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En septembre 1944, tous ceux qui avaient quelque raison de craindre la Justice ou la colère de la population cherchèrent refuge et sécurité outre-Rhin. Après un premier livre traitant de la Légion Wallonie et de son Chef, Léon Degrelle, Eddy De Bruyne développe, dans ce deuxième volet, les soubresauts de la collaboration francophone en exil sur le sol allemand après la retraite de l’occupant en septembre 1944. Sur quels appuis les exilés pouvaient-ils compter ? Quels étaient les espoirs, les déceptions ? Comment certains lucides du sort qui leur serait réservé lors du retour a réussirent-ils à effacer à jamais leurs traces ? Comment de très jeunes membres des Jeunesse Légionnaires se retrouvèrent-ils embrigadés dans la Division Wallonie au même titre que leurs pères ? Et, que penser de tous ces « débrouillards », prêts à tout sauf à monter au front et qui, tant bien que mal, d’aucuns dans les services du Bureau Central d’Évacuation dans le Hanovre, d’autres dans les services policiers allemands, voire d’espionnage ou de presse, essayèrent de tirer leur épingle du jeu ? Reste l’inévitable SS-Obersturmbannführer -Volksführer der Wallonen, Léon Degrelle ! Et, après la débâcle.... ? Quelles relations le Chef entretenait-il depuis Madrid avec ses anciens compagnons d’armes réunis dans une très discrète fraternelle d’ex-combattants wallons du Front de l’Est ? Autant de questions auxquelles répond cet ouvrage.
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Seitenzahl: 781
Veröffentlichungsjahr: 2016
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© Editions Luc Pire
[Editions Naimette sprl]
26, rue César Franck – 4000 Liège
www.lucpire.be
Coordination éditoriale :
Bernard Delcord
Graphisme de la couverture : [nor]production / www.norproduction.eu
Illustration de couverture : © inconnu, en dépit de nos recherches.
ISBN : 978-2-87542-060-2
Dépôt légal : D/2012/12.379/22
L’éditeur a effectué toutes les recherches nécessaires pour retrouver les ayants droit. Il reste néanmoins à la disposition des éventuels propriétaires des photographies qu’il n’a pas pu identifier.
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ISBN : 978-2-87542-060-2
À propos
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Table des matières
Introduction
Liste des abréviations
Glossaire
Partie I
LEKALéIDOSCOPEDE LA COLLABORATION 1940-1944 EN BELGIQUE FRANCOPHONE
CHAPITRE I
GENÈSE DE LA COLLABORATION
CHAPITRE II
APERÇUDES PARTIS POLITIQUES, GROUPUSCULES COLLABORATIONNISTES ET ASSOCIATIONS DITES CULTURELLES DE COLLABORATION DANS LA PARTIE FRANCOPHONE DU PAYS
Introduction
a. partis et groupuscules de collaboration
à la veille de l’exode
1. Mouvement de Rex
2. Amis du Grand Reich allemand -AGRA
3.Heimattreue Front-H.F.
b. mouvements dits culturels
1.Deutscher Sprachverein-DSV
2. Communauté Culturelle Wallonne -CCW
c. groupuscules collaborationnistes
1.DeVlagetAlgemene SSen Wallonie
2. Ligue pour la Défense du Peuple
d. formations paramilitaires
1. Formations de Combat -F.C.
2. Garde Wallonne -G.W.
3. Garde Rurale
4.Nationalsozialistisches Kraftfahrerkorps-NSSK
5. Service des Volontaires du Travail Wallon-SVTW
6. L'organisationTODT-OT
e. mouvements de jeunesse d’ordre nouveau
Préliminaires
Jeunesse Légionnaire -J.L.
CHAPITRE III
COLLABORATION POLITICO-SOCIALE
L’Union des Travailleurs Manuels et Intellectuels -UTMI
CHAPITRE IV
COLLABORATION SOCIALE
1. Secours d’Hiver
2. Bien-Être du Peuple -B.E.P.
CHAPITRE V
COLLABORATION POLITICO-ADMINISTRATIVE
CHAPITRE VI
COLLABORATION INTELLECTUELLE
CHAPITRE VII
COLLABORATION MILITAIRE
CHAPITRE VIII
ORGANISMES NOUVEAUX
1. Corporation Nationale de l’Agriculture et de l’Alimentation
2. Offices Centraux de Marchandises
3. Office National du Travail et lesWerbestllen
CHAPITRE IX
SERVICES POLICIERS, D’ESPIONNAGE ET APPAREILS DE RÉPRESSION
1.Zivilfahndungsdienst
2.Ermittlungsdienst
3. Divers groupements
CHAPITRE X
BILAN
Partie II
LA COLLABORATION EN EXIL
CHAPITRE XI
L’ÉVACUATION
1. Les préparatifs
2. Mesures allemandes
3. Le sort des détenus politiques
4. Exode et accueil en Allemagne
5. La mobilisation générale de la Jeunesse
6. La mobilisation politique
7. Le Bureau Central d’Évacuation
CHAPITRE XII
SERVICES POLICIERS ET FORMATIONS SPÉCIALES
1.Sipo-SDWallonie
2.Frontaufklärungstrupps
3.Sonderkommando Wallonien
4.Leitstelle Siegfried
5. Activités pendant l’offensive des Ardennes
CHAPITRE XIII
LA COLLABORATION SOCIALE ET SES COMPOSANTES
1. Organisation sociale
2. Lutte de Rex dans le domaine social
3. L’aile pangermaniste contre Rex et l’UTMI-DAF
4. Avatars d’une politique sociale d’Ordre Nouveau
5. LeCentre Wallonde Berlin
6. LesCentres Wallons
CHAPITRE XIV
LE RÉSERVOIR EN HOMMES
1. Les avatars duService du Travail Wallon
2. Entre le marteau et l’enclume
3. LeS.V.T.W.etS.T.W.féminins mai 1944 - avril 1945
CHAPITRE XV
L’OFFENSIVE DES ARDENNES
1. Préliminaires à Sigmaringen
2. Gummersbach
3. Mouvement vers l’Ouest
CHAPITRE XVI
LA COLLABORATION POLITIQUE EN ALLEMAGNE
1. Degrelle chef politique
2. Le Bureau de liaison Rex en Allemagne
3. Activités de Rex en Allemagne
CHAPITRE XVII
LA COLLABORATION RADIODIFFUSÉE
1. RadioWallonie Socialiste
2. Activités
CHAPITRE XVIII
LA PRESSE FRANCOPHONE EN ALLEMAGNE
1. Introduction
2.L’Effort Wallon
3.Annales
4.Le Combattant Européen - Le Combattant SS
5.L’Avenir- Édition de Berlin
6.La Toison d’Or
CHAPITRE XIX
LA DÉBÂCLE
1. La grande rafle
2. La fin des illusions
3. La fuite
4. Des retours peu empressés
5. Le Maquis rexiste
6. La Compagnie « S »
7. On remet ça en Corée ?
Partie III
LE TEMPS DES COMPTES
CHAPITRE XX
AU BAN DE LA SOCIÉTÉ
1. La grande traque
2. La répression et l'opinion publique
3. La réinsertion sociale
CHAPITRE XXI
LES BOURGUIGNONS
Illustrations
Sources et bibliographie
Notes
Je viens de chez le Führer. Il paraît que vous êtes mécontents ! Certains sont sans nouvelles de leurs familles, d’autres pensent qu’ils sont cocus…
Qu’ils se rassurent, Napoléon l’était aussi… !
Envolée de Léon Degrelle lors d’un discours prononcé devant la colonie rexiste rassemblée à Breslau (octobre 1944).
Un homme seul, Malaga,
Du sable sous les pas,
Du vide entre les doigts,
Du silence dans la voix.
(Chartel, Solitude - D’Ici et d’Ailleurs)
Introduction
En Belgique francophone, la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale joua le rôle que l’on sait. De nombreux travaux et écrits y ont été consacrés. Il n’est guère d’aspect qui n’ait été traité. Cependant, d’habitude, l’arrivée des Alliés et la libération du territoire national mettaient fin à ce chapitre.
Nous avons voulu dépasser cette limite, car si, à la veille de l’exode, la collaboration agonisait tout en se radicalisant, elle exporta néanmoins ses derniers soubresauts au-delà du Rhin. De ce fait, la présence, l’activité et l’envergure, tout autant que la diversité de cette collaboration en exil, nous ont semblé dignes d’intérêt.
