Maria - La Malibran - Christian Alvarez - E-Book

Maria - La Malibran E-Book

Christian Alvarez

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Beschreibung

Christian Alvarez nous plonge dans les dernières années de la vie de la célèbre chanteuse d'opéra.

Maria
évoque librement les dernières années de la vie romanesque et tragique de la cantatrice Maria Malibran. Pourtant, l’opéra et la musique ne sont que le contexte particulier du destin d’une femme exceptionnelle. Ce que l’histoire de Maria met en évidence, c’est la relation, obsessionnelle et destructrice, d’une artiste avec sa vie et son art.

Cette adaptation biographique retranscrit avec brio la dualité entre la passion et l'art ressentie par la cantatrice à la fin de sa vie.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE 

- "De bien belles lectures, que l'on souhaite ardemment voir un jour portées à l'écran !"  (Bernard Delcord, M Belgique, 10 octobre 2014)

A PROPOS DE L'AUTEUR

Christian Alvarez est diplômé de lettres modernes à Paris et de cinéma à Santiago du Chili et à La Havane. Sa carrière professionnelle est un constant va-et-vient entre les mots et l’image. Autant réalisateur de documentaires, de séries TV qu’auteur de scénarios et de discours politiques,  Maria est sa première publication.

A PROPOS DE L'ÉDITEUR 

Créée par un passionné de la littérature et du cinéma, Scenarii édite des histoires cinématographiques, qui se lisent avec un plaisir hors du commun.
Concept inédit, proposer aux amateurs de belles histoires de découvrir le film avant même qu’il ne soit réalisé. Histoires à lire, histoires à vivre, histoires à se projeter sur les écrans blancs de nos imaginaires.
Les textes de Scenarii ne nécessitent aucun code, aucune compétence technique pour êtres lus, compris et appréciés par le plus grand nombre.
Scenarii fait le pari de la qualité littéraire. Ces récits, dont la force réside dans les dialogues, emmèneront le lecteur, quel que soit son âge, dans une aventure hors du commun, mettant en relief la richesse de chacun des personnages.
Un scénario, c’est raconter de manière simple une histoire dont les sentiments peuvent être complexes.

EXTRAIT

89/1 – Paris, chambre Pauline / Intérieur – nuit
Pauline est montée se coucher. Maria la rejoint dans sa chambre.
Elle aide Pauline à se coiffer. Un petit chat câlin saute dans les bras de la jeune fille.


Maria
J’aimerais te ressembler, Pauline.

Pauline
Me ressembler ? Pourquoi ?

Long silence.

Maria
Moi, les chats ne m’aiment pas.

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Seitenzahl: 143

Veröffentlichungsjahr: 2014

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À propos de l’éditeur

Beaucoup de scénarios, qui sont parfois de petites merveilles, finissent pour différentes raisons dans les tiroirs.

Le rôle de Scenarii est d’éditer et de promouvoir ces scénarios sous forme de livre, de permettre à ces œuvres d’avoir une première vie plutôt que de moisir inutilement.

Un livre, c’est aussi un bel hommage au travail d’un auteur...

Faire découvrir au grand public, et c’est là le défi, qu’un scénario, ce n’est pas un document technique rébarbatif destiné aux seuls professionnels, mais qu’un scénario bien écrit et bien édité, c’est aussi un livre agréable en soi.

Enfin, cela permettra probablement à certains d’entre eux de susciter l’intérêt, qui chez un comédien, un producteur, un réalisateur ou un technicien, portant les chances d’une adaptation.

Oui, oui, tu le savais, et que, dans cette vie, Rien n’est bon que d’aimer, n’est vrai que de souffrir. Chaque soir dans tes chants tu te sentais pâlir. Tu connaissais le monde, et la foule, et l’envie, Et, dans ce corps brisé concentrant ton génie,

Pour mon père et sa bibliotheque idéale

1/1 – Paris, Théâtre des Italiens / Intérieur – jour (1827)

Les coulisses d’un théâtre. Le personnel technique s’agite au milieu d’un incroyable et stupéfiant capharnaüm de décors, de tentures et de machinerie. L’activité est intense mais sereine.

1/2 – Paris, Théâtre des Italiens / Intérieur – jour

Dans un bureau étriqué dans lequel s’amoncellent une multitude d’objets et de meubles hétéroclites, un homme et une femme s’entretiennent en italien. On perçoit le bruit provenant des coulisses.

L’homme – rond, la cinquantaine, barbe noire – déambule, soucieux. Assise avec majesté sur un sofa, la femme – élégante et séduisante – le regarde faire les cent pas.

