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Tome compagnon, les Mirror peuvent être lus indépendamment les uns des autres
Quand Chloé rencontre Lily, c’est un choc : un vrai miroir. Tout les oppose, même si elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Au-delà de ça… l’une travaille pour peiner à boucler les fi ns de mois et subvenir aux besoins de sa mère, malade, malgré ses grandes facultés scolaires ; l’autre est riche, superficielle, étudiante pire que moyenne.
« Et si on inversait les rôles ? Si tu réussis mes études pour moi, je vous donne assez d’argent, à ta mère et à toi pour vous mettre à l’abri et lui garantir les meilleurs soins du pays. ».
Alors les deux filles échangent leurs vies, et Chloé se retrouve projetée dans l’existence de Lily. Elle découvre une femme qui la traite comme sa fille pour son plus grand bonheur. Et elle rencontre Billy qui semble être le petit ami de Lily ? C’est un rustre, un macho, un voyou. Il est dangereux. Il est animal… et…
Non, elle ne peut pas y penser ! Il y a Mark, son fiancé, il y a sa vie ! Et elle ne veut pas causer de tort à Lily…
TW: Scènes de sexes explicites
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Seitenzahl: 398
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Couverture par Scarlett Ecoffet
Maquette intérieure par Scarlett Ecoffet
Correction par Emilie Diaz
© 2025 Imaginary Edge Éditions
© 2025 Ecoffet M.Scarlett et Valery Rinnocte
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés.
Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou production intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
ISBN : 9782385720896
Ce roman est un roman érotique contenant des scènes de sexe explicites et du langage cru.
Les auteurs utilisent les mots uniquement pour servir la fiction.
Ce roman est interdit aux -18 ans.
Oh my god, quand je vois l’état de ma peau et de mes cheveux dans le reflet du miroir, je panique complet ! Les soins de Tali, mon esthéticienne, me manquent tellement. Lorsque tout sera terminé, je vais squatter au centre de beauté au moins une semaine.
Et j’exagère à peine !
Lily n’a absolument rien en produits esthétiques ! Pas même une crème hydratante basique, pourtant, cela ne coûte pas tant. Il va vraiment falloir que je fasse des emplettes et que je lui enseigne des tips pour son propre bien. On peut ne pas avoir de moyen, mais il est tout à fait possible de gérer un minimum syndical au niveau de sa routine skincare.
Enfin bon, tout rentrera dans l’ordre pour moi et le traitement de mon derme fragile quand ma petite histoire sera terminée.
Je parle, je parle et je ne révèle rien. Je devrais sûrement préciser qui je suis, qui est Lily, tout ce que nous avons accompli ces derniers temps.
Allez, j’arrête de m’horrifier sur mon visage maltraité et je commence à expliquer !
Je m’appelle Chloe Moore et, depuis 22 ans, je vis à Londres, actuellement fiancée au garçon le plus magnifique du monde. Mes parents, eux, sont morts depuis plusieurs années et il ne se passe pas un jour où il ne me manque pas. La bienveillance de maman, les bêtises de papa, j’ai toujours l’impression d’avoir expérimenté la pire injustice du monde quand cet accident de voiture me les a enlevés. Je n’aime pas dire qu’heureusement ils avaient prévu tout pour moi en cas de danger, hélas, je dois le confier. Je n’ai pas été abandonné, Sean a pris mon éducation en charge et il a veillé sur moi.
Sean est… était ? Est… je ne sais pas, le meilleur ami de mon père. Il est devenu mon tuteur et il est désormais mon beau-père, puisque je suis fiancée à son merveilleux fils : Mark. Papa aurait été tellement heureux de me voir avec lui. Il aurait trouvé cela magnifique, il a toujours adoré Mark.
Ma vie est belle, simple et remplie de légèreté. Contrairement à Lily, je n’ai qu’une seule ombre à mon tableau : un devoir de réussite. Malheureusement, je ne suis pas à l’aise dans les études, chacun son territoire de prédilection !
Un jour, je devrais reprendre la tête de l’entreprise parentale. Et je veux que cela arrive. C’est réellement important pour moi. Même si tout le monde pense que me mettre à la direction d’une société c’est voué à l’échec. Le mien et celui de la compagnie en question…
En mémoire de papa, je n’ai pas d’autres choix. Je suis une bonne fille et je dois lui faire honneur. Maman serait fière en prime si je réussissais. C’est donc ce que je dois accomplir.
Malheureusement, je suis réaliste, je n’y arriverais jamais. Je n’ai pas confiance en moi pour cela, livrez-moi le relooking de n’importe qui, je n’aurais aucune hésitation, mais mettez-moi devant une feuille d’examen et brrr.
Par contre, Lily…
Je n’arrête pas de vous parler d’elle et il est temps de vous éclairer un petit peu. Lily a le même âge que moi et vit avec sa maman. Elle a grandi à Manchester, et a dû cesser ses études pour aider sa mère qui a un grave cancer. Lily, elle, elle pourrait tout gérer au niveau de l’université. Contrairement à moi, c’est une véritable tête !
Je sais, vous devez vous demander pourquoi je parle d’elle. Quel est l’intérêt ? J’y viens !
Lily a l’intelligence et j’ai la beauté. Elle aussi indirectement, puisque nous nous ressemblons comme deux gouttes d’eau. Enfin, si j’avais les ongles courts et les cheveux cassants.
Le hasard a voulu que nous nous rencontrions…
Très sincèrement, je ne me suis jamais, never, imaginée en jogging. Ou avec un filet mou sur le crâne. Qui pourrait se concevoir ainsi ? Quand je suis tombée sur ma copie presque conforme, j’ai eu une syncope. Façon de parler. J’ai franchement cru que je faisais un malaise bizarre ou une sorte d’intoxication au gluten nouvelle génération. Voire un variant du Covid. Qui sait ? En tous cas… j’ai eu Lily en face de moi et, pour la première de toute ma vie, j’ai raccroché au nez de Mark.