Comme elle avait fui en Allemagne, la collaboration n’eut d’autre alternative que de s’y effacer pour sombrer dans l’inactivité la plus complète ou de se mettre au service de la toute-puissante politique SS de Berlin. La majorité des réfugiés, s’ils n’étaient pas enrôlés de force dans la DivisionWallonie, se contentaient, pour survivre, de travailler dans les usines du Reich. Une infime minorité d’entre eux – précisément pour échapper à tout service armé au front – cherchèrent refuge (et impunité) dans les services policiers. D’autres, tout aussi débrouillards, trouvèrent un semblant de sécurité dans les activités journalistiques et radiophoniques, dans le Service du Travail Wallon ou dans les services politiques du Bureau pour l’Évacuation établis dans le Hanovre.
Tout comme les inciviques restés au pays pouvaient craindre pour leur personne s’ils tombaient aux mains de patriotes, les collaborateurs évacués dans leReichet qui y étaient entrés en conflit, soit avec les services rexistes locaux, soit avec Léon Degrelle, s’exposaient à de sérieux ennuis. Même l’univers non collaborationniste (celui des prisonniers de guerre et les Belges astreints au travail obligatoire) n’était pas à l’abri de mesures vexatoires. Les travailleurs wallons frappés par l’ukase de Degrelle de novembre 1944 en firent la triste expérience.
Ceux des prisonniers de guerre ou des ouvriers qui, par misère morale, par lassitude, par faiblesse de caractère, ou encore par désir d’avantages matériels, s’étaient laissé séduire par les recruteurs duVolksführeret qui, maintenant que l’issue de la guerre ne faisait plus aucun doute, désertaient, avaient peu de chances d’échapper aux patrouilles que Degrelle lançait à leurs trousses. Dans le meilleur des cas, ils échouèrent à Danzig-Matzkau, le camp de concentration disciplinaire desWaffen-SS.
Et que dire des Rexistes sincères et convaincus – il y en eut ! – qui après leur arrivée dans le Hanovre, découvrirent, un peu tard, qu’ils avaient eu tort de croire à la sincérité des autres ! Quelle ne fut pas leur indignation en apprenant les agissements peu reluisants de certains exilés, membres de laBrigade Z,qui, à la veille de l’exode, au cours d’expéditions sanglantes, s’étaient constitué un butin de guerre dont ils profitaient en toute impunité grâce à la protection de la toute-puissanteGestapo. Ceux qui tentèrent d’élever la voix furent envoyés au front, en première ligne, sans espoir de retour.
Notre travail s’articule en trois volets. Avant de développer l’idée maîtresse de notre étude, nous avons pensé – pour la clarté de l’exposé – devoir faire un tour d’horizon de la collaboration telle qu’elle se présentait à la veille de l’exode. En faire ressortir les diversités nous a paru indispensable, car elles trouvèrent leur prolongement dans leReich. Et si en effet le Mouvement de Rex représentait une certaine collaboration, il était loin d’être toute la collaboration.
Les efforts de Victor Matthys pour étendre le champ d’action de Rex-Belgique aux domaines social, culturel et militaire se heurtaient non seulement à la toute vigilanteMilitärverwaltungmais aussi aux sphères obscures mais influentes de la politiqueSSsans cesse grandissante en cette quatrième année d’occupation1.
Bien entendu, les milieux opposés à Rex cherchèrent également à élargir leur terrain d’action. Les ressources financières dont ces groupuscules disposaient par le canal de leurs promoteurs les mettaient à l’abri de tout souci matériel. Ces moyens financiers étaient impressionnants si l’on considère le nombre d’associations, d’organismes et d’officines d’Ordre Nouveau mis sur orbite par les différentes Dienststellen. Et si le financement de ces groupuscules ne posait guère de problèmes, celui de l’encadrement était autrement délicat. Ainsi à Namur, les promoteurs des Amis du Grand Reich Allemand en furent pour leurs frais.
Une attention toute particulière est accordée au seul mouvement de jeunesse d’Ordre Nouveau encore actif à la veille de la libération du territoire. La Jeunesse Légionnaire2, son École des Cadres, ses sections féminine et masculine, escortées par leurs chefs respectifs, prirent le chemin de l’Allemagne en septembre 1944. Séparés de leurs parents, de très jeunes JL furent d’abord hébergés dans des camps de la JeunesseHitlérienne, puis enrôlés dans la division Wallonie.
Mais c’est sur le plan social – plus que dans tout autre domaine – que devaient s’afficher les affrontements les plus spectaculaires.
Dans le courant de 1944, les efforts déployés pour le contrôle de l’aide sociale et matérielle à apporter aux familles des ouvriers absorba une grande partie de l’énergie collaborationniste. L’engagement social, tout comme la lutte antibolchevique à l’Est, était un créneau qui, plus que tout autre, permettait à ses adeptes de « vivre » la lutte révolutionnaire pour un Ordre Nouveau. Celui qui parviendrait à en contrôler les rouages prendrait, à coup sûr, un avantage sérieux dans la course au pouvoir politique. Aussi, le Mouvement de Rex et les Maisons Wallonnes menèrent-ils une guerre sans merci aux promoteurs du Cercle Wallon et de la DeWag qui, par le biais des réalisations sociales, ne cherchaient rien de moins qu’à éclipser le Mouvement de Rex.
Cette lutte d’influence était loin d’être terminée lorsque la colonie rexiste trouva refuge dans le Hanovre. Bien au contraire ! Avec l’installation et l’hébergement des réfugiés et la perspective de la reprise de l’aide sociale et matérielle aux familles évacuées, les rivalités reprirent de plus belle. Rex, en fin de compte, en sortit victorieux.
Développer les tenants et aboutissants de cet exode, mettre en lumière les conflits d’intérêt opposant Rex au Service du Travail allemand, sans oublier les démêlés avec le Cercle Wallon et la DeWag, tel est l’objet du deuxième volet. Nous ne pouvions évidemment pas oublier l’offensive von Rundstedt et l’incursion dans l’Ardenne de Léon Degrelle. Nous traiterons également de la presse écrite et radiodiffusée francophone dans le Reich.
Entre le 31 août et le 4 septembre 1944, quelques milliers de personnes, des familles entières, femmes et enfants, soit la somme de ce qui restait de la collaboration tous azimuts, plutôt que d’affronter la fureur de la population, se résigna à prendre le chemin de l’exil. Certains s’y étaient préparés de longue date et, dès lors, disposaient des documents nécessaires pour se rapprocher de la frontière suisse et tenter d’y trouver refuge. D’autres, la vaste majorité, n’emportèrent que ce qu’ils pouvaient transporter : quelques balluchons et valises bouclées depuis quelques jours seulement sans oublier… les économies en argent et les bijoux de famille. Nous verrons ce qu’il adviendra de ces avoirs. Et leurs moyens de transport ? Des camions et des véhicules divers réquisitionnés sur place, des voitures personnelles aussi, avec lesquels les fuyards rejoignirent en hâte les centres de rassemblement. Le départ vers l’Allemagne des familles à partir de Bruxelles, de Liège et d’Arlon s’effectua par chemin de fer. Pour les lieux de concentration plus proches de la frontière, on évacua par colonnes motorisées ou tout simplement au moyen des transports publics, tel le tramway à partir de Verviers ou d’Eupen.
Les services allemands disposaient de leurs moyens propres. Cependant, les Belges à leur solde se voyaient offrir, pour eux-mêmes ainsi que pour les membres de leur famille, la possibilité de les accompagner dans leur retraite.
L’hébergement des personnes déplacées exigea une organisation qui se concrétisa par l’installation, à Hildesheim d’abord, à Springe ensuite, d’un Bureau Central pour l’Évacuation aux mains des dirigeants de l’ancien Département Politique, Victor Matthys se désintéressant de sa direction au profit d’une activité journalistique.
Le rôle de ce Bureau fut déterminant dans les derniers mois de la guerre. Il se substitua même au Mouvement de Rex après sa dissolution, le 30 mars 1945, avant de se saborder quelques semaines plus tard. À la veille de leur fuite, les responsables rexistes désignèrent le Dr Robert Laermans pour veiller aux intérêts des Wallons. Catapulté Chargé desaffaires courantes, ce dernier dut constater – jamais sans colère, toujours avec amertume – que la malversation de certains contrastait singulièrement avec les dernières illusions de ceux qui, malgré tout, avaient persisté à croire à la cause rexiste.
L’Offensive des Ardennes avait laissé entrevoir le retour triomphant de la collaboration. Déjà, les dignitaires s’étaient rassemblés près de Cologne, à Gummersbach. Les plus impatients, sans doute aussi les plus ambitieux, devaient rejoindre Degrelle à Limerlé.