Femme (en italien)

Pourquoi changer ? L’œuvre a été un succès à Venise, Maestro. Sémiramide est l’un de vos plus beaux opéras. Ne changez rien à ce qui est déjà parfait.

Homme

Paris n’est pas Venise… C’est ici que naissent les révolutions. Le public veut autre chose. Il veut de la rage.

Femme

Ce n’est pas en choisissant cette… cette… cette petite poupée blonde que nous ferons frémir les foules !

Homme

Je suis sûr que la Sontag serait parfaite dans ce rôle… Face à cette Arsace, votre Sémiramide n’en sera que plus terrible, Giuditta !

Giuditta

Je n’ai pas besoin d’un faire-valoir, Maestro. Cette jeune femme n’a aucune expérience, elle pourrait tout gâcher.

Homme

Elle a fait un triomphe dans…

Giuditta

Je sais parfaitement comment interpréter Sémiramide. Vous le savez, et le public le sait.

À cet instant, on frappe à la porte.

Homme (en français)

Entrez.

Un commis se présente.

Commis

Monsieur Rossini, les musiciens pour l’audition sont arrivés.

Rossini

Bien.

Giuditta ramasse sa capeline. Rossini lui baise la main. Alors qu’elle s’apprête à franchir la porte, elle se tourne vers le compositeur.

Giuditta (en français)

Des Arsace il y en a beaucoup, des Sémiramide très peu.

La porte se referme. Rossini s’assied sur le sofa en soupirant.

2/1 – Bordeaux, port / Extérieur – jour

Le jour se lève sur le port. Le long des quais s’agitent des marins, des ivrognes, des patrouilles de soldats, des négociants. On empile des barriques de vin dans les cales des navires, on décharge d’autres marchandises.

Au milieu de la foule, une vieille femme en haillons chante une rengaine populaire et mélancolique. Elle s’accompagne d’un mauvais orgue de barbarie, pendant qu’une fillette tout aussi misérable demande l’aumône aux passants.

Petite mendiante

À vot’ bon cœur ! Une ‘tite pièce pour la chanson !

2/2 – Bordeaux, port / Extérieur – jour

Des marins assurent les amarres d’un grand bateau. Des passagers descendent de la passerelle. Parmi ces voyageurs se trouve une très belle femme, presque une jeune fille. Sa toilette est élégante, mais pas luxueuse. Elle est seule. Elle a l’air absente. Les hommes se retournent sur elle sans parvenir à attirer son attention. Soudain, elle remarque la vieille chanteuse. Elle s’en approche comme pour mieux l’entendre. La petite mendiante l’a vue. Elle tend sa main vers la jeune femme, qui sursaute.

Petite mendiante

À vot’ bon cœur, Mam’zelle ! Pour la chanson, Mam’zelle, pour la belle chanson…

Jeune femme

Non, désolée, je n’ai rien… Excuse-moi, mais je n’ai rien, vraiment…

Petite mendiante

Sûrement, qu’t’as rien  ! Et moi j’ai plein, tu veux que je te prête  ?… J’te crois, tiens  ! Retourne sur ton bateau, t’mérites pas qu’on chante pour toi.

La mendiante tire la langue à la jeune femme. Celle-ci, un instant interdite, la regarde s’éloigner puis poursuivre sa quête. Soudain, tout en retirant son gant gauche, la jeune femme interpelle la gamine.

Jeune femme

Hep ! Reviens ici, petite peste… J’ai quelque chose pour toi…

La mendiante se retourne, hésite. La jeune femme, tout sourire, lui faire signe de s’approcher.

Jeune femme

N’aie pas peur, viens…

À peine rassurée, la gamine revient sur ses pas. La jeune femme retire de son doigt une belle et lourde alliance en or, la pose dans la main de la mendiante.

Petite mendiante

…C’est… c’est pour moi ?

Jeune femme

Non, c’est pour la belle chanson… Allez, file, petite sauvageonne !

La petite fille disparaît dans la foule. La jeune femme sourit alors qu’un valet s’approche d’elle.

Valet

Madame, vos bagages sont réunis. On les charge dans la voiture. Vous serez à Paris jeudi soir.

3/1 – Bordeaux, Grand Théâtre / Extérieur – jour

La berline de la jeune femme quitte le port. La voiture longe le Grand Théâtre. La jeune femme semble fascinée par ce bâtiment. Elle interpelle le cocher.

Jeune femme

Arrêtez-vous, s’il vous plaît.

Le cocher obéit. La jeune femme descend prestement du véhicule.

Jeune femme

Attendez-moi ici.