Mon pauvre chéri…
Et dire qu’il y a des sites qui vous permettent de retrouver votre sosie dans le monde entier. Le mien était à l’université ! Avec mon ancienne couleur sur les cheveux. Le châtain m’allait pas mal, mais le blond, c’est tellement mieux ! Bref je m’éparpille…
Sans paniquer, nous sommes restés hyper calmes pour discuter. En fait j’étais trop tétanisée pour réagir vraiment. Je croyais qu’il s’agissait d’une sorte de clone qui allait me remplacer. Lily a été absolument rationnelle, elle a effectué des recherches sur le net pour essayer de comprendre. Moi j’ai zappé de faire le meilleur TikTok de ma vie…
— J’ai une idée, j’appelle mon petit copain et s’il ne capte rien, c’est genre qu’on se ressemble réellement !
Lily a validé ma proposition et Mark n’a rien percuté. Il a toutefois remarqué que « je ne portais pas la bonne couleur ».
— Je te préfère en blonde ! Châtain c’est super commun, faut bien que tu te distingues un peu des autres filles.
Il n’aime pas le changement, alors il n’a pas été très agréable. Je le reconnais bien là, il a son petit caractère si particulier, qui me plait tant. J’admets parfois, il est un brin blessant, mais je le soupçonne d’être HPI ou un truc comme ça. Le machin qui fait qu’on dit toujours ce qu’on pense sans filtre. Ce n’est rien d’autre, puisque Mark est d’une redoutable intelligence et perspicacité. Ensuite, nous avons essayé avec son… ex. Je ne l’ai pas bien vu sur la visio, il dormait à moitié, dans le noir, mais avec sa voix caverneuse et son soupir las, je suis certaine que c’est un sale rustre.
— Pourquoi tu m’emmerdes avec un visio ? Quelle connerie… et pourquoi tu t’es faite blonde ?
Quel goujat ! Non, mais sérieux, qui parle comme ça, à une femme ? Son Billy est mal élevé.
Enfin, peu importe ! Pendant qu’il grommelait comme une sorte de cochon, j’ai eu un éclair de génie. Elle aussi. Moi j’ai besoin de son intellect et elle de mon argent, alors… pourquoi ne pas switcher ? Échanger nos vies ! Pas pour toujours, mais juste le temps de réussir mes exams ! Je n’ai pas la capacité et elle si. Elle, c’est l’argent qui lui manque et j’en ai…
Elle a hésité un instant. Je pensais que la convaincre avec l’idée de recevoir la somme directement était judicieux, or ce n’est pas cela qui l’a fait céder. J’ai été franche, j’ai compris que laisser sa maman malade la stressait, et je lui ai dit que, moi, je n’en avais plus de mère. Alors, je pouvais veiller sur la sienne. L’émotion a failli m’emporter quand je lui ai confié cela, c’est systématiquement dur pour moi d’évoquer ce point. J’aurais aimé être pour toujours une petite fille et grandir avec mes parents.
Finalement, elle a accepté et nous avons procédé à notre stratagème. Nous avons fait des essais et nous avons constaté que rien ni personne n’était parvenu à nous reconnaître, ou à se dire qu’il y avait un souci.
Je vais pouvoir être une bonne fille et honorer le souvenir de mes parents grâce à Lily et elle n’imagine pas combien cela coûte plus pour moi que tout le reste. Elle me dit que je devrais quand même apprendre des choses, toutefois, si je suis diplômée, ce sera déjà ça ! On avisera la suite après…
Ainsi, tout a débuté dans le plus grand des secrets sans que quiconque ne soit au courant.
Emily « Lily » Brown est devenue Chloe Moore et je suis devenue Lily.
Maintenant, voici mon histoire.
La voiture de Lily n’est pas du tout une automatique, c’est une vieille Metro absolument immonde d’une couleur caca d’oie. Cela a beau être une Austin, je pense sincèrement que c’est la plus vilaine auto du monde. Elle est propre et sent pourtant l’humidité. Je suis certaine qu’elle doit prendre l’eau.
Je déteste la conduire.
Et je déteste le paysage.
Des maisons qui se ressemblent, d’anciens pavillons à bas prix qui ont été très prisés dans les années 80, je crois. Ils ont l’air fatigués, tristes et me collent le cafard. Ici tout est sale, gris et maussade, Londres me manque. Toutefois, je ne dois pas trop me plaindre, parce que ce n’est qu’une petite épreuve à passer. Et Dieu sait qu’elle est compliquée quand je vois l’horrible hoodies que je porte.
Celui qui a inventé les joggings informes doit certainement brûler en enfer, il sera juste à côté de Camilla Parker Bowles quand elle décèdera, et il pourra lui confier combien elle était magnifique dans ses robes !
Oui, je ne suis pas du tout fan de l’actuelle Reine, je sais que je ne devrais pas, c’est l’épouse de Charles, mais mon cœur est fermé. Il n’y aura jamais que Lady Diana ! Je ne l’ai pas connue, mais Maman m’a tout appris d’elle. Et bon sang, quelle Princesse ! Aucune ne l’égalera jamais. Même pas Kate. Enfin, elle est toujours mieux que Meghan, la voleuse de Prince. Foutue Américaine !
La voiture s’arrête brutalement dans l’allée quand j’enclenche le frein. Elle se coupe et soupire. Son ventilateur soufflant avec bruit. J’espère qu’elle ne va pas décéder, je refuse de prendre le métro pour me rendre au travail de Lily. L’idée de devoir tenir une barre où tout le monde a mis sa main me répugne.
Je sors du véhicule et inspire un grand coup. Le pavillon est comme tous les autres. Le jardin est… je ne suis pas sûre que ce soit encore un jardin justement. Enfin bon, la saison n’est pas clémente et je sais que la maman de Lily n’a pas la force. Elle adore les fleurs, j’aurais voulu rentrer avec un immense bouquet. Je ne l’ai pas fait, car je dois faire « attention à l’argent ». Cette notion est hyper compliquée pour moi. Je ne comprends pas ce que cela signifie, je n’ai jamais eu ce problème. Bref, je n’ai rien acheté, juste des courses de première nécessité. À savoir, des tampons. Vu comment j’ai mal au ventre, mes règles ne vont pas tarder.