L’entreprise eût pu, si elle avait réussi, redorer le blason du Mouvement de Rex que Degrelle avait délaissé au profit d’une spéculation dont il avait pressenti les avantages. Le dernier coup de dés d’Adolf Hitler en décembre 1944 sera aussi pour nous l’occasion de faire découvrir au lecteur un aspect moins connu de cette période troublée : la formation et l’action des commandos wallons destinés à être parachutés derrière les lignes alliées.
Dans la troisième et dernière partie de notre étude, nous évoquerons l’immédiat après-guerre. Nous aborderons le problème de la répression. La réinsertion sociale des personnes convaincues de collaboration avec l’Allemagne retiendra également notre attention.
Enfin, pour terminer, et en quelque sorte en marge de notre étude, nous tenons à consacrer quelques lignes à ceux qui, tout compte fait, auraient été les seuls artisans de la victoire de Léon Degrelle si elle avait pu se réaliser : les combattants du front de l’Est.
La présente étude n’a pas la prétention d’être exhaustive. Tout au plus veut-elle constituer une première approche nécessairement modeste de cette période méconnue.
Les personnes qui liront nos sources découvriront qu’il fut fort difficile – vu le temps écoulé – d’interroger des auteurs des événements relatés ici. Il en va de même pour la partie iconographique. La plupart des photos prises « en exil » furent détruites ou confisquées par les autorités belges au retour des collaborateurs. Nous avons été à nouveau contraint d’employer des illustrations photographiques provenant souvent d’anciens légionnaires wallons (qui, eux, purent sauver une partie de leurs documents).
Au vu des illustrations, le lecteur ne pourra réduire la collaboration à cette seule Légion Wallonie…
E. DE BRUYNE
Abréviations
AEDW : Association des Étudiants Wallons
AEGW : Les Amitiés Culturelles Estudiantines Germano-Wallonnes
AGRA : Les Amis du Grand Reich Allemand
BDC : Berlin Document Center
BEP : Le Bien-Être du Peuple
BAOR :British Army of the Rhine
CCW : Communauté Culturelle Wallonne
CNAA : Corporation Nationale de l’Agriculture et de l’Alimentation
CW : Cercle Wallon
DAF :Deutsche Arbeitsfront
DRK :Deutches Rotes Kreuz
DSI : Département de Sécurité et d’Information
DSV :Deutscher Sprachverein
DEVLAG :Deutsch-Vlämische Arbeitsgemeinschaft
DEWAG :Deutsch-Wallonische Arbeitsgemeinschaft
DWKA :Deutsch-Wallonische Arbeitskreis
DMW :Deutsche Waffen-und Munitionsfabriken(FN)
Ers.Btl.36 : Dépôt de la Légion Wallonie
F.C. : Formations de Combat
F.I. : Front de l’Indépendance
FAT :Frontaufklärungstrupp
GFP :Geheime Feldpolizei
G.I. :Government Investment
GW : Garde Wallonne
HF :Heimattreue Front
HSSPF :Höherer SS- und Polizeiführer
JNS : Jeunesse(s) Nationale(s)-Socialiste(s)
J.R. : Jeunesse Rexiste
JR : Jeunesse Romane
JW : Jeunesse Wallonne
KLV :Kinderlandverschickung
LW : Légion Wallonie
LVF : Légion des Volontaires Français
MNPW : Mouvement National Populaire Wallon
MW : Maisons Wallonnes
NSDAP :Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei
NSKK :Nationalsozialistisches Kraftfahrerkorps
OFK :Oberfeldkommandantur
OT :Organisation Todt
OTAD : Office de Travail de l’Armée Démobilisée
OTNS : Ordre du Travail national-socialiste
PPF : Parti Populaire Français
RAD :Reichsarbeitsdienst
RSHA :Reichshauptsicherheitsamt
SA :Sturmabteilung
SFVTW : Service Féminin des Volontaires du Travail pour la Wallonie
STW : Service du Travail Wallon
SVTW : Services des Volontaires du Travail pour la Wallonie
SHAEF :Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force
SIPO-SD :Sicherheitspolizei und Sicherheitsdienst
SS :Schutzstaffel
TTR : Troupes des Transmissions Radio
UTMI : Union des Travailleurs Manuels et Intellectuels
VDA :Volkstum für das Deutschtum im Ausland
VdB :Volksdeutsche Bewegung
VNV :Vlaamsch Nationaal Verbond
VPA :Volkspolitisches Amt
Glossaire
Abwehrstelle : Bureau régional de l'Abwehr
Amt : Département
Auβenstelle : Succursale
Deutsche Arbeitsfront : Front du Travail allemand
Dienststelle : Bureau
Feldgendarmerie : Gendarmerie de campagne de l’armée allemande
Frontaufklärungstrupp : Troupes de reconnaissance
Führungstab : État-major
Gauleiter : Gouverneur
Geheime Feldpolizei : Sûreté militaire de campagne
Germaanse SS : LaSSgermanique
Gestapo : Police politique secrète du Parti
Hitler-Jugend : Jeunesse hitlérienne
Jagdkommando : Commando de chasse
Jagdverband : Unité de chasse
Kommandostab Z : État-major de liaison germano-wallon
Kreisleiter : Commissaire d’Arrondissement
Kreisparteitag : Journée de séance plénière du Parti au niveau de l’arrondissement
Landdienst : Service de la Terre
Landesreferat : Référendaire
Landrat : Conseiller (NSDAP)
Leitstelle : Bureau directeur
Militärverwaltung : Administration militaire
Nationalsozialistische Frauenschaft : Association féminine nationale-socialiste
Oberfeldkommandantur : District militaire
Propaganda-Abteilung : Département de la Propagande
Reichsarbeitsdienst : Service du Travail allemand
Schutzgruppe : Groupe de protection
Sonderkommando : Commando spécial
SS-Hauptamt : Département central de l’administration SS
Sturmbrigade : Brigade d’Assaut
Verdinaso :Verbond van Dietse Nationaal Solidaristen
Volksführer : Chef de communauté populaire
Volksgrenadierdivision : Division composée d’hommes âgés réactivés
Volkstum : Section au sein du ministère de la Culture et des Sciences
Volkswohlfahrt : Bien-Être du Peuple, service d’entraide national-socialiste
Werbestelle : Bureau d’embauche, de recrutement
Winterhilfe : Secours d’Hiver
zbV Kommando : Commando à destination spéciale
Zivilfahndungsdienst : Service civil de recherche des réfractaires
Zivilverwaltung : Administration civile
Partie I Le kaléidoscope de la collaboration en Belgique francophone1940-1944
CHAPITRE I GENèse de LA COLLABORATION
Dès la libération du territoire, l’appareil judiciaire entreprit de poursuivre les citoyens belges qui, par leur action antipatriotique ou par leur indifférence coupable, avaient violé les lois de la communauté nationale. On les appela communément « inciviques ».
Ce terme, peu usité jusque-là, n’était pas seulement commode, il était aussi expressif ! Il stigmatisait des individus qui, du point de vue strictement juridique, étaient pour la plupart des délinquants politiques. À ce titre, ils auraient dû bénéficier d’un régime spécial, de « faveur », que la loi belge avait prévu pour ce genre d’infractions. Il n’en fut rien car d’importantes dérogations furent apportées à ce régime. Il ne nous appartient pas de les exposer ici : elles sortent du cadre de notre étude3.
Les réactions des groupes sociaux et politiques vis-à-vis des délinquants politiques varient selon les époques. Lorsque la sécurité règne, que le régime est stable et indiscuté, le législateur et les juges se montrent cléments à l’égard de ceux qui s’insurgent contre l’état de choses existant. Ces derniers apparaissent en effet comme des égarés, des inadaptés, des originaux envers qui de simples mesures de sécurité suffisent. Leurs actes n’émeuvent pas la société et le pouvoir ne s’en inquiète guère. Au contraire, en période d’instabilité et d’insécurité, par exemple pour des faits commis en temps de guerre, les individus dont les agissements mettaient en péril l’existence ou la sécurité de l’État sont, en général, traités avec plus de rigueur.
Ainsi, l’art. 113 du Code Pénal de 1867 – le pays était alors neutre et calme – punissait le port d’armes contre la Belgique de la détention extraordinaire, c’est-à-dire quinze à vingt ans, soit deux degrés en dessous de la peine de mort. Survint la guerre de 14-18. L’existence même de l’État était en péril. Des cas de trahison se manifestèrent, tant en Flandre qu’en Wallonie4et la législation s’avéra insuffisante. Le gouvernement fit prendre, au Havre, l’arrêté-loi du 11 octobre 1916 qui punissait de mort l’infraction à l’art. 113.