La jeune femme gravit d’un pas léger les marches du bâtiment. Elle hésite un instant avant de franchir la porte. Finalement, en inspirant une grande bouffée d’air, elle pénètre dans le hall du Grand Théâtre.

3/2 – Bordeaux, Grand Théâtre / Intérieur – jour

Le bâtiment paraît désert. La jeune femme traverse le hall, monte les escaliers jusqu’aux loges du public. Elle veut y entrer, mais les portes sont fermées.

La jeune femme s’introduit alors dans les entrailles du bâtiment, jusqu’à parvenir aux coulisses. Suffocante d’émotion, elle déambule, émerveillée, au milieu des décors oubliés. Elle arrive finalement sur la scène.

La salle est plongée dans l’obscurité. Le rideau est tiré. La jeune femme, émue, se glisse dans les tentures, les caresse. Puis, subitement, elle se met à courir d’un bout à l’autre de la scène, s’arrêtant parfois pour prendre des poses dramatiques ou mimant des saluts à un public invisible. Soudain, un homme maigrichon surgit des coulisses. Il hèle la jeune femme.

Homme

Hep, vous !… Le théâtre est fermé, M’dame, z’avez pas le droit d’être ici, et pis z’ êtes qui, au fait ?

Jeune femme

Je suis Maria Malibran Garcia, et être ici n’est pas mon droit : c’est ma place !

Homme

Et moi je suis le concierge, et vot’ nom ça me dit rien, M’dame, alors fichez-moi le camp d’ici ou c’est moi qui vais perdre ma place !

Fusillant le concierge du regard, Maria descend de scène avec prestance. En s’éloignant, elle se tourne une dernière fois vers la scène. Le concierge balaye. Maria sourit.

3/3 – Bordeaux, Grand Théâtre / Extérieur – jour

Maria revient vers sa voiture. Le cocher lui ouvre la porte.

Maria

Allons-y, la route est encore longue jusqu’à Paris.

Le cocher lance l’attelage. La berline quitte Bordeaux.

4/1 – Paris, appartement Garcia / Intérieur – nuit

Un appartement bourgeois à la décoration austère. Dans le salon, une petite fille sans charme joue du piano avec un certain talent. Derrière elle, un homme mûr au physique imposant, l’air sévère, observe et écoute attentivement. La petite fille est extrêmement concentrée. Quelques gouttes de sueur perlent sur son front.

Non loin de là, un jeune homme semble lire. En réalité, il ne cesse de jeter des coups d’œil inquiets vers le piano. Il chantonne doucement, anticipant la mélodie.

Soudain, la petite fille commet une erreur, tâche de se rattraper sans y parvenir. L’homme mûr agrippe la petite fille par l’épaule et la secoue violemment, lui jette les partitions au visage, tape du poing sur le clavier.

Homme mûr

Combien de fois vas-tu faire la même erreur ? Combien ? Combien ?

La petite fille commence à sangloter. Le jeune homme s’est levé brusquement, posant son livre par terre.

Jeune homme

Père, lâchez Pauline !

L’homme lâche la petite fille qui tombe alors de son banc. Le jeune homme aide Pauline à se relever. Il s’apprête à la prendre dans ses bras, mais la grosse voix du père les tétanise à nouveau.

Homme mûr

Pauline, va dans ta chambre et étudie ces partitions une fois pour toutes… Et cesse de pleurer comme une gamine !

La petite fille obéit. Elle quitte le salon en retenant ses larmes.

4/2 – Paris, appartement Garcia / Intérieur – nuit

Les deux hommes dans le salon.

Père

Elle ne se concentre jamais !

Fils

Pauline a huit ans !

Père

Et alors  ? On ne devient pas musicien en jouant à la poupée ou en rêvassant. Ta sœur est douée et je veux la voir triompher. C’est une Garcia, bon sang !

Fils

Faut-il donc lui apprendre la musique avec des coups ?

Père

S’il le faut, Manuel  ! Cela a très bien fonctionné avec Maria. C’est moi qui lui ai tout appris, à ma façon, et elle n’en est pas morte !

Les deux hommes observent un long silence.

Manuel

Père, j’aimerais être le professeur de Pauline. Je crois moi aussi qu’elle peut devenir une grande musicienne, si elle en a envie… Je veux l’aider.

Garcia se détourne. Manuel le retient par le bras.

Garcia

…Ne gâche pas son don, Manuel.

Manuel

C’est une petite fille intelligente, elle saura quoi en faire.

Garcia reste pensif un instant, puis quitte la pièce en claquant la porte. Manuel ramasse les partitions tombées, les pose sur le piano. Il s’assied à nouveau sur le sofa, essaye de se replonger dans la lecture de son livre, sans y parvenir.