Poussant la porte, une odeur de vanille imprègne mes narines. L’endroit est vieillot et vétuste, mais il est chaleureux et propre. Je retire mes immondes baskets défoncées dans l’entrée et les ranges avec soin dans le meuble à chaussures. Rapidement, j’enfile les pantoufles chaudes et laisse les clés dans la coupe. Le tout petit vestibule mène soit à la salle de bain, le salon ou à l’escalier menant à l’étage et les chambres.
— Ma… Maman, je suis rentrée.
Un sanglot m’étreint, dire ce mot est plus compliqué que je ne le croyais. J’inspire, je concentre ma respiration et je constate que Meredith n’est pas dans le salon. Sa tête passe l’embrasure de la cuisine, ses traits fatigués me font percuter la réalité des choses.
— Ma Lily, tu rentres tard.
Sans chercher, elle vient m’enlacer et l’odeur de son parfum me rappelle celui de maman. Elle portait quelque chose de similaire, en tous cas, les teintes de bases sont identiques et je la serre fort.
Très fort.
Ce débordement d’affection me garde entre ses bras, elle embrasse ma tempe, me dorlote et je manque d’éclater en sanglots. En vérité, je me mets à pleurer en silence, submergée par mes émotions. C’est stupide, mais mes hormones sont en vracs et…
— Mais, qu’est-ce qui t’arrive ? Il y a eu un souci au boulot ?
Impossible de parler, je secoue la tête, essuyant mes larmes du revers de la manche. Ses yeux se confondent soudainement en une lueur chagrine.
— Oh… tu sais déjà pour Billy ?
— Quoi ?
Je renifle.
— Non… non je vais juste avoir mes règles.
Je lui montre mon sac kraft et le contenant. Elle fronce les sourcils et s’inquiète.
— Déjà ? Mais… tu les as eus il y a moins de deux semaines.
Et flûte.
— Tu es certaine que tu ne te trompes pas ?
Qu’est-ce que je dois dire ?
— Je ne sais pas Maman, je… je sais juste que j’ai mal pareil.
Nos regards se fixent, elle hésite, j’hésite. Elle abdique en premier. Je dois simplement promettre de prendre rendez-vous si jamais je vois qu’il y a un souci.
— Tu travailles trop, ça va se répercuter sur ta santé, soupire-t-elle avant de me proposer une bouillotte pour mon ventre et de ranger mes courses. Je refuse, elle a l’air tellement épuisée qu’il n’est pas question que je lui laisse accomplir quoi que ce soit.
— Cela sent bon, dis-je en pénétrant dans la cuisine et en allant préparer du thé. J’ai besoin de chaud et je veux lui élaborer un petit quelque chose pour qu’on s’installe sur le canapé. Lily et sa mère le font toujours.
— Un Sheperd’s Pie comme tu les aimes.
— Miam.
Mon mensonge est honteux. Je déteste les plats aussi lourds. Je préfèrerais manger une salade avec des avocats toast. Mais je comprends que c’est la nourriture idéale pour une travailleuse comme « moi ». De la viande hachée, des petits pois, des carottes, et de la purée de patate, pas cher, économique…
Le thé noir préparé, malheureusement, il n’y a que ça, je rajoute quelques sucres dans le mien et du lait d’amande. Ce breuvage est trop brutal pour moi, je préfère le thé blanc, voire le vert.
Heureusement que mon double a les mêmes soucis que moi pour le lactose.
— Tu disais quoi à propos de Billy ?
Je remets le sujet sur le tapis, parce que cela me revient dans le crâne. Un peu par hasard. Je m’en fiche totalement en réalité et je suis en outre ravie à l’idée de ne pas avoir à le croiser, mais… il faut que je m’y intéresse forcément.
Meredith inspire, assise sur le canapé, elle semble chercher ses mots et finit par lâcher :
— Il a été arrêté et il est passé en jugement. De ce que m’a dit sa tante, il va faire quelques mois de prison.
Un délinquant, Lily, sort avec un délinquant. J’écarquille les yeux. Non pire, un gangster. Oh my god, je demeure idiote sans savoir que répondre et je largue un froid :
— Bien fait pour lui.
— Emily, tu es intraitable avec cet homme ! Billy est un bon garçon, il n’a pas eu les mêmes chances, si tout le monde le traite comme un malfrat, il le restera.
Meredith adore Billy, forcément, elle le défend. Ma complice me l’avait expliqué. Ceci dit, je n’aime pas être grondée et le ton sec de Meredith me pousse à baisser le nez sur ma tasse.
— Je ne t’ai pas éduquée à être aussi froide, Emily Brown, surtout avec un jeune homme qui nous aide autant.
— Pardon Maman, mais avec Billy c’est…
— Compliqué, je sais. Cela l’est depuis tes seize ans. Mais n’oublie pas que c’est un homme qui tente de s’en sortir. Il a fait de mauvaises rencontres, suivies de mauvais chemins… mais avec les parents qu’il a eus…
Elle secoue la tête.
Je ne vois pas du tout de quoi elle parle. Je m’excuse encore. Tout ce que je me dis en tous cas, c’est que j’ai un souci en moins dans les pattes. Ce qui n’est pas si mal.
Une voiture en moins, un parfum de friture, un ongle bousillé. J’ai l’impression que l’univers s’est ligué contre moi ! Comment Lily peut-elle supporter un tel quotidien ? C’est un enchainement journalier de soucis, de gris et de chagrin.
La cantine de l’Université est un endroit hostile, entre les dangers de brûlures, les autres qui veulent que j’aille vite, les étudiants mal polis et le chef qui me hurle dessus, je suis à bout de nerfs. J’angoisse de m’y rendre tous les jours.
Je suis tellement fatiguée à la fin de ma journée, que, quand je rentre, je mange et je dors directement. Je n’ai plus aucune vie sociale, moi, rien, nada ! Je n’ai pas vu une seule copine de Lily et je commence à me dire qu’elle n’en a pas. Qui peut survivre sans amitié ? J’ai l’impression d’étouffer ! On pourra dire que je l’ai mérité mon diplôme, parce que j’endure réellement les choses et je le fais, avec bravoure !
Et à pied.