Les mêmes causes engendrent les mêmes effets et l’on vit apparaître, à Londres, l’arrêté-loi interprétatif du 17 décembre 1942 qui fit de l’URSS un allié de la Belgique nonobstant l’absence de tout traité d’alliance. Il permettait de juger, avec effet rétroactif5, les légionnaires engagés dans la lutte antibolchevique dès 1941.
Dès lors, plus d’un prévenu s’interrogeait sur le fait de savoir si un délit n’était pas une entité juridique constituée par le rapport de contradiction entre un fait et la loi et comprenait mal qu’il pût y avoir contestation entre ce que l’on avait fait et une loi qui n’existait pas encore au moment des faits.
Un arrêté du Régent du 11 janvier 1945 mit fin aux dispositions de l’arrêté de 1919 favorable aux « politiques »6. Les infractions contre la sûreté extérieure de l’État devinrent de la compétence des juridictions militaires et la détention préventive fut établie pour ces délits politiques : le tout pour un temps limité. Ces dispositions (arrêté-loi du 26.05.1944) devaient prendre fin au plus tard à la remise de l’armée sur pied de paix. Depuis le 15 février 1946, date anniversaire de la libération définitive du territoire, cette compétence exceptionnelle des juridictions militaires avait déjà pris fin pour les affaires nouvelles, c’est-à-dire pour celles qui ne se trouvaient pas déjà en instruction à cette date.
Pour faire face à l’afflux de cas à traiter, l’Auditorat Militaire de Bruxelles, le plus important du pays par le nombre de ses magistrats – plus de cent cabinets – et la quantité des affaires traitées, spécialisa ses sections d’après les grandes catégories de délits suivants :
- port d’armes contre la Belgique et formations paramilitaires : art. 113 du Code Pénal ;
- collaboration politique : art. 118bis du Code Pénal ;
- presse, radio, cinéma : art. 118bis du Code Pénal ;
- collaboration économique : art. 115 du Code Pénal ;
- dénonciation à l’ennemi : art. 121bis du Code Pénal ;
- espionnage, intelligence avec l’ennemi : art. 114, 116, 119 sq. du Code Pénal.
La catégorie la plus importante par sa masse fut celle des coupables de port d’armes contre la Belgique – ou porteurs d’armes – et cela en raison du caractère étendu de l’art. 113 interprété par l’arrêté-loi du 17 décembre 19427. Il en résulta que tout individu, armé ou non, porteur d’uniforme ou non, au service de l’armée allemande ou de ses branches auxiliaires, était réputé avoir porté les armes contre la Belgique. Ainsi, les membres des Schutzkommandos de l’Organisation Todt furent – à juste titre d’ailleurs puisqu’ils étaient armés – considérés comme porteurs d’armes. Les simples membres, qui eux ne l’étaient pas, furent gratifiés des mêmes préventions. Les chauffeurs nskk, revêtus d’un uniforme, mais non armés, étaient pénalement assimilés aux membres des sections de protection – Schutzkommandos – ou à ceux qui se trouvaient dans une zone des opérations au front et qui de ce fait disposaient d’une arme.
Étaient porteurs d’armes à part entière : les gardes armés tels que les gardes d’usine, les milices armées au service des partis d’Ordre Nouveau (par exemple les F.C., les membres du Département Sécurité et Information ou les Formations B) ou les auxiliaires des armées allemandes. Tombaient dans la même catégorie pêle-mêle, les Zivilfahnder (Belges spécialisés dans la recherche et l’arrestation des réfractaires au travail) ou encore, quoique plus inoffensifs, les membres de l’Eisenbahnwache – la Garde des Chemins de Fer. Il en était de même des individus qui avaient rejoint des formations paramilitaires. Les membres de la Garde Wallonne et les légionnaires du front de l’Est étaient réputés militaires à part entière. Les femmes et jeunes filles qui, à partir de l’année 1943, avaient fait partie de la Croix-Rouge allemande – drk8 – figuraient également sur la liste.
Des tâches de combat furent confiées aux :
– membres de la Légion Wallonie (par la suite Brigade d’Assaut, puis Division) ;
– membres de la Kriegsmarine, parmi lesquels un certain nombre de jeunes gens provenant des cantons rédimés, incorporés de force ;
– membres de la Hilfsgendarmerie (gendarmerie supplétive) ;
– membres des services du Sicherheitsdienst - SD - et de la Feldgendarmerie ;
– membres de la Garde Wallonne ;
– membres de la Garde des Chemins de Fer (Eisenbahnwache).
Une deuxième catégorie se rendit coupable de collaboration politique. Deux catégories peuvent être retenues :
– le haut personnel politique et administratif de l’Ordre Nouveau. Les journalistes à la solde de la Propaganda Abteilung. Ces derniers avaient obéi à des mobiles très divers : idéalistes politiques et réactionnaires fascistes d’avant-guerre, pangermanistes ou paneuropéens, néo-socialistes, planistes, etc.
– les petits collaborateurs : les membres des partis ayant activement soutenu leur mouvement par actions et subsides. Ces gens formaient la clientèle des meetings et manifestations d’Ordre Nouveau.
L’accusation de collaboration politique et administrative frappe ceux qui, vu leurs actions, ont transformé les institutions politiques du pays, ont ébranlé la fidélité envers le Roi, ont servi la politique ou les desseins de l’ennemi. Elle touche également tous les partis, groupuscules ou mouvements convaincus de collaboration avec l’ennemi. Parmi ceux-ci, citons :
– rex, ses formations et institutions ;
– la Deutsch-Wallonische Arbeitsgemeinschaft - dewag - ;
– Les Amis du Grand Reich - agra - et ses groupements de jeunesse ;
– le Mouvement National Populaire Wallon – mnpw – et son groupement de jeunesse ;
– leDeutscher Sprachverein –dsv ;
– leDeutsch–Belgische Gesellschaft ;
– la Ligue antimaçonnique - Épuration - Défense du Peuple ;
– les Cercles Wallons et Maisons Wallonnes ;
– l’Union des Travailleurs intellectuels et manuels –utmi ;
– l’Ordre des Médecins et des Pharmaciens (uniquement les cadres) ;
– la Corporation Nationale de l’Agriculture et de l’Alimentation – cnaa ;
– laCorporation Nationale de l’Enseignement et de l’Éducation–cnee ;
– laCommunauté Culturelle Wallonne–ccw ;
– leBien-Être du Peuple–bep ;
– les divers groupuscules de mouvements de jeunesse d’Ordre Nouveau, voire franchement nationaux-socialistes.
La collaboration administrative vise principalement les échevins et bourgmestres des grandes agglomérations et tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont soit participé à une transformation de nos institutions menée par l’ennemi lui-même, soit facilité et soutenu les desseins de l’envahisseur en supprimant les collèges échevinaux légaux et résistants de dizaines de communes, pour les remplacer par un collège unique, allié à l’occupant. Elle visait également les édiles communaux d’Ordre Nouveau qui, à la faveur des mesures prises par les Secrétaires Généraux, plus spécialement celles visant la limite d’âge pour l’exercice de la charge de bourgmestre, avaient usurpé les fonctions ainsi libérées.
La collaboration intellectuelle, par voie de presse ou de radio, comprend :
– les fondateurs ;
– les rédacteurs en chef, administrateurs, directeurs commerciaux ;
– les secrétaires de rédaction, les rédacteurs en matière économique et sociale ainsi que les collaborateurs politiques ;
– souvent les chefs d’ateliers qui assumaient la direction des services techniques.
Nous ne développerons pas la dernière catégorie, à savoir la collaboration économique, car elle cessa d’exister après la libération du territoire et, par conséquent, sort du cadre de cette étude.
CHAPITRE II APERÇU DES PARTIS POLITIQUES, GROUPUSCULES COLLABORATIONNISTES ET ASSOCIATIONS DITES CULTURELLES DE COLLABORATION DANS LA PARTIE FRANCOPHONE DU PAYS
introduction
Les partis ou mouvements collaborateurs sont ceux qui se sont mis au service de la politique ou des desseins de l’occupant et qui, à ce titre, ont été reconnus et soutenus par lui. Ce ne sont donc pas nécessairement des partis ou mouvements à tendance autoritaire et fasciste d’avant-guerre.
Nous avions, en Belgique, deux de ces partis : leVerdinasode Joris van Severen et laLégion Nationalede l’avocat liégeois Paul Hoornaert. Ni l’un, ni l’autre, n’ont été des partis collaborateurs. Un vice originel les rendait impropresau service de la politique ou des desseins de l’occupant : leur nationalisme belge.