5/1 – Paris, chambre Pauline / Intérieur – nuit

Entourée de poupées de porcelaine, Pauline sanglote sur ses partitions. Malgré les spasmes, elle chantonne. Soudain, un bruit dans la rue… Pauline se dirige vers la fenêtre pour y jeter un coup d’œil.

Dehors, une berline vient de s’arrêter face à l’immeuble des Garcia. Le cocher descend péniblement de lourdes malles, pendant qu’une jeune femme supervise l’opération… Le visage de Pauline s’illumine d’un large sourire. Elle quitte sa chambre en courant.

Pauline

Maria ! C’est Maria !

6/1 – Paris, immeuble Garcia / Extérieur – nuit

Maria est sur le perron de l’immeuble. Une vieille domestique à l’accent espagnol ouvre la porte.

Domestique

Oh, mademoiselle Maria, vous êtes là !

Maria

Bonsoir, Pilar, je…

Pauline arrive en trombe, saute au cou de Maria.

Pauline

Maria ! Maria !

Maria

Oh, Pauline ! Ma petite sœur chérie…

Pauline et Maria ne cessent de s’embrasser. Maria prend le visage de Pauline dans ses mains, le regarde attentivement.

Maria

Tu as pleuré ?

Pauline baisse les yeux, pose tendrement son visage sur l’épaule de sa sœur. Manuel s’est approché. Il a posé sa main sur la tête de Pauline et un baiser sur la tête de Maria. Garcia apparaît à la porte.

Garcia

Maria ? On t’attendait dans deux semaines…

7/1 – Paris, salle à manger Garcia / Intérieur – nuit

La famille Garcia est à table : Garcia préside, Manuel et Pauline d’un côté, Maria de l’autre. Pauline joue avec une belle assiette de porcelaine, s’amusant de son reflet grimaçant.

Manuel

Pose ton assiette sur la table, Pauline, elle est très délicate.

Pauline obéit. Garcia commence à réciter les bénédicités.

Garcia (en espagnol)

Père tout-puissant, nous te rendons grâce pour ce repas. Nous te remercions pour tes bontés envers notre famille. Nous te remercions aussi pour le retour de Maria. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

La vieille Pilar, aidée d’une servante plus jeune, commence à servir un repas frugal.

Pilar

Pardonnez-moi, mademoiselle Maria, le garde-manger était presque vide. Si j’avais su que vous rentriez aujourd’hui, je serais allée au marché pour vous préparer un festin…

Maria

C’est très bien ainsi, Pilar. Tout cela a l’air très bon…

Manuel

Pilar a raison, tu aurais pu prévenir de ton arrivée.

Maria

Pourquoi  ? Pour laisser le temps aux bonnes gens de médire  ? Non, l’heure viendra de faire savoir au monde que je suis revenue.

Pauline savoure ces derniers mots. Elle ne cesse de regarder sa sœur. Elle tâche de se tenir sur sa chaise avec le même port que Maria, imitant même ses gestes, ses manies : quand Maria déplace son verre, Pauline déplace son verre, quand Maria replace une mèche de cheveux, Pauline replace une mèche de cheveux… Ce petit jeu fait sourire un instant Maria, puis l’incommode.

Maria

Pauline, arrête ! Comporte-toi comme une demoiselle.

Garcia

Écoute ta sœur, Pauline !

Manuel acquiesce d’un hochement de tête : Pauline obtempère.

Garcia

Pauline ne maîtrise toujours pas son souffle. Tu devrais lui montrer comment on fait, Maria.

Manuel

Que comptes-tu faire ? Divorcer ?

Maria

Les formalités risquent d’être longues et coûteuses. Monsieur Malibran est ruiné, je devrais en assumer le coût toute seule. Je ne suis pas en mesure de le faire pour l’instant.

Manuel

Ce vieux menteur ! Il nous a bien eus, avec ses airs de millionnaire ! Quand je pense à ce que tu as dû endurer !

Garcia

Pilar  ! N’y a-t-il rien d’autre pour ma fille que cette volaille ? Est-ce ainsi qu’on la reçoit, en servant de la viande froide ?

Maria

Cela ne me dérange pas, Père, j’ai pris l’habitude de la viande froide à New York.

Silence gêné.

Manuel

On dit que New York a de très belles salles ?

Maria

Moui… Le public est encore un peu rustique, malgré l’argent… Paris m’a tellement manqué !

Manuel

J’imagine. Ici, c’est la même folie que toujours. Les théâtres sont pleins. Et cela va aller de mieux en mieux. Figure-toi que Rossini a pris la tête des Italiens. Il paraît qu’il souhaite monter Sémiramide…

Maria

Sémiramide ! Quel beau rôle !