Ma journée finie, j’ai la sensation de passer ma vie au taf. Il va me falloir encore presque une heure pour rentrer. Je rêverais de prendre un taxi, je ne peux pas. Je mesure combien Lily est une guerrière des temps modernes ! Grâce à son existence, je peux comprendre ce qu’est la charge mentale.
J’enfile mon horrible doudoune qui est mon seul réconfort. Elle sent la vanille, comme Meredith. Mon lot de consolation, c’est de retrouver cette maman et de me faire bichonner. Elle m’a promis de me cuisiner des spaghettis aux saucisses ce soir, l’idée me comble un petit peu. Je n’en ai pas mangé depuis des années, parce que je fais attention à ma ligne, mais ce minuscule écart me remontera le moral.
Fort heureusement, je n’ai pas pris de poids. J’ai toujours eu une silhouette athlétique, naturellement avantagée par un bon métabolisme. Je prends soin de ce que j’ingurgite et j’essaye de garder la forme en accomplissant de petits exercices.
Par exemple, j’exécute une demi-heure d’étirement dans la journée, que je sois épuisée ou non, un peu de yoga ne fait pas de mal. C’est important. Je descends parfois une station de métro avant le matin pour marcher et je cours le dimanche. Avec un spray au poivre dans la poche, au cas où. Non parce que je n’ai pas super confiance à la population du quartier.
On peut dire que je m’en sors bien.
Même si mes cheveux sont en dépression, mes ongles en PLS et que ma peau va être un sacré chantier plus tard. Je me suis secrètement acheté des crèmes quand même et j’en mets soigneusement. Tant pis, si je suis découverte, je trouverais bien une excuse.
Mon rêve du moment c’est de rentrer. Avec les fêtes qui approchent, autant dire que c’est la cohue dans les transports.
Cachant mon nez dans l’écharpe épaisse autour de mon cou, je me dandine en sortant de l’établissement. Le froid est piquant, je suis certaine qu’il va neiger. Cela permettra de recouvrir les rues moches au moins.
— Hey toi !
Je ne capte pas le premier appel, en même temps j’ai un prénom, hein. Alors, je continue de marcher, essayant de dépêtrer le fil des écouteurs. Flûte, je l’avais pourtant démêlé ce matin ! En plus, avec mes doigts qui se refroidissent, autant dire que je suis en galère !
— Hey toi !
Une main sur mon épaule. Je pousse un hurlement puissance infinie. J’étais dans mes pensées, forcément.
— T’es sourde ma parole !
Une nana toute petite avec des trous de partout me fixe. Je ne l’ai jamais vue. Sa couleur de cheveux criarde n’a pas été refaite depuis un moment et je ne parle même pas de ses yeux surmaquillés d’eye-liner. Comment elle arrive à jacasser avec autant de piercings… et eurk, elle a des machins qu’on les punks aux lobes des oreilles, qui font de gros trous transformant le tout en sorte d’escalopes flasques. Des… écarteurs.
Je la dévisage, pitié que ce soit pas une copine de Lily, pitié que ce ne soit pas une copine de Lily.
— Tu vas bien ?
Je ne veux clairement pas lui faire la bise. Son odeur de cigarette froide me pousse à plisser le nez.
— Euh… oui. Et… toi ?
Emilie aurait pu me dire qu’elle avait une amie tatouée de partout, pleine de piercings, et des cheveux… oh my god, si j’avais les mêmes, je jure que je m’évanouirais.
Son sourire m’intimide, il n’a absolument rien d’amical. Je m’attends à ce qu’elle dise quelque chose, pourtant, elle se contente d’avoir l’air menaçante, avant de croiser les bras et me lâcher :
— Je voulais te dire que cette fois, j’ai zéro envie de te voir sur le territoire d’mon daron, du coup, on est claires : que j’te voie pas traîner avec mon mec. O.K ? Je pourrais être vraiment furax ce coup, que tu te permettes de te la jouer sa régulière… hum ? Tu vois ?
Non, je ne vois rien du tout et je reste estomaquée en priant intérieurement pour que cette malfrat ne m’attaque pas à la gorge. Je déglutis et je hoche la tête, lui donnant ce qu’elle veut. C’est avec une expression ravie maintenant qu’elle me souligne :
— Parfait, je me disais que t’était pas trop conne comme nana.
Est-ce que c’est cela qu’on appelle une menace ? Oui, j’en suis certaine. Un hoquet d’effroi me secoue les épaules et alors qu’elle s’en va, je fourre mes mains dans mes poches avec les écouteurs et je file. Vite, très vite, droit vers le métro. Je veux rentrer à la maison, retrouver Meredith et me cacher sous ma couette.
Un sanglot m’étreint la gorge, terrifiée et je prends sur moi pour demeurer stoïque. Je devrais envoyer un SMS à Lily…
Non, mauvaise idée. Cette fille, c’est sûrement une camée en plein délire. Parce que je ne vois pas qui elle est, elle ne m’a pas appelée par le prénom de mon double et elle a juste désiré me faire peur. Ce qui est réussi.
J’essaye de comprendre, or je n’ai jamais été très douée pour ce genre de choses. Les intrigues de thrillers bizarres, fort peu pour moi. Je crois sincèrement que c’est une toxico qui cherchait à me voler ou qui était en plein bad trip. Oui, voilà, c’est ça.
Juste ça…
***
Un thé brûlant, un gros câlin de Meredith qui ne se prive jamais de me chouchouter et une douche bouillante plus tard, j’ai quasiment oublié l’hystérique. L’odeur du repas plane dans la maison et ma faim de loup s’en contentera bientôt. Je vais m’offrir une belle assiette, parce qu’il gèle dehors, que j’ai été sujette à de fortes émotions et que j’ai besoin d’un bon dîner chaud avant de dormir.
Une petite incartade comparée à d’habitude, sans dessert, ne devrait pas me faire de mal. Je reconnais que mon appétit est un tantinet plus conséquent ici, il me faut de l’énergie pour mon quotidien.
Je suis en train de mettre la table quand on sonne à la porte. Meredith est fatiguée, elle me le cache, mais je le vois. La prenant de court, je dépose un baiser sur sa joue et clame y aller.
Et si c’était la toxico ?