Il est de l’essence du nationalisme de ne concevoir et de ne tolérer que ses propres desseins. Dans le cas du IIIeReich, tout nationalisme étranger devait être combattu et abattu puisqu’il était un rival certain et un ennemi potentiel du nationalisme allemand, un obstacle à la réalisation de sa politique ou de ses visées impérialistes.
Par leur doctrine sans concession, par l’organisation et la qualité de leurs cadres, leVerdinasoet laLégion Nationaleétaient des foyers prévisibles de résistance, dès que le nationalisme belge se serait opposé aux prétentions de l’impérialisme allemand. Or, Berlin voulait la dissolution de la Belgique et l’absorption de ses composantes dans le Nouvel Ordre allemand. L’occupant détruisit donc leVerdinasopar l’intérieur en y suscitant une espèce de coup d’État, dès le début de 1941 ; il interdit et traqua de même laLégion Nationale. Certes, des membres duVerdinasoet de laLégion Nationaleversèrent dans la collaboration9, mais ces deux partis n’ont jamais été des partis collaborateurs parce que l’occupant ne les a jamais soutenus comme tels10.
Paradoxalement, les partis collaborateurs reconnus par l’occupant étaient, avant la guerre, des partis parlementaires. Tout en comportant de nombreux éléments de tendance fasciste, le vnv se présentait même comme un parti démocratique. Quant au mouvement rexiste, l’histoire de ses variations et lignes de conduite successives n’est plus à faire. Toujours est-il que ces deux partis n’ont adhéré au national-socialisme qu’après l’invasion, sur ordre des autorités occupantes, condition sine qua non de leur accession, si pas au pouvoir, du moins aux lisières du pouvoir11. Certains profiteront de la présence de l’occupant pour, avec l’aval de celui-ci, et en concurrence avec d’autres adeptes de l’Ordre Nouveau atteints de germanolâtrie ou d’hitlérophilie, prôner l’annexion pure et simple de la Wallonie au Reich. Quelques groupuscules au contraire, préconisant un nationalisme wallon, tels le Comité National Wallon ou le Mouvement Nationaliste Wallon, espéraient via la collaboration, obtenir des garanties pour la Wallonie. Les autorités allemandes suivirent ces mouvements avec méfiance parce que leurs exigences d’autodétermination dans le cadre d’un séparatisme wallon francophile ne concordaient évidemment pas avec les vues de Hitler. Ce fut surtout le Comité National Wallon qui, poursuivant l’action de l’abbé Jules Mahieu12, mit l’accent sur le nationalisme wallon et le séparatisme. Pendant l’Occupation, son action fut continuée par les journalistes Raymond Colleye et Lucien Maréchal13 en vue de créer un mouvement d’unité wallonne avec comme signe de ralliement le slogan La Wallonie aux Wallons. Fin 1941, la Militärverwaltung interdit ces mouvements14.
La collaboration, ou ce qu’il en restait dans le courant de l’été de 1944, vivait dans un microcosme dont les dimensions se mesuraient à l’échelle d’un ghetto dans lequel l’autoprotection et l’instinct de survie étaient devenus des préoccupations primordiales et constantes.
Tout au long des quatre années d’Occupation, la collaboration en général etrex,en particulier, perdirent beaucoup de leurs adeptes15. LeHeil Hitlerlancé par Léon Degrelle dès le 5 janvier 1941 avait refroidi plus d’un membre, effrayé plus d’un sympathisant. Nombreux furent ceux qui, à cette occasion, se détournèrent derexet de Degrelle. Quelques mois plus tard, laLégion Wallonieabsorba et engloutit à jamais les éléments les plus dynamiques tout en provoquant la défection des plus tièdes16.
Le discours que Degrelle prononça le 17 janvier 1943 sur la germanité des Wallons détourna définitivement tout ce querexcomptait encore de modéré. Par contre, il poussa les plus exaltés au-delà du Rexisme vers des groupuscules partisans d’une collaboration inconditionnelle avec les Nationaux-Socialistes. Pour les modérés, la facilité avec laquelle Degrelle reniait les racines latines de la culture francophone du pays (et que jusqu’alors il avait défendu avec la verve qu’on lui connaît au point d’afficher la triple image de fasciste, belgiciste et royaliste) pour proclamer une germanité, dont personne n’avait entendu parler, ne pouvait être que le prélude d’une politique antinationale incompatible avec les convictions intimes de plus d’un rexiste de la première heure. Aussi les défections dans les rangs des rexistes furent-elles nombreuses ; parmi eux les têtes pensantes derex17. Pour les exaltés, Léon Degrelle s’accrochait à une politique qu’ils qualifiaient volontiers […]d’étroitement bourgeoise ;il lui restait […]à découvrir le national-socialisme biologique et populaire régénérateur de la révolution permanente dans la marche vers le pangermanisme dans une Europe nouvelle dirigéeparune Allemagne victorieuse…
À la mi-1944, il ne restait guère – à quelques exceptions près – que les collaborateurs qui, à la faveur des mesures prises par les autorités occupantes ou par les Secrétaires Généraux, avaient obtenu un emploi dans l’administration communale, provinciale ou de l’État. Il en était de même de ceux qui, à la suite des mêmes mesures, avaient été introduits dans le circuit social ou économique. Enfin, la collaboration occupait, pour le besoin de ses propres services, un certain nombre de personnes puisées parmi les militants et zélateurs sans faille. Le reste était éparpillé dans des formations paramilitaires mises sur pied soit par les différents mouvements de collaboration, soit par laMilitärverwaltungou par lasipo-sd.
Quelques journalistes et hommes de lettres égarés continuaient à discourir et à propager des idées que le reste de la nation conspuait. Et enfin, pour que le tableau soit complet, ajoutons encore les inévitables individus qui, par ambition, par désœuvrement, par faiblesse de caractère, par goût du lucre ou tout simplement pour assouvir de bas instincts, se bousculaient aux portillons des services policiers allemands ou collaborationnistes et à qui furent confiées les basses besognes de police dont personne d’autre ne voulait.
À la veille de l’exode de septembre 1944, le ghetto collaborationniste ne rassemblait plus que quelques milliers d’individus ; des hommes, souvent accompagnés de leur famille, qui, emportés par la tourmente des événements18, échouèrent dans le Hanovre.
Et si Degrelle et le Rexisme étaient loin d’être toute la collaboration, il y avait encore, dans le rexisme, et même à cette époque, des hommes qui commençaient à comprendre, quoiqu’un peu tard, dans quelle aventure on les avait entraînés19.
A. PARTIS ET GROUPUSCULES DE COLLABORATION À LA VEILLE DE L’EXODE
1. le mouvement de rex
Après un départ fulgurant, lemouvement de rexs’était effrité à la veille de la guerre de telle façon qu’il ne représentait plus qu’un poids insignifiant dans la balance politique de l’été 1940. Le succès des élections du 24 mai 193620avait été foudroyant :rexavait obtenu 11,49% des suffrages et 21 députés sur les 202 que comptait la nouvelle Chambre. Mais il ne s’était pas maintenu et l’on enregistrait déjà une nette régression dès le début de 1937. De nouvelles élections partielles, provoquées par la démission imposée par Degrelle au député rexiste de Bruxelles Alfred Olivier et à tous ses suppléants, avait entraîné une coalition anti-rexiste de tous les partis traditionnels, appuyée vigoureusement par Malines. Elle aboutit au résultat que l’on connaît. Ce fut un fiasco complet21pourrex. Mais la guerre allait permettre à ce mouvement de renouer avec la politique, fût-elle de collaboration.
Le Heil Hitler qu’imposa Degrelle à ses adeptes en janvier 1941 déclencha la fuite des plus tièdes. À la mi-1943, le général Eggert Reeder, chef de l’administration militaire à Bruxelles, notait que les rexistes ne représentaient plus qu’une minorité insignifiante, estimant que le total des militants était tombé à huit mille22 Les rexistes désertaient les localités rurales pour se réfugier dans les villes qui offraient une meilleure protection face aux attentats de plus en plus nombreux. Quatre des vingt-trois cercles rexistes cessèrent d’exister ou furent fusionnés avec un cercle voisin23. Il s’ensuivit une désorganisation avec une répercussion négative sur les relations entre la base et l’État-major aggravée par la défection de Marcel Dupont, le Chef des Cadres Territoriaux. Malade, ce dernier ne parvenait plus à tenir les rênes en main24. Ce manque de coordination eut pour résultat que les rexistes habitant la province se trouvèrent de plus en plus isolés25, de plus en plus exposés. Bientôt, ils n’allaient plus hésiter, en attendant que se constituât le corps de protection rexiste des Formations B (ou Étendard de Protection Paul Colin), à faire appel à des bandes de tueurs plus au moins autonomes. Parmi ces dernières, celle dirigée par l’ex-légionnaire Jean Pirmolin qui sévissait dans la région liégeoise. Une autre, la non moins sanglante « bande Duquesne », ravageait la région du Centre26. À Charleroi opérait la Brigade B, appelée populairement Police Merlot. Elles allaient riposter aux attentats frappant les rexistes et leurs familles.
