pour autant une source véridique. Il est important d’éprouver la véracité des informations, leur répétition fréquente ne les rend pas plus vraies pour autant.

Sans parler du fait qu’il est important de connaître certaines données clés, qu’on pourrait appeler les lois de base, dans différents domaines de manière à pouvoir évaluer et mesurer les informations que l’on reçoit quotidiennement.

C’est pour cela que, très souvent, je transplante une donnée et la compare à d’autres domaines, ou la fais vivre dans une autre sphère d’influence afin de voir comment elle s’applique ou pourrait s’appliquer.

Au fur et à mesure de la compréhension des choses, des évènements, des gens et des lois, on acquiert une plus grande liberté de pensée, une capacité d’analyse plus affinée, ce qui permet une plus grande liberté, car on est moins sujet au matraquage médiatique primaire qui nous pousse à réagir, souvent de manière inconsidérée et inappropriée.

Si la Suisse est un petit pays au milieu de l’Europe, elle a su développer un savoir-faire et une culture qui sont tout à fait remarquables et qui en font un interlocuteur important de la scène mondiale. Depuis plus de cinq cents ans, elle a réussi à se garder de toute implication militaire partisane à l’étranger, et, depuis la fin du Sonderbund, au milieu du dix-neuvième siècle, le pays connaît également une paix intérieure, lui permettant de développer sa principale richesse : le travail. Il est peu de pays aussi stables. Sans richesses naturelles, sans contact avec la mer pour des échanges commerciaux facilités, historiquement sans colonies, la Suisse est pourtant un pays classé parmi les pays riches et les pays où il fait bon vivre depuis de nombreuses années.

Plutôt que de rester passivement sur nos acquis et de croire qu’il nous suffit de continuer sur notre lancée, de nous fier à nos institutions, et d’espérer que les choses continuent ainsi, je pense qu’il est important d’analyser ce qui fait notre succès aussi bien que ce qui le freine, car ainsi il est possible de prendre de meilleures options. Je suis bien conscient que d’autres se sont frottés à cet exercice avant moi, avec probablement plus d’érudition et de compétences que moi.

Pourtant, je pense que les informations que je tiens à partager, pourront être très utiles à tout un chacun, simple citoyen, nouvel élu, enseignant, politicien aguerri ou entrepreneur.

Actuellement, l’évolution de la technologie, des mœurs et même des lois, de plus en plus rapide, nécessite que l’on mette des garde-fous qui ne servent d’entraves qu’aux actions pénalisantes et véritablement répréhensibles vis-à-vis de nos droits individuels, économiques, politiques et sociaux.

Connaître ce qui fait notre succès en tant qu’individu, en tant que société, en tant que nation, race ou espèce est vital, car, sans une conscience de cela, comment saurions-nous nous améliorer encore et éviter ce qui nous fait échouer ? Ainsi il ne s’agit pas de faire une critique gratuite de nos institutions ou de nos coutumes, mais bien de rechercher parmi nos actions celles qui nous font réussir de façon à mieux comprendre d’où provient notre succès, et ainsi pouvoir renouveler ce qui a marché dans l’amélioration de nos vies et de notre pays. Ces questions sont les prémisses qui permettent de viser plus haut.

Mais pas seulement, car la question quant à notre influence dans le monde est capitale pour garantir notre pérennité et celle de cette planète. L’échelle de notre action ne peut plus se limiter à l’autre bout du champ puisque certains s’autorisent à envoyer des dizaines de milliers de satellites sur orbite en obtenant un aval américain, comme si la stratosphère était exclusivement étasunienne. En fin de compte, ces objets sont bien au-dessus de nos têtes et nous influencent. Ils peuvent même nous tomber sur la tête !

Alors, même si l’on est un amoureux convaincu de notre réduit national, on est obligé de lever le nez, de regarder au-delà de nos frontières, de voir ce qui s’y passe, afin de pouvoir orienter le monde vers des solutions universelles. Car c’est tout à fait vrai que, si le monde nous influence, nous pouvons également l’influencer.