Hum, nan, elle ne peut pas savoir où j’habite ! Et puis, bonjour ma parano, je ne suis pas du tout sujette à ce genre de crises. Je file vers l’entrée, vérifie par le judas et aperçois une nana immense de dos. Pas très féminine quand même. Elle a de magnifiques mèches brunes en tous cas !
C’est sûrement une voisine, elles viennent souvent apporter des desserts faits maison, des petites attentions, pour aider Meredith. Je les accepte toujours ainsi que leur clin d’œil disant : je t’avais promis ça, ou ça. Histoire que « Maman » ne comprenne pas leur bienveillance. Elle n’est pas idiote, elle sait.
J’ouvre.
La silhouette est bien taillée, pas comme mon Mark, elle a tout de même des esquisses très masculines. Elle porte un cuir d’ailleurs estampillé d’un logo de pitbull, je crois. Très peu élégant, graphiquement médiocre et son pantalon moule un fessier… je redresse la tête aussi vite qu’elle s’était baissée quand l’inconnu se retourne.
— Lily !
La brune est un homme !
Il s’avance, je recule. Il est immense, barbu et chevelu.
— Putain, tu m’as manqué !
Je manque de crier quand sa bouche tombe sur la mienne et qu’il me plaque contre le mur de l’entrée, m’offrant le baiser le plus passionné que je n’ai jamais reçu de ma vie.
La lourde grille se referme derrière moi ! Libre ! Enfin ! Bon, je reconnais que je n’ai pas passé très longtemps entre ces murs. Trois mois… et encore, je devais en purger huit, le système est ainsi fait. Je n’ai pas de raison de me plaindre. Certes, nous vivons à trois dans neuf mètres carrés, cependant je n’ai pas l’impression d’avoir été maltraité. En soi, c’est plus ou moins normal, je n’ai rien fait de mal. Rien fait de mal ? Bon, n’exagérons rien. Peut-être que si. Mais de base, je suis allé en taule, car je suis le seul qui ait été attrapé. On peut dire que j’ai morflé à la place des autres. Tout ça pour quelques bagnoles de luxe tirées pour les revendre. Ce n’est pas la mort !
D’habitude je m’en serai sorti avec une pirouette, hélas, ce n’est pas la première fois qu’on me met les pinces, et comme j’ai dit avoir agi de mon côté, mentant éhontément, on ne m’a pas vraiment épargné. C’est marrant d’ailleurs de constater que les cadeaux, ce sont toujours pour les mêmes types de personnes. Le fait que je ne sois pas un gars bien doit peser dans la balance. Soyons clairs : j’ai déjà fait de la prison à deux reprises, avant. Pour agression. Quand on me provoque, je réponds. Et si je cogne plus fort que ceux d’en face, alors c’est sur moi que la police tombe. Pourquoi ne savent-ils pas frapper autrement que comme des fiottes ? Bref.
Je suis là et je respire la liberté. Enfin ! ça fait du bien. Devant le pénitencier, Jay m’attend en moto. Personne n’est dupe, la prison ne m’a pas fait me sentir prêt à devenir un mec honnête. Je ne compte pas vraiment changer de vie. J’aurai juste appris à devenir plus prudent quand les flics se montrent. Citoyen modèle… mes couilles sur ton front. À la limite, je peux dire que la taule, ça radicalise. Je vais faire en sorte de radicalement pas y retourner. Tout simplement.
— Salut bro’ !
Je m’approche de Jay et je lui en tape cinq avant de me percher derrière lui sur sa bécane qui grince sous le double poids, je prends le casque qu’il me file.
— Alors, raconte, c’était comment les vacances à l’ombre ?
Je ricanerai presque.
— Je ne répondrai que devant une Guinness bien brune au Badger’s.
Il accepte d’un signe de tête. En même temps, c’est logique que nous nous rendions là-bas. Le Badger’s est un pub un peu crasseux, le genre miteux, pas spécialement propret. Il n’empêche, c’est où nous nous retrouvons avec les potes. Il s’appelle comme ça parce que le chef derrière le comptoir a depuis des années des touffes de cheveux blancs au milieu du noir d’encre, ce qui fait qu’il est passé de Tom Baggers à Tom « Badger ». Cela a donné son nom au lieu. Lui aussi c’est un vieux copain. C’est plus ou moins lui qui commande. Et si vous pensez que ce n’est qu’un barman, vous devriez le voir avec un rasoir à la main… à ma connaissance il a déjà tué. Plus d’une fois. Il n’en reste pas moins que c’est un type en or.
Le trajet est rapide, et la satisfaction de la brune fraiche sur ma langue n’est pas vilaine du tout. Une gonzesse, en cuir et jean, s’approche de nous. Elle a un sourire jusqu’aux oreilles, contente de me voir. Je devine pourquoi.
— Oh ! Alors ça y est, t’es sorti ? Et du coup, ça t’a fait quoi de se la faire mettre dans le derch’ par un grand black dans une douche ?
Très maquillée, les cheveux teints, elle se tient là, petite gonzesse avec un piercing au pif, à la lèvre, des écarteurs aux lobes. Elle a viré les faux ongles qui lui faisaient des griffes, ça ne l’empêche pas de sembler égale à elle-même.
— Hey Cass !
Elle s’approche, s’assoit à moitié sur ma cuisse pendant que je bois ma bière et je fais mine de l’ignorer un peu. Elle, elle ne me lâche pas. Elle pose d’ailleurs carrément sa main sur mon paquet, l’air de rien. Cette meuf, elle a le feu au cul, avec moi du moins. Ça me ferait presque mal au cœur pour Jay qui la bouffe des yeux et pourrait faire des trucs de taré pour qu’elle s’intéresse à lui.
— Il allait raconter, Princess !
Cassie, dit Princess, parce qu’elle est la fille du taulier, agit un peu par caprice, comme une Princesse, mais l’idée d’être appelée ainsi ça là lui plait beaucoup. Un rire la gagne, chaud, et en même temps aigre. Difficile à expliquer. Je n’aurais peut-être pas dû lui donner l’impression que je suis intéressé par elle. Seulement, souvent, quand ma nana m’envoie bouler, elle sert de consolation. Elle ne s’en plaint pas, et m’a même parfois laissé des traces de griffes dans le dos ! C’était la faute de Lily, presque !