À partir de la mi-1943, la situation dans les régions éloignées, telles que la province de Luxembourg, était particulièrement symptomatique de la déliquescence dumouvement de rex27.Aussi, les défections marquèrent-elles une courbe ascendante. Beaucoup de membres désapprouvaient la nouvelle politique de Degrelle : l’abandon du caractère belgiciste et royaliste, qu’il avait défendu si âprement jusqu’alors, au profit d’une orientation pronational-socialiste caractérisée par la proclamation de la germanité des Wallons et le passage de laLégionà lawaffen-ssen juin 1943. À Arlon, par exemple, les adversaires les plus résolus du germanisme préconisé par ledsvétaient précisément les rexistes restés fidèles à la cause de la première heure. D’autres avaient quitté lemouvementparce qu’ils n’avaient trouvé aucun appui auprès des autorités allemandes et qu’ils craignaient les menaces de la Résistance. Cependant, la plupart des adhérents rexistes étaient mécontents de l’administration centrale derex(où régnait l’arbitraire le plus complet) et de certains chefs qui se livraient à des affaires louches28.
Par ailleurs, plus que dans toute autre province, lemouvement de rexsouffrait des luttes intestines des dirigeants et du manque de discipline du parti. Il n’existait plus que par l’assistance aux familles des soldats partis en Russie et la possibilité pour les membres d’accéder aux emplois. À partir de la mi-1943, il ne fut plus question d’un travail politique, idéologique ou de politique sociale. Lemouvement de rexdans la province de Luxembourg semblait voué à un échec complet dû au manque de base politique et idéologique. Se mettre à l’abri était devenu la consigne générale. Bruxelles était un point de ralliement fort prisé. La capitale offrait l’anonymat et présentait l’avantage non négligeable d’un emploi car tous les services derexy avaient été centralisés29.
À partir de l’été de 1943, on assista à une chute spectaculaire des membres. Albert Constant, le chef d’État-major desF.C.[…]déplora une funeste épidémie de découragements, de reculements et d’opportunismes. Un attentat sur la personne d’un rexiste était suffisant pour déclencher une cascade de défections…
La province de Luxembourg, celle qui avait enregistré les plus hauts scores rexistes lors des élections de 193630, était particulièrement touchée et, fin 1943, le Cercle de Neufchâteau ne compta plus que 13 membres, ce qui l’obligea à fusionner avec celui de Virton. D’autres régions connurent le même phénomène de régression. Dans la province de Hainaut, le Cercle de Soignies fut absorbé par celui du Centre (La Louvière) et les trois cercles existant dans la capitale furent remplacés par une seule Région de Bruxelles. Dans la province de Liège, le Cercle de Huy et de Waremme fusionnèrent faute d’effectifs suffisants. En fin de compte, le nombre de Cercles se réduisit de vingt-trois à dix-sept31.
Cependant, aussi paradoxal que cela puisse paraître, si le nombre d’affiliés àrexaccusait une courbe descendante, la présence derexdans l’administration publique et dans les instances gouvernementales se stabilisait, voire prenait de l’importance au fur et à mesure que la guerre se prolongeait, comme il ressort du tableau ci-après32.
L’effort de rex se situait principalement au niveau des provinces et des communes. Fin 1943, un rapport interne indique qu’une commune sur huit était administrée par rex. Les grandes agglomérations, quant à elles, de loin les plus peuplées, étaient toutes sous la coupe de rex. Ce qui permit à Victor Matthys d’affirmer, dans le courant de l’été 1944, que 85% de la population francophone était administrée par des édiles rexistes33. Tout naturellement, rex tenta d’élargir son champ d’action en infiltrant des postes annexes de l’administration publique, communale ou provinciale.
Étaient visés : la police communale, la gendarmerie, les chemins de fer, la défense aérienne passive, l’assistance publique, les services de ravitaillement, etc.
Au fur et à mesure de l’approche des troupes alliées, le nombre d’attentats commis par la Résistance contre les rexistes s’amplifia pour prendre des proportions jamais atteintes. La terreur appela la contre-terreur et aux attentats des uns succédèrent les représailles des autres34. Ne restaient dans les rangs derexque les inconditionnels, de plus en plus rares, et tous ceux qui, acculés par leurs actions, prises de position ou actes antérieurs, ne pouvaient plus faire marche arrière.
Le dimanche 13 août 1944, un dernier meeting rexiste, commémorant le départ de la LégionWalloniele 8 août 1941, eut lieu au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles. Malgré les difficultés de communication et les dangers inhérents à un déplacement,rexréunit quelque deux mille adhérents.
Il ne restait plus aux rexistes qu’à mettre en œuvre le plan d’évacuation que leServiceKavait établi depuis juin-juillet 1944.
2. LES amis du grand reich allemand – AGRA
Si rex était le mouvement de collaboration le plus important en Wallonie avec des effectifs d’environ quinze à vingt mille membres, les Amis du Grand Reich Allemand35 – ou agra –, le deuxième groupement en importance numérique, venait loin derrière avec un maximum de deux mille cinq cents membres à l’apogée de son existence.
Cet organisme fut créé le 13 mars 1941 à Liège, et à l’instigation dusd,par des dissidents rexistes, admirateurs inconditionnels du national-socialisme36.
La véritable plaque tournante des tractations était le chef du département III de lasipo-sd, l’adjudant Heinrich Rauls. Il était relayé par son subordonné Charles Nossent et œuvrait dans les coulisses au mieux des intérêts allemands37. Ces intérêts se résumaient à organiser la partie germanophile de la population. En cela les vues allemandes cadraient parfaitement avec l’idéologie du groupementagradéfendant le principe que les Wallons étaient en majorité nordiques. L’agravoulait créer une communauté wallonne dont le but, contrairement à celui des cercles belgicistes de Bruxelles, visait à un rapprochement culturel et politique avec la Grande Allemagne. Mais, tenant à son monopole de l’activité politique en Wallonie,rexallait s’opposer énergiquement au développement de l’agra38.
La base du programme de l’agraétait constituée par l’idée de la communauté ethnique wallonne. Au nom de la race, le mouvement, qui ne reconnaissait pas l’existence de la Belgique, préconisait le rattachement de la Wallonie auReichgermanique et entendait développer le caractère nordique du Wallon. L’agrafaisait appel à la solidarité patrons-ouvriers, aux classes moyennes et condamnait le capitalisme international juif et la franc-maçonnerie.
L’agraétait dirigée par Julien Velut39à qui succéderont Georges Scalliet40en janvier 1942, puis Jean Gerits41au début de 1943. Au 15 août 1941, l’agracomptait près de 600 membres dans la région de Liège42. Un an plus tard, le Cercle de Namur en dénombrait 206. Le reste des effectifs était éparpillé dans les cercles du Borinage, du Centre et de la région bruxelloise.
À Charleroi, Joseph Spilette43, rédacteur en chef duJournal de Charleroiet cheville ouvrière de l’activitéagradans le Borinage, ne trouva rien de mieux que d’affilier d’office à l’agra, sous peine de renvoi, tout le personnel du journal. Les cotisations étaient d’ailleurs retenues sur le salaire. Lors de la création du Cercle du Centre (La Louvière), il agit de même envers le personnel duJournal du Centre. Comme aucun candidat à la présidence du cercle de La Louvière ne s’était présenté, Spilette en désigna un d’office44.
Cependant, la création de cercles45ne devait pas apporter le nombre d’adhésions espéré. L’agrafut violemment combattu parrex, non seulement pour les positions nationales-socialistes raciales, culturelles ou biologiques qu’il affichait, mais aussi, et par-dessus tout, parce qu’il recrutait pour son propre compte pour lawaffen-sset lenskk,domaine dont Degrelle entendait se réserver le monopole46. Le passage de laLégionà lawaffen-ssallait mettre un terme à cette concurrence, cela au profit de Degrelle.