Pauline

De quoi ça parle ?

Manuel

C’est un drame légendaire représentant…

Maria

C’est la belle histoire d’une femme qui assassine son vieil époux.

7/2 – Paris, salon Garcia / Intérieur – nuit

L’horloge du salon sonne une heure du matin. Manuel somnole sur le divan, Garcia lit un livre, Maria abandonne sa broderie.

Maria

Je suis fatiguée… Bonne nuit, Père.

Elle embrasse son père sur le front. Alors qu’elle s’apprête à franchir la porte du salon, Garcia la retient.

Garcia

Maria…

Maria

Oui ?

Garcia

Je voulais te dire… Ton mariage…

Maria

Oui, Père ?

Garcia

Je… Si je t’ai encouragée à te marier, c’est en pensant à ton bien. Si j’avais su que ce Malibran n’était qu’un menteur, je… Jamais, je… Je ne pensais pas me tromper.

Maria

Ne vous en voulez pas pour cela, Père… Ce mariage, je le désirais, moi aussi… D’une certaine façon.

Garcia

L’important aujourd’hui est que tu penses à ta carrière. C’est tout ce qui compte. Je serai là pour t’aider. Je connais beaucoup de gens.

Maria

Merci, Père, mais j’ai grandi. Je peux me débrouiller seule… Bonne nuit.

Maria monte dans sa chambre. Garcia reste un instant pensif, puis range son livre dans la bibliothèque au-dessus du piano.

8/1 – Paris, rue populaire / Extérieur – jour

Une rue populaire, grouillante de monde. Une patrouille de soldats se fraye un passage parmi les étals, les déchets et les mendiants.

8/2 – Paris, cave / Intérieur – jour

Au fond d’une cave plongée dans une semi-obscurité, un petit homme au crâne dégarni actionne une presse d’imprimerie. Des tracts s’accumulent dans le minuscule réduit. On peut y lire en caractères gras : « À BAS CHARLES X ! À BAS LA CENSURE ! »

Contre une voûte se dessine la silhouette élancée d’une autre personne. C’est un beau jeune homme, le regard fier, le sourire malin. Il tient en main deux lettres d’acier tirées des caisses de typographie : le M et le N. Il les contemple avec curiosité.

Jeune homme

M, à l’envers c’est W… Mais cela devrait être N.

Imprimeur

Qu’est-ce que t’as dit, Hippolyte ?

Hippolyte

Je dis qu’en imprimerie, M à l’envers c’est W, alors que dans la vie, « aime » à l’envers c’est « haine »…

L’imprimeur hausse les épaules. Hippolyte lui montre successivement les caractères d’imprimerie, tenant le M une fois à l’endroit, une fois à l’envers, puis de l’autre main le N.

Hippolyte

M… W… M… N… Oh, et puis, laisse tomber !

Imprimeur

Tu sais que je risque ma peau avec ça ! Pire, on pourrait me confisquer ma presse !

Hippolyte

C’est le prix de la liberté !

Imprimeur

Tu expliqueras ça au geôlier, ça le fera rire !

Hippolyte

Cesse donc de te plaindre, il n’y a rien à craindre…

À cet instant, Hippolyte aperçoit à travers le soupirail les bottes des soldats se dirigeant vers la cave.

Hippolyte

Nom de Dieu !… Hector, la Garde, vite !

Hippolyte réagit prestement. Il s’empare du premier tas de tracts à portée de main et se précipite vers la porte de la cave. Trop tard ! Des gardes armés défoncent la porte.

Garde

Au nom du Roi !

Hector est tétanisé. Hippolyte n’hésite pas un instant. Il se fraye un passage en force parmi les gardes, parvient à sortir de la cave, à s’enfuir dans la rue.

Deux soldats et l’officier se lancent à sa poursuite. Ce dernier le vise avec son pistolet.

Officier

Halte !

Hippolyte continue à courir. L’officier tire. La balle touche le bras du fugitif, mais sans l’arrêter. La panique gagne la foule dans la rue.

L’officier donne ses ordres à ses hommes.

Officier

Vous avez vu qui c’était ?

Soldat

Non, mon capitaine. On n’a pas eu le temps.

Officier

Je suis sûr de l’avoir touché. Rattrapez-le, il ne peut pas aller bien loin.

Les soldats se séparent en deux groupes à la poursuite d’Hippolyte. Pendant ce temps, l’officier et un autre soldat font prisonnier Hector et confisquent les tracts.

Dans sa course, Hippolyte se débarrasse de sa veste maculée de sang.

8/3 – Paris, rue / Extérieur – jour