— Alors ? Raconte beau mec ! On veut les détails…
Je lui souris, et la repousse un peu. Pas beaucoup ceci dit. En fait, je pense que j’ai surtout envie de voir Emily. La réaction de Cass ne se fait pas attendre. Elle me fusille du regard, à deux doigts de feuler. Elle déteste que je la rejette. Selon elle, je ne devrais pas en avoir le droit.
Je bois une longue gorgée de ma bière avant de commencer à subir les assauts des questions. En plus de Jay, deux autres se sont joints à nous pour entendre le récit, même Badger est à l’écoute, je le vois à la manière dont son torchon cradingue essuie le verre à invités. Il s’en branle que ce soit propre, c’est pour les invités. Généralement il crache dedans, ou pire. Donc sale pour sale…
— Allez, raconte ! Moi je me souviens que c’était quand vous avez fait le casse pour chourer les Aston. J’ai pas tout calé. Comment t’as fait pour te faire choper ? Avec une bagnole pareille normalement tu traces jusqu’au port et hop, dans le container, non ? Fin c’était ça le plan…
— Ouais, mais y en a un qui n’a pas réussi à démarrer sa caisse, alors je l’ai laissé se tirer avec la mienne pendant que j’essayais de régler le souci de la dernière. Et j’ai été cerné.
Je suis plutôt bon mécano, pourtant, là, je n’avais rien pu faire et Badger avait pris ma bagnole. Je m’étais retrouvé derrière. Je ne dirai pas que j’avais sauvé les couilles du chef. Parce que c’était sans importance. Il aurait fait la même pour moi s’il avait pu.
— Du coup, ça m’fait penser !
Le patron fouille dans son comptoir. Puis il me sort une liasse de billets qu’il me lance et que je réceptionne au vol. Il doit y avoir cinq mille livres sterling.
— Je te passerai le reste plus tard.
Ouais, il vaut mieux qu’il garde le gros du blé pour le moment. Normalement, je devais toucher trente mille livres pour cette histoire, plus une prime de dix mille pour la taule sans avoir craché un nom. C’est comme ça chez nous, dans la bande à Badger ! Je le connais, il me filera cinq mille par cinq mille jusqu’à épuisement de mon crédit, c’est un moyen sûr que ses mecs ne déconnent pas. Être à la fois un chef et une banque…
— Bon, et sinon, la taule ?
Ouais, évidemment, tout le monde veut des détails un peu croustillants. En vrai, pas grand-chose s’est passé. J’ai été là-bas, je me suis installé sur le lit du haut en virant celui qui y était, ai changé d’avis en apprenant que c’était un branleur compulsif. Je n’étais pas certain de la netteté de ses draps. Et au final, j’ai pris celui du bas.
— Je me suis bien fait chier. Heureusement qu’on avait quelques bouquins.
Il y a un ricanement quand une voix de femme, Cass, évidemment, rajoute.
— Marrant, j’aurai juré que tu ne savais pas lire.
Si ma bière avait été vide, je lui aurais lancé la pinte. Là je grogne juste. O.K, c’est drôle. Un peu.
— Donc ouais, à part ça et apprendre à faire un couteau avec une brosse à dents et une lame de rasoir, je n’ai pas branlé grand-chose… je voulais vite me tirer, alors j’ai évité les emmerdes, et je suis resté dans mon coin. J’ai fait profil bas. Ah si, j’ai pas mal joué au poker, comme on était trois dans la cellule, avec un croupier à tour de rôle.
Voyant Jay sortir une cigarette je lui demande :
— Je peux ? La clope m’a bien manqué !
Je ne fume pas beaucoup. Je le faisais rarement. Mais il y a une différence entre refuser et se dire que même si je voulais m’en griller une, je ne pourrai pas.
Il m’allume la tige et me la tend. La nicotine me brûle et sur le coup, ça me fait du bien. Je sais que je vais voir Lily, et qu’elle déteste l’odeur, alors après une bouffée ou deux, je la rends à mon « frère ».
— Moi je reste déçue… pas de sodo par un grand black dans les douches. C’est pourtant tellement bon d’être déboîtée comme ça…
Je lèverai presque les yeux au ciel, et je repère le regard noir de son père vis-à-vis de Cass. Apparemment, l’idée que sa fille se fasse mazouter le pingouin, ça lui plait moyennement. Mais que peut-il dire ? Elle a vingt-deux ans, elle est adulte et si ce qu’elle souhaite, c’est que je lui mette un suppo de la taille d’un boa, libre à elle. Jusqu’ici, c’est plus elle qui couine et pleure que moi qui m’en plains.
Là, j’ai besoin de voir Lily. Je veux la sentir contre moi, sa résistance de prime abord, un peu, renifler son parfum ensuite, entendre ses « non ». Sa bouche sur la mienne, ses seins me dire « oui ». Le bruit et le choc de ses petits poings marteler mes épaules et mon torse alors que ses cuisses s’écartent toutes seules tout en prétendant me refuser ce qu’elle m’offre. Mme pousser à m’emparer d’elle, son con ou son cul cédant son ma pression, et son corps se rendant aux plaisirs que nous partagerons.
Mon regard doit être parlant.
— J’en connais un qui a besoin de retrouver sa tigresse.
C’est Badger. Il est sorti de derrière son bar, et me pose une main sur le bras. J’aime son côté un peu paternaliste. Je n’ai plus de souvenirs de mes parents. Un père comme lui, j’aurai adoré. Sa cinquantaine bien tassée avec toute la sérénité de l’expérience, son regard bienveillant… À sa manière, il nous couve, et prend soin de nous. C’est lui que nous retrouvons quand nous avons besoin de soins sans pouvoir nous rendre à l’hosto. C’est lui qui m’a montré comment utiliser un flingue et un schlass. C’est aussi lui qui m’a payé ma première pute. Et surtout, c’est lui qui m’a appris la mécanique.
— Allez, dégage de mon bar, morveux. Et on t’attend là demain, je t’ai trouvé un p’tit taf. T’es sous contrôle judiciaire donc il faut que tu t’y tiennes. Et tâche de pas merder, c’est un pote.