Dans le courant de 1943, des tensions internes, rivalités et malversations minèrent la cohésion du Mouvement et l’agracommença à perdre beaucoup de ses membres. Par ailleurs,rexétait parvenu à absorber une partie non négligeable des membres de l’agra.Un certain nombre de personnalités quittèrent le Mouvement pour rejoindrerex. Parmi les plus influents, citons Céleste Roberti, chef de Cercle de Liège et Désiré Depouhon47trésorier général,dégoûté des malversations financières qui ravageaient le Mouvementagra.
En juin 1943, la jeunesseagrafut absorbée par laJeunesse Légionnairetandis que le 7 juillet 1943, eut lieu dans une caserne dans le Nord de la France une cérémonie au cours de laquelle Léon Degrelle et Jean Gerits, chef de l’agra, annoncèrent la fusion desnskkd’obédiencesrexetagraen une seule unité qui porterait désormais le nom denskkWallonie48. L’absorption de l’agraparrexfut aussi facilitée par l’incapacité de chefs dont l’amoralisme et les malversations impunies choquaient la population. À cet égard, le cas du Cercle de Namur est exemplaire. La quasi-totalité des membres du Cercle passa àrexaprès qu’il fut établi que la tête du Cercle était entre les mains d’anciens communistes aux pratiques immorales. Le président fondateur duCercleagrade Namur, Émile Williame, 69 ans, officier pensionné, fut bien vite évincé parce que trop cassant et autoritaire. Il alla tenter sa chance à Dinant, sans plus de succès semble-t-il.
Le journaliste Martin Gaillard49dirigea la sectionagraà Namur jusqu’en octobre 1941. C’est après son départ que la fine fleur, qu’il avait sollicitée, fit son apparition sur la scène collaborationniste : les Legrain50, Jancquart51et Fifils52.
Dieudonné Jancquart, 56 ans, ex-membre de laLégion Nationale, chef duCercleagrade Namur pour la période s’étalant de fin 1941 à octobre 1942, – date à laquelle il fut désigné comme conseiller politique du Mouvement Général à Liège –, était de toutes les combines. Il était de l’utmi, dudevlaget derex. Le recrutement pour lenskkqu’il mena tambour battant se révéla une opération lucrative puisqu’il percevait deux cents francs de l’époque par inscription !
Le nouveau chef de Cercle, Jean Legrain, quant à lui, se paya une tournée des grands ducs à Paris en compagnie de sa secrétaire Sonia Piot… avec l’argent de la caisse ! L’affaire fit grand bruit et il fut démis de ses fonctions.
Lui succéda Jacques Fifils, chef de cellule communiste à Rochefort et… demi-Juif d’après un rapport destiné au départementVolkstum und Kultur53. Le 10 mai 1940, il avait été arrêté par la Sûreté belge comme communiste et déporté à Saint-Cyprien, d’où sa haine contre le Procureur du Roi Hicquet qu’il rendait responsable de cette mesure. Le 22 juin 1941, à l’invasion de l’URSS, il prit le large et se cacha pendant cinq mois. Finalement, il accepta les propositions de Martin Gaillard qui lui assura la tranquillité contre une carte de membre de l’agra.Jacques Fifils devint rapidement chef de groupe, puis chef de Cercle. Il fréquenta assidûment la caserne Léopold, qui était non seulement un centre d’instruction de laGarde Wallonne, mais aussi le dépôt et centre d’instruction de laSSWallonieaux ordres du lieutenant légionnaire Camille Bosquion54et quartier général de la sectiondevlagaux ordres de François-Xavier Haesevoets, triste personnage s’il en fut. Impliqué dans l’assassinat de François Bovesse, de concert avec F. Haesevoets, Z. Schaefs, D. Jancquart et d’autres, Fifils n’avait pas négligé l’aspect vénal que sa position lui permettait de réaliser. Trafiquant d’huile sur une grande échelle, il fut arrêté peu de temps après son entrée en fonction comme Chef de Cercle55. Naturellement, grâce aux relations qu’il entretenait avec lesd, il fut relâché et put jouir de l’impunité totale. LeCercleAGRAde Namur ne devait jamais se remettre de l’inconduite de ses chefs.
En 1943, le Mouvement ne comptait plus que quinze cents membres, et… vingt et un à la Libération56.
3. le heimattreue front – H.F.
La montée du national-socialisme en Allemagne et la prise du pouvoir par Adolf Hitler ne firent que renforcer l’esprit irrédentiste qui s’était développé dans les cantons rédimés dès 1926. La presse germanophile, assez bien représentée dans la région57était financièrement soutenue par leVerband für Deutschtum im Ausland – V.D.A.qui, tout comme dans les régions patoisantes le long de la frontière luxembourgeoise, finançait des « associations culturelles » pour la sauvegarde des us et coutumes allemands.
En 1936, plusieurs groupuscules autonomistes plus ou moins pronationaux-socialistes s’unifièrent pour donner naissance à une organisation unitaire : leHeimattreue Front.
L’organisation interne était calquée sur celle dunsdap. Grâce au support financier d’outre-Rhin, leHFparvint à s’enraciner profondément. Wilhelm Bührke58, transfuge du parti socialiste, devint le chef duHFà Malmédy. Stefan Gierets59occupait les mêmes fonctions à Eupen, tandis que St-Vith relevait de l’autorité de Franz Genten60.
Lors des élections législatives d’avril 1939, leHFétait devenu le premier parti de la région avec 45,68% des voix. Après l’annexion des territoires séparés duReichpar le Traité de Versailles, une administration civile s’installa le 1er juin 1940. L’ensemble des communes fut groupé en deux arrondissements61, divisés en cantons.
Sur proposition de Joseph Grohe62,Gauleiterde la région d’Aix-la-Chapelle/Cologne, Stefan Gierets reçut leKreisd’Eupen, tandis que Gabriel Saal (Kreisleiterde Monschau depuis 1934) fut investi à Malmédy le 22 mai 1940.
En date du 11 juin 1940 Walter Rexroth63, le nouveau bourgmestre d’Eupen etHF-Ortsgruppenleiterlocal, déclara que leHeimattreue Frontavait rempli sa fonction : leHeim insReich– retour dans leReich – était réalisé. LeHFpouvait être intégré aunsdap.
L’affiliation aunsdapdans les cantons d’Eupen et de Malmédy64n’était pas obligatoire, ni pour les particuliers, ni pour les fonctionnaires, employés, instituteurs, commerçants, etc. Il s’agissait plutôt d’une faveur ou d’une reconnaissance de services rendus.
C’est ainsi que la première incorporation aunsdappour les habitants des cantons rédimés ne fut réalisée que le 27 décembre 1941 (Eupener Zeitungdu 29.9.1941) et encore s’agissait-il d’anciens membres duHeimatreue Frontqui depuis l’invasion déjà avaient été considérés d’office commeParteianwärter,c’est-à-dire candidats au parti, et qui pendant ce laps de temps avaient démontré qu’ils étaient dignes d’être acceptés après avoir posé leur candidature.
D’après l’Organisationsbuch dernsdap,chaque Allemand intègre, de descendance allemande par le sang, qui n’avait pas fait partie d’une loge maçonnique, ayant atteint l’âge de 18 ans, pouvait théoriquement devenir membre du parti en remplissant un formulaire d’admission et en payant la cotisation.
Il devait toutefois encore être agréé par le Parti et dans cette sélection (Wahl) on tenait compte, même si le récipiendaire avait commis un léger délit – les actes dans la lutte pour l’Allemagne étant décisifs (Allein die Leistung im Kampffür Deutschland entscheidet) –, de son engagement pour la cause politique, le Parti devant toujours rester la sélection du Peuple. Par la même occasion, il s’agissait d’éliminer les faibles de caractère et les opportunistes.
Il résulte de la lecture de l’Eupener Zeitung que ceux qui étaient ainsi admis dans le nsdap– 180 pour le seul Ortsgruppe d’Eupen-Wesertal – formaient un groupe composé d’anciens membres du Heimattreue Front ayant déjà servi la cause allemande. Il était recommandé aux autres candidats de ne pas se décourager, […] leur tour viendrait après les formalités nécessaires, les cartes de membres devant venir des instances supérieures65.
La cérémonie d’entrée de cesHeimattreuedans lensdaps’était, d’après l’Eupener Zeitung,déroulée comme prévu à l’Organisationsbuch : prestation en groupe en répétant phrase après phrase, le bras levé, la formule de fidélité :
Ich gelobe meinem Führer Adolf Hitler Treue. Ich verspreche Ihm und den Führern, die er mir bestimmt jederzeit Achtung und Gehorsam entgegenzubringen.