Et, avant d’aller plus loin, clarifions quelques mots :

Manifeste : déclaration écrite, publique et solennelle qui expose les objectifs et les idées d’un groupement ou d’une personnalité.

Suisse : État d’Europe centrale, couvert au sud par les Alpes, traversé au nord et à l’est par le Rhin et au sud-ouest par le Rhône, et divisé en vingt-six cantons. Il a été créé sous l’alliance entre les cantons d’Uri, de Schwyz et d’Unterwald en 1291 pour s’allier contre l’empire germanique. Nombre de cantons se sont joints à lui par la suite. Son indépendance a été reconnue avec la signature du traité de Westphalie en 1684. Adoptant la neutralité politique et militaire dans les conflits depuis 1815, il n’a pas pris part aux deux guerres mondiales. Son économie est liée à ses ressources hydroélectriques et à ses activités bancaires.

Idéal : qui a tous les caractères souhaitables pour contenter ; parfait.

Je ne suis peut-être pas une personnalité publique connue, en fait, je suis un simple citoyen, descendant de parents suisses, de grand-parents suisses et même d’arrière grand-parents suisses. Avant cela, j’ai perdu le compte et je ne suis pas sûr qu’il importe tant, la Suisse étant une terre d’accueil depuis plusieurs centaines d’années…

Il y a quelques années maintenant, j’en étais arrivé à un point où il me semblait urgent de synthétiser mes connaissances, mes recherches, ma compréhension des choses en un texte simple, mais le plus complet possible, regroupant toutes mes actions de succès, autrement dit, ce qui me permet de réussir, mais aussi celles de mes compatriotes, dont beaucoup sont comme moi, de simples inconnus qui se sont levés pour leur pays, pour en faire ce qu’il est aujourd’hui.

Cela a été les prémisses de ce manifeste. Et, si la définition du nom « manifeste » comprend une idée un peu pompeuse, et donc rébarbative, qui n’est absolument pas incluse dans ce recueil, l’adjectif, lui, transmet une idée qui m’est chère : « que l’on ne peut nier ; évident, certain. »

Ainsi, alors que j’ai dû faire des années de tris, à faire passer à travers des cribles, des filtres, voire à alambiquer les informations pour n’en sortir que les plus pertinentes, je vous livre ainsi l’élixir de ces pérégrinations et vous invite à la découverte…

1.

Un peu d’histoire

Comment la Suisse est-elle née ?

La création de la Suisse est un processus, une sorte d’évolution des mentalités, qui est passé par un façonnage laborieux pour finir par créer ce sentiment d’appartenance à cette patrie. En effet, il n’y a jamais eu d’unité sous forme d’un unique royaume, mais bien divers peuples, et même diverses vallées, avec une imprégnation de la culture romaine, puis chrétienne et un lent façonnage des mentalités pour déboucher sur un sentiment d’appartenance au-delà des différences. C’est très intéressant de voir comment nos ancêtres ont cherché à garantir leurs libertés sans nécessairement renier une autorité étrangère et de comprendre ainsi où étaient leurs priorités.

La landsgemeinde existait déjà avant les premiers textes fondateurs de notre pays. Les gens, ne possédant pas internet ni le journal télévisé, se rencontraient, parlaient et échangeaient entre eux les informations qui venaient des vallées voisines, mais aussi de plus loin, de Bourgogne, du Milanais et des régions germaniques. Les décisions, les élections et les votes se prenaient et se faisaient à main levée.

Bien que Guillaume Tell fasse partie du folklore suisse et que beaucoup d’histoires de l’époque soient sujettes à caution, il existe un texte considéré comme le texte fondateur de la première alliance à l’origine de la Suisse. Il s’agit du Pacte fédéral. Il est rédigé en latin.