Je fais un signe positif du chef.
— Merci Badger.
La reconnaissance est prenante.
— Mais passe d’abord par la piaule au-dessus, y a de quoi te changer et te laver, tu pues le maton et la taule ! Faut que tu sois présentable !
Un mec en or. Un tueur sans pitié et un mec en or. L’offre est là, je l’ai bien comprise.
J’ai eu ma lettre concernant la perte de mon logement et sans le dire, il me prévient que je peux crécher au premier si j’ai besoin, le temps de me retourner. Il me met une taloche derrière la tête, gentiment, il a sa petite habitude et je finis ma brune pour filer me laver, me raser en partie, et me changer. Je ne vais pas renoncer à ma pilosité, du coup je vais au moins faire un peu le propre dessus. Lily s’en fout, pas Meredith, sa mère. Alors forcément, que les cheveux soient moins emmêlés et fassent pas dégueu, ça peut aider, surtout quand on les a longs comme moi, jusqu’au milieu du dos. Puis la barbe, si ce n’est pas entretenu, ça fait juste garde-manger cradingue. Pour le reste, ça va, je serai mieux avec un cuir qu’avec ce truc sur les épaules. Ce sont des fringues données par la prison. Je ne les supporte pas. Je fais presque trop propret. Non que j’aime être crasseux. Y a juste que je ne veux pas faire minet.
Devant la glace, je me regarde. Est-ce que Lily va s’inquiéter de la nouvelle cicatrice qui barre mon bras ? Ou alors dans mon dos ? Les petites rixes, ça existe. Et avec mon physique taillé méga sec, habillé, je fais office de victime, a priori, parfaite. Sauf que je me défends comme un ratel. Vous savez, ces bestioles qu’aucun prédateur de la savane n’attaque parce que ce sont des saloperies assez vicieuses pour choper à la gorge le fauve qui les mord en se retournant sur elles-mêmes dans leur peau un peu lâche. Ouais, il y a de super documentaires animaliers en taule, aussi.
Frais, ou presque, habillé avec le jean et le cuir, schlass dans la poche intérieure, je me sens enfin moi-même. J’embarque le sac de fringues prêt pour moi et je descends. En sortant, je reçois des mains de Jay les clés de sa moto.
— En attendant que tu récupères la tienne !
J’enfourche la bécane et je file chez Lily. Bordel elle m’a tant manqué que j’en ai mal au bide.
La bécane vrombit alors que je me rapproche de la banlieue où vivent Emily et sa mère. Emily et moi, c’est une histoire d’amour compliquée. Cette meuf, je l’ai dans la peau, et je suis à peu près sûr que c’est réciproque, la majeure partie du temps. Elle est belle, intelligente, forte, avec un caractère revêche et qui peut même céder à la violence pendant certaines de ses colères. C’est une vraie femme, qui se défend, qui se bat, et qui, pour ce qu’elle fait afin d’aider sa maman, me file les poils d’admiration. Sincèrement, je crois que c’est la fille parfaite. La copine parfaite, un peu moins. Parfois elle est cool et le lendemain elle semble vouloir me tuer. Je ne comprends pas vraiment pourquoi. C’est souvent de la lutte et, si on est observés, sans doute qu’une bonne moitié des moments où on s’envoie en l’air, ça doit ressembler à un viol. Elle dit régulièrement « non » pour commencer, elle me repousse et me frappe, mais elle réclame le deuxième round plus tard. Donc forcément…
C’est une relation bizarre. Cette meuf, j’en ai tellement besoin… elle m’a tant manqué. Même ses colères, ses regards noirs, ses jolis poings qui cognent mes épaules avant que je ne la saisisse. Ses lèvres, qui ont un goût toujours un peu salé, et avec un parfum de graillon qu’elle n’arrive pas complètement à retirer à cause de son travail.
Je pourrais aussi parler de ses yeux, deux saphirs, ses délicates lippes roses, ses seins ronds et fermes, légèrement hâlés avec les deux petites tétines sombres qui y pointent si facilement. Je pourrais continuer sur ses hanches fines, son fessier rebondi, ses jambes fuselées – bien qu’elle soit pas très régulière sur l’épilation, personne n’est parfait – et ainsi de suite. Elle a vraiment un corps de rêve et un caractère soupe au lait. C’est là tout son charme !
Ma Lily vit avec sa maman. Une femme d’âge mûr, milieu-fin de quarantaine, elle a vieilli bien plus que cela physiquement. La faute à son long cancer qui lui pourrit la vie malgré les soins. Elle est bien malade et elle tient bon. Elle sourit et elle chante, même si elle se repose la plupart du temps. Elle est belle à sa manière, usée, néanmoins forte, avec une fierté qui n’est pas sans rappeler celle de sa gosse. J’adore comment Meredith, c’est son nom, me scrute. Elle me voit au même titre qu’une daronne regarderait un galopin. Je doute qu’elle soit naïve sur mes activités, seulement, je suis à peu près sûr qu’elle pense à ça comme une mauvaise passe. Comme elle me fait toujours bon accueil, je me sens chez moi, ici. En même temps, elle sait que nous nous tournons en permanence autour, sa fille et moi, et j’ai l’impression qu’elle n’a rien contre notre relation un peu tordue. Puisque je suis assez bricoleur, je répare pas mal de petites choses, un peu de plomberie, le lave-linge, et ainsi de suite. Je fais aussi les travaux de jardin. Meredith ne peut pas s’en charger et avec ma Lily qui bosse, forcément…
Merde.
J’aurais dû prendre des fleurs pour Lily et sa mère. Là j’arrive qu’avec mon sac de sport, parce qu’il y a de fortes chances que je roupille dans la chambre de ma gonzesse. Ouais, c’est ma gonzesse. Parfois. Souvent. La plupart du temps. Enfin, peut-être. Tant pis, je toquerai les mains vides.