Dès les premiers jours de juin 1940, Hitler chargea l’OberführerJan-Peter Dahlem, chef de laS.A.Standarte193(à Mörs) de former une nouvelle unité pour Eupen-Malmédy. CetteStandartedépendrait de laS.A. Brigade 76d’Aix-la-Chapelle et duGruppeNiederrhein, dont le siège était établi à Düsseldorf.
Après une propagande intense de trois mois, J.-P. Dahlem demanda l’autorisation de former laStandarte 17466. Cette unitéfut mise sous le commandement de l’ObersturmführerBonner.
Les promoteurs principaux de cette formation étaient :
– leSturmführerWolff à Eupen ;
– l’Obertruppenführer Sefert à Malmédy.
À Eupen, leTruppenführerKnoops forma uneS.A. Reitersturm,comprenant une centaine de cavaliers.
Les différentsFührer(officiers) etUnterführer(sous-officiers) furent choisis parmi les membres duHeimattreue Front.Ils devaient suivre un cours appeléFührerlehrgangà laGruppenschule.
Le 20 juin 1941,Die Brücke, organe officiel de presse de laS.A., relata la réception, à Eupen-Malmédy, de Victor Lutze, chef d’État-major S.A. Le 18 mai 1941, dans le discours qu’il prononça à cette occasion à Eupen, Lutze transmit les salutations duFührerà la population et établit un parallèle entre le combat pour laDeutschtumdes habitants d’Eupen-Malmédy et celui que leFührermenait lui-même en Allemagne.
D’après le correspondant duDie Brücke, ces paroles auraient été très favorablement reçues. Et quoique les hommes nefissent partie duReichque depuis un an, l’impression générale était que l’instruction et la tenue militaire des recrues étaient étonnamment avancées. LaStandartecomprenait à ce moment environ quinze cents hommes.
À l’origine, l’uniforme était à charge du membre. À partir de juin 1941, l’inscription d’un montant de troisReichsmarkdonnait droit à la fourniture gratuite de la tenue réglementaire. Les cours étaient à caractère militaire et comprenaient l’entraînement au fusil, le tir, la topographie, le service en campagne, la culture physique, la musique, des conférences politiques, etc.
En juin-juillet 1940, ledénommé Alfred Martini arriva à Eupen pour remplir les fonctions deKreisobmanndudaf.Membre dunsdapdès 1927, il s’occupait duDeutscheArbeitsfrontdepuis 1932.Il organisa d’abord avec l’aide de Brückner de Cologne, puis tout seul, tous les services dudafet les dirigea jusqu’à la Libération. En tant que dirigeantdaf, il avait un rôle social, éducatif et professionnel à jouer ainsi qu’une fonction sociale d’ordre technique à remplir tant auprès des chefs d’entreprise qu’auprès des travailleurs. Mais, à côté de ces missions, et plus fondamentalement, ledafassumait un rôle politique de tout premier plan :
– Créé comme formation du Parti, ledafdépendait directement de celui-ci et tous les membres qui y remplissaient une fonction devaient y être nommés par les mandataires du Parti.
– Sa conception de l’unité de l’entreprise et de la responsabilité personnelle au point de vue politique de tous les membres ayant une certaine fonction ainsi que son organisation policière à l’intérieur des usines étaient destinées à faire régner la paix politique dans le travail. Né au moment des troubles politiques qui ravageaient les usines allemandes, ledaforganisa un système de surveillance politique dans chaque entreprise.
Pour s’assurer de cette paix sociale tant désirée, ledafobligeait le travailleur à être une machine obéissante et entièrement dévouée au Parti. Tout manquement au travail et à l’idéologie nationale-socialiste était étroitement surveillé par l’Obmannlocal.
– Par ses organismes, par sa presse, ses brochures, par l’activité desKreisobmänner, ledafpouvait être un organisme de tout premier plan pour la propagande nationale-socialiste.
Dans un autre domaine, l’incorporation des cantons rédimés dans leReichallemand impliquaitipso factol’enrôlement dans l’armée allemande des habitants de ces cantons. Il résulte de l’Eupener Zeitungdu 28 août 1940 que déjà à cette époque les hommes qui avaient la qualité deVolksdeutscheet qui étaient nés entre le 1.4.1894 et le 31.12.1921 pouvaient, s’ils étaient volontaires pour laWehrmacht, se présenter à laWehrmacht Freiwilligen Meldestelle, Neustraße, 93, à Eupen.
L’admission des volontaires à lawaffen-ssdans les cantons rédimés a été signalée pour la première fois par l’Eupener Zeitungen date du 28 octobre 1940. Cependant, il semble que des volontaires pour lawaffen-ssavaient déjà été engagés avant cette date. Des appels pour le volontariat à lawaffen-ssont paru périodiquement dans la presse d’Occupation d’Eupen et de Malmédy. Il était fait appel aux […]meilleurs des Allemands qui obéissaient à l’ordre de leur conscience(dem Befehl des Gewissens).
Plus tard, quand des classes furent appelées sous les drapeaux, un conscrit pouvait toujours, avant son incorporation dans laWehrmacht, demander de son plein gré son admission à lawaffen-ss. Il devait pour cela non seulement satisfaire aux exigences habituelles des conseils de révision pour laWehrmacht, mais encore subir une épreuve d’aptitude et être conscient qu’il entrait volontairement dans une communauté d’élite.
Il est à remarquer que les volontaires des formations paramilitairesHeimat SSouAllgemeine SS,lorsqu’ils avaient subi avec succès leur examen médical et racial, passaient automatiquement dans la formation combattantewaffen-sslorsqu’ils étaient sous les armes. Refuser cette voie équivalait à être considérés comme tièdes à l’idéalSS.Il faut noter, en outre,qu’unmembre duheimat ssayant prêté serment de fidélité au Führer ne devait plus prêter serment lorsqu’il entrait dans lawaffen-sscar l’engagement dans l’organisation entraînait l’incorporation dans lawaffen-ss, la seconde n’étant que le prolongement normal de la première.
La conscription n’a été appliquée dans les cantons rédimés qu’après qu’y fut établi le principe des nationalités. Un décret duFühreren date du 23 mai 1940 établissait déjà le principe de la nationalité allemande pour les habitants de ces territoires. Toutefois, l’application de ce principe dépendait de stipulations ultérieures. Le décret paru le 23 septembre 1941 au Moniteur duReich(Reichsgesetzblatt) contenant ces stipulations décidait de la nationalité de toutes les personnes habitant les territoires incorporés auReich67.
Une enquête générale faite par la Gendarmerie de Malmédy au sujet de la conscription dans les cantons rédimés pendant l’Occupation établit l’appel des classes comme suit :
Au moment de la Libération, la classe 1927 était passée au conseil de révision en janvier 1944 pour se trouver en juillet 1944 auService du Travailallemand (rad). À l’instar de ce qui se pratiquait en Allemagne, les jeunes gens de 18 ans des cantons rédimés furent astreints à un stage de six mois dans ce Service. Ce passage dans lerad –en fait il s’agissait d’une préparation militaire – précédait l’incorporation dans les forces armées.
Les habitants des dix communes annexées au Reich en même temps que les cantons rédimés étaient également, en droit allemand, devenus citoyens allemands auf Widerruf – c’est-à-dire sujets à déchéance éventuelle pendant un laps de temps de dix ans. Seules les classes de 1922 à 1925 ont été recensées en mai 1943. La plupart des jeunes gens de ces communes ayant pris le maquis, les Allemands y suspendirent le recensement.
L’appel sous les armes ne se faisait pas toujours par classes, notamment pour les ouvriers de certaines usines indispensables à l’effort de guerre. À chaque fois, une commission de libération (Freimachungskommission) se rendait sur place pour s’assurer si tous les ouvriers y étaient nécessaires. De son côté, la direction de l’usine établissait une liste nominative de ceux qui pouvaient, sans gêner le travail, être incorporés dans l’armée. La mention Freiwilliger für die Wehrmacht (engagé volontaire) inscrite sur le Wehrstammblatt (rôle de la milice) constituait une preuve péremptoire de l’engagement volontaire68. Par ailleurs, en droit belge, l’ordre allemand conférant la nationalité allemande aux personnes originaires des cantons de l’Est, qui n’avaient acquis la nationalité belge que par application du traité de Versailles, était illégitime. Un tel ordre de l’autorité illégitime ne pouvait justifier, à titre de contrainte morale, celui qui l’avait exécuté, que pour autant qu’il pût établir qu’en refusant de s’y soumettre, il s’exposait à des dommages considérables pour sa personne ou ses biens69.
En septembre 1944, la justice belge, plus que partout ailleurs dans le pays, dut affronter des particularismes propres aux cantons de l’Est et sa tâche y fut particulièrement délicate.