Après la mort de Rodolphe de Habsbourg, les hommes libres des vallées d’Uri, de Schwytz et de Nidwald renouvellent, au début du mois d’août, un pacte d’alliance juridique et défensive éternelle qui marque la fondation de la Confédération des trois cantons.

Nous allons ici regarder quels furent les desseins de nos ancêtres et le but voulu par cette alliance.

(Veuillez noter que les caractères gras et la mise en paragraphe ne sont pas d’origines, mais mon ajout personnel afin de faire ressortir les points que je considère saillants et sur lesquels nous allons revenir à plusieurs reprises dans ce livre.)

 

Le texte du pacte fédéral :

« Au nom du Seigneur, amen. C’est accomplir une action honorable et profitable au bien public que de confirmer, selon les formes consacrées, les mesures prises en vue de la sécurité et de la paix.

– Que chacun sache donc que, considérant la malice des temps et pour être mieux à même de défendre et maintenir dans leur intégrité leurs vies et leurs biens, les gens de la vallée d’Uri, la landsgemeinde de la vallée de Schwytz et celle des gens de la vallée inférieure de Nidwald se sont engagés, sous serment pris en toute bonne foi, à se prêter les uns aux autres n’importe quels secours, appuis et assistance, de tout leur pouvoir et de tous leurs efforts, sans ménager ni leurs vies ni leurs biens, dans leurs vallées et au dehors, contre celui et contre tous ceux qui, par n’importe quel acte hostile, attenteraient à leurs personnes ou à leurs biens (ou à un seul d’entre eux), les attaqueraient ou leur causeraient quelque dommage. Quoi qu’il arrive, chacune des communautés promet à l’autre d’accourir à son secours en cas de nécessité, à ses propres frais, et de l’aider autant qu’il le faudra pour résister à l’agression des méchants et imposer réparation du tort commis.

– C’est ce que, par le geste consacré, ils ont juré d’observer en toute loyauté, renouvelant, par le présent traité, le texte de l’ancien pacte corroboré par un serment ; sous réserve que chacun, selon sa condition personnelle, reste soumis, comme il convient, à son seigneur et lui rende les prestations auxquelles il est tenu.

– De même, après commune délibération et d’un accord unanime, nous avons juré, statué et décidé que nous n’accepterions et ne reconnaîtrions en aucun cas dans lesdites vallées un juge qui aurait payé sa charge de quelque manière, soit en argent soit à quelque autre prix, ou qui ne serait pas de chez nous et membre de nos communautés. Si d’autre part un conflit surgit entre quelques-uns, les plus sages des confédérés doivent intervenir en médiateurs pour apaiser le différend de la façon qui leur paraîtra efficace ; et les autres confédérés doivent se tourner contre la partie qui repousserait leur sentence.

– Outre tout cela, ils ont établi un statut commun, stipulant que celui qui, criminellement et sans provocation, commettra un meurtre, sera, si l’on a pu se saisir de lui, puni de mort comme son crime infâme l’exige ; à moins qu’il ne puisse prouver qu’il soit innocent ; et, s’il réussit à s’échapper, il lui est à jamais interdit de revenir au pays. Ceux qui accorderaient abri ou protection audit malfaiteur doivent être expulsés des vallées, aussi longtemps qu’ils n’auront pas été expressément rappelés par les confédérés.

– Si quelqu’un, de jour ou dans le silence de la nuit, met criminellement le feu aux biens d’un confédéré, on ne doit plus jamais le considérer comme membre d’une de nos communautés. Et celui qui, dans nos vallées, prendrait le parti du dit malfaiteur et le protégerait devra indemniser la victime.

– De plus, si l’un des confédérés en dépouille un autre de ses biens ou lui cause n’importe quel autre dommage, les biens du coupable que l’on pourra saisir dans les vallées doivent être mis sous séquestre pour dédommager la victime conformément au droit.