Merde je me sens stressé comme un puceau avant sa première pute. Je ne devrais pas, ce n’est pas comme si elle n’était pas habituée ? Je ralentis la vitesse pour me laisser le temps de souffler, et de me reprendre. Pourquoi je me comporte ainsi ? Parce que je sens venir l’accablement de reproches que Lily me fera. Potentiellement, aussi, je recevrai un ou deux objets dans la figure avant que sa mère ne parvienne à la raisonner assez pour que je puisse dire bonjour.
Je suis arrivé.
Déjà ?
C’est passé trop vite. Et trop lentement en même temps. Puisqu’il faut y aller…
Je mets l’antivol. Retire le casque et glisse ma main dans mes cheveux avant de les attacher en queue de cheval, basique. On respire un bon coup et on toque à la porte.
De l’autre côté, je perçois des mots et des pas. J’attends en regardant le quartier, songeant que nettoyer un peu le jardinet va être nécessaire.
J’entends le verrou être levé. Je me retourne.
— Lily !
Je vois ma nana, toujours belle, toujours parfaite, quoique surprise que je sois là. Mon sac heurte le sol. Elle recule. J’avance sur elle.
— Putain, tu m’as manqué !
Mes mains viennent l’entourer, remontant dans son dos à sa nuque, alors que je ne peux me retenir de l’embrasser. Elle a changé de parfum. J’aime bien. Et ses lèvres sont plus douces, comme ses cheveux. Comme si elle s’était apprêtée. Mon baiser est prenant, je m’impose, la serrant contre moi, pendant qu’il dure, nos dents se heurtent, ma langue force, pénètre, cherche la sienne. Elle ne répond pas, mais je m’en fous, j’ai besoin de l’embrasser et de la sentir. Lily n’est pas réellement contre, elle est du genre à me mordre sans vergogne si elle n’est pas d’accord.
Bordel ce que ça fait du bien. Je suis vivant. Je me sens bien. Je frissonne contre elle, la tiens un peu comme ça alors que le baiser prend fin. C’est… c’est tout ce qui me manquait ou presque. Je peine à me détacher et c’est elle qui finit par se dérober, se faufilant, une vraie petite anguille, sans réussir à m’empêcher de lui palper le sein et lui pincer la fesse.
— J’aime bien ton nouveau parfum…
Meredith, dans sa discrétion et sa bonne éducation, nous a laissé un moment seul, se rendant dans la cuisine. Je l’y rejoins directement après que ma nana se soit dégagée, apparemment prête à me battre un peu froid vu son manque de réaction. Je suppose que je l’ai mérité ? On se rabibochera sur l’oreiller…
— Meredith ! Je suis ravi de vous voir ! Vous avez l’air en forme !
Je lui souris, et baise les joues de ma presque belle-mère. Elle m’est si sympathique.
— Billy ! Je craignais ce que la prison t’aurait fait… Je suis soulagée, tu sembles en bonne santé. Tu as mangé à ta faim, j’espère ?
Toujours sa délicate attention. Elle ne m’a pas répondu pour sa santé. Je devine qu’elle fait bonne figure.
— Demain, je m’occuperai du jardin.
Son sourire, tendre, vrai, sincère, me fait me sentir chez moi. C’est une mère par excellence, avec cette bienveillance qui rayonne en elle. Je n’arrive même pas à m’excuser pour l’avoir inquiétée.
— Prends le temps de te requinquer un peu, tu viens d’être libéré, tu dois te réhabituer à une vie normale, d’abord. Tu devrais aller poser tes affaires dans la chambre et savoures un bon bain pour te délasser. Ça te fera du bien ! On rattrapera ces derniers mois pendant le dîner.
— Mais…
— Pas de « mais », tu restes souper et dormir. Allez, file !
Je regarde Lily, alors.
— Tu m’accompagnes ?
Elle détourne les yeux, m’évite, recule, comme si j’allais la frapper. Bon, certes, au début de l’été notre dispute lui avait fait encaisser quelques claques un peu rudes que je regrette encore. Enfin bon, dans mes souvenirs, elle n’avait pas donné sa part au chat non plus… Je me rappelle encore qu’elle m’avait, entre autres, mordu jusqu’au sang. Et ce n’était pas moi qui avait donné le premier coup…
Elle m’en veut toujours ?
Merde. Rancunière à ce point, ce n’est pas humain…
Bref.
— Tu viens avec moi ?
Elle tressaille, et se faufile comme une souris derrière sa mère. Je ne cherche pas davantage, soupirant en me disant que ça ressemble à un chez moi, pour finalement monter me prendre un bain… je me vois mal refuser. Deux lavages en deux heures. Je dois salement schlinguer… Nan, je déconne. Elle veut juste que je me détende et c’est vrai que ça doit faire une éternité que je n’en ai pas eu l’occasion.
En entrant dans le bain, je réalise un truc. Pourquoi est-ce que Lily réagit comme ça ? Chelou.
Boarf, peu importe, elle a décidé de m’en faire baver.
Il est grand. Trop.
Il me dépasse de presque deux têtes.
Et il est balafré.
J’exagère, mais je vois parfaitement la marque sur son front. Une strie plus claire sur sa peau, bien déposée là. Le pire ? Il sort de prison, c’est un criminel.
Qui embrasse comme un Dieu.
J’ai l’impression que sa langue tourne encore dans ma bouche, s’impose, régnant en maîtresse absolue, ses mains dans mon dos, descendant vers mon popotin. Mark n’étreint pas comme ça, comme un gros rustre mal embouché et impoli. Il ne se permettrait jamais de me considérer telle une chose qui lui appartient.
Mark est éduqué.
— Mais qu’est-ce que tu fais ? C’est un de vos nouveaux trucs ?
Mes pupilles quittent mon observation pour tomber sur Meredith. J’écarquille les yeux et la dévisage un peu surprise, perdue. J’ignore quoi lui répondre. Je suis tétanisée par ce préhistorique mal peigné.
— Il ne faut pas qu’il croie qu’il peut venir et m’embrasser comme il veut !
Je ne mens pas.
Son haussement de pupilles au ciel me pousse à me demander ce que j’ai énoncé de si étrange. Rien de spécial selon moi…
— Toujours la même rengaine pour que je vous retrouve à roucouler deux jours après. Pense à racheter des préservatifs, je ne dirais rien de plus.