– En outre, nul n’a le droit de saisie envers un autre confédéré, à moins que celui-ci ne soit notoirement son débiteur ou ne se soit porté caution envers lui ; et il ne doit le faire qu’en vertu d’un prononcé spécial du juge. – Outre cela, chacun est tenu d’obéir à son juge et doit, s’il est besoin, indiquer de quel juge il relève dans la vallée. Et, si quelqu’un refuse de se soumettre au jugement rendu, et que l’un des confédérés subisse quelques dommages du fait de son obstination, tous les confédérés sont tenus de contraindre à réparation le récalcitrant. – Et surgisse une querelle ou une discorde entre quelques confédérés, si l’une des parties se refuse à tout arrangement par voie judiciaire ou par accommodement, les confédérés sont tenus de prendre fait et cause pour l’autre partie. – Les décisions ci-dessus consignées, prises dans l’intérêt et au profit de tous, doivent, si Dieu y consent, durer à perpétuité ; en témoignage et confirmation de quoi le présent acte, dressé à la requête des prénommés, a été muni des sceaux des trois communautés et vallées susdites. »

– Fait en l’an du Seigneur 1291 au début du mois d’août.

 

Ce texte est très intéressant, car, avec ce pacte, si les communautés signataires ne rejettent pas la domination seigneuriale ou le fait de devoir servir en cas de levée de troupes pour défendre le territoire contre une menace extérieure, elles réclament leur indépendance pour les décisions liées aux impôts, au choix des fonctionnaires et des juges, refusant ainsi d’abandonner leur souveraineté à la maison d’Autriche. En fait, historiquement, la région devient le fief tour à tour des Zäringen, des Kyburg ; même la Maison de Savoie lorgne dans cette direction. On peut donc comprendre un certain désintéressement quant à savoir qui est le véritable seigneur, du moment que l’essentiel, à savoir la sécurité et la paix, est sauvegardé, au moyen d’une justice équitable et d’un secours mutuel, sans limites dans le temps.

On voit donc que nos ancêtres avaient des priorités très précises.

Avant que cette alliance se soit étendue à d’autres régions et ait fait tache d’huile, pour, finalement, quelque cinq cents ans plus tard, couvrir le territoire de la Suisse telle que nous la connaissons actuellement, le pacte de Brunnen (en 1315) reprenait pratiquement les mêmes termes, mais spécifiait « que nul des Pays, ni des confédérés, ne prêterait serment et ne rendrait hommage à aucun étranger sans le consentement des autres Pays et confédérés ; qu’aucun confédéré n’entrera en négociation avec quelque étranger que ce soit sans la permission des autres confédérés, aussi longtemps que les Pays seront sans seigneur.»

Voilà de nouveau ce point d’appartenance seigneuriale. Visiblement, nos ancêtres voulaient s’assurer de leur choix, que celui-ci soit concerté, et non le fait d’une action unilatérale individuelle, ou de l’un des membres du groupe.

Il est intéressant de constater qu’au cours des siècles cette liberté de choix a perduré et est toujours valable aujourd’hui à l’heure où régulièrement le peuple rejette, lors de votations, l’appartenance à l’Europe, par exemple.

2.

Références à des textes similaires

Plus de quatre cents ans plus tard survient le texte de l’indépendance américaine, qui contient un préambule avec des concepts très intéressants. Les consciences et les mœurs ont évolué, mais les aspirations à la sécurité et à la liberté sont les mêmes, sinon mieux exprimées.

Nous ne sommes plus dans un contexte de vallées un peu perdues dans les montagnes, ni même au Moyen Âge. Les Américains, après avoir essayé de régler les exactions de la couronne d’Angleterre par des moyens légaux et quelques échauffourées, se réunissent en Congrès et choisissent cinq de leurs membres pour rédiger ce qui deviendra la Déclaration d’indépendance étatsunienne. Ses auteurs ont connaissance des idées nouvelles des philosophes de leur temps, mais aussi de concepts lancés beaucoup plus tôt par les Grecs et les penseurs de l’âge d’or grec, connu sous le nom du « siècle de Périclès ».

Mais voyez plutôt un texte qui a révolutionné le concept du lien et de la relation entre le gouvernement et le citoyen :

La Déclaration d’indépendance états-unienne.

« Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par leur Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur.

La prudence enseigne, à la vérité, que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l’expérience de tous les temps a montré, en effet, que les hommes sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu’à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés. Mais lorsqu’une longue suite d’abus et d’usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future. »

Cette heureuse déclaration, écrite originellement par Thomas Jefferson, sera partiellement invalidée et modifiée quelques jours plus tard par le comité, puis amendée au cours des débats du Congrès : si le « préambule » n’est pas modifié (texte présenté ci-dessus), les passages sur la traite et l’esclavage, qui mettaient fin à ces inégalités, sont supprimés afin de ne pas mécontenter les régions du Sud.

Évidemment, de facto, à cet instant tous les hommes ne sont plus égaux et il est intéressant de remarquer qu’actuellement le Congrès des États-Unis d’Amérique débat, avec une certaine virulence, un possible dédommagement accordé aux descendants des esclaves noirs pour la richesse créée par leur travail ! Une sorte de projet de réparation, alors qu’entre temps il est communément admis que les hommes de n’importe quelle race sont égaux par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Les Grecs du siècle de Périclès

J’ai mentionné plus tôt l’influence grecque du siècle de Périclès pour l’Indépendance américaine. Pour comprendre ce qui fait que cette période a été l’apogée de la civilisation grecque et quels changements fondamentaux sont apparus alors, il faut savoir qu’avant cette période la population se répartissait en plusieurs catégories avec des droits et des devoirs distincts. L’aristocratie, qui possédait les terres, les artisans, les pêcheurs, les paysans et les esclaves. À noter que les femmes étaient considérées comme un bien, et qu’il était mal vu d’aller ouvrir soi-même la porte de sa maison pour accueillir des visiteurs ou de porter ses commissions de retour du marché, car c’était le devoir de l’esclave. Variant selon les époques et la prospérité du lieu, il fallait compter entre un, et jusqu’à quatre esclaves par ménage environ, ce qui fait tout de même une majeure partie de la population. On trouvait des esclaves artisans, paysans ou domestiques. Un paysan qui ne parvenait pas à payer son fermage pouvait devenir esclave pour rembourser sa dette. Seuls les membres de l’aristocratie avaient accès aux charges de justice et aux fonctions exécutives de la société et donc au pouvoir.

Plusieurs facteurs concomitants entrent en jeu pour amener l’idée de la démocratie. Premièrement un facteur économique, car de plus en plus de paysans deviennent esclaves, ne parvenant plus à payer leurs fermages, alors que parallèlement certains artisans prospèrent au point de pouvoir se payer l’équipement d’un hoplite (soldat fantassin grec, comprenant deux lances, une épée, une cuirasse, un bouclier, un casque et des jambières). La guerre n’étant plus alors l’apanage des seuls aristocrates, ceux-ci doivent faire face à ces revendications égalitaires, mais également au mécontentement lié à l’appauvrissement des paysans.

À la suite de diverses crises, les plus grandes familles d’Athènes concèdent au peuple la participation non seulement aux décisions politiques, mais aussi aux fonctions politiques et judiciaires en échange de son soutien. Les anciennes structures, fondées sur la richesse et les groupes familiaux, sont remplacées par un système de répartition territoriale. Le citoyen ne se définit plus que par son appartenance à une circonscription administrative et y est admis lors de ses dix-huit ans. Il est partie prenante de la société, bien plus qu’un simple rouage insignifiant comme avant. C’est une évolution magistrale de la société et du pouvoir de ses citoyens athéniens, du jamais vu dans toutes les grandes civilisations qui l’ont précédée.

Un principe simple de cette nouvelle organisation de la société est que le citoyen doit augmenter sa connaissance au sujet de son gouvernement et qu’il devrait y participer le plus possible. Chacun peut participer, chacun peut être entendu.

Ainsi, nous avons deux avancées significatives : celle d’Athènes, au siècle de Périclès, puis la Déclaration d’indépendance états-unienne. Il est bien entendu qu’il y a eu d’autres percées, d’autres améliorations, mais les points majeurs sont là et aussitôt qu’une déviation ou une régression a lieu, elle est tout de suite ressentie et combattue.

Les colons d’Amérique connaissaient ces informations et, expérimentant la pression de la couronne d’Angleterre, ont émis, après moult pérégrinations, un texte très en avance sur son temps, qui, depuis, a fait d’eux les parangons de la démocratie.

3.

Un grand groupe est composé de petits groupes

En regardant l’histoire des grands empires, on constate qu’ils ont tous fini par disparaître, pour la plupart, en moins de trois cents ans. Donc regardons de plus près ce qui se passe et quelle serait la loi sous-jascente qui semble agir en sous-main.

Avant d’aller plus loin, il est important de noter que la Suisse s’est constituée comme une mosaïque, s’élargissant au fur et à mesure de la progression de l’histoire et des alliances, s’ajoutant comme des petits cailloux, ou les pièces d’un puzzle, les unes aux autres, pour finalement façonner un État constitué de régions très diverses, mais néanmoins avec une identité nationale qui lui est propre. Ainsi, ce concept est dans nos gènes historiques et nationaux. Au début, ces régions avaient plein pouvoir, la Diète fédérale ne se réunissant qu’épisodiquement et selon les besoins. En effet, ce n’est que très récemment que la Suisse s’est pourvue d’un organe central, en instituant le Conseil fédéral et toutes les parties du gouvernement actuellement toujours en vigueur.

À l’international, cette hiérarchie de petits groupes gouvernementaux n’est pas comprise. On voudrait construire une Europe toujours plus grande, en nivelant les nationalités, les particularités. Les communications étant de plus en plus faciles et supra-nationales, c’est souvent considéré d’autant plus réalisable. Or, si la communication est un facteur clé dans le fonctionnement et l’harmonie de la société, n’oublions pas qu’elle doit fonctionner dans les deux sens. Pas seulement en descendant la hiérarchie, mais également vers le haut en remontant depuis les échelons du bas.

 

Quand on regarde ailleurs dans l’histoire, par exemple les tentatives d’Alexandre Le Grand, de Napoléon, d’Hitler, de l’URSS, et tant d’autres exemples tout aussi éloquents, comment peut-on encore raisonner comme un esprit impérialiste, « moi seul dirigeant la multitude » ? C’est ce que j’appellerais le « syndrome du Seigneur des Anneaux », vous savez : « un anneau pour les gouverner tous ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces tentatives ne sont que cela : des tentatives.

Ça ne marche pas ! Si jamais vous en doutez, prenons un peu de recul et regardons pourquoi.

Il y a bien des années en arrière, j’étais parti à pied depuis la région de Chamonix jusqu’à la Côte d’Azur sur un chemin de grande randonnée. Ce qui m’avait frappé, lors de ce périple de pratiquement trois semaines, c’était les différences de végétation d’une vallée à l’autre, les spécificités de chaque région. À chaque passage de col, on glissait du cœur des Alpes un peu plus vers le sud et ce changement se voyait à chaque bascule dans une nouvelle vallée. L’économie se modifiait selon les possibilités, les orientations et les choix faits par les habitants. Une station de ski, des alpages à moutons, du tourisme vert avec parc naturel, de l’énergie hydroélectrique ou de l’artisanat, chaque vallée, chaque région a des points forts et des points faibles. Il faut les connaître, et utiliser ces connaissances pour aplanir les difficultés. Ainsi, une solution implantée quelque part peut très bien ne pas du tout fonctionner ailleurs.

Comment un individu, élu sous une coupole dans un parlement quelque part, à quelques centaines, voire milliers de kilomètres d’une région, d’un département ou d’un district,